Édition Acte Sud

lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

J’avais eu des réserves sur un précé­dent roman « Kinder­zim­mer » de la même auteure. Celui-là est très beau, il décrit la vie d’un jeune pari­sien Vadim dont le père est russe et juif, nous sommes en 1943, et qui est envoyé en montagne pour offi­ciel­le­ment soigner son asthme sous l’iden­tité de Vincent Dorselle.

Cet enfant n’a jamais quitté Paris et son regard tout neuf sur la montagne est parfai­te­ment raconté : il est abso­lu­ment émer­veillé. Il va vivre tant de premières fois dans ce cadre qui l’en­chante. Mais derrière son bonheur d’être Vincent se cache la douleur de Vadim qui a si peur pour ses parents restés à Paris. Ce livre est un hymne à la montagne et aux gens simples qui ont réussi à rendre Vincent heureux et à lui sauver la vie. Tous les travaux des monta­gnards sont décrits et dans ce village en hauteur tout est très compli­qué et demande des efforts conti­nuels pour de bien faibles rende­ments. On prend un bol d’air vivi­fiant grâce au talent de cette écri­vaine et pour­tant les drames ne sont pas absents du récit, ils sont comme étouf­fés par une nature telle­ment plus belle que la souf­france humaine causée par la guerre et les percus­sions nazies.

Tout ce qui est triste et pour lui drama­tique est raconté du point de vue de l’en­fant qui n’a pas toutes les clés pour comprendre la féro­cité des destins de ceux qui comme lui sont juifs.
Son amitié pour Moinette, une petite fille de son âge, qui l’ini­tie à tout ce qu’un enfant doit savoir sur le monde des paysans de la montagne le récon­forte même si un moment son aven­ture avec une Olga plus délu­rée met une ombre entre eux.

Ma seule réserve pour ce beau roman, vient de l’ac­cu­mu­la­tion des mots que j’ai dû cher­cher dans le diction­naire, au début je rece­vais ces mots comme des cadeaux mais vers la fin du roman le procédé m’a un peu déta­ché du récit.

Citations

La première fois !

Il sent que ce n’est pas à la hauteur de ce qu’é­prouve le garçon et sans doute il l’en­vie un peu, ce gosse, qui comme lui a perdu son premier pas, sa première syllabe, son premiers biscuits, mais à douze ans, n’ou­bliera pas sa première montagne. À le voir bras ballants, bouche béante, yeux écar­quillés, il sait que son anxiété de la vieille a cédé à une sorte d’enchantement.

Le danger du village relié au monde.

Main­te­nant Vallor­cine, est relié au dehors. À Chamo­nix. À paris. Et soudain ça lui vient : aux Alle­mands. Les Alle­mands ont des voitures, chuchotent les chauves-souris. Du carbu­rant. Des chars. Ils ont traversé les Ardennes, plié sous leurs chenilles une forte­resse végé­tale rien ne les empêche de grim­per une route de montagne où l’hi­ver s’est un peu attardé.

Le « plaisir » des mots .

Pinson, dit Martin. Astrance, vanesse. Linai­grette, athy­rium, berge­ro­nette, traquet. Il joue à brouiller les pistes, balance des mots au hasard que Vincent ne peut pas comprendre et qu’il trans­forme inlas­sa­ble­ment en prin­temps : péri­style, nycta­lope, nimbus.

Édition Payot
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 
Un premier roman, que j’ai lu aussi vite que je l’oublierai. Amélie Fonlupt (un nom qui me rappelle de bons souve­nirs : celui du pédiatre qui a suivi mes enfants à Rennes, mais cela n’a rien à voir !) fait revivre trois géné­ra­tions de femmes du Cap Vert. La grand-mère, venue en France car elle ne suppor­tait plus la misère de son pays, la mère Reine, instal­lée en France et qui serait très heureuse si son mari arrê­tait de jouer de poker, et Léna le person­nage prin­ci­pal qui va s’éva­der de son milieu grâce au piano.
L’écri­ture est très rapide et cela donne l’im­pres­sion d’un survol plus que d’un ancrage dans le monde des émigrés capver­diens. Le Cap Vert est un pays soumis à des intem­pé­ries qui ravagent les sols et réduisent à la misère une popu­la­tion paysanne qui pouvait juste survivre. Ce sont les femmes dans ce pays comme dans beau­coup d’autres qui se confrontent aux diffi­cul­tés pour leurs enfants, les hommes s’exilent. Arri­vée en France, la grand-mère n’hé­site pas à faire des ménages pour élever sa fille Reine, qui a son tour fera des ménages, sa santé l’ayant empê­chée de pour­suivre ses études.
On sent bien tout le courage de ces femmes et aussi la fata­lité des destins auxquels Léna veut échapper.
La gale­rie de portraits dans ce roman ne m’ont, hélas, pas convain­cue, ils sont pour­tant sympa­thiques mais je les ai trou­vés sans consis­tance : Max son petit frère qui est harcelé dans son collège, l’Al­gé­rienne concierge au verbe haut qui fait des gâteux à longueur de jour­née, le profes­seur de musique du collège qui initiera Léna au piano, les riches patrons de Reine.
C’est compli­qué d’ex­pli­quer quand un roman, avec des aspects qui auraient pu me plaire, ne prend pas, je pense que tout vient du style de l’écri­vaine : trop rapide et trop facile sans doute.
Je dois lui recon­naître une qualité à ce roman … depuis cette lecture je « ré » écoute Césa­ria Évoria

Citations

Un début qui m’a plu

Le 27 août 1941, donc, Mamé nais­sait à São Miguel, dans le nord de l’île de Santiago, tandis que Cesa­ria Évoria venait au monde à Mindelo sur l’île de São Vicente. Un hasard amusant qui fut cepen­dant sans inci­dence puisque, de comment elles n’eurent pas grand chose si ce n’est cette date, ce pays et une volonté farouche de sortir du commun. Toujours est-il que des deux vous n’avez entendu parler que de la seconde(…) Vous igno­rez peut-être qu’à sa mort trois jours de deuil furent décré­tés au Cap Vert, et un aéro­port fut rebap­ti­sée à son nom. C’est bien vous avez écouté la chan­teuse grâce à qui un pays s’est fait entendre, mais dès lors que vous n’avez pas connu ma grand-mère, ce n’est pas tout.

Une lignée de femmes.

Alors si ma mère avait su que dans ma chambre j’écou­tais du piano, si elle avait su qu’a­près l’école je faisais semblant de rester plus long­temps à l’étude pour pouvoir m’at­tar­der dans la salle de musique, là, elle aurait pani­qué à raison. Mais je ne pouvais pas le lui dire. Je venais d’une lignée de femmes auxquelles on avait dit que le rêve était un luxe à la portée des gens qui en ont les moyens. Je n’avais pas le droit. Vouloir être artiste était insensé, cela n’était pas pour nous. nous qui ne possé­dions pas grand chose. Il fallait trou­ver un vrai travail, avec un salaire à la fin du mois.

Édition Albin Michel
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 
Encore un roman qui m’a scot­chée . Et pour­tant, je lis peu de roman poli­cier, mais lorsque le second plan du suspens est aussi inté­res­sant (et pour ce roman, je dirai plus inté­res­sant) que le suspens alors mes réti­cences tombent. Il s’agit d’un triller hale­tant et bien ficelé, il s’agit de retrou­ver un tueur qui assas­sinent des gens qui ont eu un rapport avec deux meurtres de deux femmes qui ont eu lieu en 1986, le jour même où le réac­teur de Tcher­no­byl a explosé. L’en­quête est menée à la fois par un poli­cier ukrai­nien qui a été nommé là pour le punir d’avoir dénoncé un supé­rieur corrompu. Et un flic russe recruté par un appa­rat­chik richis­sime dont le fils a été le premier assas­siné par le tueur à Tcher­no­byl. Ces deux hommes sont à l’image du flic dans la litté­ra­ture, fati­gué, alcoo­lique et trai­nant derrière eux pas mal de casse­roles, et tous les deux ont besoin d’argent pour leur enfant. Le flic russe pour payer l’opé­ra­tion qui permet­trait à sa fille sourde d’en­tendre. Le poli­cier ukrai­nien pour payer un gilet pare-balle à son fils engagé dans la lutte contre les prorusses dans le Donetsk.
Pour moi tout l’in­té­rêt, vient du lieu où se passe cette horrible histoire. Nous sommes dans la zone conta­mi­née et cette enquête va permettre de comprendre la fin du commu­nisme et comment l’Ukraine s’est formé dans une ambiance déli­ques­cente, tout cela avec l’ex­plo­sion de la centrale nucléaire qui a eu des consé­quences terribles pour les habi­tants de ce pays.
L’hor­reur est au rendez-vous dans tous les thèmes qui sont trai­tés : les touristes voyeurs qui viennent se distraire en regar­dant ce lieu dévasté par l’ex­plo­sion. L’ex­ploi­ta­tion des métaux qui sont volés dans cette zone inter­dite et qui partent pour être recy­clés dans des usines métal­lur­giques asia­tiques alors que ce métal est irra­dié. L’ex­ploi­ta­tion du bois qui se retrouve dans les meubles bon marchés en Europe. L’ex­ploi­ta­tion de l’ambre dans des forêts conta­mi­nés. La vie des pauvres petits enfants nés difformes ou qui sont leucémiques.
J’ai person­nel­le­ment peu de goût pour l’hor­reur mais c’est un peu la loi du genre, comme le fait de ne pas avoir tout de suite toutes les clés. Ne vous inquié­tez pas je ne vous dévoi­le­rai rien du suspens.

Citations

L’alcoolisme en Russie.

Il s’agis­sait d’une bouteille de Boya­rych­nik, une prépa­ra­tion à base d’au­bé­pine dont on se servait norma­le­ment comme huile de bain. Mais en Russie, tout le monde savait que l’huile d’au­bé­pine, c’était la roue de secours du poivrot : même quand les maga­sins et les bars étaient fermés on en trou­vait dans des distri­bu­teurs auto­ma­tiques en pleine rue. Elle cumu­lant trois avan­tages non négli­geables : elle conte­nait jusqu’à 90 % d’al­cool, était facile à trou­ver parce qu’elle ne subis­sait pas les restric­tions qui s’ap­pli­quaient aux spiri­tueux et son prix était déri­soire, à peine une poignée de roubles. Et en prime c’était moins dégueu­lasse que l’eau de Cologne, et moins dange­reux que l’antigel.

Russe ou Ukrainien.

Je suis né sovié­tique. La Russie c’est mon pays. L’Ukraine aussi. Choi­sir entre les deux, ce serait comme choi­sir entre mon père et ma mère.

Tchernobyl

Avec amer­tume, il se dit que le monde se souve­nait de dicta­teurs, de joueurs de foot brési­liens et des artistes peignant des carrés blancs sur fond blanc et que personne ne pouvait donner le nom d’un seul de ces hommes qui avaient sauvé l’Eu­rope d’un cata­clysme nucléaire sans précé­dent. Qui connais­sait Alexei Annenko, Valeri Bespa­lov et Boris Bara­nof ? Qui savait qu’ils s’étaient portés volon­taires pour plon­ger dans le bassin inondé sous le réac­teur 4, pour acti­ver ses pompes et le vider de son eau avant que le cœur en fusion de l’at­teigne ? Qui savait que si le magma d’ura­nium et de graphite s’était déversé dans le bassin, il se serait produit une explo­sion de plusieurs méga­tonnes qui aurait rendu inha­bi­table une bonne partie de l’Europe ?

Qui le savait ?


Édition Buchet Chastel
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Un roman très léger et hélas trop convenu en tout cas pour moi.Un artiste peintre se retrouve à Rome, il est lassé par la vie pari­sienne et même s’il connaît un succès certain, il aspire à autre chose. Il s’ins­talle à la terrasse d’un petit restau­rant, sur la place du Campo De « Fiori sous le regard de la statue de Bruno Gior­dano. Il s’ins­talle avec un jeu d’échec et plusieurs joueurs viennent jouer avec lui. Un soir une jolie femme Marya lui propose de jouer et il perd. Une histoire d’amour va se tisser entre eux où les échecs joue­ront un grand rôle .

Tout l’intérêt du roman vient de l’en­tre­lacs des histoires, celle de Bruno Gior­dano qui fut brûlé sur cette même place pour avoir voulu impo­ser ses idées et avoir pensé que le soleil n’était sans doute pas unique dans l’uni­vers, celle de Gaspard qui fait tout pour séduire Marya parfois maladroi­te­ment, avec en toile de fond la réalité du monde de l’art pari­sien, l’his­toire de Marya petite fille d’un grand cham­pion d’échec mort à Ausch­witz, la puis­sance des jeux d’échec, la mémoire de la shoa , et puis l’his­toire d’un coup de foudre que Gaspard voudrait pouvoir prolon­ger plus long­temps que ces trois jours merveilleux à Rome.

Une histoire d’amour qui m’a semblé très conven­tion­nelle avec son passage obligé : la scène de sexe torride, dans une ville bien décrite. Rome se prête bien aux histoires d’amour. J’ai un peu de mal avec certains dialogues du style « il fait » « comme ça, je dis » j’ai du mal à comprendre pour­quoi l’au­teur utilise cette façon de s’ex­pri­mer . Voilà pour­quoi, je trouve ce roman trop léger je dirai même un peu super­flu, je suis loin de ce que j’avais tant aimé dans « L’in­cen­die »

Citations

le style qui m’étonne

Je lui propose une revanche. Oui, avec plai­sir fait l’homme. Même si j’ai l’im­pres­sion que j’au­rai du mal à vous donner du fil à retordre.

On cause un peu en réins­tal­lant les pièces. Il me demande d’où je viens. De France, je dis. Paris. Ah, il fait en tout cas vous parlez un bon italien.

Statue de Bruno Giordano, moi aussi « ce genre de gars me fascine ».

Moi, j’y peux rien, ce genre de gars, ça me fascine, conti­nue le cuis­tot. Des gars qui pensent comme ça leur chantent et qui défendent leurs idées jusqu’au bout. Quitte à y lais­ser leur peau. Putain, c’est quelque chose quand même. Vous trou­vez pas ? 
Sur que c’est quelque chose. 
Et c’était pas un illu­miné, faut pas s’y trom­per. Le gars, il savait tout sur tout. Les maths, la physique, la philo, ça le connais­sait. Et j’en passe. C’était une poin­ture. En plus, il paraît qu’il avait une mémoire incroyable.
La date un 1889, c’est celle de l’ins­tal­la­tion de la statue ? 
Ouais c’est bien ça des intel­los de l’époque qu’ont décidé ça. Des libres penseurs. Des francs-maçons aussi. Ç’a pas été une mince affaire, je crois bien. Le Vati­can a fait la gueule.


Édition Stock

J’ai trouvé cette tenta­tion de lecture chez Atha­lie , je lui avais dit que je lirai ce livre car j’ai des amis liba­nais, leur histoire me rend si triste et pour­tant ils ne se plaignent jamais. Je ne regrette abso­lu­ment pas cette lecture, je les retrouve dans telle­ment de détails et surtout dans l’hu­mour dont ils font preuve en beau­coup d’oc­ca­sions. Mais là où le récit est le plus proche d’eux c’est dans la façon dont ils reçoivent tous les gens qu’ils aiment avec un repas digne des plus grandes tables avec des plats prépa­rés pour 10 même si nous sommes 4 autour de la table.

Je n’ai mis que quatre coquillages alors que j’ai beau­coup aimé ce livre car je le trouve un peu désordre, l’au­teur part dans tous les sens, j’ai bien aimé le suivre même si parfois, je me suis un peu perdue. Visi­ble­ment les lycéens de 2002 ont été plus enthou­siastes que moi, bravo à eux !

Sabyl Ghous­soub veut comprendre la vie de ses parents et en même temps comprendre les conflits qui ont boule­ver­sés le Liban et cela depuis si long­temps, c’est peut-être pour ça que son récit est compli­qué car fran­che­ment comprendre pour­quoi des chré­tiens se sont assas­si­nés entre eux, sont allés tuer des pales­ti­niens pour ensuite se faire assas­si­ner par le Hezbol­lah, c’est incom­pré­hen­sible. À la fin du livre, l’au­teur fait la liste des gens connus assas­si­nés et c’est une liste qui semble sans fin.

En partant à la recherche des membres de sa famille, l’au­teur est d’une honnê­teté impla­cable, il nous parles de ses cousins qui ont été des assas­sins et ce doux pays qu’il a tant aimé en parti­cu­lier le village de sa mère qui se teinte alors d’une cruauté sans nom.

Ce n’est pas les moment que je préfère même s’ils sont indis­pen­sables à la compré­hen­sion du Liban, ce que j’ai adoré c’est le portait de ses parents, son père qui a besoin d’al­ler boire son café tous les jours en faisant son tiercé et qui a fait tant de métiers car il ne pouvait plus vivre de sa plume ni deve­nir le poète qu’il aurait aimé être. Sa mère qui passe sa vie au télé­phone ou sur What­sapp et qui veut abso­lu­ment que son fils réponde au télé­phone à toute la famille quand il vient la voir. J’adore aussi quand il raconte son agace­ment vis à vis des gens qui parlent du Liban, soit des Liba­nais qui n’y vivent plus depuis très long­temps soit des Fran­çais qui y ont passés quelques jours de vacances.

L’auteur explique très bien tous les problèmes auxquels sont confron­tés le Liban, pays que l’au­teur adore autant qu’il en déteste certains aspects . On peut dire qu’au­jourd’­hui ce pays qui est dirigé par une mafia crimi­nelle aux mains pleines de sang . En revanche, il exprime bien toute sa tendresse pour ses parents qui habitent donc Beyrouth sur Seine, comme toute sa famille, sauf un frère et une soeur qui essaient de vivre au Liban. Si ce récit n’est pas tota­le­ment auto­bio­gra­phique, il suit de très près la desti­née fami­liale de l’au­teur. Un superbe hommage à des gens coura­geux et qui ont gardé leur plai­sir de vivre et leur humour quelles que soient les diffi­cul­tés auxquelles ils ont dû faire face.

Citations

Portrait de sa mère (humour).

Je me lève pour accro­cher le micro à la chemise de nuit de ma mère. J’es­saie de l’at­tra­per entre deux acti­vi­tés. Ma mère est petite, très petite et, comme souvent avec les gens de petite taille, elle est hyper active. Elle me rappelle Nico­las Sarkozy. Là, elle cherche son iPhone qui résonne dans tout l’ap­par­te­ment » Je t’aime ô mon Liban. Ô ma patrie, je t’aime. Par le nord,. par le sud vers les plaines je t’aime. » Sa sonne­rie n’est rien d’autre que « Bheb­bak ya Lebnan, je t’aime ô mon Liban » de la diva liba­naise Fairouz, Longue plainte nostal­gique qui nous agace au plus haut point mon père et moi.

Une mère inquiète de savoir son fils au Liban.

Mes parents sont à Paris, inquiets. Mon père ne veut pas m’ap­pe­ler pour parta­ger avec moi son inquié­tude mais ma mère le fait très bien pour deux. » T’es où ? » écrit-elle toutes les heures comme si dans sa tête elle déte­nait la carto­gra­phie des explo­sions à venir. Comme si me savoir dans cette rue ou une autre la rassurait.

Humour libanais.

Une idée saugre­nue m’est venu en tête : deman­der à mes parents le top 3 des évène­ments qui les avaient le plus affecté pendant la guerre. Bien après, je me suis rendu compte qu’il fallait vrai­ment ne pas l’avoir vécue pour poser une ques­tion aussi sotte. 
Le top 3 de ma mère :
- les massacres de Sabra et Chatila.
– Le massacre de Damour.
- Le blocus de Beyrouth.
Le top trois de mon père :
-Ma nais­sance.
- La nais­sance de Yala.
- Son mariage avec ma mère qui, selon lui, a eu les mêmes effets néfastes sur le Liban que les accords du Caire.

Jugement de Frida Khalo sur le milieu de l’art contemporain à Paris.

Tu n’as pas idée comme ces gens sont des putes. Ils me font vomir. Ils sont si foutre­ment intel­lec­tuels et si pour­ris que je ne les supporte plus. C’est vrai­ment trop pour mon carac­tère. J’ai­me­rais mieux rester assise par terre à vendre des tortillas sur le marché de Toluca qu’a­voir affaire à ces salopes artis­tiques de Paris.

J’adore cet humour.

Tandis que mes parents attendent pour obte­nir leurs papiers, Antenne 2 réali­sait un reportage.
‑Madame, monsieur est-ce possible de vous poser une question ? 
- Oui, bien sûr. 
- Est-ce que vous vous sentez français ? 
-Vous nous donnez quand même les papiers si je vous réponds ? dit mon père. 
Le jour­na­liste rit. 
-Oui, bien sûr monsieur. où vous flou­tera ne vous inquié­tez pas. 
- Vous savez comment je m’ap­pelle ? Kaïs­sar Ghous­soub ! Comment voulez-vous que je me sens fran­çais ? Même liba­nais je ne me suis jamais senti. Je suis né au Ghana 
- Au Ghana ? vous ? 
-Oui ! Et même si je n’ai presque pas vécu, mon père m’a trans­mis le passe­port anglais. Je suis anglais voyez-vous ! Comme beau­coup de liba­nais, mon père est parti en Afrique pour s’en­ri­chir et je dois vous avouer que c’est le seul à avoir raté son coup ! Complè­te­ment raté. Mais pour en reve­nir à votre sujet, peut-être au cime­tière du Père-Lachaise je me senti­rai enfin chez moi

Édition Albin Michel d’après le livre de Joostein Gaarder

Je me souviens du plai­sir de mon fils à la lecture du livre de Joostein Gaar­der, j’avais beau­coup aimé aussi, alors que j’ai d’ha­bi­tude beau­coup de mal à lire des livres de philo­so­phie. Je crois, qu’à l’époque, ce roman avait récon­ci­lié une géné­ra­tion d’élèves avec la philo­so­phie. Le voici donc en BD et mes petits fils auront peut-être plai­sir à le lire sous cette forme. Je rappelle briè­ve­ment le sujet, des lettres mysté­rieuses arrivent chez Sophie et ces lettres l’obligent à se questionner

Qui suis-je ?

D’où vient le monde ?

Elle finira par rencon­trer le curieux person­nage qui veut l’ame­ner à rencon­trer les philo­sophes à travers les siècles. Le tome un commence avec les philo­sophes grecs et s’ar­rête au monde baroque, et le tome 2 verra la fin du voyage de Sophie.
Je commence par ce que j’ai trouvé posi­tif : le dessin est agréable et les auteurs de BD ont su rendre le person­nage amusant. Ils mêlent au récit des préoc­cu­pa­tions actuelles qui n’étaient pas dans le livre d’ori­gine. Ils savent faire accep­ter le côté merveilleux de l’his­toire. Mais, oui, pour moi il y a un mais, le côté anec­do­tique prend le pas sur la réflexion, je pense que les jeunes ne vont pas s’ar­rê­ter aux diffé­rentes thèses philo­so­phiques, qui sont très super­fi­ciel­le­ment évoquées mais plutôt suivre le parcours plein de fantai­sies de Sophie.

Une légère décep­tion, mais si cela peut donner le goût de la philo­so­phie à des jeunes, pour­quoi pas ?


Édition P.O.L

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Iegor Gran connait bien la Russie parle parfai­te­ment le russe (sa langue mater­nelle) et y a de nombreux amis. C’est donc de l’in­té­rieur qu’il peut nous décrire l’état de l’opi­nion des Russes et c’est abso­lu­ment terri­fiant. Tout le monde devrait lire ce livre avant de penser quoi que ce soit sur l’Ukraine. Pour Iegor Gran, les Russes sont dans leur immense majo­rité deve­nus des « Zombies » et boivent comme du petit lait les paroles du grand Zombie chef Poutine. Iegor Gran a un style très parti­cu­lier dans d’autres livres, il m’a fait beau­coup rire (l’éco­lo­gie en bas de chez moi , les services compé­tents, un peu moins drôle Ipso facto) mais ici il ne rit pas du tout et nous non plus !.

Il commence par nous citer les propos de Madame tout le monde qui reprend mot à mot les discours de Poutine et qui sera fière d’en­voyer ses enfants à la mort pour sauver la Russie de la main­mise de l’OTAN et du Nazisme. Ensuite, il explique combien il était insup­por­table pour les Russes d’ima­gi­ner que les Ukrai­niens pouvaient mieux vivre qu’eux. Car les Russes connaissent la misère, il raconte des faits incroyables, cela ne les gène pas plus que ça. Ils y trouvent même une source de fierté de pouvoir suppor­ter cette vie si diffi­cile. Et quand on leur montre leurs oligarques qui s’en­ri­chissent ils sont fiers d’eux car ils les jugent plus malins que les occi­den­taux. Iegor Gran termine son essai sur cette idée, les Russes nous méprisent profon­dé­ment car ils nous jugent mous et inca­pables de défendre nos valeurs.

La guerre en Ukraine n’a sans doute que cette simple moti­va­tion, il ne fallait pas que les Ukrai­niens sortent de la domi­na­tion russes et que surtout ce pays fasse la preuve qu’a­lors elle obtient un niveau de vie correcte pour sa popu­la­tion contrai­re­ment à son immense voisin victime de la corrup­tion de ses diri­geants et d’une misère incroyable pour les gens ordinaires.

Citations

Un exemple de zombie.

- De quelle guerre tu me parles ? se braque Anna. il n’y a pas de guerre, c’est une opéra­tion mili­taire, ça n’a rien à voir. 
Son euphé­misme ne la gêne en rien. 
- Pour ta gouverne, la Russie n’a jamais atta­qué personne, pour­suit-elle. C’est un fait historique.
Celle qui me parlait naguère du prin­temps de Prague a brus­que­ment purgé sa mémoire. Le 24 février à l’aube, l’hyp­no­ti­seur suprême a claqué les doigts et Anna s’est réveillée en zombie. Désor­mais elle est capable de repé­rer un « nazi » dans Zelinski (alors qu’il est juif), de prétendre que la petite Ukraine est une menace exis­ten­tielle pour la culture russe « que les nazis cherchent à élimi­ner » de diag­nos­ti­quer des « fake news » dans chaque article de média occi­den­taux. Elle dit noir là où le blanc crève les yeux et elle rejette les faits avec cette assu­rance tran­quille de camion-citerne face à une trot­ti­nette. Mon désar­roi est d’au­tant plus grand que je ne m’y atten­dais pas. Anna est sur diplô­mée. Elle a beau­coup voyagé. Au Louvre, elle aime parti­cu­liè­re­ment Clouet et Georges de La Tour. Elle adore Amster­dam et le zoo de Berlin Ce qui ne l’empêche pas de m’asséner : 
- C’est le moment de régler la ques­tion de l’Ukraine qui a toujours été comme un furoncle. Ces types nous poussent à la guerre ! La preuve tu l’as dit toi-même : « guerre » …ils sont trop heureux d’être au centre de l’at­ten­tion média­tique avec ces drapeaux bleus et jaunes que l’Oc­ci­dent s’empresse de pavoiser. 
J’en ai le tournis.

Paradoxe .

Vous ne trou­ve­rez pas un seul zombie qui mili­te­rait pour la décrois­sance ou la limi­ta­tion volon­taire de la consom­ma­tion person­nelle pour proté­ger les ressources natu­relles, limi­ter la souf­france animale ou réduire l’empreinte carbone. On vomit l’oc­ci­dent et on bave devant ses produits avec un élan iden­tique et une sincé­rité que l’on pour­rait quali­fier d’en­fan­tine, telle­ment la contra­dic­tion, pour­tant flagrante, entre ces deux posi­tions restent dans l’angle mort de la plupart des Russes.

Moqueries sur la France .

Le cuir, réputé mince, de l’oc­ci­dent est un prétexte à une infi­nité de sarcasmes. « Privé de sa marque de PQ préfé­rée, un soldat fran­çais ne tient pas une semaine au front ! » me disait un vieil ami peintre. Il n’était pas le seul. Que n’ai-je entendu ces dernières années ! « Au moindre petit soldat qui meurt au Mali toute la France défile avec une tronche triste alors que Poutine, lui gouverne », » Il suffit d’un isla­miste avec un couteau de cuisine, et ça y est, l’Eu­rope est para­ly­sée par la peur », » Un flic a tabassé un mani­fes­tant – vite, ouvrons trois cellules d’aide psycho­lo­gique, une pour le flic, une pour le mani­fes­tant, une pour le chien qui pissait pas loin ! »

Édition Galli­mard . Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Si j’avais eu quelques réserves pour le premier roman que j’avais lu de et auteur : « l’en­ter­re­ment de Serge » ; celui-ci m’a vrai­ment beau­coup plu. Surtout parce qu’il dit de façon très claire que Proust n’ap­par­tient pas aux intel­lec­tuels mais à tous ceux et toutes celles qui veulent bien se donner le mal de le lire.

Clara est coif­feuse, dans le salon « Cyndi coif­fure » , Madame Habib en est la proprié­taire et Nolwenn la deuxième employée. Un jour un bel homme oublie son livre au salon, Clara qui est malheu­reuse en ménage espère que cet homme revien­dra cher­cher son livre. Il ne revient pas et Clara commence à lire « la recherche du temps perdu ». Ce n’est pas une lecture facile mais Clara s’ac­croche et peu à peu elle s’empare de ce texte qui va à tout jamais chan­ger sa vie.

Ce qui est bien fait dans ce roman, c’est le chemi­ne­ment de Clara vers l’oeuvre de Proust qui peu à peu trans­forme sa percep­tion de la vie. Les cita­tions de Proust parsèment ce roman et permettent de retrou­ver des passages connus de Proust, Clara commence à bien connaître les person­nages de la recherche. J’ad­mire le travail de Stéphane Carlier d’avoir ainsi rendu acces­sible l’oeuvre de Proust. Et je trouve que d’avoir situé son roman dans un petit salon de banlieue de Châlon sur Saône est une très bonne idée. D’abord pour montrer qu’il n’y a pas de fron­tières sociales pour aimer cette oeuvre, et en plus un salon de coif­fure c’est vrai­ment le lieu des potins de la ville un peu comme la salon de la Verdu­rin en son temps. Carlier se permet alors des petites remarques humo­ris­tiques qui montrent son talent d’ana­lyste de notre société.

Je garde en souve­nir un petit livre qui m’avait (dans un tout autre genre) beau­coup touché de Joseph Czapski « Proust contre la déchéance »

Le roman de Stéphane Carlier est un très bel hommage au plus grand des roman­ciers fran­çais du 20° siècle.

Citations

Bien vu.

Il y a Nolwenn, l’autre employée du salon. Sa figure n’a pas vrai­ment de contours et change rare­ment d’ex­pres­sion. Qu’elle raconte que sa belle sœur a fait une fausse couche ou qu’elle tende un petit un petit cadeau à Clara pour son anni­ver­saire, ses traits restent neutres, ils ne s’animent que lors­qu’elle regarde des vidéos sur son télé­phone. Un grand sourire fend le bas de son visage quand elle voit un chim­panzé prome­ner un porce­let en laisse ou un jeune golden retrie­ver s’es­sayer à gravir la première marche des escaliers.

L’apport de Proust.

Avec Proust, elle a l’im­pres­sion de tout voir. Forcé­ment, puis­qu’il lui montre le monde visible dans ces détails infi­nis et un autre, derrière, caché mais vaste et puis­sant, qui impose sa loi, sa volonté aux premiers la réalité psychique, psycho­lo­gique des êtres. Et ce n’est pas tout. En l’ini­tiant au prin­cipe de la mémoire invo­lon­taire, comme s’il posait ses mains sur ses épaules il la faisait légè­re­ment pivo­ter, il enri­chit son point de vue en y ajou­tant une dimen­sion qu’elle avait ignoré jusque là, celle du temps. Le passé, en surgis­sant dans le présent ne s’y prolonge-t- il pas ? Le souve­nir n’a-t-il pas plus d’exis­tence que l’épi­sode qu’il relate ? Pour­quoi semble-t-il qu’à mesure qu’on vieillit on se souvienne de mieux en mieux ?

Ce nom mythique.

Avant, ce nom mythique était pour elle comme celui de certaines villes – Capri, Saint-Péters­bourg, où il était entendu qu’elle ne mettrait jamais les pieds. 

Édition Gras­set

Metin Arditi est un auteur dont j’aime lire les romans sans être tota­le­ment enthou­siaste, après « loin des bras » « Prince d’or­chestre » et « L’en­fant qui mesu­rait le monde » voici donc « Tu seras mon père ».

Arditi connaît très bien les pensions suisses, celles où sont élevées les enfants de milieu, très, très, riches et qui sont souvent des jeunes malheu­reux qui se sentent aban­don­nés. Ce n’est pas le thème prin­ci­pal du roman, le thème prin­ci­pal c’est le pardon. Peut-on tout pardon­ner et comment y arriver.

Le sujet est bien traité, mais de façon trop roma­nesque pour moi, cette ques­tion reste très inté­res­sante. Et après avoir refermé ce roman, elel m’a trotté dans la tête pendant longtemps.

Il s’agit de savoir si un enfant dont le père a été victime des Brigades Rouges, en 1978, peut pardon­ner au prin­ci­pal insti­ga­teur de ce crime. Pour que le roman soit « vrai­sem­blable » le père de l’en­fant, le prin­ci­pal fabri­quant de glace d’Ita­lie, n’a pas été assas­siné par ses geôliers mais s’est suicidé quelques temps après. L’homme à qui il doit pardon­ner n’a pas été celui qui l’a enlevé mais celui qui l’avait dési­gné à ses ravisseurs.

Onze ans plus tard, Renato, l’en­fant devenu jeune adoles­cent retrouve cet homme, Paolo, comme profes­seur de théâtre dans une insti­tu­tion privée, un lien très fort se noue entre eux. On imagine le drame lors­qu’il décou­vrira la vérité .

Enfin, une dernier ressort roma­nesque, autour d’une profes­seure de danse qui aiment à la fois Renato et Paolo.
Je crains d’en dire plus pour les ceux et celles qui ne veulent pas connaître la fin d’un roman avant de le commencer.

La ques­tion essen­tielle reste entière peut-on pardon­ner ? Cette ques­tion s’est trouvé être posée en France où des anciens « Brigades rouges » avaient refait leur vie.

Metin Arditi a beau insis­ter sur le côté sordide de l’ex­ploi­ta­tion ouvrière en Italie, cela n’empêche que rien ne justi­fie le meurtre d’un centaine de personnes. Il faudra l’as­sas­si­nat du président du parti démo­crate chré­tien Aldo Moro pour que l’en­semble de la classe poli­tique se retourne complè­te­ment contre ces assassins.
J’ai eu, comme d’ha­bi­tude, plai­sir à lire ce roman de Metin Arditi qui m’a remis en mémoire les heures sombres de l’Ita­lie, j’ai appré­cié la ques­tion posée : peut-on tout pardon­ner, mais le côte trop roma­nesque ne m’a pas séduite.

Citation

Pirandello au service du roman.

Le garçon qui jouait le commis­saire sortit de sa poche une feuille de papier et la tendit à Paolo. celui-ci la parcou­rut, les mains tremblantes. 
Laudisi :
- » Le doute est toujours flagrant. Puis-je vous suggé­rer une façon de rendre service à la population ?
Main­te­nant, il criait presque :
- Détrui­sez ce demi-feuille avec ne prouve rien ! Et sur l’autre moitié écri­vez autre chose !
Paolo crachait son texte. Sur scène les élèves le regar­daient éberlués. 
- Pour rendre sa tran­quillité à tout un pays Vous compre­nez ? À tout un pays !
Les derniers mots n’étaient pas dans le texte. Il s’ar­rêta et resta sur scène les yeux fermés immo­bile autour de lui personne ne bougea.
Il essaya de sourire, ce fut une grimace.


Édition livre de poche

J’ai vu ce roman sur de nombreux blogs en parti­cu­lier, un billet que j’avais remar­qué de Domi­nique, (déso­lée pour les blogs que j’ou­blie de citer). J’ai déjà beau­coup lu sur les quêtes de mémoire quand il ne reste plus que des lambeaux de souve­nirs de familles déci­mées par la Shoa. Anne Berest est la petite fille de Myriam qui est elle même la fille d’Ephraïm et d’Emma et la sœur de Noemie et Jacques tous les quatre morts à Ausch­witz et dont les noms ont été écrits sur une carte postale envoyée à sa mère en janvier 2003.

Anne est donc juive par sa mère et bretonne par son père. Élevée loin de toute reli­gion par des parents intel­lec­tuels et atten­tion­nés, elle accorde que peu d’im­por­tance à cette origine. Jusqu’au jour où elle veut savoir et trans­mettre à ses enfants ce passé. La première partie du livre, nous permet de décou­vrir le destin de la famille Rabi­no­vitch, origi­naire de Russie, Ephraïm devient un fervent défen­seur du socia­lisme mais très vite il déchante sur le régime commu­niste et est obligé de s’en­fuir. Sa femme Emma Wolf est origi­naire de Lodz et aimera toute sa vie son mari malgré quelques diver­gences en parti­cu­lier sur la reli­gion, elle est pieuse et respecte les fêtes juives.
1019 date de nais­sance de Myriam à Moscou, c’est la la grand mère de l’au­teure et avec ses parents elle commence une péré­gri­na­tion à travers une Europe qui ne veut plus de Juifs. La Litua­nie puis Israël d’où ils repar­ti­ront (hélas) pour la France. Ils ont eu le temps d’al­ler à Lotz où la famille d’Emma très aisée sent monter l’an­ti­sé­mi­tisme polo­nais sans pour autant tenter de fuir.

Enfin, ils arrivent en France avec leurs trois enfants et Ephraïm veut abso­lu­ment deve­nir fran­çais . La suite on l’ima­gine : leurs deux enfants seront dépor­tés avant eux Myriam était alors mariée à un fran­çais et n’était pas sur la liste du maire d’Evreux, mais elle était là ce jour là, son père l’a obli­gée à se cacher dans le jardin. Et ensuite Ephraïm et Emma seront à leur tour déportés.

Histoire trop banale , mais si bien racon­tée avec des allers et retours vers le temps présent et les recherche d’Anne qui s’ap­puient sur le travail très appro­fondi de sa mère Leila qui avait déjà trouvé et classé un très grand nombre de documents.
La deuxième partie du récit a pour but de nous faire décou­vrir la vie de Myriam pendant et après la guerre et fina­le­ment au dernier chapitre l’ex­pli­ca­tion de la carte postale.

Le fil conduc­teur du roman, serait à mon avis de se deman­der ce que veut dire d’être juif et pour­quoi même aujourd’­hui l’an­ti­sé­mi­tisme peut donner lieu à des injures comme « sale juif ! » ou une exclu­sion d’une équipe de foot car dans la famille d’un petit Hassan de sept ans, on ne joue pas avec les juifs !

Ephraïm a telle­ment confiance dans la France, le pays des droits de l’homme que jusqu’à la fin il restera persuadé qu’il est à l’abri et ne veut pas entendre les messages d’in­quié­tude qu’il reçoit. Myriam gardera espoir le plus long­temps possible d’un éven­tuel retour de sa famille ou au moins de son jeune frère et de sa sœur. Elle s’en­fer­mera dans un mutisme tel que sa propre fille aura bien du mal à comprendre l’hor­rible réalité et à remon­ter les fils de l’his­toire fami­liale si inti­me­ment liée à celle des pires atro­ci­tés du siècle.

Quand Anne Berest part à la recherche de ce qui reste des traces de la présence de ses parents dans le petit village des Forges, j’ai retrouvé ce que j’avais senti en Pologne : la peur que l’on demande des comptes à des descen­dants de gens qui n’ont pas toujours bien agi voire pire. Comme cette famille chez qui elle retrouve les photos de sa famille et le piano de son arrière grand-mère.

Je n’ai pas lâché un instant cette lecture et je reli­rai ce livre certai­ne­ment car je le trouve parfai­te­ment juste et passion­nant de bout en bout. Il va faire partie des indis­pen­sables et je vais lui faire une place chez moi car comme le dit un moment Anne Berest c’est impor­tant que les juifs enva­hissent nos biblio­thèques, on ne peut plus faire comme si l’an­ti­sé­mi­tisme n’avait été que l’apa­nage des Nazis même si ce sont eux qui ont créé la solu­tion finale celle-ci n’a pu exis­ter que parce que chez bien des gens on ne voulait pas savoir ce qui arri­vait à « ces gens là » quand on les parquait dans des camps puis quand on les faisait monter dans des trains pour l’Allemagne.

Citations

Un moment de notre histoire.

Ephraïm suit de près l’as­cen­sion de Léon Blum. Les adver­saires poli­tiques, ainsi que la presse de droite, se répandent. On traite Blum de « vil laquais des banquiers de de Londres », « ami de Roth­schild et d’autres banquiers de toute évidence juifs ». « C’est un homme à fusiller, écrit Charles Maur­ras, mais dans le dos »

Dialogue du petit fils avec son grand père juif et croyant .

- Tu es triste que ton fils ne croit pas en Dieu ? demande Jacques à son grand-père. 
- Autre­fois oui j’étais triste. Mais aujourd’­hui, je me dis que l’im­por­tant est que Dieu croit en ton père.

La liste Otto.

Tout à fait, la La liste « Otto » du nom de l’am­bas­sa­deur d’Al­le­magne à paris, Otto Abetz. Elle établit la liste de tous les ouvrages reti­rés de la vente des librai­ries. Y figu­rait évidem­ment tous les auteurs juifs, mais aussi les auteurs commu­nistes, les fran­çais déran­geants pour le régime, comme Colette, Aris­tide Bruant, André Malraux, Louis Aragon, et même les morts comme Jean de la Fontaine …

L’importance de porter un nom juif.

Mais petit à petit, je me rend compte qu’à l’école, s’ap­pe­ler Gérard « Rambert » n’a vrai­ment rien à voir avec le fait de s’ap­pe­ler Gérard « Rosen­berg » et tu veux savoir quelle est la diffé­rence ? C’est que je n’en­ten­dais plus de « sale juif » quoti­dien dans la cour de l’école. La diffé­rence c’est que je n’en­ten­dais plus des phrases du genre « C’est dommage qu’Hit­ler ait raté tes parents ». Et dans ma nouvelle école, avec mon nouveau nom, je trouve que c’est très agréable qu’on me foute la paix.
(…)
- Moi aussi je porte un nom fran­çais tout ce qu’il y a de plus fran­çais. Et ton histoire, cela me fait penser que…
- Que ?
- Au fond de moi je suis rassu­rée que sur moi cela ne se voie pas.

Je trouve cette remarque très juste.

Myriam constate que Mme Chabaud fait partie de ces êtres qui ne sont jamais déce­vants, alors que d’autres le sont toujours. 
- Pour les premiers, on ne s’étonne jamais. Pour les seconds, on s’étonne chaque fois. Alors que ça devrait être l’in­verse, lui dit-elle en la remerciant.

Le sens du livre .

Inter­ro­ger ce mot dont la défi­ni­tion s’échappe sans cesse
- Qu’est ce qu’être juif ?
Peut-être que la réponse était conte­nue dans la question :
- Se deman­der qu’est-ce qu’être juif
(…) Mais aujourd’­hui je peux relier tous les points entre eux, pour voir appa­raître, parmi la constel­la­tion des frag­ments épar­pillés sur la page, une silhouette dans laquelle je me recon­nais enfin : je suis fille et petite fille de survivants.