Édition Galli­mard . Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Si j’avais eu quelques réserves pour le premier roman que j’avais lu de et auteur : « l’en­ter­re­ment de Serge » ; celui-ci m’a vrai­ment beau­coup plu. Surtout parce qu’il dit de façon très claire que Proust n’ap­par­tient pas aux intel­lec­tuels mais à tous ceux et toutes celles qui veulent bien se donner le mal de le lire.

Clara est coif­feuse, dans le salon « Cyndi coif­fure » , Madame Habib en est la proprié­taire et Nolwenn la deuxième employée. Un jour un bel homme oublie son livre au salon, Clara qui est malheu­reuse en ménage espère que cet homme revien­dra cher­cher son livre. Il ne revient pas et Clara commence à lire « la recherche du temps perdu ». Ce n’est pas une lecture facile mais Clara s’ac­croche et peu à peu elle s’empare de ce texte qui va à tout jamais chan­ger sa vie.

Ce qui est bien fait dans ce roman, c’est le chemi­ne­ment de Clara vers l’oeuvre de Proust qui peu à peu trans­forme sa percep­tion de la vie. Les cita­tions de Proust parsèment ce roman et permettent de retrou­ver des passages connus de Proust, Clara commence à bien connaître les person­nages de la recherche. J’ad­mire le travail de Stéphane Carlier d’avoir ainsi rendu acces­sible l’oeuvre de Proust. Et je trouve que d’avoir situé son roman dans un petit salon de banlieue de Châlon sur Saône est une très bonne idée. D’abord pour montrer qu’il n’y a pas de fron­tières sociales pour aimer cette oeuvre, et en plus un salon de coif­fure c’est vrai­ment le lieu des potins de la ville un peu comme la salon de la Verdu­rin en son temps. Carlier se permet alors des petites remarques humo­ris­tiques qui montrent son talent d’ana­lyste de notre société.

Je garde en souve­nir un petit livre qui m’avait (dans un tout autre genre) beau­coup touché de Joseph Czapski « Proust contre la déchéance »

Le roman de Stéphane Carlier est un très bel hommage au plus grand des roman­ciers fran­çais du 20° siècle.

Citations

Bien vu.

Il y a Nolwenn, l’autre employée du salon. Sa figure n’a pas vrai­ment de contours et change rare­ment d’ex­pres­sion. Qu’elle raconte que sa belle sœur a fait une fausse couche ou qu’elle tende un petit un petit cadeau à Clara pour son anni­ver­saire, ses traits restent neutres, ils ne s’animent que lors­qu’elle regarde des vidéos sur son télé­phone. Un grand sourire fend le bas de son visage quand elle voit un chim­panzé prome­ner un porce­let en laisse ou un jeune golden retrie­ver s’es­sayer à gravir la première marche des escaliers.

L’apport de Proust.

Avec Proust, elle a l’im­pres­sion de tout voir. Forcé­ment, puis­qu’il lui montre le monde visible dans ces détails infi­nis et un autre, derrière, caché mais vaste et puis­sant, qui impose sa loi, sa volonté aux premiers la réalité psychique, psycho­lo­gique des êtres. Et ce n’est pas tout. En l’ini­tiant au prin­cipe de la mémoire invo­lon­taire, comme s’il posait ses mains sur ses épaules il la faisait légè­re­ment pivo­ter, il enri­chit son point de vue en y ajou­tant une dimen­sion qu’elle avait ignoré jusque là, celle du temps. Le passé, en surgis­sant dans le présent ne s’y prolonge-t- il pas ? Le souve­nir n’a-t-il pas plus d’exis­tence que l’épi­sode qu’il relate ? Pour­quoi semble-t-il qu’à mesure qu’on vieillit on se souvienne de mieux en mieux ?

Ce nom mythique.

Avant, ce nom mythique était pour elle comme celui de certaines villes – Capri, Saint-Péters­bourg, où il était entendu qu’elle ne mettrait jamais les pieds. 

16 Thoughts on “Clara Lit Proust – Stéphane CARLIER

  1. keisha on 19 décembre 2022 at 08:52 said:

    Marrant, je viens juste de commen­cer un billet sur ma dernière lecture prous­tienne (autour de)… Quant à ce Clara, rien en vue à la bibli, je dois agir ! ^_​^

  2. Je ne sais pas si ce roman me convain­crait de lire Proust, mais en tout cas, je peux tenter…

  3. Bonjour,
    J’espère que mon père Noël aura déposé ce livre sous le sapin ! Je piaffe déjà d’impatience !
    Bonne journée
    Anne

  4. J’ai plus de chance que Keisha, il y a deux exem­plaires qui tournent dans mes biblio­thèques. Je vais le réserver.

  5. Ce fut un joyeux moment de lecture pour moi aussi, léger, intel­li­gent, plein d’hu­mour mais comme tu le dis surtout un joli hommage à notre plus grand romancier
    parfois avec une lecture comme celle là on reprend le sourire perdu et on se lance à nouveau dans Proust

  6. Je l’avais repéré, un coup de cœur pour toi, il est donc à retenir :)

  7. Aaaahhh ! Mais je lis tout et son contraire sur ce livre!! Certaines le trouvent génial et n’hé­sitent pas à lui offrir 5 coquillages et d’autres le traitent de roman feel-good, de litté­ra­ture doudou. Bref, j’ai été obli­gée de l’emprunter à la bibli pour voir quel effet il me ferait à moi, et ça, avec la PAL que j’ai déjà, ce n’est pas bien. :-(

    • ce n’est pas génial, c’est un livre qui permet de comprendre que Proust appar­tient à tous ceux et toutes celles qui veulent le lire. Et c’est raconté de façon amusante et légère.

  8. Une de mes prochaines lectures, j’ai hâte !!

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