Édition Acte Sud

lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

J’avais eu des réserves sur un précé­dent roman « Kinder­zim­mer » de la même auteure. Celui-là est très beau, il décrit la vie d’un jeune pari­sien Vadim dont le père est russe et juif, nous sommes en 1943, et qui est envoyé en montagne pour offi­ciel­le­ment soigner son asthme sous l’iden­tité de Vincent Dorselle.

Cet enfant n’a jamais quitté Paris et son regard tout neuf sur la montagne est parfai­te­ment raconté : il est abso­lu­ment émer­veillé. Il va vivre tant de premières fois dans ce cadre qui l’en­chante. Mais derrière son bonheur d’être Vincent se cache la douleur de Vadim qui a si peur pour ses parents restés à Paris. Ce livre est un hymne à la montagne et aux gens simples qui ont réussi à rendre Vincent heureux et à lui sauver la vie. Tous les travaux des monta­gnards sont décrits et dans ce village en hauteur tout est très compli­qué et demande des efforts conti­nuels pour de bien faibles rende­ments. On prend un bol d’air vivi­fiant grâce au talent de cette écri­vaine et pour­tant les drames ne sont pas absents du récit, ils sont comme étouf­fés par une nature telle­ment plus belle que la souf­france humaine causée par la guerre et les percus­sions nazies.

Tout ce qui est triste et pour lui drama­tique est raconté du point de vue de l’en­fant qui n’a pas toutes les clés pour comprendre la féro­cité des destins de ceux qui comme lui sont juifs.
Son amitié pour Moinette, une petite fille de son âge, qui l’ini­tie à tout ce qu’un enfant doit savoir sur le monde des paysans de la montagne le récon­forte même si un moment son aven­ture avec une Olga plus délu­rée met une ombre entre eux.

Ma seule réserve pour ce beau roman, vient de l’ac­cu­mu­la­tion des mots que j’ai dû cher­cher dans le diction­naire, au début je rece­vais ces mots comme des cadeaux mais vers la fin du roman le procédé m’a un peu déta­ché du récit.

Citations

La première fois !

Il sent que ce n’est pas à la hauteur de ce qu’é­prouve le garçon et sans doute il l’en­vie un peu, ce gosse, qui comme lui a perdu son premier pas, sa première syllabe, son premiers biscuits, mais à douze ans, n’ou­bliera pas sa première montagne. À le voir bras ballants, bouche béante, yeux écar­quillés, il sait que son anxiété de la vieille a cédé à une sorte d’enchantement.

Le danger du village relié au monde.

Main­te­nant Vallor­cine, est relié au dehors. À Chamo­nix. À paris. Et soudain ça lui vient : aux Alle­mands. Les Alle­mands ont des voitures, chuchotent les chauves-souris. Du carbu­rant. Des chars. Ils ont traversé les Ardennes, plié sous leurs chenilles une forte­resse végé­tale rien ne les empêche de grim­per une route de montagne où l’hi­ver s’est un peu attardé.

Le « plaisir » des mots .

Pinson, dit Martin. Astrance, vanesse. Linai­grette, athy­rium, berge­ro­nette, traquet. Il joue à brouiller les pistes, balance des mots au hasard que Vincent ne peut pas comprendre et qu’il trans­forme inlas­sa­ble­ment en prin­temps : péri­style, nycta­lope, nimbus.

Édition Payot
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 
Un premier roman, que j’ai lu aussi vite que je l’oublierai. Amélie Fonlupt (un nom qui me rappelle de bons souve­nirs : celui du pédiatre qui a suivi mes enfants à Rennes, mais cela n’a rien à voir !) fait revivre trois géné­ra­tions de femmes du Cap Vert. La grand-mère, venue en France car elle ne suppor­tait plus la misère de son pays, la mère Reine, instal­lée en France et qui serait très heureuse si son mari arrê­tait de jouer de poker, et Léna le person­nage prin­ci­pal qui va s’éva­der de son milieu grâce au piano.
L’écri­ture est très rapide et cela donne l’im­pres­sion d’un survol plus que d’un ancrage dans le monde des émigrés capver­diens. Le Cap Vert est un pays soumis à des intem­pé­ries qui ravagent les sols et réduisent à la misère une popu­la­tion paysanne qui pouvait juste survivre. Ce sont les femmes dans ce pays comme dans beau­coup d’autres qui se confrontent aux diffi­cul­tés pour leurs enfants, les hommes s’exilent. Arri­vée en France, la grand-mère n’hé­site pas à faire des ménages pour élever sa fille Reine, qui a son tour fera des ménages, sa santé l’ayant empê­chée de pour­suivre ses études.
On sent bien tout le courage de ces femmes et aussi la fata­lité des destins auxquels Léna veut échapper.
La gale­rie de portraits dans ce roman ne m’ont, hélas, pas convain­cue, ils sont pour­tant sympa­thiques mais je les ai trou­vés sans consis­tance : Max son petit frère qui est harcelé dans son collège, l’Al­gé­rienne concierge au verbe haut qui fait des gâteux à longueur de jour­née, le profes­seur de musique du collège qui initiera Léna au piano, les riches patrons de Reine.
C’est compli­qué d’ex­pli­quer quand un roman, avec des aspects qui auraient pu me plaire, ne prend pas, je pense que tout vient du style de l’écri­vaine : trop rapide et trop facile sans doute.
Je dois lui recon­naître une qualité à ce roman … depuis cette lecture je « ré » écoute Césa­ria Évoria

Citations

Un début qui m’a plu

Le 27 août 1941, donc, Mamé nais­sait à São Miguel, dans le nord de l’île de Santiago, tandis que Cesa­ria Évoria venait au monde à Mindelo sur l’île de São Vicente. Un hasard amusant qui fut cepen­dant sans inci­dence puisque, de comment elles n’eurent pas grand chose si ce n’est cette date, ce pays et une volonté farouche de sortir du commun. Toujours est-il que des deux vous n’avez entendu parler que de la seconde(…) Vous igno­rez peut-être qu’à sa mort trois jours de deuil furent décré­tés au Cap Vert, et un aéro­port fut rebap­ti­sée à son nom. C’est bien vous avez écouté la chan­teuse grâce à qui un pays s’est fait entendre, mais dès lors que vous n’avez pas connu ma grand-mère, ce n’est pas tout.

Une lignée de femmes.

Alors si ma mère avait su que dans ma chambre j’écou­tais du piano, si elle avait su qu’a­près l’école je faisais semblant de rester plus long­temps à l’étude pour pouvoir m’at­tar­der dans la salle de musique, là, elle aurait pani­qué à raison. Mais je ne pouvais pas le lui dire. Je venais d’une lignée de femmes auxquelles on avait dit que le rêve était un luxe à la portée des gens qui en ont les moyens. Je n’avais pas le droit. Vouloir être artiste était insensé, cela n’était pas pour nous. nous qui ne possé­dions pas grand chose. Il fallait trou­ver un vrai travail, avec un salaire à la fin du mois.


Édition Galli­mard NRF

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Se souve­nir de cette phrase

La seule arme qu’a un pauvre pour conser­ver sa dignité est d’ins­til­ler la peur.

Quel livre ! Comment peut-on ensuite avoir la moindre confiance dans la conduite des affaires de la Russie en Poutine, appelé le Tzar dans tout ce roman ? Et comment ne peut on faire autre­ment que de cher­cher à se défendre de lui ? Ce roman prend pour sujet des confi­dences que Vadim Bara­nov, person­nage réel qui a été l’émi­nence grise de Poutine pendant vingt ans, auraient faites à l’écri­vain qui connaît mieux que personne les dessous du pouvoir du Krem­lin dirigé par Poutine de main de fer.

Nous décou­vrons que tout ce que l’Eu­rope connaît comme conflits les plus horribles sont dues au désir de Poutine de redon­ner la fierté aux Russes que ce soit la guerre en Tchét­ché­nie ou la guerre en Ukraine. Tout est venu de la fin du commu­nisme période pendant laquelle la Russie a connu une période où tout était permis mais où, surtout, les diri­geants inter­na­tio­naux, en parti­cu­lier les améri­cains, mépri­saient de façon ouverte les diri­geants russes. Il raconte comment le fou rire de Clin­ton devant les propos inco­hé­rents d’El­stine lors d’une confé­rence de presse à New York en 1995 a humi­lié toute une nation. Toute la conduite de Poutine est de faire peur aux occi­den­taux et peu importe les prix humains que cette folie de gran­deur coûtera.
Ce roman, ou essai car on se demande ce qui est romancé dans cette histoire, est abso­lu­ment passion­nant. Le style de cet auteur est agréable à lire, on sent qu’il connaît très bien son sujet. On retrouve tous les évène­ments dont a plus ou moins entendu parler, la montée des oligarques et leur chute voire leur suicides « assis­tés » . La Russie s’est trouvé le maître qui lui convient, il flatte leur senti­ment de supé­rio­rité et en les obli­geant à se soumettre ils retrouvent la conduite de leurs grands-parents de ne plus rien criti­quer et d’ab­sor­ber la propa­gande servie par des médias au main de leur Tzar préféré . C’est d’une tris­tesse incroyable

Citations

J’ai envie de lire cet auteur que je ne connaissais pas.

Depuis que je l’avais décou­vert, Zamia­tine était devenu mon obses­sion. Il me semblait que son œuvre concen­trait toutes les ques­tions de l’époque qui était la nôtre. « Nous » ne décri­vait pas que l’Union sovié­tique, il racon­tait surtout le monde lisse, sans aspé­ri­tés, des algo­rithmes, la matrice globale en construc­tion et, face à celle-ci l’ir­ré­mé­diable insuf­fi­sance de nos cerveaux primi­tifs. Zamia­tine était un oracle, il ne s’adres­sait pas seule­ment à Staline : il épin­glait tous les dicta­teurs à venir, les oligarques de la Sili­cone Valley comme les manda­rins du parti unique chinois.

Les élites russes.

Voyez-vous, l’élite sovié­tique au fond ressem­blait beau­coup à la vieille noblesse tsariste. Un peu moins élégante, un peu plus instruite, mais avec le même mépris aris­to­cra­tique pour l’argent, la même distance sidé­rale du peuple, la même propen­sion à l’ar­ro­gance et à la violence. On échappe pas à son propre destin et celui des Russes est d’être gouver­nés par les descen­dants d’Ivan le terrible. On peut inven­ter tout ce qu’on voudra, la révo­lu­tion prolé­taire, le libé­ra­lisme effréné, le résul­tat est toujours le même : au sommet il y a les « opritch­niki » des chiens de garde du tsar.

Moscou 1990.

Moscou au milieu des années 90, était le bon endroit. Vous pouviez sortir de la maison un après-midi pour aller ache­ter des ciga­rettes, rencon­trer par hasard un ami surex­cité pour je ne sais quelle raison et vous réveiller deux jours plus tard, dans un chalet à Cour­che­vel, à moitié nu entouré de beau­tés endor­mies, sans avoir la moindre idée de comment vous est-il arrivé là. Ou bien, vous vous rendiez à une fête privée dans un club de strip-tease, vous commen­ciez à parler avec un inconnu, gonflé de vodka jusqu’aux oreilles, et le lende­main vous vous retrou­viez propulsé à la tête d’une campagne de commu­ni­ca­tion de plusieurs millions de roubles.

Comprendre Moscou .

Tout contri­buait à alimen­ter la bulle radio­ac­tive de Moscou. Les aspi­ra­tions accu­mu­lées de tout un pays, immergé depuis des décen­nies dans la sénes­cente torpeur commu­niste, conver­geaient ici. Et au centre, il n’y avait pas la culture, comme le croyait les intel­lec­tuels convain­cus d’hé­ri­ter du sceptre et qui n’avaient rien hérité du tout. Au centre, il y avait la télé­vi­sion. Le cœur névral­gique du nouveau monde qui, avec son poids magique, cour­bait le temps et proje­tait partout le reflet phos­pho­res­cent du désir. 
Conver­tir mon expé­rience théâ­trale en carrière de produc­teur de télé­vi­sion fut comme passer du carrosse à vapeur à la Lamborghini.

Humour Soviétique.

« Sais-tu ce que disaient les Mosco­vites de la Loubianka à l’époque de L’URSS ? Que c’était l’im­meuble le plus haut de la ville car de ses caves on voyait la Sibérie… »

Staline dans les souvenirs des Russes.

Vous, les intel­lec­tuels, vous êtes convain­cus que c’est parce que les gens ont oublié. D’après-vous, ils ne se souviennent pas des purges, des massacres. C’est pour­quoi vous conti­nuez à publier article sur article, livre sur livre à propos de 1937, des goulags, des victimes du stali­nisme. Vous pensez que Staline est popu­laire malgré les massacres. Eh bien, vous vous trom­pez, il est popu­laire à cause des massacres. Parce que lui au moins savait comment trai­ter les voleurs et les traîtres. »
Le tzar fit une pause. 
« Tu sais ce que fait Staline quand les trains sovié­tiques commencent à avoir une série d’accidents ?
-Non.
- Il prend Von Meck, le direc­teur des chemins de fer, et le fait fusiller pour sabo­tage. Cela ne résout pas le problème des chemins de fer, en fait cela peut même l’ag­gra­ver. Mais il donne un exutoire à la rage. La même chose se produit chaque fois que le système n’est pas à la hauteur. Quand la viande vient à manquer Staline fait arrê­ter le commis­saire du peuple pour l’agri­cul­ture. Tcher­nov, l’en­voie au tribu­nal et celui-ci, comme par magie confesse que c’est lui qui a fait abattre des milliers de vaches et de cochons pour désta­bi­li­ser le régime et fomen­ter une révolte.

Remarque que je trouve juste.

J’ai pu consta­ter à plusieurs reprises que les rebelles les plus féroces sont parmi les sujets les plus sensibles à la pompe du pouvoir. Et plus ils grognent quand ils sont devant la porte, plus ils glapissent de joie une fois passé le seuil. Contrai­re­ment aux notables, qui cachent parfois des pulsions anar­chique sous l’ha­bi­tude des dorures, les rebelles sont imman­qua­ble­ment éblouis comme les animaux sauvages face au phare des routiers.

Édition Acte Sud
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 
Cet auteur fait partie de mes favo­ris, j’aime beau­coup la saga des Rosiers : la traver­sée du conti­nent, Victoire, La traver­sée de la ville, la traver­sée des sentiments. 
Dans ses romans la musique a toujours de l’im­por­tance et dans cet ensemble de textes, il a réuni des moments de sa vie liés à la musique . C’est parfois drôle, triste ou tragique. Comme le premier moment lié à la mort de son frère qu’il aimait tant. C’est parfois cruel, comme lors­qu’il raconte combien Mont­se­rat Caballé avait gardé une voix superbe mais un corps qui ne lui permet­tait plus de jouer les jeunes amou­reuses. Je comprends Le fou rire qui le saisit à la vue de cette grosse femme enve­lop­pée de taffe­tas vire­vol­tant mais je trouve son rire cruel pour cette grande artiste. En revanche j’ai bien aimé qu’il critique de façon drôle et méchante le spec­tacle de Luis Mariano. Je comprends sa rancœur car il a eu l’im­pres­sion que ce mauvais spec­tacle avait été envoyé au Québec en prenant les habi­tants pour des « ploucs » tout juste bon à chan­ter en choeur « Mexiiiiiiiiiiiiiiiiiiico » . Mais il faut dire que la salle était pleine, hélas Luis était si fati­gué qu’il a eu bien du mal à chanter.
J’ai bien aimé son obser­va­tion du concert de Céline Dion à Las Vegas, concert pour lequel ses fans ont payé des fortunes pour ne pas entendre la chan­teuse car la salle repre­nait en chœur les chan­sons sans écou­ter leur idole. J’ai choisi un passage sur Barbara, chan­teuse qu’il se faisait un point d’hon­neur à ne pas aimer jusqu’au jour où sur scène, elle l’a tota­le­ment ému.
Bref un bon petit livre mais sans plus pour moi. Je me suis un peu fati­guée de passer d’une nouvelle à l’autre.

Citations.

Un bel hommage à Barbara.

Le génie de Barbara fut plus fort que mes ridi­cules réti­cences, est au bout d’un quart d’heure, cette fois assis au fond de mon fauteuil, je fus obli­gée de sortir le petit paquet de klee­nex que je gardais toujours sur moi l’hi­ver. Et pendant l’heure et demie qui suivit, je décou­vris toutes les beau­tés que je n’avais jamais voulu voir, les aveux boule­ver­sants, les chucho­te­ments dont je m’étais tant moqué et qui conte­nait pour­tant toute la douleur du monde, je vis des paysages tristes décrits en mots simples et des femmes qui souf­fraient d’une absence, de départ, je me lais­sais couler dans ce monde glauque ou l’es­poir semblait banni à tout jamais, j’en­ten­dis des décla­ra­tions d’amour déchi­rantes et oui, tout de même, des paroles véhé­mentes annon­çant de terribles vengeances ou, du moins, leur désir .

Le boléro de Ravel.

Le tambour conti­nue son rythme régu­lier qui, curieu­se­ment, commence à le déran­ger : c’est comme le vrom­bis­se­ment d’une mouche dont on arrive pas à se débar­ras­ser. C’était bien au début, ça partait bien l’œuvre, mais on devrait passer à autre chose. L’or­chestre entier commence alors à suivre le rythme du tambour, c’est plus doux, plus langou­reux, moins acha­lant, ça couvre un peu la caisse, puis se lance dans la première mélo­die et il sent son cœur battre plus fort. Que ces beau. L’or­chestre se gonfle tout à coup, et entonne un nouveau thème, très court, avant de reve­nir au premier. Les instru­ments se répondent, les sections semblent lancer des défis, mais à travers tout ça, à travers tout l’or­chestre, les deux thèmes qui se répètent et se mélangent, il se rend compte qu’il entend quand même encore le tambour, pour­tant discret, enterré sous le reste de l’or­chestre, et ça l’énerve de plus en plus comme un grat­te­ment sans fin au fond de son oreille.


Édition Buchet Chastel
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Un roman très léger et hélas trop convenu en tout cas pour moi.Un artiste peintre se retrouve à Rome, il est lassé par la vie pari­sienne et même s’il connaît un succès certain, il aspire à autre chose. Il s’ins­talle à la terrasse d’un petit restau­rant, sur la place du Campo De « Fiori sous le regard de la statue de Bruno Gior­dano. Il s’ins­talle avec un jeu d’échec et plusieurs joueurs viennent jouer avec lui. Un soir une jolie femme Marya lui propose de jouer et il perd. Une histoire d’amour va se tisser entre eux où les échecs joue­ront un grand rôle .

Tout l’intérêt du roman vient de l’en­tre­lacs des histoires, celle de Bruno Gior­dano qui fut brûlé sur cette même place pour avoir voulu impo­ser ses idées et avoir pensé que le soleil n’était sans doute pas unique dans l’uni­vers, celle de Gaspard qui fait tout pour séduire Marya parfois maladroi­te­ment, avec en toile de fond la réalité du monde de l’art pari­sien, l’his­toire de Marya petite fille d’un grand cham­pion d’échec mort à Ausch­witz, la puis­sance des jeux d’échec, la mémoire de la shoa , et puis l’his­toire d’un coup de foudre que Gaspard voudrait pouvoir prolon­ger plus long­temps que ces trois jours merveilleux à Rome.

Une histoire d’amour qui m’a semblé très conven­tion­nelle avec son passage obligé : la scène de sexe torride, dans une ville bien décrite. Rome se prête bien aux histoires d’amour. J’ai un peu de mal avec certains dialogues du style « il fait » « comme ça, je dis » j’ai du mal à comprendre pour­quoi l’au­teur utilise cette façon de s’ex­pri­mer . Voilà pour­quoi, je trouve ce roman trop léger je dirai même un peu super­flu, je suis loin de ce que j’avais tant aimé dans « L’in­cen­die »

Citations

le style qui m’étonne

Je lui propose une revanche. Oui, avec plai­sir fait l’homme. Même si j’ai l’im­pres­sion que j’au­rai du mal à vous donner du fil à retordre.

On cause un peu en réins­tal­lant les pièces. Il me demande d’où je viens. De France, je dis. Paris. Ah, il fait en tout cas vous parlez un bon italien.

Statue de Bruno Giordano, moi aussi « ce genre de gars me fascine ».

Moi, j’y peux rien, ce genre de gars, ça me fascine, conti­nue le cuis­tot. Des gars qui pensent comme ça leur chantent et qui défendent leurs idées jusqu’au bout. Quitte à y lais­ser leur peau. Putain, c’est quelque chose quand même. Vous trou­vez pas ? 
Sur que c’est quelque chose. 
Et c’était pas un illu­miné, faut pas s’y trom­per. Le gars, il savait tout sur tout. Les maths, la physique, la philo, ça le connais­sait. Et j’en passe. C’était une poin­ture. En plus, il paraît qu’il avait une mémoire incroyable.
La date un 1889, c’est celle de l’ins­tal­la­tion de la statue ? 
Ouais c’est bien ça des intel­los de l’époque qu’ont décidé ça. Des libres penseurs. Des francs-maçons aussi. Ç’a pas été une mince affaire, je crois bien. Le Vati­can a fait la gueule.


Édition Feryane (gros carac­tères) traduit du russe (Ukraine) par Paul Lequesne .

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Ce roman a eu un tel succès que je n’ai pu le trou­ver qu’en gros carac­tère dans une petite biblio­thèque assez loin de chez moi. Ce n’est ni agréable ni gênant de lire ainsi. (Je me demande si cela aide vrai­ment les gens qui ne voient pas très bien). J’avais déjà lu « le pingouin » du même auteur, je me souviens que l’as­pect déjanté du roman ne m’avait qu’à moitié plu.

Mes cinq coquillages disent que pour ce roman je n’ai aucune réserve. Et ceci pour plusieurs raisons :

  • Que savions nous vrai­ment de l’Ukraine avant que les Russes ne décident d’en­va­hir ce pays ?
  • En 2014, certaines provinces sont tombées sous la coupe de « pro » russes et la Crimée a été ratta­chée à la Russie, mais qu’en était-il des popu­la­tions ? Se sentaient-elles russes ou ukrainiennes ?
  • Comment vivent les citoyens ordi­naires dans des villages coupés du monde sans élec­tri­cité la plupart du temps ?
  • Que peuvent appor­ter les abeilles aux hommes ?

À travers un person­nage éton­nant Sergueï Sergueïtch, apicul­teur, qui est resté vivre dans son village sur la zone de front, Staro­gra­divka, j’ai mieux compris que par les multiples repor­tages ce qui ce passait dans cette région de l’Ukraine. Son village ne compte plus que deux habi­tants : lui et son pire ennemi Pachka . Sergueï n’est pas un héros ni un person­nage très sympa­thique, il va le deve­nir au cours de ce roman. Sa femme l’a quitté et on devine parce qu’elle n’en pouvait plus de vivre avec un homme si casa­nier qui ne suppor­tait pas que l’on puisse appe­ler une petite fille Angé­lica (trop origi­nal pour le village !). La soli­tude lui pèse, mais pas tant que ça, il va devoir se rappro­cher de son ennemi d’école primaire et une forme d’en­tente va se créer entre eux. Tous les deux vivent au grès des bombar­de­ments qui passent au dessus de leur tête, ils sont habi­tués ! ! De temps en temps, Sergueï va dans un village un peu plus loin et prend du ravi­taille­ment. Il va essayer aussi d’en­ter­rer un soldat tué sur cette ligne de front, il ne pourra que le recou­vrir de glace. C’est un véri­table acte de bravoure car il sait que les deux camps observent cette zone où personne ne doit passer.

L’été arrive et avec l’été, il lui faut trou­ver un endroit propice pour ses abeilles. Il trouve d’abord un lieu parfait dans la campagne ukrai­nienne , mais sans s’en rendre compte, il va atti­ser la jalou­sie des hommes du villages car il plait beau­coup à l’épi­cière du village. La guerre le rattrape, un des villa­geois, revenu complè­te­ment trau­ma­tisé de la guerre, a des accès de violence incon­trô­lés et vanda­lise la voiture de Sergueï à coups de hachette, il décide donc de partir en Crimée.

Là encore le quoti­dien de la guerre va le rattra­per. Il doit passer diffé­rentes « fron­tières » et ça prend beau­coup de temps et d’in­ter­ro­ga­toires très pénibles. En Crimée il ne connaît qu’un homme apicul­teur, c’est un Tatar et ses ennuis vont s’aggraver.
En voulant aider cette famille, il va réveiller les vieux démons racistes des auto­ri­tés russes et la famille tatar paiera très cher sa présence ainsi que ses abeilles. Il ne pourra que s’en­fuir en aidant la fille de la famille à fran­chir la fron­tière pour se rendre en Ukraine faire des études.

Voilà pour la trame du récit, en ne vous inquié­tez pas pour le « divul­ga­châge » ce ne sont pas les événe­ments qui font la puis­sance de ce récit. C’est la compré­hen­sion que, peu à peu, se fait Sergueï de ce qui l’en­toure et l’im­pos­si­bi­lité d’agir sur la vie lorsque ceux qui ont le pouvoir sont complè­te­ment corrom­pus et qu’au­cune logique ne semble être à l’oeuvre dans leur conduite. On peut trou­ver que cet homme est trop passif et limité intel­lec­tuel­le­ment, mais je pense que rester à ce niveau du person­nage permet à l’écri­vain de faire comprendre aux lecteurs ce que vit exac­te­ment la popu­la­tion. Je pense que la Russie va obte­nir exac­te­ment le contraire de ce que voulaient les diri­geants à savoir créer un senti­ment natio­nal qui était loin d’exis­ter en 2014. Les habi­tants n’avaient aucune envie de se sentir Russes ou Ukrai­niens mais ils voulaient simple­ment vivre tran­quille­ment dans leurs villages. Déjà, l’es­prit de clocher ne portait pas à l’ou­ver­ture d’es­prit mais les pires senti­ments vont être exacer­bés par la guerre et donc le natio­na­lisme semble une solu­tion toute simple.

Un roman qui sert de base pour comprendre le conflit actuel et est servi par un grand écri­vain ukrai­nien russo­phone qui doit être bien triste de voir son pays détruit de fond en comble par des Russes persua­dés qu’ils sont dans leur bon droit.

Citations

Sergueï et Pachka.

En un instant, il s’était rappelé les vache­ries commises par l’autre, ses coups par en dessous, ces cafar­dages auprès des profs, ses refus de lais­ser copier. Dites : après 40 ans, il aurait pu avoir déjà pardonné et oublié tout ça ! Eh bien, pardon­ner, ça oui ! Mais comment les oublier quand leur classe comp­tait sept greluches et seule­ment deux gamins : Pachka et lui ? Et qu’en consé­quence Sergueï n’avait jamais eu d’amis à l’école, mais seule­ment un ennemi. Même si le mot « ennemi » avait quelque chose de trop sérieux et pesant. Au village on aurait dit qu’il était « chtit » le terme conve­naient mieux un « petit ennemi » en somme, dont personne n’avait peur. 

La vie et la mort dans un village.

Quand on vit long­temps dans un endroit, on a toujours plus de familles enter­rées qu’en bonne santé à côté de soi.

Le poids du silence et de la solitude.

Cinq jours passèrent, tous iden­tiques, tels des corbeaux. Pareille compa­rai­son ne serait pas venue à l’es­prit de Sergueïtch si au cours de ces jour­nées tran­quilles et mono­tones, le seul bruit à remplir de temps à autre les alen­tours n’eût été le croas­se­ment de ces oiseaux. 
« Peut-être annoncent-ils le prin­temps ? » songeait l’api­cul­teur tendant vaine­ment l’oreille en quête d’autres bruits dans le monde environnant.

Humour.

« Et vous avez fabri­qué ce grand coffret spécia­le­ment pour des chaussures ? 
– Bon, ce n’est pas tout à fait un coffret, c’est un chaus­su­rier, corri­gea Sergueïtch. Un coffret, c’est plus petit.
- Un chaus­su­rier ? répéta Petro. Ça existe un mot pareil ?
- Il y a bien des cendriers, non ? des sucriers ? répon­dit l’api­cul­teur. pour­quoi il n’y aurait pas des chaussurier ?

Le sort des abeilles.

Derrière lui la guerre à laquelle il ne prenait aucune part, mais dont il était devenu simple­ment l’ha­bi­tant. Habi­tant de la guerre. Un sort nulle­ment enviable, mais autre­ment plus tolé­rable pour un être humain que pour des abeilles. Sans les abeilles, il ne serait parti nulle part, il aurait eu pitié de Pachka, il ne l’au­rait pas aban­donné tout seul. Mais les abeilles, elles ne compre­naient pas ce qu’é­tait la guerre ! Les abeilles ne pouvaient pas passer de la paix à la guerre et de la guerre à la paix, comme les humains.

Édition Galli­mard . Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Si j’avais eu quelques réserves pour le premier roman que j’avais lu de et auteur : « l’en­ter­re­ment de Serge » ; celui-ci m’a vrai­ment beau­coup plu. Surtout parce qu’il dit de façon très claire que Proust n’ap­par­tient pas aux intel­lec­tuels mais à tous ceux et toutes celles qui veulent bien se donner le mal de le lire.

Clara est coif­feuse, dans le salon « Cyndi coif­fure » , Madame Habib en est la proprié­taire et Nolwenn la deuxième employée. Un jour un bel homme oublie son livre au salon, Clara qui est malheu­reuse en ménage espère que cet homme revien­dra cher­cher son livre. Il ne revient pas et Clara commence à lire « la recherche du temps perdu ». Ce n’est pas une lecture facile mais Clara s’ac­croche et peu à peu elle s’empare de ce texte qui va à tout jamais chan­ger sa vie.

Ce qui est bien fait dans ce roman, c’est le chemi­ne­ment de Clara vers l’oeuvre de Proust qui peu à peu trans­forme sa percep­tion de la vie. Les cita­tions de Proust parsèment ce roman et permettent de retrou­ver des passages connus de Proust, Clara commence à bien connaître les person­nages de la recherche. J’ad­mire le travail de Stéphane Carlier d’avoir ainsi rendu acces­sible l’oeuvre de Proust. Et je trouve que d’avoir situé son roman dans un petit salon de banlieue de Châlon sur Saône est une très bonne idée. D’abord pour montrer qu’il n’y a pas de fron­tières sociales pour aimer cette oeuvre, et en plus un salon de coif­fure c’est vrai­ment le lieu des potins de la ville un peu comme la salon de la Verdu­rin en son temps. Carlier se permet alors des petites remarques humo­ris­tiques qui montrent son talent d’ana­lyste de notre société.

Je garde en souve­nir un petit livre qui m’avait (dans un tout autre genre) beau­coup touché de Joseph Czapski « Proust contre la déchéance »

Le roman de Stéphane Carlier est un très bel hommage au plus grand des roman­ciers fran­çais du 20° siècle.

Citations

Bien vu.

Il y a Nolwenn, l’autre employée du salon. Sa figure n’a pas vrai­ment de contours et change rare­ment d’ex­pres­sion. Qu’elle raconte que sa belle sœur a fait une fausse couche ou qu’elle tende un petit un petit cadeau à Clara pour son anni­ver­saire, ses traits restent neutres, ils ne s’animent que lors­qu’elle regarde des vidéos sur son télé­phone. Un grand sourire fend le bas de son visage quand elle voit un chim­panzé prome­ner un porce­let en laisse ou un jeune golden retrie­ver s’es­sayer à gravir la première marche des escaliers.

L’apport de Proust.

Avec Proust, elle a l’im­pres­sion de tout voir. Forcé­ment, puis­qu’il lui montre le monde visible dans ces détails infi­nis et un autre, derrière, caché mais vaste et puis­sant, qui impose sa loi, sa volonté aux premiers la réalité psychique, psycho­lo­gique des êtres. Et ce n’est pas tout. En l’ini­tiant au prin­cipe de la mémoire invo­lon­taire, comme s’il posait ses mains sur ses épaules il la faisait légè­re­ment pivo­ter, il enri­chit son point de vue en y ajou­tant une dimen­sion qu’elle avait ignoré jusque là, celle du temps. Le passé, en surgis­sant dans le présent ne s’y prolonge-t- il pas ? Le souve­nir n’a-t-il pas plus d’exis­tence que l’épi­sode qu’il relate ? Pour­quoi semble-t-il qu’à mesure qu’on vieillit on se souvienne de mieux en mieux ?

Ce nom mythique.

Avant, ce nom mythique était pour elle comme celui de certaines villes – Capri, Saint-Péters­bourg, où il était entendu qu’elle ne mettrait jamais les pieds. 


Édition Arléa 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Un roman à la gloire de Dome­nico Scar­latti compo­si­teur qui a vécu de 1685 à 1757. Il a écrit de multiples sonates pour clave­cin que l’on joue main­te­nant très souvent au piano.

Ce roman est l’his­toire d’une machi­na­tion autour d’une parti­tion retrou­vée dans l’étui d’un violon­celle et qui sera volée dans l’ate­lier du luthier. Plusieurs person­nages sont présents dans le roman et seul le dernier chapitre dévoi­lera qui tire toutes les ficelles. (C’est évidem­ment par ce chapitre que j’ai commencé mais ne vous inquié­tez pas je n’en dirai rien dans ce billet !)

Nous faisons la connais­sance de l’ébé­niste un homme brisé par le départ de la femme qu’il a aimée. Sa seule conso­la­tion c’est son travail de restau­ra­tion des meubles anciens. C’est lui trou­vera une parti­tion qui semble très ancienne dans l’étui de bois du violon­celle. Ensuite nous voyons le luthier qui travaille dans un atelier mitoyen du sien et qui est un fou d’ins­tru­ments anciens mais qui hélas pour lui joue au poker et y perd beau­coup, beau­coup d’argent.

Ensuite viennent ceux qui vont jouer une rôle impor­tant dans la machi­na­tion : la clave­ci­niste virtuose qui recon­naî­tra une oeuvre de Scar­latti. Le spécia­liste fran­çais profes­seur à la Sorbonne qui veut à tout prix pouvoir avant tout le monde analy­ser cette parti­tion pour se faire mous­ser et dépas­ser son jeune collègue italien qui lui doutera que cette Sonate puisse être du grand maître.

Enfin un riche mécène (comme on en trouve plus dans les romans que dans la vie) qui veut lui aussi retrou­ver cette partition.
La seule trace tangible, que ce petit monde a de cette parti­ci­pa­tion, c’est un enre­gis­tre­ment sur un télé­phone portable que le menui­sier a fait lors­qu’il est venu appor­ter la parti­tion à la clave­ci­niste virtuose.

J’ai lu avec inté­rêt ce roman mais si je ne suis pas plus enthou­siaste, c’est que le prin­ci­pal inté­rêt c’est cette machi­na­tion que j’ai trou­vée très tirée par les cheveux. En revanche, je trouve que cette écri­vaine raconte très bien le plai­sir de la musique et l’exi­gence du travail des solistes. J’ai bien aimé aussi l’évo­ca­tion du travail du luthier et de l’ébé­niste. Mais j’ai eu quelques diffi­cul­tés à croire aux person­na­li­tés qui construisent cette histoire. Un roman donc agréable à lire malgré mes réserves et qui enchan­tera toutes celles et tous ceux qui aiment les suspens bien menés. (vous remar­que­rez que je divul­gâche le moins possible !)

Je me souviens que j’avais eu aussi quelques réserves pour « Eux sur la photo » de la même auteure

Citations

Vocabulaire pour initiés .

C’était une pièce parti­cu­liè­re­ment complexe dans son écri­ture : elle commen­çait par un tétra­corde descen­dant, si typique des rythmes de séque­dilles, se pour­sui­vait par une cascade de suites ascen­dantes, de plus en plus rapides, illu­mi­nées par les trilles. Les arpèges qui se multi­pliaient à la fin m’ont fait trébu­cher plus un fois.

Un amoureux de Scarlatti.

Comme exécu­tant, j’ai toujours était moyen. Ma force a consisté à le recon­naître. Mais j’ai toujours su que derrière cette musique exis­tait une énigme, un chiffre, un mystère, un art de la compo­si­tion si neuf qu’il dyna­mi­tait l’en­semble des règles d’écri­ture de son époque. Et moi, j’ai voulu être le premier, celui qui serait capable d’ex­pli­quer, vrai­ment, la genèse de ce prodige tombé du ciel.

Un homme très très riche que l’on trouve surtout dans les romans.

En ce qui concerne celui-ci, le biographe le fameux Luzin-Farez, l’en­quête préli­mi­naire de mon infor­ma­teur m’avait donné une idée du person­nage. J’étais main­te­nant curieux de me forger la mienne. J’avais choisi un lieu de rendez-vous donc je savais qu’il flat­te­rait sa vanité, tout en lui lais­sant comprendre à quel point j’étais riche pas. Parfois, j’ai l’im­pres­sion cruel d’être un ento­mo­lo­giste qui s’ap­prête à retour­ner du bout de sa pince un nouveau spécimen.

Édition Galli­mard

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

J’hésite toujours à écrire un billet quand je n’aime pas un livre et puis je pense à tous vos billets qui m’ont permis d’éviter des romans qui me seraient tombés des mains alors ….

Il faut que je dise en préam­bule que je suis très exigeante quand il s’agit de lire la prose d’un écri­vain ou d’une écri­vaine qui nous raconte la créa­tion litté­raire. Je trouve rare­ment inté­res­sant de parti­ci­per à la cuisine qui lui permet d’aboutir à une œuvre. Mais quand en plus on est dans le cliché absolu, je sens la colère monter en moi. Je suis juste ravie de n’avoir pas dépen­ser 18 euros pour lire cette prose affligeante.

Elsa Feuillet, l’hé­roïne, est une écri­vaine peu connue et qui en admire une autre (Béatrice Blandy) . Celle-ci est morte et son mari va pous­ser Elsa à s’emparer de l’ébauche du roman de sa femme afin qu’il puisse être édité. L’au­teure s’amuse (moi beau­coup moins) à faire des allu­sions à Rebecca de Daphné du Maurier.

Je n’ar­rive pas trop à rédi­ger mon billet et je me demande qui cela peut inté­res­ser que j’ex­plique pour quoi je n’ar­rive pas à l’écrire, Carole Fives croit donc nous inté­res­ser aux affres de la plage blanche et du comment se mettre à l’écri­ture. Il faudrait donc une histoire d’amour compli­quée, du suspens, des allu­sions litté­raires, et la descrip­tion d’un énorme succès litté­raire quand le lecteur, lui, lit un pâle pastiche de Daphné du Maurrier.

Tout ce que j’écris dans ce billet sent trop ma décep­tion, on verra si au club certaines se sont inté­res­sées à la Miss Feuillet et ses feuilles blanches ! Je sais, c’est un mauvais jeu de mot mais quand je n’ai pas grand chose à dire, je fais ce que je peux !

PS. Personne dans le club n’a sauvé ce roman.

Une seule citation

Une mère toxique une fille peu compatissante.

Sa mère à elle l’ap­pe­lait tous les jours, de son hôpi­tal, pour lui dire combien elle souf­frait, et à quel point vivre était un calvaire. La plus part du temps, Elsa ne décro­chait pas. Elle n’écou­tait pas les longs messages lais­sés sur son répon­deur. Elle se conten­tait d’en­voyer de l’argent à sa mère quand elle le pouvait. De temps en temps, elle finis­sait par répondre et alors, une voix du fond des âges apathique l’ap­pe­lait a l’aide. Elsa marmon­nait qu’il ne fallait pas s’en faire comme ça, ni être aussi si néga­tive. Elle ajou­tait qu’elle était pres­sée, qu’elle rappel­le­rait plus tard.


Édition Corti

lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Un tout petit roman d’une centaine de pages à la gloire de Jean Sebas­tian Bach et son immense admi­ra­tion pour Buxte­hude. L’au­teur imagine une rencontre entre ces deux servi­teurs de la musique sacrée qui sentent entre eux et Dieu un lien qui se concré­tisent dans leurs œuvres. L’au­teur imagine que Bach part à pied l’hi­ver de Arns­tadt où Bach est orga­niste jusqu’à Lübeck ville du maître Buxte­hude. Cette marche d’une centaine de kilo­mètres est l’oc­ca­sion pour l’au­teur de montrer à quel point le compo­si­teur est impré­gné de musique. Il s’agit d’une vision mystique de la musique qui le rapproche de Dieu. On peut se deman­der pour­quoi Simon Berger écrit un tel livre sur un sujet dont on ne sait rien ou presque. Que Bach ait admiré Buxte­hude, c’est certain tout le monde l’ad­mi­rait à l’époque ; que ces deux génies de la musique se soient rencon­trés on n’en sait rien mais c’est possible ; que des grands compo­si­teurs recon­naissent le talent de leur prédé­ces­seurs c’est souvent vrai. Il ne faut pas oublier que c’est grâce à Mozart que Bach n’a pas tota­le­ment été oublié après sa mort. Mais ce qui nous frappe et qui trans­pa­raît un peu dans ce texte très court c’est la modes­tie de la vie de Bach et de Buxte­hude. Tous les deux atta­chés à leur orgue dont ils jouaient tous les jours, ils ont composé pour un public pieux et des notables qui avaient si peur que la trop belle musique entraîne les fidèles vers des pensées impies. Ils ont été l’un et l’autre d’une modes­tie totale au service de leur Dieu et de la musique.

Citations

Les notables de Arnstadt.

Rien qu’à les imagi­ner, Bach se lassait déjà. Et dire que sa vie dépen­dait de quelques bien-nés qui reste­raient jusqu’à leurs morts infou­tus de faire la diffé­rence entre le son d’une bombarde et celui d’un pet rentré !

La musique de Buxtehude.

Alors un début de cantate s’éleva du chœur. Ce fut beau à mourir. Les yeux de Johann Sebas­tian Bach s’emplirent de larmes. Il ne voyait plus qu’à travers une pitoyable buée ! 

C’était beau. La musique se dérou­lait comme un phylac­tère du ciel. Bach la compre­nait, aurait pu en tracer l’ar­chi­tec­ture dans les moindres détails, et cela n’en­le­vait rien à ce miracle, et cela parti­ci­pait même à ce miracle, mira­cu­leux encore après son déco­dage. Hermé­neu­tique divine, qui n’ajoute rien, qui ne retranche rien et laisse les prodiges advenir. 

Rien qu’à les imagi­ner, Bach se lassait déjà. Et dire que sa vie dépen­dait de quelques bien-nés qui reste­raient jusqu’à leurs morts infou­tus de faire la diffé­rence entre le son d’une bombarde et celui d’un pet rentré !

La musique de Buxtehude.

Alors un début de cantate s’éleva du chœur. Ce fut beau à mourir. Les yeux de Johann Sebas­tian Bach s’emplirent de larmes. Il ne voyait plus qu’à travers une pitoyable buée ! 

C’était beau. La musique se dérou­lait comme un phylac­tère du ciel. Bach la compre­nait, aurait pu en tracer l’ar­chi­tec­ture dans les moindres détails, et cela n’en­le­vait rien à ce miracle, et cela parti­ci­pait même à ce miracle, mira­cu­leux encore après son déco­dage. Hermé­neu­tique divine, qui n’ajoute rien, qui ne retranche rien et laisse les prodiges advenir.