Édition folio. Traduit de l’an­glais par Suzanne V. Mayoux

Roman sous-tendu par une intrigue bien menée (déci­dem­ment les anglais sont bons dans le genre) . Nous suivons le destin de Clive un compo­si­teur de Musique de renom et de Vernon un rédac­teur en chef d’un grand jour­nal londo­nien. Puisque l’au­teur est Ian McEwan , on peut se douter que leur descente aux enfers est inéluc­table. Je me souviens de « Solaire » et du person­nage scien­ti­fique parti­cu­liè­re­ment odieux. Ici encore, les person­nages sont peu sympa­thiques et comme dans « Solaire » il m’a manqué dans ce roman quelques valeurs humaines auxquelles me raccrocher.

L’his­toire tourne autour d’une femme Molly qui a eu trois amants : un ministre qui a tout du poli­ti­card libi­di­neux, un compo­si­teur de musique qui se pense génial mais qui a du mal à retrou­ver l’ins­pi­ra­tion de sa jeunesse, un jour­na­liste qui veut faire monter les ventes de son jour­nal. Ils sont tous les trois mani­pu­lés par Georges le mari de Molly qui, pour se venger, les détruira tous les trois.

Cela nous vaut de bons passages sur le monde de la presse, sur l’égoïsme du créa­teur que ce soit en musique ou en litté­ra­ture, sur les côtés sordides des hommes de pouvoir et tout cela avec un humour grin­çant qui est la marque de fabrique de cet auteur. La séance dans le commis­sa­riat est un bon exemple de ce que Ian McEwan sait faire de mieux. Il raconte la recon­nais­sance par Clive d’un homme soup­çonné d’un viol que celui-ci a laissé se commettre pour ne pas perdre son inspi­ra­tion musi­cale. Premier passage, Clive sûr de lui, désigne l’homme qui portait la casquette qu’il a lui-même décrite à la police. Deuxième passage, aucun homme ne porte de casquette mais Clive, toujours aussi sûr de lui, désigne celui qui pour lui est le même homme. Les poli­ciers semblent ne pas porter la même impor­tance à cette deuxième recon­nais­sance faciale et voici la fin du chapitre :

On le déposa juste devant les portes de l’aé­ro­gare. Tandis qu’il s’ex­tir­pait de la banquette arrière et faisait ses adieux, il s’aper­çut que le poli­cier au volant n’était autre que le type qu’il avait dési­gné lors de la seconde séance d’iden­ti­fi­ca­tion. Mais ni lui ni Clive n’éprou­vèrent le besoin de commen­ter cette méprise au moment où ils se serrèrent la main.

Tout le style de Ian McEwan est dans ce passage : il traque mieux que quiconque les petites adap­ta­tions de notre conscience avec des faits qui peuvent avoir des consé­quences très graves. Comme la condam­na­tion pour viol et meurtre d’un homme que l’on est pas sûr de recon­naître. Mais son pessi­misme sur la nature humaine est assez triste, trop sans doute pour moi.

Citations

La génération 68

Quelle éner­gie, quelle veine ! Nour­ris dans la situa­tion d’après-guerre du lait et du jus vita­miné de l’État, puis soute­nus par la pros­pé­rité timide, inno­cente de leurs parents, pour atteindre l’âge adulte en une période de plein-emploi, d’uni­ver­sité nouvelles, de bons livres de poche, sous le règne néoclas­sique du rock n » roll et des idéaux qu’on pouvait se permettre. Lorsque les barreaux de l’échelle s’étaient rompus derrière eux, lorsque l’État était passé de la Provi­dence à la mise au pas, ils se trou­vaient déjà en sûreté, ils avaient conso­lidé et entre­pris d’éta­blir telle ou telle éléments de leur exis­tence – goût, opinion, fortune.

Vanité tout n’est que Vanité

Des tableaux impres­sion­nistes anglais et danois étaient accro­chés à proxi­mité d’af­fiches fanées des premiers triomphe de Clive ou de concerts de rock mémo­rables ‑les Beatles au City Stadium, Bob Dylan à l’île de Wight, les Rolling Stones à Alta­mont. Certains de ces poster valaient plus cher que les tableaux.

Les caprices d’écrivains

Ces gens-là – les roman­ciers étaient de loin les pires – parve­naient à convaincre leur entou­rage que non seule­ment leur temps de travail, mais la moindre de leur sieste et de leur prome­nade, leur accès de mutisme, d’abat­te­ment ou d’ivro­gne­rie étaient couverts par l’im­mu­nité des grands dessins. Un masque pour la médio­crité, esti­mait Clive. Il ne mettait pas en doute la noblesse de la voca­tion, mais se conduire mal n’en faisait pas partie. Peut-être pouvait-on admettre pour chaque siècle une ou deux excep­tions, Beetho­ven, d’ac­cord ; Dylan Thomas, en aucun cas.

L’homme fatigué

Il se coucha sur le côté et se demanda s’il était d’at­taque pour se bran­ler, s’il n’au­rait pas inté­rêt à s’éclair­cir les idées, vu la jour­née qui l’at­ten­dait. Sa main opéra quelques attou­che­ments distraits puis il renonça. Ces temps-ci, il manquait appa­rem­ment la convic­tion et la tran­quillité ou le vide mental, et l’acte en soi semblait bizar­re­ment démodé et impro­bable, comme d’al­lu­mer un feu en frot­tant deux bouts de bois.

Édition Folio . Traduit de l’an­glais par Anouk Neuhoff

C’est la dernière fois que je lis cette auteure . Cette lecture a été un véri­table pensum, comme souvent dans ces cas là, j’ai parcouru les pages quand je m’en­nuyais trop avec Clare qui cherche à rencon­trer l’homme de sa vie. Elle fait une pause dans son couple avec Jona­than qui a le défaut d’être trop préve­nant, et va à la rencontre de Joshua . Tout cela sous le regard d’une vieille femme très origi­nale qui est le seul person­nage qui parfois m’a sortie de mon ennuie. C’est peut-être une mauvais pioche mais déjà je n’avais pas été conquise par « Les Filles de Hallows Farm », mais au moins je pouvais m’in­té­res­ser au récit de la guerre et là ? Des consi­dé­ra­tions sur les diffi­cul­tés de trou­ver l’homme idéal, comme si cela exis­tait, je vais me dépê­cher d’ou­blier ce titre et cette auteure.

Citations

Le début humour si british

Mon premier mari, Richard Storm, fut enterré par une torride jour­née d’août dans les faubourgs de Londres. Après les obsèques, une douzaine d’entre nous, rela­tion et amis, repar­tir dans un cortège de grosses voitures noires dont les sièges avez été conçus pour obli­ger les passa­gers à se tenir droit en gage de respect. Le trajet se déroula dans cette posi­tion incon­for­table, personne ne souf­flant mot.

La fin d’un amour

Mais au début il était gentil et pas trop exigeant. Je crois vrai­ment que je l’ai­mais quand je l’ai épousé. Mais ce que je ne comprends pas, c’est comment, un jour, on peut aimer quel­qu’un en toute quié­tude, et puis, le lende­main, comment des détails qui ne vous déran­geaient pas du tout jusque-là vous rendent carré­ment dingue. Je me suis mise à détes­ter des choses auxquelles il ne pouvait rien. La forme de sa nuque, sa respi­ra­tion sifflante le matin à cause de son asthme. Quand j’ai fini par décla­rer qu’il fallait qu’un de nous deux s’en aille, il a aban­donné la partie sans se battre une seule seconde. J’au­rais pu le tuer tant il était raisonnable.

Édition La table ronde . Traduit de l’An­glais par Chris­tiane Arman­det et Anne Bruneau

C’est sans doute pendant le mois anglais que j’ai vu le nom de cette auteure, je sais que Keisha et Katel l’ap­pré­cient. Si vous ne connais­sez pas ce roman, je vous remets le sujet en tête : trois femmes britan­niques très diffé­rentes sont volon­taires pendant la deuxième guerre mondiale pour travailler dans une ferme. En effet, la mobi­li­sa­tion de jeunes hommes anglais privent l’agri­cul­ture de bras précieux. Elles sont très diffé­rentes et pour­tant toutes les trois auront une aven­ture sexuelle avec le fils du fermier : Joe, réformé pour asthme. Prue, la jeune coif­feuse se lance immé­dia­te­ment dans la séduc­tion de Joe pour­tant fiancé offi­ciel­le­ment à Janet qui travaille dans une ville éloi­gnée . Ag ne va utili­ser les services de Joe que pour se débar­ras­ser de sa virgi­nité qui l’en­combre, avant de pouvoir se lancer dans l’aven­ture amou­reuse avec son collègue profes­seur à Cambridge Eliel. Stella est passion­né­ment amou­reuse d’un bel offi­cier de la marine britan­nique Philip qu’elle n’a rencon­tré que trois fois. Lorsque son rêve rencon­trera la réalité elle sera déçue et vers qui ses regards se tour­ne­ront ? et oui Joe, et ils fini­ront par s’aimer.

J’avoue ne pas avoir été enthou­siaste par ce roman qui se centre trop les amours des uns et des autres, mais il est sauvé par la toile de fond : la guerre 3945 sur le sol anglais.

Citations

Genre de remarques qui me fait aimer les romans anglais

Des années aupa­ra­vant, sans s’ex­traire de sa somno­lence, elle lui aurait récla­mer un baiser. Il se serait exécuté et en aurait été remer­cié d’un sourire en sommeiller. À propre­ment parler, et tu dis tu n’avais pas souri depuis des années. Pas de bonheur. La seule chose qui faisait briller ses yeux, c’était le triomphe. Triom­pher de ses voisins, ses clients. Triom­pher de n’im­porte qui, et de Ratty lui-même. Il se deman­dait ce qui avait si vite trans­for­mer une jeune fille insou­ciante en une vieille femme revêche. Rien que Ratty pût clai­re­ment iden­ti­fié, il faisait ce qu’il pouvait pour la satis­faire. Mais il avait appris que le mariage était une drôle d’af­faire. À l’époque ‑jeune homme tout fou- il ne savait pas dans quoi il se lancer. Et il n’avait jamais envi­sagé d’aban­don­ner sa stérile embar­ca­tion. Il avait fait des promesses au Seigneur et il ne Les romprait pas.

Deux conceptions de l’amour

Je suis si déses­pé­ré­ment roman­tique que la seule idée de l’amour me suffit presque, bien que je sache, au fond de mon cœur, que l’es­sen­tiel n’est que chimère et que je serai déçue. Je le suis presque toujours. Et cette fois avec Philippe, je crois que c’est différent. 
-Je croi­se­rai les doigts, dit Prue. Moi je ne marche pas dans tout ces romans fleur bleue. Surtout pas quand il y a une guerre, pas de temps à perdre,. Se désha­biller aussi vite que possible, voilà ma devise, avant que ces pauvres diables ne soient tués. Un peu de plai­sir rapide, puis au suivant. À la fin de la guerre, quand nous serons tous un peu plus vieux et plus sage, il sera temps de cher­cher un mari. C’est là qu’un million­naire sans méfiance sera le bien­venu. En atten­dant, je prends mon plai­sir là où je le trouve.

Édition NRF Galli­mard. Traduit de l’an­glais par Élodie Leplat

J’avais lu des réserves sur ce roman, réserves que je partage, pour­tant son premier roman : » Le Chagrin des Vivants » m’avait beau­coup plu, j’étais moins enthou­siaste pour « La salle de Bal » et encore moins pour celui-ci. On suit le destin de trois amies : Hannah qui cherche à avoir un bébé à tout prix, Clare qui se remet diffi­ci­le­ment de la nais­sance de son fils et Mélissa (Lissa) qui veut réus­sir sa vie d’ac­trice. Ces trois femmes sont les filles de la géné­ra­tion qui pense avoir libéré la femme des carcans qui avaient telle­ment pesé sur elles. Libé­rées ? je ne sais pas si elles le sont mais en tout cas heureuses elles ne le sont pas telle­ment. Lissa, malgré un succès dans une pièce de Tche­khov, finira par renon­cer à sa carrière . Hannah détruira son couple à force de FIV et de trai­te­ment hormo­naux, et Clare ne sais plus si elle est homo­sexuelle ou amou­reuse encore d’un mari qui fait tout pour l’ai­der à élever leur fils. L’au­teure promène son lecto­rat dans l’en­fance et la jeunesse de ces trois femmes et je lui recon­nais un soucis d’honnête très poussé au détri­ment des effets roma­nesques trop faciles. Je pense qu’elle cerne bien les person­na­li­tés des jeunes femmes à l’heure actuelle , mais c’est loin d’être passion­nant. Tout tourne autour de la trans­mis­sion mère/​fille et du désir d’en­fant. ( je me suis demandé si l’au­teure n’étais pas confron­tée à un bébé un peu fati­gant quand elle a écrit ce roman). Les diffi­cul­tés de notre société, et la vie des couples d’au­jourd’­hui sont très bien rendues, et beau­coup d’entre nous recon­naî­trons leur mère, leur fille, leurs amies. Il n’empêche que cette lecture m’a quelque peu ennuyée et je sais que j’ou­blie­rai assez vite ces person­na­li­tés sans grand inté­rêt. Je crois que c’est parti­cu­liè­re­ment compli­qué de rendre compte de la vie « ordi­naire » ! ( pas si ordi­naire que cela puisque deux d’entre elles sont diplô­mées d’Oxford !)

Citations

L’université

C’est là, d’après Lissa, l’en­sei­gne­ment prin­ci­pal de l’Uni­ver­sité, comment racon­ter des conne­ries avec convic­tion. Plus la fac est répu­tée, meilleures sont les conneries.

Droite et gauche en Grande Bretagne

Compa­rés à ses propres parents, la mère et le père de Cate paraissent jeunes. 
Chez Cate on vote à gauche. Chez Hannah on vote à droite.
Chez Cate il y a Zola et Updike. Chez Hannah il y a les Reader Digest et l’En­cy­clo­pae­dia Britannica. 
Le père de Cate fait un métier en rapport avec l’in­gé­nie­rie. Le père d’Han­nah est gardien à l’hô­pi­tal Christie.
Chez Cate il y a de l’huile d’olive. Chez Hannah il y a de la vinai­grette toute prête.

Édition Payot et Rivages . Traduit de l’an­glais par Gene­viève Doze

Comme la Souris Jaune , je ne sais plus qui a glissé ce roman d’Eli­za­beth Taylor dans ma biblio­thèque, ni quelle impul­sion j’ai suivie pour l’ache­ter , ni même si je l’ai vrai­ment acheté. Mais ce roman était là, et, j’ai pris bien du plai­sir à le lire. Ce n’est pas une lecture très facile, on se perd beau­coup parmi des person­nages et j’ai dû me faire une fiche pour m’y retrou­ver. Le roman se situe en 1947 dans un petit port du sud de l’An­gle­terre. Le tourisme n’a pas encore repris et la station autre­fois animée l’été a bien du mal à retrou­ver ses touristes. Nous suivons les déam­bu­la­tions d’un sous-offi­cier de marine à la retraite, Bertram, qui veut se mettre à la pein­ture sans en avoir les capa­ci­tés. En revanche, il a la capa­cité de rentrer en rela­tion avec les habi­tants de la petite ville et avec lui, nous faisons la connais­sance de Beth, l’écri­vaine que l’au­teure comprend certai­ne­ment mieux que quiconque. Un peu absor­bée par l’écri­ture de ses romans, voit-elle que sa meilleure amie Tory divor­cée et mère d’un petit Edward qui est pension­naire, a une rela­tion amou­reuse avec son mari Robert, méde­cin du village. Leur fille Prudence le sait et en est malheu­reuse, ainsi que Madame Bracey la commère qui tient une fripe­rie avec ses deux filles qu’elle tyran­nise. Mais plus que ces intrigues, c’est l’en­semble des petites histoires, la gale­rie des person­nages dont aucun n’est cari­ca­tu­ral et les réflexions sur la vie qui rendent ce livre très riche. Ce n’est pas une lecture passion­nante, mais on se dit souvent « c’est si vrai ! ». Une fois que l’on a une carto­gra­phie précise des lieux : le phare, le pub, la fripe­rie, la maison de Tory et la maison du Docteur, que l’on sait quel person­nage nous parle, alors on est très bien dans ce roman. Le diffi­culté vient du style : c’est un livre avec beau­coup de dialogues et on passe d’un person­nage à un autre sans savoir très bien pour­quoi. À la fin, Beth mettra un point final à son roman, et Bertram aura fini sa toile qui est loin d’être un chef d’oeuvre. Gageons que le roman d’Eli­za­beth Taylor aura une meilleure posté­rité que la tableau de Bertram. La dernière phrase de « Vue sur Port » me semble une petite vengeance de l’écri­vaine, mais à vous de me dire si vous l’avez comprise comme moi !

Citations

Erreur à propos de la vieillesse

La vie est la plus forte, songea-t-il. Elle est source de souf­france tout au long de l’exis­tence, et main­te­nant, le grand âge venant – dans son esprit, il allait toujours venir, jamais l’at­teindre – on s’at­tend à trou­ver la paix, à ce que la curio­sité une fois écar­tée, sa place soit prise par la contem­pla­tion, les abstrac­tion facile, le travail. Coupé de tout ce qui m’était fami­lier, dans un endroit inconnu, je pensais pouvoir réali­ser tout ce dont j’avais rêvé et que j’avais voulu faire depuis ma jeunesse, lorsque j’étais aux prises à chaque instant avec l’amour, la haine, le monde, perpé­tuel­le­ment impli­qué, engagé, enserré répare la vie. Alors je serai libéré, pensai-je. Mais à cet instant même, tandis que je suis ici depuis deux jours, voilà que la marée monte sour­noi­se­ment, commence à me rejoindre, et je prends obscu­ré­ment conscience que la vie ne connaît pas la paix, pas tant qu’elle n’en n’aura pas fini avec moi.

Un bibliothécaire haut en couleurs

Derrière le comp­toir de la biblio­thèque se trou­vait un vieil homme, muni d’un tampon encreur et d’un grand timbre ovale, au moyen desquels il menait une campagne passion­née et bizarre contre la dégra­da­tion des mœurs. La censure qu’il prati­quait était toute person­nelle.(…) Le biblio­thé­caire qui rendait des services ines­ti­mable au lecteur avait en tête certains critères bien établis tandis qu’ins­tallé là il parcou­rait les pages, tripo­tant le timbre d’une main. Il admet­tait l’as­sas­si­nat, mais pas la forni­ca­tion. L’ac­cou­che­ment (surtout si l’in­té­res­sée en mourait), mais pas la gros­sesse. L’on était auto­risé à suppo­ser qu’un amour était consommé pourvu que personne n’y prenne plai­sir. Certains mots à eux seuls susci­taient immé­dia­te­ment le recours au timbre. Les person­nages était auto­risé à crier « Ô Seigneur » à la dernière extré­mité, mais pas « Oh, bon Dieu ! » « Sein ».ne devait pas être au pluriel. « Viol » plon­geait le timbre en convul­sions dans l’encre violette.

Une remarque étonnante au cours d’une conversation

- C’était notre maison de vacances.
-Mon mari aimait faire de la voile. Il avait tendance à être riche.
- Est-ce que cela conti­nue, où est-ce terminé en ce qui vous concerne ?
-Il me donne de l’argent, comme il le devrait et le doit. On ne peut pas permettre à un homme de garder la beauté d’une femme pour lui jusqu’à ce qu’elle soit fanée et remettre ensuite sa compagne sur le marché sans qu’elle ait rien à vendre.

Réflexions d’écrivain

Je ne suis pas un grand écri­vain, ce que je fais à toujours été fait aupa­ra­vant, et mieux, songea-t-elle tris­te­ment. D’ici dix ans, personne ne se souvien­dra de ce livre, les biblio­thèques auront vendu d’oc­ca­sion tous leurs exem­plaires cras­seux et les autres seront dislo­qué, tombés en pous­sière. Et puis, en admet­tant que je fasse partie des grands, qui attache de l’im­por­tance à la longue ? Quelle diffé­rence cela ferait t‑il aux gens qui déam­bulent dans les rues, si les romans de Henry James n’avaient jamais été écrits ? Ce serait le cadet de leurs soucis. Personne ne nous demande d’écrire : si nous arrê­tons, qui nous implora de conti­nuer ? Le seul bien­fait qui en sortira, c’est assu­ré­ment l’ins­tant présent ou je me demande si « vague » vaut mieux que « faible » ou « faible » que « vague », et ce qui doit suivre, en alignant un mot après l’autre comme on assor­tit des soies de couleur, un genre de jeu.

But du mariage

Je suis arrivé à la conclu­sion que le vrai but du mariage, c’est la conver­sa­tion. C’est ce qui le distingue des autres formes de rela­tions entre rela­tions entre hommes et femmes, ce qui vous manque le plus, bizar­re­ment, à la longue : le déver­se­ment de petits riens jour après jour. Je pense que c’est le besoin foncier de l’hu­ma­nité, beau­coup plus impor­tant que…la passion violente, par exemple.

Je suis d’accord

- Oh, bali­vernes. C’est une commère foui­neuse avec une langue très médisante.
- Aucun être humain n’est jamais aussi simple que ça. Il y a toujours autre chose en plus… sa curio­sité a été bridée par les circons­tances et s’est orien­tée dans des voies indignes…

Édition Plon, feux croi­sés . Traduit de l’an­glais Auré­lie de Maupéou

Tout est dit avec ces deux coquillages : ce roman n’était pas pour moi ! Pour­tant Keisha en avait parlé avec un tel enthou­siasme, je n’avais donc aucun doute sur mon plai­sir de lecture. C’est peu dire que je me suis ennuyée avec cette pauvre Frances . Cepen­dant, tout le long de la lecture, je me tançais en me disant : « Si Keisha a aimé c’est qu’il y a quelque chose que tu ne vois pas allez conti­nue ! ». Mais tout est triste fade et convenu dans ce roman et j’ai été bien soula­gée de le termi­ner et d’al­ler bien vite m’en débar­ras­ser. Voici le sujet : Frances est correc­trice dans un jour­nal, mais là il ne se passe rien mais alors, rien du tout. Si vous voulez en savoir plus sur le monde de la correc­tion et vous amuser un peu, lisez l’ex­cellent livre de Muriel Gilbert « Au bonheur des Fautes » . Les parents de Frances sont « ordi­naires » et leur fille les aime en les mépri­sant quelque peu. Ce sont les quelques soirées chez eux qui sauvent un peu le livre, je suis toujours inté­res­sée par les diffé­rences sociales et les préju­gés qui vont avec. Frances est le témoin d’un acci­dent mortel pour la femme d’un écri­vain de renom Laurence Kyte. Commence alors les manœuvres pour cette pauvre fille un peu terne pour se faire aimer du grand écri­vain. Et tant pis pour vous, je vais racon­ter la fin (ce livre m’a telle­ment éner­vée !) : OUI la correc­trice anonyme va deve­nir l’épouse du grand Laurence Kyte . Elle va savoir se rendre indis­pen­sable pour les deux enfants dans un premier temps, puis saura se faire aimer par leur père. Tout est prévi­sible dans ce roman et jamais mon atten­tion n’a été captée, il est possible que je n’étais pas d’hu­meur à me lais­ser porter par ce roman qui vaut sans doute mieux que ce que j’ai éprouvé. Et surtout, je vous recom­mande chau­de­ment le blog de Keisha chez qui je trouve souvent des sugges­tions de lectures merveilleuses !

Citations

Le jardin de sa mère

C’est un jardin de très bon goût. Avec un mini­mum de couleur et d’odeur – ma mère consi­dère que la plupart des fleurs sont vulgaires, or elle a une terreur profonde de la vulga­rité, comme si celle-ci pouvait l’at­ta­quer par surprise dans une ruelle sombre – mais une abon­dance de textures et de formes. À cette époque de l’an­née, tandis que le crépus­cule s’épais­sit, il semble plus triste encore que d’habitude.

Humour

Parfois, tout au moins en ce qui concerne ma mère, je soup­çonne que le but réel d’avoir une famille consiste à avoir un sujet de conver­sa­tion tout prêt quand elle croise madame Tucker au supermarché.

Édition autre­ment traduit de l’an­glais (et préfacé sans grand inté­rêt à mon avis) par Jean Pavans

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Peut-on tomber amou­reux d’un domaine ? Cela est arrivé à l’au­teure qui est, je ne l’ai décou­vert qu’en­suite, la femme qui a aimé Virgi­nia Woolf. Dans ce roman, elle sait racon­ter à la perfec­tion ce qui peut loin de toute ratio­na­lité embar­quer une personne sage et raison­nable dans l’achat d’une demeure et d’un jardin qui lui pompera toutes ses ressources finan­cières et ses forces de vie tout en lui assu­rant un bonheur ines­ti­mable. Celui de possé­der et de faire revivre ce lieu. L’au­teure l’a fait pour le château de Sissing­hurtst et on peut comprendre son choix :

Pour le roman, il s’agit d’une belle demeure qui sans être un château a tout le charme des lieux qui aujourd’hui se visitent surtout quand ils sont entouré d’un beau jardin. Le person­nage prin­ci­pal, hérite de l’en­semble des biens d’une parente mais ne peut les garder, d’ailleurs au début il n’a qu’une envie vendre le tout pour se faire une vie person­nelle plus confor­table, lui l’hé­ri­tier qui porte ce nom Chase , les Chase ont possédé ce domaine pendant cinq siècles mais lui n’est qu’un pâle employé d’assurance et il cache son prénom Peregrine (qui signe­rait la noblesse de ses origines). Et puis, il s’ins­talle plus long­temps que prévu dans cette maison et il se fait prendre par son charme, jusqu’à en perdre ses propres repères. Cette posses­sion d’une personne par un lieu superbe est très bien racon­tée et mérite large­ment 5 coquillages, en revanche, il y a telle­ment de détails que je n’ai pas compris que cela m’a empê­chée d’être bien dans ce court texte. J’au­rais aimé savoir pour­quoi l’hé­ri­tier de cette grande famille ne connaît abso­lu­ment pas ce lieu ni sa tante. L’Angleterre n’est pas si vaste qu’il ne puisse pas, parfois, rendre visite à sa tante. Et sans dévoi­ler la fin, je comprends encore moins pour­quoi il doit rache­ter son domaine plutôt que simple­ment le reti­rer de la vente et ne payer alors que les hypo­thèques. Mais le sujet du roman ce ne sont donc pas ces banales histoires d’hé­ri­tage et de finances mais la prise de pouvoir amou­reuse d’un lieu sur une personne.

Citations

Les habits après la mort

Je ne sais pas ce que vous allez faire des vête­ments de la vieille dame, Mr. Chase. Ils ne rappor­te­raient pas grand-chose, voyez-vous, à l’ex­cep­tion des dentelles. Il y a la de belles dentelles authen­tiques, qui devraient valoir quelque chose. Tout est inscrit dans l’in­ven­taire, il faudra les découdre des vête­ments. Mais quand au reste… mettons vingt livres. Ces robes de soie, dirais-je, sont faites d’une bonne étoffe » , observa Mr. Nutley en tâtant une rangée de robes noires pendues dans le placard, qui remuèrent avec un faible bruis­se­ment de feuilles mortes. « Suivez mon conseil, donnez-en quelques-unes à la gouver­nante, cela en fin de compte vous fera plus de profit que les quelques livres que vous pour­riez en tirer. Il faut toujours avoir les domes­tiques de son côté, c’est mon axiome.. Enfin, c’est votre affaire, vous êtes le seul héri­tier et personne ne doit s’immiscer. »

Les traditions en Angleterre

Il avait dû déni­cher la copie de quelques vieux rapport. Mais non ; il était revenu à la première page et il y avait trouvé la date de l’an­née précé­dente. Il était consterné à l’idée que si de telles choses avaient concerné sa tante, elles risquaient aussi de le concer­ner. Que ferait-il d’un porc « de pasnage » à suppo­ser qu’on en amenât un devant sa porte ? Il aurait été encore plus embar­rassé si l’un des fermiers qu’il avait vus aux obsèques était venu lui dire : « Je tiens de toi, le Seigneur. »

Première impression de la maison

La maison lui rendait un regard grave et doux. Sa façade de vieilles briques lit de vin, les V inver­sés des deux pignons, les rectangles des fenêtres et le stuc crémeux de la petite colon­nade qui réunis­sait les deux ailes en saillie, tout se reflé­tait sans défor­ma­tion dans le calme verdâtre des douves. Ce n’était pas une grande maison, elle se résu­mait aux deux ailes et au corps central, mais elle était parfaite est ache­vée, si parfaite que Chase, qui pour­tant ne connais­sait rien et ne s’in­té­res­sait nulle­ment à l’ar­chi­tec­ture, (…), se sentit peu à peu apai­sée par une confor­table satis­fac­tion. Oui, vrai­ment la maison était petite, char­mante, et satis­fai­sante. On ne pouvait lui trou­ver aucun défaut. Elle était exquise de forme et de couleur. Dans ses propor­tions parfaites, elle portait la gran­deur de son style avec une digne simpli­cité. Elle était tran­quille, la soirée était tran­quille, la campagne et était tran­quille ; elle faisait partie de la soirée, de la campagne.

Séduction

Tel un enfant égaré dans le royaume des délices, il était stupé­fié par les enchan­te­ments du soleil et de l’ombre. Il s’at­tar­dait pendant des heures à contem­pler, dans une béati­tude stupide, les grandes nappes de soleil répan­dus sur l’herbe, et les ombres intenses qui s’en­fouis­saient dans les profon­deurs des bois. Il se levait tôt le matin et, se penchait à la fenêtre ouverte, se livrait à la rosée, au senti­ment de la clarté nouvelle, aux oiseaux. Que de gazouillis. !

Sous le charme

Et comme sa vision s’élar­gis­sait, il sentit que la maison, très gracieu­se­ment fondue dans les arbres, les prai­ries, les collines, avait poussé là comme eux, faisant partie d’une tradi­tion sécu­laire. Il recon­si­déra même les tableaux, non comme repré­sen­ta­tion de fantôme insi­gni­fiant, mais comme des hommes et des femmes dans le sang avez contri­bué à la compo­si­tion de celui qui coulait dans c’est pas propre. C’était la terre, les fermes, les meules, les sommeil, les jachères qui lui ensei­gnaient cette sagesse

Traduit de l’an­glais ( ?) préfacé et annoté par Pierre Nordon Édition livre de poche

J’ai telle­ment souf­fert à la lecture de la biogra­phie « Virgi­nia » d’Em­ma­nuel Favier que j’ai suivi les conseils que vous aviez mis en commen­taires : relire l’œuvre de cette grande écri­vaine. J’ai commencé par « Mrs Dallo­way » si je suis certaine de l’avoir lu dans ma jeunesse , je pense être passée à côté de son origi­na­lité. Pour une fois, je dois avouer que les notes et la préface m’on beau­coup aidée à comprendre toute la portée de ce roman. D’abord pour la compré­hen­sion de lieux, car je connais mal Londres et les lieux permettent à l’écri­vaine de situer immé­dia­te­ment la scène dans une réalité sociale que les notes m’ont bien expli­quée. Puis, j’ai suivie de plus près les chan­ge­ments de narra­teurs et enfin tous les fils qui se croisent au rythme des heures égre­nées par Big Ben. Je rappelle le sujet : Clarissa Dallo­way une femme de la haute société britan­nique va donner, le soir même, une récep­tion. Sa jour­née sera occu­pée par les le choix des fleurs et les diffé­rentes rencontres qu’elle fait (ou non). La plus impor­tante étant sans dont celle avec l’homme qu’elle a aimé puis repoussé dans sa jeunesse, Peter Walsh. Nous suivons aussi tous ceux qui lui ont permis d’être aujourd’­hui Clarissa Dallo­way avec en contre point, la jour­née tragique de Septi­mus Smith, soldat revenu de la guerre 1418, qui se suici­dera à la fin de la jour­née, car la méde­cine était inca­pable de le sortir de son trau­ma­tisme dû à la violence de ce qu’il a subi pendant la guerre.

Vous le savez aussi, sans doute, ce qui fait toute l’ori­gi­na­lité du style de l’au­teur c’est que celle-ci s’ef­face entiè­re­ment et laisse chaque person­nage évoluée dans ses pensées person­nelles. C’est donc le maillage serré de tous ces dialogues inté­rieurs qui nous permet de connaître et comprendre Carissa Dallo­way et aussi de mieux connaître la société anglaise qui, après la première guerre mondiale, domine encore une grand partie de la planète.

C’est un belle réus­site de faire comprendre aussi bien la vérité de cette époque en ne décri­vant qu’une seule jour­née. Je comprends que l’on parle de chef d’œuvre litté­raire. Si j’ai quelques réserves, c’est que rien ne coule de source dans cette lecture, je le redis sans les notes je n’au­rais pas pu comprendre tout ce que Virgi­nia Woolf voulait nous dire.

Citations

Portrait de Clarissa Dalloway

Elle ne se relâ­chait en aucun sens du terme, elle était droite comme une flèche, un peu rigide à dire vrai. Elle disait qu’ils avaient une sorte de courage qu’elle respec­tait la de plus en plus à mesure qu’elle prenait de l’âge. Il y avait beau­coup de Dallo­way dans tout cela natu­rel­le­ment ; c’était impré­gné d’es­prit civique, d’Em­pire britan­nique, de réforme des tarifs doua­niers, bref l’es­prit de la classe domi­nante n’avait pas manqué de déteindre sur elle. Avec deux fois plus d’in­tel­li­gence que lui, il fallait qu’elle voit les choses avec son regard à lui – une des tragé­dies de la vie conju­gale. Avec l’es­prit qu’elle avait, il fallait toujours qu’elle cite Richard – comme si on ne savait pas à la virgule près ce que pense et Richard en lisant le Morning Post du matin.

C’est bien compliqué l’éducation anglaise (c’était avant les blogs !)

L’un de ses hommes à l’ins­truc­tion impar­faite, auto­di­dactes dont toute l’édu­ca­tion provient de livres emprun­tés dans des biblio­thèques publiques, le soir après la jour­née de travail, sur le conseil d’au­teurs connus consul­tés par courrier.

Remarque si vraie sur les prénoms

Londres n’a fait qu’une bouchée de millions de jeunes gens du nom de Smith ; et ne se souciait guère de prénoms extra­or­di­naires comme Septi­mus par lesquels des parents pensaient distin­guer leurs enfants.

Portrait d’Elizabeth la fille de de Clarissa qui fait penser aux photos de Virginia Woolf adolescente.

Elle avait tendance à être passive. Il lui manquait d’être expres­sive, mais elle avait de beaux yeux, des yeux de Chinoise, orien­taux et, comme disait sa mère, de si jolies épaules et un port si droit qu’elle était toujours déli­cieuse à regar­der ; et ces derniers temps, tout spécia­le­ment le soir, quand quelque chose l’in­té­res­sait, car elle ne s’ex­ci­tait jamais, elle était presque belle, majes­tueuse, sereine. À quoi pouvait-elle penser ? Tous les hommes tombaient amou­reux d’elle et elle trou­vait vrai­ment cela horri­ble­ment ennuyeux. C’était le commencement. 

Humour ?

Elle aimait bien les malades. Et tous les métiers sont ouverts aux femmes de votre géné­ra­tion, avait dit Miss Kilman. Donc elle pour­rait être méde­cin. Où avoir une ferme. Les animaux sont souvent malades.

Édition Le cercle.Belfont. Traduit de l’an­glais par Muriel Levet.

Dans mon club de lecture, il y a quelques lectrices de romans poli­ciers, elles sont très exigeantes si bien que, lors­qu’elles décernent un coup de cœur, je suis volon­tiers leurs recom­man­da­tions. Souvent, c’est qu’au delà de l’in­trigue poli­cière, il y a un inté­rêt histo­rique, socio­lo­gique ou la décou­verte d’une autre civi­li­sa­tion. Rien de tout cela ici, c’est un polar dans la plus plus pure des tradi­tions. Et pour­tant, je l’ai lu sans pouvoir m’arrêter pendant deux jours. L’intrigue est bien fice­lée et le suspens très bien dosé. Evidem­ment, j’ai lu d’abord (ou presque) le dernier chapitre parce que je ne pouvais pas suppor­ter que mes person­nages préfé­rés meurent. Je ne vous dirai rien, puisque vous êtes capables de suppor­ter la mort des gentils en atten­dant la dernière page pour savoir s’ils seront sauvés des griffes des méchants. Non seule­ment vous en êtes capables mais en plus vous aimez ça ! Je ne sais pas si j’ai­me­rai vous rencon­trer dans les tunnels sombres et mal famés de Manches­ter … Oui, parce que dans la banlieue de cette grande ville indus­trielle traîne une faune qui se livre à des trafics en tout genre. Ce qui est assez invrai­sem­blable c’est que de nombreux enfants sans liens avec des adultes sont livrés à des mafieux qui les utilisent comme mule pour la drogue et les pros­ti­tuent, je me demande ce que font les services sociaux britan­niques, cela ressemble plus à la vision de Dickens qu’à la Grande Bretagne d’au­jourd’­hui. Comme je ne peux pas vous racon­ter l’his­toire, je peux au moins dire comment elle commence. Un soir d’hi­ver une maman et sa fille Nata­sha âgée de six ans sont victime d’un acci­dent de la route, la maman est tuée sur le coup, mais la petite fille a disparu (d’où le titre en fran­çais). Six ans plus tard, le mari de cette femme, David a refait sa vie avec Emma et ensemble ils ont un bébé Ollie. Un jour Nata­sha revient chez son père et le roman peut commen­cer, car, si elle est reve­nue, cela semble surtout pour détruire la nouvelle vie de son père. On ne saura que peu à peu ce qu’elle a vécu pendant ces six années qui sont des années d’hor­reur abso­lue. Et nous ne saurons qu’au moment du dénoue­ment pour­quoi elle en veut tant à son père au point de mettre en danger la vie d’Ol­lie, ce bébé rieur.

Je crois que, pour ne rien divul­gâ­cher, j’en ai assez dit, il me reste à évoquer les poli­ciers En parti­cu­lier d’un certain Tom qui mène l’en­quête et qui est très malheu­reux de la mort de son frère Jack un hacker victime d’un acci­dent quelques temps aupa­ra­vant. Mais ce roman est plutôt centré sur les victimes et les malfrats, les poli­ciers font leur travail mais à part Tom n’ont pas une person­na­lité très marquée .

PS

Je crois que si j’ai lu cette auteure c’est aussi que j’ai vu qu’elle habi­tait soit en Italie soit à Auri­gny qui est mon île anglo-normande préfé­rée. Comme quoi, on peut être très irra­tion­nelle dans ses choix. Et voici deux images pour comprendre pour­quoi Rachel Abbot a quitté Manchester !

Citation

Travers masculin

David lui faisait parfois penser à une autruche enfon­çant sa tête dans le sable pour se forcer à croire que tout fini­rait par s’ar­ran­ger. C’était l’une des rares choses qu’elle trou­vait agaçante celui. Non pas son opti­misme, mais son inca­pa­cité pas à regar­der la réalité en face et sa tendance à privi­lé­gier les solu­tions de facilité

Édition JC Lattès traduit de l’anglais(Royaume-Uni) par Domi­nique Edouard.

En période de confi­ne­ment, la lecture reste une bon déri­va­tif. Je ne sais pas trop l’ex­pli­quer mais j’ai eu besoin de trou­ver un roman plus « agréable » pour ne pas dire « facile », pour retrou­ver ce plai­sir qui, chez moi, est une seconde nature. C’est pour cela que je vous propose ce roman que vous pouvez clas­ser dans la rubrique « pour le sourire » et « so british » . J’ai déjà lu de cet auteur « Passé Impar­fait » qui était plus réussi sur le plan de l’in­trigue roma­nesque. Comme je n’ar­ri­vais abso­lu­ment plus à lire depuis que tous les soirs, j’en­tends le nombre de morts augmen­ter et l’épi­dé­mie frap­per à nos portes sans pouvoir me réfu­gier auprès de mes enfants et petits enfants ce qui est, pour moi, le viatique le plus sûr, j’ai pris ce roman sur ma pile, il m’a fait sourire et je l’ai lu jusqu’au bout avec atten­tion. Certes ce n’est pas le roman du siècle et en d’autre temps, j’au­rais été plus critique et sans doute je l’au­rais lu plus rapi­de­ment mais les circons­tances étaient telles, que cette vie d’An­glais de la haute société a été un très bon déri­va­tif. (Comme vous le savez sans doute Julian Felowes est le créa­teur de « Down­ton Abbey ») . Il a choisi pour ce roman deux univers qu’il connaît bien, celui de la noblesse anglaise et le monde des acteurs. Le snobisme est partout mais celui qui me ravit est celui des grandes familles anglaises. L’in­trigue est simplis­sime trop sans doute, une jeune femme très belle réus­sit à épou­ser un noble anglais fortuné, cela veut dire pour elle un enfer­me­ment dans la campagne anglaise avec un mari qu’elle va vite trou­ver ennuyeux. (une Emma Bovary en puis­sance ?) Un trop bel acteur vient trou­bler son mariage et lui apporte la satis­fac­tion sexuelle et une vie qu’elle croit plus trépi­dante, mais… Je ne divul­gâche pas plus surtout que ce n’est vrai­ment pas le plus inté­res­sant. Julian Fellowes est un excellent analyste de l’âme humaine et un obser­va­teur de ces deux mondes qu’il connaît bien. Il y a en lui une grande bien­veillance pour les faiblesses humaines ce qui enlève du mordant à son récit mais en fait un roman agréable à lire. Personne n’est à l’abri du snobisme sauf, peut-être, la reine d’An­gle­terre puis­qu’elle remplit toutes les cases ! Les autres, tous les autres ont toujours au dessus de leur caté­go­rie sociale quel­qu’un qu’ils aime­raient fréquen­ter pour « faire bien » et montrer qu’ils sont, grâce à cette fréquen­ta­tion, une personne impor­tante. Les amis du narra­teur, David et Iabelle Easton, obsé­dés par la maison Brough­ton (les riches châte­lain du coin) m’ont fait penser à ce passage de Proust qui décrit si bien lui aussi le snobisme :

l’absence de rela­tions avec les Guer­mantes, — pour­rait bien avoir été non pas subie, mais voulue par lui, résul­ter de quelque tradi­tion de famille, prin­cipe de morale ou vœu mystique lui inter­di­sant nommé­ment la fréquen­ta­tion des Guer­mantes. « Non, reprit-il, expli­quant par ses paroles sa propre into­na­tion, non, je ne les connais pas, je n’ai jamais voulu, j’ai toujours tenu à sauve­gar­der ma pleine indé­pen­dance ; au fond je suis une tête jaco­bine, vous le savez. Beau­coup de gens sont venus à la rescousse, on me disait que j’avais tort de ne pas aller à Guer­mantes, que je me donnais l’air d’un malo­tru, d’un vieil ours. Mais voilà une répu­ta­tion qui n’est pas pour m’effrayer, elle est si vraie ! Au fond, je n’aime plus au monde que quelques églises, deux ou trois livres, à peine davan­tage de tableaux, et le clair de lune quand la brise de votre jeunesse apporte jusqu’à moi l’odeur des parterres que mes vieilles prunelles ne distinguent plus. » Je ne compre­nais pas bien que pour ne pas aller chez des gens qu’on ne connaît pas, il fût néces­saire de tenir à son indé­pen­dance, et en quoi cela pouvait vous donner l’air d’un sauvage ou d’un ours. Mais ce que je compre­nais c’est que Legran­din n’était pas tout à fait véri­dique quand il disait n’aimer que les églises, le clair de lune et la jeunesse ; il aimait beau­coup les gens des châteaux et se trou­vait pris devant eux d’une si grande peur de leur déplaire qu’il n’osait pas leur lais­ser voir qu’il avait pour amis des bour­geois, des fils de notaires ou d’agents de change, préfé­rant, si la vérité devait se décou­vrir, que ce fût en son absence, loin de lui et « par défaut » ; il était snob.

Oui des snobs, il y en a partout et dans tous les pays mais ils sont rare­ment aussi drôle que les Britan­niques qui en plus le font souvent avec humour. et c’est peut être le bon moment de réécou­ter la chan­son de Boris Vian

Citations

Le couple

Vu de l’ex­té­rieur, il semble essen­tiel à la survie de nombreux mariages que chaque conjoint devienne le fidèle complice des triche­ries de l’autre. 

Portrait d Édith

Édith avait une de ces bouches cise­lées, aux lèvres admi­ra­ble­ment dessi­nées, rappe­lant celle des actrices de cinéma des années 40. Et puis, il y avait sa peau. Pour les Anglais , vanter le teint d’une femme est l’ul­time ressource lors­qu’on est en panne de compli­ments. L’on évoque géné­ra­le­ment un joli teint quand on parle des membres les moins flam­boyants de la famille royale.

Particularisme anglais (mais je connais bien des français qui adorent cela aussi)

Les Anglais, quelle que soit la classe à laquelle ils appar­tiennent, adorent l’ex­clu­si­vité. Mettez trois anglais dans une pièce et il inven­te­ront une règle pour empê­cher un quatrième de se joindre à eux. Ce qui rendait Édith diffé­rentes, c’est que la plupart des gens, en tout cas les membres de la noblesse, feignent de n’at­ta­cher aucune impor­tance à leurs privi­lèges. Recon­naître le plai­sir que l’on éprouve d’être invité alors que le public doit payer son billet, de fran­chir une barrière, ou péné­trer dans une pièce dont les autres sont exclus, ne vous atti­rera que des regards d’in­com­pré­hen­sion des aris­to­crates (vrais ou faux. Les douai­rières chevron­nées se conten­te­ront sans doute d’un haus­se­ment de sour­cil désap­pro­ba­teur pour indi­quer que l’idée même dénote d’un manque de savoir-vivre navrant. Si stupé­fiante que soit la malhon­nê­teté de tout cela, la disci­pline avec laquelle ces gens-là respectent leurs inébran­lables règles force le respect.

Très bonne analyse

Dans l’en­semble, les gens privi­lé­gié ne sont pas du genre à geindre. On ne parle pas de ces ennuis, ça ne se fait pas. Une prome­nade d’un pas vif ou un bon cordial sont leur façon de réagir lors­qu’ils ont des peines de cœur ou d’argent. La presse popu­laire décrit souvent leurs froi­deur or ce n’est pas le manque de senti­ments qui les rend diffé­rents, plutôt leur habi­tude de ne pas les expri­mer. Élevés dans cette disci­pline de pudeur, ils n’ap­pré­cient évidem­ment pas les débor­de­ments d’émo­tion chez les autres, et sont sincè­re­ment déso­rien­tés par le chagrin des classes labo­rieuses, ces mère en sanglots que l’on traîne et soutient jusqu’à l’église pour l’en­ter­re­ment de leur enfant, ces veuves de soldat photo­gra­phiées en larmes, lisant sa dernière lettre. Le mot même de « conseiller » les révulse. Sans doute ne comprennent-ils pas que toute tragé­die natio­nale ou person­nelle ‑guerre meur­trière, atten­tat, acci­dent de la route, offre aux gens plus simples l’oc­ca­sion de connaître une célé­brité éphé­mère. Pour une fois dans leur vie, ils peuvent apai­ser le désir obsé­dant, et telle­ment humain, de vedet­ta­riat , de recon­nais­sance publique de leur condi­tion. Un besoin que les privi­lé­giés ne s’ex­pliquent pas parce qu’ils ne le ressentent pas. Eux sont nés sur le devant de la scène.

Discussion politique

L’is­sue de la discus­sion n’avait aucune impor­tance pour aucun d’entre nous, il n’empêche que l’appuie que m’ap­por­tait Tommy agaçait Henri. Comme tous les repré­sen­tants les moins intel­li­gents de sa classe, il s’ima­gi­nait que sur chaque sujet, du choix d’un porto à l’eu­tha­na­sie, il existe une façon correcte de penser et qu’il suffit de la formu­ler pour empor­ter la posi­tion. Vu qu’il ne s’adresse géné­ra­le­ment qu’à des gens de leur bord, la partie est souvent facile à gagner.

La lady la plus aboutie

Lady Uckfield parlait de lui comme on parle d’un vieil ami mais comme elle cachait toujours ses senti­ments, y compris à elle-même, j’étais inca­pable d’éva­luer leur degré d’intimité.

Le personnage principal tombe amoureux

Elle s’ap­pe­lait Adela Fitz­ge­rald, son père était un baron­net Irlan­dais, un des plus anciens, précisa-t-elle parfois d’un ton tran­chant. Elle était grande, jolie, sérieuse et je perçus aussi­tôt que j’avais toutes les chances d’être heureux auprès d’elle pour le restant de mes jours. Aussi fus-je très occupé dans les mois qui suivirent à la convaincre de cette évidence qui, je dois l’ad­mettre, lui parais­sait moins criante qu’à moi.

Comparaison : femme d’aristocrate et femme de star

La femme d’un comte est une authen­tique comtesse. Les gens ne voient pas simple­ment en elle le moyen d’ac­cé­der à son mari. De plus, si la famille qu’elle a épou­sée à conser­ver ses biens, ce qui était le cas des Brough­ton, elle peut régner en souve­raine sur le micro-royaume de son mari. En revanche, la femme d’une star n’est… que sa femme. Rien de plus. Les gens ne la cour­tisent que pour s’in­si­nuer dans les bonnes grâces de la vedette. Il n’y a aucun domaine sur lequel régner. Le royaume de son mari, ce sont les studios et la scène où elle n’a pas sa place. Lors­qu’elle y fait de rares appa­ri­tions, elle dérange même plutôt, inac­tive parmi des gens en train de travailler.