
Éditions Gallimard, 153 pages, avril 2023
L’auteur a lu et relu le livre de Nicolas Bouvier « L’usage du monde » et voulait en suivant son itiniraire refaire la partie du voyage de ce célèbre auteur suisse à travers l’Iran. Nous sommes en 2022 , au plus fort des manifestations « Femme, Vie, liberté » et c’est peu dire que tout le monde lui déconseille de faire ce voyage. Il reçoit même un appel du ministère des affaire étrangères, mais il était déjà dans l’avion. Il visite donc, Théhéran, Qom, Kachan, Ispahan, Chiraz … il y reste en tout quarante jours, et finalement il est arrêté par les gardiens de la révolution, mais il évitera la prison et reviendra sain et sauf. Il décrit un pays « usé » par un système politique que (dit-il) 87 % des Iraniens ne supportent plus.
J’avoue que j’ai lu ce récit en réfrénant mon agacement, voire ma colère, il s’en est fallu de si peu qu’il finisse comme otage de ce régime, et que le gouvernement français soit obligé de dépenser une énergie incroyable pour le tirer d’affaire (et beaucoup d’argent). Si bien que ses différentes annotations touristiques, m’ont laissée de marbre, le seul intérêt ce sont les rencontres qu’il peut faire et l’impression qu’il a que ce régime est à bout de souffle. Mais six ans plus tard le régime est toujours là et vient d’assassiner 30 000 personnes qui eux non plus n’en pouvaient plus de ce régime. Les différents voyageurs sont intéressants sans plus, j’ai bien aimé celui qui collectionne dans toutes les langues « le petit prince ».
Je crois que je ne peux que vous conseiller le livre de Nicolas Bouvier, et laisser passer ce récit, écrit dans une langue souvent relâchée.
Extraits.
Début
Monsieur Désérable ?
Je n’ai pas pour habitude de filtrer les appels des numéros inconnus. Il y a dans l’inconnu une part de mystère qui demande à être élucidée. Même si le plus souvent le mystère est un démarcheur téléphonique ou un emmerdeur dans le genre, quand sur l’écran de mon téléphone s’affiche un numéro inconnu, je décroche.
Guérir d’un chagrin d’amour.
À mesure que Marek pédalait son chagrin s’estompait : on a moins mal au cœur quand on a mal aux jambes.
La peur.
Depuis quarante-trois ans et même bien davantage, la peur était pour le peuple iranien, une compagne de chaque instant, la moitié fidèle d’une vie. Les Iraniens vivaient avec dans la bouche le goût sablonneux de la peur. Seulement, depuis la mort de Masha Amini, la peur était mise en sourdine, elle s’effaçait au profit du courage. Courage de faire la guerre un régime qu’ils vomissaient.
Humour.
Je passais une partie de la nuit à lire dans la salle commune de l’auberge, où deux Polonais se lamentaient auprès du réceptionniste : ils avaient pour habitude de petit-déjeuner d’une omelette, or toutes les épiceries dans un rayon de cinq kilomètres étaient closes. On ne dira jamais assez les victimes collatérales que font les révolutions.
Accommodement avec la morale religieuse.
Il ne buvait pas, ne fumait pas, mais il baisait. Qu’est-ce qu’il baisait. E t il n’était pas mécontent de vous en faire la confidence.– Attends une minute, lui dis-je, c’est pas contraire au principe de l’islam ?Pas du tout, ce récria Aluk. Je fais toujours un « sigheh ».Le « .sigheh » : un mariage temporaire avec une date de péremption, une heure, doyze heures, dix ans. L’idée, c’est d’encadrer les relations sexuelles en dehors du mariage traditionnel. L’avantage c’est qu’au regard de la loi vous pouvez baiser tout en restant dans les clous. L’ennui, c’est qu’il faut pour contracter un « sigheh », solliciter un rendez-vous avec un mollah. Ce qui veut dire se chausser, se rendre à la mosquée, se déchausser, demander l’autorisation d’un barbu à turban, se rechausser… Moi, j’en connais à qui l’envie passe rien qu’en ouvrant l’emballage d’une capote. Alors là. Du reste cette formalité contraignante, Aluk s’affranchissait volontiers. À quoi bon obtenir la sentiment d’un molka puisque lui-même en était un. Chaque fois qu’il était pris d’une envie de baiser, il se donnait solennellement l’autorisation de le faire. Merveilleuse souplesse de la morale chiite.
Vérité et Cliché.
Son sauveur lui tend une gourde et Roman revoit du tout au tout la définition qu’il se faisait du luxe. Il y a des gens pour qui déguster un champagne millésimé blanc de blanc dans une coupe en cristal sous la tonnelle du jardin à l’anglaise d’un grand hôtel est le paroxysme du luxe. Pourquoi pas. Mais au milieu du désert, la gourde qu’on lui tend lui semblait un trésor plus inestimable que tout le pognon planqué dans les banques de Genève.














