Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Édition Seuil

Un essai ? un roman ? ce qui est sûr c’est que cette lecture a été un peu diffi­cile dans le cadre du club de lecture parce qu’il faut l’ava­ler en quelques jours et que cette oeuvre ne s’y prête guère elle convien­drait mieux à la flâne­rie litté­raire qui permet­trait au lecteur de réali­ser le vœu de Bernard Cham­baz :

Aux morts pour qu’ils vivent. Aux vivants pour qu’ils aiment

Cette cita­tion extraite de l’oeuvre de Joseph Delteil « les poilus », est le fil conduc­teur de ce roman, les vivants, dans le texte, ils sont deux, les parents de Martin né en 1976 et on peut aussi y rajou­ter nous, lecteurs et lectrices. Les morts ils sont très nombreux en dehors des deux prin­ci­paux Jack London mort en 1916 et Martin mort à 16 ans en 1992, il y a aussi la famille quelque peu compli­quée de Jack London et tous les écri­vains que Bernard Cham­baz convoque dans ce voyage qui retrace un itiné­raire possible pour mieux connaître l’au­teur, entre autre, de Martin Eden . Le livre se divise en chapitres qui sont autant de lieux évoquant la vie du grand écri­vain qui, parfois, dialogue avec Martin, et que l’au­teur visite avec son épouse. Je pense que si on ne connaît pas l’œuvre de cet auteur extra­or­di­naire qui s’est battu contre tant d’in­jus­tices et qui a produit un nombre d’écrits incroyables, on ne peut pas appré­cier ce livre. Beau­coup de gens se sont empa­rés de sa vie car elle se prête aux scan­dales et aux révé­la­tions sulfu­reuses même sa propre famille y est allée de diffé­rentes versions, comme souvent dans ce cas le plus inté­res­sant et sans doute le plus proche de lui est dans ses livres. Je me souviens bien de ma lecture de Martin Eden, c’est un livre que j’ai lu et relu je crois qu’une grande part de lui est dans ce roman. Cela m’a donné envie de relire les livres qui ont enchanté mon enfance comme « l’ap­pel de la forêt » et « Croc blanc » je ne sais pas si les jeunes d’au­jourd’­hui pour­raient être sensibles à ces histoires, eux qui peuvent regar­der de si nombreux docu­men­taires anima­liers de si grande qualité. Jack London est un écri­vain de qualité et un homme privé médiocre, comme le prouve les lettres à ses filles dont l’au­teur dit qu’il aurait aimé en faire un grand feu de joie telle­ment il y appa­raît comme mesquin. J’ai retrouvé dans ce livre l’en­ga­ge­ment de l’au­teur face à la misère du monde capi­ta­liste et la fluc­tua­tion de sa pensée poli­tique. C’est souvent le cas lors­qu’un homme connaît la misère popu­laire, il sait souvent très bien décrire d’où il vient mais quand lui-même atteint un niveau de vie très confor­table grâce à ses écrits sa mauvaise conscience le taraude et peut le conduire à des posi­tions para­doxales.

Je ne suis pas enthou­siaste pour ce livre, parce que je me suis souvent perdue dans les diffé­rents point de vue des chapitres : étions nous avec l’au­teur et son amou­reuse ? avec leur fils, avec Jack London ? et surtout je n’ai pas compris le dialogue entre Martin et Jack . Est-ce-que cela a enri­chi pour l’au­teur la connais­sance de son fils ? et j’avoue que les constantes allu­sions aux signes astro­lo­giques me laissent perplexe.

Toutes ces réserves viennent aussi, sans doute, du fait que j’ai lu trop rapi­de­ment ce livre pour le rendre au club et avoir l’avis des autres lectrices. et pour­tant dans ce livre j’ai lu cette phrase qui me touche beau­coup :

Nous sommes aussi, un peu, les livres que nous avons lus.

Citations

Une mère au caractère sans tendresse.

Toute sa vie, il restera animé par des senti­ments contra­dic­toires, partagé entre l’af­fec­tion natu­relle qu’il porte à sa mère et l’ir­ri­ta­tion instinc­tive que ses réac­tions provoquent (.….. )
On garde au fond du cœur des épisodes cuisants auxquels nous donnons, quel­que­fois, trop de relief. Le plus lanci­nant quand il y repense n’est pas que sa mère ne lui ait dispensé aucune tendresse, c’est son compor­te­ment lors de l’épi­dé­mie de diph­té­rie ou une fièvre cara­bi­née faillit les empor­ter, sa demi-sœur et lui. Ce jour-là, Flora demanda au méde­cin si elle pouvait les enter­rer dans le même cercueil.

L’enfance de Jack London

Il n’y a pas que les livres dans la vie. Dès ses huit ans, Jack doit gagner sa vie ou plutôt contri­buer au budget fami­lial, débi­tant des pains de glace l’été, balayant les pistes d’un bowling le weekend, livreur de jour­naux, à pied d » œuvre pour l’édi­tion du matin et pour l’édi­tion du soir, la nuit noire l’hi­ver, avant et après la jour­née d’école où il s’est davan­tage ennuyé qu’il n’a appris.

Ce qui rend difficile le livre : mélange des époques et des lieux

Icefields Park­way ‑ou la prome­nade des Glaciers- longe depuis Jasper la rivière Atha­basca. En langue crie, on entend tantôt l’herbe éparse tantôt les roseaux que les champs de glace prodiguent à la saison esti­vale.

Défense de l’assassin du président Garfield

À son procès, l’as­sas­sin ne plaida pas la folie mais la volonté de Dieu dont il était l’ins­tru­ment, convaincu qu’il serait à ce titre inno­centé, assu­rant sa défense avec des argu­ments spécieux : » Ce sont les méde­cins qui l’ont tué. J’ai seule­ment tiré . »

Londres en 1900…

Avant même d’ar­ri­ver au cœur des ténèbres, sa première impres­sion de la capi­tale mondiale et d’une « abjecte pauvreté » bien­tôt « sans limite ». Jack est saisie par la vision des vieux et des enfants fouillant les ordures dans la boue. .… 
Dormir est un méchant casse-tête, que ce soit dans une pièce insa­lubre où s’en­tassent plusieurs familles, chez des marchands de sommeil qui louent très cher des lits occu­pés par roule­ment, dans des loge­ments exigus, sordides des taudis, des gale­tas, des tanières, parfois sans fenêtre, presque toujours sans lumière.

Une histoire qui lui servira dans ses nouvelles

Un vieux marin lui rapporte son histoire et le hasard une fois encore fait que c’est une histoire pour Jack. Le vieux avait donc frappé un lieu­te­nant qu’il avait insulté, le lieu­te­nant était tombé à la mer, il avait sauté dans l’eau par réflexe, mais j’au­rais mieux fait de nous noyer tous les deux, crois-moi, un canot les avais repê­chés, on l’avait traduit devant un tribu­nal, on lui avait enlevé la Victo­ria Cross gagnée sur les champs de bataille au bord de la mer Noire pour les beaux yeux de la reine, et il conclut d’une voix ferme, lais­sant Jack sans voix. : « Ne te laisse pas vieillir, mon petit ! Meurs quand tu es encore jeune ! »

Jack en époux

Alors que Bess est enceinte, qu’elle se coltine les tâches ména­gères et tape à la machine ses manus­crits, il conti­nue de faire du vélo, boxer, nager, sortir au club avec ses copains, animer des réunions publiques où il retrouve Anna.

Édition Galli­mard

Cet auteur est un habi­tué de Luocine, il sait me faire rire et aussi m’émou­voir. « Char­lotte » est certai­ne­ment le livre qui m’a le plus touchée, j’ai même pleuré en lisant « Mes souve­nirs » adoré « La déli­ca­tesse » et été déçue par « Nos sépa­ra­tions »

J’ai beau­coup hésité entre trois ou quatre coquillages, mais en tant qu’ha­bi­tué de Luocine, David Foen­ki­nos béné­fi­cie d’un préjugé favo­rable. Dans ce roman, l’au­teur nous fait prendre conscience du travail de l’écri­vain. C’est très à la mode de parler de l’ins­pi­ra­tion et de la diffi­culté de renou­ve­ler son inspi­ra­tion et c’est pour ce côté « dans le vent » que je suis passée de quatre à trois coquillages. Mais c’est aussi un roman qui traite avec telle­ment de légè­reté et d’hu­mour de la créa­tion roma­nesque et de notre vie de tous les jours, que je lui ai rendu son quatrième coquillage !

L’au­teur est donc en panne d’ins­pi­ra­tion, et décide d’ar­rê­ter la première personne qu’il rencontre pour en faire son person­nage de roman . Cela tombe sur Made­leine Tricot, femme assez âgée (on dirait, aujourd’­hui, à risques) qui a travaillé dans la mode, chez Chanel, auprès de Karl Lager­feld . Son roman s’éten­dra à la famille de sa fille, Valé­rie, qui a épousé Patrick Martin d’où le titre du roman. L’au­teur doit aussi gérer sa sépa­ra­tion. Après quelques années de vie commune, Marie vient de le quit­ter en lui disant qu’elle préfère vivre seule qu’a­vec lui. Entre la fiction et la réalité qui passe par la plume de l’écri­vain, on assiste surtout à une excel­lente mise en scène de la créa­tion roma­nesque et du plai­sir que doit éprou­ver tout écri­vain à domi­ner chaque person­nage obéis­sant à sa toute puis­sance. Mais dans la réalité ? Et bien, oui cela ne se passe pas comme ça, même si on aime­rait parfois qu’un écri­vain nous anime pour avoir le courage de brûler les rideaux d’un chef pervers et mani­pu­la­teur ou de mettre toutes ses écono­mies pour aller jusqu’à Los Angeles retrou­ver son amour de jeunesse. C’est un roman très léger et qui se lit très vite et en plus qui sort le lecteur de la moro­sité ambiante. Ces quelques allu­sions aux quoti­diens sont bien croquées sans être plom­bantes. Je suis très sensible l’hu­mour de cet écri­vain. Il me donne le sourire même si, comme il le dit dans ce texte, son roman n’est certai­ne­ment pas écrit pour durer cent ans, il permet de passer une très bonne soirée.

Citations

Sujet de roman

Je m’étais senti excité par mon intui­tion, mais voilà que j’en étais déjà à écrire sur la néces­sité de ne pas recon­ge­ler des produits décon­ge­lés. Quelques années après avoir obtenu le prix Renau­dot, je sentais le fris­son du déclin me parcou­rir le dos.

Humour des notes en bas de page

Certes, en sortant du 17° arron­dis­se­ment de Paris à 10 heures du matin, j’avais peu de chance de tomber sur une go-go danseuse.

Humour

Ma capa­cité de séduc­tion ressem­blait depuis un moment à un film de Berg­man (sans les sous-titres).

Je crois cela aussi

J’ai l’im­pres­sion qu’on peut tout savoir d’une personne en obser­vant les livres qu’elle possède.

Dialogue avec un ado

- Vrai­ment, tu n’as pas de passion ? Deman­dai-je avec désin­vol­ture, m’ef­for­çant d’évi­ter un ton culpa­bi­li­sa­teur.
- Moyen.
- C’est-à-dire ? Ça veut dire quoi moyen ?
- Ça veut dire j’ai moyen des passions.
- D’ac­cord… Et la musique, tu aimes ça ? Les poster… Tu aimes Angel ?
- Pas spécia­le­ment. J’ai fait des trous dans le mur quand j’étais petit, alors je les cache avec des posters.
- Tu écoutes quoi ?
- Il n’y a rien qui me vient, là.
- Et ton temps libre, tu l’oc­cupe comment ?
- Je joue en ligne avec des potes.

Remarque assez juste

-Ah, j’ai compris. Votre roman, c’est pour déter­rer les histoires de famille. Tout ce qui fait mal.
- Mais non…je n’irai pas contre votre volonté.
- C’est ce qu’ils disent tous. Je ne lis pas beau­coup de romans contem­po­rains, mais je vois bien qu’é­crire est souvent un moyen de régler ses comptes.

Harcèlement au travail

Ce matin, Desjoyaux l’avait convo­qué pour lui propo­ser un rendez-vous dans trois jours . Quel supplice . Pour­quoi ne lui avait-il pas signi­fié immé­dia­te­ment ce qu’il voulait lui dire ? Il allait passer les jours suivants avec une boule au ventre . Desjoyaux n’avait rien laissé perce­voir dans son regard , un visage suisse. Le degré suprême du harcè­le­ment , c’est façon froide et presque souriante de commettre un meurtre sala­riale . Il y avait forcé­ment du sadisme dans cette atti­tude ; il était bien conscient, vu le contexte géné­ral, qu’il ferait souf­frir un employé en lui annon­çant qu’il le verrait trois jours plus tard ; pire, il avait ajouté « impé­ra­ti­ve­ment » le voir. Les mots ont un sens. Impé­ra­tif veut dire que c’est majeur, déter­mi­nant ; cela sent la condam­na­tion.

Vérité et fiction : dilemme de l’écrivain

Ainsi, le vrai pareil souvent impro­bable. J’avais peur de m’emparer du réel, et qu’on l’es­time moins crédible que la fiction. Je redou­tais qu’on puisse ne pas me croire, qu’on se dise que toute cette histoire était inven­tée ; qu’on se dise que je n’étais jamais descendu de chez moi pour abor­der la première personne venue. Il m’ar­rive parfois de dire la vérité, et cela sonne comme un mensonge. Mais je n’y peux rien : la vie est peu plau­sible.

j’ai encore une fois trouvé cet auteur sur la blogo­sphère et je m’en féli­cite. Il se trouve que je l’ai lu deux fois car j’ai été isolée dans un endroit avec ce seul livre comme lecture possible, alors comme autre­fois dans ma jeunesse, j’ai relu ce livre tout douce­ment pour ne pas le finir trop vite​.Et j’ai été très sensible à la langue et par moment une réflexion sur les mots, ceux venant du patois comme « empur­gué » qui désigne à la fois la nais­sance et la mort. Telle une tragé­die antique le roman tient en une jour­née de 1961. Mais fina­le­ment la clé du livre est donnée dans un court texte qui lui se passe 2011 et raconte un fait histo­rique peu connu de 1940 dans la ligne Magi­not le combat et la résis­tance de l’ar­mée fran­çaise à Schœ­nen­bourg . Le roman évoque un petit village d’Au­vergne c’est l’époque du remem­bre­ment et de l’ar­ri­vée de la télé­vi­sion. Des person­nages complexes que l’on ne peut pas juger faci­le­ment. Un geste héroïque d’un père qui sait depuis 1940 ce que veut dire la guerre. Et enfin un moment de notre histoire très mal racon­tée par nos livres d’histoire et très défor­mée dans notre incons­cient collec­tif : la ligne Magi­not. Nous suivons d’abord les pensées d’Al­bert qui n’a jamais su trou­ver les mots pour racon­ter sa guerre à ses enfants. Il sait une chose Albert, il ne veut pas de la moder­nité que sa femme aime tant. Et le remem­bre­ment qui s’an­nonce signi­fie pour lui la fin de son monde car il se sent plus paysan qu’ou­vrier chez Miche­lin. Puis les pensées de Gilles, ce petit bonhomme de CM2 qui a trouvé dans les livres sa raison de vivre et qui, ce jour là, est plongé dans « Eugé­nie Gran­det ». En chemi­nant dans ce roman trop diffi­cile pour lui, il ouvre peu à peu les portes de la compré­hen­sion de la vie. C’est merveilleu­se­ment raconté. Et puis il y a la belle Suzanne, la mère d’Henry soldat en Algé­rie né avant la guerre 3945 et de Gilles né après. C’est la femme d’Albert qu’elle a cessé d’ai­mer.

Tout le roman tourne autour de l’ar­ri­vée de la télé­vi­sion car l’émis­sion phare de la seule chaîne alors diffu­sée « 5 colonnes à la une » consacre un repor­tage aux soldats d Algé­rie. Henry est inter­viewé à l’oc­ca­sion. Sa mère ne manque­rait pour rien au monde ce moment de revoir son fils. Les consé­quences seront tragiques.
Il y a aussi la mère très âgée qui perd parfois la tête, et la sœur d’Al­bert qui a choisi la moder­nité et le commu­nisme.
Voilà donc un moment de vie dans la campagne en 1961 et pour moi la décou­verte d’un écri­vain qui a su évoquer en une seule jour­née trois guerres, celle de 1418, le père d’Albert en est revenu victo­rieux, celle de 3945 dont Albert est revenu muet et vaincu et celle d’Henry son fils qui risque sa vie même si personne ne comprend très bien ce qu’il fait dans ce pays si loin­tain. Je sais que ce roman restera gravé dans ma mémoire et que je ferai de nouveau confiance à cet auteur pour m’embarquer dans son univers .

Citations

Explication du titre

In extre­mis, il réus­sit à rava­ler ses pleurs sous ses paupières et à les manger dans ses yeux. Ça le brûlait telle­ment qu’au moment où il les rouvrit il crut avoir perdu la vue. Il n’en reve­nait pas de ce séisme au-dedans, lui qui ne versait jamais une larme, pas même aux enter­re­ments, pas même à l’en­ter­re­ment de son père. Un homme qui pleure, ça n’avait pas de sens. Sauf parfois les vieux. Il avait déjà remar­qué que, à partir d’un certain âge, les hommes n’hé­si­taient pas à sortir leur mouchoir, pour presque rien. Il se souve­nait du père Pelou qu’il avait aidé, il y avait plusieurs années de cela, à retour­ner la terre de son pota­ger. L’homme avait été une force de la nature mais, après de 80 ans, il n’avait plus un muscle dans les bras et, malgré son grand âge, il devait encore nour­rir un fils impo­tent que le reflux de 14 lui avait ramené comme un un déchet. Inca­pable de le remer­cier du service rendu, le vieil homme s’était mis à trem­bler comme une feuille. C’était son corps tout entier qui pleu­rait sans pouvoir s’ar­rê­ter. Et pour­tant Dieu sait qu’il n’avait pas été tendre dans sa vie celui-là, surtout pas avec sa femme, une sainte, qui s’epui­sait à s’oc­cu­per de leur fils unique condamné à vie dans sa chaise roulante. En vieillis­sant les hommes pleurent. C’était vrai. Peut-être pleu­rait-il tout ce qu’il n’avait pas pleuré dans leur vie, c’était le châti­ment des hommes forts.

Un fait historique peu connu

Je suis allé plusieurs fois visi­ter le fort de Schœ­nen­bourg pour écou­ter ce silence de la plaine. À un moment, il faut renon­cer aux mots et donner les chiffres. Seule­ment 22000 soldats fran­çais ont vaincu 240 000 Alle­mands en Alsace et en Lorraine, et seule­ment 85000 autres soldats fran­çais alpin dans leurs alpins dans leurs cham­pi­gnons de béton ont arrêté près de 650000 Alle­mands et Italiens. Pas un ennemi n’est passé sur la ligne Magi­not, tant que des soldats sont restés à leur poste. Pas un ! Et quand l’ar­mis­tice entra en vigueur le 25 juin, les soldats ne capi­tu­lerent pas pour autant, et conti­nuèrent à se battre comme des chiens ou comme des dieux. Ils voulurent vaincre ici, puisque ailleurs tu t’étais déjà perdu, unique­ment pour l’hon­neur de leur père et surtout pour faire la preuve non pas de leur courage (ils étaient bien trop humbles pour ça), mais de l’ef­fi­ca­cité du plus grand projet de forti­fi­ca­tion jamais pensé ni réalisé, ni égalé en Europe et qui les avait rendu invin­cibles eux- mêmes. Le muscle de béton avait parfai­te­ment joué son rôle et tenu ses promesses, et même au-delà. Si le haut comman­de­ment avait fait son travail au nord, donné les ordres au bon moment, ou si la Belgique avait opté pour un prolon­ge­ment de la ligne Magi­not sur ses fron­tières à l’est au lieu de préfé­rer la naïve neutra­lité qui leur a coûté beau­coup plus cher en vies humaines, le cours de l’his­toire eût été tout autre.

Les Américains en 1918 et Maginot

Fini, enfin, d’ap­pe­ler à notre rescousse ces améri­cains si mal élevés qui refu­saient que leurs soldats noirs parti­cipent aux célé­bra­tions de la victoire. Saviez-vous que ce sont les paysans fran­çais qui sont allés cher­cher les soldats noirs dans leur caserne où leurs maîtres blancs les avaient bouclé à double tour. Et, malgré le règle­ment améri­cain, ces mêmes paysans ont jeté ces esclaves dans les bras de leurs filles pour danser sur les places de tous les villages. Ils ont aimé l’ac­cor­déon, ces noirs qui ne connais­saient que le jazz. Pour­quoi croyez-vous que la France fut une terre bénie pour les jazz­men qui arri­vèrent à Paris au moment où Magi­not juste­ment réflé­chis­sait à la façon d’évi­ter que le massacre recom­mence un jour ? Le jazz, c’est la musique de l’idéal, le blues, c’est la musique du spleen. Ça jouait du jazz partout, et l’ar­mée cher­chait aussi à sa façon à faire écho à cet idéal. Enfin, toutes ces raisons addi­tion­nées donnaient une réponse claire, il fallait éviter qu’un jour autant d’hommes meurent pour sauver leur pays. Après tout, ce n’est pas aux hommes de sauver leur pays, c’est au gouver­ne­ment. Magi­not en était convaincu.

J’aime réfléchir sur les mots

Mais est-ce que ça pouvait vrai­ment être ça le bonheur ? Il cher­cha dans le diction­naire , qu’il avait aussi emprunté à son frère , l’éty­mo­lo­gie de ce mot . Il décou­vrit que le bonheur n’était pas cet état de béati­tude qu’il avait imaginé, le bonheur était un présage, le présage du bien, comme le malheur était le présage du mal. C’était juste une promesse.

Le charme du patois

Albert connais­sais aussi le miracle de cette langue ancienne des paysans ou le feu meurt à tout jamais, alors que les hommes s’éteignent pour naître dans la mort. On ne disait pas que quel­qu’un était mort, on disait qu’il s’était éteint puis « empur­gué ». Le mot oublié remonta en lui pour le conso­ler. L’Em­pur­gar ! Le seul mot qui dési­gnait en patois la nais­sance dans la mort, un mot gaulois sûre­ment, qui n’exis­tait pas en fran­çais, le seul mot qui devait apai­ser Made­leine en secret.

Le plaisir des livres

Eugé­nie Gran­det était le premier grand roman qu’il lisait, sans savoir que c’était un grand roman. Dès les premières lignes, sa confiance en ce qui était écrit gran­dit au fur et à mesure de sa lecture. Dans le livre, on ne parlait pas comme chez lui, à part Nanon peut-être, qui parlait un peu comme sa grand-mère. Les phrases étaient comme des routes de montagne avec des virages qui s’en­chaînent les uns aux autres et au bout desquels se révèlent des paysages magni­fiques. Elles étaient compli­quées, même ardues quel­que­fois et, malgré cette diffi­culté, il comp­tait bien aller jusqu’au bout du livre. Les pages étaient encore scel­lées entre elles et, à l’aide du canif que son père lui avait offert, il coupait les pages les unes après les autres avec un plai­sir équi­valent à celui d’un explo­ra­teur obligé de couper la végé­ta­tion pour se frayer un chemin dans une forêt épaisse et noire, atta­qué lui aussi par les mouches qui se multi­pliaient dans la chaleur.

Découverte du roman de Balzac et les pleurs d’un homme.

Le cousin d’Eu­ge­nie était incon­so­lable. Gilles, plongé dans un nouveau chapitre du roman, chas­sait machi­na­le­ment les mouches qui brouillaient les lignes noire et genait sa lecture. Charles venait d’ap­prendre la mort de son père. C’était pour l’éloi­gner du drame que le vieil homme ruiné l’avait envoyé à Saumur, chez son oncle. Il était perdu, le pauvre garçon. Ninon, la bonne à tout faire, et Euge­nie cher­chaient par tous les moyens à soula­ger la peine de ce jeune homme si diffé­rent de tout ce qu’elles connais­saient , et qui n’ar­rê­tait pas de pleu­rer. Ça, c’était curieux. Gilles savait qu’un enfant pouvait pleu­rer, que sa mère pleu­rait quand elle lisait les lettres d’Henri, mais un homme ! Charles Gran­det était un homme déjà. Gilles n’avait jamais vu son père pleu­rer, ni aucun homme autour de lui, pas même Henri. Alors, de quoi était fait ce Charles qui s’ef­fon­drait des nuits entières, comme une fille, écrasé dans ses oreillers ?

Voici donc le quatrième roman que je lis et que j’ap­pré­cie de Laurent Seksik. Cet auteur a un grand talent pour faire revivre les gens célèbres du début du XX°siècle. Après Einstein, Romain Gary voici donc l’évo­ca­tion des derniers mois de la vie de Stefan Zweig et de sa jeune compagne Lotte Altmann , madame Zweig. Venant de finir « les joueurs d’échec », j’ai eu envie de mieux comprendre cet auteur. Ce court récit est abso­lu­ment poignant, on connaît la fin et cette lente montée vers le geste inéluc­table : le suicide du couple, est terrible. Surtout celui de la jeune femme qui suit son amour dans la mort mais qui avait la vie devant elle. Le terrible déses­poir de cet immense écri­vain est très bien décrit ainsi que son inca­pa­cité à mener un dernier combat vers l’es­poir. Mais on sait aussi qu’il a raison, Hitler et les Nazis autri­chiens ont fait dispa­raître à tout jamais une immense culture dont les intel­lec­tuels vien­nois étaient les repré­sen­tants les plus éminents : l’Homo-austrico-judaï­cus . Mais j’en veux quand même à Stefan Zweil de ne pas avoir tenté de faire revivre cette culture car le nazisme a eu une fin et il n’était plus là pour empê­cher l’Au­triche d’ou­blier les apports de cet ancien monde .

Citations

Les raisons du désespoir de Stefan Zweig

Lui n’était porteur d’au­cune idéo­lo­gie. Il détes­tait les idéo­lo­gies. Il avait simple­ment cher­ché les mots pour dire. « Nous avons existé ». Il n’était pas certain qu’il demeu­rât quelque chose de la civi­li­sa­tion qu’il avait connu. Il fallait avoir grandi à Vienne pour mesu­rer l’am­pleur du meurtre en prépa­ra­tion. Il voulait cise­ler une pierre qui prou­ve­rait aux géné­ra­tions qu’un jour vécut sur cette terre une race désor­mais éteinte, « l’Homo-austrico-judaï­cus ».

Richesse de la tradition juive

Dans notre tradi­tion , un être humain se défi­nit d’abord par les liens qu’il entre­tient avec les autres . On ne mesure une vie qu’à l’aune d’une autre vie . Je ne vous demande pas de vous ouvrir à Dieu, sans doute le moment est-il mal choisi de s’en remettre à lui tandis qu’il semble avec tant d’achar­ne­ment se détour­ner de son peuple.

Le désespoir de Zweig et la question du poids des écrivains face à la barbarie.

Nul, en aucun coin du monde, n’avait besoin ni des paroles ni des écrits de Stefan Zweig. D’ailleurs, sa voix serait-elle seule­ment audible au milieu des fracas des armes ? Sa voix chevro­tante et plain­tive face aux voci­fé­ra­tions du Fuhrer, aux hurle­ments de Goeb­bels ? Sa voix venue des des abîmes, tirée de de sa souf­france ? Sa voix se perdait dans le souffle du vent.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Après « Ce sont des choses qui arrivent », j’ai eu un grand plai­sir à retrou­ver cette auteure. Elle a un ton bien à elle pour évoquer les petits travers des « grandes » heures de gloire de la France, et même le tragique prend un air quelque peu ridi­cule. Nous sommes en Mais 1968, le 22 pour être précis. Tout Paris reten­tit de la révolte étudiante et subit les contraintes de la grève géné­rale qui para­lyse l’ap­pro­vi­sion­ne­ment et les trans­ports. Tout Paris, soit mais qu’en est-il des hôtels de luxe et du person­nel peu formé pour expri­mer des opinions person­nelles et encore moins liber­taires. Que pense donc, le person­nel et les habi­tués du Meurice ? Son décor n’inspire pas la contes­ta­tion :

Il n’empêche ! le Chef de Rang, Roland, a orga­nisé une assem­blée géné­rale du person­nel qui a voté l’autogestion. Seule­ment voilà, ce jour le 22mai 1968, c’est aussi, le jour ou la richis­sime Florence Gould doit remettre « le prix Nimier » à un jeune écri­vain. Le person­nel décide de montrer qu’il est fort capable de se passer du direc­teur et orga­nise une soiré en tout point remar­quable. Pendant ce temps le direc­teur réunit ces confrères du Ritz, du Plazza, du Lute­tia et du Crillon pour savoir que faire devant cette situa­tion quelque peu inédite. Cela permet à l’au­teur de donner vie à un autre endroit stra­té­gique de l’hô­tel, le bar :

Peu de problèmes résistent à l’al­cool et à l’argent. C’est la morale de ce roman. Sans doute vous serez vite curieux de connaître le roman­cier récom­pensé, comme l’ex ministre de la culture Fleur Pelle­rin, les vieux compa­gnons de table de Florence ne l’ont pas lu et seraient bien en peine de parler de son livre. En mai 1968 le prix Roger Nimier a été attri­bué à Patrick Modiano, et ce prix lui a été remis par des écri­vains proches de la colla­bo­ra­tion. Pauline Drey­fus a un vrai talent pour faire revivre ces gens si riches et si oisifs, elle ne les charge pas mais rend bien leurs aspects super­fi­ciels. Et son talent ne s’ar­rête pas à « croquer » caprices des gens trop riches avec humour,(la scène du repas de l’oce­lot de Salva­dor Dali est aussi cruelle que drôle !)

L’au­teure sait aussi nous rendre plus proche les obses­sions litté­raires de Patrick Modiano, qui dit de lui même qu’il a hérité du passé de la guerre qui n’était pas le sien. Or, ces mêmes salons furent le siège de la Komman­dan­tur et ce sont les mêmes suites qui furent les loge­ments de fonc­tion des occu­pants et du géné­ral von Chol­titz. Tous les person­nages du fameux dîner ont existé et certains person­nages ont dû s’amu­ser à se retrou­ver sujet de roman. Un person­nage fictif existe, un homme qui a mis toutes ses écono­mies dans une semaine au Meurice avant que le cancer ne l’emporte. Il est le seul à avoir lu et avoir compris le roman, et c’est lui aura le mot de la fin avec une chute qui m’a peu convain­cue. Le roman n’avait pas besoin de ce hasard là.

Citations

Grève au Meurice

Depuis hier, même les Folies Bergères sont occu­pées par le person­nel. Ce que les filles à plumes peuvent faire, je ne vois pas pour­quoi nous n’en serions pas capable. Sinon nous allons passer pour le dernier des Mohi­cans. Votons une motion !

La grande Histoire et la petite

En appre­nant que le Meurice avait, lui aussi, été conta­miné par la révo­lu­tion qui gangre­nait le pays, le ministre s’était senti person­nel­le­ment insul­ter. Il tenait en grande estime le direc­teur de l’hô­tel, qui lui consen­tait des prix infé­rieurs à ceux du marché, au motif que l’His­toire n’est qu’une éter­nelle répé­ti­tion et qu’au­tre­fois, Louis Napo­léon Bona­parte avait élu Le Meurice pour abri­ter ses amours avec Miss Howard. Une actrice, déjà. Un homme poli­tique, encore. L’adul­tère, toujours.

Florence Gould et son passé pendant et après la guerre ou le pouvoir de l’argent.

Au bout d’une jour­née entière de labo­rieux palabres ponc­tués de protes­ta­tions indi­gnées, Florence avait dû son salut à son carnet de chèques. Le montant qu’elle avait inscrit était si élevé qu’elle avait pu rega­gner son domi­cile le soir même.
Pour tout le monde et surtout pour l’ave­nir, cet épisode serait à clas­ser dans la caté­go­rie des calom­nies. Même si elle avait été brève, l’ex­pé­rience lui avait paru humi­liante. Ces déjeu­ners où se presse le Tout-Paris de la litté­ra­ture, c’est sa revanche. Plus personne ne lui repro­chera ses fréquentations.(Hormis , post mortem, ses biographes, mais avec une telle mansué­tude que le péché devient erreur de jeunesse : « Forence, après c’est sévère enquête du gouver­ne­ment fran­çais, améri­cain et moné­gasque, est vite lavée de tout soup­çon même si elle a manqué de discer­ne­ment dans le choix de certains amants » litote déli­cieuse !)

L’homme des renseignements généraux au bar du Meurice

Il est des missions plus agréables que d’autres. Au perrier rondelle a succédé le whisky, puis le Dry Martini. Aussi, à cette minute, son esprit est-il si brumeux qu’il serait inca­pable de faire la diffé­rence entre un situa­tion­niste et un maoïste.

Traduit du russe par Sophie Benech.


Merci Domi­nique qui a la suite d’un article de Goran, m’a conseillé et prêté ce petit livre. Il est enri­chi par des dessins d’Alexeï Rémi­zov et de beaux poèmes de Marina Tsvé­taïeva. Cet essai témoigne d’une expé­rience vécue par l’au­teur qui a d’abord fui la Russie tsariste pour reve­nir ensuite parti­ci­per à la révo­lu­tion. Sous le régime bolche­vique, s’ins­talle une censure impi­toyable, un régime de terreur et une grande famine. Comment ces gens qui faisaient vivre une librai­rie indé­pen­dante ont-ils réussi à survivre et à ce qu’elle dure quelques années ? Sans doute, parce qu’au début « on » ne les a pas remar­qués puis, ensuite, parce que leurs compé­tences étaient utiles. On voit dans cet ouvrage l’énergie que des êtres humains sont capables de déployer pour faire vivre la culture. Les écri­vains créaient de petits livres manus­crits pour faire connaître leurs œuvres. J’avais appris dans mes cours d’his­toire que la NEP avait été un moment de répit pour les popu­la­tions. en réalité c’est la NEP qui aura raison de la librai­rie car si la propriété privée est bien réta­blie tout ce qui peut rappor­ter un peu d’argent est très lour­de­ment taxé avant même d’avoir rapporté .

L’autre aspect très doulou­reux qui sous-tend cet essai, c’est l’extrême pauvreté dans laquelle doivent vivre les classes éduquées à Moscou. C’est terrible d’ima­gi­ner ces vieux lettrés venir vendre de superbes ouvrages pour un peu de nour­ri­ture. Et c’est terrible aussi, d’ima­gi­ner tout ce qui a été perdu de la mémoire de ce grand pays parce qu’il n’y avait plus personne pour s’y inté­res­ser.

Citations

Ambiance dans la librairie qui a fonctionné à Moscou jusqu’en 1924

Et le client de hasard qui entrait, attiré par l’en­seigne, s’éton­nait d’en­tendre un commis discu­ter avec un client de grands problèmes philo­so­phiques, de litté­ra­ture occi­den­tale ou de subtiles ques­tions d’art, tout en conti­nuant à travailler, à empa­que­ter des livres, à faire les addi­tions, à essuyer la pous­sière et à char­ger le poêle . La poli­tique était le seul domaine que nous n’abor­dions pas ‑non par peur, mais simple­ment parce que notre but, notre prin­ci­pal désir était juste­ment d’échap­per à la poli­tique et de nous canton­ner dans les sphères cultu­relles.

La pauvreté après la révolution de 17

J’es­père avoir un jour – moi ou un autre -, l’oc­ca­sion de reve­nir sur les types humains rencon­trés parmi nos four­nis­seurs et nos ache­teurs. Nous parle­rons alors de ses vieux profes­seurs qui arri­vaient d’abord avec des ouvrages inutiles, puis avec les trésors de leur biblio­thèque, ainsi qu’a­vec ensuite avec des vieille­ries sans valeur, et pour finir… Avec des livres des autres qu’ils se char­geaient d’écou­ler.

Les nationalisations

À Moscou, pendant les dures années 1919 – 1921, les années de chaos et de famine, il était presque impos­sible aux écri­vains d’im­pri­mer leurs livres. Le problème ne tenait pas à la censure (elle n’exis­tait pas encore vrai­ment), mais à notre immense misère. Les impri­me­ries, le papier, l’encre, tout avait été « natio­na­lisé », c’est-à-dire que tout avait disparu, il n’y avait pas de commerce du livre, de même qu’il n’exis­tait pas un seul éditeur qui ne fût au bord de la faillite. Mais la vie créa­trice n’avait pas cessé, les manus­crits s’en­tas­saient chez les écri­vains, et tous avaient envie d’im­pri­mer, sinon un livre, du moins quelques pages. Ce désir était bien sur une façon de protes­ter contre les nouvelles condi­tions de travail des écri­vains. Et puis il fallait bien vivre. Nous déci­dâmes donc d’édi­ter et de vendre des plaquettes manus­crites, chaque auteur devant écrire et illus­trer son ouvrage à la main.

Cet essai n’est qu’un humble tribut de recon­nais­sance envers l’art fran­çais qui nous a aidé à vivre pendant ces quelques années en URSS.


Un livre que j’avais déjà remar­qué puis oublié et qui m’a été remis en mémoire par Sandrine. Les circons­tances de ce livre sont stupé­fiantes : Joseph Czapski faisait partie des offi­ciers polo­nais captu­rés par les sovié­tiques alors qu’ils voulaient combattre les nazis. Ce fut une consé­quence du pacte Germano-Sovié­tique et comme la Russie a fini par le recon­naître en 1990, envi­ron 30 000 offi­ciers polo­nais furent tués par balle à Katyn. Joseph Czapski fait partie des quelques survi­vants, il ne sait pas ce que sont deve­nus ses amis. Voici ce qu’il dit dans son intro­duc­tion

Nous étions soixante-dix-neuf de Staro­bielsk sur quatre mille. Tous nos autres cama­rades de Staro­bielsk dispa­rurent sans lais­ser de trace.

Au camp-goulag de Grazo­wietz plutôt que de se lais­ser aller, avec ses amis, il orga­nise des confé­rences sur les spécia­li­tés des diffé­rents intel­lec­tuels polo­nais prison­niers. Lui est peintre, il avait décou­vert l’oeuvre de Proust à Paris et décide donc de le présen­ter à ses cama­rades. De mémoire, car bien sûr il n’a pas de livres avec lui, il fait une présen­ta­tion très fine de « la Recherche ». C’est très émou­vant de s’ima­gi­ner ces pauvres hommes réduits à la condi­tion de « zek » par la vie dans un goulag russe, écou­tant ses confé­rences :

Je vois encore mes cama­rades entas­sés sous les portraits de Marx, Engels et Lénine, haras­sés après un travail dans un froid qui montait jusqu’à quarante cinq degrés, qui écou­taient nos confé­rences sur des thèmes telle­ment éloi­gnés de notre réalité d’alors.
Je pensais alors avec émotion à Proust, dans sa chambre de liège, qui serait bien étonné et touché peut-être de savoir que vingt ans après sa mort des prison­niers polo­nais, après une jour­née entière passée dans la neige et le froid qui arri­vait à quarante degrés, écou­taient avec un inté­rêt intense l’his­toire de la duchesse de Guer­mantes, la mort de Bergotte et tout ce dont je pouvais me souve­nir de ce monde de décou­vertes psycho­lo­giques précieuses et de beauté litté­raire.

Quel plai­sir de parta­ger avec lui les souve­nirs de cette oeuvre si parti­cu­lière ! il fait revivre Swann, la duchesse de Guer­mantes et Bergotte et mieux que je ne saurais le faire, analyse l’im­por­tance de Berg­son chez Proust en parti­cu­lier pour cette notion du temps dans son oeuvre. Il balaie d’un revers de plume l’ac­cu­sa­tion de snobisme (qui d’ailleurs n’est plus guère de mise aujourd’­hui). Il trouve même dans la recherche des accents pasca­liens, je n’ai pas très bien compris pour­quoi. Joseph Czapski est un artiste peintre de talent et il possède une culture person­nelle d’un autre temps.

Il replace Proust dans son époque au milieu d’ar­tistes, peintres ou écri­vains dont il semble connaître parfai­te­ment les œuvres. Et tout cela de mémoire ! j’ai eu l’im­pres­sion de retrou­ver certains grands univer­si­taires qui ont enchanté mes études. Mais eux, avaient des biblio­thèques à leur dispo­si­tion. Lui n’avait que ses souve­nirs.

Tous ceux qui lisent avec plai­sir Proust aiment entendre parler de leur auteur et seront sensibles à la prouesse intel­lec­tuelle de Joseph Czapski et des circons­tances de la rédac­tion de ce court texte.

Citations

L’écrivain vieillissant et la prétention

Ce qui étonne, c’est que Bergotte, comme proche ami de Swann, se met à en dire du mal en voiture, avec beau­coup de finesse, de déta­che­ment, de faci­lité, au jeune garçon qui le voit pour la première fois. Bergotte donne l’oc­ca­sion à Proust d’étu­dier avec cet esprit lucide et juste toutes les faiblesses, toutes les petites et grandes lâche­tés, tous les mensonges si souvent rencon­trés chez les artistes. Nous voyons dans les volumes suivants Bergotte vieilli, à l’époque de sa plus grande renom­mée, avec sa force créa­trice en extinc­tion. Main­te­nant, quand il écrit des livres de plus en plus rares, de moindre qualité, écrits avec infi­ni­ment plus d’ef­forts et avec ces senti­ments de joie et néces­sité inté­rieure bien affai­blis, il aime à répé­ter la phrase suivante : « Je pense qu’en écri­vant ces livres j’ai été utile à mon pays » , phrase qu’il ne disait jamais du temps de ses chefs-d’oeuvre.

Comme je suis d’accord avec cette remarque

Chez Proust nous rencon­trons un manque telle­ment absolu de parti pris, une volonté de savoir et de comprendre les états d’âme les plus oppo­sés les uns aux autres, une capa­cité de décou­vrir dans l’homme le plus bas les gestes nobles à la limite du sublime, et des réflexes bas chez les êtres les plus purs, que son oeuvre agit sur nous comme la vie filtrée et illu­mi­née par une conscience dont la justesse est infi­ni­ment plus grande que la nôtre.

La France à l’époque de Proust

Cette fin du XIXe siècle d’où découle la vision prous­tienne, est un moment suprême de l’art. La France produit alors un nombre d’ar­tistes de génie qui, en surmon­tant toutes les contra­dic­tions profondes qui déchi­rait l’époque, arrivent à un art de synthèse.

Le projet littéraire de Proust

Nous appe­lons aujourd’­hui tous les romans immenses, plus ou moins influen­cés par la forme de Proust, des romans-fleuves. Mais aucun de ces romans ne répond à cette déno­mi­na­tion à ce point qu » « À la recherche du temps perdu ». Ce n’est pas ce qu’en­traîne le fleuve avec soi : des bûches, un cadavre, des perles, qui repré­sentent le côté spéci­fique du fleuve, mais le courant même sans arrêt. Le lecteur de Proust, en rentrant dans les flots appa­rem­ment mono­tones, est frappé non par les faits, mais par les personnes telles ou autres, par la vague non arrê­tée dans son mouve­ment de vie même. Le projet primi­tif de son oeuvre, qu’a­vait Proust, n’a pas pu être réalisé dans sa forme exté­rieure d’après son désir. Proust voulait faire paraître cette immense « somme » en un seul volume, sans alinéas, sans marges, sans parties ni chapitres. Le projet sembla abso­lu­ment ridi­cule aux éditeurs les plus culti­vés de Paris et Proust fut forcé de morcelé son oeuvre en quinze ou seize volumes, avec des titres englo­bant deux ou trois volumes.

Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Pas vrai­ment convain­cue par cette lecture. Je me demande ce que les écri­vains d’au­jourd’­hui vont recher­cher à travers la biogra­phie des artistes d’hier. La vie ratée de l’écri­vain August Strind­berg est pire qu’un mauvais roman. La lecture d’ar­ticles qui lui sont consa­crés sur le net, en disent autant que ce petit livre, moins le style de l’au­teure. Trois fois, cet homme tour­menté, drogué alcoo­lique, violent a essayé grâce à trois mariages diffé­rents de se sortir de la misère. Il a sans doute eu des senti­ments pour ces trois femmes, mais aimer pour lui voulait dire les inju­rier et les mépri­ser. Je ne connais pas l’oeuvre de Strind­berg et ce n’est pas ce livre qui me donnera envie de lire ces livres ni d’al­ler voir ses pièces.

Il reste donc le style de Régine Detam­bel. Pour se mettre à la place du cerveau souf­frant de cet auteur, elle saccade ses phrases, supprime au maxi­mum les verbes. Ce n’est pas agréable à lire, c’est très certai­ne­ment pour rendre compte de la vie aux côté de ce grand malade de Strind­berg. Les deux dernières pages, celles où elle raconte l’en­ter­re­ment de cet écri­vain sulfu­reux prennent un peu plus de hauteur. Bref, un pensum de lecture qui n’a duré qu’une soirée.

Citations

Exemple de scène et du style de l’auteure

Tu n’es qu’un coureur de dot !

Ne me touche pas

On se hait, on se bat jusqu’à tomber, au petit matin, sur notre lit, sans même ôter nos souliers, étour­dis par le bruit inces­sant des insultes ; (…)

Souillure que de devoir l’argent à une femme, et en plus aris­to­crate.
Sorcière

Strindberg anarchiste

Désor­mais August est mûr pour crever les rois et les princes, ainsi que les barons de Suède. Tous les soirs il est au café à exci­ter les étudiants. Des détec­tives le filent. Des infor­ma­teurs notent sur un carnet tout ce qu’il dit. Le roi déteste les gende­lettres poli­tiques . Un gende­lettre qui veut faire la révo­lu­tion, c’est ce qu’il y a de pire.

Ressenti d’une de ses ex

On ne peut se remettre des insultes de Strind­berg. Personne ne le pour­rait.(…) je croyais ne pas pouvoir survivre aux crachats d’Au­gust

Le Misogyne

A en croire le drama­turge, le mariage repose sur une absur­dité. Où il y a une femme, ça tourne de toute manière à l’ab­surde.

Des propos qui ne donnent pas envie de lire Strindberg

La femme a même réussi à faire consi­dé­rer la mater­nité comme quelque chose de sacré, et l’homme le croit, mais c’est faux d’ima­gi­ner que les femmes souffrent en accou­chant, c’est un mensonge disons le fran­che­ment, en vérité elles jouissent à ce moment là d’un plai­sir mille fois plus fort que celui qu’elles trouvent avec un pénis… Mon Dieu, que les hommes sont cons…

20161130_175730Traduit de l’al­le­mand par Leïla PELISSIER. Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.

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Ce roman est « gentillet » pour les lectrices de notre club de lecture. Nous nous atten­dions à mieux et surtout à comprendre pour­quoi plus personne ne vient dans cette librai­rie. Nous voulions aussi savoir si la jeune femme qui en hérite réus­sit à renta­bi­li­ser cette affaire. Car Valé­rie hérite d’une librai­rie qu’une vieille tante Char­lotte origi­nale lui a confié le temps de son absence, on ne sait pas si elle est morte ou tout simple­ment partie se distraire ailleurs.

Aucun person­nage n’est crédible, et rien ne permet de comprendre le pour­quoi de la désaf­fec­tion pour ce lieu, si ce n’est que les livres se vendent moins. Elle va se lier d’af­fec­tion avec une rate ce qui ne rajoute vrai­ment rien à l’his­toire et va rencon­trer un beau jeune homme dont on ne saura pas grand chose. Quant à l’im­por­tance des livres, c’est dit dans le roman sans convaincre, certes Valé­rie a plus de temps pour lire puisque peu de gens passent dans sa boutique mais cela ne donne pas l’ex­pli­ca­tion ni la solu­tion à la désaf­fec­tion des lieux qui autre­fois enchan­taient les grands lecteurs. Bref un livre que je vais très vite oublier comme tous les membres de notre club

Citations

Un magasin vieillot

Ce maga­sin était comme un vête­ment que la vieille dame aurait confec­tionné autour de sa vie. Certai­ne­ment confor­table pour elle, il était informe et peu pratique pour la jeune femme

Humour

Elle était juste introu­vable. Si aucun indice ne permet­tait de penser qu’elle était partie de son plein gré, rien n’in­di­quait non plus qu’elle était quelque part contre son gré, fut-ce dans l’au-delà.

Le pouvoir de la littérature

La litté­ra­ture peut en effet fasci­ner un être et capter toute son atten­tion. Elle peut le sous­traire aux petites misères du quoti­dien et les trans­por­ter vers d’autres mondes au point de s’y aban­don­ner corps et âmes

Je fais souvent ça dans une librairie

Elle prit toute une pile de livres pour son petit fils (en veillant à se faire conseiller en détail, pour faire ensuite des choix person­nels forts diffé­rents).