Édition l’olivier

Quel beau livre ! Et aussi, un roman qui permet de décou­vrir un fait tota­le­ment inconnu de la deuxième guerre mondiale et de connaître un peu mieux l’Île Maurice. Après « les rochers de poudre d’or » qui décri­vait la pauvreté des familles indiennes qui étaient venues en croyant s’en­ri­chir sur l’île Maurice, nous voici, en 1944, dans une de ces familles exploi­tée de façon éhon­tée par un plan­teur de cannes à sucre. Cette famille de trois garçons pour­raient être moins malheu­reuse si le père n’était pas un homme que l’al­cool rend mauvais et qui tape alors sans aucune rete­nue sa femme et ses enfants. Ses trois fils s’en­tendent bien et leur plus grand bonheur est d’al­ler cher­cher l’eau de la jour­née à la rivière. Ils ramènent tous les jours six seaux qui remplissent la citerne de leur pauvre masure. Un jour, une pluie extrê­me­ment violente fait débor­der la rivière et celle-ci devient un torrent si impé­tueux que deux frères sont empor­tés dans des flots char­riant boue et énormes cailloux.

La famille démé­nage, on comprend bien que les parents ne peuvent plus vivre si près d’un lieu marqué par la mort de leurs deux enfants. Le père est devenu gardien de prison, il est toujours aussi violent et frappe toujours aussi fort sa femme et son dernier fils. La deuxième partie du roman permet de comprendre qui étaient les gens que son père gardait, parmi eux un enfant David. Les deux enfants tisse­ront un lien d’amitié alors qu’ils ne parlent pas la même langue mais ces deux petits de neuf ans presqu’aussi malheu­reux vont se comprendre et Raj le petit Mauri­cien voudra sauver David « le petit juif de Prague ».

J’aime la langue de Nata­cha Appa­nah et sa façon de construire ses récits, le seul roman qui m’avait moins convain­cue était « la noce d’Anna » mais là je retrouve toute la violence conte­nue de « le ciel par dessus les toits « .

Je pense que cette écri­vaine a connu de près la misère et les violences fami­liales que cela peut engen­drer, elle connaît bien aussi l’île Maurice et je trouve extra­or­di­naire la façon dont elle nous a fait connaître le drame des ces juifs refou­lés d’Is­raël et dont l’An­gle­terre s’est débar­ras­sée sur une île sans leur permettre de vivre digne­ment. Le petit Raj ne connais­sait rien évidem­ment à la guerre qui se passait si loin de chez lui et le mot « juif » ne voulait rien dire pour lui. Mais ce seul mot faisait que David vivait en prison et lui était libre de ses mouve­ments (quand il pouvait échap­per aux coups de son père !). Or c’est à travers ses yeux que nous voyons le drame se tisser, tel que le vieux monsieur qu’il est devenu essaie de se le rappe­ler. Une tragé­die adou­cie un peu par le person­nage de la mère qui aime son fils et le sauve de la polio­myé­lite, car elle connaît les plantes qui guérissent.

J’ai beau­coup aimé la façon dont le récit est construit, le vieil homme connaît main­te­nant les raisons pour lesquelles il y avait des prison­niers juifs sur son île, mais quand il avait neuf ans il n’en avait aucune idée, et la mort brutale de ses frères l’avait telle­ment perturbé qu’il a voulu que David les remplace et, des consé­quences que cela a entraî­nées, il se sent coupable encore aujourd’hui.

Citations

La misère des coupeurs de canne à sucre.

À la lisière de l’im­mense champs de cannes d’un vert ondu­lant sur la propriété sucrière de Mapou, commen­çait une série dégin­gan­dée de boxes, de huttes, de soi-disant maisons faites de tout ce qui tombait entre les mains de nos aînés et que l’on appe­lait le « camp ». Branche, bûches, bout de bois, souches, feuille de canne, brin­dilles, bambous, paille, palets de bouse de vache séchée, l’ima­gi­na­tion de ces gens-là étaient infi­nie. Je ne sais pas comment j’ai survécu à la vie dans le camp, comment le petit garçon frêle et peureux que j’étais a pu traver­ser ces huit longues années. Ici, dès qu’un enfant tombait malade, la famille prépa­rait tout de suite son lit mortuaire et, en règle géné­rale, elle avait raison, la mort suivait la mala­die, systé­ma­ti­que­ment, inexorablement.

La pluie tropicale.

À Mapou, la pluie était un monstre. on la voyait prendre des forces, accro­chée à la montagne, comme une armée regrou­pée avant l’as­saut, écou­ter les ordres de combat et de tueries. les nuages gros­sis­saient de jour en jour, si lourds et goulus que le vent qui nous faisait titu­ber, au sol, n’ar­ri­vait plus à les chas­ser. Nous levions les yeux vers la montagne, quand la pous­sière nous donnait un répit et les soupirs de nos aînés nous prépa­rait au pire.

Son père .

Mon père n’était pas meilleur ou pire que les autres. Il hurlait des choses que nous ne compre­nions pas, chan­tait des chan­sons deve­nues incom­pré­hen­sibles tant sa langue était lourde et gonflée d’al­cool et nous prenions des coups si nous ne chan­tions pas comme il le souhai­tait. Souvent, nous nous retrou­vions dehors serrés contre ma mère et nous n’étions pas la seule famille dans ce cas-là. 
Que dire de plus sur ces nuits au camp ? Je n’avais pas l’im­pres­sion d’être plus malheu­reux qu’un autre, mon univers commen­çait et s’ar­rê­tait ici, pour moi, le monde était fait ainsi, avec des père qui travaillaient du matin au soir et rentraient chez eux, saouls , pour malme­ner leur famille.

La culpabilité du survivant.

Les yeux de mon père sur moi, ce regard qui noir­cis­sait de plus en plus, contre qui pouvait-il hurler, qui pouvait-il taper pour exor­ci­ser sa colère ? Et cette ques­tion au bout de sa langue, cette ques­tion qu’il n’a jamais pu pronon­cer tout haut mais que j’en­ten­dais à chaque fois que je passais à côté de lui, à chaque fois que sa main s’abat­tait sur moi, sur ma mère. Pour­quoi toi ? Pour­quoi toi, Raj, petit vaurien frêle, as-tu survécu ? Pour­quoi toi ? Pour­quoi toi ?

Découverte de David .

Je ne sais pas si je dois avoir honte de le dire mais c’est ainsi. Je ne savais pas qu’il y avait une guerre mondiale qui durait depuis quatre ans, quand David avait demandé, à l’hô­pi­tal, si j’étais juif, je ne savais pas ce que ça voulait dire, j’ai dit non parce que j’avais la vague impres­sion que juif dési­gnait une mala­die parce que j’étais dans un hôpi­tal, je n’avais jamais entendu parler de l’Al­le­magne, je ne savais pas grand chose en réalité. J’avais trouvé David, un ami ines­péré, un cadeau tombé du ciel et en ce début d’an­née 1945, c’est tout ce qui comp­tait pour moi.

L’étoile de David.

C’est aussi ce jour-là qu’il m’a montré sa médaille et qu’il m’a parlé de l’étoile de David et moi, pauvre idiot, pauvre naïf, pauvre gosse né dans la boue, moi, vexé comme un pou. et puis quoi encore ? peut-être que la forêt s’ap­pelle la forêt de Raj ? Comment une étoile pouvait porter son nom, hein, pouvait- il me le dire ? Il me prenait pour un gaga ou quoi ? 
Mon ami serra son étoile et me dit que ce David-là était un roi. Et alors ? Raj aussi voulait dire roi !

Édition Odile Jacob

Cet auteur fait partie des penseurs contem­po­rains que je peux lire jusqu’au bout. Ce n’est pas forcé­ment un gage de qualité pour sa pensée car je recon­nais humble­ment que j’ai beau­coup de mal à lire les auteurs abstraits. Autant, quand ils expliquent leur pensée orale­ment, je suis parfois passion­née, je me procure alors leur livre mais je constate souvent que j’ai beau­coup de mal à les lire. Pour Cyrul­nik ce n’est pas le cas, car il mêle toujours du narra­tif à l’abs­trac­tion et cela rend ses livres passion­nants pour moi.

Dans ce livre-ci, il essaie de cerner ce qui fait qu’un être humain garde son libre arbitre où bien se soumet au groupe et peut alors commettre le pire.

Bien sûr, il démarre par cette pure horreur : pour­quoi alors qu’il avait sept ans des alle­mands ont décidé de le tuer ? Et s’il a survécu, il lui faudra de nombreuses années pour oser dire devant l’opi­nion fran­çaise ce qui s’est effec­ti­ve­ment passé. Ensuite, il analyse sous plusieurs angles d’at­taque toutes les circons­tances qui ont permis à des hommes et des femmes de prendre des déci­sions qui iront dans le sens de la dignité humaine ou au contraire dans l’abjection.

Ce livre est très diffi­cile à résu­mer, mais ce que l’on peut dire c’est qu’en­suite on a vrai­ment envie de faire partie des adultes qui n’ac­cep­te­ront pas d’obéir aux dogmes ambiants sans exer­cer leur pensée critique. Je trouve très inté­res­sant qu’il se mette lui-même en cause en tant que méde­cin. Il était neuro psychiatre quand on faisait encore des lobo­to­mies et s’il n’en a pas fait lui-même il a vu très peu de méde­cins s’y oppo­ser. Comme nous venons de vivre une époque où la doxa médi­cale était très diffi­cile à mettre en cause, j’ai été très sensible à ce qu’il décrit. Il prend un moment un exemple que j’ai trouvé telle­ment parlant, quand il était jeune méde­cin on était persuadé qu’il ne fallait pas endor­mir loca­le­ment des plaies avant de les sutu­rer, car cela risquait de moins bien cica­tri­ser. Il a donc fait ainsi en faisant souf­frir des enfants, alors que fina­le­ment il n’y a aucune raison médi­cale de ne pas anes­thé­sier les plaies avant de les recoudre.

Comme vous le voyez ce que je retiens ce sont tous les exemples que cet auteur prend pour illus­trer ses propos. mais j’ai noté beau­coup de passages pour que vous puis­siez cerner sa pensée.

Je vous conseille vrai­ment la lecture de ce livre ou d’écou­ter ce penseur si humain que cela fait du bien de faire partie de la même huma­nité que lui.

Citations

Les enfants et les discours totalitaires.

Les enfants sont les cibles inévi­table de ces discours trop clairs parce qu’ils ont besoin de caté­go­ries binaires pour commen­cer à penser : tout ce qui n’est pas gentil est méchant, tout ce qui n’est pas grand est petit, tout ce qui n’est pas homme est femme. Grâce à cette clarté abusive ils acquièrent l’at­ta­che­ment sécu­ri­sant à maman et à papa à la reli­gion aux copains d’école et au clocher du village. Cette base de départ permet d’ac­qué­rir une première vision du monde, une claire certi­tude qui donne confiance en soi et aide à prendre place dans sa famille et sa culture.

Des idées simples et intéressantes.

Pour Darwin l’homme, mammi­fères proche du singe, peut s’ar­ra­cher à la condi­tion animale grâce a un cerveau qui lui donne accès au monde de l’ou­til et du verbe. Pour lui, les êtres vivants ne sont pas hiérar­chi­sés, ils s’adaptent plus ou moins bien aux varia­tions du milieu. C’est le plus apte à vivre et à se repro­duire dans ce milieu qui sera favo­risé par la sélec­tion natu­relle, ce n’est pas forcé­ment le plus fort. Une telle pensée écosys­té­mique ne pouvait pas satis­faire ceux qui aiment les rapports de domi­na­tion. Quand Freud perce­vait une diffé­rence entre deux mondes mentaux, il éprou­vait le bonheur des explo­ra­teurs ; Mengele au contraire y voyait la preuve d’une hiérar­chie natu­relle. Cette inter­pré­ta­tion du monde faisait naître en lui un plai­sir d’obéis­sance qui mène à la domination.

Des faits qui me révoltent.

Ernst Rüdin, psychiatre géné­ti­cien suisse, avait fait passer à la demande de Hitler la loi de la stéri­li­sa­tion contrainte (1934) afin d’éli­mi­ner les schi­zo­phrènes, les faibles d’es­prit, les aveugles, les sourds et les alcoo­liques. En 1939, il reçut la médaille Goethe pour son travail scien­ti­fique qui légi­ti­mait l’éli­mi­na­tion des enfants de mauvaise qualité (…)
En 1945, à la fin de la guerre, Ernst Rüdin affirma qu’il s’agis­sait d’un simple travail acadé­mique. Il fut puni d’une amende de 500 marks et après avoir été décoré deux fois par Hitler, il pour­sui­vit sa carrière aux États-Unis et rentra à Munich pour y mourir en 1952.

La banalité du mal.

Je vais vous surprendre, mais je pense que ces crimes sans émotion ni culpa­bi­lité ne sont pas rares et que beau­coup d’êtres humains en sont capables. Il ne s’agit pas d’an­hé­do­nie, engour­dis­se­ment de la capa­cité à éprou­ver du plai­sir. Adolf Eich­mann ressen­tait de grands bonheurs quand il envoyait à Ausch­witz des trains bour­rés de juifs. C’est le plai­sir qu’on éprouve à bien faire son travail, à tampon­ner, à clas­ser, à nettoyer la société de la souillure juive. Voilà, c’est simple, cette énor­mité est banal, c’est ainsi que je comprends « la bana­lité du mal » de Hannah Arendt.

Et pourtant c’est vrai.

Aucune décou­verte scien­ti­fique, aucune idée philo­so­phique ne peut naître en dehors de son contexte cultu­rel. Beau­coup de nazis, comme beau­coup de lobo­to­mi­seurs , n’avaient aucune conscience du crime qu’ils commet­taient. Ils habi­taient une repré­sen­ta­tion où ils puisaient leurs déci­sions poli­tiques ou théra­peu­tiques : donner mille ans de bonheur au peuple en extir­pant la souillure juive et soigner la folie en décou­pant le cerveau. Quand la violence est banale, la culture légi­time ce mode de régu­la­tion des rapports sociaux. Les méde­cins nazis étaient convain­cus qu’ils contri­buaient scien­ti­fi­que­ment à l’an­thro­po­lo­gie physique. C’est au nom de la morale qu’ils ont exter­miné 300 000 malades mentaux en Alle­magne, qu’ils ont réalisé de mortelles expé­ri­men­ta­tions médi­cales sur des enfants et ont assas­siné en rigo­lant 6 millions de juifs en Europe.

L’importance du malheur.

Si par malheur nous pouvions suppri­mer le malheur de la condi­tion humaine, nous ferme­rions les librai­ries et ruine­rions les théâtres. Est-ce ainsi que nous pour­rions expli­quer la puis­sance du confor­mité quand nous cher­chons à nous mettre en accord, en harmo­nie avec les incon­nus qui parti­cipent au groupe auquel on désire appartenir ?

Penser ne peut être que complexe.

La pensée facile, le Diable et le bon Dieu, le bien et le mal, ça ne marche pas. Chez le même homme, il y a des pulsions contraires : la rage de détruire et le courage de recons­truire. C’est par empa­thie que Himm­ler a commandé la construc­tion des chambres à gaz. Quand il a vu le malaise de ses soldats, blancs d’an­goisse et obli­gés de boire de l’al­cool pour se donner la force de mitrailler des femmes nues portant leur bébé dans les bras, il a compati avec eux et à propo­ser une tech­nique propre pour tuer ces gens sans trau­ma­ti­ser les soldats. Quand la lobo­to­mie a été inven­tée, les congrès ne parlaient que de tech­niques : faut-il faire un volet fron­tal, intro­duire une aiguille dans le creux sus-orbi­taire, injec­ter de l’al­cool, couper avec un scal­pel ? Le succès tech­nique arrê­tait l’empathie et empê­chait de voir que le prix humain était exor­bi­tant, que la « guéri­son » appor­tait plus de troubles que la maladie.

Édition Buchet-Chas­tel. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Un petit roman bien sympa­thique, sur un sujet qui m’in­té­resse : le créa­tion des « livres des heures » au 15° siècle.

Ces illus­tra­tions sont telle­ment riches et variées ! Je me souviens d’une expo­si­tion dans une biblio­thèque qui m’avait complè­te­ment séduite.

L’au­teure imagine un person­nage fémi­nin (En 2022 ce serait trop banal que ce soit un homme !) qui lutte pour pouvoir deve­nir, elle aussi, comme son grand-père, son père, une artiste en enlu­mi­nures. L’in­trigue est vrai­ment trop atten­due pour moi : sa mère ne veut que la marier et déteste qu’elle veuille deve­nir peintre mais grâce à son grand-père elle finira par s’im­po­ser. La belle Margue­rite va connaître un amour passion pour un « maure » qui passait par là et devra fina­le­ment se marier pour donner un père au bébé qu’elle attend.
L’in­té­rêt du roman réside dans la recons­ti­tu­tion d’une ville Paris qui se remet douce­ment de la guerre de cent ans, et la descrip­tion des tech­niques des colo­ristes qui nous ravissent encore aujourd’hui.

Un roman dont je vais très vite oublier l’in­trigue mais qui m’a fait passer un bon moment dans les ateliers pari­siens d’enluminures.

Citations

La couleur et le Moyen Âge

Les maisons des petites gens sont couleur de bois, de pierre, de boue, de chaume, leur mobi­liers de terre cuite, d’étain, leurs habits d’étoffe non teinte ou si peu. Le Moyen Âge est friand de couleurs vives autant que d’épices. La couleur est l’apa­nage de la nature, de nature divine, des Hommes qui en ont extrait les secrets et de ceux qui peuvent se les payer. Plus elle est vive, satu­rée, plus elle est enviable, enviée. Elle est la marque du puis­sant, de la cathé­drale, du jour de fête et de proces­sion avec ses éten­dards. L’ab­sence de couleur est signe de pauvreté, d’in­si­gni­fiance, d’inexis­tence, de mort.

Le sujet du roman.

Si, comme il se doit, Margue­rite équi­pera son livre d’heures de calen­drier litur­gique, d’ex­traits d’évan­giles, d’un petit office de la Vierge orga­nisé selon les heures cano­niales, elle pren­dra quelques liber­tés. d’autres avant elle en ont prit. Il est commun que le proprié­taire de livres d’heures cherche à renta­bi­li­ser sa mise, car le coût en est très élevé. On y inscrira toutes sortes de choses, des recettes locales de tisanes, d’onguent, en passant par les dates des nais­sances et des morts des membres de la famille. Alors pour­quoi pas des pensées, des échap­pées intime ? Voilà pour le fond . 
Et sur la forme ?
D’aus­tères au XII° siècle, les livres d’heures vont prendre vie, couleurs au fil du temps. Des prières, comme d’une terre, vont en pous­ser s’en­guir­lan­der de branches, de feuilles, de forêts entières.

Édition Le Dilettante

Après « 39,4 » je savais que je lirai ce roman qui de plus se concentre sur un problème qui me touche car une de mes filles est profes­seure en collège à Paris : la volonté des parents de contour­ner à tout prix les règles d’af­fec­ta­tion scolaire pour mettre leur enfant dans un bon collège. À Paris, plus qu’en province, le succès des établis­se­ments privés est consi­dé­rable, mais si on habite à côté d’Henry IV ou Louis Le Grand c’est une grande chance pour ces parents trop concen­trés sur la réus­site scolaire des enfants. Ils peuvent lais­ser leur chère progé­ni­ture dans le public et béné­fi­cier d’un envi­ron­ne­ment élitiste.

Paul, le père de Béré­nice est un de ces pères là et si Sylvie son épouse est plus atten­tive au bonheur de leur enfant, c’est quand même elle qui deman­dera à leur ancienne femme de ménage, une mère céli­ba­taire d’ori­gine afri­caine main­te­nant concierge à côté du collège tant convoité ‑Henry IV, de domi­ci­lier sa famille chez elle ! L’éclat de rire de cette femme qui rend volon­tiers ce service contre rému­né­ra­tion, m’a fait du bien.

Ensuite le roman enchaîne les manœuvres pour main­te­nir Béré­nice au top de l’élite intel­lec­tuelle pari­sienne, il s’agit de donner à la jeune tous les cours parti­cu­liers qui lui permettent de rentrer au lycée Henry IV puis en classe prépa. Et là soudain catas­trophe Béré­nice tombe amou­reuse du seul garçon bour­sier de la prépa.
Je ne peux vous en dire plus sans divul­gâ­cher, l’ima­gi­na­tion de Paul pour obte­nir que sa si précieuse fille fran­chisse les derniers obstacles de la classe prépa.

C’est donc la deuxième fois que je lis un roman de cet auteur, je suis frap­pée par l’acuité de son regard sur une société qu’il connaît bien, mais comme pour « 39,4 », j’ai trouvé que ce regard perti­nent manquait de chaleur humaine et que son humour est parfois trop grin­çant. On ne retrouve un peu de compas­sion que dans le dernier chapitre. Je vous conseille cette lecture si vous avez envie d’en savoir un peu plus sur le petit monde des gens qui veulent à tout prix la réus­site scolaire de leurs enfants à Paris. Je sais, c’est un centre d’in­té­rêt limité mais n’ou­bliez pas qu’en­suite ces braves gens gouvernent la France avec un regard quelque peu mépri­sant pour le commun des mortels.

Citations

Cet humour grinçant qui parfois peut déranger .

Paul redouta le déve­lop­pe­ment d’un trouble dyspha­sique sévère. Alerté par une fréquen­ta­tion compul­sive des sites spécia­li­sés sur le net, il fit parta­ger à Sylvie le spectre des consé­quences à anti­ci­per : isole­ment, syndrome autis­tique, arrié­ra­tion, et décès précoce dans une insti­tu­tion privée située à plus de cent cinquante kilo­mètres de Paris où ils se seraient aupa­ra­vant rendus une fois par semaine, le samedi après-midi, afin de passer quelques heures en compa­gnie de leur fille dans un atelier arti­sa­nal de créa­tion de lampes en sel coloré.

Les enfants à haut potentiel .

Son retard initial dans l’ac­qui­si­tion du langage de même que ces mani­fes­ta­tions d’an­xiété s’in­té­grant d’ailleurs dans la descrip­tion propo­sée par le psycho­logue Jean-Charles Terras­sier, du phéno­mène quali­fié de « dyssyn­chro­nie » pour carac­té­ri­ser un certain nombre d’en­fants dits « précoces », dont la matu­rité affec­tive n’était pas en adéqua­tion avec le niveau des connais­sances accu­mu­lées, expli­quant nombre de compor­te­ments puérils et néga­tifs suscep­tibles de retar­der certaines acqui­si­tions. Ainsi naquit ces acquis dans l’es­prit de son père l’hy­po­thèse selon laquelle Béré­nice était une enfant à « haut poten­tiel » au poten­tiel carac­té­ris­tique plus grati­fiante que les anno­ta­tions qui ponc­tuent ses bulle­tins scolaires de CM2 et lui assi­gnant un rang médian tout en louant des effort quali­fiés de « méritoires »

L’élitisme scolaire.

Béré­nice fit donc solen­nel­le­ment son entrée au collège Henri-IV sous le regard trans­fi­guré de son père qui condui­sit en personne sa fille vers le sanc­tuaire où elle allait désor­mais, à l’ins­tar d’une chré­tienne béati­fiée, rece­voir les sacre­ments d’une péda­go­gie aris­to­cra­tique. La jeune fille ne protesta pas, heureuse de l’ef­fet que provo­quait sa muta­tion scolaire sur l’hu­meur quoti­dienne de Paul, à défaut de prendre plei­ne­ment la mesure de la chance qu’il lui était offerte de s’ex­traire du trou­peau vagis­sant des futurs exal­tée du vivre ensemble. Elle avait en effet, depuis quelques années, pris conscience de la puis­sance que produi­sait ses résul­tats scolaires sur l’hu­meur de son père et entre­voit les quelques stations de métro supplé­men­taires qui accom­pa­gne­raient ces trajets quoti­diens comme un maigre tribu à l’équi­libre familial.

Se construire soi même une mauvaise foi.

À la manière d’un rongeur amphi­bien, il prit la réso­lu­tion, afin de se prému­nir de ses assauts para­doxaux, d’éta­blir une sorte de digue interne, consti­tuée de petits bouts d’ar­gu­ments qu’il assem­blait les uns sur les autres dans la plus grande anar­chie pour s’as­su­rer une protec­tion étanche contre les efflux critiques qui l’as­saillaient pério­di­que­ment. Il lui fallut pour cela mobi­li­ser toute la rigueur de sa forma­tion scien­ti­fique et, ainsi que s’or­ga­nisent natu­rel­le­ment certaines voies de commu­ni­ca­tion au sein d’un épithé­lium, défi­nir un cadre formel, agen­cer selon des règles systé­ma­tiques les voies de signa­li­sa­tion et de régu­la­tion à l’in­té­rieur desquelles lui, Béré­nice, Ayme­ric, Henri IV, l’Édu­ca­tion natio­nale et ses rami­fi­ca­tions s’in­té­graient et se dépla­çaient sans jamais en ques­tion­ner la finalité.

Les indignations de la jeunesse favorisée .

Pernille était une jeune fille à la conscience « éveillée » et parti­cu­liè­re­ment encline à l’in­di­gna­tion. La situa­tion des réfu­giés syriens, l’ab­sence de menu bio au réfec­toire d’Henri-IV, le nombre de places d’ac­cueil pour les SDF par grand froid, la taille des jupes de sa mère où la fonte du perma­frost, tout l’indignait.

Et oui ce genre de spectacle existe (comme ça ou presque).

Sylvie et Paul s’était laissé surprendre par une invi­ta­tion l’été dernier afin d’as­sis­ter à une « mise en espace » consa­crée à la poésie médié­vale dont la prin­ci­pale origi­na­lité tenait au fait que les vers se trou­vaient décla­més par des comé­diens perchés au sommet des arbres. Églan­tine Campion expli­qua à ses invi­tés, et plus tard à l’en­semble des spec­ta­teurs, qu’elle tenait par cette scéno­gra­phie à renfor­cer la nature gravi­ta­tion­nelle du proces­sus poli­tique en en inver­sant la trajec­toire, pour mieux signi­fier que si les vers élevaient l’âme de ses audi­teurs, ils avaient l’hu­mi­lité, en quelque sorte, de descendre jusqu’à eux et de ne point les exclure de leur dimen­sions parfois ésoté­rique. Les repré­sen­ta­tions furent néan­moins inter­rom­pues avant leur terme et par la chute malen­con­treuse d’un comé­diens qui se frac­tura pour l’oc­ca­sion deux vertèbres, susci­tant, en guise de conclu­sion anti­ci­pée, une réflexion de l’or­ga­ni­sa­trice sur la radi­ca­lité de l’acte poétique, son éter­nel poten­tia­li­tés à trans­for­mer, frag­men­ter même, chacune de nos confor­tables « zone de réalité ».

Édition Albin Michel

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Est-ce qu’un éclat de rire vaut cinq coquillages, j’ai décidé que oui car fran­che­ment quand j’écris cet article il n’y a pas grand chose qui me porte à rire.
Alors surtout que tous ceux et toutes celles qui ne veulent lire que des œuvres qui passe­ront à la posté­rité, évitent cette lecture. Les autres cher­che­ront dans leur biblio­thèque préfé­rée s’il ne trouve pas ce roman de Marion Michau. Elle y conte la vie de Pilar Mouclade, oui c’est vrai son prénom aurait été plus facile à porter avec un nom de famille espa­gnol et puis Mouclade ce n’est pas terrible non plus. Tout va bien dans sa vie : son mari, ses enfants, son métier.
Elle sait nous racon­ter le métier d’agent immo­bi­lier et nous le rendre très sympa­thique. Je me souviens à quel point une femmes m’avait aidée à ache­ter ma maison à Dinard, je la retrouve dans le portrait de Pilar, donc je peux en témoi­gner il existe des agents immo­bi­liers (déso­lée je ne connais pas le fémi­nin du nom « agent ») agréables et qui vous aident vrai­ment à choi­sir un bien où vous pour­rez vivre confortablement.

Pilar est origi­naire de Limoge, ville souvent choi­sie pour décrire l’en­nuie de la vie en province, cela vient de loin puisque le mot limo­geage vient de l’en­voie, dans cette ville, des hauts gradés mili­taires dont on voulait se débar­ras­ser en les faisant « mourir » d’en­nuie à Limoges. Elle est élevée par une mère compli­quée qui change d’amants et de boulots très souvent, elle est aussi l’amie de Stella un fille dont la beauté éblouit les garçons et attire les filles. Pilar va avoir quarante ans et son anni­ver­saire la perturbe beau­coup, elle veut retrou­ver Stella avec qui elle s’est fâchée à l’ado­les­cence. Cette quête vers son passé va permettre aux lecteurs de comprendre qui est Pilar : une femme formi­dable que l’on a très envie de connaître pour parta­ger un moment de sa vie.
Rien que pour ça j’irai bien dans son agence immo­bi­lière : mais oui, je le sais, ce n’est qu’un roman, plus exac­te­ment un éclat de rire et cela je le garde en moi, en pensant à Pilar Mouclade.

Citations

Le choix du prénom Pilar.

Dans toutes les familles norma­le­ment consti­tuées, le père aurait mis son veto (pour­quoi pas Dolores tant qu’on y est ? ?), mais mon père n’a pas eu son mot à dire puis­qu’il se résume à « un homme qui dansait très bien » au Calypso Club de Limoges en juillet 1979.

Le portrait de sa mère .

Je vivais dans le désordre de ma mère. On passait de studio en appar­te­ment et d’ap­par­te­ment en chambre de bonne au gré de ses licen­cie­ments ou de ses ruptures amou­reuses (les deux affaires étaient souvent liées). J’ai eu un nombre parfai­te­ment trau­ma­ti­sant de beau-père. aujourd’­hui, je les confonds tous. Il faut dire que ma mère s’est long­temps spécia­li­sée dans le tocard à moustache. 
- Qu’est-ce que tu veux, Pilar, je ne supporte pas d’être seule. 
J’ai mis des années à comprendre cette phrase. elle n’était pas seule, puisque j’étais là…
Toute mon enfance je l’ai entendu parler de valises et d’al­ler simple pour le bout du monde.
-Qu’est-ce qui nous retient ? 
J’ai grandi avec cette idée dans un coin de ma tête, et un grand sac en toile rose et bleu dans un coin de ma chambre. Les années ont passé, et on ne s’est jamais éloi­gné a plus de vingt kilo­mètres de Limoges, ou elle vit encore. Ma mère m’a toujours fait penser à une mouche contre une vitre : elle dépense une éner­gie folle à se cogner.

Les rapports avec sa mère .

Ma mère m’ap­pelle alors que je remonte en voiture la rue Sadi-Carnot. En voyant son nom s’af­fi­cher, je me gare sur une livrai­son. Quelques secondes, j’es­père qu’elle appelle pour s’ex­cu­ser d’avoir oublié mon anni­ver­saire… Déci­dé­ment, rien ne me sert de leçon.
- Pilar ! Ah quand même ! Tu aurais pu m’ap­pe­ler ! Tu as bien vu que j’étais en train d’ou­blier ton anni­ver­saire ! T’au­rais pu me passer un petit coup de fil au lieu de prendre un malin plai­sir à me mettre le nez dans le caca ! 
- Bonjour, maman. 
- Je vais même te dire vu ce que j’ai souf­fert le jour de ta nais­sance, c’est toi qui devrais m’ap­pe­ler chaque année ! 
Parfois je me demande pour­quoi je descends rare­ment la voir, et parfois je ne me le demande plus du tout. 
-De toutes façon, je ne sais pas pour­quoi je m’étonne encore ! Tu n’ap­pelles jamais, tu ne descends jamais !
Bah non , maman, parce que chaque fois que je viens, dans les deux minutes qui suivent mon arri­vée, j’ap­prends que j’ai grossi et qu’on ne va pas passer la soirée ensemble parce qu’un « ami » t’a invi­tée à dîner et tu n’as pas osé dire non. C’est drôle comme avec moi tu oses.

Édition J’ai lu

Est-ce que je peux vrai­ment remer­cier Krol de m’avoir conseillé ce roman ? j’en ressors telle­ment pessi­miste sur la nature humaine et si effrayée par les conduites des hommes pendant la guerre que celle qui frappe à notre porte me fait encore plus peur ! À mon tour, je vais vous dire qu’il faut lire ce roman même si comme moi vous serez horri­fié par ce que vous allez décou­vrir sur cette guerre au Cambodge qui semble si loin­taine dans le temps.

Sara­vouth est un jeune Cambod­gien élevé par un père intègre fonc­tion­naire de l’état cambod­gien et d’une mère dont le père était fran­çais, il a une petite soeur, Dara. Sa vie est harmo­nieuse, c’est un enfant à l’ima­gi­na­tion débor­dante nour­rie de la lecture de « Peter Pan » et « L’Odys­sée ». Il se construit un monde inté­rieur imagi­naire qui le protège de toutes les horreurs du monde de l’extérieur.

Hélas ! la guerre commence et la corrup­tion du régime de Lon Nol sera bien inca­pable d’ar­rê­ter les Khmers Rouges qui gagnent du terrain par des méthodes d’une barba­rie incroyables. Je ne résiste pas à citer le jour­nal du « Monde » la veille de la prise de la capi­tale par les Khmers rouges. (Je cite l’au­teur, je ne peux en véri­fier la vérité de chaque mot, mais en revanche je peux témoi­gner de l’am­biance géné­rale de la gauche bien-pensante française)

Les jour­naux anglais sont formels : le Cambodge n’en a plus pour long­temps. Phon Penh va tomber. Le peuple sera libéré écrit Philippe Saintes dans les pages du « Monde ».

« Libé­ra­tion » qui a couté deux millions de morts

La famille de Sara­vouth n’est pas victime des Khmers mais de la lutte du clan Lon Nol contre les habi­tants qui étaient suspec­tés d’être d’ori­gine Viet­na­mienne ou comme son père d’être incor­rup­tible. Ils sont emme­nés en forêt et là commence la deuxième partie de la vie de Sara­vouth. Il est recueilli par une vieille femme qui le soigne grâce à des plantes, il est persuadé que ses parents et que sa soeur sont vivants et il veut abso­lu­ment les retrou­ver. Dès qu’il le peut il repart à Phnom Penh pour retrou­ver sa famille. Mais ce parcours à travers le Cambodge dévasté, c’est une horreur abso­lue, il arri­vera quand même dans la ville où évidem­ment il ne retrou­vera pas ses parents.

Un jour l’hor­reur enva­hira complè­te­ment son monde inté­rieur et il perdra toute son inno­cence. Une dernière partie très courte c’est la vie de Sara­vouth aux USA, on peut le voir sur un très court repor­tage que l’au­teur nous conseille de regar­der. Sa tragé­die et ses multiples bles­sures l’empêcheront de vivre norma­le­ment mais la prédic­tion de la la première femme qui lui a sauvé la vie dans la forêt cambod­gienne, les gens auraient toujours envie de l’ai­der. D’ailleurs pour faire connaître son histoire Guillaume Sire dit qu’il l’a rencon­tré pendant trois ans et qu’il béné­fi­ciait de l’aide de nombreuses autres personnes.

Citations

La tragédie.

Sara­vouth se souvient clai­re­ment de tout ce qui s’est passé jusqu’au moment où son père s’est mis à courir. Après, il a vu les palmiers devant lui s’ef­fon­drer. Il n’a pas senti la balle lui percu­ter la tête, mais une pres­sion sur ses poumons, depuis l’in­té­rieur, la langue de Shiva. La dernière chose dont il se souvient c’est d’avoir lâché la main de Dara.

La fuite dans les marais.

Ils ont de la vase jusqu’au genou. Les mous­tiques se posent sur leurs fronts, près des paupières enflées, sous leur menton. Rida et Thol respirent par la bouche, fort, sûre­ment à cause du palu­disme qui le jour est contrô­lable mais la nuit grattent par l’in­té­rieur des nerfs. Après une heure de marche, éclai­rés à la seule lumière d’un crois­sant de lune visqueux, ils sentent enfin la présence de l’eau. Derrière une ligne d’arbres abon­dants, les maré­cages débouchent sur une éten­due de clarté.

Saravouth cherche ses parents.

Quand il a l’idée de l’en­voyer chez ce libraire fran­çais que Phusati aime tant, et qui est pour elle une espèce de confi­dent, il reprend espoir, parce que c’est logique, depuis le début ses parents étaient cachés dans une librai­rie, à l’abri sous les ficelles des mots. Où est ce que sa mère aurait pu se cacher sinon chez Monsieur Antoine, le libraire avec son sourire gêné et ses lunettes au bout du nez ? Mais non, ils n’y sont pas. Vanak apprend à Sara­vouth que la librai­rie est fermée depuis un an. Monsieur Antoine a laissé un mot « Fermé à de la folie des hommes, les livres sont en vacances ».

Philosophie de Vanak.

- Tu es orphe­lin main­te­nant, dit Vanak en choi­sis­sant le cirage et la graisse de phoque.
-Qu’est-ce que tu racontes ? 
-Les adultes, quand ils volent, c’est parce que ce sont des voleurs. Les enfants, c’est parce que ce sont des orphelins.

Fin du livre.

Sara­vouth a survécu à la guerre, mais rien en lui de ce qui était davan­tage que lui-même n’a survécu, sinon dix-neuf éclats d’obus. 
« Je ne suis pas mort, m’a-t-il dit un soir, mais la mort grâce à moi est vivante ».
Le cheval est entré à l’in­té­rieur de Troie. 

Édition Plon . Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Quel livre ! Quand j’ai refermé ce livre de souve­nirs, j’ai eu un besoin d’un moment de silence avant de rédi­ger mon billet. Le silence qui a essayé d’étouf­fer les cris de ces Armé­niens spoliés de tous leurs biens, tortu­rés, aban­don­nés dans le désert, assas­si­nés puis turqui­fiés et oubliés.

Pour­tant tous les 24 avril les Armé­niens de la diaspora fran­çaise défilent devant les ambas­sades turques pour que ce géno­cide soit enfin reconnu.
Le livre est un retour dans la mémoire d’une jeune femme née en France d’une famille armé­nienne qui s’est exilée de Turquie en 1960 . Cette plon­gée dans le passé se fait à travers les pièces de la maison fami­liale qui, à travers un objet ou une photo, lui permettent d’évo­quer son enfance et la vie des membres de sa famille. Toute la diffi­culté de cet exer­cice est de confron­ter ses expé­riences person­nelles suffi­sam­ment doulou­reuses puis­qu’elle a voulu fuir à tout jamais cette maison, à celles autre­ment plus tragiques de la desti­née des Armé­niens en Turquie .
C’est un récit parfois très vivant et très gai, on aime­rait parti­ci­per aux réunions de famille autour de plats qui semblent si savou­reux, les grand mères et les tantes qui ne parlent que le turc sont des femmes qui n’ont peur de rien. Et pour­tant d’où viennent-elles ? Le blanc total de la géné­ra­tion d’avant 1915 plane sur toutes les mémoires. Le récit devient plus triste quand l’au­teur évoque son père. Sa compré­hen­sion d’adulte n’empêche pas sa souf­france d’en­fant de remon­ter à la surface. Cet homme a été brisé par l’exil auquel il a consenti pour assu­rer à ses enfants un meilleur avenir mais d’une posi­tion d’or­fèvre à son compte en Turquie il est devenu employé en France. Est ce cela qui a aigri son carac­tère et rendu sa posi­tion de pater fami­lias insup­por­table aux yeux de sa fille ?
À travers toutes les pièces de cette maison, Annaïs Demir recherche une photo de sa mère. Une photo où on la verrait dans toute sa beauté de jeune femme libre avant un mariage qui l’en­fer­mera dans une vie faite de contraintes. Son amour pour son mari est, sans aucun doute, plus le fruit d’une obli­ga­tion due aux liens combien sacrés du mariage que d’une atti­rance vers cet homme .
À partir de chaque détail de la vie des membres de cette grande famille, on imagine peu à peu le destin de la petite fille puis de la jeune fille qui est deve­nue cette écri­vaine, mais on comprend surtout la tragé­die du peuple Armé­nien qui appa­raît dans toute sa violence abso­lu­ment insup­por­table et si long­temps niée.
Un livre que je n’ou­blie­rai jamais et j’es­père vous avoir donné envie de le lire.

Citations

Retour douloureux aux sources.

Je sens que je dois mettre entre paren­thèses ma vie de critique d’art, mon cercle d’amis, les vernis­sages, les premières de ciné, les concerts, les cafés en terrasse, mes habi­tudes et mes passions. Renon­cer à tout ce que j’ai construit seule ces dernières années pour entrer dans une antique pelisse plein d’ac­crocs. Une vieille peau de bête, élimi­née par endroits et rugueuse à d’autres, qui me retombe sur les épaules jusqu’à m’étouffer. 
À moins qu’il ne s’agisse fina­le­ment d’une Gorgone cher­chant à me pétri­fier. Intense et glaçante, elle m’agrippe du regard. imper­tur­bable, elle a déjà englouti la plupart de ceux qui l’ont habi­tée. Et main­te­nant ce serait mon tour ?

Un long passage qui me fait plaisir d’être française.

À leur arri­vée en France, dans les années 60, ils ont pu respi­rer, n’ayant plus à dissi­mu­ler leur iden­tité cultu­relle et cultuelle, ni passer leur langue sous silence comme s’il s’agis­sait d’une pratique honteuse. Ils n’étaient plus ces « infi­dèles » suspects, ces « gavours », contre lesquels on pouvait se retour­ner en temps voulu. Ils ne crai­gnaient plus rien. Ils avaient le droit d’exis­ter en tant qu’Ar­mé­niens nés en Turquie sans subir le racisme anti­chré­tien dont ils avaient fait l’ob­jet dans leur pays. Ils allaient deve­nir des citoyens fran­çais et moi, qui venais de naître en France, avant eux. Sept ans après leur départ d’Is­tan­bul, je symbo­li­sais le passage à une ère nouvelle. À leurs yeux, je n’avais donc pas besoin de prati­quer le turc, la langue de nos enne­mis ances­traux. La langue du pays dont mes parents s’af­fran­chis­saient enfin. Un divorce tant désiré que le turc deve­nait auto­ma­ti­que­ment pour moi, l’en­fant d’un monde libre, la langue inter­dite. c’était le passé. Ils avaient décidé de tout chan­ger. Vivre en version origi­nale. Sous-titrée dans la langue du pays qu’il s’était choisi. Ils ne s’adres­saient donc à moi qu’en armé­nien depuis ma nais­sance. parce que ce que j’étais leur dernier enfant, le seul né ailleurs qu’en Turquie. Sur le terri­toire fran­çais et, de fait, par le droit du sol, de natio­na­lité fran­çaise. Née dans un pays où nous étions libres de vivre en paix notre vie de fran­çais d’ori­gine armé­nienne. Notre culte ne regar­dait que nous et ne figu­rait pas sur nos papiers d’identité.

Les massacres d’Arméniens .

Elle venait de Yozgat, un « vilayet » (province) du centre de l’Ana­to­lie ou les pillages, les viols, les déca­pi­ta­tions la hache et autres bases besognes avaient été plus viru­lentes encore que partout ailleurs en 1915. Le degré d’abo­mi­na­tion dans ces exter­mi­na­tions massives dépen­dait de l’état mental et moral du Valy (repré­sen­tant du sultan)qui diri­geait chacune des régions de l’empire. Et, à Yozgat, ils avaient eu affaire à l’un des plus sangui­naires de ces sadiques en bande organisée.

Les toilettes à la turque dans la cour des immeubles parisiens.

Mais lors­qu’il s’agis­sait de faire ses besoins, cela deve­nait plus compli­quée. Tout se passait hors de l’ap­par­te­ment. Pas sur le palier mais au fond de la cour, été comme hiver. Dans des caba­nons qu’on fermait avec un frêle crochet. Des toilettes « à la tourka », comme disait tante Arsiné en roulant le « r ». N’est-ce pas le summum de la tragé­die que de conti­nuer à entendre parler quoti­dien­ne­ment de l’en­nemi ances­tral, même dans les lieux d’ai­sances de son pays d’exil, en plein Paris ? Ironie du sort, les turcs s’illus­traient là sans le moindre panache autour d’une inven­tion aussi primi­tive et putride qu’un pauvre trou dans lequel le toute un chacun venait vider ses entrailles.

Sa famille.

Je les vois même défi­ler sous mes yeux. De temps à autres effrayante, d’autres fois émou­vante, souvent « atta­chiante » : voilà à quoi ressemble ma famille. Ques­tion ambiance, on a le senti­ment que tout le monde s’amuse à mettre les doigts dans la prise juste pour s’en­tendre respi­rer. Cela a quelque chose à voir avec un incom­men­su­rable besoin d’affection.

Évocation de sa mère couturière .

L’ate­lier, c’est là qu’elle passait le plus clair de son temps, chan­tant et cousant comme une Cendrillon d’Orient. pas un jour sans qu’elle ait donner de la voix ou taqui­ner la muse. À tel point que ses chants, que j’en­tends dès que j’entre dans la maison, s’in­ten­si­fient dans l’ate­lier. Mais tous ces airs me serrent la gorge. C’est dans cette bombonne de verre qu’elle avait l’air le plus heureuse. Plutôt qu » »une chambre à soi » si chère à Virgina Wolf, cette pièce à part où chaque femme devrait pouvoir s’épa­nouir libre­ment, ma mère jouis­sant, elle, d’un « temple de la soie » regor­geant de trésor qui me trans­por­tait d’un coup d’œil à Samar­cande où Ispahan.

Le génocide.

On jalou­sait leurs biens on en voulait à leurs maisons, à leur terre et à l’or que les Turcs imagi­naient qu’ils déte­naient. Par consé­quent, on les avait désar­més et déles­tés de ce qu’ils avaient de plus précieux. On les menait main­te­nant en trou­peaux aux abat­toirs. Pour procé­der à leur lente mises à mort en toute impu­nité. Certains à pieds, d’autres entas­sés dans des wagons à bestiaux. Desti­na­tion le désert de Syrie au plus fort des tempé­ra­tures de l’Orient. Il était bien assez vaste pour étouf­fer leurs pleurs, leurs cris et jusqu’à leur râle ultime. Tortures, viols, assas­si­nats, pillages, dépor­ta­tions et autres humi­lia­tions. des morts par centaines de milliers. Des char­niers. Une défer­lante de l’hor­reur et de sadisme s’était abat­tue sur les maisons arméniennes.

Merci aux éditions Plon

C’est un roman qui se lit très faci­le­ment mais qui pour autant ne m’a guère convain­cue. C’est une sorte de fable, qui permet à l’écri­vain de racon­ter (encore une fois) les horreurs de l’ex­ter­mi­na­tion des juifs.

Le person­nage prin­ci­pal est un enfant qui décide de deve­nir président des États-Unis et qui rencontre un vieil homme qui perd la mémoire. Tout le roman est construit autour de ce person­nage est-il un sauveur de juifs ou un alle­mand qui a voulu sauver sa peau en se faisant passer pour juif ? Fina­le­ment il y aura du vrai dans ces deux propositions.

J’au­rais bien aimé que l’écri­vain se penche sur la mémoire d’un ancien nazi qui trans­forme peu à peu la réalité pour pouvoir survivre à ce qu’il a fait. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit mais d’une vieille personne qui commence un Alzhei­mer et qui ne sais plus qui il est vrai­ment. En plus, il n’a pas fait que le mal et il n’était pas un acteur de l’ex­ter­mi­na­tion des juifs donc d’une certaine façon il peut se regar­der en face, ce que quel­qu’un comme Mendele devait avoir du mal à faire.

C’est un person­nage de fiction, et sur le sujet de la Shoa, je suis parti­cu­liè­re­ment exigeante ; c’est sans doute, la raison pour laquelle je suis passée à côté du charme de cette histoire et j’es­père que d’autres vont l’apprécier

Citation

Genre de phrases agaçantes.

La vérité sort de la bouche des enfants(…)
Les enfants ne sont pas repré­sen­tés au gouver­ne­ment, or, nous sommes concer­nés par les déci­sions qui sont prises aujourd’­hui, car elles auront des consé­quences demain .

Édition Flam­ma­rion . Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

C’est un roman léger et dont la lecture si agréable nous sort un peu du monde trop violent qui est le nôtre aujourd’hui. Tout en étant léger il n’est pas pour autant super­fi­ciel. Deux histoires se rassemblent autour d’un curieux phéno­mène : le passage de Venus devant le soleil .

Les tran­sits de Vénus font partie des phéno­mènes astro­no­miques prévi­sibles les moins fréquents et se produisent actuel­le­ment suivant une séquence qui se répète tous les 243 ans, avec des paires de tran­sits espa­cés de 8 ans sépa­rées par 121,5 puis 105,5 ans. Avant 2004, la paire de tran­sits précé­dente date de décembre 1874 et décembre 1882. Le premier de la paire de tran­sits du début du xxie siècle a eu lieu le 8 juin 2004 et le suivant a eu lieu le 6 juin 2012 . Après 2012, les prochains tran­sits auront lieu en 2117 et 2125. selon Wikipedia .

Vénus c’est ce petit point noir sur le soleil

Guillaume Joseph Hyacinthe Jean-Baptiste Le Gentil de la Galai­sière en 1760 s’embarque pour aller voir ce phéno­mène extra­or­di­naire à Pondi­chéry. Il doit y être le 6 juin 1761. Une terrible tempête l’empêchera d’ar­ri­ver à temps, il décide alors de rester à l’île Maurice, Mada­gas­car et la Réunion pendant 8 ans pour pouvoir voir le prochain passage. En atten­dant, il écrit pour racon­ter ce qu’il voit et consti­tue une superbe collec­tion de coquillages. Pour ses obser­va­tions , il possède un superbe téles­cope objet qui émer­veillera les marins et les gens qu’il rencon­trera dans ses voyages.
Et voici notre deuxième person­nage, Xavier agent immo­bi­lier à Paris, il retrouve cet ancien téles­cope dans un appar­te­ment qu’il a vendu. Il le met sur sa terrasse et observe la lune, les étoiles et sur un autre balcon une jolie pari­sienne dont il va tomber amou­reux. Xavier est un homme de notre époque divorcé , anxieux qui se relaxe grâce à des appli­ca­tions sur inter­net . Il ne voit son fils qu’un WE à deux et il cherche des acti­vi­tés extra­or­di­naires pour être bien avec lui. La jolie Alice qui a rencon­tré Xavier car elle recher­chait un appar­te­ment travaille au musée des jardins des plantes, est taxi­der­mique et fait revivre des animaux en les redon­nant un aspect vivant.
Leur histoire sera un peu compli­quée, nous ne les quit­te­rons que pour retrou­ver Guillaume dans ses diverses aven­tures et ses rencontres avec des humains, des animaux des plantes si loin de la cour du roi Louis XVI . Nous avons quelques belles tempêtes et malheu­reu­se­ment la belle collec­tion de coquillages sera sacri­fiée pour sauver le bateau du retour. A son retour en France tout le monde l’ayant cru mort, il a perdu sa place à l’aca­dé­mie des sciences et sa famille s’est parta­gée son héritage.

On est bien avec les diffé­rents person­nages même si quand on sort du livre, on se dit que le monde n’est pas aussi gentil que celui que nous décrit Antoine Laurain. Il a su nous faire revivre un astro­naute bien oublié et nous faire parta­ger une romance à laquelle on a envie de croire.

Citations

Présentation de Xavier.

Il semblait à Xavier que sa vie avait en quelque sorte déra­pée à un moment et il avait du mal à situer préci­sé­ment ce moment. Souvent, il se sentait comme un céli­ba­taire sans avenir, qui vendait aux autres, plein d’en­train et de ressources, des appar­te­ments pour y construire une vie ‑autant de projets qui ne lui parais­saient plus à sa portée. 
Rien est vrai­ment compli­qué. Ce que vous perce­vez comme diffi­cile sont le plus souvent des construc­tions mentales. Vous ajou­tez une couche d’an­goisse dont vous n’avez nul besoin et qui est improductive. 

Les plages de l’île Maurice par rapport à la manche.

Du bleu et de la lumière. Tout était bleu, l’eau était aussi immo­bile que le ciel. Jamais il n’avait vu d’autre plage que celle de la Manche, où il se rendait enfants et adoles­cents avec la famille. Des dunes avec des mottes d’herbe éparses balayées par le vent puis l’im­men­sité de la mer. Le plus souvent, sa couleur était bleu foncé tein­tée de kaki et des rouleaux mena­çaient ceux qui s’ap­pro­chait et n’étaient pas marin. L’eau se reti­rait sur des kilo­mètres, et il fallait marcher long­temps sur les bosses du sable humide et dans les petits étangs de vases avant d’ar­ri­ver au bord de la mer qui était en géné­ral glacée sur les pieds.

Une idée du bonheur.

Bruno devait vivre le rêve d’une nouvelle vie en Dordogne, passer de belles jour­née en famille, pleines de projets pour ses chambres d’hôtes, et échan­ger avec Char­lotte, sa femme, sur les couleurs du papier peint d’une future pièce ou encore sur l’agen­ce­ment d’une rocaille dans le par paysagé. Oui, Bruno avait fait le bon choix : il avait quitté la ville, avec ses voitures qui se repro­dui­saient comme des cafards, selon son expres­sion. Il devait vivre tous les jours comme dans ses publi­ca­tions fami­liales des années 1980 dans lesquels le père et la mère retrou­vaient leurs enfants le matin au petit déjeu­ner, dans la cour d’une belle maison enso­leillée pour parta­ger choco­lat chaud et café brûlant en écla­tant de rire. En géné­ral ces spots vantaient une marque de chico­rée ou des assurances ;

J’adore la fin.

Le prochain tran­sit de Vénus aura lieu en 2117. Soit dans quatre vingt quinze années. Vous, qui lisez ces lignes, ne serez plus là. Et moi non plus. Comme guillaume nous rate­ront ce rendez-vous. Mais ce n’est pas grave. Nous sommes ici. Main­te­nant. J’écris. Vous lisez. 
Nous respi­rons. 
Nous sommes vivants. 
Tout va bien.

Edition pocket

J’avais remar­qué ce roman sur de nombreux blogs dont celui de Géral­dine , et il m’attendait dans sa pile, bien sage­ment … Le succès au début de la campagne prési­den­tielle des idées du candi­dat du mouve­ment « Recon­quête » auprès des catho­liques tradi­tio­na­listes m’ont pous­sée à sortir ce livre de sa pile.
Quand on lit ce roman, on peut se dire que l’auteure pousse le trait critique un peu loin, et puis on se souvient des propos de certains membres de ce tout nouveau parti et on se dit que non, ces gens sont persua­dés qu’ils ont une croi­sade à mener et qu’ils doivent rame­ner les Fran­çais vers leurs valeurs. Ils vivent telle­ment entre eux qu’ils sont inca­pables de s’ouvrir aux autres.
La pauvre Sixtine est victime de son milieu et épouse un poly­tech­ni­cien membre actif des milices chré­tiennes des Frères de La Croix. On retrouve dans cette première partie toutes les valeurs que ces diffé­rentes sectes catho­liques veulent incul­quer aux enfants . Sixtine est très vite enceinte et ce qui aurait dû être la plus grande joie de sa vie s’avère être un véri­table calvaire. Elle est malade tout le temps et n’a pas le droit de se plaindre. De petites failles entre elle et l’idéologie extré­miste de son mari commencent à s’installer, le choix du prénom pour commen­cer, tout le monde appelle ce bébé qui n’est pas encore né Foucault sans lui deman­der son avis. Et puis, un soir, son mari meurt en allant atta­quer un concert punk. Sixtine aime­rait savoir si, avant lui-même de mourir son Pierre-Louis n’est pas respon­sable de la mort d’un parti­ci­pant au concert.
De cette diffé­rentes failles et du détes­table carac­tère de sa belle mère naîtra sa révolte et sa fuite vers l’Aveyron, où elle rencon­trera des gens vivant dans des valeurs oppo­sées à celle de sa belle famille. Peu à peu Sixtine sortira de sa coquille et de l’influence néga­tive de l’emprise de la secte reli­gieuse. Cela ne se fera pas du jour au lende­main et la fin du roman relève plus de l’imaginaire que du possible. Sa mère lui avait caché le secret de sa nais­sance et c’est grâce aux liens retrou­vés avec sa famille mater­nelle que Sixtine et Adam, son fils, vont pouvoir enfin vivre leur vie.

C’est un beau roman, facile à lire et qui permet de comprendre les excès d’une si petite partie des catho­liques. Ce qui me semble abso­lu­ment incroyable c’est comment ils peuvent imagi­ner rallier la majo­rité des Fran­çais à leur cause. En parti­cu­lier les femmes ! En revanche lorsque l’on a été élevé dans ce genre de commu­nau­tés, il est presqu’impossible d’aller vers d’autres idées. Du moins c’est ce que dit ce roman et ce que nous voyons autour de nous (de loin pour moi), dans les familles élevées dans ce genre de sectes qui ont en commun d’avoir refusé les réformes prônées par Vati­can II .

Citation

Quel programme !

Mes enfants sur vos épaules repose une lourde tâche, celle d’être des époux catho­liques dans un monde païen, celle d’être des parents de nouveaux petits croi­sés qui devront vivre au milieu de ce peuple de rené­gats. Pierre-Louis et Sixtine, tous les enfants que Dieu vous donnera seront une grâce et une béné­dic­tion. Comme disait notre fonda­teur, le frère André, » en ces temps de déca­dence et d’apo­sta­sie, cela devient même un devoir ». Chers Pierre-Louis et Sixtine, et vous, peuple des fidèles, incul­quer la foi catho­lique et romaine à ces enfants que nous espé­rons nombreux. Je ne peux que vous invi­ter à suivre les comman­de­ments édic­tées dans la Genèse : » Soyez féconds, multi­pliez-vous, remplis­sez la terre et soumettez-la ! »