Cadeau de mon fils qui partage mon goût pour l’hu­mour de cet auteur aussi bien en roman : Le Discours , qu’en BD : depuis Zaï Zaï Zaï , Et si l’amour c’était d’ai­mer, et Formica . Il s’agit d’un de ses premiers romans et déjà tout son humour est présent. L’au­teur narra­teur, auteur de théâtre de son état, est un éter­nel perdant qui se présente comme étant un collec­tion­neur d’en­ter­re­ments. Mais surtout ne vous fiez à rien de ce qu’il raconte car tout est faux et tout n’est qu’un jeu d’ap­pa­rences . Tout le monde est mani­pulé par cette société Figu­rec, qui paye des figu­rants pour que votre vie ait l’air de quelque chose d’à peu près vivable. Au passage vous aurez quelques éclats de rire, pas forcé­ment les mêmes que les miens mais je suis certaine que vous rirez. En revanche ne vous accro­chez pas trop à l’in­trigue, si elle est meilleure que la pièce de théâtre dont nous avons quelques extraits ce n’est quand même pas l’his­toire du siècle. C’est pour moi moins bon que « Le Discours » mais pour mes éclats de rire, je lui attri­bue quand même ses quatre coquillages.

Citations

La phrase à ne pas oublier (et à essayer de recaser dans une conversation)

On peut diffi­ci­le­ment se permettre d’être para­site et végétarien.

Les artistes

Il y a les artistes et ceux qui auraient aimé être artistes, c’est géné­ra­le­ment dans cette caté­go­rie qu’on trouve les mécènes – et puis il y a ceux qui n’en ont rien à foutre, pour qui les artistes sont soit des fainéants, soit des homo­sexuels, soit les deux.

Un bel enterrement

Ah, l’en­ter­re­ment d’An­toine Mendez ! Sa femme essayant de sauter dans le caveau pour le rejoindre dans l’éter­nité, ses cris hysté­riques, ses trois fils la rete­nant dans des spasmes maîtri­sés de grands garçons face à la mort, le discours de son meilleur ami admi­ra­ble­ment ciselé, pas du tout mortuaire, certaines anec­dotes parve­nant même à susci­ter des petits rires humides et pensifs dans l’as­sis­tance. Je souhaite sincè­re­ment que cet ami ait droit à pareil éloge quand son tour vien­dra. Antoine Mendez, voilà quel­qu’un qui a réussi son enter­re­ment. Il y a des gens comme ça qui savent partir.

Figurec

Depuis, l’idée a fait son chemin. Figu­rec aujourd’­hui c’est des dizaines de milliers d’employés à travers le monde. Des figu­rant dans tous les domaines, partout, proba­ble­ment la société secrète la plus puis­sante du monde ou employé et comman­di­taire sont tous maçons ou fils de maçon. Enfin pas tout à fait maçons, plutôt Roque­bru­niste, c’est une autre école, la belle dissidente.

Sa mère

Ma mère ressent toujours le besoin de préci­ser l’ori­gine des aliments qu’elle propose à ses invi­tés, de manière un peu para­noïaque, comme si elle était persua­dée que les gens qui viennent manger chez elle redoutent l’in­toxi­ca­tion alimen­taire. Si la cuisine était assez grande pour y faire entrer deux bovins, elle présen­te­rait aux invi­tés les parents du steak.

Ses succès féminins

La dernière femme avec qui j’ai eu une conver­sa­tion en tête à tête – si j’ex­clus ma mère et ma boulan­gère – est la profes­seur d’an­glais qui m’a fait passer l’oral du bac. Autant dire que, contrai­re­ment à » my tailor », mon expé­rience » is not rich ».

Les manifs de prof le chapitre entier est très drôle voici juste un passage

Devant nous, un homme et une femme discute assez violem­ment, lui est du SEAFFJ (syndi­cat des ensei­gnants adhé­rents à la Fédé­ra­tion fran­çaise de judo) et elle du SEDV (syndi­cat des ensei­gnants diabé­tiques et végé­ta­liens). Visi­ble­ment ils ne sont pas tout à fait d’ac­cord sur un point précis des reven­di­ca­tions. Fina­le­ment, un type avec un bouc et des lunettes, du SEPVSELC (syndi­cat des ensei­gnants pour la vacci­na­tion systé­ma­tique des enfants du Loir-et-Cher) s’in­ter­pose et finit par les calmer.

Édition Liana Levi traduit du russe par Natha­lie Amargier

J’ai décou­vert ce roman chez Krol, son billet m’a donné envie de mieux connaître la vie de Victor Zolo­ta­rev et de son pingouin Micha. J’ai eu le tort de le lire pendant le confi­ne­ment qui a été pour moi une période de fragi­lité et de moindre envie de me plon­ger dans des univers absurdes. Et pour être absurde ça l’est ! Victor a hérité de ce pingouin neuras­thé­nique car le zoo de Kiev n’a plus les moyens de nour­rir les animaux. Nous sommes en pleine crise sociale en Ukraine et en plus de la misère, il y règne de sordides histoires de corrup­tion. On imagine les dégâts maté­riels pour la popu­la­tion mais en plus les acteurs de ce pays ont une forte tendance à dispa­raître violem­ment. Victor est embau­ché pour un travail qui semble assez facile : écrire des nécro­lo­gies de person­na­li­tés assez en vue. Cela permet au jour­nal d’être prêt à publier les éloges des « futurs » dispa­rus. Un travail de tout repos qui lui permet d’ache­ter le pois­son néces­saire à la survie de Micha. Mais nous sommes en Ukraine, et évidem­ment écrire des nécro­lo­gies peut s’avé­rer dange­reux. D’abord les person­na­li­tés se mettent à dispa­raître de mort brutale et peu à peu Victor se trouve lui-même en grand danger. L’au­teur écrit avec cet humour russe si carac­té­ris­tique et n’hé­site pas à plon­ger son lecteur dans un monde absurde. Trop pour moi , et je dois avouer que petit à petit je lisais la vie de Victor et Micha sans m’im­pli­quer tota­le­ment. Je comprends le succès de ce livre car même dans ses aspects exces­sifs et déjan­tés, il permet de se rendre compte de la réalité d’un pays en proie à la corrup­tion et à la misère sociale mais il faut accep­ter les aspects déjan­tés qui ont fini par me lasser.

Citations

L’humour russe

Il regar­dait Sergueï et avait envie de sourire. L’ami­tié ? En fait, il ne l’avait jamais connue, pas plus que les costumes trois-pièces ni la passion véri­table. Sa vie était terne et doulou­reuse, elle ne lui appor­tait pas de joie. Micha son pingouin, était triste, comme si lui aussi n’avait connu que la fadeur d’une exis­tence dénuée de couleur et d’émo­tion, d’élan joyeux, d’enthousiasme.

Un pingouin malade

Ben voyons ! se moqua Pidpaly. Même les humains, on ne les soigne plus, main­te­nant, et vous voudriez qu’on soigne un manchot. Vous compre­nez bien que pour un animal de l’An­tarc­tique, notre climat est une catas­trophe. Le mieux pour lui serait de retrou­ver sa banquise. Ne soyez pas vexé, j’ai l’air de déli­rer, mais si j’étais lui et que je me retrouve sous nos lati­tudes, je me pren­drais ! Vous ne pouvez pas imagi­ner le martyre que ça repré­sente d’avoir deux couches de graisse et des centaines de vais­seaux sanguins desti­nés à se proté­ger des tempé­ra­tures les plus extrêmes, alors qu’on vit dans un pays où il fait parfois quarante l’été, et moins dix l’hi­ver, au mieux, et c’est rare ? Hein ? Vous compre­nez ? Son orga­nisme chauffe, il se consume de l’in­té­rieur. La plupart des manchots en capti­vité sont dépres­sifs. On m’a toujours répété qu’il n’avait pas de psychisme, mais moi, j’ai démon­tré le contraire. Et à vous je vais le démon­trer ! Et leur cœur ! Quel cœur serait capable, dans ces condi­tions de suppor­ter une pareille surchauffe ?

Philosophie des buveurs phrase à la Audiard

Buvons pour que ça ne soit pas pire. Mieux, ça a déjà été.

L’horreur

J’ai discuté avec le profes­seur de cardio­lo­gie de l’hô­pi­tal des scien­ti­fiques… Nous en avons conclu qu’on pouvait lui gref­fer le cœur d’un enfant de trois ou quatre ans…
Victor s’étran­gla avec son café et reposa la tasse sur la table. Il en avait renversé.
En tout cas, si l’opé­ra­tion réussi, cela pourra lui permettre de vivre encore plusieurs années. Sinon. Le vété­ri­naire fit un geste d’impuissance.
Oui, aussi, pour répondre tout de suite à vos inter­ro­ga­tions éven­tuelles, l’in­ter­ven­tion elle-même ne ne vous revien­dra qu’à quinze mille dollars. En fait c’est assez peu. Quant au nouveau cœur. Vous pouvez cher­cher un donneur par vos propres réseau, mais si vous nous faites confiance, nous pouvons nous en char­ger. Pour l’ins­tant j’au­rai du mal à vous dire un prix. Il arrive que nous rece­vions des organes sans même avoir à les payer.
Que je cherche par mes réseaux reprit Victor, ahuti qu’est-ce que vous enten­dez par là ? J’en­tends que Kiev compte plusieurs hôpi­taux pour enfants, et que chacun a son service de réani­ma­tion. Expli­qua-t-il calme­ment. Vous pouvez vous présen­ter au méde­cin, mais ne leur parler pas du pingouin. Dites simple­ment que vous avez besoin du cœur d’un enfant de trois ou quatre ans pour une trans­plan­ta­tion. Promet­tez- leur une bonne récom­pense. Ils vous tien­dront au courant.

Édition 1018. Traduit du tchèque Joseph Gagnaire

Je dois la décou­verte de cet auteur à Patrice et, comme lui, depuis, j’ai très envie de lire d’autres livres de cet auteur, pour­quoi pas « Voyage vers le Nord » . Ce petit livre sur les amou­reux des jardins est un petit concen­tré d’hu­mour. Dès la première phrase, j’ai souri et je savais que je le lirai jusqu’au bout :

Il y a cent manières de créer un jardin : la meilleure est encore de prendre un jardinier

Ecrit en 1929, ce conseil me encore va très bien, derrière tout beau jardin bien fleuri se cache un jardi­nier compé­tent (ce que je ne suis pas) et qui doit passer cent pour cent de son temps libre à travailler la terre. J’adore les fleurs mais je déteste les culti­ver. Pour­tant, quelle merveille quand les roses s’éveillent et parfument l’en­trée de la maison ! Dans ce petit livre, écrit comme un alma­nach, chaque mois, l’au­teur précise les diffé­rentes tâches qui attendent tout bon jardi­nier. Tout cela est raconté avec un humour déli­cieux. Mais j’avoue que l’ac­cu­mu­la­tion des noms de fleurs et de plantes a fini par me lasser. Karel Čapek aime le comique d’ac­cu­mu­la­tion et cela m’a semblé un procédé trop répé­ti­tif. Surtout ne vous arrê­tez pas à ce bémol, car dans l’en­semble vous trou­ve­rez que le jardi­nier de 1929 a beau­coup de points communs avec celui de 2020 . Et jamais, au grand jamais, vous n’ac­cep­te­rez de surveiller le jardin d’un ami qui part au mois d’août en vacances. Ce « presque rien que vous aurez à faire » peut se termi­ner par une vraie galère tous les jours. Le jardi­nier de 1929 écri­vait une lettre par jour pour s’in­quié­ter de l’état de son cher jardin et donner ses précieux conseils, je vous laisse imagi­ner ce que le jardi­nier d’au­jourd’­hui ferait avec son télé­phone portable grâce Face­book, What­sapp et autres façon de s’in­quié­ter de ses trop chères petites plantes…

quelques photos prises dans un jardin au prin­temps 2020 (celui où le confi­ne­ment a permis d’ad­mi­rer l’ar­ri­vée des fleurs) :

Citations

Tellement vrai

Vous verrez, au bout d’une quin­zaine, sortir de la mauvaise herbe au lieu de gazon. C’est un des mystères de la nature que les mauvaises herbes les plus luxu­riantes et les plus vivaces naissent toujours des meilleures semences de gazon : qui sait s’il ne faudrait pas semer de la graine de mauvaises herbes quand on veut avoir de beau gazon ? Trois semaines après, votre pelouse est abon­dam­ment couverte de char­dons drus et autres sale­tés rampantes ou enra­ci­nées dans le sol, quand vous voulez les arra­cher, ou bien elles se cassent juste à la racine, ou bien elles emportent toute une motte de terre. Ainsi vont les choses : 
plus une saleté est nuisible, plus elle a de vitalité. 

Se souvenir que ce livre a été écrit en 1930 et non en 2021 !

Quiconque devient jardi­nier recherche avec complai­sance les « Vieux Chro­ni­queurs » . Ce sont des personnes d’un certain âge et passa­ble­ment distantes qui disent chaque prin­temps , qu’elles n’ont pas souve­nir d’avoir jamais vu un temps pareil . S’il fait froid, elles proclament qu’elles ne se souviennent pas d’un prin­temps aussi froid. « Une fois, il y a de ça soixante ans, il a fait si chaud que les violettes fleu­rirent à la Chan­de­leur ». Par contre si le temps est légè­re­ment plus chaud, les chro­ni­queurs soutiennent n’avoir aucun souve­nir d’un prin­temps aussi chaud. « Une fois, il y a de ça soixante, nous circu­lâmes en train en traî­neau à la Saint-Joseph ». Bref, les chro­ni­queurs eux aussi témoigne qu’en ce qui concerne le temps, notre pays a toujours été soumis à un arbi­traire effréné et qu’il n’y a pas à aller contre.

Genre d’énumérations drôle mais hélas trop fréquentes

Culti­ver la terre, c’est d’une part bêcher, creu­ser, retour­ner, fouiller, ameu­blir, apla­nir, nive­ler et faire des ondu­la­tions, et d’autre part, s’oc­cu­per des ingré­dients. Aucun pudding au monde ne peut-être de compo­si­tion plus compli­quée que la terre de jardin. Autant que je puisse savoir, on y met du fumier, de l’en­grais, du guano, des feuilles pour­ries, de la terre de gazon, de la terre arable, du sable, de la paille, de la chaux (de la farine pour les enfants), du salpêtre, des phos­phates, de la bouse, de la cendre, de la tourbe, de l’eau de la bière, des culots de pipe, des allu­mettes brûlées, des chats crevés et beau­coup d’autres substances. Tout cela se mélange, s’en­fuit et se répand ; comme je l’ai dit, le jardi­nier n’est pas un homme qui respire les roses, mais un homme qui est pour­suivi par l’idée que « cette terre voudrait encore un peu de chaux », ou bien « qu’elle est lourde, comme du plomb, dit le jardi­nier, et qu’elle voudrait un peu de sable ».

Le jardinier et la propriété

Quiconque a un jardin devient inéluc­ta­ble­ment un défen­seur de la propriété, et alors, ce n’est pas un rosier qui pousse dans ce jardin, c’est « son » rosier. L’homme qui est proprié­taire prend conscience d’une certaine soli­da­rité qui le lie à son prochain, par exemple en ce qui concerne le temps, il se met à dire : « Nous aurions besoin d’une bonne pluie » ou « Nous avons été bien arro­sés ». D’autre part, il devient en quelque sorte forte­ment exclu­sif. Il trouve que les arbustes des voisins ne sont que du bois de fagot, à la diffé­rence des siens propres ;.ou bien il constate que tel cognas­sier vien­drait bien mieux dans son jardin que dans celui de son voisin, etc. Il est donc vrai que la propriété privée suscite certains inté­rêts collec­tifs, certains inté­rêts de classe, par exemple en ce qui concerne le temps, mais il est non moins vrai qu » elle excite à l’ex­trême de forts instincts d’égoïsme, d’ini­tia­tives et de posses­sion. Il ne fait pas de doute que les hommes n’aillent au combat pour défendre leur idée, mais ils iraient avec plus de zèle encore et plus de féro­cité pour défendre leur jardin. Un homme qui possède quelques arpents de terre et qui cultive quelque chose devient, en vérité, un être conser­va­teur car il est assu­jetti à des lois natu­relles millé­naires. On aura beau faire, aucune révo­lu­tion n’ac­cé­léra la germi­na­tion ni ne fera fleu­rir les lilas avant le mois de mai, cette leçon rend l’homme plus sage et fait qu’il se soumet aux lois et aux coutumes.

Édition Pocket

Jérôme aime beau­coup cet auteur et moi qui crai­gnais être rebu­tée par la langue ce n’est abso­lu­ment pas le cas, son style est adapté à son récit et fait une grande partie du charme de cet auteur que je vais conti­nuer à lire. Voici un roman très impor­tant pour toutes celles et tous ceux qui prennent des bonnes réso­lu­tions pour la nouvelle année : ça ne marche pas ! En tout cas pour Fred, ça ne marche jamais et il aurait mieux valu pour lui qu’il ne s’y « mette jamais » et qu’il reste dans son quar­tier pari­sien à soute­nir le bar d’Omar plutôt qu’al­ler en Espagne pour fuir un certain M. Zyed qui n’avait peut-être pas comme projet de l’empêcher de faire la maque­reau à Pigalle. Voilà tout est dit ou presque ! Fred est un éter­nel perdant qui nous fait rire grâce au talent de Florent Oiseau. Cet art d’être à côté de la plaque tout le temps est un bon ressort dans la litté­ra­ture . Je ne peux pas dire que c’est complè­te­ment ma tasse de thé mais, je dois l’avouer, parfois, j’ai ri malgré les outrances trop répé­ti­tives à mon goût. J’ou­bliais l’al­cool c’est aussi un person­nage impor­tant du livre, c’est sûr qu’a­près la deuxième bouteille de côte du Rhône on a les idées moins claires qu’a­près la « petite » bière du matin mais la vie devient telle­ment plus cool que cela permet à Fred de passer une après midi de plus « avec » Sophie Davant.

Citations

Moment que j’aime bien

C’est sur ce chemin du retour que j’ai croisé un pote au café, rue de Para­dis. Le pauvre vieux venait de se faire plaquer, du coup on a bu quelques canons. J’ai le soutien facile, on se confie aisé­ment à moi, je ne parle pas beau­coup. Dans les moments compli­qués, ça doit être récon­for­tant, un gars qui écoute.
Quinze ans de vie commune, qu’il rabâ­chait. Quinze putains d’an­nées, il râlait, le gars. Quinze ans, un voyage de noce aux Seychelles avec ses écono­mies à lui, des sacri­fices, pour qu’en fin de compte elle se barre avec un profes­seur d’his­toire (vaca­taire en plus)en lui repro­chant de se lais­ser sombrer.

Une vision genrée du monde (mais si drôle !)

Avec un million, je l’au­rais gardée, Séve­rine. Un alcoo­lique million­naire qui ne prend pas d’ini­tia­tives, ça lui aurait convenu. Les femmes disent toutes qu’elle se foutent de l’argent. Tu parles. Elles ne peuvent rien y faire, elles l’ont en elle. C’est une chose qu’on doit leur faire couler dans les veines, à la nais­sance. Un genre de truc irré­ver­sible, incon­trô­lable. Très souvent, cette atti­rance pour le fric est volon­tai­re­ment ignoré. Une sorte de déni s’opère. Elles ont envie de se convaincre qu’une vie bohème fait d’amour, de poils et de vin pour­rait leur conve­nir. Elles en meurent d’en­vie de cette vie là, simple, roman­tique et insou­ciante, mais le truc qui a été mis à l’in­té­rieur d’elle au sujet du fric prend le dessus chaque fois. J’ap­pelle ça, le gène confort. Le virtuose pauvre avec ces jolis mots peut bien aller se faire foutre. Terminé le petit studio sous les toits, éclairé à la bougie, avec un chat qui minaude en nous regar­dant faire l’amour. Place au DRH, au mec de la télé, aux spor­tifs de haut niveau, au trader, au chirur­gien, à l’avo­cat. Le ski à Cour­che­vel, le weekend à Cabourg. Les gonzes, elles préfèrent s’en­nuyer dans un cabrio­let qui sent le cuir que s’écla­ter en camping. Les mecs, ce serait un peu la même chose concer­nant la fidé­lité. Ils sont inca­pables de se contrô­ler. J’ap­pelle ça, le gène bite. La situa­tion est simple, les hommes ne peuvent se vouer au même sein, tandis que les femmes, elles, sont machi­na­le­ment envoû­tées par l’at­trac­tion qu’exercent des cartes de crédit sur leur culotte.

De hautes réflexions philosophiques

Si les secondes étaient des heures, on vivrait beau­coup plus vieux.

Sophie Davant

J’ai pensé très fort à Sophie Davant, au fait que c’était la femme avec laquelle j’avais vécu le plus de choses. Elle l’igno­rait sans doute.

Chacun ses doudoux ! quand je trouve que le monde va mal et qu’un fond de tris­tesse m’en­va­hit, je cours chez Sauveur Saint-Yves et pour moins de quarante cinq euros et un peu plus d’une heure de consul­ta­tion, ce théra­peute me redonne confiance dans l’hu­main. Je sais que cette série d’adresse aux adoles­cents ce que je ne suis plus depuis si long­temps et que j’ai déjà fait deux billets à propos de cette série (sur le « un » et le « deux ») . Mais la période est fran­che­ment pas foli­chonne et donc je régresse avec une joie non dissi­mu­lée. D’au­tant plus faci­le­ment que Noukette et Jérôme se sont ligués pour avoir trouvé chez cette auteure leur dose de récon­fort. Ils parlaient de la saison 6 mais peu importe, on y trouve toujours de quoi sourire et s’at­ta­cher aux person­nages. J’au­rais peut être dû ache­ter la six , car j’ai été un tout petit peu déçue. Le premier et le deuxième tome m’avaient complè­te­ment séduite, là, je suis un peu restée en dehors des récits et même des person­nages que je connais trop bien main­te­nant. Ce n’est qu’une légère critique pour un ado cela sera parfait mais pour la grand mère d’un ado, il lui en faut sans doute un peu plus pour soule­ver le moro­sité ambiante.

Citations

Un bon sourire au début

Donc, made­moi­selle Louane, qui vivait alors à Austin, Texas, avait consulté un théra­peute réputé qui déter­mi­nait en quelques séances quel était votre animal de soutien émotion­nel, celui qui vous aide­rait à traver­ser les inévi­tables épreuves de la vie. Dans le cas de Louane c’était le hamster, ce qui était sans doute préfé­rable à l’hippopotame.

La vie

On choi­sit sans savoir, Gabin. Qu’est-ce que je savais de la psycho­lo­gie avant de commen­cer mes études ? Trois fois rien. Qu’est-ce que je savais de ce que serait ma vie de psycho­logue ? Abso­lu­ment rien. Et la femme que j’ai épou­sée ? Je ne la connais­sais pas. Et le mariage, c’est quoi avant que tu sois marié ? Tu ne sais pas. En fait, tu embarques sur un bateau et après tu t’ar­ranges avec la vague et le vent. Quand tu arrives au port, tu t’aper­çois que c’est le voyage qui t’a fait ce que tu es, c’est pas si mal.

Encore un bon sourire

- Je vais m’en­ga­ger dans la marine. 
Rien ne permet­tait de savoir si Gabin était sérieux ou s’ils déconnait.
- Tu es déjà allé sur un bateau ? Ques­tionna à son tour Lazare. 
- J’ai fait un stage de planche à voile quand j’avais 11 ans. 
- Ça n’a rien à voir, gloussa Alice.
- Le mono m’avait dit que j’avais le pied marin, répli­qua Gabin. On ne m’a jamais fait d’autres compli­ments depuis. Il conclut très fermement : 
- Je pense que c’est une vocation.

Édition Six Pieds Sous Terre

Je crois que c’est impos­sible d’ex­pli­quer pour­quoi une BD nous fait rire ou pas. L’hu­mour de Fabcaro est pour moi, irré­sis­tible. Après Zaï Zaï Zaï et Et Si l’Amour c’était d’Ai­mer voici donc Formica. J’ai passé un très bon moment , (un peu trop court), pour­tant, je n’aime pas qu’on meurt dans les BD surtout pas lorsque l’on tue des enfants ! Or le fait que ce dimanche-là, comme tous les dimanches, la famille se réunit mais ne trou­vera aucun sujet de discus­sion se soldera par la mort « tragique » de deux enfants. Le côté décalé de cet auteur qui n’in­siste jamais sur ses blagues me réjouit beau­coup, j’ai emprunté cette BD à la biblio­thèque mais je sais que je vais l’of­frir et me l’of­frir aussi . Voici quelques bulles pour vous donner envie de vous plon­ger dans ce drame en trois actes :

Menace de la voisine qui ne veut pas divulguer ses sujets de discussion :

Quand les banalités deviennent un peu floues

Le jeu de 7 familles dysfonctionnelles

et une dernière (si vous ne riez pas, ne lisez pas cette BD) , c’est une de celles qui me fait le plus rire .…

Édition Acte Sud, Traduit de l’al­le­mand par Isabelle Liber

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard
Et quand je pense que j’ai hésité à choi­sir ce livre et cela parce que j’avais vu qu’il s’agis­sait de Tchernobyl …
C’est un grand bonheur ce roman, jusqu’à la dernière ligne. On regrette d’être arrivé à la page 150 aussi rapi­de­ment. Mais pour­quoi donc cet enthousiasme ?
- D’abord à cause du person­nage de Baba qui vit aussi bien avec les vivants que les morts, elle est si atta­chante dans sa simpli­cité et son natu­rel. Son ancien métier d’aide soignante lui a permis de se faire une idée assez précise de la nature humaine : ni trop idéa­li­sée ni trop pessimiste.
Elle a un sens de la répar­tie à toute épreuve, et cela parce qu’elle n’a plus peur de rien puis­qu’elle est une morte en sursis depuis si longtemps.
Comme elle parle assez régu­liè­re­ment à Yégor son mari mort depuis un certain temps, Elle nous fait aussi connaître la vie avant l’ex­plo­sion de la centrale nucléaire. On retrouve, alors, les hommes russes alcoo­liques violents et de bien mauvais pères. Mais aussi le plai­sir de vivre dans un petit village avec la nature accueillante et nour­ri­cière autour de chaque maison.
- Les autres habi­tants du village sont tous des zombies resca­pés de la catas­trophe de Tcher­no­byl mais ils préfèrent mourir là que loin de chez eux dans des villes peu accueillantes et dans des immeubles vétustes.
- Le village va se souder autour d’un meurtre d’un homme qui avait décidé pour se venger de sa femme de venir dans ce village y faire mourir sa petite fille.
- Notre Baba va y tenir un rôle impor­tant mais son vrai soucis c’est de réus­sir à lire la lettre que sa petite fille Laura lui a envoyée. Comme Baba ne lit que Le russe elle ne peut même pas devi­ner en quelle langue est écrite cette lettre.
Évidem­ment je ne peux divul­gâ­cher tous les ressorts de l’in­trigue roma­nesque mais ce roman est si bien agencé que cela contri­bue au plai­sir de la lecture.
Je suis ravie de parti­ci­per avec ce roman au mois de novembre de la litté­ra­ture alle­mande comme l’avait suggéré Eva, car ce livre tout en légè­reté et humour tranche complè­te­ment avec ce que je reproche aux auteurs alle­mands. Je les trouve souvent trop didac­tiques et un peu lourds. Si, ici, le sujet reste tragique le carac­tère de Baba Dounia qui nous permet de sourire souvent le rend pour­tant beau­coup plus proche de nous.

Citations

Son mari Yégor

Autre­fois, mes pieds étaient fins et déli­cats, poudrés de la pous­sière qu’ils soule­vaient dans la rue, magni­fiques dans leur nudité. Yégor les aimaient. Il m’a inter­dit de marcher pieds nus parce qu’à la seule vue de mes orteils, les hommes avaient déjà le sang qui leur montait à la tête.
Main­te­nant, quand Yégor passe me voir, je montre du doigt les deux boudins fice­lés dans des sandales de marché et je dis : Tu vois ce qui reste de la splen­deur d’antan ? 
Alors il rit et il affirme que mes pieds sont toujours aussi jolis. Depuis qu’il est mort, il est très poli, l’hypocrite.

Les vieux journaux

Dans le « Paysanne » que je feuillette, il y a des recettes à faire avec de l’oseille, un patron de couture, une brève histoire d’amour dans un kolkhoze et une liste d’ar­gu­ments contre le port du panta­lon pour les femmes, sauf au travail. Le maga­zine date de février 1986.

Maria sa voisine

Je me dis que Maria n’au­rait jamais dû venir ici. Ce ne sont pas les radia­tions. C’est le calme qui lui fait du mal. Maria a sa place en ville, où elle peut tous les jours avoir son lot de querelles chez le boulan­ger du coin. Ici, comme personne n’a envie de se dispu­ter avec elle, elle ne se sent plus exis­ter , et son corps gonfle tandis que son âme rétrécit.

Le conducteur de bus

Boris raconte ce qu’il a vu à la télé. De la poli­tique, encore et toujours ; l’Ukraine, le Russie, l’Amé­rique. Je n’écoute que d’une oreille. Bien sûr, c’est impor­tant la poli­tique, mais si on veut manger de la purée un jour, c’est quand même à nous de biner les pommes de terre.

C’est bien vrai .…

Mon travail m’a ensei­gné que les gens n’en font toujours qu’à leur tête. Ils demandent des conseils, mais en réalité, ils n’ont que faire de l’avis des autres. De ce qu’on leur dit, ils ne retiennent que ce qui leur convient, et ils ignorent le reste. J’ai appris à ne pas donner de conseils, à moins qu’on ne me le demande expres­sé­ment. Et à ne pas poser de questions.

Un soir de la vie d’une femme aide-soignante en Russie

Je ne retrouve mes esprits que le soir venu. Il est dix heures , les enfants dorment dos à dos dans le grand lit et je sors leur cahier de leur cartable pour contrô­ler leurs devoirs. La vais­selle est lavée , les chaus­settes repri­sée. Je suis loin d’ex­cel­ler dans les tâches ména­gères, mais je fais de mon mieux. Je vais à la cuisine et je bois un verre d’eau du robi­net. Elle a un goût salé, le goût de mes larmes. Au fond, je ne suis qu’une femme comme des millions d’autres, mais ça ne m’empêche pas d’être malheu­reuse. Quelle imbé­cile je fais.

Traduit de l’es­pa­gnol (Chili) par A.M Métai­lié Èdition Métailié/​Seuil

lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Il s’agit d’un livre de jeunesse que les adultes ont grand plai­sir à lire. J’ai hâte de le faire lire à des enfants parce que c’est très drôle et que cela rend la leçon de vie complè­te­ment accep­table. Je pense que l’au­teur aime bien les chats, telle­ment, qu’il a voulu leur donner ce qui leur manque : « la parole » . D’ailleurs tous les animaux parlent mais ils font bien atten­tion à ne pas commu­ni­quer avec les hommes car, lorsque, par hasard ils ont commencé à le faire, ils leur arrivent bien des malheurs : les perro­quets doivent répé­ter « Coco » toute la jour­née enfer­més dans une cage. Et les dauphins doivent faire des cabrioles dans des piscines qui au regard de leur espace natu­rel leur semblent des petites baignoires !

Un chat devient la mère adop­tive d’une mouette et doit lui apprendre à voler, vous pensez que ce n’est pas possible et complè­te­ment farfelu et bien lisez donc ce roman et vous verrez que pour un chat rien n’est impos­sible, il faut beau­coup de cœur, du courage il faut aussi et une grande soli­da­rité entre les animaux. Bref un petit bijou de lecture qui fait beau­coup de bien !

Citations

Leçon de vie

Nous t’ai­mons tous , Afor­tu­nada. Et nous t’ai­mons parce que tu es une mouette , une jolie mouette . Nous ne te contre­di­sons pas quand tu cries que tu es un chat , quand nous sommes fiers que tu veuilles être comme nous , mais tu es diffé­rente et nous aimons que tu sois diffé­rente. Nous n’avons pas pu aider ta mère , mais toi nous le pouvons. Nous t’avons protégé depuis que tu es sorti de ton œuf. Nous t’avons donné toute notre tendresse sans jamais penser à faire de toi un chat. Nous t’ai­mons mouette. Nous sentons que toi aussi tu nous aimes, que nous sommes tes amis, ta famille, il faut que tu saches qu’a­vec toi, nous avons appris quelque chose qui nous emplit d’or­gueil : nous avons appris à appré­cier, à respec­ter et à aimer un être diffé­rent. Il est très facile d’ac­cep­ter et d’ai­mer ceux qui nous ressemblent, mais quel­qu’un de diffé­rent c’est très diffi­cile et tu nous as aidé à y arri­ver. Tu es une mouette et tu dois suivre ton destin de mouette. 

Les humains

Par l’encre du cala­mar ! En mer il arrive des choses terribles. Parfois je me demande si quelques humains ne sont pas deve­nus fous, il essaie de faire de l’océan une énorme poubelle. Je viens de draguer l’embouchure de l’Elbe et vous ne pouvez pas imagi­ner la quan­tité d’or­dures que char­rient les marées ! Par la cara­pace de la tortue ! Nous avons sorti des barils d’in­sec­ti­cides, des pneus, des tonnes de ces maudites bouteilles de plas­tique que les humains laissent sur les plages.

La fin

« Seul vole celui qui ose le faire » 

Traduit de l’an­glais (Ètats-Unis) par Brice Matthieussent ; collec­tion 1018

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

J’ai oublié sur quel blog j’avais lu qu’il fallait abso­lu­ment lire ce petit roman de John Fante, mais quand je l’ai vu au club de lecture de notre média­thèque, j’étais très contente. Oui, c’est un excellent moment de lecture tout en humour grin­çant et méchant qui décoiffe, parfois un peu trop pour moi. Le person­nage prin­ci­pal est un écri­vain qui trouve un soir un énorme chien devant chez lui. Un chien de race Akita qui, sur cette photo, semble bien sympa­thique mais qui est un véri­table danger dans une famille qui n’al­lait pas non plus très bien avant son arrivée

Ce chien mérite très bien son nom, Stupide, il saute sur tout ce qui lui semble un compa­gnon sexuel accep­table et comme il est très puis­sant cela donne des scènes aussi comiques que gênantes. L’écri­vain, narra­teur de ce roman se sent mal de tous les livres qu’il ne réus­sit plus à écrire. Il se sent raté aussi bien socia­le­ment que dans sa vie fami­liale. Même s’il le raconte avec beau­coup d’hu­mour, on sent son déses­poir à l’image de la scène finale qui donne peu d’es­poirs sur la survie de son mariage. Ce roman raconte aussi très bien le choc des familles lors des départs des enfants qui occu­paient une place si impor­tante au quoti­dien dans la maison. J’ai trouvé très origi­nale dans ce roman la pein­ture de chaque person­nage, on peint souvent la famille améri­caine comme une force en soi. Dans les films, les séries, les romans, la famille made-in US semble un lieu d’en­ga­ge­ment et de résis­tance à toute épreuve. Ici, au contraire chaque indi­vi­dua­lité est carac­té­ri­sée par une desti­née propre et leur seul point commun lors de ce roman c’est ce chien, qu’elle le rejette ou l’aime. Un point de vue et un humour très parti­cu­lier qui fait du bien en contre point des images trop lisses que nous renvoie « la culture » améri­caine : John Fante est issu de l’immigration italienne, et a connu la misère, ceci explique cela. Je ne voudrais pas donner une fausse image de ce livre qui est surtout très drôle même si on sent une grande tris­tesse sous cette façon de rire de tout et surtout de lui.

Citations

Beaucoup de pères pourraient écrire cela

Jimmy avait cinq mois, et je l’ai détesté comme jamais parce qu’il avait des coliques et braillait encore plus que Tina. Les hurle­ments d’un enfant ! Faites-moi avaler du verre pilé, arra­chez-moi les ongles, mais ne me soumet­tez pas aux cris d’un nouveau-né, car ils se vrillent au plus profond de mon nombril et me ramènent dans les affres du commen­ce­ment de mon existence.

Un père reste une fille s’en va

Pendant qu’Har­riet sanglo­tait dans le patio, je suis allé dans mon bureau écrire à Tina une lettre que je ne poste­rai jamais, je le savais, quatre ou cinq pages éplo­rées d’un gamin qui avait laissé tomber son cornet de glace par mégarde. Mais je lui disais tout, ma culpa­bi­lité, mon terrible désir de pardon. Quand je l’ai relu, la force et la sincé­rité de ma prose m’ont boule­versé. Je l’ai trouvé par endroits très belle, j’ai même envi­sagé d’en tirer un bref roman, mais je n’avais pas mon pareil pour tomber en extase devant ma prose, je n’ai pas eu trop de mal à déchi­rer ce que j’avais écrit et à le mettre à la poubelle.

Édition du seuil

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Un roman déjanté comme je les aime … presque. Cuné chez qui je l’avais noté a moins de réserves que moi. Il y a, en effet, un aspect que j’ai toujours du mal à accep­ter : la déri­sion des meurtres et ici d’un tueur en série. C’est ce qui lui a fait rater une étoile sur Luocine , mais que les amateurs de cet esprit de déri­sion se préci­pitent car dans le genre c’est très bien raconté. C’est drôle et c’est une très bonne satyre des compor­te­ments des humains d’aujourd’hui. La famille belge qui arrive dans un camping avec la radio à fond qui dérange tout le monde avec la plus grande désin­vol­ture est à mourir de rire. Le person­nage prin­ci­pal à qui nous devons cette histoire est un gigolo Dino Scala, il vit au crochet de Lucienne une femme de vingt ans son aînée immen­sé­ment riche. Seule­ment, malheu­reu­se­ment pour lui, il y a aussi la belle mère Macha qui n’aime pas du tout Dino. Celui-ci doit fuir le Luxem­bourg para­dis des million­naires et de Dino et Lucienne après avoir été quelque peu violent avec un banquier. La descrip­tion du Luxem­bourg fait partie des morceaux de bravoure de ce roman. Il arrive dans un camping de la côte d’Azur et rencontre un écri­vain qui pour des raisons person­nelles veut connaître le peuple d’en bas. Charles Desservy et Dino font un couple impro­bable lié par un secret qui les conduira très loin et au passage vous fera beau­coup sourire avec ce qui pour moi est une limite que l’on peut pour rendre la vie encore plus agréable se sépa­rer en les assas­si­nant des empê­cheurs de tour­ner en rond.

Citations

Les vieux

Les vieux sont sympa­thique , en géné­ral . Même ceux qui , plus jeunes, étaient des crevures. On ne peut d’ailleurs jamais savoir comment ils étaient, avant , car ils finissent tous en mode « friendly » . Étant donné qu’il n’y a pas neuf humains dur dix de bien­veillants, on peut en déduire que nos chers aînés s’as­sa­gissent avec l’âge. D’une certaine façon ce sont des faus­saires, des fourbes, à l’image de tous ces digni­taires qui ont terminé leur vie en Argen­tine et qui s’ap­pe­laient Muller. Après avoir bien pourri leur monde, ils se détendent. La raison en est simple : ils se retrouvent en posi­tion de faiblesse. Fini l’au­to­rité, fini les déci­sions et fini le permis de conduire, tiens, plus rien, tu demandes à ta fille pour aller pisser et t’es bien content qu’on te sorte à Noël. La peau comme du carton mouillé, le ventre gonflé, les pommettes tout en bas, les cheveux violets des femmes et le pue-de-la-bouche des hommes. Un naufrage.
La seule arme qui leur reste pour se défendre, c’est la gentillesse. Ils deviennent adorables pour qu’on les préserve et qu’on ne les pique pas.

Humour

J’étais présen­te­ment assis dans une berline de luxe, atten­dant que la porte du garage achève de se lever, dans le silence capi­ta­liste de Kirch­berg, ce quar­tier si paisible de Luxem­bourg. Ici, les Porsche et autres Mase­rati vieillis­saient comme leurs proprié­taires, jamais à plus de 70 km à l’heure.

Le Luxembourg

J’ai pris les courses dans le coffre et je les ai mises dans le monte-charge. Parce que ici, on ne monte pas ses courses. Ce sont les gens qui montent leurs courses et au Luxem­bourg, On n’est pas des gens, on est des Luxembourgeois.

Portraits

J’ima­gi­nais très bien quel genre de fille cela pouvait être. De bonnes inten­tions et de l’al­truisme. Elles trouvent que l’Inde est un pays extra et le Pérou l’ave­nir de l’hu­ma­nité. Plus tard, elle roule­ront dans une voiture hybride à quarante mille euros et elles dormi­ront dans des draps de chanvre. Elles mangent des graines et boivent du jus de pomme arti­sa­nal diar­rhéique , font des Nouvel An tofu-tisane et partent à l’autre bout du monde pour ensei­gner l’an­glais a des animaux malades.

Des regrets de n’avoir pas fait d’études

Et pour­quoi je n’ai pas fait des études, tiens ? Pour deve­nir, je ne sais pas moi, méde­cin ? Tout le monde peut le faire, méde­cin, c’est qu’un boucher avec beau­coup de mémoire, un médecin.

Le Luxembourg

Le site le plus visité du Luxem­bourg ce n’est ni le Palais-Royal, ni le Musée d’Art Contem­po­rain, ni rien de ce à quoi on pour­rait s’at­tendre. Le site le plus visité du Luxem­bourg est l’aire d’au­to­route de Berchem. On y trouve ce que ce pays a de mieux à offrir aux fron­ta­liers et aux Euro­péens de passage, de l’es­sence et des clopes moins cher qu’ailleurs. Cette station service Shell, déme­su­rée par sa taille et par le nombre de cartouches de ciga­rettes vendues, qui compte un McDo­nald’s et un café Star­bucks, contient en elle-même toute la quin­tes­sence du Luxem­bourg. Elle est la parfaite méta­phore du Grand-Duché, un pays où on ne fait que passer et où l’on ne vient que pour l’argent. Une banque, quoi, avec le petit plus d’une déco­ra­tion sympa, la famille royale.

La différence de classe

Charles et moi avons genti­ment entre­pris de prépa­rer notre soirée, sur sa terrasse à lui. Dans l’ef­fet, je me suis retrouvé avec le couteau à huître dans les mains et Charles avec une coupe de cham­pagne. Le colon et son bougnoule. Avec lui les bulles, moi les doigts massa­crer. Les huîtres, allez, au boulot.

La famille belge tatouée

La famille avait un point commun : les tatouages. Ils évoluaient en portant sur eux les auto­col­lants de frigo de leurs convic­tions, des messages si obscurs qu’ils devaient certai­ne­ment passer des heures à expli­quer le sens des c’est Post-it qu’ils se trim­ba­laient. Genre leur prénom traduit en dialecte inca. Et comment on dit Kevin en Maya, hein ? Et Cindy, en aztèque ? J’ima­gi­nais qu’ils devaient aussi avoir des slogans quelque part, sur un quel­conque tibia, sur un bout de fesse. Un cri de rallie­ment de la contre-culture d’il y a trente ans. D’où j’étais, je pouvais recon­naître sur l’épaule de la mère, une mésange. Enfin ce qui avait dû être une mésange, à l’époque, ressem­blait main­te­nant davan­tage à un chapon.