Édition Gras­set, lu sur Kindle

Le confi­ne­ment a cela de bon qu’il me permet de lire des livres qui sont depuis long­temps à mon programme. Je sais que vous l’avez déjà toutes et tous lu depuis long­temps. Je le découvre aujourd’­hui, dans cette période de haine où on peut assas­si­ner un profes­seur qui essayait d’ex­pli­quer comment accep­ter « L’Autre » avec ses diffé­rences, ses croyances qu’il faut lais­ser dans la sphère privée afin que nous puis­sions tous vivre ensemble. C’est encore une fois, mon petit fils dont ce livre est au programme de seconde qui m’a entraî­née à lire ce roman. Quelle belle réponse au fana­tisme que des jeunes peuvent rencon­trer autour d’eux !

Entre les Tutsi et les Hutus , il n’y a pas de diffé­rences de langue, ni de reli­gion ni de natio­na­lité mais une diffé­rence d’ori­gine ethnique qui fait que les Tutsi sont en géné­ral plus grands et ont le nez moins gros que les Hutus. Si bien que, le jour où le profes­seur leur montre le film « Cyrano de Berge­rac », les enfants se demandent si Depar­dieu n’est pas Hutu avec ce gros nez ! J’ai beau­coup aimé la première partie du roman, lorsque l’au­teur retrouve son enfance insou­ciante au Burundi. Il raconte bien cette enfance libre pour qui l’ami­tié est au-dessus de tout. Pour­tant, dès le début un senti­ment de peur distillé par des paroles d’adultes qui parviennent jusqu’au monde de leur enfance trouble leur bonheur . Puis la peur prend corps, jusqu’aux évène­ments tragiques du géno­cide des Hutus au Rwanda en 1994. Au Burundi voisin où vivent l’enfant et sa famille, cela aura de graves réper­cus­sions. L’en­fant perdra à jamais son inno­cence. Gaël Faye a écrit un roman, puisé dans ce qu’il a pu connaître autour de lui et je trouve très impor­tant que la jeunesse fran­çaise puisse se retrou­ver dans ce roman. D’au­tant plus que c’est un bel hommage à la lecture, car dans cette période très sombre ce sont les livres et les portes qui lui ont été ouvertes qui lui ont permis de ne pas sombrer dans le fana­tisme. Le moment du géno­cide est à peine suppor­table, et pour­tant pour pouvoir en parler, l’au­teur a mis une distance physique puisque ses parents sont avec lui au Burundi, mais hélas toute sa famille rwan­daise dispa­rai­tra sous les coups des machettes des Hutus. L’hor­reur donc, racon­tée par sa mère qui en perdra la raison. C’est la partie la plus diffi­cile à lire mais indis­pen­sable évide­ment car personne ne doit oublier. Il faut espé­rer que cela ne recom­men­cera pas ni au Rwanda ni ailleurs et pour cela il faut former la jeunesse : que ce livre soit au programme des lycées parti­cipe à cet espoir.

Citations

Beauté de sa mère

Et c’était quelque chose, les chevilles de Maman ! Ça inau­gu­rait de longues jambes effi­lées qui mettaient des fusils dans le regard des femmes et des persiennes entrou­vertes devant celui des hommes.

L’amour à l’épreuve de la réalité

La noncha­lance des débuts s’est muée en cadence tyran­nique comme le tic-tac impla­cable d’une pendule. Le natu­rel s’est pris pour un boome­rang et mes parents l’ont reçu en plein visage, compre­nant qu’ils avaient confondu le désir et l’amour, et que chacun avait fabri­qué les quali­tés de l’autre. Ils n’avaient pas partagé leurs rêves, simple­ment leurs illu­sions. Un rêve, ils en avaient eu un chacun, à soi, égoïste, et ils n’étaient pas prêts à combler les attentes de l’autre.

Humour

Sur la devan­ture des bouis-bouis étaient accro­chés toutes sortes d’écriteaux fantasques : « Au Fouquet’s des Champs-Élysées », « Snack-bar Giscard d’Estaing », « Restau­rant fête comme chez vous ». Quand Papa a sorti son Pola­roid pour immor­ta­li­ser ces enseignes et célé­brer l’inventivité locale, Maman a tchipé et lui a repro­ché de s’émerveiller d’un exotisme pour blancs.

Le début de la peur

J’ai beau cher­cher, je ne me souviens pas du moment où l’on s’est mis à penser diffé­rem­ment. À consi­dé­rer que, doré­na­vant, il y aurait nous d’un côté et, de l’autre, des enne­mis, comme Fran­cis. J’ai beau retour­ner mes souve­nirs dans tous les sens, je ne parviens pas à me rappe­ler clai­re­ment l’instant où nous avons décidé de ne plus nous conten­ter de parta­ger le peu que nous avions et de cesser d’avoir confiance, de voir l’autre comme un danger, de créer cette fron­tière invi­sible avec le monde exté­rieur en faisant de notre quar­tier une forte­resse et de notre impasse un enclos. Je me demande encore quand, les copains et moi, nous avons commencé à avoir peur.

Paroles dans un bar

Bali­vernes ! Ne remuons pas le passé, l’avenir est une marche en avant. À mort l’ethnisme, le triba­lisme, le régio­na­lisme, les anta­go­nismes ! – Et l’alcoolisme ! – J’ai soif, j’ai soif, j’ai soif, j’ai soif, j’ai soif, j’ai soif…

Portrait du nouveau Président par l’enfant

Je trouve que le nouveau président a l’air sérieux, il se tient bien, ne met pas les coudes sur la table, ne coupe pas la parole. Il porte une cravate unie, une chemise bien repas­sée et il a des formules de poli­tesse dans ses phrases. Il est présen­table et propre. C’est impor­tant ! Car ensuite on devra accro­cher son portrait dans tout le pays pour ne pas oublier qu’il existe. Ce serait enqui­qui­nant d’avoir un président négligé sur lui ou qui louche sur la photo dans les minis­tères, les aéro­ports, les ambas­sades, les compa­gnies d’assurances, les commis­sa­riats, les hôtels, les hôpi­taux, les caba­rets, les mater­ni­tés, les casernes, les restau­rants, les salons de coif­fure et les orphe­li­nats.

L’ennui des vacances

Les grandes vacances, c’est pire que le chômage. Nous sommes restés dans le quar­tier pendant deux mois à glan­douiller, à cher­cher des trucs pour occu­per nos mornes jour­nées. Même si parfois on rigo­lait, il faut bien avouer que nous nous sommes ennuyés comme des varans crevés.

Les raisons du massacre

Les hommes de cette région étaient pareils à cette terre. Sous le calme appa­rent, derrière la façade des sourires et des grands discours d’optimisme, des forces souter­raines, obscures, travaillaient en continu, fomen­tant des projets de violences et de destruc­tion qui reve­naient par périodes succes­sives comme des vents mauvais : 1965, 1972, 1988. Un spectre lugubre s’invitait à inter­valle régu­lier pour rappe­ler aux hommes que la paix n’est qu’un court inter­valle entre deux guerres. Cette lave veni­meuse, ce flot épais de sang était de nouveau prêt à remon­ter à la surface. Nous ne le savions pas encore, mais l’heure du brasier venait de sonner, la nuit allait lâcher sa horde de hyènes et de lycaons.

Tutsi et Hutus

Cet après-midi-là, pour la première fois de ma vie, je suis entré dans la réalité profonde de ce pays. J’ai
décou­vert l’antagonisme hutu et tutsi, infran­chis­sable ligne de démar­ca­tion qui obli­geait chacun à être d’un camp ou d’un autre. Ce camp, tel un prénom qu’on attri­bue à un enfant, on nais­sait avec, et il nous pour­sui­vait à jamais. Hutu ou tutsi. C’était soit l’un soit l’autre.
Pile ou face. Comme un aveugle qui recouvre la vue, j’ai alors commencé à comprendre les gestes et les regards, les non-dits et les manières qui m’échappaient depuis toujours. La guerre, sans qu’on lui demande, se charge toujours de nous trou­ver un ennemi. Moi qui souhai­tais rester neutre, je n’ai pas pu. J’étais né avec cette histoire.
Elle coulait en moi. Je lui appar­te­nais.

L’enfance

Je regret­tais ce que j’avais pu penser de Fran­cis. Il était comme nous, comme moi, un simple enfant qui faisait comme il pouvait dans un monde qui ne lui donnait pas le choix.

La souffrance dans la discussion

J’aurais voulu dire à Gino qu’il se trom­pait, qu’il géné­ra­li­sait, que si on se vengeait chaque fois, la guerre serait sans fin, mais j’étais perturbé par ce qu’il venait de révé­ler sur sa mère. Je me disais que son chagrin était plus fort que sa raison. La souf­france est un joker dans le jeu de la discus­sion, elle couche tous les autres argu­ments sur son passage. En un sens, elle est injuste.

Le pouvoir des livres

Bien sûr, un livre peut te chan­ger ! Et même chan­ger ta vie. Comme un coup de foudre. Et on ne peut pas savoir quand la rencontre aura lieu. Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endor­mis.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Traduit de l’es­pa­gnol par Vanes­sia Capieu. Édition du Cherche Midi .

Apres « Une Mère » et « Tout sur mon Chien » je retrouve avec plai­sir la plume d’Ale­jan­dro Palo­mas. Bien sûr ce n’est pas un très grand roman, mais c’est un doux moment avec des person­nages humains, très humains. Cette histoire raconte les diffi­cul­tés de Guillermo dit Guille qui doit s’ha­bi­tuer à un nouveau cadre scolaire. Son père ne semble pas très bien le comprendre et sa mère est éloi­gnée du foyer pour quelques mois. L’ins­ti­tu­trice et une psycho­logue scolaire vont essayer de décou­vrir ce qui se cache derrière ce désir de Guille d’être Mary Poppins plus tard. Même si le lecteur comprend assez vite le secret de la famille, la façon dont l’en­fant essaie que tout finisse par aller mieux grâce au mot magique : super­ca­li­fra­gi­lis­ti­cex­pia­li­do­cious, est très touchante. C’est plein d’hu­mour et on part souvent dans de fausses pistes même si on comprend assez vite l’es­sen­tiel. Le roman est raconté selon le point de vue de l’en­fant, du père, de l’ins­ti­tu­trice et de Maria la psycho­logue. Si l’in­trigue la plus impor­tante est celle qui concerne Guillermo et son père qui réagit trop fort à toutes les envies de son fils de se dégui­ser en Mary Poppins, le destin de Nazia sa petite voisine fille des épiciers Pakis­ta­nais est très bien raconté et ne simpli­fie pas la tâche du petit garçon. Un bon moment de détente qui m’a fait sourire plus d’une fois.

Citations

Réponses des élèves à la question : « quand je serai grand je veux être … »

Trois foot­bal­leurs au Barça, deux à l’At­le­tico de Madrid, deux à Manches­ter United et un Iniesta. 
Six Rafael Nadal. 
Deux manne­quins super grands et minces. Une prin­cesse (Nazia). 
Un méde­cin riche.
Trois Beyoncé. 
Un Batman.
Un pilote de vais­seau spatial de jeux vidéo. Deux prési­dents du monde (Les jumeaux Roson).
Une présen­ta­trice célèbre, comme celles qui passent le soir à la télé.
Un vété­ri­naire de gros chien. 
Une gagnante de « The Voice kids ». 
Un cham­pion du monde des Jeux Olym­piques.

Dialogue où l’on sourit

Pour­quoi est-ce que tu voudrais être Mary Poppins ?
Parce qu’elle sait voler. 
La maîtresse a fait, puis elle s’est un peu grat­ter le front.
- Mais les oiseaux savent aussi voler non ?
-Oui. 
- Mais tu n’as pas envie d’être un oiseau n’est-ce pas ? 
-Non. 
-Pour­quoi ? 
-Ben… Parce que si j’étais un oiseau, je ne pour­rai pas être Mary Poppins.

Le regard d’enfant

Un jour, maman m’a dit que si M. Emilio est toujours de mauvaise humeur c’est parce que sa femme est partie en vacances avec leur fille et qu’elle n’est jamais reve­nue. Elle a dû oublier, ou je ne sais plus quoi, mais avec moi il est toujours gentil et depuis que maman n’est plus là, quand il voit papa il lui sert la main très fort et il lui dit : » Content de te voir, « che » !tu tiens le coup ?

Le match de rugby

Et donc hier quand on est arri­vés au stade avec papa et les tontons, je suis allé m’as­seoir dans les tribunes pour voir le match qui est toujours très long parce que ça dure long­temps.

Édition Robert Laffont

Si, comme moi, vous avez gardé, grâce à vos cours sur l’an­ti­quité grecque, une image assez posi­tive de cette période de l’his­toire, avec, peut-être une petite préfé­rence pour Spartes qui semblait plus guer­rière et plus héroïque qu’A­thènes, lisez vite ce roman , cela vous redon­nera des idées un peu moins roman­tiques de la réalité spar­tiate . Bien sûr, vous vous souve­nez de cet enfant spar­tiate qui avait préféré se faire dévo­rer les entrailles par un petit renar­deau plutôt que d’avouer qu’il le cachait sous sa tunique. Mais si c’est votre seul souve­nir, je vous promets quelques décou­vertes bien au-delà de cette anec­dote. Si les Spar­tiates étaient invin­cibles, ils le doivent à des pratiques très parti­cu­lières. Dès la nais­sance, à la moindre « tare », on élimi­nait les bébés, mais cela ne suffi­sait pas, vers deux ans on présen­tait l’en­fant à un conseil de sages qui jetait dans un préci­pice tout enfant un peu bossu, ou ayant des jambes tordues ou qui semblait ne pas bien voir, ne pas entendre correc­te­ment, ou défi­cient intel­lec­tuel­le­ment … À contra­rio, tous les ans on prati­quait la nuit de la Cryp­tie, c’est à dire que durant une nuit entière les citoyens de Spartes avaient le droit de tuer tous les Hilotes (c’est à dire leurs esclaves) qu’ils voulaient . Si j’ai dit « à contra­rio » c’est que cette fois les Spar­tiates choi­sis­saient de préfé­rence les hilotes les plus coura­geux et les plus intel­li­gents de façon à tenir en respect une popu­la­tion beau­coup, beau­coup plus nombreuse qu’eux. Jean-Fran­çois Kervéan sait nous faire revivre ces meurtres avec force détails, j’ai rapi­de­ment été submer­gée par une impres­sion de dégoût . Comment cette anti­quité grecque qui était pour moi un bon souve­nir a pu géné­rer autant d’hor­reurs ? La partie consa­crée à la forma­tion du jeune Spar­tiate (Agogée) est de loin ce qui m’a le plus inté­res­sée, car pour ceux qui ont survécu à la nais­sance puis à la présen­ta­tion, il reste une épreuve , celle de « L’Er­rance ». Avant de deve­nir adulte un jeune doit rester une année entière à survivre dans la nature sans l’aide de quiconque. Il doit chas­ser et se nour­rir de ce que la nature peut lui offrir à moins qu’il soit lui-même la proie de préda­teurs plus forts que lui. Ensuite, il sera citoyen de Spartes et fera partie de l’ar­mée invin­cible. L’or­ga­ni­sa­tion de la vie de la cité est aussi origi­nale et plus sympa­thique. Tous les Spar­tiates sont égaux et ont tous les mêmes droits. Bien sûr, il y a les esclaves pris dans les popu­la­tions vain­cues et asser­vies mais sinon l’éga­lité est parfaite. Il y a deux corps de diri­geants les « gérontes » des hommes âgés qui reste­ront jusqu’à leur mort dans une fonc­tion de conseil et cinq « éphores » élu pour un an au sein de l’as­sem­blée. Tous les Spar­tiates peuvent appar­te­nir à l’as­sem­blée et y prendre la parole. Le roi n’a pas plus d’im­por­tance qu’un autre citoyen. Le roman se situe lors des guerres Médiques contre le roi de Perse, Xerxès 1°. La descrip­tion de l’op­po­si­tion entre les deux civi­li­sa­tions et de la guerre m’a moins passion­née. Et puis, il est grand temps que je parle du style de cet auteur. Je ne comprends pas toujours le pour­quoi de ses formules. Je sens bien qu’il a voulu désa­cra­li­ser une certaine repré­sen­ta­tions de l’an­ti­quité grecque mais parfois, je ne le suis pas dans ses descrip­tions de héros presque toujours ivres ou drogués qui pètent et « s’en­culent » à qui mieux mieux . Cette réserve ne m’a empê­chée d’ap­pré­cier toutes les réflexions qui sous-tendent ce projet de livre :

  • Pour­quoi fina­le­ment c’est la royauté qui a perduré pendant deux millé­naires et pas la démo­cra­tie,
  • Pour­quoi toutes les tyran­nies ont-elles adulé Spartes ?
  • Est ce que ce système pouvait durer ?
  • Pour­quoi les senti­ments ne sont pas compa­tibles dans un tel système.

Mes réserves viennent du style de l’au­teur mais je suis ravie d’avoir lu ce roman car j’ai vrai­ment beau­coup appris sur cette période et surtout corrigé beau­coup d’idées fausses .

Citations

Les Spartiates

Cet hiver-là fut dur, mais les Spar­tiates ne craignent pas le froid, la fin, le deuil ‑ce peuple n’a peur de rien. Chez eux, lorsque le vent cingle depuis les crêtes du Mont Parnon, personne ne couvre ses épaules d’une four­rure, tu te pèles et au bout d’un moment, en vertu du stoï­cisme, tu ne te pèles plus.

Le petit déjeuner spartiate

Son ventre criait famine, elle avala deux yaourts, un boudin avec une galette à la sarriette.

La Sélection

Les enfants avancent au centre, accro­chés à la tunique de leur mère, les père ne sont jamais présents. De part et d’autre se postent gérontes, éphores et comman­dants, chacun scru­tant le groupe selon ses critères : les mili­taires jugent des morpho­lo­gies, les digni­taires des compor­te­ments tous à la recherche de la mauvaise graine qui pous­sera de travers. Le branle du boiteux, la bosse du bossu, le débile ou la naine, toutes les céci­tés, les anoma­lies ayant pu échap­per à l’exa­men de la première heure. Rete­nus depuis des jours à l’in­té­rieur, les enfants exultent en plein air, leurs ébats et la lumière à plomb de midi révèlent mieux les tares de quelques défi­cients. Arri­vés face au ravin, les auto­ri­tés rendent leur verdict et les soldats balancent les indé­si­rables du haut du préci­pice, scène qui grave à jamais dans le regard des autres la gran­deur d’une société ou la gloire coule du sacri­fice comme la rosée des aurores.

Encore une coutume sympathique : la Cryptie

Tous les ilotes, les esclaves sans excep­tion sont aussi la cryp­tie- du verbe « cacher, se cacher ».
 la lumière du soir rase la campagne, tu es Spar­tiate. Quand l’ai­guille du cadran solaire indique la dix-huitième heure ou que la trompe reten­tit du Temple, tu peux tuer tous les ilotes que tu vois de tes yeux, n’im­porte, en parti­cu­lier ou au hasard, de tous âges, en déam­bu­lant ou en allant fouiller leur cabane, les fossés, les sous-bois, comme tu veux. La Cryp­tie n’est pas la guerre. Le nom de « Jour de guerre contre les ilotes » inventé plus tard par Plutarque n’est pas bon. À partir de la dix-huitième heure jusqu’à la dernière avant l’aube, beau­coup d’ilotes ne bougent pas de la place où ils sont, de l’arène de leur condi­tion où vont surgir les fauves. D’autres emmènent leurs femmes leurs enfants se terrer le plus loin possible. Après avoir lâché ton outils, tu te sauves mais il n’y a pas d’abri. Les Spar­tiates ne hurlent pas, ne t’in­sultent pas en prin­cipe, les Spar­tiates donne la mort. Partout. En bande sanglante ou seul à seul.

Humour

Quand le Sénat l’en­voie batailler au nord, il en profite pour aller soute­nir son ami Isago­ras, tyran d’Athènes, contre son peuple en rébel­lion. C’est un fou de guerre, un ivrogne – personne ne souligne jamais le rôle capi­tal de l’al­coo­lisme dans l’His­toire de l’Hu­ma­nité.

L’idéal de Sparte

L’es­pèce humaine est argi­leuse, malléable. Tout est mou chez l’homme, à part le sque­lette. Telle était la pensée de Sparte. À l’état de lui donner de la consis­tance, de forger, cise­ler sa nature. Les plai­sirs, les ou l’étude n’af­firment pas un indi­vidu, seuls les gnons, l’en­du­rance, l’ad­ver­sité, toutes ces épreuves qui le menacent de n’être plus rien, le font entrer dans l’ac­tion d’où jaillit son destin.

Le style qui a fini par me lasser

La jeune prin­cesse de Sparte se consola entre les bras solides de son époux, encore marqué par les stig­mates de l’as­sas­si­nat, on ne s’éton­nera pas après ça que la reine Gorgô soit deve­nue parmi les premières fémi­nistes de l’hu­ma­nité. Nul ne douta du récit de la mort héroïque de son père ni ne soup­çonna le régi­cide perpé­tré par deux bour­rins aussi bour­rés que Cléo­mène. Plus éton­nant encore, à la fin de cette jour­née où Sparte entra dans le simu­lacre offi­ciel et renoua avec les Mythes, le conseiller Hypo­coo fut élu au Direc­toire des éphores : le conseiller diplo­ma­tique passait ministre chargé des Affaires exté­rieures, acclamé de tous les Égaux sur l’agora, bien chauf­fés par les trente Gérontes. Quant aux jeunes frères du défunt auto­mu­tilé, prince sans répu­ta­tion, il fut dési­gné monarque à l’una­ni­mité du Sénat lacé­dé­mo­nien sous le nom de Léoni­das Ier. Seul Aphra­nax Cartas tirait la gueule. L’His­toire se détour­nait de lui. A dix pas, en revanche, sa mère parti­ci­pait à la liesse. L’éphore fraî­che­ment élu était son ami, et le nouveau roi son amant. Son fils n’était pas prêt d’in­té­grer la garde royale des 300.
Le Destin de Léoni­das vient de s’ébran­ler en même temps que l’Ère clas­sique. Vers où ? Un gouffre, un triomphe, une marque de choco­lat ? C’est ce qu’on appelle tout simple­ment : la suite.

La mort et la vieillesse

Quel retour des choses signi­fie la mala­die sinon que souf­frir et natu­rel et qu’on finit non seule­ment vaincu mais privé des joies de son exis­tence ?

Le deuil et le veuvage

Ne pas être aller se recueillir depuis long­temps sur la tombe d’Ar­tys lui manquait, le deuil génère une addic­tion au chagrin, bulle de souve­nirs moel­leux où le temps ne circule plus.

Réflexion

Pendant les cinq cents ans que durera la civi­li­sa­tion grecque, la terre, les ressources, les hivers ne furent pas plus facile ni cléments que durant les siècles suivants. Pour­tant leurs annales évoquent rare­ment une famine. Chez les Grecs, si impar­faits, on pouvait manquer, avoir le ventre vide mais pas au point d’en mourir au porte de ceux qui mangent. Au temps modernes, famine et malnu­tri­tion furent la première cause de morta­lité dans les royaumes d’Oc­ci­dent. Les victimes se chif­fraient encore par millions dans l’Eu­rope fertile du XVIIe siècle. L’es­pé­rance et la qualité de vie d’un forge­ron sous Péri­clès était supé­rieure à celle d’un arti­san du Val de Loire sous Fran­çois 1er, deux mille ans plus tard. Pour­quoi ? On ne sait pas.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Édition Seuil

Un essai ? un roman ? ce qui est sûr c’est que cette lecture a été un peu diffi­cile dans le cadre du club de lecture parce qu’il faut l’ava­ler en quelques jours et que cette oeuvre ne s’y prête guère elle convien­drait mieux à la flâne­rie litté­raire qui permet­trait au lecteur de réali­ser le vœu de Bernard Cham­baz :

Aux morts pour qu’ils vivent. Aux vivants pour qu’ils aiment

Cette cita­tion extraite de l’oeuvre de Joseph Delteil « les poilus », est le fil conduc­teur de ce roman, les vivants, dans le texte, ils sont deux, les parents de Martin né en 1976 et on peut aussi y rajou­ter nous, lecteurs et lectrices. Les morts ils sont très nombreux en dehors des deux prin­ci­paux Jack London mort en 1916 et Martin mort à 16 ans en 1992, il y a aussi la famille quelque peu compli­quée de Jack London et tous les écri­vains que Bernard Cham­baz convoque dans ce voyage qui retrace un itiné­raire possible pour mieux connaître l’au­teur, entre autre, de Martin Eden . Le livre se divise en chapitres qui sont autant de lieux évoquant la vie du grand écri­vain qui, parfois, dialogue avec Martin, et que l’au­teur visite avec son épouse. Je pense que si on ne connaît pas l’œuvre de cet auteur extra­or­di­naire qui s’est battu contre tant d’in­jus­tices et qui a produit un nombre d’écrits incroyables, on ne peut pas appré­cier ce livre. Beau­coup de gens se sont empa­rés de sa vie car elle se prête aux scan­dales et aux révé­la­tions sulfu­reuses même sa propre famille y est allée de diffé­rentes versions, comme souvent dans ce cas le plus inté­res­sant et sans doute le plus proche de lui est dans ses livres. Je me souviens bien de ma lecture de Martin Eden, c’est un livre que j’ai lu et relu je crois qu’une grande part de lui est dans ce roman. Cela m’a donné envie de relire les livres qui ont enchanté mon enfance comme « l’ap­pel de la forêt » et « Croc blanc » je ne sais pas si les jeunes d’au­jourd’­hui pour­raient être sensibles à ces histoires, eux qui peuvent regar­der de si nombreux docu­men­taires anima­liers de si grande qualité. Jack London est un écri­vain de qualité et un homme privé médiocre, comme le prouve les lettres à ses filles dont l’au­teur dit qu’il aurait aimé en faire un grand feu de joie telle­ment il y appa­raît comme mesquin. J’ai retrouvé dans ce livre l’en­ga­ge­ment de l’au­teur face à la misère du monde capi­ta­liste et la fluc­tua­tion de sa pensée poli­tique. C’est souvent le cas lors­qu’un homme connaît la misère popu­laire, il sait souvent très bien décrire d’où il vient mais quand lui-même atteint un niveau de vie très confor­table grâce à ses écrits sa mauvaise conscience le taraude et peut le conduire à des posi­tions para­doxales.

Je ne suis pas enthou­siaste pour ce livre, parce que je me suis souvent perdue dans les diffé­rents point de vue des chapitres : étions nous avec l’au­teur et son amou­reuse ? avec leur fils, avec Jack London ? et surtout je n’ai pas compris le dialogue entre Martin et Jack . Est-ce-que cela a enri­chi pour l’au­teur la connais­sance de son fils ? et j’avoue que les constantes allu­sions aux signes astro­lo­giques me laissent perplexe.

Toutes ces réserves viennent aussi, sans doute, du fait que j’ai lu trop rapi­de­ment ce livre pour le rendre au club et avoir l’avis des autres lectrices. et pour­tant dans ce livre j’ai lu cette phrase qui me touche beau­coup :

Nous sommes aussi, un peu, les livres que nous avons lus.

Citations

Une mère au caractère sans tendresse.

Toute sa vie, il restera animé par des senti­ments contra­dic­toires, partagé entre l’af­fec­tion natu­relle qu’il porte à sa mère et l’ir­ri­ta­tion instinc­tive que ses réac­tions provoquent (.….. )
On garde au fond du cœur des épisodes cuisants auxquels nous donnons, quel­que­fois, trop de relief. Le plus lanci­nant quand il y repense n’est pas que sa mère ne lui ait dispensé aucune tendresse, c’est son compor­te­ment lors de l’épi­dé­mie de diph­té­rie ou une fièvre cara­bi­née faillit les empor­ter, sa demi-sœur et lui. Ce jour-là, Flora demanda au méde­cin si elle pouvait les enter­rer dans le même cercueil.

L’enfance de Jack London

Il n’y a pas que les livres dans la vie. Dès ses huit ans, Jack doit gagner sa vie ou plutôt contri­buer au budget fami­lial, débi­tant des pains de glace l’été, balayant les pistes d’un bowling le weekend, livreur de jour­naux, à pied d » œuvre pour l’édi­tion du matin et pour l’édi­tion du soir, la nuit noire l’hi­ver, avant et après la jour­née d’école où il s’est davan­tage ennuyé qu’il n’a appris.

Ce qui rend difficile le livre : mélange des époques et des lieux

Icefields Park­way ‑ou la prome­nade des Glaciers- longe depuis Jasper la rivière Atha­basca. En langue crie, on entend tantôt l’herbe éparse tantôt les roseaux que les champs de glace prodiguent à la saison esti­vale.

Défense de l’assassin du président Garfield

À son procès, l’as­sas­sin ne plaida pas la folie mais la volonté de Dieu dont il était l’ins­tru­ment, convaincu qu’il serait à ce titre inno­centé, assu­rant sa défense avec des argu­ments spécieux : » Ce sont les méde­cins qui l’ont tué. J’ai seule­ment tiré . »

Londres en 1900…

Avant même d’ar­ri­ver au cœur des ténèbres, sa première impres­sion de la capi­tale mondiale et d’une « abjecte pauvreté » bien­tôt « sans limite ». Jack est saisie par la vision des vieux et des enfants fouillant les ordures dans la boue. .… 
Dormir est un méchant casse-tête, que ce soit dans une pièce insa­lubre où s’en­tassent plusieurs familles, chez des marchands de sommeil qui louent très cher des lits occu­pés par roule­ment, dans des loge­ments exigus, sordides des taudis, des gale­tas, des tanières, parfois sans fenêtre, presque toujours sans lumière.

Une histoire qui lui servira dans ses nouvelles

Un vieux marin lui rapporte son histoire et le hasard une fois encore fait que c’est une histoire pour Jack. Le vieux avait donc frappé un lieu­te­nant qu’il avait insulté, le lieu­te­nant était tombé à la mer, il avait sauté dans l’eau par réflexe, mais j’au­rais mieux fait de nous noyer tous les deux, crois-moi, un canot les avais repê­chés, on l’avait traduit devant un tribu­nal, on lui avait enlevé la Victo­ria Cross gagnée sur les champs de bataille au bord de la mer Noire pour les beaux yeux de la reine, et il conclut d’une voix ferme, lais­sant Jack sans voix. : « Ne te laisse pas vieillir, mon petit ! Meurs quand tu es encore jeune ! »

Jack en époux

Alors que Bess est enceinte, qu’elle se coltine les tâches ména­gères et tape à la machine ses manus­crits, il conti­nue de faire du vélo, boxer, nager, sortir au club avec ses copains, animer des réunions publiques où il retrouve Anna.

Édition Actes Sud. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

En ces temps de terro­risme et de confi­ne­ment, ce livre peut se lire assez agréa­ble­ment. Il s’agit pour­tant de mort et de diffi­culté de vivre, seule­ment cela se passe au Japon donc assez loin de nos préoc­cu­pa­tions actuelles. Je vais d’abord dire les trois choses qui m’ont agacées pour reve­nir à l’es­sen­tiel du roman :
Les phrases en anglais ne sont pas traduites, il est vrai que ce sont des phrases simples mais je ne comprends pas l’in­té­rêt du procédé.

La mère du person­nage prin­ci­pal se suicide comme Virgi­nia Woolf, ce n’est vrai­ment pas la façon la plus courante de se suici­der mais c’est telle­ment plus litté­raire. (Elle se jette dans la rivière avec des cailloux dans ses poches).
L’autre chose me dérange plus, l’hé­roïne va décou­vrir le Japon grâce à un père très très riche et je crois que j’ai des diffi­cul­tés à m’in­té­res­ser aux malheurs des pauvres petites filles riches. De plus dans ma vie j’ai rare­ment sinon jamais rencon­tré des gens faisant des héri­tages mira­cu­leux.
Et pour­tant j’ai aimé cette lecture qui essaie et réus­sit à nous faire comprendre cet étrange pays à travers les fleurs et les jardins. Il demande une lecture atten­tive car sinon on passe au-dessus de la beauté des temples de Kyoto, ce serait d’au­tant plus dommage que c’est là l’es­sen­tiel de l’in­té­rêt du livre. Mais pour faire un roman, il fallait aussi une histoire d’amour qui m’a semblé assez arti­fi­cielle. Beau­coup de critiques donc pour un roman dont je vous conseille la lecture cepen­dant, ne serait-ce que pour vous prome­ner dans de si beaux endroits et savou­rer par l’ima­gi­na­tion les mets le plus déli­cieux de la gastro­no­mie nippone.

Citations

Un passage émouvant

Il est né à Hiro­shima en 1945. Sa famille a été déci­mée par l’atome. En 1975, il a perdu sa femme et sa fille dans un trem­ble­ment de terre. En 1985, son fils aîné s’est tué dans un acci­dent de plon­gée. Le 11 mars 2011, son autre fils, un biolo­giste était en mission dans la préfec­ture de Miyagi, sur la côte à vi gt kilo­mètres de Sandai. Il n’a pas eu le temps de gagner les hauteurs.…Lors du dépôt des cendres de Nobu au cime­tière, il pleu­vait et Keisuke s’est effon­dré dans la boue, devant la tombe. Haru l’a relevé et tenu serré contre lui jusqu’à la fin de la céré­mo­nie. Quel­qu’un s’est appro­ché avec un para­pluie mais il l’a renvoyé. Ils sont restés ensemble, immo­biles, sous la pluie et, peu à peu, les uns après les autres, nous avons refermé nos para­pluies. Je me souviens avoir senti le poids et la violence de l’eau puis les avoir oubliés. Nous étions entré dans un monde de fantôme. Nous n’avions plus de chair.

Sagesse japonaise

À l’époque des samou­raïs, sur l’île de Sado, en mer du Japon, vivait un ermite qui, du matin au soir, regar­der l’ho­ri­zon. Il avait fait vœu de consa­crer sa vie à cette contem­pla­tion, et de s’y absor­ber tout entier, de connaître l’ivresse de n’être plus qu’une ligne entre la mer et le ciel. Cepen­dant, comme il se plaçait toujours derrière un pin qui empê­chait qu’il eût une vue déga­gée, on lui en deman­dait la raison et il répon­dait : Parce que je ne crains rien tant que de réus­sir.

La dépression

Maud, la mère de Rose, avait grandi dans la mélan­co­lie et, quoi qu’elle fît ensuite de sa vie, s’y était tenue avec une persé­vé­rance admi­rable.

Malheur japonais

Nous autres Japo­nais avons appris de notre archi­pel tour­menté l’im­pla­ca­bi­lité du malheur. C’est par cet acca­ble­ment natif que nous avons su trans­for­mer notre contrée de cata­clysmes en éden, en quoi les jardins de nos temples sont l’âme de ce pays de désastres et de sacri­fices. Par mon sang, tu connais la beauté et la tragé­die du monde d’une manière que les Fran­çais, nour­ris de leurs terres clémentes, ne peuvent pas entendre.

J’ai lu tous les livres de cette auteure, Jai rédigé un billet pour « Ru » et « Man ». J’aime beau­coup ses textes et celui-ci m’a donné envie de relire « RU » qui a connu un si grand succès. Vi explore encore une fois ses origines viet­na­miennes et son adap­ta­tion à la culture occi­den­tale . Cela passe par l’his­toire de sa famille qui était une famille de riches notables intel­lec­tuels du Vienam . Sa mère est issue d’une famille de commer­çants aisés et très travailleurs. C’est cet aspect qui la sauvera elle et ses enfants. (Le père n’a pas fui avec eux.) À Mont­réal sa mère avec un courage incroyable réus­sira dans la restau­ra­tion. Vi, pourra faire des études et retour­nera au Viet­nam dans le cadre d’ac­tions huma­ni­taires. Ce roman fait la part belle aux senti­ments amou­reux, de sa mère d’abord qui souf­frira des infi­dé­li­tés de son mari sans jamais se plaindre, et puis de la jeune fille qui asso­cie liberté intel­lec­tuelle et liberté amou­reuse. On sent très bien dans ce livre que les tradi­tions viet­na­miennes ne résistent pas au monde occi­den­tal. Encore une fois ce roman se divise en de courts chapitres qui sont autant de courtes nouvelles qui dévoilent peu à peu les strates de la person­na­lité de Vi. Une lecture dépay­sante et très émou­vante comme tous les livres de cette auteure, on peut sans doute lui repro­cher de se répé­ter un peu, mais, quand, comme moi on l’ap­pré­cie, c’est un plai­sir à chaque fois renou­ve­ler.

Citations

Les « boat people »

Mon prénom ne me prédes­ti­nait pas à faire face aux tempêtes en haute mer et encore moins à parta­ger une paillote dans un camp de réfu­giés en Malai­sie avec une dame âgée qui pleura jour et nuit pendant un mois sans nous expli­quer qui étaient les quatorze jeunes enfants qui l’ac­com­pa­gnaient. Il fallut attendre le repas d’adieu à la veille de notre départ vers le Canada pour qu’elle nous raconte soudai­ne­ment sa traver­sée. Ses yeux avaient vu son fils se faire tran­cher la gorge parce qu’il avait osé sauter sur le pirate qui violait sa femme enceinte. Cette mère s’est évanouie au moment où son fils et sa bru avaient été jetés à la mer. Elle ne connais­sait pas la suite des événe­ments. Elle se souve­nait seule­ment de s’être réveillée sous des corps, au son des pleurs des quatorze enfants survi­vants.

Le Québec

Nous sommes arri­vés dans la ville de Québec pendant une cani­cule qui semblait avoir désha­billé la popu­la­tion entière. Les hommes assis sur les balcons de notre nouvelle rési­dence avez tous le torse nu et le ventre bien exposé, comme les Putai, ces boud­dhas rieurs qui promettent aux marchands le succès finan­cier et, aux autres, la joie s’ils frot­taient leur rondeur. Beau­coup d’hommes viet­na­miens rêvaient de possé­der ce symbole de richesse, mais peu y parve­naient. Mon frère Long n’a pas pu s’empêcher d’ex­pri­mer son bonheur lorsque notre auto­bus s’est arrêté devant cette rangées de bâti­ment où l’abon­dance était person­ni­fiée à répé­ti­tion : « Nous sommes arri­vés au para­dis au para­dis.

Édition Albin Michel. Traduit de l’amé­ri­cain par Sara Gurcel

Sara Krasi­kov est d’ori­gine ukrai­nienne, elle vit aux États-Unis et a adopté le format des romans améri­cain : au moins de six cent pages. Il est vrai que la période que couvre ce roman, de 1934 à nos jours, avait besoin d’un certain nombre de pages pour se déployer. Nous allons suivre le destin de la jeune Florence qui a cette idée un peu étrange d’émi­grer en URSS séduite par l’idéal commu­niste. Ils seront un petit nombre à le faire mais bien peu pour­ront échap­per aux terribles purges stali­niennes. Il faut dire que son enga­ge­ment était aussi soutenu par un amour passionné pour un ingé­nieur sovié­tique rencon­tré aux USA et qu’elle fera tout pour le retrou­ver. Comme souvent, aujourd’­hui, ce roman ne suit pas une progres­sion linéaire et nous passons d’une époque à l’autre en suivant la vie de Florence ou celle de son fils, Julian, ou de son petit fils, Lenny. L’URSS et aujourd’­hui la Russie semble atti­rer comme une puis­sance destruc­trice les membres de cette famille. Le petit fils de Florence est parti vivre en Russie pour y faire fortune, il devra aux maladresses de son père un passage en prison et il en sortira grâce à la connais­sance de celui-ci des rouages de ce terrible pays. Cela ne veut pas dire que tout est toujours pareil dans ce terrible pays mais rien n’y est jamais très simple. On revit de l’in­té­rieur le sort tragique des idéa­listes occi­den­taux qui sont allés se jeter dans la gueule de l’ogre stali­nien. Ils ont pour la plupart payé de leur vie leur naïveté, d’au­tant plus que l’Amé­rique n’a rien fait pour les aider : l’am­bas­sa­deur de l’époque ne voulant surtout pas fâcher son futur allié pour la guerre qui se prépa­rait. Pour survivre quand l’étau se resserre sur la commu­nauté juive cosmo­po­lite de Moscou, Florence sera conduite à espion­ner et trahir ses amis. Cela ne lui servira pas à grand chose car elle ira quand même au goulag où elle aurait dû mourir, je ne peux sans divul­gâ­cher le roman expli­quer pour­quoi elle n’y mourra pas. Son fils a émigré aux USA avec elle et toute sa famille, il revient en Russie pour faire des affaires avec l’énorme consor­tium du pétrole. On voit alors tout le rôle de la mafia russe dans les affaires. Il cherche aussi à mieux comprendre sa mère et obtient son dossier de police, il peut, alors, y lire ses diffé­rentes trahi­sons. Elle a survécu grâce à ses capa­ci­tés d’adap­ta­tion mais qui ne lui ont pas permis de rester digne et irré­pro­chable. Des gens dignes et irré­pro­chables, il doit y en avoir plein les fosses communes en Russie comme le père de Julian, Léon Brink assas­siné comme tant d’autres dans les sous-sols de la Loubianka. Il y a donc trois histoires, celle de Florence qui est la plus complète, celle de Julian, élevé en partie dans un orphe­li­nat sovié­tique qui s’est vu refu­ser sa thèse parce qu’il était juif et ses déboires avec la mafia russe, puis celle de Lenny qui aime­rait faire fortune dans un pays qui l’at­tire. La roman­cière parle d’un pays dont sa tradi­tion fami­liale a dû savoir lui parler. Et comme elle vit aux USA aujourd’­hui elle rend parfai­te­ment compte de ce qui a pu se passer pour Florence : sa soif d’idéal et sa descente progres­sive dans l’en­fer commu­niste, ce person­nage est crédible et son entê­te­ment aussi. Je comprends bien les inten­tions de l’au­teur de construire un destin sur plusieurs géné­ra­tions, mais une seule histoire m’au­rait large­ment suffit. J’ai vrai­ment du mal avec ces énormes pavés et pour­tant celui-ci est bien construit et fort instruc­tif et a beau­coup plu à Domi­niqueet à Kathel.

Citations

Les appartements communautaires

Les univer­si­taires occi­den­taux aiment décrire nos « kommu­nalki » sovié­tiques comme des endroits dénués d’es­pace person­nel. Ils se trompent. Quel plus bel hommage à la propriété privée pouvait-il y avoir que le dense enche­vê­tre­ment de sept sonnettes diffé­rentes sur la porte d’en­trée ? Sept réchauds à kéro­sène dans la cuisine ? Sept lunettes en bois distinctes , que chaque loca­taire se coin­çait scru­pu­leu­se­ment sous le bras en marchant d’un pas ferme jusqu’à l’unique WC de la commu­nauté ?

Les stupidités du régime soviétique

Nous suivions tous les deux un cours inti­tulé « Fonda­men­taux de la cyber­né­tique », dispensé par un vieux rouquin asth­ma­tique qui s’était fait virer dans les années cinquante pour avoir mené des recherches en infor­ma­tique, une disci­pline pros­crite par Staline au titre de « putain mercan­tile de l’im­pé­ria­lisme ». Dix ans plus tard, un gros bonnet avait toute­fois pris conscience que le pays était fort à la traîne dans la course contre les Améri­cains, on était donc aller cher­cher le profes­seur disgra­cié ( il mélan­geait des résines dans une usine de pein­ture indus­trielle) et on l’avait réin­té­grer pour qu’il enseigne la matière même qui avait causé son renvoi.

Toast russe emprunté à Balzac

Buvons aux femmes. Quand elles nous aiment, elles pardonnent tout, même nos crimes ! Quand elles ne nous aiment pas, elles ne nous pardonnent rien, pas même nos vertus !

Les Américains à Moscou en 1934

C’était du reste un talent assez partagé chez les margi­naux qui se retrou­vaient à Moscou dans les années trente, Des esprits libres affi­chant fière­ment le rejet de leur patrie capi­ta­liste. Jeunes, le plus souvent juifs, ils venaient du Bronx ou de Manches­ter, en Angle­terre, comme d’en­droits aussi dépay­sant que Missoula, dans le Montana. Obser­vez- les : au café Moscou, place Pouch­kine, .… Leurs discus­sions tournent essen­tiel­le­ment autour des États-Unis, comme si profa­ner leur lieu de nais­sance était une sorte de rituel destiné à soula­ger leur mal du pays.

Personnalité de Roosevelt

Roose­velt était-il un commu­niste refoulé ? Bon dieu, non. L’homme qui avait distri­bué de l’argent public par millions aux plus grosses socié­tés privées du pays en était loin. Ce n’était qu’un banal utopiste. Or si l’on gratte un peu, on trouve toujours, derrière un utopiste, un machia­vel dissi­mulé ‑quel­qu’un qui, pour réali­ser sa vision magni­fique, finira par sous­crire au prin­cipe selon lequel la fin justi­fie les moyens 

Après un enterrement où chacun a essayé d’exprimer ce qu’ils n’osent jamais dire

Les enter­re­ments sont aux Russes ce que les carna­vals sont aux Portu­gais.
Les règles sont suspen­dues le temps du carna­val pour que tout le monde puisse tempo­rai­re­ment faire comme si les choses étaient le contraire de ce qu’elles sont.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Édition de l’Oli­vier

J’ai été très touchée par ce roman car tout est en nuances ce qui n’en­lève aucune profon­deur au propos. Une écri­vaine qui est proche de la person­na­lité de Fanny Chia­rello , d’ailleurs c’est sans doute elle-même ou du moins une des ses facettes, aper­çoit une jeune joggeuse dans un quar­tier popu­laire du bassin minier. Elle en fait une photo car elle est très atti­rée par elle. Puis, elle lui écrit ce roman où elle imagine sa vie. Une vie qu’elle connaît bien car elle est elle même issue du même milieu. Ainsi dans ce dialogue avec Sarah, elle révèle aux lecteurs et lectrices que nous sommes, à quel point c’est doulou­reux de se sentir diffé­rente dans ses orien­ta­tions sexuelles, alors que tout dans la société vous pousse à être normal, c’est à dire atti­rée par des garçons. Est-ce plus diffi­cile dans ce milieu que dans la bour­geoi­sie, je n’en sais trop rien ? Je sais depuis Edouard Louis, que cette diffé­rence peut conduire à des réac­tions très violentes. Je pense que dans des familles catho­liques conser­va­trices ou musul­manes, peu importe l’ori­gine sociale, cela doit être très doulou­reux pour la jeune adoles­cente. Dans ce livre, la famille de Sarah n’est pas cari­ca­tu­rée, même si la mère est intru­sive et pense qu’elle a le pouvoir de remettre sa fille dans « le droit chemin » , elle le fait certai­ne­ment par amour et par par peur des malheurs que peut engen­drer l’aveu de l’ho­mo­sexua­lité. Tout en étant une mère qui essaie de bien faire elle est d’une rare violence pour la jeune adoles­cente qui se cherche et ne voudrait rencon­trer que douceur et compré­hen­sion. J’ai trouvé la construc­tion roma­nesque inté­res­sante et les senti­ments de la jeune fille très bien décrits. En revanche, j’ai trouvé un peu conve­nues et sans origi­na­lité les remarques sur la langue fran­çaise et diffé­rents passages obli­gés sur les diffé­rences entre l’ho­mo­sexua­lité et l’hé­té­ro­sexua­lité. À la fin du livre, quand je l’ai refermé et laissé mûrir dans mes pensées, je me suis dit que c’était déjà compli­qué d’être adoles­cente, encore plus, sans doute quand on vient d’un milieu dont on n’épouse pas les codes mais quand, en plus, on se sent juger pour ses émois sexuels alors cela doit deve­nir proche de la cruauté ce qui peut pous­ser suicide ou au moins au replie­ment sur soi. Je me suis deman­dée si Sarah n’al­lait pas deve­nir anorexique, tant les moments à table où elle sent le regard de chacun la scru­ter, la juger et enfin la condam­ner sont pénibles pour elle.

PS . Je suis très contente d’avoir lu et appré­cié un roman de cette auteure qui m’avait telle­ment ennuyée dans le précé­dent « Une faiblesse de Carlotta Delmont »

Citations

Détail bien vu

Son jean taille haute est si moulant que , quand elle glisse son télé­phone dans la poche arrière , on pour­rait taper un message à travers la toile .

Une homosexualité discrète

Quand tu entends Lou faire bruyam­ment étalage de ses atti­rance, tu es mal à l’aise pour elle. Ni plus ni moins que tu ne le serais si elle se jetait sur des garçons. Tu ne comprends pas les gens qui se donnent en spec­tacle, toi qui place l’in­ti­mité en tête des luxes possibles et y aspire de toutes tes forces.

Être végétarienne

Tu as plaidé pour le droit d’être végé­ta­rienne mais ta mère a répondu qu’il était de sa respon­sa­bi­lité de t’as­su­rer une crois­sance normale. Tu as alors tenté de démon­trer qu’une crois­sance normale ne passait pas néces­sai­re­ment par la consom­ma­tion de viande ; pour étayer tes propos tu as imprimé quelques articles qui l’ex­pli­quaient mais ta mère a estimé avoir plus de bon sens que les scien­ti­fiques.

Je comprends

La plupart des gens trouvent les érudits passion­nant, mais moi, ils me dépriment. Quand je suis amenée à en écou­ter (ce qui signi­fie que je suis tombée dans un guet-apens), je délaisse très vite le contenu de leur discours pour me concen­trer sur sa forme, sa longueur, son rythme, son lexique, je l’ob­serve comme une patho­lo­gie un peu triste.

Édition Albin Michel Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Quel pensum, cette lecture ! pour le club je m’oblige à aller jusqu’au bout des livres mais je m’au­to­rise le survol quand je n’en peux plus. Je suis complè­te­ment hermé­tique au projet de l’au­teure qui veut nous faire comprendre l’en­fance et la jeunesse de Virgi­nia Woolf . Comme il y a déjà tant de choses qui ont été écrites sur cette très grande écri­vaine, je pense que ce n’est pas chose facile. L’ef­fort d’Em­ma­nuelle Favier, et son origi­na­lité ont été de se mettre dans la peau de Virgi­nia et de nous faire comprendre à travers les yeux d’une petite file et de ses percep­tions ce que cela voulait dire d’être un jeune femme intel­li­gente et artiste sous le règne de la Reine Victo­ria dans une famille de lettrés. Sans avoir été brimée, Virgi­nia sent très bien que son seul destin est de se marier. L’écri­ture n’est pas une « condi­tion » pour une une femme de la bonne société britan­nique. L’au­teure tente aussi de trou­ver les raisons qui ont amené cette superbe femme si brillante à connaître la dépres­sion. Tout cela aurait dû m’in­té­res­ser, mais hélas à cause du style d’Em­ma­nuelle Favier, je me suis perdue dans une lecture labo­rieuse ne compre­nant parfois pas ce que je lisais. J’ai donc déci­der de relire au plus vite « Mrs Dalo­way » ; et cher­cher une bonne biogra­phie de Virgi­nia Wollf . Auriez-vous des sugges­tions ?

Citations

Une bonne remarque

Nous pouvons aussi imagi­ner que c’est déjà octobre, que de retour à Londres on a repris les visites, que l’on reçoit chaque jour. On fait, très jeune fille, l’ap­pren­tis­sage de la table à thé : c’est là que l’on apprend à servir, à obser­ver les conve­nances et les rangs, mais aussi à manier la critique discrète, la seule permise aux femmes, qu’elles déve­loppent avec une habi­leté compa­rable à celle que mettent les domes­tiques à noter leurs maîtres en parais­sant les flat­ter.

L’auteure termine tous ses chapitres par une succession de faits qui situe la vie de Virginia par rapport à ses contemporains , j’avoue ne pas y avoir trouvé beaucoup d’intérêt.

Pendant qu’un autre peintre, un Hollan­dais de génie et de misère, meurt ‑en même temps que Sitting Bull, Alphonse Karr et Octave Feuillet mais aussi que Charles Edward Mudie, souve­rain des biblio­thèques ambu­la­toires et premier éditeur du bon parrain James ; pendant qu’un autre peintre, un Autri­chien de misère et de génie, naît ‑en même temps Agatha Chris­tie, Jean Rhys, Charles de Gaulle et Grou­cho Marx ; pendant qu » Edith Whar­ton publie sa première nouvelle en revue et que la folie chez Nietzsche gagne, étei­gnant l’écri­vain aussi bien que le ferait la mort ; pendant qu’une nouvelle loi anglaise oblige les suici­daires à être inter­nés, les feuilles inlas­sa­ble­ment, dégrin­golent sur tombes et berceaux.

Genre de phrases que je ne comprends pas :

Head­lam est un para­site sincère, toujours chez les Stephen il y fait chère lie des femmes de la maison. 
Nous assis­tons impuis­sants à ses rages et protes­ta­tions face à la langueur de sa cousine, qui est la plupart du temps en Suisse ou en Alle­magne ou que savons-nous, et qui met des lustres à répondre.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Édition Albin Michel

Dans cette période qui devrait norma­le­ment être celle de la fréquen­ta­tion des cime­tières, je vais vous parler d’un roman pour lequel je ne suis pas enthou­siaste, même si j’ai eu quelques bons moments pendant la lecture. Violette Tous­saint née Trénet est gardienne de cime­tière. Quand je dis « née » je ne vous dis pas l’es­sen­tiel : Violette est née sous « x » et une sage femme l’a prénom­mée Violette car à la nais­sance sa peau viola­cée l’avait condam­née à ne pas survivre, puis Trénet sans doute parce qu’elle aimait ce chan­teur. Violette rencontre son destin sous les traits de Philippe Tous­saint un trop beau garçon qui passe son temps à faire l’amour aux femmes, la sienne, celles des autres et toutes les filles qui en ont envie. De cette union mal assor­tie naîtra une petite fille Léonine et sept ans de bonheur intense pour Violette, même si son mari conti­nue à courir les femmes dans toute la région. Le malheur de Philippe vient d’une mère Chan­tal Tous­saint qui méprise sa belle fille et cherche à trans­mettre à son fils son propre mépris. Un acci­dent terrible va surve­nir, mais je ne peux, sans divul­gâ­cher le récit, vous le racon­ter. Les plai­sirs de lecture de ce gros roman, vient des diffé­rentes anec­dotes liées aux histoires de cime­tière. Violette aime son métier et accueille avec respect les malheur des uns et des autres, c’est cet aspect qui m’a le plus inté­rés­sée. J’avoue que l’in­trigue autour de la mort de sa petite fille de sept ans, m’a beau­coup moins passion­née et surtout, je ne crois pas du tout aux deux person­nages prin­ci­paux. On est dans la cari­ca­ture ou dans l’es­quisse de person­nages mais pas dans la richesse de la complexité de l’hu­main. L’his­toire se tisse lente­ment au gré d’in­ces­sants retour en arrière ou de chan­ge­ments de person­nages, on s’y perd un peu. Ce n’est pas ce qui m’a le plus déran­gée, mais je ne comprends pas trop cette envie de rendre le roman aussi sinueux . Pour finir par un happy-end très prévi­sible. Comme je le disais en commen­çant, il y a de très bonnes petites histoires autour du cime­tière, qui rendent ce roman parfois très agréable à lire, mais sinon il faut accep­ter le côté « roma­nesque », dans le mauvais sens du terme, des person­nages. Cela m’a fait penser aux romans d’Anne Gavalda en plus cari­ca­tu­ral.( Et je précise que parfois je prends plai­sir à lire Anne Gavalda – comme pour ce roman que je suis loin d’avoir entiè­re­ment reje­tée.)

Citations

Portrait de son mari

Le jour de la paru­tion de l’ar­ticle, Philippe Tous­saint est rentré de la feue ANPE la mort dans l’âme : il venait de réali­ser qu’il allait devoir travailler. Il avait pris l’ha­bi­tude que je fasse tout à sa place. Avec lui, niveau fainéan­tise, j’avais gagné le gros lot. Les bons numé­ros et le jack­pot qui va avec.

J’aime bien ce genre de remarques

Demain, il y a un enter­re­ment à 16 heures. Un nouveau résident pour mon cime­tière. Un homme de cinquante cinq ans, mort d’avoir trop fumé. Enfin, ça, c’est ce qu’on dit les méde­cins. Ils ne disent jamais qu’un homme de cinquante cinq ans peut mourir de ne pas avoir été aimé, de ne pas avoir été entendu, d’avoir reçu trop de factures, d’avoir contracté trop de crédits à la consom­ma­tion, d’avoir vu ses enfants gran­dir et puis partir, sans vrai­ment dire au revoir. Une vie de reproches, une vie de grimaces. Alors sa petite clope et son petit canon pour noyer la boule au ventre, il les aimait bien.
On ne dit jamais qu’on peut mourir d’en avoir eu trop souvent trop marre.

Une enfance et un couple sans amour.

Je crois que j’ai toujours eu ce réflexe, celui de ne pas déran­ger. Enfant, dans les familles d’ac­cueil, je me disais : « Ne fais pas de bruit, comme ça cette fois tu reste­ras, ils te garde­ront. » Je savais bien que l’amour était passé chez nous il y a long­temps et qu’il était parti ailleurs, entre d’autres mur qui ne seraient plus jamais les nôtres.

Moment d’humour

Main­te­nant, ma dernière volonté, c’est de me faire inci­né­rer et qu’on jette mes cendres à la mer. 
-Vous ne voulez pas être enter­rée près du comte ? 
-Près de mon mari pour l’éter­nité ?!Jamais ! J’au­rais trop peur de mourir d’en­nui !
-Mais vous venez de me dire que ce sont les restes qu’on enterre ici. 
-Même mes restes pour­raient s’en­nuyer près du comte. Il me fichait le bour­don.