Édition Gras­set, lu sur Kindle

Le confi­ne­ment a cela de bon qu’il me permet de lire des livres qui sont depuis long­temps à mon programme. Je sais que vous l’avez déjà toutes et tous lu depuis long­temps. Je le découvre aujourd’­hui, dans cette période de haine où on peut assas­si­ner un profes­seur qui essayait d’ex­pli­quer comment accep­ter « L’Autre » avec ses diffé­rences, ses croyances qu’il faut lais­ser dans la sphère privée afin que nous puis­sions tous vivre ensemble. C’est encore une fois, mon petit fils dont ce livre est au programme de seconde qui m’a entraî­née à lire ce roman. Quelle belle réponse au fana­tisme que des jeunes peuvent rencon­trer autour d’eux !

Entre les Tutsi et les Hutus , il n’y a pas de diffé­rences de langue, ni de reli­gion ni de natio­na­lité mais une diffé­rence d’ori­gine ethnique qui fait que les Tutsi sont en géné­ral plus grands et ont le nez moins gros que les Hutus. Si bien que, le jour où le profes­seur leur montre le film « Cyrano de Berge­rac », les enfants se demandent si Depar­dieu n’est pas Hutu avec ce gros nez ! J’ai beau­coup aimé la première partie du roman, lorsque l’au­teur retrouve son enfance insou­ciante au Burundi. Il raconte bien cette enfance libre pour qui l’ami­tié est au-dessus de tout. Pour­tant, dès le début un senti­ment de peur distillé par des paroles d’adultes qui parviennent jusqu’au monde de leur enfance trouble leur bonheur . Puis la peur prend corps, jusqu’aux évène­ments tragiques du géno­cide des Hutus au Rwanda en 1994. Au Burundi voisin où vivent l’enfant et sa famille, cela aura de graves réper­cus­sions. L’en­fant perdra à jamais son inno­cence. Gaël Faye a écrit un roman, puisé dans ce qu’il a pu connaître autour de lui et je trouve très impor­tant que la jeunesse fran­çaise puisse se retrou­ver dans ce roman. D’au­tant plus que c’est un bel hommage à la lecture, car dans cette période très sombre ce sont les livres et les portes qui lui ont été ouvertes qui lui ont permis de ne pas sombrer dans le fana­tisme. Le moment du géno­cide est à peine suppor­table, et pour­tant pour pouvoir en parler, l’au­teur a mis une distance physique puisque ses parents sont avec lui au Burundi, mais hélas toute sa famille rwan­daise dispa­rai­tra sous les coups des machettes des Hutus. L’hor­reur donc, racon­tée par sa mère qui en perdra la raison. C’est la partie la plus diffi­cile à lire mais indis­pen­sable évide­ment car personne ne doit oublier. Il faut espé­rer que cela ne recom­men­cera pas ni au Rwanda ni ailleurs et pour cela il faut former la jeunesse : que ce livre soit au programme des lycées parti­cipe à cet espoir.

Citations

Beauté de sa mère

Et c’était quelque chose, les chevilles de Maman ! Ça inau­gu­rait de longues jambes effi­lées qui mettaient des fusils dans le regard des femmes et des persiennes entrou­vertes devant celui des hommes.

L’amour à l’épreuve de la réalité

La noncha­lance des débuts s’est muée en cadence tyran­nique comme le tic-tac impla­cable d’une pendule. Le natu­rel s’est pris pour un boome­rang et mes parents l’ont reçu en plein visage, compre­nant qu’ils avaient confondu le désir et l’amour, et que chacun avait fabri­qué les quali­tés de l’autre. Ils n’avaient pas partagé leurs rêves, simple­ment leurs illu­sions. Un rêve, ils en avaient eu un chacun, à soi, égoïste, et ils n’étaient pas prêts à combler les attentes de l’autre.

Humour

Sur la devan­ture des bouis-bouis étaient accro­chés toutes sortes d’écriteaux fantasques : « Au Fouquet’s des Champs-Élysées », « Snack-bar Giscard d’Estaing », « Restau­rant fête comme chez vous ». Quand Papa a sorti son Pola­roid pour immor­ta­li­ser ces enseignes et célé­brer l’inventivité locale, Maman a tchipé et lui a repro­ché de s’émerveiller d’un exotisme pour blancs.

Le début de la peur

J’ai beau cher­cher, je ne me souviens pas du moment où l’on s’est mis à penser diffé­rem­ment. À consi­dé­rer que, doré­na­vant, il y aurait nous d’un côté et, de l’autre, des enne­mis, comme Fran­cis. J’ai beau retour­ner mes souve­nirs dans tous les sens, je ne parviens pas à me rappe­ler clai­re­ment l’instant où nous avons décidé de ne plus nous conten­ter de parta­ger le peu que nous avions et de cesser d’avoir confiance, de voir l’autre comme un danger, de créer cette fron­tière invi­sible avec le monde exté­rieur en faisant de notre quar­tier une forte­resse et de notre impasse un enclos. Je me demande encore quand, les copains et moi, nous avons commencé à avoir peur.

Paroles dans un bar

Bali­vernes ! Ne remuons pas le passé, l’avenir est une marche en avant. À mort l’ethnisme, le triba­lisme, le régio­na­lisme, les anta­go­nismes ! – Et l’alcoolisme ! – J’ai soif, j’ai soif, j’ai soif, j’ai soif, j’ai soif, j’ai soif…

Portrait du nouveau Président par l’enfant

Je trouve que le nouveau président a l’air sérieux, il se tient bien, ne met pas les coudes sur la table, ne coupe pas la parole. Il porte une cravate unie, une chemise bien repas­sée et il a des formules de poli­tesse dans ses phrases. Il est présen­table et propre. C’est impor­tant ! Car ensuite on devra accro­cher son portrait dans tout le pays pour ne pas oublier qu’il existe. Ce serait enqui­qui­nant d’avoir un président négligé sur lui ou qui louche sur la photo dans les minis­tères, les aéro­ports, les ambas­sades, les compa­gnies d’assurances, les commis­sa­riats, les hôtels, les hôpi­taux, les caba­rets, les mater­ni­tés, les casernes, les restau­rants, les salons de coif­fure et les orphe­li­nats.

L’ennui des vacances

Les grandes vacances, c’est pire que le chômage. Nous sommes restés dans le quar­tier pendant deux mois à glan­douiller, à cher­cher des trucs pour occu­per nos mornes jour­nées. Même si parfois on rigo­lait, il faut bien avouer que nous nous sommes ennuyés comme des varans crevés.

Les raisons du massacre

Les hommes de cette région étaient pareils à cette terre. Sous le calme appa­rent, derrière la façade des sourires et des grands discours d’optimisme, des forces souter­raines, obscures, travaillaient en continu, fomen­tant des projets de violences et de destruc­tion qui reve­naient par périodes succes­sives comme des vents mauvais : 1965, 1972, 1988. Un spectre lugubre s’invitait à inter­valle régu­lier pour rappe­ler aux hommes que la paix n’est qu’un court inter­valle entre deux guerres. Cette lave veni­meuse, ce flot épais de sang était de nouveau prêt à remon­ter à la surface. Nous ne le savions pas encore, mais l’heure du brasier venait de sonner, la nuit allait lâcher sa horde de hyènes et de lycaons.

Tutsi et Hutus

Cet après-midi-là, pour la première fois de ma vie, je suis entré dans la réalité profonde de ce pays. J’ai
décou­vert l’antagonisme hutu et tutsi, infran­chis­sable ligne de démar­ca­tion qui obli­geait chacun à être d’un camp ou d’un autre. Ce camp, tel un prénom qu’on attri­bue à un enfant, on nais­sait avec, et il nous pour­sui­vait à jamais. Hutu ou tutsi. C’était soit l’un soit l’autre.
Pile ou face. Comme un aveugle qui recouvre la vue, j’ai alors commencé à comprendre les gestes et les regards, les non-dits et les manières qui m’échappaient depuis toujours. La guerre, sans qu’on lui demande, se charge toujours de nous trou­ver un ennemi. Moi qui souhai­tais rester neutre, je n’ai pas pu. J’étais né avec cette histoire.
Elle coulait en moi. Je lui appar­te­nais.

L’enfance

Je regret­tais ce que j’avais pu penser de Fran­cis. Il était comme nous, comme moi, un simple enfant qui faisait comme il pouvait dans un monde qui ne lui donnait pas le choix.

La souffrance dans la discussion

J’aurais voulu dire à Gino qu’il se trom­pait, qu’il géné­ra­li­sait, que si on se vengeait chaque fois, la guerre serait sans fin, mais j’étais perturbé par ce qu’il venait de révé­ler sur sa mère. Je me disais que son chagrin était plus fort que sa raison. La souf­france est un joker dans le jeu de la discus­sion, elle couche tous les autres argu­ments sur son passage. En un sens, elle est injuste.

Le pouvoir des livres

Bien sûr, un livre peut te chan­ger ! Et même chan­ger ta vie. Comme un coup de foudre. Et on ne peut pas savoir quand la rencontre aura lieu. Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endor­mis.

Édition Robert Laffont

Si, comme moi, vous avez gardé, grâce à vos cours sur l’an­ti­quité grecque, une image assez posi­tive de cette période de l’his­toire, avec, peut-être une petite préfé­rence pour Spartes qui semblait plus guer­rière et plus héroïque qu’A­thènes, lisez vite ce roman , cela vous redon­nera des idées un peu moins roman­tiques de la réalité spar­tiate . Bien sûr, vous vous souve­nez de cet enfant spar­tiate qui avait préféré se faire dévo­rer les entrailles par un petit renar­deau plutôt que d’avouer qu’il le cachait sous sa tunique. Mais si c’est votre seul souve­nir, je vous promets quelques décou­vertes bien au-delà de cette anec­dote. Si les Spar­tiates étaient invin­cibles, ils le doivent à des pratiques très parti­cu­lières. Dès la nais­sance, à la moindre « tare », on élimi­nait les bébés, mais cela ne suffi­sait pas, vers deux ans on présen­tait l’en­fant à un conseil de sages qui jetait dans un préci­pice tout enfant un peu bossu, ou ayant des jambes tordues ou qui semblait ne pas bien voir, ne pas entendre correc­te­ment, ou défi­cient intel­lec­tuel­le­ment … À contra­rio, tous les ans on prati­quait la nuit de la Cryp­tie, c’est à dire que durant une nuit entière les citoyens de Spartes avaient le droit de tuer tous les Hilotes (c’est à dire leurs esclaves) qu’ils voulaient . Si j’ai dit « à contra­rio » c’est que cette fois les Spar­tiates choi­sis­saient de préfé­rence les hilotes les plus coura­geux et les plus intel­li­gents de façon à tenir en respect une popu­la­tion beau­coup, beau­coup plus nombreuse qu’eux. Jean-Fran­çois Kervéan sait nous faire revivre ces meurtres avec force détails, j’ai rapi­de­ment été submer­gée par une impres­sion de dégoût . Comment cette anti­quité grecque qui était pour moi un bon souve­nir a pu géné­rer autant d’hor­reurs ? La partie consa­crée à la forma­tion du jeune Spar­tiate (Agogée) est de loin ce qui m’a le plus inté­res­sée, car pour ceux qui ont survécu à la nais­sance puis à la présen­ta­tion, il reste une épreuve , celle de « L’Er­rance ». Avant de deve­nir adulte un jeune doit rester une année entière à survivre dans la nature sans l’aide de quiconque. Il doit chas­ser et se nour­rir de ce que la nature peut lui offrir à moins qu’il soit lui-même la proie de préda­teurs plus forts que lui. Ensuite, il sera citoyen de Spartes et fera partie de l’ar­mée invin­cible. L’or­ga­ni­sa­tion de la vie de la cité est aussi origi­nale et plus sympa­thique. Tous les Spar­tiates sont égaux et ont tous les mêmes droits. Bien sûr, il y a les esclaves pris dans les popu­la­tions vain­cues et asser­vies mais sinon l’éga­lité est parfaite. Il y a deux corps de diri­geants les « gérontes » des hommes âgés qui reste­ront jusqu’à leur mort dans une fonc­tion de conseil et cinq « éphores » élu pour un an au sein de l’as­sem­blée. Tous les Spar­tiates peuvent appar­te­nir à l’as­sem­blée et y prendre la parole. Le roi n’a pas plus d’im­por­tance qu’un autre citoyen. Le roman se situe lors des guerres Médiques contre le roi de Perse, Xerxès 1°. La descrip­tion de l’op­po­si­tion entre les deux civi­li­sa­tions et de la guerre m’a moins passion­née. Et puis, il est grand temps que je parle du style de cet auteur. Je ne comprends pas toujours le pour­quoi de ses formules. Je sens bien qu’il a voulu désa­cra­li­ser une certaine repré­sen­ta­tions de l’an­ti­quité grecque mais parfois, je ne le suis pas dans ses descrip­tions de héros presque toujours ivres ou drogués qui pètent et « s’en­culent » à qui mieux mieux . Cette réserve ne m’a empê­chée d’ap­pré­cier toutes les réflexions qui sous-tendent ce projet de livre :

  • Pour­quoi fina­le­ment c’est la royauté qui a perduré pendant deux millé­naires et pas la démo­cra­tie,
  • Pour­quoi toutes les tyran­nies ont-elles adulé Spartes ?
  • Est ce que ce système pouvait durer ?
  • Pour­quoi les senti­ments ne sont pas compa­tibles dans un tel système.

Mes réserves viennent du style de l’au­teur mais je suis ravie d’avoir lu ce roman car j’ai vrai­ment beau­coup appris sur cette période et surtout corrigé beau­coup d’idées fausses .

Citations

Les Spartiates

Cet hiver-là fut dur, mais les Spar­tiates ne craignent pas le froid, la fin, le deuil ‑ce peuple n’a peur de rien. Chez eux, lorsque le vent cingle depuis les crêtes du Mont Parnon, personne ne couvre ses épaules d’une four­rure, tu te pèles et au bout d’un moment, en vertu du stoï­cisme, tu ne te pèles plus.

Le petit déjeuner spartiate

Son ventre criait famine, elle avala deux yaourts, un boudin avec une galette à la sarriette.

La Sélection

Les enfants avancent au centre, accro­chés à la tunique de leur mère, les père ne sont jamais présents. De part et d’autre se postent gérontes, éphores et comman­dants, chacun scru­tant le groupe selon ses critères : les mili­taires jugent des morpho­lo­gies, les digni­taires des compor­te­ments tous à la recherche de la mauvaise graine qui pous­sera de travers. Le branle du boiteux, la bosse du bossu, le débile ou la naine, toutes les céci­tés, les anoma­lies ayant pu échap­per à l’exa­men de la première heure. Rete­nus depuis des jours à l’in­té­rieur, les enfants exultent en plein air, leurs ébats et la lumière à plomb de midi révèlent mieux les tares de quelques défi­cients. Arri­vés face au ravin, les auto­ri­tés rendent leur verdict et les soldats balancent les indé­si­rables du haut du préci­pice, scène qui grave à jamais dans le regard des autres la gran­deur d’une société ou la gloire coule du sacri­fice comme la rosée des aurores.

Encore une coutume sympathique : la Cryptie

Tous les ilotes, les esclaves sans excep­tion sont aussi la cryp­tie- du verbe « cacher, se cacher ».
 la lumière du soir rase la campagne, tu es Spar­tiate. Quand l’ai­guille du cadran solaire indique la dix-huitième heure ou que la trompe reten­tit du Temple, tu peux tuer tous les ilotes que tu vois de tes yeux, n’im­porte, en parti­cu­lier ou au hasard, de tous âges, en déam­bu­lant ou en allant fouiller leur cabane, les fossés, les sous-bois, comme tu veux. La Cryp­tie n’est pas la guerre. Le nom de « Jour de guerre contre les ilotes » inventé plus tard par Plutarque n’est pas bon. À partir de la dix-huitième heure jusqu’à la dernière avant l’aube, beau­coup d’ilotes ne bougent pas de la place où ils sont, de l’arène de leur condi­tion où vont surgir les fauves. D’autres emmènent leurs femmes leurs enfants se terrer le plus loin possible. Après avoir lâché ton outils, tu te sauves mais il n’y a pas d’abri. Les Spar­tiates ne hurlent pas, ne t’in­sultent pas en prin­cipe, les Spar­tiates donne la mort. Partout. En bande sanglante ou seul à seul.

Humour

Quand le Sénat l’en­voie batailler au nord, il en profite pour aller soute­nir son ami Isago­ras, tyran d’Athènes, contre son peuple en rébel­lion. C’est un fou de guerre, un ivrogne – personne ne souligne jamais le rôle capi­tal de l’al­coo­lisme dans l’His­toire de l’Hu­ma­nité.

L’idéal de Sparte

L’es­pèce humaine est argi­leuse, malléable. Tout est mou chez l’homme, à part le sque­lette. Telle était la pensée de Sparte. À l’état de lui donner de la consis­tance, de forger, cise­ler sa nature. Les plai­sirs, les ou l’étude n’af­firment pas un indi­vidu, seuls les gnons, l’en­du­rance, l’ad­ver­sité, toutes ces épreuves qui le menacent de n’être plus rien, le font entrer dans l’ac­tion d’où jaillit son destin.

Le style qui a fini par me lasser

La jeune prin­cesse de Sparte se consola entre les bras solides de son époux, encore marqué par les stig­mates de l’as­sas­si­nat, on ne s’éton­nera pas après ça que la reine Gorgô soit deve­nue parmi les premières fémi­nistes de l’hu­ma­nité. Nul ne douta du récit de la mort héroïque de son père ni ne soup­çonna le régi­cide perpé­tré par deux bour­rins aussi bour­rés que Cléo­mène. Plus éton­nant encore, à la fin de cette jour­née où Sparte entra dans le simu­lacre offi­ciel et renoua avec les Mythes, le conseiller Hypo­coo fut élu au Direc­toire des éphores : le conseiller diplo­ma­tique passait ministre chargé des Affaires exté­rieures, acclamé de tous les Égaux sur l’agora, bien chauf­fés par les trente Gérontes. Quant aux jeunes frères du défunt auto­mu­tilé, prince sans répu­ta­tion, il fut dési­gné monarque à l’una­ni­mité du Sénat lacé­dé­mo­nien sous le nom de Léoni­das Ier. Seul Aphra­nax Cartas tirait la gueule. L’His­toire se détour­nait de lui. A dix pas, en revanche, sa mère parti­ci­pait à la liesse. L’éphore fraî­che­ment élu était son ami, et le nouveau roi son amant. Son fils n’était pas prêt d’in­té­grer la garde royale des 300.
Le Destin de Léoni­das vient de s’ébran­ler en même temps que l’Ère clas­sique. Vers où ? Un gouffre, un triomphe, une marque de choco­lat ? C’est ce qu’on appelle tout simple­ment : la suite.

La mort et la vieillesse

Quel retour des choses signi­fie la mala­die sinon que souf­frir et natu­rel et qu’on finit non seule­ment vaincu mais privé des joies de son exis­tence ?

Le deuil et le veuvage

Ne pas être aller se recueillir depuis long­temps sur la tombe d’Ar­tys lui manquait, le deuil génère une addic­tion au chagrin, bulle de souve­nirs moel­leux où le temps ne circule plus.

Réflexion

Pendant les cinq cents ans que durera la civi­li­sa­tion grecque, la terre, les ressources, les hivers ne furent pas plus facile ni cléments que durant les siècles suivants. Pour­tant leurs annales évoquent rare­ment une famine. Chez les Grecs, si impar­faits, on pouvait manquer, avoir le ventre vide mais pas au point d’en mourir au porte de ceux qui mangent. Au temps modernes, famine et malnu­tri­tion furent la première cause de morta­lité dans les royaumes d’Oc­ci­dent. Les victimes se chif­fraient encore par millions dans l’Eu­rope fertile du XVIIe siècle. L’es­pé­rance et la qualité de vie d’un forge­ron sous Péri­clès était supé­rieure à celle d’un arti­san du Val de Loire sous Fran­çois 1er, deux mille ans plus tard. Pour­quoi ? On ne sait pas.

Édition Actes Sud. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

En ces temps de terro­risme et de confi­ne­ment, ce livre peut se lire assez agréa­ble­ment. Il s’agit pour­tant de mort et de diffi­culté de vivre, seule­ment cela se passe au Japon donc assez loin de nos préoc­cu­pa­tions actuelles. Je vais d’abord dire les trois choses qui m’ont agacées pour reve­nir à l’es­sen­tiel du roman :
Les phrases en anglais ne sont pas traduites, il est vrai que ce sont des phrases simples mais je ne comprends pas l’in­té­rêt du procédé.

La mère du person­nage prin­ci­pal se suicide comme Virgi­nia Woolf, ce n’est vrai­ment pas la façon la plus courante de se suici­der mais c’est telle­ment plus litté­raire. (Elle se jette dans la rivière avec des cailloux dans ses poches).
L’autre chose me dérange plus, l’hé­roïne va décou­vrir le Japon grâce à un père très très riche et je crois que j’ai des diffi­cul­tés à m’in­té­res­ser aux malheurs des pauvres petites filles riches. De plus dans ma vie j’ai rare­ment sinon jamais rencon­tré des gens faisant des héri­tages mira­cu­leux.
Et pour­tant j’ai aimé cette lecture qui essaie et réus­sit à nous faire comprendre cet étrange pays à travers les fleurs et les jardins. Il demande une lecture atten­tive car sinon on passe au-dessus de la beauté des temples de Kyoto, ce serait d’au­tant plus dommage que c’est là l’es­sen­tiel de l’in­té­rêt du livre. Mais pour faire un roman, il fallait aussi une histoire d’amour qui m’a semblé assez arti­fi­cielle. Beau­coup de critiques donc pour un roman dont je vous conseille la lecture cepen­dant, ne serait-ce que pour vous prome­ner dans de si beaux endroits et savou­rer par l’ima­gi­na­tion les mets le plus déli­cieux de la gastro­no­mie nippone.

Citations

Un passage émouvant

Il est né à Hiro­shima en 1945. Sa famille a été déci­mée par l’atome. En 1975, il a perdu sa femme et sa fille dans un trem­ble­ment de terre. En 1985, son fils aîné s’est tué dans un acci­dent de plon­gée. Le 11 mars 2011, son autre fils, un biolo­giste était en mission dans la préfec­ture de Miyagi, sur la côte à vi gt kilo­mètres de Sandai. Il n’a pas eu le temps de gagner les hauteurs.…Lors du dépôt des cendres de Nobu au cime­tière, il pleu­vait et Keisuke s’est effon­dré dans la boue, devant la tombe. Haru l’a relevé et tenu serré contre lui jusqu’à la fin de la céré­mo­nie. Quel­qu’un s’est appro­ché avec un para­pluie mais il l’a renvoyé. Ils sont restés ensemble, immo­biles, sous la pluie et, peu à peu, les uns après les autres, nous avons refermé nos para­pluies. Je me souviens avoir senti le poids et la violence de l’eau puis les avoir oubliés. Nous étions entré dans un monde de fantôme. Nous n’avions plus de chair.

Sagesse japonaise

À l’époque des samou­raïs, sur l’île de Sado, en mer du Japon, vivait un ermite qui, du matin au soir, regar­der l’ho­ri­zon. Il avait fait vœu de consa­crer sa vie à cette contem­pla­tion, et de s’y absor­ber tout entier, de connaître l’ivresse de n’être plus qu’une ligne entre la mer et le ciel. Cepen­dant, comme il se plaçait toujours derrière un pin qui empê­chait qu’il eût une vue déga­gée, on lui en deman­dait la raison et il répon­dait : Parce que je ne crains rien tant que de réus­sir.

La dépression

Maud, la mère de Rose, avait grandi dans la mélan­co­lie et, quoi qu’elle fît ensuite de sa vie, s’y était tenue avec une persé­vé­rance admi­rable.

Malheur japonais

Nous autres Japo­nais avons appris de notre archi­pel tour­menté l’im­pla­ca­bi­lité du malheur. C’est par cet acca­ble­ment natif que nous avons su trans­for­mer notre contrée de cata­clysmes en éden, en quoi les jardins de nos temples sont l’âme de ce pays de désastres et de sacri­fices. Par mon sang, tu connais la beauté et la tragé­die du monde d’une manière que les Fran­çais, nour­ris de leurs terres clémentes, ne peuvent pas entendre.

Édition Albin Michel. Traduit de l’amé­ri­cain par Sara Gurcel

Sara Krasi­kov est d’ori­gine ukrai­nienne, elle vit aux États-Unis et a adopté le format des romans améri­cain : au moins de six cent pages. Il est vrai que la période que couvre ce roman, de 1934 à nos jours, avait besoin d’un certain nombre de pages pour se déployer. Nous allons suivre le destin de la jeune Florence qui a cette idée un peu étrange d’émi­grer en URSS séduite par l’idéal commu­niste. Ils seront un petit nombre à le faire mais bien peu pour­ront échap­per aux terribles purges stali­niennes. Il faut dire que son enga­ge­ment était aussi soutenu par un amour passionné pour un ingé­nieur sovié­tique rencon­tré aux USA et qu’elle fera tout pour le retrou­ver. Comme souvent, aujourd’­hui, ce roman ne suit pas une progres­sion linéaire et nous passons d’une époque à l’autre en suivant la vie de Florence ou celle de son fils, Julian, ou de son petit fils, Lenny. L’URSS et aujourd’­hui la Russie semble atti­rer comme une puis­sance destruc­trice les membres de cette famille. Le petit fils de Florence est parti vivre en Russie pour y faire fortune, il devra aux maladresses de son père un passage en prison et il en sortira grâce à la connais­sance de celui-ci des rouages de ce terrible pays. Cela ne veut pas dire que tout est toujours pareil dans ce terrible pays mais rien n’y est jamais très simple. On revit de l’in­té­rieur le sort tragique des idéa­listes occi­den­taux qui sont allés se jeter dans la gueule de l’ogre stali­nien. Ils ont pour la plupart payé de leur vie leur naïveté, d’au­tant plus que l’Amé­rique n’a rien fait pour les aider : l’am­bas­sa­deur de l’époque ne voulant surtout pas fâcher son futur allié pour la guerre qui se prépa­rait. Pour survivre quand l’étau se resserre sur la commu­nauté juive cosmo­po­lite de Moscou, Florence sera conduite à espion­ner et trahir ses amis. Cela ne lui servira pas à grand chose car elle ira quand même au goulag où elle aurait dû mourir, je ne peux sans divul­gâ­cher le roman expli­quer pour­quoi elle n’y mourra pas. Son fils a émigré aux USA avec elle et toute sa famille, il revient en Russie pour faire des affaires avec l’énorme consor­tium du pétrole. On voit alors tout le rôle de la mafia russe dans les affaires. Il cherche aussi à mieux comprendre sa mère et obtient son dossier de police, il peut, alors, y lire ses diffé­rentes trahi­sons. Elle a survécu grâce à ses capa­ci­tés d’adap­ta­tion mais qui ne lui ont pas permis de rester digne et irré­pro­chable. Des gens dignes et irré­pro­chables, il doit y en avoir plein les fosses communes en Russie comme le père de Julian, Léon Brink assas­siné comme tant d’autres dans les sous-sols de la Loubianka. Il y a donc trois histoires, celle de Florence qui est la plus complète, celle de Julian, élevé en partie dans un orphe­li­nat sovié­tique qui s’est vu refu­ser sa thèse parce qu’il était juif et ses déboires avec la mafia russe, puis celle de Lenny qui aime­rait faire fortune dans un pays qui l’at­tire. La roman­cière parle d’un pays dont sa tradi­tion fami­liale a dû savoir lui parler. Et comme elle vit aux USA aujourd’­hui elle rend parfai­te­ment compte de ce qui a pu se passer pour Florence : sa soif d’idéal et sa descente progres­sive dans l’en­fer commu­niste, ce person­nage est crédible et son entê­te­ment aussi. Je comprends bien les inten­tions de l’au­teur de construire un destin sur plusieurs géné­ra­tions, mais une seule histoire m’au­rait large­ment suffit. J’ai vrai­ment du mal avec ces énormes pavés et pour­tant celui-ci est bien construit et fort instruc­tif et a beau­coup plu à Domi­niqueet à Kathel.

Citations

Les appartements communautaires

Les univer­si­taires occi­den­taux aiment décrire nos « kommu­nalki » sovié­tiques comme des endroits dénués d’es­pace person­nel. Ils se trompent. Quel plus bel hommage à la propriété privée pouvait-il y avoir que le dense enche­vê­tre­ment de sept sonnettes diffé­rentes sur la porte d’en­trée ? Sept réchauds à kéro­sène dans la cuisine ? Sept lunettes en bois distinctes , que chaque loca­taire se coin­çait scru­pu­leu­se­ment sous le bras en marchant d’un pas ferme jusqu’à l’unique WC de la commu­nauté ?

Les stupidités du régime soviétique

Nous suivions tous les deux un cours inti­tulé « Fonda­men­taux de la cyber­né­tique », dispensé par un vieux rouquin asth­ma­tique qui s’était fait virer dans les années cinquante pour avoir mené des recherches en infor­ma­tique, une disci­pline pros­crite par Staline au titre de « putain mercan­tile de l’im­pé­ria­lisme ». Dix ans plus tard, un gros bonnet avait toute­fois pris conscience que le pays était fort à la traîne dans la course contre les Améri­cains, on était donc aller cher­cher le profes­seur disgra­cié ( il mélan­geait des résines dans une usine de pein­ture indus­trielle) et on l’avait réin­té­grer pour qu’il enseigne la matière même qui avait causé son renvoi.

Toast russe emprunté à Balzac

Buvons aux femmes. Quand elles nous aiment, elles pardonnent tout, même nos crimes ! Quand elles ne nous aiment pas, elles ne nous pardonnent rien, pas même nos vertus !

Les Américains à Moscou en 1934

C’était du reste un talent assez partagé chez les margi­naux qui se retrou­vaient à Moscou dans les années trente, Des esprits libres affi­chant fière­ment le rejet de leur patrie capi­ta­liste. Jeunes, le plus souvent juifs, ils venaient du Bronx ou de Manches­ter, en Angle­terre, comme d’en­droits aussi dépay­sant que Missoula, dans le Montana. Obser­vez- les : au café Moscou, place Pouch­kine, .… Leurs discus­sions tournent essen­tiel­le­ment autour des États-Unis, comme si profa­ner leur lieu de nais­sance était une sorte de rituel destiné à soula­ger leur mal du pays.

Personnalité de Roosevelt

Roose­velt était-il un commu­niste refoulé ? Bon dieu, non. L’homme qui avait distri­bué de l’argent public par millions aux plus grosses socié­tés privées du pays en était loin. Ce n’était qu’un banal utopiste. Or si l’on gratte un peu, on trouve toujours, derrière un utopiste, un machia­vel dissi­mulé ‑quel­qu’un qui, pour réali­ser sa vision magni­fique, finira par sous­crire au prin­cipe selon lequel la fin justi­fie les moyens 

Après un enterrement où chacun a essayé d’exprimer ce qu’ils n’osent jamais dire

Les enter­re­ments sont aux Russes ce que les carna­vals sont aux Portu­gais.
Les règles sont suspen­dues le temps du carna­val pour que tout le monde puisse tempo­rai­re­ment faire comme si les choses étaient le contraire de ce qu’elles sont.

Édition Albin Michel Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Quel pensum, cette lecture ! pour le club je m’oblige à aller jusqu’au bout des livres mais je m’au­to­rise le survol quand je n’en peux plus. Je suis complè­te­ment hermé­tique au projet de l’au­teure qui veut nous faire comprendre l’en­fance et la jeunesse de Virgi­nia Woolf . Comme il y a déjà tant de choses qui ont été écrites sur cette très grande écri­vaine, je pense que ce n’est pas chose facile. L’ef­fort d’Em­ma­nuelle Favier, et son origi­na­lité ont été de se mettre dans la peau de Virgi­nia et de nous faire comprendre à travers les yeux d’une petite file et de ses percep­tions ce que cela voulait dire d’être un jeune femme intel­li­gente et artiste sous le règne de la Reine Victo­ria dans une famille de lettrés. Sans avoir été brimée, Virgi­nia sent très bien que son seul destin est de se marier. L’écri­ture n’est pas une « condi­tion » pour une une femme de la bonne société britan­nique. L’au­teure tente aussi de trou­ver les raisons qui ont amené cette superbe femme si brillante à connaître la dépres­sion. Tout cela aurait dû m’in­té­res­ser, mais hélas à cause du style d’Em­ma­nuelle Favier, je me suis perdue dans une lecture labo­rieuse ne compre­nant parfois pas ce que je lisais. J’ai donc déci­der de relire au plus vite « Mrs Dalo­way » ; et cher­cher une bonne biogra­phie de Virgi­nia Wollf . Auriez-vous des sugges­tions ?

Citations

Une bonne remarque

Nous pouvons aussi imagi­ner que c’est déjà octobre, que de retour à Londres on a repris les visites, que l’on reçoit chaque jour. On fait, très jeune fille, l’ap­pren­tis­sage de la table à thé : c’est là que l’on apprend à servir, à obser­ver les conve­nances et les rangs, mais aussi à manier la critique discrète, la seule permise aux femmes, qu’elles déve­loppent avec une habi­leté compa­rable à celle que mettent les domes­tiques à noter leurs maîtres en parais­sant les flat­ter.

L’auteure termine tous ses chapitres par une succession de faits qui situe la vie de Virginia par rapport à ses contemporains , j’avoue ne pas y avoir trouvé beaucoup d’intérêt.

Pendant qu’un autre peintre, un Hollan­dais de génie et de misère, meurt ‑en même temps que Sitting Bull, Alphonse Karr et Octave Feuillet mais aussi que Charles Edward Mudie, souve­rain des biblio­thèques ambu­la­toires et premier éditeur du bon parrain James ; pendant qu’un autre peintre, un Autri­chien de misère et de génie, naît ‑en même temps Agatha Chris­tie, Jean Rhys, Charles de Gaulle et Grou­cho Marx ; pendant qu » Edith Whar­ton publie sa première nouvelle en revue et que la folie chez Nietzsche gagne, étei­gnant l’écri­vain aussi bien que le ferait la mort ; pendant qu’une nouvelle loi anglaise oblige les suici­daires à être inter­nés, les feuilles inlas­sa­ble­ment, dégrin­golent sur tombes et berceaux.

Genre de phrases que je ne comprends pas :

Head­lam est un para­site sincère, toujours chez les Stephen il y fait chère lie des femmes de la maison. 
Nous assis­tons impuis­sants à ses rages et protes­ta­tions face à la langueur de sa cousine, qui est la plupart du temps en Suisse ou en Alle­magne ou que savons-nous, et qui met des lustres à répondre.

Édition Galli­mard

Cet auteur est un habi­tué de Luocine, il sait me faire rire et aussi m’émou­voir. « Char­lotte » est certai­ne­ment le livre qui m’a le plus touchée, j’ai même pleuré en lisant « Mes souve­nirs » adoré « La déli­ca­tesse » et été déçue par « Nos sépa­ra­tions »

J’ai beau­coup hésité entre trois ou quatre coquillages, mais en tant qu’ha­bi­tué de Luocine, David Foen­ki­nos béné­fi­cie d’un préjugé favo­rable. Dans ce roman, l’au­teur nous fait prendre conscience du travail de l’écri­vain. C’est très à la mode de parler de l’ins­pi­ra­tion et de la diffi­culté de renou­ve­ler son inspi­ra­tion et c’est pour ce côté « dans le vent » que je suis passée de quatre à trois coquillages. Mais c’est aussi un roman qui traite avec telle­ment de légè­reté et d’hu­mour de la créa­tion roma­nesque et de notre vie de tous les jours, que je lui ai rendu son quatrième coquillage !

L’au­teur est donc en panne d’ins­pi­ra­tion, et décide d’ar­rê­ter la première personne qu’il rencontre pour en faire son person­nage de roman . Cela tombe sur Made­leine Tricot, femme assez âgée (on dirait, aujourd’­hui, à risques) qui a travaillé dans la mode, chez Chanel, auprès de Karl Lager­feld . Son roman s’éten­dra à la famille de sa fille, Valé­rie, qui a épousé Patrick Martin d’où le titre du roman. L’au­teur doit aussi gérer sa sépa­ra­tion. Après quelques années de vie commune, Marie vient de le quit­ter en lui disant qu’elle préfère vivre seule qu’a­vec lui. Entre la fiction et la réalité qui passe par la plume de l’écri­vain, on assiste surtout à une excel­lente mise en scène de la créa­tion roma­nesque et du plai­sir que doit éprou­ver tout écri­vain à domi­ner chaque person­nage obéis­sant à sa toute puis­sance. Mais dans la réalité ? Et bien, oui cela ne se passe pas comme ça, même si on aime­rait parfois qu’un écri­vain nous anime pour avoir le courage de brûler les rideaux d’un chef pervers et mani­pu­la­teur ou de mettre toutes ses écono­mies pour aller jusqu’à Los Angeles retrou­ver son amour de jeunesse. C’est un roman très léger et qui se lit très vite et en plus qui sort le lecteur de la moro­sité ambiante. Ces quelques allu­sions aux quoti­diens sont bien croquées sans être plom­bantes. Je suis très sensible l’hu­mour de cet écri­vain. Il me donne le sourire même si, comme il le dit dans ce texte, son roman n’est certai­ne­ment pas écrit pour durer cent ans, il permet de passer une très bonne soirée.

Citations

Sujet de roman

Je m’étais senti excité par mon intui­tion, mais voilà que j’en étais déjà à écrire sur la néces­sité de ne pas recon­ge­ler des produits décon­ge­lés. Quelques années après avoir obtenu le prix Renau­dot, je sentais le fris­son du déclin me parcou­rir le dos.

Humour des notes en bas de page

Certes, en sortant du 17° arron­dis­se­ment de Paris à 10 heures du matin, j’avais peu de chance de tomber sur une go-go danseuse.

Humour

Ma capa­cité de séduc­tion ressem­blait depuis un moment à un film de Berg­man (sans les sous-titres).

Je crois cela aussi

J’ai l’im­pres­sion qu’on peut tout savoir d’une personne en obser­vant les livres qu’elle possède.

Dialogue avec un ado

- Vrai­ment, tu n’as pas de passion ? Deman­dai-je avec désin­vol­ture, m’ef­for­çant d’évi­ter un ton culpa­bi­li­sa­teur.
- Moyen.
- C’est-à-dire ? Ça veut dire quoi moyen ?
- Ça veut dire j’ai moyen des passions.
- D’ac­cord… Et la musique, tu aimes ça ? Les poster… Tu aimes Angel ?
- Pas spécia­le­ment. J’ai fait des trous dans le mur quand j’étais petit, alors je les cache avec des posters.
- Tu écoutes quoi ?
- Il n’y a rien qui me vient, là.
- Et ton temps libre, tu l’oc­cupe comment ?
- Je joue en ligne avec des potes.

Remarque assez juste

-Ah, j’ai compris. Votre roman, c’est pour déter­rer les histoires de famille. Tout ce qui fait mal.
- Mais non…je n’irai pas contre votre volonté.
- C’est ce qu’ils disent tous. Je ne lis pas beau­coup de romans contem­po­rains, mais je vois bien qu’é­crire est souvent un moyen de régler ses comptes.

Harcèlement au travail

Ce matin, Desjoyaux l’avait convo­qué pour lui propo­ser un rendez-vous dans trois jours . Quel supplice . Pour­quoi ne lui avait-il pas signi­fié immé­dia­te­ment ce qu’il voulait lui dire ? Il allait passer les jours suivants avec une boule au ventre . Desjoyaux n’avait rien laissé perce­voir dans son regard , un visage suisse. Le degré suprême du harcè­le­ment , c’est façon froide et presque souriante de commettre un meurtre sala­riale . Il y avait forcé­ment du sadisme dans cette atti­tude ; il était bien conscient, vu le contexte géné­ral, qu’il ferait souf­frir un employé en lui annon­çant qu’il le verrait trois jours plus tard ; pire, il avait ajouté « impé­ra­ti­ve­ment » le voir. Les mots ont un sens. Impé­ra­tif veut dire que c’est majeur, déter­mi­nant ; cela sent la condam­na­tion.

Vérité et fiction : dilemme de l’écrivain

Ainsi, le vrai pareil souvent impro­bable. J’avais peur de m’emparer du réel, et qu’on l’es­time moins crédible que la fiction. Je redou­tais qu’on puisse ne pas me croire, qu’on se dise que toute cette histoire était inven­tée ; qu’on se dise que je n’étais jamais descendu de chez moi pour abor­der la première personne venue. Il m’ar­rive parfois de dire la vérité, et cela sonne comme un mensonge. Mais je n’y peux rien : la vie est peu plau­sible.

Édition ZOE traduit de l’anglais (Canada par Chris­tian Raguet)

Après « Les Étoiles s’éteignent à l’Aube » et les inci­ta­tions de Krol et d’Aifelle , j’ai retrouvé avec grand plai­sir le talent de Richard Waga­mese. On retrouve Franck, celui qui avait permis à son père de mourir en Indien et à nous lecteur de comprendre la beauté de la Colom­bie-Britan­nique. Cette fois encore le rapport de l’homme et de la nature est un des ressorts de ce roman que l’au­teur n’a pas eu le temps de finir.

Nous retrou­vons le thème de la rédemp­tion par le retour sur soi-même qu’offrent la nature et les animaux sauvages. Emmy est une jeune femme violen­tée par la vie et des compa­gnons tous plus brutaux et alcoo­liques les uns que les autres. Elle a une petite fille Winnie, au milieu de tant d’hor­reurs quoti­diennes, il ne lui reste qu’une seule volonté posi­tive : que sa petite fille connaisse une vie meilleure que la sienne. Elle fuit donc les deux hommes qui la bruta­lisent et la violentent régu­liè­re­ment pour sauver sa fille. Elle rencon­trera Franck et son ami Roth qui travaillent avec lui à la ferme du « Vieil homme » celui qui a sauvé Franck et lui a donné le sens et le respect de la vie. Le roman suit deux traces , l’une terrible et unique­ment faite de violence d’al­cool et de vengeance : celle des deux hommes qui traquent Emmie pour assou­vir leur vengeance, et celle de la recons­truc­tion de Winnie et d’Em­mie auprès de Franck dans les montagnes de la Colom­bie-Britan­nique.
L’au­teur n’a pas eu le temps de termi­ner son roman, mais, il me semble que la fin est inscrite en fili­grane dans ce que nous pouvons lire. Il s’agit de deux chasses, mais l’une est le fait de préda­teurs qui ne sentent pas la nature dans toute sa complexité et l’autre celle d’une récon­ci­lia­tion avec le monde dans toutes ses facettes. Parce que ce roman n’est pas complè­te­ment fini, on sent aussi, parfois, des dialogues rapi­de­ment esquis­sés qui auraient demandé une relec­ture. Mais à côté de cela , il y a des moments splen­dides en parti­cu­lier sur les rapports possibles entre les animaux et les hommes quand ceux-ci prennent le temps de les écou­ter. Un très beau livre d’un auteur qu’on aurait aimé lire encore long­temps.

Citations

Les loups

Ils étaient couchés sur un rocher pentu qui dépas­sait de l’ex­tré­mité de la saillie. Derrière eux, la lune étin­ce­lait comme un œil gigan­tesque. Le mâle alpha était le seul à être assis, face au disque lunaire scin­tillant, la tête légè­re­ment relevé, semblable à un enfant empli d’émer­veille­ment. Star­light reprit son souffle rapi­de­ment et se releva de toute sa hauteur. Le loup tourna la tête. Il s’ob­ser­vèrent : l’homme se sentit percé à jour, vu dans son inté­grité, il n’avait pas de peur en lui, seule­ment du calme, le même que dans le regard résolu du meneur de la meute. Le loup se dressa. Il balaya du regard l’en­semble du tapis céleste moucheté d’étoiles et Star­light suivit ses yeux. L’uni­vers, profond et éter­nel, était suspendu au-dessus d’eux, solen­nel et franc comme une prières.
Le loup se rassit et sembla étudier le pano­rama. Puis il souleva son nez et lança un un hurle­ment glaçant face à la lune et aux étoiles épar­pillées autour.

La violence faite aux enfants

Elle ne pouvait se remé­mo­rer une seule fois dans sa vie ou des hommes n’aient pas voulu la toucher, la tenir dans leurs bras, la cares­ser, et pendant un moment elle avait laissé faire parce que ça comblait le vide de soli­tude qu’elle portait en elle, orphe­line placée dans une famille. Elle avait laissé faire jusqu’à ce qu’elle commence à en souf­frir. Elle ne voulait pas penser à cette époque-là. Elle avait, une bonne fois pour toute, claquer la porte sur cette noir­ceur d’une nature parti­cu­lière. Il y avait là des monstres, à l’af­fût, furtifs, en embus­cade, atten­dant l’heure avant de se montrer et de s’emparer d’elle de sang-froid, avec leur sauvage mâchoire hargneuse. Elle avait senti leur présence toute sa vie. Il n’y avait jamais eu assez de lumière pour les chas­ser ou s’il y en avait eu, elle n’avait lui que briè­ve­ment avant de deve­nir l’ombre qu’elle avait connu et à laquelle elle s’était habi­tuée depuis un temps bien trop long. Ce n’est que l’im­pi­toyable cruauté de Cadotte qui avait préci­pité à la surface la vieille rage couvant en elle. Elle l’avait submer­gée. Elle avait déferlé sur elle comme une incon­trô­lable vague de peur, de négli­gence, d’aban­don, d’as­pi­ra­tion, de néant, de faim, de besoin et de haine ; une haine d’un violet pur, insi­dieuse, furieuse, pour les hommes pour la vie, pour elle-même, pour avoir toléré ce qu’elle avait toléré qu’il lui arrive.

L’alcool

Son monde était circons­crit par la picole. Il buvait constam­ment. Mais elle aussi avait sa propre alliance avec l’al­cool, qui semblait en accord avec celle de Cadotte. La picole permet­tait aux monstres et à l’obs­cu­rité de dispa­raître. Elle lui permet­tait presque d’ar­ri­ver à éprou­ver un senti­ment de joie, de liberté, et Emmy la lais­sait entrer dans son monde aussi souvent que s’en repré­sen­tait l’op­por­tu­nité. Avec Cadotte, elle se présen­tait tous les jours. Elle fut ivre six semaines d’af­fi­lées.

Un lieu à soi

Assis­ter au lever et coucher du soleil est deve­nue la seule prière que j’aie jamais éprouvé le besoin de pronon­cer. Voilà mon histoire. Voilà mon chez moi. Cela vit en moi. 
Je vous vois toutes les deux, je vous vois cher­cher quelque part où vous instal­ler. Très nerveuses et angois­sées à l’idée de ne pas avoir de repère fixe. Effrayées, même. Je ne sais pas pour­quoi. Je n’ai pas à le savoir. Mais le vieil homme m’a appris que si je peux aider quel­qu’un je dois le faire. Cette terre m’a donné un endroit où poser mes pieds. Je crois que peut-être je pour­rais en donner un aussi à Winnie. 
En vérité, une fois qu’il est en nous, une fois qu’on a fini par le connaître, on ne se sent plus jamais esseulé perdu ou triste. On a toujours un lieu pour porter tout cela, ou le lais­ser, ou lâcher prise. Et ce lieu est de nouveau en nous. Ce que je pense ? Je pense que Winnie doit avoir besoin de faire le vide. Vous aussi, si vous êtes prête.

Édition Pavillon Poche Robert Lafont

Traduit du polo­nais par Chris­tophe Glogowski

Il m’a fallu cette période de confi­ne­ment pour venir à bout de ce livre. Autant j’ai été conquise tout de suite et tota­le­ment empor­tée par la lecture « Sur les Osse­ments des morts », autant je me suis contrainte pour lire ce roman au moins pour le premier tiers.( Pour­tant je savais qu’Atha­lie avait beau­coup aimé, ce qui est pour moi une bonne réfé­rence.) Il faut dire que ce roman est étrange, consti­tué de courts chapitres qui sont consa­crés à un seul person­nage inti­tu­lés « au temps de … ». Ces chapitres finissent tel un puzzle à racon­ter l’his­toire d’un village et au delà l’his­toire de la Pologne. Dieu et les Anges sont aussi de la partie et ce mélange de méta­phy­sique de nature et d’hu­main n’est pas si facile à accep­ter pour une ratio­na­liste comme moi. Seule­ment voilà, cette écri­vaine a un talent incroyable et quand peu à peu j’ai lâché mes réflexes habi­tuels de carté­sienne, j’ai aimé cette lecture. En touches succes­sives, c’est bien l’his­toire d’une famille polo­naise jusqu’à aujourd’­hui dont il s’agit et à travers leurs rela­tions indi­vi­duelles on comprend mieux que jamais l’his­toire et les malheurs de la Pologne marquée à tout jamais par l’extermination des juifs. Cette nation a perdu à ce moment là une partie impor­tante de son fonde­ment cultu­rel, une telle barba­rie sur son propre sol devant les yeux de ses habi­tants ne pouvaient que lais­ser des traces. Ce livre est aussi un hymne à la nature qui est, et sera toujours, la grande gagnante surtout si les hommes ne veulent pas l’écou­ter. L’his­toire actuelle d’un petit Virus si petit mais si malin que personne ne peut l’empêcher d’in­fec­ter l’hu­ma­nité entière, n’est-il pas une preuve que la nature est plus forte que toutes les construc­tions humaine et que certains progrès même extra­or­di­naires fragi­lisent l’hu­ma­nité. Je pense donc que ce livre s’ins­crit dans la réflexion que nous pouvons avoir à propos de la pandé­mie actuelle et en plus permet de passer un long moment avec une écri­vaine remar­quable qui a un sens de l’hu­mour qui rend ses récits très atta­chants.

On en parle chez Kathel

Citations

Genre de remarques auxquelles il faut s’habituer

Au centre d’an­tan, Dieu à dressé une colline qu’en­va­hissent chaque été des nuées d’han­ne­tons. C’est pour­quoi les gens l’ont appe­lée la montagne aux Hanne­tons. Car Dieu s’oc­cupe de créer, et l’homme d’in­ven­ter des noms.

C’est bien dit et vrai

Elle se mettait au lit, où, malgré les cous­sins et les chaus­settes de laine, elle ne parve­nait pas à se réchauf­fer les pieds. Et puisque, de même que dans l’eau c’est par les pieds qu’on pénètre dans le sommeil, Gene­viève demeu­rait long­temps sans pouvoir s’en­dor­mir.

Le genre d’affirmations qui sont belles sans être convaincantes.

À certains humains un ange pour­rait paraître stupide. Mais l’ange, depuis l’ori­gine des temps, porte en lui le fruit de l’arbre de la connais­sance, le savoir pur : une raison affran­chie de la pensée, et, du même coup, des erreurs – ainsi que de la peur qui les accom­pagne. Une raison libre des préju­gés engen­drés par la percep­tion lacu­neuse des humains.

Le soldat de retour chez lui au moulin

Il fit le tour du moulin, caressa la meule, ramassa de la farine au creux de sa paume et la goûta du bout de la langue. Il plon­gea ses mains dans l’eau, passa le doigt sur les planches de la clôture, huma les fleurs, actionna le tran­chant du hache-paille. Celui-ci grinça, coupa une botte d’or­tie.
Derrière le moulin, Michel péné­tra au milieu de hautes herbes et il fit pipi.

l’alcool

Le noyeur était l’âme d’un paysan nommé Pluszk. Celui-ci avait péri dans un étang fores­tier par une nuit d’août, la vodka précé­dem­ment absor­bée lui ayant exces­si­ve­ment dilué le sang.

Le genre de propos qui courent dans ce livre

Imagi­ner, c’est en somme créer, jeter un pont entre la matière et l’es­prit. Surtout quand on pratique cet exer­cice aussi souvent qu’in­ten­si­ve­ment. L’image se trans­forme alors en gout­te­lettes de matière et s’in­tègre au courant de la vie. Parfois, en cours de route, elle se déforme quelque peu. En somme, tous les désirs humains se réalisent, s’ils sont suffi­sam­ment intenses, et pas toujours de la manière qu’on s’était imagi­née.

Arrivée des antibiotiques

Un instant plus tard, il tenait au creux de sa main une petite boîte de carton. De ce qui était écrit dessus il ne comprit que les mots « made in the United States ».…
Au soir, la fièvre des fillettes avait dimi­nué. Le lende­main elle se guérit. À force de prière, Misia avait obtenu de la Sainte Vierge de Jeskotle ‑reine des anti­bio­tiques- cette guéri­son mira­cu­leuse.

Réflexion sur le temps

l’homme attelle le temps au char de sa souf­france. Il souffre à cause du passé et il projette sa souf­france dans l’ave­nir. De cette manière, il créé le déses­poir. La chienne Lalja, elle, ne souffre qu’ici et main­te­nant.

Édition Six Pieds Sous Terre

Je crois que c’est impos­sible d’ex­pli­quer pour­quoi une BD nous fait rire ou pas. L’hu­mour de Fabcaro est pour moi, irré­sis­tible. Après Zaï Zaï Zaï et Et Si l’Amour c’était d’Ai­mer voici donc Formica. J’ai passé un très bon moment , (un peu trop court), pour­tant, je n’aime pas qu’on meurt dans les BD surtout pas lorsque l’on tue des enfants ! Or le fait que ce dimanche-là, comme tous les dimanches, la famille se réunit mais ne trou­vera aucun sujet de discus­sion se soldera par la mort « tragique » de deux enfants. Le côté décalé de cet auteur qui n’in­siste jamais sur ses blagues me réjouit beau­coup, j’ai emprunté cette BD à la biblio­thèque mais je sais que je vais l’of­frir et me l’of­frir aussi . Voici quelques bulles pour vous donner envie de vous plon­ger dans ce drame en trois actes :

Menace de la voisine qui ne veut pas divulguer ses sujets de discussion :

Quand les banalités deviennent un peu floues

Le jeu de 7 familles dysfonctionnelles

et une dernière (si vous ne riez pas, ne lisez pas cette BD) , c’est une de celles qui me fait le plus rire .…

Édition Rouergue

Je dois cette lecture à Krol qui avait été très enthou­siaste pour un autre roman d’Hé­lène Vignal, que je lirai à l’oc­ca­sion celui-ci était à la média­thèque. Il se trouve que ce jour là il y avait une expo­si­tion qui va bien avec le thème du roman dont je vais vous parler. Il s’agis­sait de portrait de personnes âgées qui ont toutes en commun de se faire porter des livres car elles ne peuvent que diffi­ci­le­ment se dépla­cer. J’ai adoré ces portraits :

Une expo­si­tion qui part à la rencontre de nos aînés…

De la même façon, j’ai beau­coup aimé le portrait de Jamie la grand-mère de la narra­trice Louise. Cette femme qui passe son temps à soupi­rer, à ranger une maison ou rien de dépasse, à faire des mots fléchés et des sudoku saura-t-elle comprendre sa petite fille et s’ou­vrir aux joies du camping. Parce que les vacances dont rêve Louise c’est de passer huit jours avec sa mère et son ami Théo à Béno­det. Rien ne se passe comme prévu, sa mère doit repar­tir travailler et Louise doit renon­cer à ses vacances au camping. Or, Théo son ami homo­sexuel, a tout autant qu’elle besoin de ces huit jours loin de ses parents à qui il ne peut abso­lu­ment pas parler de son homo­sexua­lité. Beau­coup de thèmes se croisent dans ce roman pour ado, mais qui peut faci­le­ment être lu par des adultes. La guerre d’Al­gé­rie, (c’est bizarre mais j’ai lu deux livres à la suite qui parlaient de cette guerre), la diffi­culté de se comprendre entre géné­ra­tion, l’ho­mo­sexua­lité, mais surtout la façon dont une personne, ici Jamie, peut passer à côté du bonheur en s’en­fer­mant dans des habi­tudes morti­fères. Beau­coup d’hu­mour dans ce roman, la scène où dans « la famille parfaite » du camping, les parents veulent persua­der l’enfant que, puis­qu’il aime les cour­gettes et les concombres « il doit aimer les corni­chons » est très drôle. Je ne sais abso­lu­ment pas si les ado aiment cet auteur mais je l’es­père de toutes mes forces car elle parle de tout avec une légè­reté et un sérieux qui fait du bien sans oublier son humour.

Citations

Les phrases d’ado que j’aime

Moi, je regar­dais un feuille­ton améri­cain en faisant la patate devant la télé.

Mon grand-père était-il un soldat sangui­naire ? Genre vété­rans du Viet­nam façon cous­cous ?

Quand elle repousse sa grand-mère

Ces phrases sonnent comme un mauvais sort. Je m’écarte comme si elle venait de me piquer avec un rouet empoi­sonné de sorcière. J’en veux pas, moi de sa vie compli­quée. J’en veux pas de ses « jamais », des ses « tu verras », char­gés comme des bombar­diers. Je ne veux pas que la vie s’oc­cupe de moi. Je veux m’oc­cu­per de ma vie toute seule. Sans subir, comme elle. Sans languir après des trucs qui n’ar­rivent jamais. Sans espé­rer que demain ça ira mieux. Sans attendre que les gens soient morts pour les comprendre.

Portrait très bien dessiné en une phrase

Elle s’éloigne, martiale,la bouche comme un smiley à l’en­vers, les joues qui pendent, l’œil noir, en pous­sant un soupir offensé.