Édition Viviane Hamy. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Ce roman a obtenu un coup de cœur à notre club et je lui mettrai bien dix coquillages si je le pouvais … Je l’ai refermé et je suis restée sans voix un peu comme lorsque le silence s’ins­talle après un morceau de musique parfai­te­ment inter­prété. Un peu comme à la fin du concerto pour violon de Chos­ta­ko­vitch dont les diffé­rents mouve­ments sont autant de chapitres du roman. .

Chos­ta­ko­vitch aura été le jouet de Staline pendant près de dix-sept ans. Dix-sept années au cours desquelles le gros chat tout-puis­sant a joué avec la souris, l’étouf­fant entre ses griffes jusqu’à lui faire entre­voir la couleur de la mort, puis la lais­sant filer, le temps pour elle de se terrer dans sa terreur, reprendre sa respi­ra­tion, puis bondis­sant à nouveau sur sa poids, sous sa mous­tache un indé­fi­nis­sable rictus. Et ainsi de suite, une alter­nance de deux coups et de faveurs, dix-sept années durant.

Ce air inquiet du grand compo­si­teur est à l’image de l’an­goisse qui hante la famille du grand chef d’or­chestre Claes­sens qui a dirigé l’OSR (L’Or­chestre de la Suisse Romane) . Le roman se situe pendant les funé­railles du chef pendant lesquelles sa fille pianiste virtuose va jouer une adap­ta­tion pour piano de ce concerto de Chos­ta­ko­vitch. Chaque mouve­ment lui permet d’évo­quer une des souf­frances de sa famille, sous le regard impla­cable d’un père peu soucieux de l’épanouissement des siens. Sa femme qu’il a épou­sée trop jeune, était jeune canta­trice israé­lienne que son mari aban­don­nera peu à peu à la folie et à son silence se tour­nant vers des jeunes filles toujours plus jeunes et toujours canta­trices. Son fils, qu’il pous­sera pour qu’il devienne un prodige. Jusqu’à le pous­ser lui aussi vers le silence. Et enfin, elle, sa fille virtuose qui se demande sans cesse si elle doit sa renom­mée à son nom où à sa superbe cheve­lure rousse. Mais au-delà du drame fami­lial ce livre permet de comprendre la vie des musi­ciens virtuoses et leur tragique destin, c’est si dur d’être toujours au mieux de sa forme sous les regards de milliers de spec­ta­teurs. Mais il y a la musique, celle qui parfois les entraîne au delà de tout dans un plai­sir absolu et qui laisse le public sans voix. C’est le deuxième roman que je lis qui parle de ce concerto, j’avais beau­coup aimé aussi le roman d’Oli­vier Bass :« la musique des Kergue­len « et cela avait aussi permis à l’au­teur de faire ressen­tir la souf­france du compo­si­teur face à l’ogre stali­nien. Un superbe roman, écrit dans un style que j’ai adoré , j’ai­me­rais vrai­ment parta­ger ce plai­sir de lecture avec vous.

Citations

Cabotinage d’un chef d’orchestre.

Claes­sens tour­nait le dos à la masse et affron­tait l’or­chestre. Sous ses yeux, le pupitre où repo­sait la parti­tion, ouverte à la dernière page. C’est ainsi qu’il deman­dait au régis­seur de la lui dispo­ser. Il patientait,.mains jointes sur le pubis, jusqu’à ce que les applau­dis­se­ments cessent, en profi­tait pour fixer chaque musi­cien droit dans les yeux. Puis, une fois le silence installé, il refer­mait sa parti­tion en prenant soin de bien la faire claquer. Et, dans un geste éminem­ment osten­ta­toire, il la pous­sait sur le bord du pupitre afin que chacun voie, dans l’or­chestre comme dans la salle, qu’il diri­geait de mémoire.

À moi qui lui deman­dait un jour (je n’avais pas 10 ans alors) pour­quoi il impo­sait au tech­ni­cien de lui ouvrir l’inu­tile parti­tion non pas à la première page, mais bien à la dernière, il avait répondu : « Pour qu’elle claque mieux à l’oreille du public. Le poids des pages, tu comprends, rouquine, le poids des notes. C’est à ce moment-là que le concert commence. »

La carrière d’un musicien classique

Dans le monde de la musique clas­sique, il y a ce qu’on appelle « les connais­seurs ». Si l’on veut faire carrière, il est indis­pen­sable de les cares­ser dans le sens du poil. Ce sont eux qui décident du sort des solistes en déter­mi­nant ce qui relève du bon et du mauvais goût. Cet esta­blish­ment composé d’une poignée de jour­na­listes, d’agents, de diri­geants de maison de disques, de musi­ciens et de profes­seurs, auxquels viennent s’ajou­ter quelques riches mélo­manes, se choi­sit ses cham­pions, les portent aux nues, leur four­nit soutien incon­di­tion­nel et parfois finan­cier à chaque étape de leur progres­sion. En échange, il faut filer doux, flat­ter, remer­cier, faire des cour­bettes, surtout ne pas sortir des clous. 
Qu’un artiste décide de suivre une ligne diffé­rentes, orien­ter sa recherche dans une autre direc­tion sans en deman­der la permis­sion à ses gardiens du temple, et c’est la profes­sion entière qui, comme un seul homme, lui tourne le dos. La pire des puni­tions n’est jamais la critique, même acerbe, mais l’ou­blie. Lorsque le télé­phone cesse de sonner. Lorsque le musi­cien passe de mode. Son carnet de bal se vide pour ainsi dire du jour au lende­main. D’autre, plus jeunes, plus photo­gé­niques , jugés plus talen­tueux ou plus singu­liers, se bous­culent pour signer les contrats sa place. La traver­sée du désert commence.

Le nocturne de Chostakovitch

Le violon, vaincu, épui­sée, et laissé seul à macé­rer . D’abord il bouge à peine. Il ne peut plus que reprendre timi­de­ment le thème intimé par les bases. Cette fois c’est bien fini pour lui, c’est du moins ce qu’il laisse à penser. Or la vie revient progres­si­ve­ment, sans que l’on sache quel fol espoir la lui a insuf­flée. Le violon solo finit par se rele­ver, dégou­li­nant, hagard, et fixe l’or­chestre faisant office de bour­reau bien en face. Et pendant les cinq inter­mi­nables minutes que dure « la cadence », il va se ruer à l’as­saut, percu­tant la glace froide et trans­pa­rente du silence, la couvrant de son sans choc après choc, tenta­tive après tenta­tive jusqu’à sombrer dans la folie de celui qui n’a pas d’autres porte de sortie.

Le violon

Le violo­niste et son violon sont censés ne faire qu’un, et le pres­tige de l’un d’étain assu­ré­ment sur l’autre. À tel point que l’on se demande parfois si ce n’est pas l’ins­tru­ment qui fait le cham­pion.

Où mène le cabotinage !

Lors­qu’il est réap­paru, aussi subi­te­ment qu’il s’était éclipsé, j’ai compris que quelque chose avait lâché à l’in­té­rieur. Son visage avait changé. Plus lisse. Moins expres­sif. Sur chaque tempe, une discrète cica­trice. Il n’avait pas eu à pous­ser plus loin que Montreux, ou pullulent les cliniques esthé­tiques, pour se donner l’illu­sion d’une nouvelle jeunesse. C’était sa première véri­table incur­sions dans le registre pathé­tique. Ce ne devait pas être la dernière.

La peur ou le trac

Ma peur, je l’ap­pelle le chien noir. 
C’est au matin du concert qu’il se mani­feste toujours. Dès le réveil. J’ouvre les yeux, je l’aper­çois au pied du lit, assis, à me fixer, atten­tif, curieux, les oreilles dres­sées.
Ma peur est un bâtard, entre le chien-loup et Le corniaud de cani­veau. Son pelage char­bon a des reflets bleuté. Sur son poitrail, une tâche blanche, la taille d’une pièce de cinq francs. Parfois je suis tentée de la toucher. Parfois j’ai­me­rais prendre un couteau de boucher et le lui enfon­cer, juste là, hauteur du cœur. Mais je n’ai jamais osé. Je me dis que, sans lui, ce serait encore pire, car alors je ne pour­rai plus regar­der ma peur en face.

Édition Acte Sud​.Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Quelle horreur ce roman. Il détruit une des rares valeurs à laquelle je crois depuis toujours : l’écri­ture. Pia Peter­sen a imaginé une histoire horrible et tout le long de cette lecture, je me deman­dais pour­quoi elle a eu besoin d’ima­gi­ner cela. Un écri­vain améri­cain, Gary Montaigu vient de gagner un pres­ti­gieux prix litté­raire aux États-Unis. À partir de là tout devient absurde car il accepte de parti­ci­per à une émis­sion de télé­réa­lité qui se nomme : « un écri­vain un vrai ». Une équipe de télé­vi­sion s’ins­talle dans la maison de Gary et de sa femme Ruth. Mais au bout d’un mois ils ne supporte plus cette situa­tion, il s’en­ferme chez lui dans le sous-sol et décide qu’il n’en peut plus qu’il ne peux même plus marcher, il ne se déplace qu’en fauteuil roulant​.Il passe son temps à regar­der une arai­gnée et un mouche, c’est sans doute ce qui m’a le plus inté­res­sée dans ce roman : comment remplir le vide par de tous petits détails. Le livre est construit comme un thril­ler, on sent l » angoisse terrible du person­nage qui s’est enfermé lui-même dans son sous-sol, il est comme la mouche qui va être prise pris dans la toile de l’arai­gnée ; le suspens est assez bien raconté et effec­ti­ve­ment la fin va être tragique. Les person­nages fémi­nins sont horribles sa femme est une arri­viste qui vit sur du talent de son mari et une jeune femme jour­na­liste qui ne rêve que d’ai­mer cet homme est tout aussi horrible qu’elle. En fait aucun person­nage n’est posi­tif, la société améri­caine est tota­le­ment stupide et ne pense qu’à la réus­site télé­vi­suelle. Bref c’est un monde d’hor­reur d’une tris­tesse infi­nie et j’es­père que jamais une telle émis­sion ne verra jamais le jour.

Même si ce roman et effi­cace , pour dénon­cer « la télé-réalité » je ne comprends pas son utilité je pense qu’au­cun écri­vain ne se lais­se­rait aller à une telle un tel voyeu­risme et il y avait bien d’autres façons de dénon­cer ces phéno­mènes de télé­vi­sion que de choi­sir l’écri­ture qui est juste­ment un acte indi­vi­duel , et repose sur l’in­time. Cette écri­vaine Pia Peter­son est d’ori­gine danoise mais a choisi d’écrire en fran­çais ce que je trouve assez extra­or­di­naire. Elle traite son sujet de façon effi­cace mais je ne lui ai pas trouvé un grand inté­rêt tant les person­nages sont cari­ca­tu­raux, la lecture m’a rendu telle­ment triste que j’au­rais bien du mal à le recom­man­der à tous les gens qui, comme moi, aiment la lecture.

Citation

L’animateur de la télé-réalité

Irrité, Miles boit une gorgée. Gary le défie. Persua­dés d’être des créa­teurs, les écri­vains se prennent déci­dé­ment trop au sérieux comme s’ils étaient desti­nés à écrire et c’est vrai­ment n’im­porte quoi, voilà ce qu’il pense. Les scéna­ristes aussi écrivent mais ne se prennent pas pour des dieux, pas comme ces écri­vains obtus qui pensent que leur travail s’ins­crit dans une logique histo­rique. Miles songe un bref instant qu’ils détestent plus que tout les écri­vains.

Édition JC Lattès. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

J’ai décou­vert avec ce roman cet écri­vain franco-djibou­tien d’ex­pres­sion fran­çaise qui vit entre la France et les États-Unis où il est profes­seur à l’uni­ver­sité de Washing­ton. Il est l’au­teur de récit qu’il dit lui-même large­ment inspiré de son enfance. Dans une conver­sa­tion avec sa fille, Béa, celle-ci lui demande : « Pour­quoi tu danses quand tu marches ? » . Cette ques­tion de sa petite fille de quatre ans fait remon­ter en lui une enfance à Djibouti alors colo­nie fran­çaise. Elle s’ap­pe­lait alors TFAI (Terri­toire fran­çais des Afars et des Issas). L’auteur retrouve son âme d’en­fant pour racon­ter à sa fille ses peurs et sa vision du monde enri­chie de celle de sa grand-mère qu’il appelle Cochise car elle semble habi­ter par toute la mémoire de son peuple et d’une sagesse qui l’aidera à surmon­ter diffé­rentes épreuves de son enfance

Petit garçon, il est chétif et souvent souffre douleur de garne­ments plus prêts que lui à se défendre dans un monde où tout n’est que misère et dureté. En réalité sa chance est d’avoir été chétif et peu capable de se défendre dans ce monde impi­toyable. Il va s’emparer des mots et de la lecture et faire des études litté­raires qui le condui­ront à sa véri­table desti­née : celle d’être un écri­vain fran­co­phone au charme, à la poésie et à l’hu­mour inou­bliables. Comment ne pas être ému et en même temps sourire aux remer­cie­ments que l’on trouve à la fin de son roman qui raconte si bien combien la polio­myé­lite a boule­versé son enfance .

J’adresse mes affec­tueuses remer­cie­ments aux femmes qui ont su me choyer pendant les jours sombres ou lumi­neux de l’en­fance.
Et j’adresse mes vifs remer­cie­ments aux rampes et d’es­ca­lier d’im­meuble, du métro et d’ailleurs. 
Sans oublier les esca­la­tors.
Et les ascen­seurs.
Il évoque aussi la colo­ni­sa­tion, qui semble loin de l’en­fant. Il en a accepté les valeurs au point de croire qu’être fran­çais de France était bien supé­rieur à être fran­çais du TFAI ! Mais cela ne l’empêche pas de poser des ques­tions et d’en­tendre une autre façon de présen­ter la soi-disant posté­rio­rité des colo­ni­sa­teurs. Leurs bien­faits, comme le creu­se­ment du canal de Suez a béné­fi­cié unique­ment aux Anglais et Fran­çais pas du tout aux habi­tants de la région. Cet aspect de ses souve­nirs sont comme une toile de fond au récit, qui met en valeur le récit de cet homme qui explique à sa petite fille combien sa vie était compli­quée. Ses seules joies, il les doit à une grand-mère extra­or­di­naire et à la lecture. Rien ne l’empêchait d’al­ler vers la lecture. Il affron­tait même le terrible Johnny et sa bande pour quéman­der aux filles « Paris Match » ou même « Nous Deux » pour satis­faire ce besoin d’éva­sion. Sa jalou­sie par rapport à son petit frère qui se porte bien et qui fait de si beaux cacas est très drôle. Je suis certaine que sa petite fille complè­te­ment occi­den­ta­li­sée a beau­coup aimé apprendre à connaître son père de cette façon. Et je pense aussi que l’on peut faire lire ce roman à tous les jeunes fran­çais qui ont, sans doute, une vie si facile qu’ils n’ont aucune idée de la chance qu’ils ont de pouvoir réus­sir grâce à l’école. L’au­teur ne cherche abso­lu­ment à faire la morale ni à se donner en exemple mais il raconte si bien que l’on comprend parfai­te­ment ce qu’il a vécu et on part avec lui dans les envi­rons de Djibou­tis dans les années soixante-dix.

Citations

Un style que j’aime :

Après un soupir un peu là, d’un œil inqui­si­teur Maman ausculta mon visage. Elle avait senti que quelque chose ne tour­nait pas rond mais elle n’en était pas abso­lu­ment certaine. Je ne fis rien pour l’ai­der. Persis­tant dans le mensonge, je me mis à sifflo­ter un petit air de mon inven­tion. Sans le savoir, j’imi­tais les grandes personnes qui se donnent un air impor­tant en traver­sant la nuit les ruelles de notre quar­tier du Château-D’eau. Je souriais à maman. Pour une fois. Pour la trom­per. Pour garder ma douleur aussi. Ma douleur est une île déserte, pensais-je au plus profond de moi, elle m’ap­par­tient. Elle ne saurait se parta­ger. Je ne m’ex­plique pas aujourd’­hui Pour­quoi j’ai persisté à mentir à maman. Ces mots m’au­raient recousu le cœur lorsque Johnny m’avait fait injus­te­ment souf­frir, encore fallait-il que je lui confie ma peine.

Un long passage qui peut faire comprendre tout le charme de ce roman-souvenirs

Pas de doute, Ladane était inno­cente. Elle venait de la brousse, ses parents ne pouvaient plus la garder auprès d’eux parce qu’ils étaient pauvres ou morts. Je ne compre­nais pas comment des adultes pouvaient faire des dizaines d’en­fants et après les lais­ser partir où les dépo­ser ici ou là comme s’ils étaient une valise encom­brante. J’étais enragé par des adultes et j’ima­gi­nais que plus jeunes, les parents de Ladane était de l’es­pèce terro­riste de Johnny et sa bande qui ne semaient que la violence sur leur chemin. Dès que j’évo­quais ses parents, la bonne Ladane me regar­dait avec des yeux de chiot apeuré . Pour­tant elle n’était plus une gamine. C’était une jeune femme dési­rable qui allait sur ses dix-sept ans. Enfin c’est ce qu’elle disait à tout le monde car elle venait de la brousse et là-bas, dans les djebels, personne ne connais­sait sa vraie date de nais­sance. Personne n’avait poussé de chan­son le jour de sa nais­sance. Personne n’avait préparé un gâteau comme Madame Annick pour ses enfants. Personne n’avait prévenu l’imam ou l’of­fi­cier de l’état-civil. Mais où est-ce que j’avais la tête Béa, il n’y avait pas de mosquée dans le djebel. Les ouailles devaient se débrouiller toutes seules dans les gour­bis, c’est-à-dire dans des trous dans la montagne qui n’avait ni élec­tri­cité ni vais­selle. Elles ne profi­taient pas de la science reli­gieuse pour les aider à gran­dir. Je savais par grand-mère Cochise que ces gens-là avaient tous les yeux un peu rappro­chés, les sour­cil en accent circon­flexe. Ils avaient l’air idiot car toutes les nuits, les enfants cher­chaient la lumière dans leur gourbi plus sombre que le cul de Satan. Même que certains n’es­suyaient pas la bave qui leur pendait aux lèvres, on les appe­lait les crétins du djebel. Ils finis­saient bouchers ou assas­sins. Heureu­se­ment que Ladane avait échappé à la séche­resse et à la famine du djebel. Même si chez nous, elle devait travailler du chant du coq au coucher du soleil. Même si elle courait dans le coin de la cour qui servait de cuisine pour faire tinter les casse­roles et remettre à maman le plat de hari­cots blancs ou la soupe de pois chiches que mon pater­nel adorait. Dès qu’elle enten­dait le boucan d’en­fer de la Solex de mon père, Ladane bondis­sait comme un fauve. Elle restait en faction jusqu’à la fin du dîner. Ensuite, elle devait laver les usten­siles et ranger la cuisine. Si papa la Tige lais­sait quelque chose au fond de son assiette, il fallait le remettre à la matrone. Grand-mère rappe­lait à Ladane qu’il ne fallait pas se gaver de nour­ri­ture dans la nuit car ce n’était pas très bon pour la diges­tion sauf pour les enfants comme Osso­bleht qui devaient se goin­frer à toute heure et lais­ser comme preuves des cacas bien souples et bien malodo­rants. Grand-mère adorait les humer avec joie et émotion. Elle préfé­rait les cacas verts et jaunes d’Os­so­bleh qui allait vers ses cinq ans à mes crottes de bique. Ce n’était pas de ma faute si je n’ai­mais pas manger, si ma jambe me faisait toujours mal, si la visite au méde­cin n’avait rien donné ou six cette guibole me remplis­sait de honte. Ce n’était pas de ma faute si Ladane avait atterri chez nous et si j’ai­mais les yeux châtaigne de cette fille du djebel qui était beau­coup plus âgée que moi. Dans un an ou deux, grand-mère lui trou­ve­rait un mari, un boucher du djebel peut-être. Et moi je devais trou­ver un mur contre lequel j’irai me cacher, sanglo­ter et pous­ser mais lamen­ta­tions à l’abri de la matrone.

Dialogue avec sa tante

À mi-chemin de notre trajet, un ballet de gros camions bâchés, remplis de légion­naires fran­çais, est arrivé dans le sens inverse. J’avais le senti­ment qu’il nous dévi­sa­geaient. Mon cœur battait la chamade mais ma tante ne donnait pas l’im­pres­sion de ralen­tir sa course, ni de se soucier du trafic. Essouf­flé, je me suis arrêté. Ma tante a fait de même, pas contente du tout.
- Avance, nous n’al­lons pas rester au milieu du trot­toir.
J’ai eu la bonne idée de lui poser une ques­tion juste pour reprendre mon souffle. C’était toujours comme ça, je devais comp­ter sur mon cerveau quand mes jambes me faisaient défaut.
-Pour­quoi sont-ils chez nous ?
-Comment ça ?
-Mais pour­quoi sont-ils arri­vés chez nous ? – Parce qu’ils sont nos colo­ni­sa­teurs.
- Nos co.… ?
- Parce qu’ils sont plus fort que nous.

Édition Acte Sud, Traduit de l’al­le­mand par Olivier Mannoni

Merci, merci à Patrice et au mois de livres de langue alle­mande en novembre 2019. C’est un vrai cadeau ce livre et je vous le conseille à toutes et tous. Mais vous l’avez peut-être déjà lu, puisque Maxim Leo a reçu le prix du livre Euro­péen en décembre 2011 pour cet essai. Prix telle­ment mérité, car rien ne peut plus contri­buer à la construc­tion euro­péenne que ce genre d’es­sai qui décrit si minu­tieu­se­ment les malheurs d’une Europe en guerre puis divi­sée par un mur infran­chis­sable pour les habi­tants de la RDA. Maxim va nous faire comprendre tous ces aspects de l’Eu­rope grâce à sa famille qui est à la fois origi­nale et telle­ment ordi­naire. En tout cas pour sa famille pater­nelle, si son père n’est jamais tota­le­ment entré dans les cases des critères de la RDA, son grand-père a été un nazi ordi­naire puis un habi­tant de la RDA tout aussi ordi­naire. Mais cette phrase traduit trop pauvre­ment la compré­hen­sion que nous aurons de Werner ce grand père qui s’est si peu inté­ressé à son fils. En revanche, la famille de sa mère est beau­coup plus origi­nale . Son grand père Gerhard Leo a été obligé de fuir avec son propre père l’Al­le­magne nazi parce qu’il était d’ori­gine juive. En France, Gerhard rentrera dans la résis­tance et devient un véri­table héros, il a raconté ses exploits dans un livre que je lirai peut-être. S’il est resté en RDA , c’est parce qu’il a trop vu en RFA d’an­ciens nazis ne pas être du tout inquié­tés et même deve­nir des cadres de la nation. Ensuite, nous voyons la vie des parents de Maxim qui essaient de tout faire pour se plaire en RDA, sans pour autant adhé­rer complè­te­ment au système. Et enfin avec lui, Maxim ce petit garçon qui ne croit pas du tout aux valeurs commu­nistes et qui ressemble telle­ment à tous les enfants du monde. Son parcours permet de toucher du doigt la vie de l’Al­le­magne de l’Est. C’est à la fois tragique et ridi­cule. Tragique, car il a failli ne pas pouvoir pour­suivre ses études et qu’il craint toujours d’être repéré par la Stasi. Ridi­cule, quand on voit les efforts de la direc­trice pour convaincre les enfants qu’ils ont de la chance d’être des enfants choyés de la RDA alors qu’ils n’ont presque rien pour jouer ou pour se distraire. Et lorsque le dernier chapitre arrive avec les mani­fes­ta­tions de Leip­zig qui annon­ce­ront la fin de ce régime absurde on sent que cela s’est joué à très peu de choses. Mais les Alle­mands sont main­te­nant réunis dans un même pays, on se demande alors si Maxim Leo écrira la suite pour nous expli­quer pour­quoi le parti néo-Nazi se récla­mant ouver­te­ment des théo­ries d’Hit­ler fait un si bon score dans son ancien pays. À ce propos vous pouvez écou­ter sur le podcast du Nouvel Esprit Public une émis­sion qui complé­te­rait bien cette lecture.

Citations

Le travail de journaliste en 1966 en RDA

On énumère aussi les mots deve­nus indé­si­rables parce que l’en­nemi s’en est empa­rés, le nom des produits que l’on n’a plus le droit de mention­ner parce qu’ils sont en pénu­rie. Il y a des mois où personne ne peut écrire « machine à laver » ou « Pneu de voiture ». La« Social-démo­cra­tie » est pros­crite pendant deux ans, le « Parle­ment » et le.« Front popu­laire ango­lais » pendant six semaines seule­ment.

Le journalisme en RDA

Anne note que la plupart des chefs de service ne sont pas de vrais jour­na­listes, mais des soldats du parti en service commandé. Les bon jour­na­liste n’en sont pas membres, ce qu’elle trouve étrange, puisque le parti est tout de même censé être l’élite. Comme il n’y a guère de place pour leur texte à eux, la plupart sont presque tota­le­ment désœu­vrés. À midi, on commence à boire dans les bureaux. Ce sont les chefs de service qui boivent le plus. Les collègues tentent de se mettre mutuel­le­ment des bâtons dans les roues. Il y a des intrigues, des dénon­cia­tions, des campagnes. Acces­soi­re­ment, on fait un jour­nal.

Jeux des enfants dans le Berlin d’après guerre

Parfois ils sortent de la ville et se rendent à Marzahn, où l’on déverse dans une fosse des muni­tions trou­vées. Ils font du feu, ils jettent des cartou­chière de fusils-mitrailleurs et se mettent à couvert. Le bruit des balles qui partent en sifflant dans tous les sens est si épou­van­table que certains en font dans leur panta­lon. Les grands cassent les déto­na­teurs des obus de DCA et versent la poudre noire dans des sacs. Ils entrent dans des ruines dont les chemi­nées tiennent encore debout. Ils placent l’ex­plo­sif en bas, dans le bac du poêle ; des lacets plon­gés dans du désher­bant leur servent de mèches. Et lorsque, derrière, la charge éclate , lorsque l’im­mense chemi­née s’ef­fondre comme un géant touché à mort, ils crient et dansent de joie. Les adultes ne demandent jamais où ils étaient passés. Ils mènent leur propre vie.

Fait peu connu, pourtant cela se passe en France

Werner, sous-offi­cier de la Wehr­macht, a échappé à la mort sur le front et a été enfermé dans un camp où il a vu ses cama­rades mourir par centaines.

Un nazi ordinaire

Il semble que, comme beau­coup d’autres, Werner, à l’époque, était persuadé qu’une vie meilleure se prépa­rait. Il voyait que les choses avan­çaient, que sa vie deve­nait plus belle, que tout d’un coup même les enfants d’ou­vriers avait une chance. Dans sa famille, personne avant lui n’était jamais allé au sport d’hi­ver. Il était aussi le premier à avoir vu la mer. Même s’ils avaient eu l’argent pour le faire, ses parents n’au­raient jamais eu l’idée de louer un fauteuil cabine au bord du Wann­see ou d’ache­ter une bouteille de vin au thé dansant. Werner se sent l’âme d’un gagnant, d’un homme qui a tiré le gros lot. « Tout d’un coup tout semble possible. » Écrit-il, et c’était sans doute très préci­sé­ment le senti­ment qu’a­vaient beau­coup de personnes à cette époque. Hitler a relevé les petits, rape­tissé les grands.

Portrait d’un homme qui sait s’adapter à tous les systèmes

Werner était peut-être l’un de ces hommes qui fonc­tionnent correc­te­ment dans prati­que­ment tous les systèmes et prati­que­ment tous les rôles. Il aurait tiré le meilleur de n’im­porte quelle situa­tion. Son bonheur de vivre n’au­rait pas été menacé si Hitler avait gagné la guerre ou si lui-même s’était par hasard fina­le­ment retrouvé à l’Ouest il aurait certai­ne­ment été un bon peintre de décor s’il n’était pas devenu un bon direc­teur d’éta­blis­se­ment scolaire. Tout comme, aupa­ra­vant, il avait été un bon mouleur, un bon soldat, un bon prison­nier. Et désor­mais un bon citoyen de la RDA.

Pourquoi son grand père résistant à préféré la RDA

Dans cette inter­view, pour la première fois, Gerhard parle de la culpa­bi­lité, il explique pour­quoi des gens comme lui était à ce point enchaî­nés à ce pays. Il évoque l’es­poir qui était le sien après la guerre : celui de construire une nouvelle société dans laquelle les nazis n’au­raient plus jamais la moindre chance. Il a vu, explique-t-il, des crimi­nels de guerre siéger au gouver­ne­ment et des géno­ci­daire perce­voir des pensions consi­dé­rables, tout cela à l’Ouest. Ce genre de chose, affirme-t-il, n’exis­tait pas en RDA. Et cela comp­tait plus que tout le reste.

Une anecdote amusante, Maxim a 11 ou 12 ans en RDA

Un jour du mois de novembre 1982, la direc­trice de notre école, Mme Reichen­bach, arriva en trombe dans le vestiaire. Nous sortions tout juste du cours d’édu­ca­tion physique. Madame Reichen­bach nous annonça, les larmes aux yeux » « Il s’est passé quelque chose de très grave. Leonid Brej­nev, le secré­taire géné­ral sovié­tique, est mort ». Le silence régna un moment, ensuite, nous ne pûmes nous empê­cher de rire, parce que Kai Petzold, tout nu derrière madame Reichen­bach , cher­chait déses­pé­ré­ment son slip. Madame Reichen­bach ne compre­nait pas ce qui se passait, elle n’en­ten­dit que nos rires étouf­fés et quitta la salle furieuse. Nous avions en prin­cipe, l’heure suivante, un cours de mathé­ma­tiques, mais la direc­trice entra dans notre classe et nous annonça qu’a­près cet inci­dent, chacun d’entre nous devait écrire une rédac­tion sur Leonid Brej­nev. Il s’avéra que certains d’entre nous igno­rait tota­le­ment de qui il s’agis­sait. Madame Reichen­bach se remit à pleu­rer et annonça en criant que cette histoire aurait des consé­quences. Mais il ne se passera rien du tout, si ce n’est que quelques mois plus tard un nouveau secré­taire géné­ral du PCUS (Iouri Vladi­mi­ro­vitc Andro­pov) mourut et que personne ne nous en parla à l’école.

Comment une bonne idée peut ne servir à rien.

À partir de la sixième, nous avions une fois par semaine un cours de travail produc­tif. Nous nous rendions dans une usine de métal­lur­gie qui produi­sait des pièces pour les chauf­fages au gaz. Ils ne savaient vrai­sem­bla­ble­ment pas quoi faire de nous, raison pour laquelle nous passions des heures à trier des vis que l’on remet­tait en vrac après notre départ pour occu­per la classe suivante.

Régis Debray et Gilles,Perrault et François Mitterand en 1987

Régis Debray nous parle aussi de Tamara Bunke, une femme origi­naire de la RDA qui se trou­vait à l’époque à côté du Che. « Une femme hors du commun, une combat­tante », dit-il. mon fran­çais assez médiocre ne me permet pas de tout comprendre ; mais ce que je saisis, c’est que tout le monde, dans cette maison, trouve que la RDA est fantas­tique. Gilles Perrault dit que je devrais être fier de vivre dans un pays révo­lu­tion­naire comme celui-là, parce que seule la révo­lu­tion libère vrai­ment les gens. Je n’ose pas le contre­dire, entre autres parce que je vois à quel point ces phrases rendent Gerhard heureux.
Mais je ne discerne pas la logique de tout cela. Comment peut-on loger dans une villa pareille et chan­ter les louanges de la RDA ? Ou bien faut-il juste­ment habi­ter dans ce type de demeure pour pouvoir le faire ? J’ignore quelle image ces gens ont de la RDA, et même s’il y ont déjà été. Régis Debray nous confie un secret. Il exerce des fonc­tions de conseiller poli­tique auprès du président de la Répu­blique fran­çaise, Fran­çois Mitter­rand, et dit que celui-ci a lui aussi beau­coup d’es­time pour la RDA.

Édition J.C Lattes.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Un livre bien écrit et une intrigue bien fice­lée. Ce roman se lit vite et agréa­ble­ment. J’avais un peu oublié son roman « Par amour » pour lequel j’avais eu plus de réserves. Un matin Pax Monnier nom de scène pour Émile Moreau entend des bruits d’une violence extrême dans l’ap­par­te­ment au-dessus du sien. Il sort et voit dans l’es­ca­lier briè­ve­ment le dos d’un homme. Il ne prévient pas la police, il ne cherche pas à en savoir plus car il a un rendez-vous très impor­tant avec un réali­sa­teur améri­cain pour un petit rôle qui pour­rait déci­der du lance­ment de sa carrière d’ac­teur. Seulement,le lende­main il apprend que le jeune étudiant du studio au-dessus a été sauva­ge­ment agressé . Il préfère mentir à la police plutôt qu’a­vouer qu’il aurait pu inter­ve­nir .

Il vit main­te­nant avec un senti­ment de culpa­bi­lité qui va deve­nir obses­sion­nel jusqu’au jour où il rencon­trera et tombera amou­reux de la mère de la victime. Il apprend alors, que si la police avait pu inter­ve­nir tout de suite l’œil d’Alexis aurait pu être sauvé. Emi Shimuzu, la mère d’Alexis, est une direc­trice du person­nel très compé­tente et très belle mi-japo­naise mi-fran­çaise. Elle est minée par la souf­france de son fils, et se sent coupable du suicide de l’un de ses employés. Tous ces person­nages sont tortu­rés par la culpa­bi­lité et cela m’a fait penser plus d’une fois à « La Chute » d’Al­bert Camus. Comme Camus Valé­rie Tong Cuong aurait pu écrire :

Du reste, nous ne pouvons affir­mer l’in­no­cence de personne, tandis que nous pouvons à coup sûr affir­mer la culpa­bi­lité de tous. Chaque homme témoigne du crime de tous les autres, voilà ma foi, et mon espé­rance.

Et comme Jean-Baptiste Clamence qui se demande si nous lecteur nous aurions essayé de sauver la personne qui s’était jetée d’un pont, en lisant le livre de Valé­rie Tong Cuong, on se se demande si nous saurions réagir en cas d’agres­sion dont nous sommes témoin ; ou plutôt comme Pax nous aurions fait comme si nous n’avions rien entendu.

Une petite note d’es­poir à la fin mais bien faible pour un roman tout en nuance qui met le lecteur mal à l’aise car nous aime­rions croire à un happy-end alors qu’il ne reste qu’une toute petite flamme bien vacillante beau­coup plus proche de la réalité que du roma­nesque.

Citations

Les difficultés des mariages interculturels

Émi est âgée de quarante quatre-ans. Il y a long­temps qu’elle a analysé la logique inexo­rable qui a pesé sur sa famille et engen­dré ce senti­ment épui­sant d’un monde dyshar­mo­nique. Le méca­nisme s’est enclen­ché très en amont de sa nais­sance, lors de la frac­ture brutale surve­nue entre son père et ses propres parents, après qu’I­zuru a choisi de quit­ter les bureaux de Honda à Hama­matsu pour rejoindre l’usine de Belgique, puis d’épou­ser Sonia. Le brillant ingé­nieur destiné aux plus hautes respon­sa­bi­li­tés était tombé amou­reux de la fille d’un conces­sion­naire de deux roues fran­çais en visite commer­ciale à Alost. Tombé c’était le mot qui conve­nait selon Issey et Akiko Shimizu, l’un fonc­tion­naire à l’hô­pi­tal public l’autre fonc­tion­naire à la biblio­thèque muni­ci­pale de Toyooka. Ils refu­sèrent d’as­sis­ter aux noces et même de rece­voir leur belle fille. Ils écri­virent à Izuru « tu es le poignard qui déchire le rêve », faisant allu­sion à une devise de Soichiro Honda – « évoquer le le rêve »- qu’I­zuru avait peinte sur le mur de sa chambre lors­qu’il était encore un étudiant studieux aux résul­tats remar­quables.

La carrière d’acteur

Il est apparu dans des produc­tions complai­santes et s’est gâché, oubliant que c’est le rôle qui révèle le talent et non le talent qui fait la force du rôle. Il a négligé l’im­por­tance du désir, qui requiert une combi­nai­son fragile de rareté, de quali­tés et d’exi­gence. En consé­quence, le milieu l’a étiqueté comme un comé­dien sans consis­tance et les respon­sables des castings pres­ti­gieux ont écarté sa fiche avec un sourire blasé : Pax Monnier, non merci.

Je note souvent quand il s’agit de Dinard (même si ce n’est pas flatteur)

Ses parents, cour­tiers en prêt immo­bi­lier, vie va être tran­quille entre leur quatre pièces du dix-septième arron­dis­se­ment, le beau dix-septième aimaient-ils souli­gner, comme s’il eût existé une fron­tière ouvrant sur une seconde zone infa­mante, et une petite maison à Dinard face à la mer, deux biens négo­ciés fière­ment à un prix en dessous du marché.

24 ans et la jeunesse

Elle n’a que vingt-quatre ans, cet âge où l’on est persuadé d’avoir tout compris, où l’on se fiche de commettre des erreurs parce que l’on est convaincu qu’il y a toujours un moyen de recom­men­cer à zéro.

Édition Buchet-Castel

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

J’ai un faible pour cet auteur qui raconte si bien le milieu dont je suis origi­naire. Je ne sais abso­lu­ment pas si ce roman peut plaire à un large public, car il se situe dans un micro­cosme que peu de gens ont connu : les loge­ments de fonc­tion pour les insti­tu­trices et insti­tu­teurs des écoles primaires. J’ai envié celles et ceux de mes amis filles et fils d’ins­tit, comme moi, qui pouvaien,t en dehors des heures d’ou­ver­ture scolaires, faire de la cour de récréa­tion leur aire de jeux. Le roman se situe en 1975, année où s’im­pose un peu partout la mixité ce qui n’est pas du goût de tout le monde. Le roman commence par une tragé­die évitée de peu : la chute de Philippe 11 ans du toit de l’école. En effet, si les enfants du roman jouent assez peu dans la cour, ils inves­tissent le grenier qui donne sur le toit. Bien sûr après l’in­ter­ven­tion des pompiers pour sauver l’en­fant, ils seront inter­dits de grenier et se réfu­gie­ront sur un terrain vague. Ce qui me frappe dans ce roman, c’est l’in­croyable liberté dont profite ces enfants. Ils sont lais­sés à eux même beau­coup plus que ce que je connais des enfants de cette époque. Leur terrain vague est mitoyen d’une ligne de chemin de fer, ils ont, évidem­ment, inter­dic­tion de la traver­ser , ce qu’ils font, évidem­ment !
Le livre se divise en quatre chapitre, la présen­ta­tion des rési­dents du groupe scolaire Denis Dide­rot, le second s’ap­pelle « Automne », puis « Prin­temps » et enfin « Été ». Cela permet de suivre tout ce petit monde une année scolaire, l’au­teur raconte avec préci­sion toutes les tensions et des rela­tions plus ou moins réus­sies entre les ensei­gnants. Il y a donc quelques intrigues qui, à mes yeux, sont secon­daires par rapport à l’in­té­rêt prin­ci­pal du livre : je n’avais pas idée à quel point les mœurs de l’école ont évolué : entre la paire de claque (« bien méri­tée, celle-là ! ») que les insti­tu­teurs et insti­tu­trices n’hé­sitent pas à distri­buer, les cheveux sur lesquels ils tirent au point d’en arra­cher des touffes (« ça t’apprendra à faire atten­tion ! »), les oreilles qui gardent les traces d’avoir été large­ment décol­lées à chaque mauvaise réponse ou manque­ment à la disci­pline (« ça va finir par entrer, oui ou non ! »), aucun enfant d’au­jourd’­hui ne recon­naî­trait son école ! J’ai aimé tous les petits chan­ge­ment de la vie en société, nous sommes bien sûr après 1968, une réfé­rence pour l’évo­lu­tion des mœurs mais en réalité, comme souvent, il a fallu bien des années pour que cela soit vrai et que les enfants ne soient plus jamais battus à l’école même si chez eux ce n’est pas encore acquis en 2020…

Citations

Les gauchers

Michèle soupire car Dieu sait à quel point Philippe est empoté. Ce n’est pas de sa faute, à expli­quer le réédu­ca­teur, c’est à cause de sa patte gauche, c’est un gaucher franc (parce qu’ap­pa­rem­ment il y en a des hypo­crites, des qui se font passer pour gaucher alors qu’en fait ils sont droi­tier, heureu­se­ment qu’on ne compte pas Philippe parmi ces fourbes-là) et, à partir de là, on ne peut pas remé­dier à son handi­cap.

Autre temps autres mœurs

Tous les parents s’ac­cordent à dire que c’est un excellent maître parce qu’a­vec lui, au moins, ça file droit et qu’on enten­drait une mouche voler. On concède qu’il est un peu soupe au lait et qu’il monte faci­le­ment en mayon­naise, mais on ne fait pas d’ome­lette sans casser des œufs. Du côté des parents, on aime les proverbes et les expres­sions consa­crées. Et l’ordre, surtout. On ne cille pas devant les témoi­gnages de touffes de cheveux arra­chés ou de gifles reten­tis­santes. On répète que c’est comme ça que ça rentre et tu verras plus tard au service mili­taire.

Édition Acte Sud, traduit de l’al­le­mand par Rose Labou­rie 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Un roman inté­res­sant lu qui se lit très vite. Un homme part faire une course à vélo et en soli­taire dans un endroit très escarpé sur l’île de Lanza­rote, appar­te­nant à l’ar­chi­pel des Cana­ries.

Il est épuisé mais ressent une urgence à accom­plir cet exploit. Très vite nous appre­nons qu’il est sujet à des crises de panique incon­trô­lables qui lui rendent la vie très doulou­reuse alors qu’il a, comme on dit, « tout pour être heureux ». Une femme qu’il aime, deux enfants, un travail et un choix de vie de couple qui corres­pond à ses enga­ge­ments. Les deux parents se sont mis à mi-temps pour élever les petits sans que cela nuise à la vie profes­sion­nelle de l’autre. Seule­ment, sans le préve­nir « la chose » le saisit et il doit alors lutter de toutes ses forces pour reve­nir à la réalité. Evidem­ment comme moi, et tous les lecteurs je suppose vous avez compris que la solu­tion se trouve en haut de la montagne. Je sais que beau­coup d’entre vous détes­tez que l’on vous divul­gâche le suspens alors je n’en dirai pas plus.
J’ai bien aimé dans ce roman l’ana­lyse des couples d’au­jourd’­hui. En réac­tion avec l’édu­ca­tion de leurs parent sil essaient d’être impli­qués à part égale dans l’édu­ca­tion et les tâches ména­gères. Et pour­tant rien n’est simple , et cela n’évite pas certaines tensions. J’ai beau­coup aimé aussi que le drame prin­ci­pal soit raconté du point de vue d’un enfant de quatre ans, cela donne beau­coup de force au récit.
Alors pour quoi est ce que je manque d’en­thou­siasme à propos de ce roman , j’ai beau­coup aimé sans en faire un coup de cœur parce que l’his­toire ne m’a pas passion­née ; malgré le talent certain de l’écri­vaine.

Citations

Nouvelle organisation des couples d’aujourd’hui

Theresa et lui travaillent à mi-temps. Ils se répar­tissent les enfants et le travail. C’est impor­tant pour eux. Ils ont pris sur eux pour impo­ser leur modèle à leur employeur, et le cabi­net d’ex­pert-comp­table de Theresa s’est même montré plus coopé­ra­tif que la maison d’édi­tion de livres pratiques orien­tée à gauche où travaille Henning. L’édi­teur a été jusqu’à le mena­cer à mots couverts de licen­cie­ment, il a fallu que Henning lui promette d’emporter du travail à la maison pour que son employeur mette de l’eau dans son vin. Teresa appelle ça « travailler à plein-temps, être payé à mi-temps ». Au moins comme ça, Henning peut faire sa part au quoti­dien. « Orga­ni­sa­tion » est le mot magique. Souvent, il travaille sur ses manus­crits tôt le matin ou tard le soir, ce qui ne l’empêche pas d’avoir le senti­ment désa­gréable de ne plus s’oc­cu­per des livres aussi bien qu’a­vant. Par chance, aucun de ses auteurs ne s’est plaint jusque-là.
Le prin­ci­pal, c’est de ne pas faire comme leurs parents. La mère de Henning était céli­ba­taire et se tuait à la tâche. Et la mère de Theresa s’oc­cu­pait des enfants seule pendant que son mari était au travail. Pour Henning et Theresa, c’était clair dès le départ, il voulait autre chose. Une solu­tion moderne. Du 50/​50 plutôt que du 247.

Traumatisme

Main­te­nant, il sait. Il souffre d’un trau­ma­tisme, et d’un grave, n’im­porte quel psycho­logue le confir­mera. Pendant trente ans, il a vécu sur un réser­voir souter­rain, sur une grotte, en faisant tout pour ne pas voir le trou qui mena­çait de l’en­glou­tir.

Traduit de l’an­glais (États ‑Unis) par Vincent Raynaud, Édition Globe.

Je mets rare­ment les livres de ma liseuse sur mon blog car je pense que j’au­rais toujours le temps de le faire et puis j’ou­blie car ils sont toujours à mes côtés. C’est un peu les cas de « Hill­billy élégie ». D’abord je dois dire que le titre m’étonne, autant je trouve que cet essai décrit très bien cette popu­la­tion regrou­pée sous le nom de « Hill­billy » autant je ne trouve aucun carac­tère élégiaque à ce récit. Sauf, et c’est sans doute l’ex­pli­ca­tion du titre, l’in­croyable téna­cité de ses grands-parents à qui il doit tout. D’ailleurs il leur adresse ce livre

Pour Mamaw et Papaw, mes Termi­na­tors à moi

Dans son intro­duc­tion, il explique très bien qu’il est excep­tion­nel, non parce qu’il est diplômé de Yale, mais parce qu’il vient de la « Rust-Belle » c’est à dire d’une région de l’Ohio qui produi­sait autre fois de l’acier et qui main­te­nant est peuplée de gens dans la misère des petits boulots ou du chômage. Cet essai m’a permis de rencon­trer une partie de la popu­la­tion améri­caine que l’on ne connaît pas très bien. Issues de l’émi­gra­tion écos­saise et irlan­daise, ces familles très soudées se sont regrou­pées dans cette région autour des acié­ries nord améri­caines. Ces usines deman­daient des hommes forts et résis­tants à la fatigue et la souf­france au travail. On voit très bien le genre de person­na­li­tés mascu­lines que cela pouvait engen­drer. Aujourd’­hui, il n’y a plus d’acié­ries et il ne reste que la misère et les mauvais compor­te­ments. Mais aussi un esprit clanique qui empêche les « Hill­billy » de partir dans des régions où l’on trouve du travail. J.D Vance est issue d’une de ces familles , et il est très bien placé pour nous décrire ce qui détruit ce groupe social. Sa mère est dépas­sée par la misère, les nombreux maris et la drogue, il lui recon­naît une qualité : elle a toujours choisi des hommes qui étaient gentils avec les enfants. J.D n’a donc pas été maltraité par ses nombreux beaux-pères. Mais ce qui l’a sauvé de la répé­ti­tion du modèle paren­tal, c’est la stabi­lité que lui a offert le foyer de ses grands-parents. Pour lui, la clé de la défaite et le plon­geon dans la misère c’est l’ins­ta­bi­lité du foyer et la clé du sauve­tage c’est au contraire un foyer stable où l’en­fant peut trou­ver des modèles sur lesquels s’ap­puyer pour affron­ter les diffé­rentes diffi­cul­tés de la vie en parti­cu­lier l’école. Venant de ce milieu très pauvre et violent, il peut en décrire les rouages de l’in­té­rieur. Une idée qui revient souvent chez lui, c’est l’im­por­tance de prendre conscience que l’in­di­vidu fait des choix : avoir un bébé sans avoir fini l’école c’est un choix, prendre de la drogue c’est un choix, frap­per un enfant c’est un choix … Mais plus que tout offrir à un enfant un milieu stable l’ai­dera à se construire, car tous les pièges du déclas­se­ment social sont là juste derrière la porte de son foyer : l’alcool, le chômage, la violence, la drogue, l’échec scolaire… Si aucun adulte n’a eu confiance dans le jeune alors il tombera certai­ne­ment, dans ces pièges. (Et pour­ront alors deve­nir le héros des romans sur les déclas­sés des USA que certains d’entre nous aimons tant !)

Pour­quoi n’ai-je mis que trois coquillages ? Car j’ai trouvé le livre répé­ti­tif , la vie et l’amour de ses grands parents sont vrai­ment très touchants et m’ont beau­coup inté­res­sée et même si je comprends bien que J.D Vance ait été obligé de passer par une descrip­tion minu­tieuse du milieu des « Hill­billy« pour nous faire comprendre, à la fois, d’où il venait et pour­quoi, il est le seul de sa commu­nauté à être sorti de Yale, c’est très (trop, pour moi !) long .

Et depuis j’ai lu les billets de Inga­mic qui pour des raisons diffé­rentes a aussi quelques réserves sur ce livre. De Kathel et de Keisha .

Citations

Sa famille

Pour employer un euphé­misme, j’ai une rela­tion « compli­quée » avec mes parents, dont l’un s’est battu toute sa vie ou presque contre une forme d’addiction. Ce sont mes grands-parents qui m’ont élevé. Aucun d’eux n’a terminé le lycée et très peu de gens dans ma famille, même élar­gie, sont allés à l’université. Les statis­tiques le prouvent : les gosses comme moi sont promis à un avenir sombre. S’ils ont de la chance, ils parvien­dront à ne pas se conten­ter du revenu mini­mum, et s’ils n’en ont pas ils mour­ront d’une over­dose d’héroïne – comme c’est arrivé à des dizaines de personnes la seule année dernière, dans la petite ville où je suis né.

Le contexte social

Au contraire, je me recon­nais dans les millions de Blancs d’origine irlando-écos­saise de la classe ouvrière améri­caine qui n’ont pas de diplômes univer­si­taires. Chez ces gens-là, la pauvreté est une tradi­tion fami­liale ‑leurs ancêtres étaient des jour­na­liers dans l’éco­no­mie du Sud escla­va­giste, puis des métayers, des mineurs, et, plus récem­ment, des machi­nistes et des ouvriers de l’in­dus­trie sidé­rur­gique. Là où les Améri­cains voient des « Hilli­liies », des « Rednecks » ou des « Whiste trash », je vois mes voisins, mes amis, ma famille.

Sa ville

Près d’un tiers de la ville, envi­ron la moitié de la popu­la­tion locale, vit sous le seuil de pauvreté. Et la majo­rité des habi­tants, elle, juste au-dessus. L’addiction aux médi­ca­ments s’est large­ment diffu­sée, les gens se les procurent sur ordon­nance. Les écoles publiques sont si mauvaises que l’État du Kentu­cky en a récem­ment pris le contrôle. Les parents y mettent leurs enfants parce qu’ils n’ont pas les moyens de les scola­ri­ser ailleurs. De son côté, le lycée échoue de façon alar­mante à envoyer ses élèves à l’université. Les habi­tants sont en mauvaise santé et, sans les aides du gouver­ne­ment, ils ne peuvent même pas soigner les mala­dies courantes. Plus grave encore, cette situa­tion les rend aigris – et s’ils hésitent à se confier aux autres, c’est simple­ment parce qu’ils refusent d’être jugés.

Exemple sordide

J’étais en première quand notre voisine Pattie télé­phona à son proprié­taire pour lui deman­der de faire répa­rer des fuites d’eau du plafond de son salon. Lorsque celui-ci se présenta, il trouva Pattie seins nus, défon­cée et incons­ciente sur son canapé. À l’étage, la baignoire débor­dait – d’où les fuites. Visi­ble­ment, elle s’était fait couler un bain, avait avalé des cachets puis était tombée dans les vapes. Le sol de l’étage était endom­magé, ainsi qu’une partie des biens de la famille. Voilà le vrai visage de notre commu­nauté : une junkie à poil qui bousille le peu de chose qu’elle possède. Des enfants qui n’ont plus ni jouets ni vête­ments à cause de l’addiction de leur mère.

Son cas personnel

Je ne dis pas que les capa­ci­tés ne comptent pas. Elles aident, c’est certain. Mais comprendre qu’on s’est sous estimé soi-même est une sensa­tion puis­sante – que votre esprit a confondu inca­pa­cité et efforts insuf­fi­sants. C’est pour­quoi, chaque fois qu’on me demande ce que j’aimerais le plus chan­ger au sein de la classe ouvrière blanche, je réponds : « Le senti­ment que nos choix n’ont aucun effet. » Chez moi, les marines ont excisé ce senti­ment comme un chirur­gien retire une tumeur.
Tu peux le faire tout donner

Faire des choix

Quand les temps étaient durs, quand je me sentais submergé par le tumulte et le drame de ma jeunesse, je savais que des jours meilleurs m’attendaient, puisque je vivais dans un pays qui me permet­trait de faire les bons choix, choix que d’autres n’auraient pas à leur dispo­si­tion. Aujourd’hui, lorsque je pense à ma vie et à tout ce qu’elle a de réel­le­ment extra­or­di­naire – une épouse magni­fique, douce et intel­li­gente, la sécu­rité finan­cière dont j’avais rêvé enfant, des amis formi­dables et une exis­tence pleine de nouveau­tés –, je me sens plein de recon­nais­sance pour les États-Unis d’Amérique. Je sais, ça sonne ringard, mais c’est ce que j’éprouve.

La classe populaire la désinformation et la presse

Certaines personnes pensent que les Blancs de la classe ouvrière sont furieux ou désa­bu­sés à cause de la désin­for­ma­tion. À l’évidence, il existe une véri­table indus­trie de la désin­for­ma­tion, compo­sée de théo­ri­ciens conspi­ra­tion­nistes et d’extrémistes notoires, qui racontent les pires idio­ties sur tous les sujets, des préten­dues croyances reli­gieuses d’Obama à l’origine de ses ancêtres. Mais les grands médias, y compris Fox News, dont la mali­gnité n’est plus à démon­trer, ont toujours dit la vérité sur la citoyen­neté d’Obama et sa reli­gion. Les gens que je connais savent perti­nem­ment ce que disent les grands médias en la matière. Simple­ment, ils ne les croient pas. Seuls 6 % des élec­teurs améri­cains pensent que les médias sont « tout à fait dignes de confiance ». Pour beau­coup d’entre nous, la liberté de la presse – ce rempart de la démo­cra­tie améri­caine – n’est que de la foutaise. Si on ne se fie pas à la presse, qui reste-t-il pour réfu­ter les thèses conspi­ra­tion­nistes qui enva­hissent sans partage Inter­net. Barack Obama est un étran­ger qui fait tout ce qu’il peut pour détruire notre pays. Ce que les médias nous disent est faux. Dans la classe ouvrière blanche, beau­coup ont une vision très néga­tive de la société dans laquelle ils vivent. Voici
La liste est longue. Impos­sible de savoir combien de gens croient à une ou plusieurs de ces histoires. Mais si un tiers de notre commu­nauté met en doute la natio­na­lité du président – malgré d’innombrables preuves –, il y a tout lieu de penser que d’autres thèses conspi­ra­tion­nistes sont elles aussi à l’oeuvre. Ce n’est pas du simple scep­ti­cisme liber­ta­rien à l’égard des pouvoirs publics, sain dans toute démo­cra­tie. Il s’agit d’une profonde défiance à l’encontre des insti­tu­tions de notre pays, qui gagne le cœur de la société.

Changement de classe sociale

Nous vantons les mérites de la mobi­lité sociale, mais elle a aussi son revers. Celle-ci implique néces­sai­re­ment une forme de mouve­ment – vers une vie meilleure, en prin­cipe –, mais aussi un éloi­gne­ment de quelque chose. Or on ne choi­sit pas toujours les éléments dont on s’éloigne.

Conséquences d’une enfance difficile

Ceux qui ont subi de multiples expé­riences néga­tives de l’enfance ont une plus forte proba­bi­lité d’être victimes d’anxiété et de dépres­sion, d’avoir des mala­dies cardiaques, d’être obèses et de souf­frir de certains cancers. Ils ont aussi une plus forte proba­bi­lité de connaître des diffi­cul­tés à l’école et de ne pas réus­sir à avoir des rela­tions stables à l’âge adulte. Même le fait de trop crier peut miner le senti­ment de sécu­rité chez un enfant, affai­blir sa santé mentale et entraî­ner à l’avenir des problèmes de compor­te­ment.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

La quatrième de couver­ture vous le dira, ce roman raconte la rencontre de Lucie Paugham, marion­net­tiste célèbre pour adultes qui a souf­fert dans son enfance du suicide de son père, qui avant de se pendre, avait lancé à la canto­nade devant sa famille rassem­blée devant le film, « Les tribu­la­tion d’un chinois en Chine » :

« Qu’est ce qui pour­rait bien m’empêcher de me suici­der ce soir ? »

Or trente ans plus tard son voisin au cinéma lui dit :

« Donnez-moi une bonne raison, un seule de ne pas me suici­der cette nuit ».

Le roman est lancé, Lucie va faire entrer cet Alexandre Lannier dans sa vie et risquer de tout perdre. Mais au passage nous aurons décou­vert le drame de la famille Paugham, les aigreurs de la mère de Lucie, le déséqui­libre affec­tueux de sa sœur, la diffi­culté du couple de Lucie et Philippe, leurs rela­tions à leurs enfants et surtout, surtout l’in­croyable métier de marion­net­tiste qui m’a vrai­ment donner envie d’al­ler voir des spec­tacles de marion­nettes pour adultes ce que je n’ai encore jamais fait. Lorsque les dépla­ce­ments et les spec­tacles recom­men­ce­ront, je me fais la promesse d’al­ler voir le festi­val mondial de spec­tacles de marion­nettes le problème c’est que cela se passe à Char­le­ville-Mézières et que déjà ce n’est pas une ville qui m’at­tire et qu’en plus c’est la région la plus touchée par le Covid-19 ! ! ! Si cette lecture reçoit quatre coquillages, elle le doit à la décou­verte, pour moi, de la rela­tion entre le marion­net­tiste et sa marion­nette car sinon je reproche à cette roman­cière d’es­quis­ser des person­nages plus que de les trai­ter en profon­deur ou en finesse.

Citations

En période de confinement voici des bruits que l’on n’entend plus !

Faire la queue m’hu­mi­lie et la liesse me dérange. Le consen­sus m’emmerde tout autant que le succès programmé, le bruit et les pop-corn.

Remarque intéressante

Un philo­sophe a dit que les autres nous sauvent de la répé­ti­tion. C’est vrai, mais pas tout le temps et pas avec tout le monde. J’ajou­te­rai que dans une rencontre, quelle qu’elle soit, tout nous est donné, d’emblée. Nous dispo­sons dès les premiers instants d’in­dice trou­blants qui devraient nous aler­ter. Mais nous sommes éduqués pour que tout se passe bien avec les autres et sans même nous en aper­ce­voir, nous mode­lons l’étran­geté à notre mesure pour la rendre fami­lière et vivable.

C’est hélas vrai !

La phrase est pour le bègue une ascen­sion inter­mi­nable et doulou­reuse dont l’in­té­rêt et le sens se perdent en route

Rapports avec sa mère

J’ai passé ma vie à ne pas vouloir ressem­bler à ma mère. Aujourd’­hui encore, je reste vigi­lante même si mon exis­tence est aux anti­podes de la sienne. Pour­tant, quand je lui rends visite, deux ou trois fois par an, notre ressem­blance physique me brise le moral à la manière d’une mauvaise habi­tude qu’au­cun effort ne pourra jamais corri­ger. Je me vois dans trente ans et ce que je constate me déplaît souve­rai­ne­ment. J’ima­gine que mes rondeurs devien­dront son embon­point, que ma peau aura la trem­blo­tante mollesse de ses bajoues de cocker et que mon cul plat s’éva­sera comme le sien. Ma mère nous a donné sa laideur en héri­tage. Je n’y peux pas grand-chose

Édition Verdier

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Anne Pauly perd son père éprouve le besoin de le racon­ter et d’en faire un livre. Elle se rapproche de celui qui n’a pas été un homme facile. Si, dans le voisi­nage et dans la famille, le monde a de bons souve­nirs de sa mère très pieuse et cher­chant à faire le bien autour d’elle son père alcoo­lique et très violent dans ses propos n’est pas très atti­rant. Il laisse une maison qui est véri­table Caphar­naüm dans lequel l’au­teure se perd . Elle comprend que ce père qui lui manque tant est un être à plusieurs facettes. Elle raconte la violence du deuil et combien il est diffi­cile de gérer l’ab­sence. Elle écrit bien et, si le sujet vous touche, vous pour­rez avoir de l’in­té­rêt à lire ce récit. J’avoue ne pas trop comprendre l’uti­lité de tels livres même si, parfois, au détour d’une phrase ou d’une révé­la­tion, je peux être très émue.

Citations

Charmante famille

Je revoyais papa couteau à la main, immense et ivre mort, courir après maman autour de la table en éruc­tant, Lepel­leux, arrête de péter dans la soie et occupe-toi de ton ménage plutôt que de sauter au cou du curé. C’est indé­niable : bourré, il avait vrai­ment le sens de la formule, même si, dans la réalité, personne ne portait de culotte de soie ni ne sautait au cou du curé. Prodigue et ample, ma mère, tardive dame patron­nesse en jupe-culotte denim, c’était, il est vrai, investi dans les acti­vi­tés de paroisse, qui au fond ne lui ressem­blait guère, pour échap­per à ses excès à lui d’al­cool, de colère et de jalou­sie.

Alcoolisme

Au fond, on ne sait jamais vrai­ment si quel­qu’un boit pour échouer ou échoue parce qu’il boit.

Le pouvoir des chansons

Et puis là, sans préve­nir, le refrain m’a sauté à la figure comme un animal enragé : « Mais avant tout, je voudrais parler à mon père. » Dans mon cœur, ça a fait comme une défla­gra­tion et je me suis mise à sanglo­ter sans pouvoir m’ar­rê­ter. Féli­cie est remon­tée en voiture juste après, effa­rée, se deman­dant ce qui avait bien pu se passer entre le moment où elle était parti payer et le moment où elle était reve­nue. Comme je n’ar­ri­vais pas à lui répondre, elle a redé­marré toutes fenêtres ouvertes dans le vent du soir et c’est en enten­dant le reste de la chan­son qu’elle a fini par comprendre. Mes toutes dernières larmes sont sorties ce jour-là. J’avais enfin accepté. Si on m’avait dit que Céline Dion m’ai­de­rait un jour dans ma vie à passer ce style de cap, je ne l’au­rais pas cru. La cathar­sis par la pop-check.
(Je me suis retrou­vée en pleurs en enten­dant Serge Réggiani chan­ter « ma liberté » dans des circons­tances analogues.)