Édition Denoël. Lu dans le cadre du club de lecture média­thèque de Dinard 

Ce roman avait bien sa place dans le thème du mois de novembre du club de lecture : « les voisins » , mais c’est bien là son seul inté­rêt. Claire, le person­nage prin­ci­pal, est une jeune femme étrange, complè­te­ment névro­sée qui passe son temps à obser­ver ses voisins. Dans cet immeuble pari­sien, vivent des personnes dont elle imagine la vie à travers les bruits et quelques disputes. Elle est l’amie d’un Japo­nais avec qui elle partage le silence et le thé. Elle aime sa petite voisine Lucie qui n’est pas aimée par sa mère. Elle est correc­trice dans une petite maison d’édi­tion et fait parfois l’amour avec son ostéo­pathe. Est ce que j’ai tout dit ? non il y a pour pimen­ter le tout une histoire vague­ment poli­cière sans grand inté­rêt Le Japo­nais est pour­suivi par un nouveau voisin car il aurait par erreur assas­siné la femme de ce voisin. À aucun moment , je n’ai été prise par cette histoire, bien que parfois il y ait de bonnes obser­va­tions sur les compor­te­ments des uns et des autres. L’in­trigue, les person­nages, le style tout m’a semblé d’une plati­tude désolante.

C’est un premier roman, et je sais que depuis , depuis, Sophie Bassi­gnac a écrit des livres beau­coup plus inté­res­sants, j’avais beau­coup aimé sa descrip­tion du monde des marion­net­tistes « Le plus fou des deux ».

Citations

L’ami japonais

Claire tour­nait les pages de la revue, concen­trée. Ishida lui était recon­nais­sant d’ac­cep­ter enfin d’être là et de ne rien dire. Avait-elle compris que le silence était ce qu’il y avait de plus japo­nais entre eux ?

Le pouvoir des livres

Avec les livres, un jour vous êtes à Prague en 1912 avec de jeunes intel­lec­tuels juifs, et le lende­main à Tokyo en 1823 et vous devi­sez dans une maison de thé avec des geishas, à Paris en 1930 dans les beaux quar­tiers où à New York en milles 1896 dans la tête d’un jeunes rotu­rier ambi­tieux… Quel être humain pour­rait me propo­ser de tels voyages, quelle vie me permet­trait de faire autant de rencontres ?

Édition Sabine.Wespieser. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Un livre choc, qui se lit très faci­le­ment et qui oblige à se poser des ques­tions : comment aurions nous réagi à une telle annonce ?

Thierry et Élisa­beth habitent une maison isolée tout près d’une belle et grande forêt. En face de chez eux un couple, Guy et Chan­tal, est venu habi­ter une maison en ruine qu’ils ont reta­pée. Depuis quatre ans des liens très forts se sont tissés entre eux. Coup de tonnerre : Guy est arrêté pour les viols et les meurtre de six jeunes filles. L’écri­vaine va suivre le travail que doit faire Thierry pour échap­per à l’emprise mentale de celui qu’il consi­dé­rait comme étant son seul ami. Et peu à peu se dessine le portrait d’un homme taiseux qui ne sait pas tisser des liens avec les autres et cela dès son enfance. Pour une fois, il faisait confiance et était bien avec un homme, ils buvaient parfois des bières ensemble, ils s’ai­daient pour des petits brico­lages, ils étaient tout simple­ment amis. Et voilà qu’il doit revivre tous les instants qu’ils ont parta­gés en se rendant compte à quel meurtre corres­pon­dait tel ou tel service rendu. L’hor­reur le rend fou de douleur. Son boulot le lâche et sa femme s’écarte de lui car elle veut abso­lu­ment démé­na­ger de cette maison qu’elle n’a jamais aimé (trop isolée). Lui s’obs­tine à vouloir rester là où il a fait son trou dans cette maison où il se sentait protégé.

La fin est très belle aussi, il trou­vera à qui deman­der pardon pour son enfance brisée, et le fait qu’il ne sache jamais dire son amour aux gens qui comptent tant pour lui : sa femme et son fils. Le livre se termine par l’es­poir qu’il saura peut-être mieux s’ou­vrir aux autres en tout cas, il a enfin compris sa femme qui exige de démé­na­ger de cet endroit de malheur.

Je trouve que le style très rapide va bien avec ce récit qui ferait un très bon film. J’ai appré­cié aussi que Tiffany Taver­nier ne cherche pas à comprendre l’assassin comme tant de jour­na­listes s’y essayent lors des terribles révé­la­tions de meurtres en série, mais se penche sur la person­na­lité de celui qui était son ami et qui n’a rien vu. Cela nous inter­roge sur ce que nous savons de gens que nous croyons connaître.

Citations

Leur vie avec le tueur

Reine et Virgi­nie, c’était avant leur arri­vée, mais toutes les autres, à commen­cer par Zoé ? À cette époque, Marc était déjà parti étudier à Grenoble et Guy venait d’ac­qué­rir la maison. Sans doute n’avions-nous pas encore fait connais­sance. La petite Marga­rira, en revanche, c’était l’an­née des vingt ans de Marc. Pour fêter « ça » et nous conso­ler de l’ab­sence du « petit », Guy et Chan­tal s’étaient poin­tés avec un somp­tueux pauillac. Un an après, au moment de la dispa­ri­tion de Selima, Marc venait de nous parler de son désir de vivre au Viet­nam. À la maison, nous étions comme deux chiots aban­don­nés et Guy et Chan­tal, nous invi­taient souvent pour nous chan­ger les idées.…

Le début d’une très belle scène finale

Tout ce malheur sur son visage. Marcher vers elle. Fran­chir le mur qui me sépare de son sourire. Traver­ser la forêt. Écar­ter les épines, les ronces. Ramas­ser les bruyères. Marcher encore. Atteindre cette larme qui coule le long de ses joues. Cette larme que j’es­suie le plus déli­ca­te­ment possible et que j’embrasse avec douceur. Tout ce mal qu’on lui a infligé, nous tous, les hommes, les filles aussi, qui détour­naient la tête à son passage.

Édition Plon Feux Croi­sés . Traduit de l’an­glais­par Anouk Neuhoff avec la colla­bo­ra­tion de Suzy Borello

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Voici ma première lecture dans le cadre du club de lecture qui a donc repris du service pour ma plus grande joie.

Le thème du mois était : « Les voisins » , ce roman de John Lanches­ter paru en France en 2013 , raconte la vie des habi­tants de Pepys Road. Cette rue bordée de maisons parti­cu­lières a connu le sort de beau­coup de quar­tiers de Londres, d’abord construites pour la classe moyenne, les maisons sont peu à peu rache­tées par de très riches londo­niens qui passent leur temps à faire des trans­for­ma­tions plus couteuses les unes que les autres, il leur faut être à la pointe de la mode et montrer que rien n’est assez beau pour eux. Nous sommes en 2007 et la City fait couler l’argent à flots conti­nus. Ce roman tout en se foca­li­sant sur un quar­tier de Londres donne une photo assez précise de l’ensemble de la ville. Plus que les gens qui seront les acteurs de ce roman, c’est la main­mise de la puis­sance finan­cière qui est analy­sée aussi bien du côté des vain­queurs que des exclus.

Du côté des vain­queurs (en tout cas au début) on trouve Roger et Arabella Yount , leur seule moti­va­tion c’est l’argent, en gagner beau­coup et le dépen­ser au plus vite . Le roman s’ouvre sur l’in­quié­tude de Roger aura-t-il droit à sa prime d’un million de livres dont il aurait cruel­le­ment besoin pour éclu­ser toutes ses sorties d’argent ? Nous suivrons pendant un an cette famille et leurs deux garçons qui auront, eux, bien besoin de baby-sitter pour qu’un adulte s’oc­cupe enfin un peu d’eux. Je dois avouer que c’est un aspect qui me surprend beau­coup dans la litté­ra­ture anglaise (je ne sais pas si c’est en partie réel) mais les enfants ont toujours l’air d’épui­ser leurs parents qui n’at­tendent qu’une chose les mettre au plus vite en pension.

Du côté de ceux qui doivent travailler dur pour profi­ter un peu de cet argent, un ouvrier polo­nais et nous décou­vri­rons grâce à lui le monde des travailleurs pour qui l’argent ne coule pas à flots. Il aura des amours compli­qués et devra résoudre un problème de conscience à propos, encore une fois, de l’argent : il trouve dans la maison qu’il rénove une valise remplie de billets, que va-t-il en faire ?

Pétu­nia Howe est la personne la plus touchante de ce récit , elle est âgée et a vécu une grande partie de sa vie avec son mari Albert qui était un horrible radin grin­cheux. Surtout ne croyez pas la quatrième de couver­ture, elle n’est pas obli­gée de vendre sa maison pour se soigner. Elle est est atteinte d’une tumeur au cerveau, sa fille Mary vien­dra l’accompagner pendant sa fin de vie et nous permet­tra de connaître son fils Smitty qui est un perfor­meur en art contem­po­rain. Cette famille se situe dans la classe moyenne et elle est plus sympa­thique. Le fils permet quelques passages assez clas­siques sur l’absurdité des prix en art mais il reste un homme capable de senti­ment pour sa famille, Ce roman donne une assez bonne vision de la société britan­nique avec ceux qui ne peuvent pas y péné­trer comme Quen­tina qui a fui le Zimbabwe et qui n’a aucun papier. Elle arrive à travailler sous une fausse iden­tité et est employée par la société de surveillance du station­ne­ment à Londres. Étant donné la compli­ca­tion des règles de station­ne­ment, il semble parti­cu­liè­re­ment diffi­cile de ne pas avoir de contravention.

La famille pakis­ta­naise est riche en person­na­li­tés diverses , l’in­té­grisme musul­man frappe à leur porte , en travaillant comme des fous ils arrivent à un niveau de vie correct.
Il reste un pan de la société : les joueurs de foot grâce à Freddy Kamo nous décou­vrons que là aussi l’argent peut ruis­se­ler mais il est quand même soumis à la santé physique du jeune joueur, une mauvaise frac­ture et voilà le rêve qui s’écroule.

Le lien entre tous ces person­nages, c’est qu’ils sont tous voisins ou travaillent pour des gens de Pepys Road.

Chaque person­nage repré­sente un proto­type de Londo­niens et l’au­teur décrit ainsi une ville qui va mal car elle est trop centrée sur l’argent et la consom­ma­tion. Il arrive à tenir l’in­té­rêt du lecteur car les trajec­toires des person­nages font craindre une chute ce qui arri­vera pour certains d’entre eux. Et puis, il y a ces cartes que tous les habi­tants de la rue reçoivent avec cette inscrip­tion « Nous voulons ce que vous avez ». Qui se cache derrière ces messages anonymes ? Nous avons donc droit à une enquête poli­cière et à un inspec­teur très britan­nique sorti des écoles qui font de lui un homme un peu trop chic pour sa fonction.

J’ai aimé cette lecture car elle donne une bonne idée de ce qui va mal dans la société britan­nique, même si les person­nages sont parfois cari­ca­tu­raux et les situa­tions un peu conve­nues, il faut aussi dire que ce livre a vingt ans et que beau­coup de ce qu’il dénonce nous semble des lieux communs aujourd’hui.

Citations

Construction de la rue

La rue en ques­tion s’ap­pe­lait Pepys Road. Elle n’avait rien d’ex­tra­or­di­naire pour une rue de ce quar­tier. La plupart de ses maisons dataient de la même époque. Elles avaient été construites par un entre­pre­neur à la fin du XIXe siècle, pendant le boom immo­bi­lier consé­cu­tif à l’abo­li­tion de l’im­pôt sur les briques.

La famille pakistanaise

Soit Usman traver­sait bel et bien une phase reli­gieuse, soit ‑de l’avis d’Ah­med- il jouait la comé­die. Dans un cas comme dans l’autre, il faisait tout un foin de sa répu­gnance à vendre de l’al­cool et des maga­zines avec des femmes nues en couver­ture. Les musul­mans ne devaient pas…, et patati, et patata. Comme si l’en­semble de la famille n’avait pas conscience de cela… Mais la famille avait égale­ment conscience des impé­ra­tifs écono­miques en jeu.

Madame Kamal mère

Elle engueu­le­rait telle­ment Usman qu’il y avait de fortes chances qu’il n’en sorte pas vivant. Le monde se rendrait compte que le Pakis­tan n’avait pas réel­le­ment besoin de la force nucléaire puisque le pays dispo­sait déjà de Madame Kamal mère.

L’ouvrier polonais

La pose des étagères était assu­rée par son Polo­nais. Bogdan le maçon qu’elle avait tout d’abord employé sur la recom­man­da­tion d’une amie, et avait désor­mais adopté. Il travaillait deux fois plus dur qu’un ouvrier anglais, était deux fois plus fiable et coûtait deux fois moins cher.

Se loger à Londres

Zbigniev, Piotr et quatre amis habi­taient un trois pièces à Croy­don. Ils le sous-louaient à un Italien, qui lui-même le sous-louait à un Anglais qui le louait à la ville, et le loyer était de 200 livres par semaine. Ils devaient faire atten­tion pour le bruit, car si les autres rési­dents les dénon­çaient ils seraient flan­qués dehors. En réalité ces jeunes gaillards bien élevés étaient des loca­taires appré­ciés dans l’im­meuble, dont les autres occu­pants étaient âgés et blancs. Comme l’un d’eux l’avait un jour glissé à Znigniev dans le hall, ils s’es­ti­maient heureux. : « Au moins vous n’êtes pas des Pakis ».

Manie de riches

Roger avait une manie donc il voulait se débar­ras­ser mais qu’il avait bien conscience de ne pas avoir encore corri­gée : il avait tendance à ache­ter plein de maté­riel hors de prix dès qu’il envi­sa­geait de se mettre à un hobby. C’est ce qui s’était passé avec la photo­gra­phie, quand il avait acheté un appa­reil immen­sé­ment sophis­ti­qué et inuti­li­sable, assorti d’une batte­rie complète d’ob­jec­tif, puis pris une dizaine de photos avant de se lasser de sa complexité. Il s’était mis à la gym et avais acheté un vélo, un tapis de jogging et une machine multi­fonc­tions, puis une carte pour un « coun­try club » londo­nien donc il ne se servait quasi­ment jamais temps il était labo­rieux d’y aller. Il s’était mis à l’oe­no­lo­gie, il y avait installé un un frigo-cave à vin dans le sous-sol réamé­nagé qu’il avait rempli de bouteilles coûteuses ache­tées sur recom­man­da­tion, mais l’en­nui c’était qu’on était pas censé boire ces fichues bouteilles avant des années. Il avait acheté en multi­pro­priété un bateau à Cowes, donc ils s’étaient servis une fois.…

Les riches à Dubaï

Ils devaient descendre dans des hôtels hors de prix pour faire ce que faisaient les gens dans ces cas-là et dans ces endroits-là : lézar­der au bord de la piscine en siro­tant des bois­sons hors de prix, manger de la nour­ri­ture hors de prix, discu­ter des futurs vacances hors de prix qu’ils pouvaient prendre et du délice que c’était d’avoir autant d’argent .

L’argent à Londres

À Londres l’argent était partout, dans les voitures, les vête­ments, les boutiques, les conver­sa­tions, jusque dans l’air lui-même. Les gens en avaient, le dépen­saient, y pensaient et en parlaient en perma­nence. Tout cet argent avait un côté inso­lent, épou­van­table, vulgaire, mais égale­ment exci­tant, stimu­lant, inso­lent, nouveau, bref, diffé­rent de Kecs­ke­mét en Hongrie, qui lui avait semblé, comme toujours les lieux où on gran­dit, intem­po­rel et immuable. Pour­tant, ces torrents d’argent qui inon­daient Londres, elle n’en profi­tait pas. Des choses arri­vaient, mais pas à elle. La ville était une immense vitrine de maga­sin, et elle était dehors sur le trot­toir à admi­rer l’intérieur.