
Éditions Finitude, 213 pages, septembre 2025
Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard
J’avais été un peu perdue dans un autre roman de cet auteur : Stella et l’Amérique, mais j’ai lu avec intérêt celui-ci, beaucoup moins déjanté. Il est construit autour d’un suspens classique mais bien mené : le récit d’une vengeance. Une jeune femme suisse a été renversée par le conducteur d’une voiture très puissante, une Lamborghini, alors qu’elle était enceinte, elle est restée dans le coma pendant plusieurs années et a été entièrement reconstruite par la chirurgie, mais a perdu ses deux jambes au niveau des genoux, elle n’a qu’un but revoir au moins une fois sa fille qui a été adoptée et se venger de celui qui l’a rendue infirme. Un homme va l’aider Matt : un homme obèse détective privé qui est secrètement amoureux d’elle. En attendant , elle s’est reconstruite en devenant une sirène qui se donne en spectacle dans le monde entier.
Ce roman permet de décrire, le pouvoir de l’argent, la pollution de la mer par le plastique, et puis cette femme, on finit par la connaître et s’attacher à elle. L’auteur a gardé un style particulier, il intervient dans son récit et ne se prend pas vraiment au sérieux. Mais il décrit très bien la vie de la sirène et la difficulté de cette activité, en particulier l’apnée pendant plusieurs minutes. La description de l’absurdité de la vie à Dubaï, cette ville construite dans un désert et visiter par tant de gens alors qu’il n’y a rien à voir, cela m’a vraiment bien plu.
La fin permet à l’auteur de faire revivre son talent déjanté , c’est une véritable apothéose, mais j’étais très contente que ça se termine comme ça, même si ce n’est pas crédible. Un roman très agréable à lire, et qui correspond bien à son titre, l’auteur décrit vraiment une monde fatigué, voire épuisé par l’argent.
Extraits
Début.
Signe de temps, le Uber qui la conduit est un véhicule hybride et le chauffeur métis s’oriente avec un GPS. Son prénom à elle, Êve, est un pseudonyme avec circonflexe sur le premier « e » : chacun est différent, unique à sa façon, et il faut le faire savoir.
Êve la sirène.
Les pales de l’hélicoptère se sont immobilisées, le moteur s’est tu, remplacé par les cris aigus des gamines surexcitée. De jeunes connes pourries gâtées qui deviendront de vieilles connes gâteuses. Mais Êve s’en fout, supporte sans problème. Elle a un but dans la vie.Elle a un but.Et tout, tout, concourt à cela.Êve se traîne jusqu’au petit bassin intérieur relié à la piscine. Les filles ne seront pas prêtes avant une demi-heure, elle a le temps de nager librement, de s’échauffer dans l’eau transparente.Êve glisse dans l’eau tiède, suit le faible courant menant au bassin qu’elle rejoint en deux coups de nageoire, plonge dès que le fond le permet. Elle se retourne, voit le ciel au-dessus de l’eau, n’entend plus ni les cris ni les voix aux intonations stupides.Et elle devient Êve la Sirène.
Le monde virtuel.
» Tout ça, me désole, fait Matt. Toute cette ineptie. Cette machinerie virtuelle qui étouffe le bon sens. L’autre jour, j’étais dans un resto, le serveur était là, mais j’ai ai dû passer par une application pour commander mon repas. C’est même lui qui m’a montré comment faire sur mon téléphone, alors que j’aurais pu lui « dire » ce que je voulais. L’humanité croit s’alléger, en réalité on s’alourdit… »
L’écrivain suisse.
Zurich, détient le (triste ?) palmarès de la ville la plus chère au monde avec Singapour. Ainsi, c’est un double effort qu’on demande à l’écrivain suisse : non seulement écrire mais également faire preuve d’une imagination accrue. Peu s’en sortent. Du coup, on écrit moins de romans et beaucoup sur soi.
De temps en temps l’écrivain se met en scène dans son roman.
À partir de là, on va faire comme eux, se laisser aller à des images, une synthèse des meilleurs moments de leur traversée. Un point de vue cinématographique en « jumping cut » et c’est facile, on porte tous le cinéma en nous, sur notre écran intérieur.
Puis suivent deux pages d’images de cinéma de deux personnes jeunes et belles sur un bateau dans un décor de rêve pour aboutir à la scène finale.
Ext.nuit. (la dernière) Êve et Jay dansent sous les étoiles, Êve un peu statique sur ses prothèses, se tient à une drisse ou à la bôme ou à un importe quoi d’autre pour ne pas tomber. Elle bouge peu, mais elle danse, ça se voit au mouvement de ses bras, de ses hanches, de sa tête. Jay, lui se déchaîne, fait des bons sur les riffs de guitare diffusés par les enceintes du bateau.Et puisqu’il faut bien terminer ce voyage qui a été parfaitement rond comme le cercle de Giotto dessiné à main levée, c’est-à-dire une forme possible de la perfection. Êve demande :– « Voudrais-tu mourir avec moi Jay ? »Jay répond :» Pourquoi pas mais dans longtemps, Êve. »
La pollution de la mer par le plastique.
Il y a cinq endroits comme celui ci sur l’ensemble des océans du globe. Au total, ce sont 300 millions de tonnes de plastique, pris dans les gyres, d’énormes tourbillons océaniques ou convergent les courants marins. Ce que tu vois est une toute petite partie visible celle qui nous permet de faire des images chocs, le reste est essentiellement constitué d’une myriade de fragments, des microplastiques d’un diamètre inférieur à 5 millimètres en suspension jusqu’à 30 m de profondeur. Même à 11000, mètres, trois quarts des poissons et spécimens marins en contiennent. Le tout est réintroduit dans le cycle naturel de l’eau, on ingurgite 5 grammes de plastique par semaine, l’équivalent d’une carte bancaire…












