Édition Stock La cosmo­po­lite. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Mireille Vignol

Rien au monde n’est plus lourd que le cercueil d’un enfant et jamais d’adulte ayant ployer sous ce fardeau ne sera en mesure de l’oublier.

Je dois cette lecture à Krol, vous vous souve­nez sans doute de son enthou­siasme ? Et bien je vais vous faire parta­ger le mien. Keisha me rappelle dans son commen­taire qu’elle a beau­coup aimé aussi, je lui avais bien dit que mon billet allait venir, mais je ne dis plus jamais quand !

Je ne sais pas si c’est très utile mais l’au­teur a eu besoin de nous aver­tir par ces mots :

Ce roman a été en partie inspiré par des faits qui se sont produits à Weston, dans le Wiscon­sin le 23 mars 2008.

Est-ce que cela rajoute quelque chose au roman ? En réalité , je n’en sais rien, tout parent qui a connu un de ses enfants s’éloi­gner de l’amour fami­lial pour aller vers une dérive sectaire et y entraî­ner ses petits enfants peuvent se retrou­ver dans ce roman. Ici, il s’agit donc d’une dérive parti­cu­lière, reliée aux églises pente­cô­tistes, les adeptes pensent que la prière peut rempla­cer les soins médi­caux. C’est terrible pour les grands parents et il leur faudra tout leur amour pour essayer de sauver et d’ar­ra­cher leur petit fils aux griffes de la secte tout en ne coupant pas les ponts avec leur fille.
Ce qui rend ce roman si atta­chant , c’est la descrip­tion de la vie dans une petite ville du Wiscon­sin. Tout sonne juste, le maga­sin d’Élec­tro­mé­na­ger qui a fermé ses portes, l’église tradi­tion­nelle qui se vide, les formes nouvelles de reli­gion qui font le plein avec à leur tête des pasteurs peu scru­pu­leux. Les vieux amis qui dispa­raissent et le travail dans un verger qui est un des points forts du roman. Lyle le grand-père, impuis­sant devant les choix de sa fille s’y sent bien et aime y venir le plus souvent possible avec le petit Isaac. Mais sa fille est persua­dée que ce grand-père a une influence sata­nique sur son fils, et Steven le pasteur malhon­nête que l’en­fant a des dons de guéris­seur. La foi reli­gieuse a une grande impor­tance dans ce roman, et personne n’a de réponses toutes faites, sauf les sectaires qui ne doutent de rien et qui font tant de mal autour d’eux. Le person­nage du pasteur tradi­tion­nel Char­lie est telle­ment plus humain. Mais son église n’at­tire plus grand monde, dommage ! Une plon­gée dans l’Amé­rique reli­gieuse qui va très mal avec des person­nages très atta­chants. Lyle le grand père qui a lui-même perdu un enfant de neuf mois est très crédible et très atta­chant. On ne l’ou­blie pas faci­le­ment, je pense qu’en France il aurait eu plus faci­le­ment les auto­ri­tés avec lui pour sauver plus vite son petit Isaac. Mais cela ne veut pas dire grand chose car, cela voudrait peur être dire que les sectaires se cachent mieux qu’aux USA. Il ne faut pas oublier qu’en France de très nombreux parents ne font pas vacci­ner leurs enfants.

Citations

Prémisses de radicalisation religieuse

Depuis qu’I­saac et Shiloh étaient reve­nus vivre à la maison, elle assis­tait poli­ment à la messe domi­ni­cale avec ses parents mais se rendait ensuite à une autre église abri­tée dans un ancien cinéma de la Crosse. Elle y passait tout l’après-midi jusqu’en début de soirée, en « confré­rie », disait-elle. Lyle compre­nait le concept de confré­rie reli­gieuse, certes, mais il se limi­tait pour lui à deux ou trois tasses de café trop léger et à quelques bavar­dages polis .

Le vieillissement de l’église traditionnelle

La messe à Sainte Olaf était un rappel hebdo­ma­daire et mélan­co­lique de cette perte. Car au fil des ans, les cheveux des parois­siens avaient grisonné, blan­chi, puis complè­te­ment disparu, et les bancs s’étaient progres­si­ve­ment clair­semé. Il y avait assu­ré­ment beau­coup moins d’en­fants, si bien que le dimanche matin le prêche à la fois désuet et provo­quant du pasteur Char­lie réson­nait dans le vide ; la chaire sur laquelle il se dres­sait semblait de plus en plus fragile et arti­fi­cielle. Lyle s’était souvent demandé s’il n’au­rait pas mieux valu former un grand cercle et parler. Quant au pasteur Char­lie, que pensait-il face à cette longue salle rectan­gu­laire, bondée deux décen­nies plus tôt, elle accueillait main­te­nant quelques dizaines de paroissiens …

Vivre dans une petite ville

Lyle et Char­lie avaient grandi ensemble dans des fermes voisines ; ils s’ac­quit­taient de leurs corvées, allaient à l’école, jouaient au foot­ball et assis­taient à l’école du dimanche ensemble. C’est la béné­dic­tion et la malé­dic­tion la plus flagrante d’une petite ville : votre famille, vos amis, vos voisins, vos collègues de travail et votre paroisses ne cessent, semble-t-il, de vivre dans votre poche, de vous obser­ver par la fenêtre, ils sont assez proches de vous pour devi­ner si vous êtes heureux, triste, distrait, amou­reux ou si vous avez une furieuse envie de dispa­raître à tout jamais.

Le cancer de son vieil ami

Le cancer, mon vieux. On dirait qu’on m’a renversé un sachet de M&M’s sur la poitrine. Sauf qu’ils sont tous de la même couleur merdique. Tout un tas de vilaines petites tumeurs blanches. Le méde­cin m’a même présenté des excuses. Pour avoir cru que c’était une pneu­mo­nie(.…) En même temps il y a aussi une bonne nouvelle.
Lyle le regarda.
- Ah bon ?
- Plus besoin d’ar­rê­ter de fumer, dit Hoot avec un sourire mélancolique.

Évolution du commerce

C’est pour ça que Redford-Élec­tro­mé­na­ger a fait faillite, tu sais. À cause de maga­sins comme ça. Les petits commerces peuvent pas faire le poids.
- C’est bien triste, si tu veux mon avis.
- Peut-être mais c’est l’Amé­rique, non ? La main invi­sible et tout ce bazar. Le libre marché. Personne se soucie des commerces de proxi­mité. Je crois qu’on a eu de la chance jusqu’à main­te­nant. On était proté­gés de tout ça dans notre petite ville. Mais c’était juste une ques­tion de temps avant qu’on nous découvre.

Un dimanche dans le Midwest

Il est des jours dans le Midwest améri­cain où rien ne semble plus natu­rel que de parcou­rir de longues distances, ne serait-ce que pour quit­ter votre ville une poignée d’heures ; cette expé­di­tion incom­pré­hen­sible au reste du monde repré­sente un simple loisirs domi­ni­cal : photo­gra­phier des feuilles autom­nales ; suivre le cours du Missis­sippi ou de la rivière Sainte-Croix, des rivages du lac supé­rieur ou du lac Michi­gan (qui sont de véri­tables océan inté­rieur en vérité ) ; emprun­ter un sentier menant à quelques cascades ou peut-être entre­prendre une longue excur­sion en en cas d’une chose aussi simple qu’une part de tarte. Quand il n’y a rien à faire ‑en route !

18 Thoughts on “Le Petit-Fils – Nickolas BUTLER

  1. keisha on 14 décembre 2020 at 09:01 said:

    Un roman que j’ai beau­coup beau­coup aimé ! En France on a la Mivi­ludes, il semble qu’aux USA il n’y ait pas l’équi­valent. Ce qui se fait aux USA n’est pas forcé­ment comme en France (le refus de trai­te­ments, par exemple)

  2. Il n’y a qu’à voir la diffé­rence de trai­te­ment sur l’Eglise de Scien­to­lo­gie entre les Etats-Unis et la France ! J’ai déjà noté ce titre chez les blogueuses citées, ouf, je ne rajoute rien.

  3. tout le monde s’y met, quoi :) Ma BM l’a dans ses rayons, chouette ! (bon ce sera une lecture 2021).

  4. Ah oui j’en garde un excellent souve­nir et des images marquantes. Je suis ravie qu’il t’ait plu.

  5. J’avais bien aimé Retour à Little Wing de cet auteur, sur un sujet moins tragique, et j’avais noté aussi suite aux avis de Krol et Keisha.

  6. Tout comme Ingann­mic, j’ai aimé le premier roman de l’au­teur, et ton billet me convainc de surli­gner celui-ci.

  7. un sujet qui semble très fort et qui m’in­té­resse. Je note… M’éton­nant toujours qu’on puisse lais­ser d’autres avoir tant d’emprises sur soi…

    • le phéno­mènes de l’emprise sont toujours passion­nants à étudier , quand je pense à mon adoles­cence et à mes diffé­rents défi­lés dans les rues de Rennes, je me dis qu’heureusement que personne n’écou­tait ce que je braillais à tue-tête !

  8. je ne l’avais pas noté chez Keisha parce que je n’ar­rive pas à tout noter mais là des coquillages comme sur la plage c’est très engageant
    en te lisant j’ai repensé au livre de Mc Ewan l’in­té­rêt de l’en­fant qui m’avait beau­coup plus sur un thème proche
    c’est noté

  9. Ce roman est sur ma liste depuis.… au moins ! Et pour­tant, je suis certain que je l’ai­me­rai, mais il y en a toujours un nouveau qui lui passe devant.

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