
Éditions la table ronde,209 pages, avril 2023
Un auteur qui a toute sa place sur Luocine : Les forêts de Ravel , Deux remords de Claude Monet, Le Bon Cœur (sans doute mon préféré) , Le Bon Sens . Je partage avec Dominique le goût pour cet auteur.
Ce livre raconte la volonté d’un maire de Calais, Omer Dewarin, de faire aboutir un projet confié à Auguste Rodin. Jean Froissard chroniqueur de la guerre de cent ans, raconte que le roi d’Angleterre excédé par la résistance de Calais, accepte de ne pas exterminer la population à condition que six bourgeois de la ville se rendent dans une attitude humiliée : tête nue, habillés en chemise, une corde au cou. Il faudra l’intervention de l’épouse du roi pour qu’ils ne soient pas immédiatement pendus. Le maire se rend à Paris et rencontre Rodin dans son atelier. Il est immédiatement saisi d’admiration pour le sculpteur. Commence alors le récit d’une longue coopération entre le maire de Calais et le sculpteur qui aboutira 9 ans plus tard et moult péripéties, à l’inauguration du monument sur la place de la mairie de Calais.

Si aujourd’hui Calais est très fier de ce statuaire, il a fallu tout le courage et l’obstination du maire pour l’imposer à sa municipalité. Rodin a dû se plier à la volonté locale de poser son œuvre, sur un socle élevé alors que l’auteur aurait voulu laisser ces bourgeois au niveau des passants. On ne peut d’ailleurs que lui donner raison.

Ici c’est une des versions au Musée Rodin à Paris.
Le maire se fera connaître pour avoir lutter contre une épidémie de Choléra, et j’ai retrouvé une façon de lutter contre les épidémies que nous connaissons bien depuis le Covid, je pense que les antibiotiques nous avaient fait oublier comment lutter de façon drastique contre des maladies contagieuses, mais les virus nous ont rappelés à nos limites.
Un livre plaisant à lire et si bien écrit . Mais j’espérais en apprendre beaucoup plus sur la création de cette œuvre en particulier comment on peut fondre une œuvre aussi monumentale.
Extraits.
Début.
Auguste Rodin faisait le tour du maréchal Ney. Un sacré morceau que le père Rude avait accompli là. On ne pouvait donner plus de vivante énergie à une effigie de place publique. Le bronze semblait la mince enveloppe sous laquelle jouait les muscles des cuisses et des bras, se crispaient les doigts sur le sabre. Ce corps érigé contre le temps était souplesse, tension, force et mouvement.
Rodin.
Quel drôle de bonhomme, ce Rodin. L’extraordinaire était qu’un artiste promenât une apparence aussi banale, aussi gauche, dans un univers aussi extravagant. La femme nue dans la halle glacée, l’émeute livide et silencieuse, des statues gesticulantes, toutes ces chairs de plâtre et de marbre, voluptueuses et insensibles, tordues et fixées dans les gestes, les postures, les extases dont on ne savait quels désirs, quelles jouissances, quels effrois.
Cet auteur sait décrire.
La pièce dans laquelle il se tenait avait autrefois connu des heures fastes. Elle était couverte de boiseries. Des trumeaux, au-dessus des portes, représentaient des chiens à l’affût, des oiseaux, Diane et ses compagnes. Deux buffets à gibier, au plateau de marbre rougeâtre, scellés dans les murs, devait autrefois recevoir faisans et lièvres, tirés par les propriétaires et leurs invités les jours de chasse. Comment tout cela n’avait-il pas déjà été volé ? L’endroit, avant que la capitale ne déborde le mur d’enceinte élevé autour de Paris peu avant la Révolution, était un pavillon des plaisirs, un lieu de rendez-vous dont les portes-fenêtres donnaient sur la campagne. Au lieu des draperies de lierres et de clématites qui dégringolaient des arbres et les étouffaient, il y avait un jardin, des parterres, des buis taillés entre les vasques de pierre. Les dalles de la terre terrasse étaient disjointes, l’herbe poussait dedans, et le feuillage d’un sureau brossait les vitres du salon voisin.
Rodin et Camille Claudel.
Elle était partie et ne reviendrait pas. Elle ne voulait plus le voir parce qu’elle ne croyait plus qu’il quitterait sa vieille et grise, osseuse compagne pour l’épouser. Elle, la jeune, la belle. Il ne pouvait quand même pas faire cela à Rose qui se dévouait depuis si longtemps. La pauvre s’était fanée à le servir. Non, il ne pouvait pas. Camille lui avait dit des choses horribles … qu’il lui avait tout pris, qu’il l’exploitait, volait ses idées, la copiait, l’espionnait. Elle étouffait sous sa coupe. Elle voulait vivre par elle-même de son talent avant qu’il l’eût dévorée.
Les épidémies se ressemblent.
On avait pensé étouffer l’épidémie dans l’œuf en relogement immédiatement les trop nombreux occupants du vieil immeuble infesté par les rats. Leurs vêtements, leurs linges avaient été incinérés, les locaux dératisés de font en comble. Des consignes de discrétion avaient été données afin de ne pas affoler la population et, surtout de ne pas provoquer la mise en quarantaine du port, ce dont aurait aussitôt profité les villes voisines et la Belgique.













