Éditions Seuil cadre Noir, 331 pages, mars 2026
Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard
Parfois les silences, ça vaut tous les mots d’amour du monde.
Je n’étais du tout attirée par ce roman : je redoute toujours les romans qui ont pour origine les faits divers sordides. En 2023, on avait appris qu’un bébé avait été jeté dans un container à poubelle. Il avait été sauvé par les pompiers, la mère retrouvée et accusée d’infanticide.
À partir de ce fait Mathilde Beaussault écrit un roman qui raconte bien la descente aux enfers de cette jeune maman, Elle décrit aussi, un milieu familial détruit depuis trois générations. Elle raconte bien, et on suit son récit facilement et avec intérêt. Si j’ai une réserve, c’est sur l’accumulation des malheurs sur une seule famille. Disons qu’ils sont davantage représentatifs de ce qui ne va pas dans notre société plutôt que des personnages réels. Monroe, prénom choisi par une mère qui se rêve en Marilyne, vit avec sa mère et Sébastien son frère aîné. Ce frère est une petite frappe qui vit de drogue, d’alcool et de combats de chiens, il fait peur à tout le monde dans le quartier et terrorise même sa mère qui pourtant le préfère cent fois à Monroe. Anna la mère, a été élevée par une tante et en veut terriblement à sa propre mère, elle est serveuse dans un bar. Enfin, la grand mère ; Madeleine, ce personnage permettra à Monroe de se reconstruire. Mais avant cela il y a eu la mère de Madeleine, qui aidait les femmes à avorter et qui a été arrêtée sous les yeux se sa fille confiée alors, aux « bonnes » sœurs, et a beaucoup souffert dans un centre de rééducation. Elle a donc été incapable d’élever Anna avec l’amour dont elle aurait eu besoin. Elle vit de soins qu’elle donne aux gens du village, car elle a un don qu’elle transmettra à sa petite fille, mais est hélas poursuivi par la rancœur, d’un exploitant forestier, qui n’est autre que le fils du gendarme qui a arrêté sa mère.
Vous suivez ? oui, c’est un peu trop, et peu crédible mais c’est bien raconté.
Le roman est ponctué par les déclarations à la police qui cherche à comprendre qui a jeté le bébé à la poubelle. Et quand les moments de tension deviennent trop intenses, il y a le contre-point des aides-soignantes qui sont vraiment dôles. Et puis, il y a aussi les huit mois de douceurs, où Monroe a vécu avec sa grand-mère, retrouvant force et amour. J’oubliais Jacques un défenseur de la nature, qui s’oppose à l’exploitant forestier et qui aime bien Madeleine et sa petite fille et cherche à les aider.
La tension romanesque, vient du fait que Monroe est en danger après son accouchement et que si on ne la retrouve pas très vite, elle mourra.
Donc un fait divers horrible, raconté par une romancière qui veut montrer certains aspects très sombres de l’âme humaine. Le frère Sébastien est vraiment la pire des ordures et hélas, il est crédible.
Depuis j’ai lu le billet de « mot-à-mots » et cette phrase j’aurais pu, moi aussi, l’écrire : « Un roman que je n’ai pas pu lâcher »
Extraits .
Début.
Quand Mireille dit « va jeter les ordures ». J’y vais. Sinon elle me corne dans les oreilles. J’entends haut mais je la vois gesticuler faire les cent pas comme si on lui avait noyé ces petits après avoir mis bas.Ce matin-là, les voisins du dessous mettent la musique à faire exploser un sonotone. À croire que la jeunesse est devenue sourde. Je coupe mon engin (être vieux a au moins un avantage) et je retourne à la lecture de la rubrique des morts dans mon « Ouest- France ». J’aime bien en faire le tour parce que je connais du monde par ici. Être au courant, c’est important même si on va plus aux enterrements. Mireille dit « on ira à l’église, quand ce sera notre tour ». Elle n’a pas tort.
Les habitudes de vieux.
Elle sait bien que c’est compliqué pour moi de faire des choix. Sur un parking, s’il reste une place, c’est bon, je gare l’auto. S’il en reste beaucoup, Mireille choisit sinon on tourne en rond et les badauds se disent, « voilà encore des vieux à qui on devrait retirer le permis ». Au restaurant, je prends comme Mireille. Ça l’énerve, mais on a les mêmes goûts. Depuis le temps, on a déteint en tout. Là sur l’autre. Je commande rien à Noël, prétextant que je préfère les surprises depuis que j’ai passé un mois d’insomnie pour savoir si je préférais des jumelles ou un rasoir électrique. J’ai fini avec une perceuse parce que Mireille voulait installer des rideaux à toutes les fenêtres, persuader qu’on nous observait de l’immeuble d’en face.
Être pompier.
Quand Félix, Romane et moi sommes appelés sur les lieux, ont termine une intervention juste à côté. Un mec bourré arrache toutes les jonquilles d’un rond-point et les jette sur les automobilistes. Ça paraît dingue ? Mais ça fait partie de notre quotidien. La veille, on emmenait une jeune femme se faire recoudre la mâchoire après que son mec l’a castagnée. La semaine dernière, on était appelé en renfort pour éteindre des incendies de véhicule. Il faut avoir la foi pour être pompier. On l’a ou on ne l’a pas.
L’enfant placée dans les années 40 ou 50.
Quand les gendarmes ont emmené ma mère, le juge n’a rien demandé à personne et il m’a placée chez les bonnes sœurs. Maman est morte en prison. On l’a accusé du pire. Elle soulageait juste les malheurs des femmes. C’est tout. (…)Là-bas, la mère supérieure était une teigne. Elle disait des unes qu’elles étaient des putes, des autres, qu’elles étaient le diable. Un jour, j’ai refusé de dire assez fort la prière. Elle m’a attrapée par les cheveux et cognée contre le lavabo blanc. J’entends encore le bruit du choc. Mon crâne, contre le bord en émail. Elle a arrêté quand le sang ruisselait aussi fort qu’un robinet. Quand elle m’a lâchée, je suis tombée, les filles m’ont portée pour me mettre au lit. Après ça, je n’ai plus jamais baissé les yeux devant elle. Ça la rendait folle de rage, mais elle ne m’a jamais plus frappée aussi fort.
Un moment de sourire à la maternité.
La chambre 102 est occupée par une prof qui croit avoir un bout de cerveau dans chaque nichon. Résultat des courses, elle intellectualise chaque tétée comme si elle avait pondu non pas un affamé de 3 kg, mais une thèse pour défier Freud. Monique passe son temps à lui mettre son petit vampire au sein en se coltinant des remarques. Hier, Kimberley est resté moins de cinq minutes dans la chambre 102 avant de gueuler qu’avec un biberon le petit braillerait moins. Monique essaie de récupérer l’affaire et ce n’est gagné.
J’aime bien les aides-soignantes de ce roman.
– T’es psy, toi maintenant ? ( Kimberley avait l’énergie de ceux qui ne foutent rien toute la journée). La psy est peut-être conne , mais elle, elle lit dans le cerveau des gens.– Elle lit mieux les étiquettes de fringue.













