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J’ai absolument adoré la première partie de ce roman. Un peu moins la seconde , lorsqu’on voit, en 1943 et 1944, le « Tout Paris » essayer de revivre de façon futile autour du monde du spectacle. Le roman commence par l’enterrement à Saint Pierre de Chaillot de : « Princesse Natalie,Marguerite, Marie, Pauline de Lusignan, duchesse de Sorrente. 7mai 1908-10 février 1945 » . Le roman raconte la lente et inexorable destruction de cette jeune femme morphinomane . La première partie se passe à Cannes où la famille se trouve « coincée » jusqu’en 1943. Coincée cela veut dire que la famille a du mal à recevoir exactement comme elle l’a toujours fait.

À la mort de sa mère la riche Américaine princesse Elisabeth de Lusignan, Natalie apprend qu’elle est la fille naturelle de Paul Mahl un riche juif ami de son père le prince de Lusignan. En plus d’être une bâtarde elle est donc confrontée au monde juif et sous la botte des nazis cela prend un tout autre sens que dans les salons du microcosme de l’aristocratie parisienne. Natalie n’était pas capable de se défendre d’un milieu oppressant, elle était faite pour une vie de salon à la Marcel Proust, auteur qu’elle découvre et qu’elle comprend. Sa rencontre avec la morphine lui sera fatale et lui enlèvera toutes ses forces. Quand la famille retourne à Paris , cette femme droguée est envahie de pulsions et de révoltes qu’elle n’arrive pas à assumer. Elle aurait voulu être plus courageuse et pouvoir répondre à sa petite fille en pleurs : « mais qu’est ce qu’on leur fait aux juifs , quand on les arrête ? » . Sa révolte se limitera à une sortie chez la princesse Murat :

« Les juifs sont devenus des morts-vivants, tout leur est interdit. Ils sont plus ostracisés que des lépreux au Moyen Age ! « .

Ambiance glaciale garantie, dans ce Paris mondain qui, comme Natalie me dégoûte quelque peu. Comme elle, et cela grâce au talent de Pauline Dreyfus , le grand écart se creuse entre les soucis des réceptions (quelle robe ? quel plat ? quelles conversations ?) et les familles juives qui disparaissent peu à peu. Comme Natalie, j’ai envie de les secouer tous ces Cocteau, Guitry invités chez les Murat, Noaille Trémoïles et autres… et leur demander s’ils savent répondre à cette petite fille en pleurs : « mais qu’est ce qu’on leur fait aux juifs , quand on les arrête ?« . Comme elle, je n’aurais peut-être pas eu le courage d’aller plus loin dans ma révolte que de ne plus traverser les Champs-Élysées interdits aux juifs ( tiens, je ne le savais pas !) et monter dans le dernier wagon du métro le seul autorisé aux juifs. Il me reste à parler du style de cette auteure, son sens de la formule est absolument admirable et drôle. C’est un livre qui se lit vite et qui fait du bien alors qu’il raconte une histoire bien triste et une époque abominable.

Citations

Les conventions

Pas un bal où elle ne s’affichât auprès du jeune André Mahl, au point de scandaliser les maîtresses de maison, ulcérées que la jeune fille préférât ce jeune homme « israélite » à tant d’autres jeunes gens dont le sang, était lui irréprochable. Natalie était certes la moins jolie des sœurs Lusignan, mais de là à « s enjuiver ». Tapie derrière les éventails, augmentée de points d’exclamation, la réprobation se propageait.

L’argent et la « noblesse »

Un jour que la cousine de son mari d’autant plus à cheval sur sa généalogie qu’aucun parti ne lui semblait à la hauteur de la sienne, lui avait lancé : « Mais au fond votre nom ne vaut rien ! » . Élisabeth avait eu assez d’esprit pour lui répondre « Pas au bas d’un chèque. .. »

La noblesse d’empire

Partout où l’empereur est passé, il se sent un peu chez lui . Jérôme n’a rien fait d’exceptionnel dans sa vie, celle de ses ancêtres lui tient lieu de carte de visite.

L’art de la formule de Pauline Dreyfus

De toute façon, la duchesse douairière de Sorrente n’a jamais aimé les enfants, non plus que les contacts physiques qui présidaient à leur arrivée. Sitôt après la naissance d’un fils , elle s’était estimée quitte avec son mari et avait définitivement condamné la porte de sa chambre. Elle s’était réfugiée dans la lecture et la médisance, deux activités qui accomplie avec sérieux, auraient suffi à emplir la journée de n’importe qui.

Ce qui ne se fait pas

Les frasques d’Élisabeth sont indubitablement à ranger dans la case « ce qui ne se fait pas ». Dans la même nomenclature, il y a le divorce, le mariage avec une demoiselle ayant du sang juif(du sang protestant à la rigueur, si la jeune personne porte le nom d’une grande banque), et la bâtardise assumée. Tous ces comportements qui engendrent la pire des calamités pouvant s’abattre sur une famille : « le scandale ». En puriste des mondanités, il aurait volontiers ajouté à cette liste le fait de manger son dessert avec une cuillère…

On en parle

Chez Clara, et Mimipinson.

A-D

A

Abbot (Rachel ) (La disparue de Noël 24 septembre 2020)

Abdel Aal (Ghada) (Cherche mari désespérément 28 avril 2025)

Abecassis (Eliette) ( Le Maître du Talmud 24 juillet 2018))

Ackroyd (Peter) (Trois frères 23 mais 2015.)

Adam (Olivier) (le Cœur Régulier 22 septembre 2010) (Poids léger 24 mars 2016)

Adams (Richard) (Watership Down 30 septembre 2016

Adhemar (Maylis) (Bénie soit sixtine 6 juin 2022)

Adiga (Aravind) (Le Tigre Blanc 22 mai 2010)

Adimi (Kaouther) (Nos Richesses 29 janvier 2018) (Les Petits de Décembre 3 février 2020)

Adrian (Pierre) (Que reviennent ceux qui sont loin 2 octobre 2023)

Agus (Milena) (Une saison douce 13 juillet 2023)

Alanguilan (Gerry) (Elmer 5 décembre 2014)

Albertini (Antoine) (Banditi 19 juin 2023)

Alcoba (Laura) (le bleu des abeilles 11 mai 2017)

Alexie (Sherman) (le premier qui pleure a perdu 27 juillet 2009)

Alexievitch (Svetlana) (La fin de l’homme rouge 18 janvier 2014) (Les Cercueils de Zinc 29 novembre 2021)

Al Khamissi (Khaled) (Taxi 14 mai 2011)

Alliot (David) (Céline, idées reçues sur un auteur sulfureux 2 août 2011)

Allot (Susan) (Les vies volées 24 février 2022)

Altan (Ahmet) (Je ne reverrai plus le jour 23 septembre 2019)(Madame Hayat 25 octobre 2021)(Les Dés 8 février 2024)

Alyan (Hala) (La ville des incendiaires 26 septembre 2022)

Amadou Amal (Djaili) (Wallaande, l’art de partager un mari 3 mai 2015)

Ambjørnsen (Ingvar) (Potes pour la vie 22 décembre 2014, Elling 28 janvier 2015) Amigorena (H Santiago) (Ghetto intérieur 17 août 2020)

Amigorena (H. Santiago) (ghetto intérieur 17 avril 2020)

Andrea (Camille) (Le plus beau lundi de ma vie tomba un mardi 13 juin 2022)

Andrea (Jean-Baptiste) (Veiller sur elle 18 décembre 2023)

Antoine (Amélie) (Quand on n’a que l’amour 31 juillet 2017)

Appanah (Nathacha) (Le ciel par dessus les toits 28 septembre 2020) (les rochers de poudre d’or 12 octobre 2020) (la noce d’Anna 17 décembre 2020) (Le dernier frère 2 septembre 2022) (La Mémoire Délavée 21 mars 2024) ( La nuit au cœur 25 septembre 2025)

Appefeld (Aharon) (L’histoire d’une vie 22 juillet 2010) (Des jours d’une stupéfiante clarté 5 novembre 2018) (la chambre de Mariana 2 octobre 2025)

Appeyri (Yann) (Farrago 15 août 2009)

Arditi (Metin) (Loin des Bras ; 19 novembre 2009) (Prince d’orchestre 30 octobre 2012) (L’enfant qui mesurait le monde 10 août 2017) (Tu seras mon père 12 décembre 2022) (Le Bâtard de Nazareth 23 aout 2024) (Le Turquetto 21 aout 2025)

Ardone (Viola) (Le train des enfants et Le choix 6 juillet 2023)

Arenz (Ewald) (le parfum des poires anciennes 18 novembre 2024)

Arikawa (Hiro) (Les mémoires d’un chat 21 janvier 2021)

Arnaud (Clara) (Et vous passerez comme des vents fous 26 février 2024)

Arnaud (Emmanuel) (Le théorème de Kropst 12 février 2012)

Arnim Von- (Elizabeth) (Avril enchanté 14 avril 2011)

Aslam (Nadeem) (Le jardin de l’aveugle 30 septembre 2013)

Assouline (Pierre) (Les invités 27 aout 2009, Le portrait 27 aout 2009) (le paquebot 28 aout 2023)

Astolfi (Christian) ( L’œil de la perdrix 24 janvier 2025)

Atkinson (Kate) (Dans les coulisses du musées 24 janvier 2010) (Une vie après l’autre 25 juillet 2016)

Aubarbier (Jean-Luc) (Un kibboutz en Corrèze 21 juillet 2025)

Attal (Jérôme) (la petite sonneuse de cloche 18 janvier 2021)

Aubry (Gwenaëlle) (Personne 24 décembre 2009)

Audiard (Michel) (le chant du départ 31 mars 2018)

Audic (Morgan) (De bonnes raisons de mourir 23 janvier 2023)

Audoire (Tugce) (BD En quête de liberté 12 novembre 2025)

Auster (Paul) (Baumgartner 24 juin 2024)

Autissier (Isabelle) (Oublier Klara 4 janvier 2021)

Axat ( Federico) (L’opossum rose 29 avril 2021)

Azzedine (Saphia) (Mon père est femme de ménage 7 novembre 2011)

B

Ba (Omar) (je suis venu, j’ai vu, je n’y crois plus 27 juillet 2009)

Backman (Frederik) (Le monde selon Britt-Marie 19 septembre 2022)

Badel (Ronan) ( loup gris  1 septembre 2017)

Baer de Perignon (Pauline) (La collection disparue 18 février 2021)

Bailly (Pierric) (Le roman de Jim 10 juin 2021)

Bailly (Sébastien) (Parfois l’homme 30 octobre 2025) (Autoroute 5 janvier 2026)

Bakker  (Gerbrand) ( Parce que les fleurs sont blanches 29 septembre 2025)

Baker-Kline (Christina) (Le train des orphelins 1 juillet 2021)

Bakewell (Sarah) (Comment Vivre 30 mars 2015)

Baldusdottir (Marja) ( L’esquisse d’un rêve 3 aout 2023)

Baltassat (Jean-Daniel) (Le Divan de Staline 8 septembre 2013)

Banks (Russell) (Un Membre permanent de la Famille 20 mars 2015) (American Spirits 6 juillet 2026)

Barbara (Vanessa) (Les nuits de laitue 12 mai 2025)

Barberis (Dominique) (Une façon d’aimer 28 décembre 2023)

Barbery (Muriel) (L’élégance du Hérisson 25 août 2009) (Une rose seule 19 novembre 2020) (Une gourmandise 10 juillet 2025)

Bardon (Catherine) (Les Déracinés 9 aout 2021)

Bardy(Gérard) (Les femmes du Général 18 octobre 2018)

Barnes (Julian) (Quand tout est déjà arrivé 15 janvier 2018)

Baron (Cécile) (Le Louvre insolent 6 juin 2016)

Barral (Le guide mondial des records 29 mai 2018)

Barrouk (Ruben) (Tout le bruit du Guéliz 23 décembre 2024)

Barrows (Annie) (Le cercle de mangeurs d’épluchures de patates 27 août 2009) Barry (Sébastian) (Le testament caché 27 octobre 2009)

Barry (Sebastain) (Le testament caché octobre 2009)

Bartol (Vladimir) (Alamut 9 aout 2015)

Bass (Eduard)(les onze de Klapzuba 2 mai 2022)

Bass (Olivier) (La musique des Kerguelen 17 janvier 2012)

Bassignac (Sophie) (Le plus fou des deux 11 mai 2020) (Les aquariums lumineux 22 octobre 2021)

Bauchau (Henry) (L’enfant bleu 27 juillet 2009)

Baudouin (Jacques) (Petit Mao 23 avril 2010)

Baussant (Philippe) (Le roi se lève aussi 27 juillet 2009)

Baverez (Nicolas) (après le déluge 22 octobre 2009)

Beauchamp (Thierry ) (L’étiquette olympique 6 décembre 2021)

Beauchemin (Jean-François) (Le roitelet 15 juin 2023) (Le jour des corneilles 15 juin 2023) (Le vent léger 7 octobre 2024)

Beaulieu (Baptiste) (Où vont les larmes quand elles sèchent 29 février 2024)

Beaussault (Mathilde)( La colline 21 aout 2026)

Beauvais(Clémentine) (Les petites reines 17 octobre 2022)

Begaudeau (François) (L’amour 18 janvier 2024)

Beinstingel (Thierry) (Ils désertent 16 octobre 2014)

Bel (Hervé) (La femme qui ment 4 janvier 2018)

Belezi (Mathieu) (Attaquer la terre et le soleil 13 février 2023)

Belgy (Lucie-Anne) (Il pleut sur la parade 29 décembre 2025)

Bello (Antoine) (Les funambules 24 novembre 2009) (Ada 12 décembre 2016) (Sherbius 28 décembre 2020)

Benameur (Jeanne) (Les Insurrections Singulières 12 novembre 2012)

Benaquista (Tonino) (Homo Erectus 14 mai 2011) (Romanesque 7 novembre 2016) (Le guide mondial des records 29mai 208)( Porca Misera 27 novembre 2023) (Tiré de faits irréels 19 mai 2025)

 Bender (Aimée) ( La Singulière Tristesse du Gâteau au Citron 16 décembre 2019)

Benjamin (Chloé) (Les Immortalistes 22 mars 2021)

Benkemoun (Brigitte) (Albert le Magnifique 12 janvier 2017)

Bennett (Alan) (La dame à la Camionnette 3 juin 2014)

Bent (Patrick) (Nuit Noire sur Dinard 02 mars 2020)

Bentoumi (Farid) (Good Luck Algéria 4 mars 2016)

Benzine (Rachid) (L’homme qui lisait des livres 13 octobre 2025)

Berest (Anne) (La carte postale 12 décembre 2002) (Finistère 6 octobre 2025)

Berger (Simon) (Laisse aller ton serviteur 24 novembre 2022)

Besson (Philippe) (Retour parmi les hommes 14 avril 2011)

Bernard (Michel) (Les Forêts de Ravel 18 mai 2015) (Deux remords de Claude Monet 23 septembre 2016)(Le bon cœur 12 août 2019)(Le bon sens 7 décembre 2020) (les bourgeois de Calais 29 juillet 2026)

Bertin (Charles) (la petite dame en son jardin de Bruges 22 juillet 2012)

Berton (Benjamin) (La Chambre à Remonter le Temps 2 décembre 2011)

Beuglet (Nicolas) (Le Cri 19 juin 2017)

Bichet (Yves) (L’homme qui marche 6 mais 2019)

Bigot (Christophe) ( Un autre m’attend ailleurs 10 avril 2025)

Binebine (Mahi) (le fou du roi 5 mars 2018)

Birgisson (Bergsveinn) (La lettre à Helga 16 octobre 2013)

Bihel (Frédéric)( Exauce-nous 27 juillet 2009)

Binet (Laurent) (Perspectives 22 février 2024) (La septième fonction du langage 12 décembre 2024)

Bikerfeeld et Hachmeister (deux dans Berlin 11 novembre 2024)

Bizouerne (Gilles) (Loup gris 1 septembre 2017)( Pierre et la sorcière 1 septembre 2017)

Bizot (Véronique) (Mon couronnement 22 mai 2010) ( Un avenir 18 novembre 2011)

Blanchot (Mathieu) (une vie avec Alexandra David-Neel 15 mars 2018)

Blanc-Gras (Julien) ( Touriste 8 octobre 2018) (Comme à la guerre 13 mais 2019)

Blake (Stéphanie) ( Caca boudin 2 février 2017)

Blank (Sébastien) (L’un et l’autre 24 janvier 2010)

Bleys (Olivier) (Le fantôme de la Tour Eiffel 28 juillet 2015)

Blondel (Jean-Philippe) (Au Rebond 27 octobre 2007) (G229 24 mai 2017) (Juke box 24 mai 2017) (Un minuscule inventaire avril 2018) (Rester vivant 26 novembre 2018) (La Grande Escapade 1 juin 2020) (Mariage de saison 06 avril 2023)

Blundell (Judy) (Ce que j’ai vu et pourquoi j’ai menti 15 août 2012)

Boisrobert (Anouk) (Dans la forêt du Paresseux 2 février 2017)

Boley (Guy) (Fils du feu 4 juillet 2018)

Boltansky (Christophe) (La cache 3 décembre 2015) (Le trait de côte 26 mai 2026)

Bombardier (Denise) (une enfance à l’eau bénite 4 janvier 2014)

Boncenne (Colombe) (Comme Neige 30 mai 2016)

Bondoux (Anne-Laure) (le Temps des Miracles 27 juillet 2009) (Pépites 11 janvier 2016) (Et je danse Aussi 28 janvier 2016) (L’aube sera grandiose 26 juillet 2021) (Valentine – ou la belle saison 23 janvier 2024)

Bonneau (Renée) (Meurtre chez Sir Alfred 4 décembre 2019)

Bonnefoix (Miguel) (Sucre noir 28 février 2018) (L’inventeur 3 aout 2023)

Bonnet (Laurent) ( Bordeaux, Carnet de Voyage 19 octobre 2012)

Bonnetto (Jérôme) (la certitude des pierres 15 mai 2023)

Bonnie (Julie (L’île aux Cigales 13 septembre 2024)

Bordas (Camille) (Isidore et les Autres 18 février 2019)

Bordenet (Camille) (Sous leurs pas, leurs années 2 mars 2026)

Bose (Buddhadeva) (la fille de nos rêves décembre 21 janvier 2012)

Boulay (Stéphanie) (A l’abri des hommes et des choses 25 mai 2023)

Boum (Hemley) (Le rêve du pêcheur 03 février 2025)

Bouraoui (Nina)( Standard 7 février 2014) mai)

Bourbon Parme (de) (Amélie) (Le secret de l’Empereur 29 mai 2017) (L’ambition 19 juillet 2024)

Bourdeaut (Olivier) (En attendant Bojangles 18 avril 2016)

Bourgeau (Vincent) (Au Secours Sortez moi de là 2 février 2017)

Bouysse (Franck) (Né d’aucune femme 1 octobre 2020)

Bowers (Cedar) (Astra 8 aout 2026)

Boyd (William) (L’attente de l’Aube 21 août 2013)(Orages Ordinaires 22 juin 2012)

Boyden (Joseph) (Le chemin des âmes 27 août 2009) (Les saisons de la solitude 24 septembre 2009)

Boyne (John) (L’Audacieux Monsieur Swift 11 octobre 2021) (les fureurs invisibles du coeur 24 octobre 2022)

Bragde (Anna B.)(Zona Frigida 14 novembre 2014)

Brasme ( Anne-Sophie) (Ce qu’on devient 24 juillet 2024)

Bredin (Jean-Denis) (L’affaire 19 juin 2015) (relecture de l’affaire 27 septembre 2021)

Brijs (Stefan) (Courrier des tranchées 10 septembre 2018)

Brink (André) (Une saison blanche et sèche 24 janvier 2014)

Brocas (Alexis) (Dieu dans la machine 20 mai 2019)

Brocas Sophie (le cercle des femmes 29 mars 2016) (le lit clos 21 mai 2026)

Bromfield (Louis) (Mrs Parkington 17 mai 2021)

Bronsky (Alina) (Le dernier Amour de Baba Dounia 4novembre 2019) Brooks (Géraldine) (Le livre d’Hanna 10 novembre 2009) (la solitude du docteur March 29 septembre 2010)

Bruck (Edith) (Contrechamp 26 Mai 2025)

Bruder (Jessica) (Nomadland 6 janvier 2020)

Brunet (Marion (L’été circulaire 26 aout 2021)

Bryson (Bill) (American rigolos 22 août 2012) (Motel Blues 12 septembre 2012) (une histoire de tout ou presque 28 septembre 2012) (Shakespeare antibiographie 5 janvier 2013) (Nos voisins du dessous 18 janvie13r 2013) (Une Histoire du monde sans sortir de chez moi 19 juillet 2014)(Des Cornflakes dans le Porridge 6 mai 2021) (Promenons nous dans les bois juin 2026)

Bui Doan (La Tour 24 avril 2024)

Bullwinkel (Rita) (Combats de filles 1 décembre 2025)

Burton (Jessie) (Miniaturiste 16 juin 2015)(Les filles au lion 21 septembre 2017)

Butler (Nickolas) (Le petit fils 14 décembre 2020)

C

Caillé-Bastide (Virginie) (Le Sans-Dieu 12 novembre 2018)

Calaciura (Giosué)( Borgo Vecchio 17 août 2020)

Calvetti (Paola) ( L’Amour est à la lettre A 8 février 2016)

Camus (Albert) (La Peste 21 juin 2024)

Campos (Llanos) (Le trésor de Barracuda 02 décembre 2019)

Campoy (Fred) (Une vie avec Alexandra David-Neel15 mars 2018)

Capek (Karel) (L’année du jardinier 1 février 2021)

Capus (Alex) (Le faussaire, l’espionne et le faiseur de bombes 7 septembre 2015)

Carerre (Emmanuel) (D’autres vies que la mienne 16 septembre 2006) (Un Roman Russe 22 mars 2017)

Carlain (Noé) (les nouveaux dinosaures 13 novembre 2011)

Carleton (Jetta) (Les fleurs de Lune 24 décembre 2009)

Carlier (Stéphane) (L’enterrement de Serge 8 octobre 2021) (Clara lit Proust 19 décembre 2022)

Caro (Fabrice) (Le discours 4 mars 2019) (Figurec 29 mars 2021) (Broadway 31 juillet 2023) (Samouraï 19 octobre 2023) (Fort Alamo 19 février 2026°

Cassidy (Anne) (Innocents 24 novembre 2009)

Cathrine (Arnaud)(Edvar Munch L’enfant terrible de la peinture 23 avril 2010)

Caugant (Caroline) (Les Heures Solaires 10 juin 2019)

Cauuet (Paul)( Les vieux fourneaux tome 1 15 décembre 2014)

Cayre (Hannelore) (La Daronne 28 août 2017)

Céline (Louis-Ferdinand) (Voyage au Bout de la Nuit 14 aout 2011)

Cendres (Axl) (la drôle de vie de Bibow Bradwley 19 décembre 2013)

Cercas (Javier) (le Monarque des Ombres 21 janvier 2019)

Cestac (Florence) (Un amour exemplaire 8 octobre 2015) Ceylan (Nuri Bilge) (Il était une fois l’Anatolie , 28 janvier 2012)

Chacour (Eric) (Ce que sais de toi 1 février 2024)

Chalendon (Sorj) (Retour à Killybegs 17 novembre 2011) (Le quatrième mur 26 novembre 2013) (Profession du père 13 février 2017) (Le jour d’avant 9 novembre 2017) (Le livre de Kells 5 février 2026)

Chambaz (Bernard) (Un autre Eden 23 novembre 2020)

Chang (Kang Myoung) ( Parce que je déteste la Corée 10 décembre 2017)

Chantreau (Jérôme) (L’affaire de la rue Transnonain 12 juin 2025)

Charles (Elise) (La demoiselle à cœur ouvert 19 aout 2021)

Chast (Roz) (Est ce qu’on peut parler d’autre chose, 7 mars 2016)

Châtelet (Noëlle) (Au Pays des Vermeilles 26 novembre 2009) (à l’école des filles 27 juillet 2026)

Chauveau (Sophie) (Noce de Charbon 1 février 2014)

Charles (Maryse et Jean-François) (Far Away 10 octobre 2012)

Charrel (Marie) (Nous sommes faits d’orage 22 décembre 2025)

Chaumaray (de) (Renaud (Quitter la vallée 8 décembre 2025)

Chedid (Andrée) (Le Message 26 octobre 2020)

Chesnel (Fanny) (Une jeune fille au cheveux blancs 14 juin 2011)

Chesnot (Christian) (Qatar : le sacret du coffre fort 19 mai 2014)

Chevalier (Tracy) (Prodigieuses Créatures , 14 aout 2011) (Le Récital des Anges 13 janvier 2015)

Chevelev (Mikhaïl) (le numéro un  mai 2023)

Chiarello (Fanny) (Une faiblesse de Carlotta Delmont 14 avril 2016) (Le ciel de tes yeux 9 novembre 2020) Chirousse (Myriam) (Miel et Vin 15 avril 2010)

Chomarat (Luc) (Le fils du professeur 4 janvier 2024)

Choplin (Antoine) (L’incendie 13 mars 2015) (Partie italienne 12 janvier 2023)

Choukri (Mohammed) (Le pain nu 8 mai 2017)

Cristau ( Antoine) (Ulysse et Cyrano 19 décembre 2024)

Christie (Michael) (Lorsque le dernier des arbres 21 février 2022)

Cipolla (Carlo M.) (les lois de la stupidité huma)ine 7 mai 2012)

Clarke (Brock) (guide des incendiaires des maisons d’écrivains 23 novembre 2009)

Claudel Philippe (Tous les soleil film 14 avril 2011) (L’arbre au pays Toraja 21 avril 2016) (les âmes grises 19 avril 2018)

Clemenceau (François) (Vivre avec les Américains 24 janvier 2010)

Clément (Camille) (L’Allemand de ma mère 29 juin 2023)

Clement (Jennifer) (Prières pour celles qui furent volées 9 mars 2015)

Cloarec (Françoise) (L’indolente le mystère de Marthe Bonnard 19 janver 2017)

Coatalem (Jean-Luc) (La part du fils 7 septembre 2020)

Coe (Jonathan) (La pluie avant qu’elle ne tombe 23 avril 2010) (expo 58 6 avril 2014)(le Royaune désuni 10 avril 2023)

Coetzee ( John Maxwell) (l’abattoir de verre 10 décembre 2018) (le Polonais 22 mai 2024) (Le Polonais 22 mai 2025)

Cognetti (Paolo) ( La félicité du Loup 26 mai 2022)

Cohen Hadria (Victor) (les trois saisons de la rage 3 décembre 2011)

Coher (Sylvain) (Nord Nord Ouest 10 avril 2015)

Collin (Philippe) (Le barman du Ritz 7 août 2025)

Colic (Vélibor) (Manuel d’Exil 7 juin 2021)

Colin (Jérôme) (Les dragons 21 octobre 2022)

Colize (Paul) (Toutes la violence des hommes 12 novembre 2021)

Coman (Carolyn)( Céleste et la banque des rêves 25 janvier 2013)

Commengé (Béatrice) (Le Paris de Modiano 14 août 2017)

Condé (Maryse) (L’évangile du nouveau monde 21 janvier 2022)

Confiant (Raphaël) (Rue des Syriens 6 mars 2017)

Conroy (Pat) ( Le Prince des Marées 4 avril 2016) ( la mort de Santini 14 septembre 2017)

Constable (Harriet) (La virtuose 4 septembre 2026)

Constantine (Barbara) (Tom petit Tom tout petit Homme Tom 24 février 2010) Cook (Eileen) (Ne dites pas à ma mère .. 5 juilet 2012)

Coop-Phane (Oscar) (Rose nuit 30 octobre 2023)

Cook (Kenneth) (à coups redoublés 23 avril 2010) (la vengeance du Wombat 23 avril 2010) ( Le Koala Tueur 22 Mai 2010)

Cordier (Daniel) (Alias Caracalla 25 décembre 2009)

Cossé (Laurence) (La grande Arche 10 mars 2018)

Cossery (Albert) (Mendiants et Orgueilleux 5 mais 2016)

Couderc (Frédéric) (Un été blanc et noir 24 janvier 2022)

Coulon (Cécile) (La langue des choses cachées 26 juin 2024)

Courtney Sullivan (Julie) (Maine 14 aout 2014)

Cressan (Séverine) ( Nourrices 15 décembre 2025)

Cressely (Arélien) (Par delà l’oubli 8 avril 2024)

Cronenberg (David) (Consumés 21 juillet 2020)

Crouzet (Thierry) ( Mon père ce tueur 11 aout 2025)

Crown (Jonathan) (Sirius 13 juin 2016)

Cuny-Le Callet (Valentine) (Perpendiculaire au soleil 14 avril 2023)

Curiol (Céline) (Les vieux ne pleurent jamais 7 avril 2016)

Cushman (Karen) (Le livre de Catherine 24 février 2010) Czapski (Joseph) (Proust contre la déchéance 5 juin 2017)

Cusk (Rachel) ( La Dépendance 30 mars 2024)

Cyrulnik Boris (le Laboureur et le mangeur de vent 1 aout 2022)

D

Dai (Sijie) (L’évangile selon Yong Sheng 24 février 2020)

Dalambert (Louis-Philippe) (Avant que les Ombres s’effacent 7 février 2018) (une Histoire Romaine 18 mars 2024)

Damas (Geneviève) (Si tu passes la rivière 25 avril 2015)

Daoud (Kamel) (Meursault Contre-Enquête 4 novembre 2014) (Houris 11 octobre 2024)

Daull (Sophie) ( Au grand Lavoir 18 mars 2019)

Darkanian (Pierre) (Le rapport Chinois 27 janvier 2022)

David (Michel) (Un bonheur si fragile 11 juin 2015)

Davidsen (Leif) (à la recherche d’Hemingway 24 juin 2010)

Davies (Carys) (Éclaircie 27 décembre 2025)

Davodeau (Etienne) (Le chien qui louche et les Ignorants 21 septembre 2014)

Davrichewy (Kéthévane) (Les Séparées 4 avril 2012) (Quatre Murs 15 mars 2014) (La mer noire 14 avril 2017)

Deck (Julia)( Propriété privée 5 octobre 2020)(Monument national 5 mai 2022)

Deen (Shulem) (celui qui va vers elle ne revient pas 4 mars 2026)

Deghelt (Frédérique) (La grand mère de Jade 14 janvier 2011)

Delacourt (Grégoire) (la liste de mes envies 4 janvier 2013) (La femme qui ne vieillissait pas 9 juillet 2018) (Polaroïds du frère 16 mars 2026)

Delaflotte Mehdhevi(Anne) (Le livre des heures 25 juillet 2022)

Delamotte (Isabelle) (le roman de Jeanne à l’ombre de Zola 24 novembre 2009)

Delanoe (Régis) (Augustine un siècle de Bretagne 17 février 2025)

Delecroix (Vincent) (La chaussure sur le toit 27 août 2009)

Delerm (Philippe) ( Quiproquo 7 mai 2024)

Delisle (Guy) (Les Chroniques de Jérusalem 5 février 2012)

Delmaire (Julien) (Minuit Montmartre 24 mars 2019)

De Luca (Erri) (le jour d’avant le bonheur 23 février 2012) (le tort du soldat 18 août 2014) (Le poids du papillon 11 mars 2019) (La nature exposée 25 novembre 2019)

Demir (Anaïd) (Maison-Mère 16 juin 2022)

Depestre (René) (Hadriana dans tous mes rêves 20 février 2010)

De Recondo Leonor (Rêves oubliés 7 juin 2012) (Revenir à toi 3 décembre 2021)

Desaché (Mathilde) (Le sigisbée 22 juillet 2026)

Desarthe (Agnès) (Le Remplaçant 20 août 2009) (Ce cœur changeant 29 février 2016) (Les bonnes intentions 5 novembre 2021) (le château des rentiers 5 janvier 202 (L’oreille absolue 26 janvier 2026)

Desjardins (Martine) (Méduse 8 janvier 2024)

Désérable (François-Henri) (Mon Maître et mon Vainqueur 14 janvier 2022)

Despentes (Virgine) (Apocalypse Bébé 21 novembre 2010)

Destremau (Yolaine) (White noise 24 février 2010)

Detambel (Régine) ( Trois ex 17 mai 2017 )

Deville (Patrick) (Peste et Choléra 29 juillet 2024)

Devillers (Sonia) (Les exportés 11 janvier 2024)

De Vigan (Delphine) (No et moi 27 août 2009)

Deya (Claire) (Un monde à refaire 6 juillet 2024)

D’Halluin (Bruno) (L’égaré de Lisbonne 3 aout 2015) (Jon l’Islandais 2 novembre 2015)

Dichter (Michaël ) ( On l’appelait Bennie Diamond 24 juillet 2026)

Dicker (Joël) (La Vérité sur l’affaire Harry Quebert 1 décembre 2009)

Didierlaurent (Jean-Paul) Le liseur du 6H27 26 décembre 2016)

Dilies (Abélard tome 1 et 2, 11 juillet 2016)

Di Matteo (Mathilda) (La bonne mère 8 janvier 2025)

Djavahery Java (Ma part d’Elle 28 septembre 2023)

Djavani (Négar) (Désorientale 03 mars 2023)

Doan Bui (La Tour) (24 avril 2024)

Dongala (Emmanuel) (Photo de groupe au bord du fleuve 14 juin 2011) (La sonate à Bridgetower 21 septembre 2021)

Donnadieu (Joffrine) ( Chienne et Louve 17 avril 2023)

Donner (Chris) (Mes débuts dans l’art 20 novembre 2014)

Donoghue (Emma) (Le pavillon des combattantes 11 juillet 2022)

Dorchamps (Olivier)(Ceux que je suis 16 septembre 2024)

Dorison (Xavier) (Ulysse et Cyrano 19 décembre 2024) (1629, l’effroyable histoire des naufragés du Jakarta 9 juin 2025)

Doucey (Bruno) (Indomptables 2 mai 2025)

Douglas (Louise) (Nos mensonges 10 décembre 2014)

Dowd (Siobhan) (L’étonnante disparition de mon cousin Salim 2 octobre 2009)

Doxiadis (Apostolos) (La Conjecture De Goldbach 16 aout 2018)

Doyle (Roddy) (The Commintments 25 octobre 2017)

Dreyfus (Pauline) (Ce sont des choses qui arrivent 18 décembre 2014) ( le déjeuner des barricades 2 février 2018)

Dryansky (Joanne et Gerry) (L’extraordinaire histoire de Fatima Mansour 22 mai 2010)

Dubois (Jean-Paul) (les accommodements raisonnables 22 février 2021) (Une vie française 2 septembre 2024) (Si ce livre pouvait me rapprocher de toi 6 septembre 2024) (Je pense à autre chose 7 avril 2025)

Dudek (Arnaud) (Une plage au pôle nord 8 mai 2015)

Duenas (Maria) ( L’espionne de Tanger 3 octobre 2016)

Dugain (Marc) (L’insomnie des étoiles 14 février 2011) (la volonté 4 avril 2022)

Dumont (Martin) (Tempo 16 mai 2024)

Duneton (Claude) (Rires d’hommes entre deux pluies 16 novembre 2011)

Duong Thu Huong (Terre des Oublis 26 mars 2026)

Dupont-Monod (Clara) ( le roi disait que j’étais le diable 25 février 2015)

Duroselle (Jean-Baptiste) (La grande guerre des Français 1914/1918 30 mai 2012)

Duroy (Lionel) (Le chagrin 15 septembre 2011)

Dutaillis (Olivier)(Albert et Charlie 20 juillet 2023)

Duteurtre (Benoît) (Les pieds dans l’eau 27 juiller 2009) (Le Retour du Général 22 mai 2010) (l’Ordinateur du Paradis 8 décembre 2014) (Livre pour adulte 21 août 2017)

Duyck Alexandre ( Augustin 8 avril 2019) (Avec toi je ne crains rien 30 aout 2024)

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

Après « Ce sont des choses qui arrivent« , j’ai eu un grand plaisir à retrouver cette auteure. Elle a un ton bien à elle pour évoquer les petits travers des « grandes » heures de gloire de la France, et même le tragique prend un air quelque peu ridicule. Nous sommes en Mais 1968, le 22 pour être précis. Tout Paris retentit de la révolte étudiante et subit les contraintes de la grève générale qui paralyse l’approvisionnement et les transports. Tout Paris, soit mais qu’en est-il des hôtels de luxe et du personnel peu formé pour exprimer des opinions personnelles et encore moins libertaires. Que pense donc, le personnel et les habitués du Meurice ? Son décor n’inspire pas la contestation :

Il n’empêche ! le Chef de Rang, Roland, a organisé une assemblée générale du personnel qui a voté l’autogestion. Seulement voilà, ce jour le 22mai 1968, c’est aussi, le jour ou la richissime Florence Gould doit remettre « le prix Nimier » à un jeune écrivain. Le personnel décide de montrer qu’il est fort capable de se passer du directeur et organise une soiré en tout point remarquable. Pendant ce temps le directeur réunit ces confrères du Ritz, du Plazza, du Lutetia et du Crillon pour savoir que faire devant cette situation quelque peu inédite. Cela permet à l’auteur de donner vie à un autre endroit stratégique de l’hôtel, le bar :

Peu de problèmes résistent à l’alcool et à l’argent. C’est la morale de ce roman. Sans doute vous serez vite curieux de connaître le romancier récompensé, comme l’ex ministre de la culture Fleur Pellerin, les vieux compagnons de table de Florence ne l’ont pas lu et seraient bien en peine de parler de son livre. En mai 1968 le prix Roger Nimier a été attribué à Patrick Modiano, et ce prix lui a été remis par des écrivains proches de la collaboration. Pauline Dreyfus a un vrai talent pour faire revivre ces gens si riches et si oisifs, elle ne les charge pas mais rend bien leurs aspects superficiels. Et son talent ne s’arrête pas à « croquer » caprices des gens trop riches avec humour,(la scène du repas de l’ocelot de Salvador Dali est aussi cruelle que drôle !)

L’auteure sait aussi nous rendre plus proche les obsessions littéraires de Patrick Modiano, qui dit de lui même qu’il a hérité du passé de la guerre qui n’était pas le sien. Or, ces mêmes salons furent le siège de la Kommandantur et ce sont les mêmes suites qui furent les logements de fonction des occupants et du général von Choltitz. Tous les personnages du fameux dîner ont existé et certains personnages ont dû s’amuser à se retrouver sujet de roman. Un personnage fictif existe, un homme qui a mis toutes ses économies dans une semaine au Meurice avant que le cancer ne l’emporte. Il est le seul à avoir lu et avoir compris le roman, et c’est lui aura le mot de la fin avec une chute qui m’a peu convaincue. Le roman n’avait pas besoin de ce hasard là.

Citations

Grève au Meurice

Depuis hier, même les Folies Bergères sont occupées par le personnel. Ce que les filles à plumes peuvent faire, je ne vois pas pourquoi nous n’en serions pas capable. Sinon nous allons passer pour le dernier des Mohicans. Votons une motion !

La grande Histoire et la petite

En apprenant que le Meurice avait, lui aussi, été contaminé par la révolution qui gangrenait le pays, le ministre s’était senti personnellement insulter. Il tenait en grande estime le directeur de l’hôtel, qui lui consentait des prix inférieurs à ceux du marché, au motif que l’Histoire n’est qu’une éternelle répétition et qu’autrefois, Louis Napoléon Bonaparte avait élu Le Meurice pour abriter ses amours avec Miss Howard. Une actrice, déjà. Un homme politique, encore. L’adultère, toujours.

Florence Gould et son passé pendant et après la guerre ou le pouvoir de l’argent.

Au bout d’une journée entière de laborieux palabres ponctués de protestations indignées, Florence avait dû son salut à son carnet de chèques. Le montant qu’elle avait inscrit était si élevé qu’elle avait pu regagner son domicile le soir même.
 Pour tout le monde et surtout pour l’avenir, cet épisode serait à classer dans la catégorie des calomnies. Même si elle avait été brève, l’expérience lui avait paru humiliante. Ces déjeuners où se presse le Tout-Paris de la littérature, c’est sa revanche. Plus personne ne lui reprochera ses fréquentations.(Hormis , post mortem, ses biographes, mais avec une telle mansuétude que le péché devient erreur de jeunesse : « Forence, après c’est sévère enquête du gouvernement français, américain et monégasque, est vite lavée de tout soupçon même si elle a manqué de discernement dans le choix de certains amants » litote délicieuse !)

L’homme des renseignements généraux au bar du Meurice

Il est des missions plus agréables que d’autres. Au perrier rondelle a succédé le whisky, puis le Dry Martini. Aussi, à cette minute, son esprit est-il si brumeux qu’il serait incapable de faire la différence entre un situationniste et un maoïste.


Éditions Albin Michel, 578 pages, octobre 2025

traduction révisée de l’américain par Guillemette Belleteste

De cette écrivaine américaine j’ai déjà lu « des vies à découvert« , j’ai assez bien aimé ce roman, mais que c’est long ! Il y a vraiment quelque chose qui ne passe pas entre les romans américains et moi. Les auteurs ont besoin de tellement de pages pour installer leur récit, que j’y vois une forme de prétention, comme si, ce qu’ils écrivaient, méritaient bien que les lectrices ou lecteurs restent avec leur œuvre plus longtemps que pour un roman européen : on est en Amérique, pays où tout est plus grand qu’ailleurs même les romans.

Mon agacement étant passé, je dois dire que j’ai bien aimé cette lecture et la façon dont cette autrice raconte les évènements qui ont secoué le Congo lors de son indépendance en 1961. La famille d’un pasteur complètement azimuté entraîne sa famille au Congo pour annoncer la bonne parole de Jésus à une population qui n’en a rien à faire, et qui surtout refuse le baptême dans une rivière infestée de crocodiles. Le roman est raconté du point de vue de sa femme, Orleanna, leur aînée Rachel, les jumelles, Adah et Leah, et la petite dernière Ruth May.

Quand ils arrivent en 1959, toute la famille vit sous la férule de ce Pasteur intransigeant et les enfants ne remettent pas en cause ses principes religieux. L’Afrique va très vite attaquer tous les beaux discours de ce Nathan, plus abruti que la moyenne des pasteurs baptistes. Il refusera de partir au moment de l’indépendance mettant sa famille dans une situation proche de la famine. Finalement la mort de le petite dernière provoquera le départ de sa femme avec Adah.

Chaque protagoniste de cette histoire apporte un éclairage différent :

 

  • Rachel l’aîné est l’adolescente typique américaine , elle est sotte et ne pense qu’à ses beaux yeux bleus et ses cheveux blonds , si, déjà, l’auteure avait évité ce personnage peu crédible, elle aurait allégé d’autant son récit.
  • Leah, est une enfant intelligente et qui veut comprendre le monde qui l’entoure , elle est au départ complètement soumise à son père, mais c’est elle qui le rejettera le plus fort et c’est aussi grâce à elle que le lecteur comprendra le mieux ce qui s’est passé au moment de l’indépendance. Elle se marie avec un congolais et fera sa vie avec lui plutôt en Angola pour éviter la milice de Mobutu.
  • Adah sa sœur jumelle est née avec un demi cerveau et ne parle pas, mais on apprendra plus tard qu’en fait elle est tout à fait normale et deviendra médecin grâce à des études brillantes aux USA.
  • Ruth May joue avec les petits congolais et semble heureuse parmi eux, malheureusement elle ne prend pas ses médicaments contre la malaria. Elle sera très malade et finalement mourra d’une morsure de serpent. Sa mort provoquera , enfin, le réveil de sa mère.
  • La mère est de plus en plus paniquée par la peur pour ses filles, elle doute de plus en plus des capacités de son mari et ressent une énorme culpabilité à ne pas être partie plus vite. Elle a un regard plus ouvert que son mari sur les Africains et à son retour elle luttera pour les droits civiques des noirs aux USA.
  • Nathan le père n’est raconté, jusqu’à sa mort seul dans une forêt, ô combien inhospitalière, par ces cinq femmes.

L’ intérêt du roman, c’est le récit des évènements lors de l’indépendance de ce pays qui avait été colonisé par la Belgique. Les Congolais étaient ravis d’avoir voté pour Patrice Lumumba, qui est devenu président de la république. Les Américains qui avaient peur que la richesse de ce pays passent dans les mains des communistes russes, fomentent un coup d’état et impose le tristement célèbre le dictateur Mobutu. Commence alors une répression féroce dont sera victime Anatole l’instituteur mari de Leah.

On voit aussi dans ce roman la difficulté de vivre dans un pays entouré d’une nature totalement hostile, et dont la population est aussi victime de préjugés bien ancré dans des traditions que rien ne peut affaiblir.

Je recommande ce roman, si vous avez beaucoup de temps devant vous et que vous pouvez plus calmement que moi supporter le comportement étroit, stupide, raciste, pervers de Nathan Price pasteur de son état et américain de surcroit .

Extraits.

Début.

 Imagine une ruine si étrange qu’elle n’aurait jamais dû être. D’abord, représente toi la forêt. Je veux que tu en sois la conscience, que tu sois les yeux dans les arbres. Des fûts d’écorce lisse et mouchetée telles des bêtes musculeuses qui auraient poussé en dépit du bon sens. Le moindre espace fourmille de vie : de délicates grenouilles venimeuses aux peintures de guerre en forme de squelette, accolées en pleine copulation, sécrétant leurs œufs précieux sur les feuilles ruisselantes. Des lianes étranglant leurs semblables dans leur éternelle lutte pour la lumière du soleil. La respiration des singes. Le glissement du ventre d’un serpent sur une branche. Une armée de fourmis débitant un arbre géant en grains uniformes qu’elles entraînent vers d’obscures profondeurs à destination de leur reine vorace. À laquelle répond un cœur de jeune plans surgit de souches pourries aspirant la vie de la mort. Cette forêt se dévore elle-même, vivante à jamais.

Arrivée au village au Congo.(pour pouvoir emporter en avion toutes leurs affaires, la mère et les filles portent le maximum d’objets sur elles )

 Nous sommes restés un moment à cligner des yeux, à regarder fixement à travers la poussière, une centaine de villageois sombres, minces et silencieux, qui oscillaient légèrement tels des arbres. Nous avions quitté la Géorgie au milieu d’un été de pêchers en fleur, et nous nous retrouvions dans un inquiétant brouillard ocre et sec, qui ne ressemblait strictement à rien de ce que nous connaissions en matière de saison. Avec toutes nos couches de vêtements nous devions ressembler à une famille d’Esquimaux lâchés dans la jungle. 
Mais c’était là notre fardeau et nous avions besoin de tant de choses ici. Chacune de nous arrivait chargée en outre d’un objet qui la meurtrissait sous ses vêtements : un marteau à pied de biche, un recueil de cantiques baptistes, ces précieux objets occupant l’espace libéré par quelques frivolités que nous avions trouvé la force de laisser derrière nous. Notre voyage s’était révélé une difficile recherche d’équilibre. Mon père, bien sûr apportait la parole de Dieu, qui, elle, heureusement ne pèse rien du tout…

Les noirs vus par la plus jeune.

 Noé a condamné tous les enfants de Cham à être des esclaves pour toujours, toujours. C’est pour ça qu’ils sont devenus noirs. 
Chez nous, en Géorgie, ils ont leur école à eux, comme ça ils peuvent pas faire les malins à l’école de Rachel ou à celle de Léa et Adah. Léa et Adah sont surdouées, mais il faut quand même qu’elles aillent à l’école comme tout le monde. Mais pas les enfants de couleur, le monsieur de l’église dit qu’ils sont pas comme nous, qu’ils doivent rester de leur côté. Jimmy Crow a dit ça, et c’est lui qui fait le règlement. Ils ont pas loin non plus d’entrer au restaurant de White Castel, ou maman nous emmènent boire du Coca ou au zoo. Leur jour de zoo, c’est jeudi. C’est dans la Bible..

Le perroquet, Mathusalem, jour de pluie. Humour

À l’extérieur, nous disposons d’une longue galerie ombreuse que notre mère originaire du Mississipi appelle « véranda ». Mes sœurs et moi, nous adorons traîner là dans nos hamacs, et nous avions hâte d’y retourner même le jour de notre première pluie. Mais les rafales soufflaient en diagonale, fouettant les murs et le pauvre Mathusalem indistinctement. Lorsque ses cris devinrent par trop pathétiques et insupportables, notre mère, le visage fermé, rentra sa cage à l’intérieur et la posa près de la fenêtre, où l’oiseau poursuivit ses commentaires étatiques. Le révérend se mit à soupçonner cette tapageuse créature, non contente d’être papiste, de féminitude latente.

D’où le titre.

 J’examine mes filles, aujourd’hui adultes, cherchant chez elles le signe d’une certaine forme de paix. 
Comment est-elle fait, alors je suis resté traquée par la crainte d’être jugée ? Les yeux dans les arbres donnent sur mes rêves. De jour, ils surveillent mes mains déformée pendant que je gratte le sol de mon petit jardin humide. Qu’attends-tu de moi ? Quand je lève les yeux avec mon regard de vieille folle, quand je parle toute seule que veux-tu que je te dise ?

Charmant programme !

La Bible dit :
 « Dieu dit aussi à la femme : Je vous affligerai de plusieurs maux pendant votre grossesse ; vous enfanterez dans la douleur. Vous serez sous la puissance de votre mari et il vous dominera. »

L’horrible pasteur.

 Une fois privés de notre allocation et de tout contact avec le monde extérieur à cause de l’indépendance, il apparut que le projet de Dieu voulait que Mère et Ruth May soient malades à en frôler le trépas. Brûlantes, couvertes de taches, la langue chargée, épuisée évoluant au ralenti, elles atteignirent la limite la plus extrême de ce que l’on imagine généralement, constituer un corps humain en vie.
 Le révérend semblait ne pas s’en préoccuper. Il poursuivait son œuvre missionnaire, laissant ses trous aînées en charge du foyer, pendant qu’il s’en allait visiter les âmes en péril ou voir Anatole dans le but d’imposer un enseignement biblique au jeune garçon. Ah, cette fameuse bible ou n’importe quelle âne doté d’une mâchoire rencontre son heure de gloire. Anatole, évidemment n’était pas très chaud. Souvent le révérend se contentait de sortir et d’arpenter seul la rive du fleuve pendant des heures, soumettant ses sermons aux jugements des lis des champs qui les comprenaient à peu près aussi bien que ses fidèles et qui, franchement se montraient un bien meilleur auditoire.

La différence entre le colonisé et le colonisateur vu par une enfant.

 Je pensais à la demeure des Underdown, , à Léopoldville avec ses tapis persans son service à thé en argent et ses petits biscuits au chocolat, entouré de kilomètres de bidonvilles et d’affamés. Peut-être que des jeunes aux pieds nus arpentaient cette maison au même moment, pillant le placard à provisions presque vide et mettant le feu aux rideaux dans une cuisine qui sentait encore le savon désinfectant de la maîtresse de maison. Je ne pouvais affirmer qui avait tort, qui avait raison. Je voyais bien ce que voulait dire Anatole en parlant de boa et de poules vivant au même endroit : vous pouviez suivre à la trace les écailles ventrales de la haine. Je jetai nerveusement un coup d’œil vers notre propre habitation sans tapis ni argenterie, mais cela avait-il tant d’importance ? Jésus nous protègerait-Il ? Lorsqu’Il sonderait nos cœurs pour juger de notre valeur, y trouverait-Il de l’amour pour nos prochains congolais ou du dédain.

 


Éditions Gallimard (157 pages, août 2021)

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

Mais les secrets qu’on enterre ne meurent pas pour autant. S’ils n’éclatent pas au grand jour, ils exhalent des vapeurs contre lesquelles on ne peut rien.

Un roman très facile à lire, en 157 pages, Lilia Hassane couvre l’ensemble de l’émigration algérienne en France. Des années 1950 à nos jours.

Elle suit la famille de Saïd et Naja. Dans un premier temps Saïd est recruté seul en France comme manœuvre dans une usine, il parvient à faire venir sa famille : sa femme et ses quatre filles. Le frère de Saïd, Kader, est marié à une française, Êve ; mais ils ne peuvent pas avoir d’enfants. Quand Naja attend son cinquième enfant, elle finit par accepter de le donner à Êve et Kader. Mais alors que Nja attendait un enfant, ce sont des jumeaux qui arrivent, alors Daniel sera déclaré comme l’enfant d’Êve et Amir restera auprès de Naja.

C’est le lourd secret qui traverse ces deux familles qui resteront proches l’une de l’autre. Des secrets, il y en a un autre, celui d’Êve, je pense que je divulgâcherait le roman si je le disais, il vous faudra lire ce roman pour le savoir.

L’auteure raconte rapidement tout ce que l’on sait de la condition des émigrés algériens en France, c’est un survol exact mais trop rapide. L’aspect le plus fouillé et qui m’a semblé le plus intéressant est la relation entre Daniel et Amir qui se croyaient cousins alors qu’ils sont frères. Ce roman raconte, aussi, la violence des pères algériens, le peu de possibilités pour les filles d’échapper aux traditions, la soumission des femmes, la drogue, l’homosexualité et le Sida … en 150 pages , Voilà ce qui explique seulement trois coquillages, trop de choses survolées. (Il ne manquait que l’emprise de l’islamisme et le terrorisme !)

 

 

Extraits.

Début.

1969
Wilaya de Séville, Algérie.
 D’abord la lumière blanche, la ville nue vestige de silence. Des mosaïques pavaient entrée des villas dont il ne restait que les murs, les bassins avaient séché depuis longtemps déjà.
 Les ruines de Djémila hébergent des fantômes, on les avait pourtant prévenus.
 Mais les enfants revenaient chaque été, ils dépassaient le temple de Vénus, arpentaient les allées de la cité antique réanimaient et statues. Dans cette oasis de pierre, perdue dans les montagnes de l’Aurès, ils campaient des personnages. La scène de l’amphithéâtre romain devenait une arène, leurs sandales frottaient contre la terre, dérapaient sur les cailloux. Les duels pouvaient durer des heures jusqu’à ce que les petites victimes de ces luttes fratricides se lassent de rester coucher contre les sols.

Donner son bébé ?

 Naja, pensa à son ami toute la journée, passant d’une émotion à une autre. D’abord, la colère. Elle songeait au berceau, au gilet en laine, qu’elle lui avait donnés, « non, décidément rien n’était jamais gratuit ». Elle songeait qu’elle ne possédait rien, si ce n’est l’étrange pouvoir de donner la vie , et qu’Ève était déjà bien assez gâtée. Mais au fur et la mesure des heures, elle fut envahie par un sentiment différent. Le cerveau humain est si bien fait qu’il vous console avant les coups. C’est l’expérience du deuil : on souffre après. Au départ, on se représente la belle vie que le défunt a eue, on témoigne, on discourt, on pose. Mais quelques jours plus tard, il n’y a plus que la solitude et le manque. C’est exactement ce que Naja vivait alors. Elle oscillait entre le vide et l’espoir, et c’est l’espoir qui gagnait – pour un temps. Elle ne pouvait cesser d’imaginer son amie, un bébé dans les bras, et cette vision étrangement l’apaisait. Elle savait, la reconnaissance éternelle qu’Ève aurait à son encontre, et ce lien indéfectible, infini entre elles. Surtout, elle imaginait la vie de son enfant dans une maison confortable, une existence entourée de livres, la promesse d’un avenir sans nuage. Elle voyait la liberté qu’il aurait, les rêves qu’il saurait réaliser, Avoir le choix tout était là. Elle qui avait toujours suivi le fil de son destin, sans broncher, sans se plaindre.

Le mariage et la condition de la femme.

 Elle voulait savoir si on pouvait choisir un mari qu’on aimait pas, juste pour obéir aux conventions sociales ou aux traditions. Cela réfléchit un instant, puis elle retira son alliance et la lui passa au doigt : » Le voilà, le précieux sésame. Le mariage ce n’est pas plus que ça. On en fait tout un flan, mais tu sais, Sonia, l’amour, c’est autre chose. On parle de l’année 68, de la révolution sexuelle de la libération des mœurs, mais ces idéaux ne sont réservées qu’à une certaine caste. Au fond, qui est libre ? Quelle femme peut aujourd’hui multiplier les relations amoureuses sans être insultées ou moquées ? La parisienne libertine, la féministe de Saint Germain, la femme de notable excentrique, mais pas Mme Tout-le-Monde. Mme Tout-le-Monde, elle doit se marier faire des enfants et si elle a désormais le droit de divorcer, Mme Tout-le-Monde a rarement le bon salaire est donc tout à y perdre. Je crois que le jour où les femmes n’auront plus besoin de se positionner en fonction des hommes, en bien ou en mal, d’ailleurs, on aura fait un grand pas. »


Édition folio (473 pages -écriture petits caractères) (mai 2006 première édition en 1972)

Traduit de l’anglais par Sylvie Servan-Shreiber

Une amie est venue passer un petit Week End avec moi, et m’a offert ce roman, quel plaisir de lecture, et cela ne m’étonne pas que ce soit elle qui m’ait offert ce livre, elle adore tout ce qui vient de Grande Bretagne et adore les civilisations étrangères. Un grand merci pour ce plaisir partagé.

Je suppose que vous êtes nombreuses à avoir déjà lu ce roman, je rappelle la trame narrative : Mary Mackenzie se marie avec Richard attaché militaire en Chine, nous sommes en 1903. Son voyage est très long (et un peu long à lire aussi), mais dès qu’elle arrive en Chine, la façon dont elle décrit ce pays rend son récit passionnant, tellement plus que son mariage. Elle aura une petite fille mais son mari est si peu présent, qu’elle vit un grand amour avec un chef militaire japonais dont elle attend un enfant. Son mari la chasse et lui enlève sa fille.

La deuxième partie du récit se passe au Japon car son amant avait suivi le parcours de sa maîtresse et elle peut vivre dans une petite maison , elle aura un fils Tomo qui comble de l’horreur, lui sera retiré par son mari. La voilà seule au Japon où elle arrivera à mener une vie indépendante le cœur déchiré par l’absence de son enfant.

Ce que je viens de dire n’est qu’une toute petite partie de l’intérêt du roman. L’auteur a lui même une double origine : japonais et anglaise, il raconte très bien à la fois la culture écossaise, britannique et les civilisations d’Asie, chinoise et japonaise. Le roman mélange les lettres que Mary a envoyées à sa mère et son journal intime, elle décrit la misère en Chine et le monde des délégations étrangères. On est si loin du regard habituel des colonisateur dominants, ou de touristes attirés par l’exotisme, Mary sait voir la misère et la décrire, et s’étonner des pouvoirs exorbitants de l’Angleterre ou de la France. Comme celui de pouvoir s’attribuer une partie du territoire chinois. Elle raconte aussi ses rencontres avec du personnel des différentes ambassades. Mais la partie la plus intéressante se passe au Japon. Ce pays y est décrit de 1905 à 1942. Elle va réussir à survivre en se débrouillant pour travailler dans ce pays . Elle commence par travailler dans un grand magasin en vendant des robes à la mode anglaise pour des femmes qui ont envie de s’occidentaliser. Mais très vite, un peu trop pour elle, les Japonais, arrivent à fabriquer eux mêmes sans avoir besoin des services d’une femme occidentale qui de plus a été répudiée par son mari britannique et qui a été la maîtresse d’un Japonais . Tout cela se sait, et on s’en sert contre elle à chaque fois qu’on a envie de se débarrasser d’elle. Elle va finir par bien gagner sa vie et se trouver une maison ancienne au bord de la mer. Elle arrive à comprendre ce pays dont elle a réussi à apprendre la langue et sent combien ce pays est traversé par des tensions nationalistes très dangereuses surtout pour les pays voisins. Elle rencontrera des personnalités étonnantes comme cette noble qui refuse la place traditionnelle de la femme et qui voudrait que les Japonais sache que leur empereur est un homme et pas un Dieu. Elle a fait de la prison car elle a OSÉ regarder l’empereur au lieu de se prosterner à son passage. Ah l’art des courbettes … je vous ai recopié le passage o ù elle le raconte. Mais il y en a tant dans ce roman, de détails de la vie des puissants et des petites gens

Evidemment en 1942, elle est obligée de partir et le roman se termine, et sans rien vous dévoiler de l’intrigue sachez qu’il sera de nouveau question de ses deux enfants. Et que la turpitude de son mari est encore pire que ce qu’elle avait imaginé. Quel roman je suis certaine de relire certains passages juste pour le plaisir !

En 2011 Choup avait fait un billet avec plus de réserves que moi.

Extraits

Début.

 J’ai été malade hier pour mon anniversaire, alors que je n’avais pas eu le mal de mer pendant la traversée de la baie de Biscaye*, ni même à Malte pendant cette tempête. C’est un peu bête d’avoir été malade sur une mer aussi petite que la mer Rouge, mais quand je suis montée au coucher du soleil sur le pont – pour échapper au gémissement de Mme Carswell – le second est venu s’accouder près de moi et il m’a dit que je n’avais pas supporté les lames de fond de Somalie.
(La baie de Biscaye que les français appellent le golf de Gasconne)

Mariage à partir d’une photo.

 Je me suis demandé pourquoi j’allais en Chine épouser Richard, et je n’ai trouvé aucune réponse, rien qu’une impression désespérante de vide absolu. Je ne voyais même pas son visage, comme si ma mémoire se refusait, à présenter son image. Ce qui est affreux, c’est que même maintenant quand j’essaie d’imaginer ses traits, je n’y arrive pas. Nous n’avons pas échangé de photographies. Je ne possède qu’un petit instantané de lui dans les Highlands, debout à côté du cheval qu’il venait de monter. Mais c’est surtout le cheval que l’on voit bien.

Concessions en Chine.

 Mon hôtel est dans la concession française. Je n’avais jamais entendu parler des concessions et c’est le vice-consul venu à ma rencontre, qui m’a expliqué de quoi il s’agissait. Apparemment, les grandes puissances ont pris des morceaux de Chine et y ont établi leurs propres lois, les autochtones ne pouvant y pénétrer que comme des étrangers, ce qui semble assez bizarre.

Les règles.

 Je me suis réveillé ce matin avec un mal de tête et dans cet état, que les femmes doivent supporter.

 Habitudes vestimentaires.

 Il y a aussi un grand étalage de bijoux qui frisent presque la vulgarité, quoique je me sois rendu compte, en rendant visite à la famille de Richard, à Norfolk, que c’était une habitude convenable en société pour le dîner dans les campagnes anglaises. Ils s’habillent très ordinairement dans la journée, ils se transforme en paons le soir. Moi, je me sentais comme une faisane écossaise, mais je n’avais évidemment pas ma belle robe en soie bleue ce jour-là.

Vie sexuelle d’une dame anglaise.

 Je me demande si Richard n’a guère envie de me voir le matin parce qu’il ne tient pas à se souvenir de la nuit et de sa visite dans ma chambre. Je ne tiens pas non plus à me le rappeler.

Dans l’ambassade russe.

 Je suis allée à la légation russe mais pas pour rencontrer leur ambassadeur qui est en ce moment à Vladivostok. Notre hôte était le premier secrétaire, un comte qui porte assez de médailles pour avoir fait dix guerres, même s’il n’a pas l’air d’être le genre à avoir jamais pris part à un combat. Comme Marie m’en avait prévenue, la conversion était parfaitement inintéressante et les hommes ont bu trop de vodka, qui est leur whisky, mais semble insipide. J’étais en train de me demander quel intérêt, il pouvait bien y avoir à en boire, quand Richard m’a emmenée très subitement, parce que comme Marie me l’a expliqué par la suite, nos collègues russes étaient tout à coup un peu trop détendus

les mains de l’impératrice de Chine.

 Ce n’était pas une main ordinaire, mais un éblouissement de griffes en or. J’avais entendu parler de ses étuis à ongles mais les voir pour la première fois m’a quand même donner un choc. Ils avaient au moins trente centimètres de long sinon plus sur les doigts principaux, et même si l’or en était aussi fin que possible, ces étuis protégeant des ongles qui n’ont jamais été coupés devaient être affreusement lourds. L’impératrice ne peut rien faire toute seule à cause d’eux. Elle doit être nourrie, habillée, servie en tout et en permanence par les dames de la cour ; elle doit même se coucher sans ôter ses étuis à ongles. Je suis resté une minute ou deux à me poser des questions à leur propos, les yeux rivés sur ces mains qui reposaient à nouveau sur ses genoux, comme les nervures repliées d’un éventail. Chacune des bouchées qu’elle avale doit être mise dans sa bouche par quelqu’un, et l’impératrice qui règne sur le plus grand nombre de sujets sur terre après le roi Édouard est aussi dépendante qu’un infirme sans bras. Il ne faut donc sans doute pas s’étonner qu’elle se conduise de temps à haute comme une démente.

Le théâtre japonais.

 J’ai vraiment beaucoup aimé ce théâtre, où, tandis qu’un acteur était sur le point de s’éventrer sur scène, avec à l’arrière-plan un décor en papier de cerisiers en fleur, les gens de la loge voisine pouvaient être complètement absorbés par la nécessité de faire passer le hoquet du grand papa, visiblement du à une trop grande consommation d’alcool de riz.

Les courbettes.

 Je commence à en savoir long sur les courbettes japonaises. On pourrait écrire un livre sur l’art des courbettes, qui est soumis à des règles encore plus strictes que la composition florale. Il y a des courbettes pour ceux qui vous sont socialement égaux, selon les circonstances de la rencontre, il y en a pour les supérieurs, pour les domestiques, pour les commerçants, et même pour les conducteurs de tramway. Il y a des courbettes, des hommes aux femmes toujours légères, et celles des femmes aux hommes, toujours très profondes. Plus une collection impressionnante de courbette aux femmes entre elles, qui sont un langage en elle-même. Sans prononcer un seul mot, une dame peut vous placer exactement au rang qu’elle estime être le vôtre et vous ridiculiser parfaitement si vous n’avez pas compris le statut qui vous était assigné, ce qui est généralement le cas, pour les nouveaux venus dans ce pays qui est le plus poli au monde.

Les villes japonaises.

Il m’arrive de rêver à ce merveilleux pays fleuri qu’évoquaient pour moi ces livres sur le Japon que vous me donniez à lire à Pékin. Je ne dis pas ça par méchanceté, Marie, mais vos voyages dans ce pays ont dû avoir lieu au moment de la floraison des cerisiers, et vos excursions partir des meilleurs hôtels. Je me souviens de votre extase à propos de Nikko, où je ne suis pas encore allée, mais il n’est pas possible que les villes vous aient paru belles. De mon point de vue qui est probablement partial, surtout quand je pense à Osaka, les villes japonaises sont les plus laides que je connaisse. Tokyo à du charme, mais à part le palais impérial avec ses grandes douves, il n’y a pas grand-chose à voir. De tous les côtés, en partant d’un centre au magasin de briques rouges, s’étendent à perte de vue ce qui semble être des kilomètres (quand on est dans un tramway qui cahote) de petites maisons grises à deux étages au toit de tuiles grises, avec pour seules décorations d’énormes poteaux surchargés de fils électriques et téléphoniques. Les allées sont plus agréables, étroites et serpentantes, et j’aime assez la mienne, mais ce n’est franchement pas beau.

La modernisation du Japon.

 Même parmi mes élèves masculins à l’intelligence plutôt faible, apprendre ne concerne que les choses pratiques, et rien d’autre et par « pratiques » on entend fabriquer au Japon le moindre objet, depuis des taille-crayons jusqu’aux énormes paquebots, de façon à ne bientôt plus dépendre des pendre du monde extérieur, sauf pour les matières premières. Quand je suis rentré chez Mazukara, nous importions presque tout notre tissu d’Europe, et quand j’en suis partie, tout venait de fabriques locales, jusqu’à des imitations de tartan écossais ! C’est la vitesse à laquelle se fait ce changement qui est presque effrayante.

La façon dont une femme japonaise doit parler à un supérieur homme.

 

Bien peu de femmes occidentales s’embarrassent de telles subtilités, mais je les ai offertes en allégeance à un gras serviteur de la loi, lui expliquant que j’étais une pitoyable femme venue de Tokyo qui n’avait d’autre choix que de se jeter humblement à ses pieds, en espérant qu’il daignerait résoudre son problème.


Éditions Actes sud, 320 pages, août 2025

 

Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde. (Albert Camus)

J’avais été très déçue par un livre de cette auteure qui a pourtant connu un grand succès « Kinderzimmer » , en revanche « l’île Haute » m’avait beaucoup plu. Pour ce livre, mon avis est mitigé, il y a des aspects qui m’ont beaucoup plu et puis j’ai aussi des agacements qui m’ont empêchée de lui mettre plus de coquillages. Gambadou a beaucoup moins de réserves que moi, et elle m’a donné envie de lire ce roman.

Je commence par ce qui m’a agacée : l’accumulation des mots qu’il faut rechercher, j’en donne quelques exemples mais il y en a tellement : « plumbago », « bigaradier »,  » micocou », « benzoate d’émamectine » … ce sont des mots qui ne sont utilisés qu’une seule fois et pour moi ils obscurssissent et alourdissent le récit. En revanche le mot « stipe », mot exact pour ce que j’appelais le tronc du palmier est un mot important pour le récit et je l’ai appris et je comprends que l’écrivaine ait voulu utiliser le mot exact. (Son livre sur ma photo est adossé à un stipe.)

J’ai aussi été agacée par la façon dont les personnages arrivent dans l’histoire, de temps en temps, elle parle de son père, puis de Marco, qui est la même personne sans que le lecteur comprenne pourquoi elle utilise ces deux appellations, sa mère, de la même façon est sa mère ou Annabelle. Les autres personnages arrivent dans la narration sans que l’on sache bien qui ils sont par rapport à la narratrice.

Enfin dans la construction même du récit, je ne comprends pas alors qu’on a fait témoigner cette enfant après l’agression dont elle a été victime à la gendarmerie pourquoi il a fallu autant de temps pour que la famille comprenne que Vive doit absolument aller voir un psychologue alors que depuis ce jour là elle n’a pas pu dormir seule dans sa chambre.

Mais malgré ces remarques, j’ai beaucoup aimé la façon dont l’auteure entre dans la pensée de Vive, la petite fille, qui est passionnée par les odeurs, et est éduquée grâce à son père parfumeur. Il lui apporte régulièrement des flacons d’odeurs rares et surtout lui raconte comment on a réussi à extraire ces parfums.
La vie de cette petite fille qui vit au paradis des plantes, dans une famille aimante est très bien rendue, les descriptions nous entraînent dans un monde d’odeurs, de couleurs de travail dans les jardins. On sent que sa mère est plus à l’écoute de sa petite fille, mais son père voudrait qu’elle oublie et qu’elle se tourne vers l’avenir.
Si j’ai été agacée par les mots difficiles, j’ai bien aimé la volonté de la petite fille de vouloir nommer les choses exactement. Le gendarme à qui elle a parlé après son agression, sait que si on ne nomme pas les choses correctement, la personne victime garde une plaie ouverte. (C’est lui qui cite Camus, citation que j’ai mise en début de mon billet). Vive passe son temps à collectionner les mots difficiles et veut apprendre tous ceux qu’elle ne connaît pas, on peut supposer que ce besoin lui vient de la violence qu’elle a subie.
Et puis ce sont les moments de bonheur, quand la famille part dans une forêt de mimosas, quand elle est invitée en Camargue loin des lieux qui l’empêchent de dormir seule. Mais surtout ce roman est un voyage olfactif, on apprend vraiment beaucoup de détails sur la façon de prélever les odeurs et d’en faire des parfums.
La photo de couverture du roman correspond très bien au roman et m’a permis de découvrir une photographe anglaise spécialiste de photos de jardins : Siân Davey.

Extraits.

Début.

L’herbe courte est cassante poinçonne ses plantes de pied, elle n’y prête aucune attention. Pas plus qu’à la mèche collée en travers de son front ou qu’à la grosse mouche qui vibrionne dans sa nuque. La paume refermée sur le poil de la chienne elle regarde l’homme casqué, ganté de fer, caparaçonné de rouge et noir fendre la fixité de ce matin d’août, se hisser vingt mètres au-dessus du sol une tronçonneuse fichée dans le do. Elle l’accapare entière, l’enfant, cette reptation lente et silencieuse. L’homme rehausse cran à cran la longe enlaçant le stipe, un demi-mètre à la fois. On n’entend rien que les chocs sourds de la corde, l’enfoncement des griffes d’élagage dans le faux tronc et les halètements de Jujube.

Le plaisir de la langue.

 Le père ne pense plus au charançon, ça se voit. C’est fini le charançon. Le père va partir pour l’usine, il a d’autres chats à fouetter comme il dit, pourquoi des fouets pourquoi des chats, mystère.
 Les arbres d’usine le captivent plus qu’un palmier mort.
Elle s’est jurée de n’appeler Dieu qu’en dernier recours, l’a réservé pour une situation extrême : ne pas brûler ses cartouches, dirait Marco pourquoi brûler, pourquoi les cartouches, mystère.

Une odeur sans image est orpheline.

– Une odeur sans images est orpheline.
 Il explique : ce qu’on ne voit pas on a du mal à le reconnaître. Nous sommes si habitués aux imagesque sans image, même les odeurs les plus évidentes nous échappent. Il refait passer des mouillettes face à la mosaïque de photos, cette fois toutes les réponses sont juste. Il dit qu’on rééduque l’anosmie, la perte de l’odorat, en invitant les gens à imaginer la forme et les couleurs des ingrédients qu’ils respirent. Sentir de l’eau de rose et visualiser une rose. Respirer du poivre et visualiser du poivre. Et le cerveau, tout doucement recommence à établir le lien à reconnaître les odeurs perdues. Il dit que les apprentis parfumeurs notent les images que leur veut évoque chaque essence dans un quai spécial pour les mémoriser.

Amusant.

 Ce qui manque, chez Alia c’est les arbres. Sur la façade de son immeuble on peut lire « Les mimosas » en grandes lettres brunes, entre deux autres inscriptions « Les pins » et « Les oliviers », trois blocs de béton parfaitement identiques posés sur une dalle grise. Devant, quelques carrés d’herbe, deux arbrisseaux éthiques bardés de tuteurs, quatre cyprès rectangles en guise de parc à chiens.

 


Édition stock, août 1995, 266 pages

Je suis allée vers ce roman car je suis très rétive à la Science Fiction mais que j’aime bien aussi changer d’avis sur mes a priori. le billet de Karine était tellement enthousiaste que j’ai immédiatement pensé voilà une bonne occasion de sortir de mes idées toutes faites.

Je reconnais, à Jacqueline Harpman, un vrai talent d’écrivaine, car on part sans aucune difficulté dans son histoire . Elle a une imagination féconde et le sens du détail. Dans la première partie du roman nous sommes avec la narratrice la plus jeune des quarante femmes enfermées dans une cave surveillée sans cesse, jour et nuit, par des gardiens. Les règles sont strictes, elles ne doivent jamais se toucher, ni s’isoler, elles doivent être vues par leurs gardiens à tout moment. La narratrice sait moins de choses que les femmes plus âgées mais elle comprend vite que tout manquement aux règles leur vaut des coups de fouet terribles. Elles ne peuvent pas non plus se suicider et sont donc « condamner » à attendre, attendre quoi ? rien si ce n’est de mourir. Elles sont nourries et survivent donc jour après jour. La narratrice se rapproche de Théa une de ces femmes qui lui explique le monde dans lequel elle vit. Et puis un jour … la porte de la cage est ouverte et les gardiens sont partis. Commence alors la deuxième partie du livre l’enfermement dans un monde extérieur qui n’existe plus. Les femmes organisent leur survie à l’air libre, c’est d’autant plus facile que la terre est couverte de petites guérites qui mènent à des caves et où elles trouvent nourriture et vêtements. Et aussi … à des cadavres de quarante femmes ou quarante hommes. Les survivantes vieilliront puis mourront les une après les autres sans jamais avoir la moindre explication de ce qu’il s’est passé. Bien sûr l’intérêt du roman ne vient pas du réalisme de l’histoire : c’est de la science fiction ! Il y a eu une catastrophe sur la terre et des gens très méchants ont pris le contrôle des humains. Une seule poignée de survivantes arrivent à se sauver des cages dans les caves et maintenant. ? Quel est le sens de ce livre ? « l’accès à la condition humaine » comme l’annonce la quatrième de couverture ? Pour moi non, la condition humaine n’a de sens que dans l’interaction entre les hommes alors que la narratrice réduit son personnage à la solitude totale.

Je l’ai dit en commençant ce billet, je reconnais à cette écrivaine une force narrative intéressante, j’ai suivi avec intérêt la façon dont cette femme se frotte à un monde dont elle ne connaît pas les codes puisqu’elle a grandi dans la cave et essaie de comprendre les bribes du monde d’avant qui lui parviennent. Quand je suis devant ce genre de lectures, je me demande toujours pourquoi les écrivains ont besoin d’imaginer de telles catastrophes pour nous faire réfléchir. Pour moi la science-fiction a du sens quand elle nous permet d’analyser notre monde. Le chef d’oeuvre dans le genre c’est Orwell et « 1984 » et aussi « la ferme des animaux ». Mais ici c’est gratuit et sans aucune explication ni sur la catastrophe initiale, ni sur la force dominatrice, alors je trouve cela gratuit. L’autre remarque que je me suis faite : pour tout le clan des antidivulgâcheuses (dont je ne fais pas partie) comment avez vous vécu que ce livre vous mette en attente d’une explication qui ne viendra jamais ?

 

Extraits

Début.

 Depuis que je ne sors presque plus je passe beaucoup de temps dans un des fauteuils, à relire les livres. Je ne me suis intéressée que récemment aux préfaces. Les auteurs y parlent volontiers d’eux-mêmes, ils expliquent pour quelles raisons ils ont rédigé l’ouvrage qu’ils proposent. J’en suis surprise : n’était-il donc pas plus évident dans ce monde là que dans celui où j’ai vécu de transmettre le savoir qu’on a pu acquérir ?

La mémoire.

 Y a-t-il dans le travail de la mémoire une satisfaction qui se nourrit d’elle-même et ce dont on se souvient compte-t-il moins que l’activité de se souvenir

La dignité humaine.

 Moi, je trouvais tout naturel, quand j’allais uriner de m’asseoir sur le siège des toilettes en continuant la conversation où j’étais engagée, les rares fois où je conversais. Les vieilles maugréaient furieusement, elles parlaient d’indignité et d’être ravalées au rang de la bête. Si si tout ce qui nous différencie des bêtes est de se cacher pour déféquer, la condition humaine me paraît tenir à peu de chose, pensais-je.

Le cœur du récit.

 Au début -enfin pas vraiment au début, car il y a une période dont personne n’a un souvenir clair, mais après, à partir du moment où les choses s’organisent dans nos mémoires, nous savons que nous réfléchissions tout le temps. Ils auraient pu te tuer, mais ils ne tuent pas ou te retirer, t’envoyer ailleurs, s’il y a d’autres prisons semblables à celle-ci, mais là ton arrivée aurait constitué une information, et la seule chose dont nous soyons sûres est qu’ils veulent qu’on ne sache rien. Nous avons fini par supposer qu’ils t’ont laissé ici parce que toute décision peut être examinée, et que leur absence de décision marquait la seule chose qu’ils veulent qu’on sache, et qui est que nous ne devons rien savoir.

 


Édition Liana Levi. Traduit de l’italien par Marianne Faurobert

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard 

 

Ce roman est à la limite du conte , à la fois réaliste et onirique. Il raconte l’arrivée dans un pauvre village Sarde de réfugiés venant d’un bateau et sauvés par des humanitaires. Personne n’est tout bien ni tout mal dans ce récit, c’est pourquoi je dis qu’il est réaliste, mais il y règne aussi une atmosphère finalement positive comme dans un rêve, le rêve que les hommes puissent vivre heureusement ensemble, c’est pourquoi je le qualifie d’onirique.
Cela ne veut pas dire que ce récit n’est pas profond et ne fait pas réfléchir. La narratrice, une des femmes du village est très vite intriguée par ces gens qui arrivent de si loin, et elle n’est pas la seule. Elle croit pouvoir les aider et avec des amies : elles veulent leur « faire du bien ». Ce qui est amusant c’est que ces pauvres gens se croyaient arrivés en Europe alors qu’ils sont en Sardaigne dans un village isolé loin des images qu’ils avaient en tête.
Comme dans tout conte, il y a une morale, les gens du village pensaient tout leur donner, mais l’arrivée de ces immigrés leur permettra de voir ce qui ne marche pas dans leur village. C’est un échange et avec un questionnement sur l’aide humanitaire qui est très intéressant. Beaucoup de questions sont abordées dans ce roman , l’isolement des villages ruraux, la fuite de la jeunesse, l’agriculture rentable au dépend des potagers personnels….

Aucune solution simpliste n’est offerte aux lecteur et la vie va continuer tout aussi imparfaite qu’avant. Au passage, ces gens auront appris la tragédie de ceux qui sont obligés de fuir leur pays. L’écrivaine mélange avec bonheur la religion chrétienne avec l’Odyssée d’Homère, tout est prétexte à nous faire saisir la relativité des comportements humains . Elle nous régale de poésies et de citations de poètes.

Je ferai un reproche à ce livre, on se perd dans les personnages malgré leur liste au début du livre, j’ai dû sans arrêt m’y reporter.
C’est avant tout un livre qui fait du bien et où le malheur ne nous rend pas totalement triste alors que rien n’est gommé, on comprend toutes les horreurs mais la vie avec « les hommes de bonne volonté » est la plus forte.

 

Citations

Le sens de l’accueil des Sardes.

Nous ne sommes pas comme les Napolitains qui vous imposent leur compagnie même si vous n’en voulez pas et vous pourchassent vous parlent, vous invitent à parler. Nous, les Sardes, nous sommes accueillants, mais si nous devinons que vous souhaitez rester seuls, seuls nous vous laisseront, à jamais.

Des immigrants déçus.

 Mais certains des envahisseurs aussi, une fois qu’ils eurent compris que c’était bien dans ce village sarde oublié de Dieu et des hommes, ravitaillé par les corbeaux, qu’on les avait envoyés, ne voulurent plus rien avoir à faire avec nous, déçus d’avoir risqué leur peau pour échouer ici.
 Non, leur place n’était pas ici. 
Ils avaient entendu dire que l’un de nos traits distinctifs, à nous Européens étaient le goût du shopping, et qu’ici les vitrines scintillement de partout. Où étaient donc toutes ces boutiques ? Il n’y avait rien chez nous de ce à quoi ils s’attendaient. Nous n’en valions pas la peine

L’homosexualité .

 Une fois l’humanitaire du sex-shop raconta que son père avait coutume de dire : « mieux vaut un fils mort qu’un fils pédé. » L’un avait donc pour géniteur un assassins potentiel, l’autre était musulman, et dans son pays les homosexuels étaient arrêtés et parfois pire. Leur amour ne semblait pas promis à une fin heureuse et cela nous causait du chagrin, un déchirement comme toujours quand un amour est impossible.
 Tout ceci nous faisait réfléchir au fils du Tailleur qui ne revenait jamais au village parce qu’il avait un fiancé, mais qui s’en ouvrait sans problèmes au monde entier. Son père en avait plus honte que s’il avait été délinquant, mais un jour que nous nous plaignons de nos enfants avec de profonds soupirs, comme le font souvent les parents entre eux, quand ils se lâchent le Tailleur fit cette sortie : « Mon fils, lui, au moins s’est fait tout seul et il est devenu célèbre alors que les vôtres ont eu beau courir le monde vous devez encore les entretenir. »

Aimer l’humanité ou les personnes.

 Le père Efix se moquait des autres comme d’une guigne et en cela il se révélait bien différent de la Dévote, de Gilles, et du Professeur qui ne faisaient jamais de favoritisme et beaucoup plus critiquable puisqu’il était prêtre. Mais nous nous sentions proches de lui, qui aimait des personnes et non toute l’humanité. Il fallait être un saint pour aimer toute l’humanité. 

La Vierge Marie par le père Efix.

 « Marie doit s’être sentie très seule, elle aussi, disait le père Efix. Quelle que soit la manière dont les choses se sont vraiment passées son enfant aurait pu rester son père. Mais il en va de même pour toutes les femmes enceintes, les circonstances de la conception ne comptent plus, le mâle s’efface. Le père s’il apparaît, le fera plus tard, et demeura un père putatif.
 Il aimait énormément Joseph et le tenait en grande estime. Quelle largesses de vue avait été la sienne, lui qui avait accepté de s’unir avec une femme gravide, peut-être victime d’un viol. Certes, un ange lui était apparu qui lui avait dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ton épouse. » Comment le croire ? Et si c’était une hallucination ? Mais Marie avait le cœur pur et cela lui suffisait.

Édition Plon Feux Croisés . Traduit de l’anglaispar Anouk Neuhoff avec la collaboration de Suzy Borello

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard 

 

Voici ma première lecture dans le cadre du club de lecture qui a donc repris du service pour ma plus grande joie.

Le thème du mois était : « Les voisins » , ce roman de John Lanchester paru en France en 2013 , raconte la vie des habitants de Pepys Road. Cette rue bordée de maisons particulières a connu le sort de beaucoup de quartiers de Londres, d’abord construites pour la classe moyenne, les maisons sont peu à peu rachetées par de très riches londoniens qui passent leur temps à faire des transformations plus couteuses les unes que les autres, il leur faut être à la pointe de la mode et montrer que rien n’est assez beau pour eux. Nous sommes en 2007 et la City fait couler l’argent à flots continus. Ce roman tout en se focalisant sur un quartier de Londres donne une photo assez précise de l’ensemble de la ville. Plus que les gens qui seront les acteurs de ce roman, c’est la mainmise de la puissance financière qui est analysée aussi bien du côté des vainqueurs que des exclus.

Du côté des vainqueurs (en tout cas au début) on trouve Roger et Arabella Yount , leur seule motivation c’est l’argent, en gagner beaucoup et le dépenser au plus vite . Le roman s’ouvre sur l’inquiétude de Roger aura-t-il droit à sa prime d’un million de livres dont il aurait cruellement besoin pour écluser toutes ses sorties d’argent ? Nous suivrons pendant un an cette famille et leurs deux garçons qui auront, eux, bien besoin de baby-sitter pour qu’un adulte s’occupe enfin un peu d’eux. Je dois avouer que c’est un aspect qui me surprend beaucoup dans la littérature anglaise (je ne sais pas si c’est en partie réel) mais les enfants ont toujours l’air d’épuiser leurs parents qui n’attendent qu’une chose les mettre au plus vite en pension.

Du côté de ceux qui doivent travailler dur pour profiter un peu de cet argent, un ouvrier polonais et nous découvrirons grâce à lui le monde des travailleurs pour qui l’argent ne coule pas à flots. Il aura des amours compliqués et devra résoudre un problème de conscience à propos, encore une fois, de l’argent : il trouve dans la maison qu’il rénove une valise remplie de billets, que va-t-il en faire ?

Pétunia Howe est la personne la plus touchante de ce récit , elle est âgée et a vécu une grande partie de sa vie avec son mari Albert qui était un horrible radin grincheux. Surtout ne croyez pas la quatrième de couverture, elle n’est pas obligée de vendre sa maison pour se soigner. Elle est est atteinte d’une tumeur au cerveau, sa fille Mary viendra l’accompagner pendant sa fin de vie et nous permettra de connaître son fils Smitty qui est un performeur en art contemporain. Cette famille se situe dans la classe moyenne et elle est plus sympathique. Le fils permet quelques passages assez classiques sur l’absurdité des prix en art mais il reste un homme capable de sentiment pour sa famille, Ce roman donne une assez bonne vision de la société britannique avec ceux qui ne peuvent pas y pénétrer comme Quentina qui a fui le Zimbabwe et qui n’a aucun papier. Elle arrive à travailler sous une fausse identité et est employée par la société de surveillance du stationnement à Londres. Étant donné la complication des règles de stationnement, il semble particulièrement difficile de ne pas avoir de contravention.

La famille pakistanaise est riche en personnalités diverses , l’intégrisme musulman frappe à leur porte , en travaillant comme des fous ils arrivent à un niveau de vie correct.
Il reste un pan de la société : les joueurs de foot grâce à Freddy Kamo nous découvrons que là aussi l’argent peut ruisseler mais il est quand même soumis à la santé physique du jeune joueur, une mauvaise fracture et voilà le rêve qui s’écroule.

Le lien entre tous ces personnages, c’est qu’ils sont tous voisins ou travaillent pour des gens de Pepys Road.

Chaque personnage représente un prototype de Londoniens et l’auteur décrit ainsi une ville qui va mal car elle est trop centrée sur l’argent et la consommation. Il arrive à tenir l’intérêt du lecteur car les trajectoires des personnages font craindre une chute ce qui arrivera pour certains d’entre eux. Et puis, il y a ces cartes que tous les habitants de la rue reçoivent avec cette inscription « Nous voulons ce que vous avez ». Qui se cache derrière ces messages anonymes ? Nous avons donc droit à une enquête policière et à un inspecteur très britannique sorti des écoles qui font de lui un homme un peu trop chic pour sa fonction.

J’ai aimé cette lecture car elle donne une bonne idée de ce qui va mal dans la société britannique, même si les personnages sont parfois caricaturaux et les situations un peu convenues, il faut aussi dire que ce livre a vingt ans et que beaucoup de ce qu’il dénonce nous semble des lieux communs aujourd’hui.

 

Citations

 

Construction de la rue

La rue en question s’appelait Pepys Road. Elle n’avait rien d’extraordinaire pour une rue de ce quartier. La plupart de ses maisons dataient de la même époque. Elles avaient été construites par un entrepreneur à la fin du XIXe siècle, pendant le boom immobilier consécutif à l’abolition de l’impôt sur les briques.

 

La famille pakistanaise

Soit Usman traversait bel et bien une phase religieuse, soit -de l’avis d’Ahmed- il jouait la comédie. Dans un cas comme dans l’autre, il faisait tout un foin de sa répugnance à vendre de l’alcool et des magazines avec des femmes nues en couverture. Les musulmans ne devaient pas…, et patati, et patata. Comme si l’ensemble de la famille n’avait pas conscience de cela… Mais la famille avait également conscience des impératifs économiques en jeu.

 

 

Madame Kamal mère

Elle engueulerait tellement Usman qu’il y avait de fortes chances qu’il n’en sorte pas vivant. Le monde se rendrait compte que le Pakistan n’avait pas réellement besoin de la force nucléaire puisque le pays disposait déjà de Madame Kamal mère.

 

L’ouvrier polonais

La pose des étagères était assurée par son Polonais. Bogdan le maçon qu’elle avait tout d’abord employé sur la recommandation d’une amie, et avait désormais adopté. Il travaillait deux fois plus dur qu’un ouvrier anglais, était deux fois plus fiable et coûtait deux fois moins cher.

 

Se loger à Londres

Zbigniev, Piotr et quatre amis habitaient un trois pièces à Croydon. Ils le sous-louaient à un Italien, qui lui-même le sous-louait à un Anglais qui le louait à la ville, et le loyer était de 200 livres par semaine. Ils devaient faire attention pour le bruit, car si les autres résidents les dénonçaient ils seraient flanqués dehors. En réalité ces jeunes gaillards bien élevés étaient des locataires appréciés dans l’immeuble, dont les autres occupants étaient âgés et blancs. Comme l’un d’eux l’avait un jour glissé à Znigniev dans le hall, ils s’estimaient heureux. : « Au moins vous n’êtes pas des Pakis ».

 

Manie de riches

Roger avait une manie donc il voulait se débarrasser mais qu’il avait bien conscience de ne pas avoir encore corrigée : il avait tendance à acheter plein de matériel hors de prix dès qu’il envisageait de se mettre à un hobby. C’est ce qui s’était passé avec la photographie, quand il avait acheté un appareil immensément sophistiqué et inutilisable, assorti d’une batterie complète d’objectif, puis pris une dizaine de photos avant de se lasser de sa complexité. Il s’était mis à la gym et avais acheté un vélo, un tapis de jogging et une machine multifonctions, puis une carte pour un « country club » londonien donc il ne se servait quasiment jamais temps il était laborieux d’y aller. Il s’était mis à l’oenologie, il y avait installé un un frigo-cave à vin dans le sous-sol réaménagé qu’il avait rempli de bouteilles coûteuses achetées sur recommandation, mais l’ennui c’était qu’on était pas censé boire ces fichues bouteilles avant des années. Il avait acheté en multipropriété un bateau à Cowes, donc ils s’étaient servis une fois….

 

Les riches à Dubaï

Ils devaient descendre dans des hôtels hors de prix pour faire ce que faisaient les gens dans ces cas-là et dans ces endroits-là : lézarder au bord de la piscine en sirotant des boissons hors de prix, manger de la nourriture hors de prix, discuter des futurs vacances hors de prix qu’ils pouvaient prendre et du délice que c’était d’avoir autant d’argent .

 

 

L’argent à Londres

À Londres l’argent était partout, dans les voitures, les vêtements, les boutiques, les conversations, jusque dans l’air lui-même. Les gens en avaient, le dépensaient, y pensaient et en parlaient en permanence. Tout cet argent avait un côté insolent, épouvantable, vulgaire, mais également excitant, stimulant, insolent, nouveau, bref, différent de Kecskemét en Hongrie, qui lui avait semblé, comme toujours les lieux où on grandit, intemporel et immuable. Pourtant, ces torrents d’argent qui inondaient Londres, elle n’en profitait pas. Des choses arrivaient, mais pas à elle. La ville était une immense vitrine de magasin, et elle était dehors sur le trottoir à admirer l’intérieur.