Éditions Charleston, 330 pages, mars 2024
C’est Géraldine qui m’a tentée, je n’avais pas encore entendu parler de cette autrice qui connaît pourtant un grand succès en particulier sur Babelio. J’ai très bien compris pourquoi à travers ce titre. Elle a choisi dans ce roman de cerner au plus près les violences conjugales. Gabriel et Abigaëlle ont été élevé par un père violent qui frappe régulièrement sa femme dès qu’il est envahi par des colères qu’il ne peut pas contrôler. La petite Abigaëlle se confie à ses cahiers et parle avec un psy, mais hélas pour cette pauvre famille, elle respecte la loi du silence que son père a imposé à toute la famille, alors grâce à son esprit d’enfant elle invente de belles histoires puisées dans ses lectures.
Aujourd’hui Gabriel est adulte, Abigaëlle recluse dans un couvent. Quand Gabriel rencontre Zoé, on se demande s’il saura construire un amour solide pour sa propre famille. Et puis il y a Aline la sœur de Zoé, dont la famille semble trop parfaite.
Le roman est construit de telle façon que je ne peux pas aller plus loin dans la présentation des personnages sans prendre le risque de supprimer les effets de surprises qui font aussi le charme de ce récit.
Je pense que ce roman est tout à fait accessible pour les adolescents et cela leur permettra peut être d’éviter les pièges dans lesquels les femmes s’enferment trop souvent en pensant que leur compagnon qui les frappent est surtout un homme malheureux et qu’elles peuvent l’aider, alors qu’ils sont avant tout, et surtout, des hommes violents et très dangereux, et que leur vie et celle de leurs enfants est en jeu.
Je recommande ce roman facile à lire dont le sujet est si important et dont l’ écriture est agréable .
Extraits
Début .
GABRIEL N’EST PAS CELUI QUE VOUS CROYEZ. Je suis bien placée pour le savoir, je suis sa petite-sœur et le lien de sang qui nous unissait enfants ne s’est malheureusement jamais distendu. Ce n’est pas faute, pourtant, d’avoir tout fait pour l’éloigner de moi. Aujourd’hui encore, et bien qu’il ait quarante ans passés, il ne peut s’empêcher de me rendre visite au couvent deux samedis par mois. Il me raconte sa vie dans les moindres détails, sans jamais s’enquérir de la mienne. Je suis la seule à qui il montre son vrai visage.
La réussite.
Aline notait dans son journal intime « Hello Kitty » qu’elle se marirait au plus tard à vingt huit ans, qu’elle épouserait un professeur d’université ou un avocat, qu’elle aurait quatre enfants qu’elle habillerait chez Cyrillus et aurait, une carrière brillante et une maison avec une véranda, dans la banlieue lyonnaise. Elle rêvait d’avoir une véranda quand elle serait grande comme d’autres rêvent de devenir Beyoncé ou Barack Obama.Je tiens à préciser qu.elle n’était pas bêtement matérialiste. Il se trouve que sa meilleure amie à l’école primaire vivait dans un studio, seule avec sa mère, aide-soignante à mi-temps en Ehpad. Aline avait pu constater très jeune que si l’argent ne faisait pas le bonheur, la pauvreté n’aidait pas vraiment non plus.
La langue de l’enfant.
Profession de mes parents : Maman est une fée. Même papa le dit. C’est la fée néante. Avant elle était aide-soignante, mais elle a arrêté pour devenir fée après ma naissance. Parce que de toute façon elle gagnait pas un rond et papa pouvait pas prendre risque qu’elle en profite pour faire la pute, avec les médecins de garde. On la lui fait pas, à papa. Maintenant, Maman a beaucoup de chance parce qu’elle a plus besoin de travailler. Elle se repose tout le temps et s’occupe de nous et de la maison. Elle fait le ménage et la cuisine en écoutant toujours la même chanson.
Son père.
En tout cas, Papa, il a un vrai travail, lui. Il se repose pas toute la journée comme maman à faire le ménage, la cuisine et le linge. Sur l’affiche de début d’année, pour son travail, il m’a dit d’écrire « cadre ». Comme pour un tableau au musée. Ça m’a fait rire toute seule devant ma table et mes amis m’ont insultée de bizarroïde. Je ne sais pas exactement ce que ça veut dire « cadre » et je m’en fiche un peu. Papa a aussi un collègue qui s’appelle ce connard de Lemarchand, dans son bureau. J’aime pas ce connard de Lemarchand, parce qu’il fait toujours sa tafiole et alors ça m’est Papa de mauvaise humeur. Moi, je peux deviner si Papa est de bonne ou de mauvaise humeur quand il claque la portière de la voiture. Parce que j’aime pas quand Papa est une mauvaise humeur. Maman non plus., elle devient toute blanche.
La violence intra familiale.
Et pendant longtemps, moi aussi, j’ai aimé mon père, j’ai cru que c’était une personne bien. Parce que j’étais petite, parce que c’était le seul père que j’avais, parce que j’avais besoin de croire que cette personne avec qui je partageais tant de gènes et de moments de bonheur n’était pas un monstre qui détruisait notre famille. Aujourd’hui, je sais que maman se trompait quand elle pensait qu’elle restait pour nous protéger, pour nous préserver des conséquences d’une séparation. Même le pire des divorces ne nous aurait pas détruit comme l’enfance à laquelle Gabriel et moi avons eu droit. On ne sort jamais indemne de la violence. Il n’y a qu’à voir ce que mon frère et moi sommes devenus pour le comprendre..














