Édition Acte Sud

et parti­ci­pa­tion au mois du Québec de Yueyin et Karine

J’aime cet auteur autant pour son style que pour les histoires qu’il nous raconte. J’ai déjà chro­ni­qué « La traver­sée du conti­nent » mais j’en ai lu beau­coup d’autres (je dois les relire pour leur faire une place sur Luocine). Michel Trem­blay raconte sa famille, mais au-delà de sa famille nous fait comprendre la vie au Québec au siècle dernier. C’est une vie de misère et de rudesse domi­née par une église catho­lique toute puis­sante qui se mêle du moindre recoin de la vie de ceux et celles qu’elle veut inti­me­ment contrô­ler. Cela va de la vie sexuelle à la liberté de s’instruire.

Les deux person­nages Victoire et Josa­phat sont frère et sœur. Ils sont unis par un drame atroce, le jour de Noël leurs parents ainsi qu’une grande partie de la popu­la­tion du village meurt dans l’in­cen­die de l’église lors de la messe de minuit. Le curé et le bedeau se sont enfuis par la sacris­tie sans cher­cher à sauver leurs parois­siens. Josa­phat qui déjà avait perdu la foi, est fou de douleur. Sa sœur Victoire revient vers lui après avoir passé sept années dans un couvent pour y être éduquée par des sœurs qui feront tout pour qu’elle le devienne, elle aussi, mais sans succès. La voilà de retour près de son frère, dans son village natal. C’est l’oc­ca­sion pour l’au­teur de nous faire ressen­tir la force et la beauté de la nature, les ragots du village, l’ab­sur­dité de l’édu­ca­tion catho­lique. Michel Trem­blay s’amuse aussi à souli­gner les diffé­rences entre le fran­çais des sœurs culti­vées et le fran­çais « d’icitte » : de Duha­mel autre­fois Pres­ton, le village de Victoire et de Josa­phat. Et puis peu à peu nous compre­nons le lien qui se tisse entre ses deux orphe­lins mais si vous avez déjà lu les autres livres de Michel Trem­blay seule la façon dont il le raconte sera une nouveauté .

Tout est dans le style de cet auteur, on le lit avec inté­rêt sans sauter une seule ligne pour en savou­rer le moindre mot.

Citations

Tout le charme de la langue du Québec discours de son père quand sa fille part au couvent.

Prends tout ça, cette belle chance-là, pour toé. Pour toué tu-seule, Victoire. Fais-le pas pour nous autres, pour nous sauver, écoute-les pas, laisse-les pas te pous­ser à choi­sir des choses que tu veux pas. Y vont te donner ce qu’on aurait pas pu te donner, nous autres, une éduca­tion complète. fait leur des accroires si y faut, conte-leur des mensonges, ça sera pas grave d’abord que tu vas apprendre des affaires qu’on connaî­tra jamais nous autres… Deviens la fille la plus savante de Pres­ton, pas une bonne sœur. Pis après, va-t-on d’icitte ! Explo­rer le vaste monde. Si des prêtres venaient m’of­frir la même chose pour Josa­phat, je dirais oui tu-suite. J’s’­rais prêt à me briser le cœur une deuxième fois…

Les réalités du corps et le couvent

Au couvent, ça s’ap­pe­lait les cabi­nets d’ai­sances, ou les latrines, c’était situé à l’autre bout de l’im­mense bâtisse et c’était un sujet tabou. Quand nous avions besoin de nous y rendre, nous devions sortir le petit mouchoir glissé dans la manche gauche de notre uniforme et le montrer à une reli­gieuse qui, chaque fois fron­çait les sour­cils comme si nous commet­tions une grave faute de bien­séance avant de nous faire signe de nous reti­rer. Il ne fallait « jamais » en faire mention à haute voix. « Les basses fonc­tions », comme les appe­laient les reli­gieuses en plis­sant le nez, étaient honteuses et devaient être tues. Quant aux reli­gieuses elles-mêmes, je n’ai jamais su où elles faisaient ça.

La cuisine de l’enfance

Je n’ai pas touché au dessert, mais Josa­phat a enfourné une énorme portion de poutine au pain ‑quel plai­sir de retrou­ver le mot poutine après le mot « pudding » imposé par les reli­gieuses, arro­sée de sirop d’érable. Ce que j’avais devant moi n’était pas un pudding au pain, mais bien une poutine au pain, impro­vi­sée sans recettes, l’in­ven­tion de plusieurs géné­ra­tions de femmes qui ne savaient pas lire et qui avait cepen­dant une grande capa­cité d’im­pro­vi­sa­tion. Rien de ce que j’avais mangé durant mon enfance ne venait d’un livre.

Sourire

Manger de la graisse de rôti en compa­gnie de quel­qu’un qui sent le pipi ce n’est pas la chose la plus agréable du monde

Édition Denoël. Lu dans le cadre du club de lecture média­thèque de Dinard 

Ce roman avait bien sa place dans le thème du mois de novembre du club de lecture : « les voisins » , mais c’est bien là son seul inté­rêt. Claire, le person­nage prin­ci­pal, est une jeune femme étrange, complè­te­ment névro­sée qui passe son temps à obser­ver ses voisins. Dans cet immeuble pari­sien, vivent des personnes dont elle imagine la vie à travers les bruits et quelques disputes. Elle est l’amie d’un Japo­nais avec qui elle partage le silence et le thé. Elle aime sa petite voisine Lucie qui n’est pas aimée par sa mère. Elle est correc­trice dans une petite maison d’édi­tion et fait parfois l’amour avec son ostéo­pathe. Est ce que j’ai tout dit ? non il y a pour pimen­ter le tout une histoire vague­ment poli­cière sans grand inté­rêt Le Japo­nais est pour­suivi par un nouveau voisin car il aurait par erreur assas­siné la femme de ce voisin. À aucun moment , je n’ai été prise par cette histoire, bien que parfois il y ait de bonnes obser­va­tions sur les compor­te­ments des uns et des autres. L’in­trigue, les person­nages, le style tout m’a semblé d’une plati­tude désolante.

C’est un premier roman, et je sais que depuis , depuis, Sophie Bassi­gnac a écrit des livres beau­coup plus inté­res­sants, j’avais beau­coup aimé sa descrip­tion du monde des marion­net­tistes « Le plus fou des deux ».

Citations

L’ami japonais

Claire tour­nait les pages de la revue, concen­trée. Ishida lui était recon­nais­sant d’ac­cep­ter enfin d’être là et de ne rien dire. Avait-elle compris que le silence était ce qu’il y avait de plus japo­nais entre eux ?

Le pouvoir des livres

Avec les livres, un jour vous êtes à Prague en 1912 avec de jeunes intel­lec­tuels juifs, et le lende­main à Tokyo en 1823 et vous devi­sez dans une maison de thé avec des geishas, à Paris en 1930 dans les beaux quar­tiers où à New York en milles 1896 dans la tête d’un jeunes rotu­rier ambi­tieux… Quel être humain pour­rait me propo­ser de tels voyages, quelle vie me permet­trait de faire autant de rencontres ?

Édition Livre de poche. Traduit de l’an­glais (Irlande) par Sophie Aslanides

Une bonne idée piochée dans ce roman

Peut-être serait-ce une bonne idée que tout le monde cesse d’écrire pendant deux ou trois ans pour lais­ser les lecteurs rattra­per leur retard

Je dois cette lecture à Atha­lie et après avoir relu son billet, je comprends pour­quoi je suis tombée dans le piège de ce roman. Atha­lie a complè­te­ment raison, l’ego des écri­vains qui les mène à courir les plateaux télé et à faire les beaux pour rece­voir des prix litté­raires est très bien raconté dans ce roman. Mais c’est d’une tris­tesse ! et cela me donne envie de vomir. Or, une de mes grandes joies, je la dois aux livres écrits par ces êtres si impar­faits. Je crois que je n’ai pas envie d’ap­prendre qu’ils peuvent être de si petits hommes. Depuis « Bel Ami » ou Rasti­gnac je sais bien que celui qui au départ n’a pas grand chose doit avoir les dents bien longues et très peu de scru­pules pour arri­ver au sommet. Maurice Swift n’a pour lui que d’avoir 20 ans et être un très beau garçon qui plaît aux hommes aussi bien qu’aux femmes. Il va faire un coup de maître en prenant le cœur et l’âme d’un vieil écri­vain homo d’ori­gine alle­mande et qui a commis une vilé­nie lors­qu’il était jeune homme à Berlin.

Le talent de Maurice, car il en a un, c’est de voler les histoires des autres, avec ce roman il a dévoilé au monde que ce grand écri­vain admiré par tous a envoyé à la mort une famille juive, parce qu’il éprou­vait une passion amou­reuse pour son ami. Passion qui n’était pas parta­gée puisque ce jeune ami était amou­reux de la jeune fille juive qu’il essayait de sauver. Ce roman lance Maurice dans la vie litté­raire mais il n’a plus aucune inspi­ra­tion puisque plus personne ne lui raconte d’his­toires. Il se mariera et volera le manus­crit de sa femme, dont il provo­quera la mort ainsi que celle de son fils. Ensuite, direc­teur d’une revue, il volera des idées aux talents incon­nus qui lui envoient des nouvelles.

Atha­lie a aimé la fin lors­qu’en­fin le destin va se retour­ner contre lui, et que ses impos­tures seront dévoi­lées. Moi j’étais, déjà, complè­te­ment écœuré par le person­nage. Je pense que j’au­rais voulu que le roman s’ar­rête à la première histoire, les deux meurtres sont de trop. Le seul moment que j’ai aimé après le premier roman, c’est lors­qu’un grand écri­vain Gore, ne cède pas à son charme et lui fait comprendre qu’il n’est abso­lu­ment pas dupe du personnage.

Si vous voulez perdre toutes vos illu­sions sur les écri­vains, et que vous êtes en bonne forme morale, lisez ce livre. Si vous avez envie de croire que les écri­vains ne sont pas pires que les autres humains et que parfois vous vous sentez triste de l’état du monde, passez votre chemin : ce livre ne vous aidera pas à vivre

Citations

Un moment assez amusant

Cepen­dant, je me souviens qu’il me féli­cita pour mon dernier succès et ajouta que, bien qu’il n’eût pas lu mon roman parce qu’il ne lisait aucun auteur non-améri­cain, il avait reçu l’as­su­rance de notre éditeur commun qu’il s’agis­sait d’un texte d’une certaine valeur.
« Je vous en prie, n’en prenez pas offense », me dit-il avec son accent traî­nant, enfon­çant ses doigts boudi­nés dans sa bouche pour reti­rer un morceau de petit four logé entre ses dents avant de l’exa­mi­ner avec l » inten­sité d’un analyste médico-légal, puis de s’en débar­ras­ser en l’en­voyant d’une piche­nette sur la moquette. « Je ne lis pas non plus les femmes et je m’ar­range pour le faire savoir dans toutes les inter­views parce que cette décla­ra­tion m’as­sure inévi­ta­ble­ment un maxi­mum de publi­cité. La brigade du poli­ti­que­ment correct monte immé­dia­te­ment sur ses grands chevaux et en un temps record, je me retrouve en vedette de toutes les pages littéraires. »

Humour

Ces livres étaient effi­caces mais si doulou­reu­se­ment banals que même le président Regaen en avait emporté un en vacances en Cali­for­nie vers la fin de son décon­cer­tant règne et déclaré qu’il s’agis­sait d’un portrait magis­tral des ouvriers des acié­ries améri­caines, sans se rendre compte que les ouvriers en ques­tion forni­quaient à qui mieux mieux entre les lignes.

La méchanceté

Ma propre mère, Nina, a commencé comme actrice, vous savez. Elle a ensuite renoncé à cette profes­sion pour deve­nir une alcoo­lique, une traî­née et une alié­née. Je ne sais pas pour­quoi elle n’au­rait pas pu faire tout ensemble. Histo­ri­que­ment, les deux carrières ne se sont jamais avérées incompatibles.

L’indignation littéraire

Et tout ce que je peux en dire, c’est que la moitié des roman­ciers du monde entier ont mis leur grain de sel, ce qui a fourni à chacun d’entre eux les quelques minutes de publi­cité qu’ils recher­chaient. Comme la concur­rence est féroce quand il s’agit d’ex­pri­mer son indignation !

Édition Acte Sud Babel . Traduit du Japo­nais par Rose-Marie Makino Fayolle.

Ce n’est pas mon premier roman de cet auteur proli­fique, puisque j’avais lu et beau­coup aimé : « La formule préfé­rée du profes­seur ». Si je me suis lancée dans cette lecture, c’est pour rendre hommage à ma façon à Goran comme l’avait suggéré Eva le lende­main de sa disparition.

C’est un tout autre état d’es­prit de lire un livre en pensant à quel­qu’un dont j’ai­mais les articles et qui, en tout cas c’est que je suppo­sais, devait aimer ce livre. De plus ce roman est un récit entre le conte et la réalité vue à travers le regard d’êtres purs et j’ai eu peur d’abi­mer quelque chose en le criti­quant. Donc, même si j’ex­prime quelques réserves, je fini­rai avec Goran et retrou­ve­rai mon âme d’enfant.

Ce roman raconte la vie d’un enfant orphe­lin élevé avec son frère par une grand-mère aimante mais écra­sée de chagrin d’avoir perdu sa fille. Son mari est menui­sier et répare les meubles abimés par le temps. L’en­fant est né avec les lèvres soudées, le chirur­gien lui ouvrira la bouche d’un coup de scal­pel, et pren­dra sur son mollet la peau néces­saire à la greffe. Toute sa vie il aura comme un duvet sur les lèvres. Cet enfant est captivé par les êtres difformes, que ce soit l’élé­phante qu’on avait instal­lée sur le toit d’un grand maga­sin pour amuser les enfants et qui gros­sira telle­ment qu’elle ne pourra jamais en descendre. Ou pour cette petite fille qui a disparu dans l’in­ters­tice trop étroit entre sa maison et celle des voisins. Ou encore pour son maître des échecs, ce person­nage qui vit dans un bus et qui devient obèse à force de manger des sucre­ries. L’en­fant va vieillir mais refu­ser de gran­dir. Avant sa mort son maître, lui appren­dra à deve­nir un excellent joueur en s’ins­pi­rant de la vie d’Alekhine . La mort de son ami et maître des échecs est une horreur, trop gros pour sortir de son bus il faudra une grue pour évacuer son corps de plus de deux cents kilos. L’en­fant est terrassé par le chagrin, et à partir de ce moment tragique, ne gran­dira plus. L’autre parti­cu­la­rité de cet enfant c’est qu’il ne peut jouer que sous l’échi­quier, sa taille et le fait qu’il n’a pas besoin de voir son parte­naire va lui permettre de se cacher dans une sorte d’au­to­mate qui portera le nom de « Little Alekhine ». Il connaî­tra alors un grand succès et les cham­pions des échecs veulent tous affron­ter cet auto­mate. Mais lui l’en­fant qui ne gran­dit pas, ne voit dans ce jeu qu’une occa­sion de connaître l’âme humaine et est fasciné par ce que la façon de jouer des hommes révèle de leur être profond. Il ne cherche pas à gagner à tout prix. Il y a un charme certain dans ce roman, on est fasciné par ces êtres purs confron­tés à la réalité de la vie, et puis, si on aime les échecs la façon dont sont décrits tous les coups possibles rend ce roman intri­gant. La tour qui laboure, le fou qui s’en­vole, la dame qui est libre, le cheval qui saute par dessus les obstacles, et le pion ce petit person­nage sans impor­tance mais qui donne tout son charme à ce jeu.

J’ai quelques réserves sur ce roman, il y a une forme de grâce dans la pureté des êtres à laquelle j’ai du mal à croire, d’ailleurs l’au­teur ne cherche pas à les rendre crédibles, tout est symbo­lique aussi bien les person­nages que le jeu d’échecs mais la force du roman c’est d’embarquer le lecteur dans l’uni­vers de Yôko Ogawa et que ce lecteur accepte de ne plus se poser de ques­tions sur la vrai­sem­blance. Hélas, je suis fran­çaise formée à l’es­prit logique et j’ai un peu de mal à faire cela. Si je n’avais pas été soute­nue par toute la bien­veillance de Goran, j’au­rais été encore plus critique. Je me répé­tais sans cesse : « quel mal y a t’il à retrou­ver son coeur d’en­fant ? N’est ce pas une force que de cher­cher en chaque être brisé par la vie (l’obé­sité morbide, la vieillesse) la part d’hu­ma­nité ? » J’ai donc lu ce roman faci­le­ment et agréa­ble­ment en mettant mon esprit carté­sien de côté.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

Citations

La conception des échecs par le maître.

Ceux qui peuvent suivre le meilleur chemin pour faire échec au roi n’ap­pré­cient pas toujours correc­te­ment la beauté tracée par ce chemin. À partir du code dissi­mulé dans le mouve­ment d’une pièce, la capa­cité à perce­voir le timbre du violon, à discer­ner l’as­sor­ti­ment de couleur d’un arc-en-ciel, à décou­vrir la philo­so­phie qu’au­cun génie n’a pu mettre en mots est diffé­rente de celle qui permet de gagner une partie. Et cet homme l’avait.
C’était le genre de joueurs qui, tout en perdant allè­gre­ment une première partie, décou­vrait une dimen­sion lumi­neuse en chaque coup de ses rivaux, et qui même debout dans un coin de la salle des rencontres en était plus que quiconque profon­dé­ment remuée.
En plus, l’homme ressen­tait un bonheur suprême à parta­ger cette lumière avec quel­qu’un d’autre. Il ne cher­chait pas à vaincre son adver­saire, mais à pouvoir s’ac­cor­der avec lui en disant : « Qu’en pensez-vous, c’est magni­fique n’est-ce pas ? »

Caractère des joueurs d’échecs.

Même les rencontres pour lesquelles on pense avoir eu de la chance ne sont pas dues au hasard tombé du ciel, mais à la propre force du joueur. Sur l’échi­quier appa­raît tout du carac­tère de celui qui déplace les pièces, dit le maître d’un ton docte de celui qui lit un serment. Sa philo­so­phie, ses émotions, son éduca­tion, sa morale, son ego, ses désirs, sa mémoire, son avenir, tout. On ne peut rien dissi­mu­ler. Les échecs sont un miroir qui donne une idée de ce qu’est l’homme.

Édition

Édition de minuit

Quel talent cet écri­vain et quel pensum de lire un tel roman avec si peu de moyens de suppor­ter la violence. Vers les trois quart du roman je me suis rendu compte que j’en voulais à l’écri­vain de décrire avec autant de minu­tie des faits qui me dégoûtent au plus haut point. Je pense que dans le genre glauque et violent, je préfère les récits rapides qui me permettent de ne pas passer quinze jours avec la peur d’ou­vrir encore le roman et savoir que l’on s’en­fon­cera encore un peu plus dans l’ignominie.

Je ne peux pas avoir un avis objec­tif sur ce livre, je suis certaine que Laurent Mauvi­gnier écrit de façon remar­quable mais pour­quoi a‑t-il pris ce plai­sir à détruire tous les person­nages dont il avait patiem­ment construit la vie pendant la moitié du roman. Il pren­dra encore autant de temps pour les détruire à petit feu pendant l’autre moitié. Le roman se centre sur une nuit qui au lieu d’être l’an­ni­ver­saire d’une jeune femme, Marion , maman d’Ida, épouse d’un paysan Patrice et voisine de Chris­tine artiste peintre, sera une nuit de massacre orga­nisé par ceux qui avaient telle­ment abîmé sa vie d’ado­les­cente : trois frères violents et prêts à tout pour détruire le début d’un bonheur si fragile.

Six cent trente quatre pages pour essayer de comprendre pour­quoi quand la vie a mal commencé il est vrai­ment impos­sible d’avoir droit au bonheur et pour­tant ça a failli réus­sir. Mais la fata­lité , le destin, la malchance, la poisse ce sont vrai­ment des tenta­cules d’une pieuvre dont on ne peut se débar­ras­ser qu’en visant la tête, encore faut-il pouvoir l’atteindre !

Un roman qui tient pour son écri­ture si parti­cu­lière qui m’a enchan­tée pendant les trois cents premières pages, et qui n’a pas suffit à me faire suppor­ter la descrip­tion du drame final.

Citations

Village déserté

Voilà aucun ne reste­rait, il n’y avait de toute façon rien à foutre à la Bassée, c’est vrai, mais entre d’avoir rien à y foutre et n’en avoir rien à foutre il y avait une nuance que personne ne semblait voir, car personne ne voulait la voir. 

Les lettres anonymes

(Et longueur des phrases j’ai coupé au 23 .)

Les lettres anonymes, ils ont beau ironi­ser, oui, ou jouer la conni­vence en se disant que c’est malheu­reu­se­ment peut-être une spécia­lité fran­çaise, il faudrait voir, toutes les histoires pendant la seconde guerre mondiale, une spécia­lité campa­gnarde au même titre que les rillettes et le foie gras dans certaines régions, une détes­table tradi­tion, assez pitoyable et heureu­se­ment souvent sans consé­quence, mais qu’on ne peut pour autant pas prendre à la légère, explique le gendarme comme il l’avait expli­qué la dernière fois, avec fata­lisme et un peu de lassi­tude ou de conster­na­tion, car, répé­tait-il, derrière les lettres anonymes il y a presque toujours des aigris et des jaloux, des envieux, qui n’ont rien d’autre à faire que de ressas­ser leur bile et croit s’en déchar­ger en insul­tant un ennemi plus ou moins fictif, en l’in­vec­ti­vant, en le mena­çant, en crachant sur lui une haine recuite par l’in­ter­mé­diaire d’une feuille de papier ;

Façon de distiller le suspens procédé un peu répétitif .

Pour l’ins­tant, elle ignore les bruits, n’en n’est pas encore à les surprendre un peu partout autour d’elle, comme elle va le faire dans quelques minutes.
Pour l’ins­tant, elle ne prête aucune atten­tion à ces frois­se­ments, ces souffles ou ces pas qu’elle commen­cera à perce­voir seule­ment quand elle aura fini d’ins­tal­ler sur sa table de cuisine les ingré­dients et les usten­siles dont elle va avoir besoin.
Pour l’ins­tant, donc, elle ne fait pas atten­tion aux bruits de l’ex­té­rieur, ni au fait que son chien n’est toujours pas revenu auprès d’elle. 

Usine fermée.

Car oui, il arrive qu’on soit soulagé de la ferme­ture d’une usine, comme celle-ci où on a fabri­qué pendant plus de quarante ans des plaques ondu­lées en fibro-ciment pour les bâti­ments agri­coles et des raccords de tuyau­te­rie, mais surtout des cancers et, pour ceux qui n’en sont pas morts, des dépres­sions liées à la peur de l’amiante, de vivre avec cette salo­pe­rie en soi.

Édition Folio . Traduit de l’an­glais par Anouk Neuhoff

C’est la dernière fois que je lis cette auteure . Cette lecture a été un véri­table pensum, comme souvent dans ces cas là, j’ai parcouru les pages quand je m’en­nuyais trop avec Clare qui cherche à rencon­trer l’homme de sa vie. Elle fait une pause dans son couple avec Jona­than qui a le défaut d’être trop préve­nant, et va à la rencontre de Joshua . Tout cela sous le regard d’une vieille femme très origi­nale qui est le seul person­nage qui parfois m’a sortie de mon ennuie. C’est peut-être une mauvais pioche mais déjà je n’avais pas été conquise par « Les Filles de Hallows Farm », mais au moins je pouvais m’in­té­res­ser au récit de la guerre et là ? Des consi­dé­ra­tions sur les diffi­cul­tés de trou­ver l’homme idéal, comme si cela exis­tait, je vais me dépê­cher d’ou­blier ce titre et cette auteure.

Citations

Le début humour si british

Mon premier mari, Richard Storm, fut enterré par une torride jour­née d’août dans les faubourgs de Londres. Après les obsèques, une douzaine d’entre nous, rela­tion et amis, repar­tir dans un cortège de grosses voitures noires dont les sièges avez été conçus pour obli­ger les passa­gers à se tenir droit en gage de respect. Le trajet se déroula dans cette posi­tion incon­for­table, personne ne souf­flant mot.

La fin d’un amour

Mais au début il était gentil et pas trop exigeant. Je crois vrai­ment que je l’ai­mais quand je l’ai épousé. Mais ce que je ne comprends pas, c’est comment, un jour, on peut aimer quel­qu’un en toute quié­tude, et puis, le lende­main, comment des détails qui ne vous déran­geaient pas du tout jusque-là vous rendent carré­ment dingue. Je me suis mise à détes­ter des choses auxquelles il ne pouvait rien. La forme de sa nuque, sa respi­ra­tion sifflante le matin à cause de son asthme. Quand j’ai fini par décla­rer qu’il fallait qu’un de nous deux s’en aille, il a aban­donné la partie sans se battre une seule seconde. J’au­rais pu le tuer tant il était raisonnable.

Édition Le Livre de Poche

Une auteure et un livre que vous êtes nombreuses (sans oublier Jérôme ) à aimer. Je l’ai lu rapi­de­ment l’été dernier sans faire de billet. Il m’avait rendu si triste ce roman, juste­ment pour son aspect circu­laire. Dans ce cercle où tout se repro­duit à l’iden­tique, je me sens malheu­reuse et je crois que la vie peut être plus belle que cela. Marion Brunet à mis en exergue de son roman cette cita­tion de Maupas­sant que j’aime tant :

« La vie voyez vous , ça n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit ».
Mais ici, il n’y a rien de bon que du sordide.
Le roman commence par une scène qui sera reprise à la fin, la famille va ensemble a une fête foraine mais le soir Céline, la fille aînée de Manuel, un maçon d’ori­gine espa­gnole et de Séve­rine, fille d’un paysan de la région annonce sa gros­sesse à ses parents. Elle n’a que 16 ans et refuse de dire qui est le père de cet enfant. C’est vrai­ment dommage car, pour son père, cela ne peut être que Saïd l’Arabe avec qui il revend des objets que celui-ci vole dans les villas qu’il restaure, l’Arabe va le payer très cher. Je sais vous n’ai­mez pas qu’on divul­gâche le suspens des romans, surtout qu’ici on annonce un roman poli­cier. Tout est telle­ment prévi­sible dans cet enfer de gens qui ont tout raté dans leur vie et qui ne trouvent de l’éner­gie que dans la bière ou les ciga­rettes . Pour moi ce n’est pas le côté poli­cier qui fait l’in­té­rêt du roman mais dans la descrip­tion d’un milieu social qui n’a aucun sens des valeurs. J’ai du mal à imagi­ner que de telles personnes existent mais pour le temps du roman, il faut l’ac­cep­ter. Personne ne sort indemne de cette pein­ture sociale pas plus le grand père paysan qui emploie des clan­des­tins et les dénonce à la gendar­me­rie pour ne pas les payer, que les parents de Céline et de Johanna qui ne cherchent pas à comprendre leurs filles adoles­centes, même Saïd trempe dans des affaires de recels, l’ins­ti­tu­trice gentillette est ridi­cule et la police complè­te­ment nulle. L’ab­sence de leur enquête montre bien qu’il ne s’agit pas d’un roman poli­cier. La seule qui donne un peu d’es­poir c’est Johanna qui aime le théâtre et les livres.
C’est un roman sur l’ado­les­cence dans un milieu frustre et aigri dont les seuls déri­va­tifs sont l’al­cool et les ciga­rettes. Il se lit faci­le­ment car il est bien enlevé et rempli de remarques très justes sur un monde qui va mal, mais pour moi tout est trop prévisible.

Citations

Le début du roman

Chez eux , se souvient Johanna, ou une main au cul c’était un truc sympa, une façon d’ap­pré­cier la chose, de dire « t’as de l’ave­nir » – à mi-chemin entre une caresse et une tape sur la croupe d’une jument. Les filles avaient des atouts, comme au tarot, et on aurait pu croire que si elles jouaient les bonnes cartes au moment adéquat, il y avait moyen de gagner la partie.

Conséquences de l’alcool au volant.

David et son cousin Jérémy s’étaient plan­tés un soir, au carre­four entre l’en­trée d’au­to­route vers Marseille et la bretelle pour Cavaillon. La bagnole avait heurté le para­pet, finit sa course sur une berges du Rhône. Les pompiers avaient mis des heures pour les sortir de là. David après six mois de coma, s’était réveillé légume (.…)
Les premières années, Jérémy allait le voir régu­liè­re­ment. Il avait eu plus de chance, des frac­tures, mais il s’en était remis(.…) Ses vannes tombaient toujours mal au pied du cousin, pied tordu vers l’in­té­rieur et chaussé de baskets neuves qui le reste­raient Il avait cessé de venir, à cause de sa tante, qui ne suppor­tait plus de le voir. Ce regard lourd de reproches et de détresse ça le rendait fou – c’était lui qui condui­sait, ivre mort.

Genre de dialogues qui me rendent triste.

- Comment va Séverine ?
- Bien. 
-Elle fait un métier diffi­cile. Tous ces mômes c’est bien ce qu’elle fait.
- Elle est canti­nières, papa. Elle leur sert à bouf­fer, c’est tout. 
-Nour­rir des gosses, pour toi c’est rien ?
- Papa…

Édition Acte Sud Babel . Traduit de l’arabe (Égypte) par Gilles Gauthier.

Quel livre ! Et quel écri­vain ! Bien sûr depuis « L’im­meuble Yacou­bian » on savait que Alaa El Aswany était un écri­vain indis­pen­sable à notre compré­hen­sion de l’Égypte, mais il va plus loin dans ce roman et il nous montre comment l’is­lam et la violence des forces de l’armée corrom­pue font bon ménage, et ont fait couler une chappe de plomb brûlante sur la si grande envie de chan­ge­ment de la jeunesse égyp­tienne en 2011.
L’au­teur suit la desti­née des compo­santes de la société égyp­tienne, elles ont en commun les mani­fes­ta­tions de la place Tahrir. Il peut s’agir de jeunes qui croient et qui parti­cipent à ce qu’ils pensent être une révo­lu­tion. Ou des cadres du régime qui vont mettre en place une répres­sion aveugle et sans pitié. Répres­sion bénie par un Cheick qui sous couvert du Coran béné­fi­cie des largesses finan­cières du régime et qui est prêt à adap­ter les sourates du Coran pour justi­fier les conduites les plus barbares des militaires.
On suit, par exemple, Khaled un jeune méri­tant, origi­naire d’un milieu très simple et qui réussi brillam­ment ses études de méde­cine. C’est lui ou plus exac­te­ment son père qui termi­nera ce roman. Je pense qu’hé­las la fin est roma­nesque alors que la lectrice que je suis, aurait tant voulu que dans la vraie vie, tous les les pères des jeunes tués à bout portant sur la place Tahir, réus­sissent leur vengeance.
Khaled est amou­reux de Dania fille du géné­ral Alouani qui est le prin­ci­pal acteur de la répres­sion. Sa femme se pique de reli­gion donc nous suivons l’hy­po­cri­sie du Cheick Chamel, c’est peut être le person­nage le plus horrible car voir la reli­gion bénir toutes ces horreurs c’est, comme toujours, insup­por­table. Mais à la première place de l’hor­reur, il y a aussi une femme qui tient les média et achète des témoi­gnages pour pour­rir la répu­ta­tion des jeunes de la place Tarhir. Dans ce roman choral, on suit aussi Mazen et Asma, qui paie­ront très cher leur enthou­siasme pour les mani­fes­ta­tions. Asma sera sauvée de la première répres­sion grâce à un ancien aris­to­cra­tique chré­tien Achraf qui sortira de sa dépres­sion grâce à l’amour d’une femme et grâce aux jeunes révo­lu­tion­naires qu’il va aider de toutes ses forces. Asma partira en exil après avoir été tortu­rée par des mili­taires et subi ce qu’on appelle « un test de virgi­nité » qui n’est ni plus ni moins qu’un viol : mise entiè­re­ment nue devant des soldats hilares, les jeune filles sont péné­trées par des hommes pour véri­fier qu’elles sont bien vierges sinon elles ont consi­dé­rées comme des putains !
À travers ce roman, c’est toute la société égyp­tienne que nous voyons traver­ser ces événe­ments. La diffi­culté des rapports amou­reux, la repro­duc­tion des rapports sociaux, la corrup­tion à tous les niveaux, l’hor­reur de la répres­sion et l’hy­po­cri­sie de la reli­gion. Et si l’on retrouve parfois l’hu­mour de l’au­teur, c’est un humour triste et parfois tragique.
Un roman éprou­vant certes, mais que l’on doit lire, c’est le moins que l’on puise faire pour soute­nir le combat de cet écri­vain et sauve­gar­der la liberté dans notre pays . En effet, ce livre est inter­dit en Egypte et dans de nombreux pays arabes. Ce roman n’aide pas à prendre confiance dans la nature humaine.

Citations

Les relations sexuelles du général avec son épouse

Son corps c’est telle­ment avachi et rempli de graisse qu’elle pèse plus de cent vingt kilos. Elle a un ventre énorme en forme de demi-cercle, protu­bé­rant au niveau du nombril et se rétré­cis­sant vers le bas, sur lequel pendent deux seins fati­gués. Ce ventre unique en son genre, presque mascu­lin, serait capable d’an­ni­hi­ler défi­ni­ti­ve­ment le désir sexuel du géné­ral Alouani sans les films porno­gra­phiques auxquels il a recours pour exci­ter son imagi­na­tion. Son Excel­lence a dit une fois à ses amis :
- Si tu te trouves obligé de manger pendant trente ans le même plat, tu ne peux pas le suppor­ter sans lui ajou­ter quelques épices.

L’intégrité du général chef de la sûreté .

Nous devons recon­naître que le géné­ral Alouani n’a jamais profité de sa situa­tion pour obte­nir un quel­conque privi­lège pour lui-même ou pour la famille… Par exemple si Hadja Tahani l’in­forme que sa société tente d’ob­te­nir un terrain dans un gouver­no­rat, le géné­ral Alouani s’empresse de télé­pho­ner au gouverneur :
- Monsieur le Gouver­neur. Je voudrais vous deman­der un service. 
Le gouver­neur lui répond immédiatement :
- À vos ordres Monsieur. 
À ce moment-là, le géné­ral déclare d’un ton résolu :
- La société Zemeem vous a présenté une demande d’at­tri­bu­tion d’un terrain. Cette société appar­tient à mon beau-frère. Hadj Nasser Talima. Le service que vous pouvez me rendre, Monsieur le Gouver­neur, c’est de trai­ter à Nasser comme tous les autres entre­pre­neurs. S’il vous plaît, appli­quez la loi sans faire de faveur.
Après un silence, le gouver­neur lui répond alors :
-Votre Excel­lence nous donne des leçons d’im­par­tia­lité et de désintéressement.
Ce sur quoi le géné­ral l’in­ter­rompt en lui disant :
- Qu’à Dieu ne plaise. Je suis égyp­tien et j’aime mon pays. Je suis musul­man et je n’ac­cepte rien de contraire à la religion.
Après cela, lorsque le terrain était concé­der à la société Zemzem, le géné­ral Alouani ne ressen­tait aucun embar­ras. Il s’était adressé au respon­sable pour lui deman­der de ne pas lui accor­der de faveur. Que pouvait-il faire de plus ?

Le cheick Chamel , humour grinçant de l’auteur.

Comme nous l’or­donne le Coran, le cheick Chamel parle constam­ment des bien­faits que Dieu a répan­dus sur lui, il possède trois luxueuses voitures noires ainsi qu’une voiture de sport qu’il conduit lui-même lors de ces prome­nades fami­liales. Ce sont toutes des Mercedes, qu’il préfère aux autres marques pour leur soli­dité et leur élégance, et égale­ment parce que le direc­teur de la société Mercedes en Égypte, qui fait partie de ces disciples, lui accorde toujours des prix spéciaux. Parmi les bien­faits que Dieu accorde aux cheick Chamel, il y a celui d’ha­bi­ter une grande villa au Six-Octobre. Chacune de ses trois épousent y occupe un étage avec ses enfants tandis que le cheick réserve le quatrième étage pour la dernière épouse toujours vierge dont il jouit lici­te­ment avant de lui donner congé de la meilleure façon, en respec­tant tous les droits que lui accorde la loi de Dieu en matière d’ar­riéré de dot, de pension alimen­taire, etc. On raconte que le cheick Chamel a déchiré ‑dans le respect de la loi divine- l’hy­men de vingt-trois jeunes filles. Il n’y a là ni faute ni péché car cela ne contre­dit pas la loi de Dieu. Le cheick dit toujours aux hommes qui sont ses disciples :
- Mes frères, si vos moyens finan­ciers et votre santé vous le permettent, je vous conseille d’avoir plusieurs épouses pour vous mettre à l’abri du péché et pour mettre à l’abri les jeunes filles musulmanes.

Interprétation des manifestations de la place Tahir par le religieux.

Excel­lence, que dites-vous aux manifestants ?
Le visage plein de colère, le cheikh Chamel répondit :
- Je leur dis que ceci est un complot maçon­nique orga­nisé par les Juifs pour détour­ner les musul­mans de leur reli­gion. Je dis à mes enfants qui sont sur la place Tahir : vous êtes laissé four­voyer par les fils de Sion. Deman­dez pardon à Dieu et repous­ser une sédi­tion qui risque de plon­ger notre pays dans un bain de sang. Vous, les jeunes retour­nez chez vous. Ce n’est pas cela, La voie du chan­ge­ment. Vous détrui­sez l’Égypte de vos propres mains. Reve­nez à Dieu, reve­nez à Dieu.

L’amertume d’une participante à la révolution

Les Égyp­tiens se sont laissé influen­cer par les médias parce qu’ils en avaient envie. La plus grande partie des Égyp­tiens est satis­faite de la répres­sion. Ils acceptent la corrup­tion et y parti­cipent . S’il y en a qui ont détesté la révo­lu­tion depuis le début, c’est parce qu’elle les mettait dans l’embarras. Ils ont commencé par détesté la révo­lu­tion et ensuite les leur ont donné des raisons de la détes­ter. Les Égyp­tiens vivent dans une répu­blique « comme si ». Ils vivent au milieu d’un ensemble de mensonges qui tiennent lieu de réalité ils pratiquent la reli­gion de façon rituelle et semblent pieux alors qu’en vérité ils sont complè­te­ment corrompus.

Conception de l’information en Égypte d’après l’armée.

Notre peuple est igno­rant et ses idées sont arrié­rées. La plupart des Égyp­tiens ne savent pas penser par eux-mêmes. Notre peuple est comme un enfant : si nous le lais­sons choi­sir par lui-même , il se fera mal . Le rôle de l’in­for­ma­tion en Égypte est diffé­rent de ce qu’il est dans les pays déve­lop­pés. Votre mission , en tant que profes­sion­nels des médias, est de penser à la place du peuple. Votre mission est de fabri­quer les cerveau des Égyp­tiens et de former leurs idées . Après une période de mise en condi­tion effi­cace , les gens consi­dè­re­rons que ce que disent les médias est vrai .

J’avais suivi les recom­man­da­tions de la blogueuse de « Lire au lit » qui avec un grand enthou­siasme a défendu ce roman. À la lecture de son billet , j’avais déjà quelque réti­cences car le sujet était pour moi très risqué de faire ce que j’appelle de « l’entre-soi » . Tout est convenu dans ce roman, il a été fabri­qué pour des univer­si­taires qui passent leur temps à décor­ti­quer la créa­tion litté­raire. Cela veut être drôle mais c’est un rire convenu entre gens qui savent de quoi et comment rire.
J’explique le sujet, un écri­vain a obtenu une place à la Villa Médi­cis, il va y rester un an et écrira un roman dans ce lieu histo­rique. Ce séjour est réservé à de jeunes artistes (archi­tectes, sculp­teur, peintre, photo­graphe, musi­cien, écri­vain …) qui sont reçus dans ce palais qui appar­tient à la France pour favo­ri­ser la créa­tion de leur œuvre. Ils sont donc logés et nour­ris, reçoivent une bourse et n’ont qu’une obli­ga­tion morale de créer quelque chose. C’est l’oc­ca­sion pour le narra­teur de se moquer des artistes qui cherchent plus à choquer qu’à créer, mais on sait tout cela main­te­nant et le musi­cien qui veut faire la musique sans son et la peintre qui ne veut utili­ser que le sang de ses règles pour recou­vrir des fresques du XVI° siècle ne m’ont pas amusée du tout. Il reste le roman en cours de fabri­ca­tion de l’écri­vain, puisque celui-ci a décidé que publier sa corres­pon­dance d’une année à la villa Médi­cis consti­tue­rait son roman, se met alors en place une gymnas­tique intel­lec­tuelle qui se joue des noms propres et des spécia­li­tés litté­raires de chacun, des clins d’œil à la culture des gens comme il faut, pour arri­ver à la mort de Louise « la Demoi­selle à coeur ouvert ». J’ai en vain cher­ché l’hu­mour et la lége­reté que promet­tait « lire au lit », bref une énorme déception !

Citations

Expression à la mode.

Son expres­sion, c’est « laisse tomber » (« Les kumqua­tiers ? laisse tomber, j’adore »).

Prétention intellectuelle .

Dans la basi­lique Santa Maria del Popolo, Raphaëlle m’a expli­qué que Cara­vage était un peintre machiste, violent, et au fond, extrê­me­ment conven­tion­nel, et que d’ailleurs sa pein­ture n’avait pas de grain, regarde-moi ça, a‑t-elle ajouté en jetant sa main vers « La conver­sa­tion de Saint-Paul ». Une italienne, qui avait surpris notre conver­sa­tion, nous a fait remar­quer que le tableau était remplacé par une affiche de la même taille, et Raphaëlle a répondu froi­de­ment : « Le fait qu’on ne puisse même pas distin­guer un tableau de Cara­vage d’une affiche prouve que sa pein­ture n’a pas de grain. »

La Peintre .

Depuis le début de l’an­née, elle récu­père le sang de ses règles et le conserve dans de petites bouteilles dispo­sées sur le bord de sa fenêtre. J’ai raté le début de la soirée, où appa­rem­ment elle s’est asper­gée les cheveux de sang, quand je l’ai vue elle avait simple­ment les cheveux collés. Elle a utilisé une partie de son sang pour couvrir les murs de signes censés consti­tuer un équi­valent visuel et olfac­tif au bruit de son corps. Le malaise que cette pein­ture doit provo­quer chez le visi­teur est compa­rable à « la douleur que ressentent la majo­rité des femmes au moment des règles. »

Le compositeur de musique.

Il m’a expli­qué que cette pièce était fondée sur le sans, sans instru­ment, sans voix, sans musique. Juste les bruits de la ville derrière ceux de la nature.

Édition Acte Sud , traduit du néer­lan­dais (Belgique) par Philippe Noble.

J’ai suivi pour cette lecture une de mes tenta­trices habi­tuelle : Keisha ! Mais me voilà bien ennuyée car ce petit livre m’a mise en colère. Comme Keisha le destin de ce petit terri­toire le village de Mores­net, capi­tale mondiale pendant un siècle de l’ex­trac­tion du Zinc et qui fut aussi un « pays neutre » ni alle­mand, ni néer­lan­dais ni belge m’intriguait.

Si vous avez, vous aussi cette curio­sité, lisez l’ar­ticle de Wipé­dia vous en saurez beau­coup plus , mais ma colère ne vient pas de là , sauf que quand même dans un livre de 60 pages cela prend beau­coup de place pour ce qui me semble être seule­ment de l’in­for­ma­tion. Keisha m’a répondu : oui … mais dans le roman, il y a Emil . Pour vous écono­mi­ser l’achat de ce livre je vous livre la phrase de la quatrième de couver­ture et vous saurez tout :

Emil Rixen . Né en 1903, cet homme ordi­naire chan­gera cinq fois de natio­na­lité sans jamais traver­ser de fron­tières : « Ce sont les fron­tières qui l’ont traversé ».

Avouez que là aussi on se dit voilà un destin inté­res­sant, mais l’au­teur n’a pas su nous rendre la vie du person­nage inté­res­sant. Il lui a manqué soit un talent roma­nesque pour faire vivre ce Emil, soit il a voulu rester si près de sa source sans rien défor­mer qu’il n’a pas pu en dire plus. Peu importe ma frus­tra­tion était là, et j’ai regretté les huit euros cinquante ( le prix du livre que je veux bien envoyé à qui veut tenter cette expé­rience du vide !)

Citation

Une déclaration prémonitoire sur le contenu du livre

Mais depuis le temps, j’ai appris que les dernières années d’un être humain ne nous apprennent pas grand-chose de sa vie anté­rieure. De paisibles vieillards peuvent s’avé­rer avoir été, durant des décen­nies, de sinistres indi­vi­dus. Avec le temps, de joyeux drilles sont souvent de vieux grin­cheux. Et un suicide vient parfois mettre un terme à une vie pleine d’exubérance.