Édition Albin Michel

Le destin de femmes, en parti­cu­lier les quatre femmes de la famille Mali­vieri, Agnès la mère, Sabine l’aî­née, Hélène la seconde et Mariette la cadette est décrit avec préci­sion par Véro­nique Olmi, ce récit est inscrit dans le temps : de 1970 à 1981.

C’est un gros roman de cinq cents pages, l’au­teure souhaite donner la même impor­tance à chacune de ces femmes. C’est donc l’émer­gence de la condi­tion fémi­nine qui va être le prin­ci­pal moteur de cette histoire.

Nous sommes au début, dans la famille Mali­viéri, un couple uni dans la foi catho­lique et qui est presque dans la misère, car le père, Bruno doit payer pour la faillite finan­cière de l’affaire de son père. À cause de ce manque d’argent, la famille doit accep­ter un chèque mensuel de la famille Tavel, le beau-frère d’Agnès, sa sœur a fait un très beau mariage avec un très riche indus­triel. La seule contre partie à ce chèque mensuel, c’est de lais­ser Hélène venir passer toutes ses vacances dans la famille Tavel. C’est humi­liant et compli­qué à vivre pour la petite fille, car elle aime les deux familles et ne se sent chez elle nulle part. Ses deux pères sont des figures bien­veillantes qui vont l’ai­der à se construire une person­na­lité toujours un peu ambivalente.

Commen­çons donc par la mère Agnès, dernière née d’une famille nombreuse, elle n’a pas été soute­nue dans son désir d’études et s’est préci­pi­tée dans son mariage avec le gentil Bruno, pensant trou­ver là le moyen de se réali­ser. Le début de leur union sera marqué par la perte d’un enfant à la nais­sance, mais la foi chré­tienne et la vie de famille avec trois filles suffi­ront au bonheur d’Agnès. Et puis les filles parti­ront vivre leur vie et le silence qui s’ins­talle dans leur petit appar­te­ment devient pesant. Elle décide alors de deve­nir factrice et c’est encore un moment de bonheur dans le monde du travail qui s’ins­talle pour elle . Hélas ! une dernière gros­sesse dési­rée par le couple se soldera par un drame (je ne peux pas sans trop en dire sans divul­gâ­cher la fin).

Ensuite vient Sabine, l’aî­née des filles qui a une volonté de fer et une éner­gie peu commune. Elle n’a qu’une envie vivre à Paris et quit­ter l’at­mo­sphère étri­quée de la province. Elle se lancera dans une carrière d’ac­trice et nous permet de décou­vrir la galère des débuts dans le monde du spec­tacle et toutes les luttes qui ont marqué cette époque. Elle a des amours compli­qués et un enga­ge­ment poli­tique à gauche qui lui permet­tra de fêter avec un grand bonheur la victoire de Mitter­rand sur Giscard .

Vient ensuite Hélène, la seule qui soit à l’abri des soucis finan­ciers grâce à l’af­fec­tion de son oncle David Tavel. Elle épou­sera la cause animale et se lance dans la lutte pour la survie de toutes les espèces. Ses amours ne sont pas très simples et cela nous permet de décou­vrir le monde de Neuilly vu du côté des jeunes très favorisés.
Il reste donc Mariette qui a vécu long­temps seule avec ses parents et qui en veut à ses sœurs de ne pas se soucier plus des diffi­cul­tés de Bruno et Agnes , elle se décou­vrira une passion pour la musique et un amour pour Joël qui l’aide à comprendre ses parents.
J’ai oublié une autre femme : Laurence une femme aisée et libre qui vit dans une belle bastide et qui sera un point d’ap­puie impor­tant pour Agnès et Mariette.

Bien sûr il y a des hommes mais ils ne sont là que pour accom­pa­gner le chemi­ne­ment de ces femmes. Même Bruno, le gentil Bruno, qui jamais ne s’im­pose auprès de sa femme ni de ses filles.

C’est un roman qui se lit très faci­le­ment et où on retrouve des aspects de la société que l’on a connus. Je trouve très bien raconté, l’ar­ri­vée de la sexua­lité dans la vie des jeunes filles. La peur et l’at­ti­rance à la fois. Comme je viens d’un milieu laïc, je suis étran­gère à l’en­ga­ge­ment reli­gieux des parents, mais laïcs ou catho­liques se retrouvent dans la condam­na­tion d’une sexua­lité fémi­nine libé­rée. J’ai été un peu lassée par la répé­ti­tion des modèles fémi­nins. Si elles sont diffé­rentes, ces quatre femmes, elles donnent toutes l’im­pres­sion de sortir d’un cocon et d’ou­vrir peu à peu leurs ailes pour affron­ter le monde. Je n’ai pas réussi à croire complè­te­ment aux person­nages, et je regrette qu’au­cun homme ne prenne une vraie consis­tante. J’imagine cepen­dant assez bien l’adaptation de ce roman en une mini série télévisée .

Citations

Bien observé

Autour du cou une étiquette à son nom Hélène Mali­vieri , mais elle n’avait plus, comme lors­qu’elle était plus jeune, à tenir la main d’ho­tesse de l’air qui ressem­blaient toutes à Fran­çoise Dorléac et s’avan­çaient au-devant de son père avec un air affran­chi et une sensua­lité piquante.

Le manque d’argent

Le manque d’argent rendait les liens fragiles, comme si tout pouvait dispa­raître d’un jour à l’autre, et les parents à force de se priver et de faire atten­tion ressem­blaient à deux enfants au bord de la route sans jamais arri­ver à traverser.

Le mariage

Les liens du mariage sont sacrés, avait-il expli­qué à ses filles, ils ne peuvent jamais être rompus, le mariage est indis­so­luble, comme le métal dans l’eau, c’est in-dis-so-lu-ble, ça ne cesse jamais d’exis­ter même après un divorce puisqu’un mariage ne peut pas être annulé, donc le divorce c’est tout simple­ment impos­sible. Cela les avait soula­gées d’ap­prendre que jamais leurs parents ne divor­ce­raient, que ce malheur-là ne pour­rait pas avoir lieu, mais il y avait avant cet indis­so­lu­bi­lité une éner­gie puis­sante qui donnait au mariage la force d’une condamnation.

Les castings

Un direc­teur de casting lui dit qu’il avait quelque chose pour elle, elle pouvait faire un stage et deve­nir casca­deuse, on manquait de casca­deuse. Un autre lui demanda de rire. Elle rit. De pleu­rer. Elle pleura. Il frappa dans ses mains, Ris ! Pleure ! Rit ! Pleure !Et quand elle eut fini, il lui dit qu’elle était très ordinaire.

Portrait d’un mari et (père) effacé

Il ne compre­nait pas qu’A­gnès soit partie en cachette, comme si elle avait été captive, mais peut-être avait-elle besoin de cela aussi, ce senti­ment d’éva­sion, il ne savait pas, il savait peu de chose, à la vérité, il avait la sensa­tion d’être un peu à la traîne et de ne rien voir venir, il demeu­rait cet homme décalé et qu’on aimait pour­tant, il ne savait pas vrai­ment pour­quoi. La mort de la petite fille, Agnès refu­sait d’en parler et cette mort l’ob­sé­dait comme une faute inex­cu­sable, la douleur était physique. Il n’osait dire que l’en­fant lui manquait et qu’il lavait aimée, lui aussi, même s’il ne l’avait pas portée. La gros­sesse, cet état qu’il ne vivrait jamais, était sa défaillance, il était spec­ta­teur d’un mystère puis­sant et mena­çant. Il avait l’im­pres­sion d’avoir toujours vécu avec Agnès et il pensait rare­ment à sa vie d’avant, son enfance au fil du temps était devenu une zone un peu floue, appar­te­nant à un petit garçon aux cheveux rasés et au sourire rêveur, ainsi que les photos le repré­sen­tait au milieu de garçons en short et de filles aux nattes brunes, ses frères et soeurs. C’était loin, des années sans tendresse dont il aurait préféré se passer. Agnès n’était pas la deuxième partie de sa vie, elle était toute sa vie, une vie prise à présent entre deux enfants perdus, l’ef­froyable chagrin sans souvenir.

Création de la ligue de protection des oiseaux

C’était juste avant la Grande Guerre. En 1912. Des safa­ris était orga­ni­sée sur les côtes bretonnes par les chemins de fer de l’Ouest, et chaque dimanche des chas­seurs débar­quaient pour tirer sur les maca­reux moines venus nicher en France. Le soir ils repar­taient et lais­saient derrière des oiseaux plom­bés, des pous­sins affa­més et des oeufs explo­sés. Un homme, le lieu­te­nant Hémery, a décidé de stop­per ce massacre. Il a créé la Ligue pour la Protec­tion des Oiseaux, et la chasse dans les sept îles au large de Perros-Guirec est devenu illégale.

Le symbole de Luocine : le fou de bassan

Depuis 1930, l« île parce qu’elle est proté­gée attire les fous de Bassan. Ces milliers de points blancs, ce sont eux, en colo­nie, sur l’île de Rouzic, que l’on surnomme l’île aux oiseaux. Ils l’ont choi­sie pour sa sécu­rité mais aussi pour les bonnes condi­tions de vent du vent, de dépla­ce­ment et de nour­ri­ture tout autour.

Édition Folio . Traduit de l’an­glais par Anouk Neuhoff

C’est la dernière fois que je lis cette auteure . Cette lecture a été un véri­table pensum, comme souvent dans ces cas là, j’ai parcouru les pages quand je m’en­nuyais trop avec Clare qui cherche à rencon­trer l’homme de sa vie. Elle fait une pause dans son couple avec Jona­than qui a le défaut d’être trop préve­nant, et va à la rencontre de Joshua . Tout cela sous le regard d’une vieille femme très origi­nale qui est le seul person­nage qui parfois m’a sortie de mon ennuie. C’est peut-être une mauvais pioche mais déjà je n’avais pas été conquise par « Les Filles de Hallows Farm », mais au moins je pouvais m’in­té­res­ser au récit de la guerre et là ? Des consi­dé­ra­tions sur les diffi­cul­tés de trou­ver l’homme idéal, comme si cela exis­tait, je vais me dépê­cher d’ou­blier ce titre et cette auteure.

Citations

Le début humour si british

Mon premier mari, Richard Storm, fut enterré par une torride jour­née d’août dans les faubourgs de Londres. Après les obsèques, une douzaine d’entre nous, rela­tion et amis, repar­tir dans un cortège de grosses voitures noires dont les sièges avez été conçus pour obli­ger les passa­gers à se tenir droit en gage de respect. Le trajet se déroula dans cette posi­tion incon­for­table, personne ne souf­flant mot.

La fin d’un amour

Mais au début il était gentil et pas trop exigeant. Je crois vrai­ment que je l’ai­mais quand je l’ai épousé. Mais ce que je ne comprends pas, c’est comment, un jour, on peut aimer quel­qu’un en toute quié­tude, et puis, le lende­main, comment des détails qui ne vous déran­geaient pas du tout jusque-là vous rendent carré­ment dingue. Je me suis mise à détes­ter des choses auxquelles il ne pouvait rien. La forme de sa nuque, sa respi­ra­tion sifflante le matin à cause de son asthme. Quand j’ai fini par décla­rer qu’il fallait qu’un de nous deux s’en aille, il a aban­donné la partie sans se battre une seule seconde. J’au­rais pu le tuer tant il était raisonnable.

Édition La table ronde . Traduit de l’An­glais par Chris­tiane Arman­det et Anne Bruneau

C’est sans doute pendant le mois anglais que j’ai vu le nom de cette auteure, je sais que Keisha et Katel l’ap­pré­cient. Si vous ne connais­sez pas ce roman, je vous remets le sujet en tête : trois femmes britan­niques très diffé­rentes sont volon­taires pendant la deuxième guerre mondiale pour travailler dans une ferme. En effet, la mobi­li­sa­tion de jeunes hommes anglais privent l’agri­cul­ture de bras précieux. Elles sont très diffé­rentes et pour­tant toutes les trois auront une aven­ture sexuelle avec le fils du fermier : Joe, réformé pour asthme. Prue, la jeune coif­feuse se lance immé­dia­te­ment dans la séduc­tion de Joe pour­tant fiancé offi­ciel­le­ment à Janet qui travaille dans une ville éloi­gnée . Ag ne va utili­ser les services de Joe que pour se débar­ras­ser de sa virgi­nité qui l’en­combre, avant de pouvoir se lancer dans l’aven­ture amou­reuse avec son collègue profes­seur à Cambridge Eliel. Stella est passion­né­ment amou­reuse d’un bel offi­cier de la marine britan­nique Philip qu’elle n’a rencon­tré que trois fois. Lorsque son rêve rencon­trera la réalité elle sera déçue et vers qui ses regards se tour­ne­ront ? et oui Joe, et ils fini­ront par s’aimer.

J’avoue ne pas avoir été enthou­siaste par ce roman qui se centre trop les amours des uns et des autres, mais il est sauvé par la toile de fond : la guerre 3945 sur le sol anglais.

Citations

Genre de remarques qui me fait aimer les romans anglais

Des années aupa­ra­vant, sans s’ex­traire de sa somno­lence, elle lui aurait récla­mer un baiser. Il se serait exécuté et en aurait été remer­cié d’un sourire en sommeiller. À propre­ment parler, et tu dis tu n’avais pas souri depuis des années. Pas de bonheur. La seule chose qui faisait briller ses yeux, c’était le triomphe. Triom­pher de ses voisins, ses clients. Triom­pher de n’im­porte qui, et de Ratty lui-même. Il se deman­dait ce qui avait si vite trans­for­mer une jeune fille insou­ciante en une vieille femme revêche. Rien que Ratty pût clai­re­ment iden­ti­fié, il faisait ce qu’il pouvait pour la satis­faire. Mais il avait appris que le mariage était une drôle d’af­faire. À l’époque ‑jeune homme tout fou- il ne savait pas dans quoi il se lancer. Et il n’avait jamais envi­sagé d’aban­don­ner sa stérile embar­ca­tion. Il avait fait des promesses au Seigneur et il ne Les romprait pas.

Deux conceptions de l’amour

Je suis si déses­pé­ré­ment roman­tique que la seule idée de l’amour me suffit presque, bien que je sache, au fond de mon cœur, que l’es­sen­tiel n’est que chimère et que je serai déçue. Je le suis presque toujours. Et cette fois avec Philippe, je crois que c’est différent. 
-Je croi­se­rai les doigts, dit Prue. Moi je ne marche pas dans tout ces romans fleur bleue. Surtout pas quand il y a une guerre, pas de temps à perdre,. Se désha­biller aussi vite que possible, voilà ma devise, avant que ces pauvres diables ne soient tués. Un peu de plai­sir rapide, puis au suivant. À la fin de la guerre, quand nous serons tous un peu plus vieux et plus sage, il sera temps de cher­cher un mari. C’est là qu’un million­naire sans méfiance sera le bien­venu. En atten­dant, je prends mon plai­sir là où je le trouve.

Édition Le Livre de Poche

Une auteure et un livre que vous êtes nombreuses (sans oublier Jérôme ) à aimer. Je l’ai lu rapi­de­ment l’été dernier sans faire de billet. Il m’avait rendu si triste ce roman, juste­ment pour son aspect circu­laire. Dans ce cercle où tout se repro­duit à l’iden­tique, je me sens malheu­reuse et je crois que la vie peut être plus belle que cela. Marion Brunet à mis en exergue de son roman cette cita­tion de Maupas­sant que j’aime tant :

« La vie voyez vous , ça n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit ».
Mais ici, il n’y a rien de bon que du sordide.
Le roman commence par une scène qui sera reprise à la fin, la famille va ensemble a une fête foraine mais le soir Céline, la fille aînée de Manuel, un maçon d’ori­gine espa­gnole et de Séve­rine, fille d’un paysan de la région annonce sa gros­sesse à ses parents. Elle n’a que 16 ans et refuse de dire qui est le père de cet enfant. C’est vrai­ment dommage car, pour son père, cela ne peut être que Saïd l’Arabe avec qui il revend des objets que celui-ci vole dans les villas qu’il restaure, l’Arabe va le payer très cher. Je sais vous n’ai­mez pas qu’on divul­gâche le suspens des romans, surtout qu’ici on annonce un roman poli­cier. Tout est telle­ment prévi­sible dans cet enfer de gens qui ont tout raté dans leur vie et qui ne trouvent de l’éner­gie que dans la bière ou les ciga­rettes . Pour moi ce n’est pas le côté poli­cier qui fait l’in­té­rêt du roman mais dans la descrip­tion d’un milieu social qui n’a aucun sens des valeurs. J’ai du mal à imagi­ner que de telles personnes existent mais pour le temps du roman, il faut l’ac­cep­ter. Personne ne sort indemne de cette pein­ture sociale pas plus le grand père paysan qui emploie des clan­des­tins et les dénonce à la gendar­me­rie pour ne pas les payer, que les parents de Céline et de Johanna qui ne cherchent pas à comprendre leurs filles adoles­centes, même Saïd trempe dans des affaires de recels, l’ins­ti­tu­trice gentillette est ridi­cule et la police complè­te­ment nulle. L’ab­sence de leur enquête montre bien qu’il ne s’agit pas d’un roman poli­cier. La seule qui donne un peu d’es­poir c’est Johanna qui aime le théâtre et les livres.
C’est un roman sur l’ado­les­cence dans un milieu frustre et aigri dont les seuls déri­va­tifs sont l’al­cool et les ciga­rettes. Il se lit faci­le­ment car il est bien enlevé et rempli de remarques très justes sur un monde qui va mal, mais pour moi tout est trop prévisible.

Citations

Le début du roman

Chez eux , se souvient Johanna, ou une main au cul c’était un truc sympa, une façon d’ap­pré­cier la chose, de dire « t’as de l’ave­nir » – à mi-chemin entre une caresse et une tape sur la croupe d’une jument. Les filles avaient des atouts, comme au tarot, et on aurait pu croire que si elles jouaient les bonnes cartes au moment adéquat, il y avait moyen de gagner la partie.

Conséquences de l’alcool au volant.

David et son cousin Jérémy s’étaient plan­tés un soir, au carre­four entre l’en­trée d’au­to­route vers Marseille et la bretelle pour Cavaillon. La bagnole avait heurté le para­pet, finit sa course sur une berges du Rhône. Les pompiers avaient mis des heures pour les sortir de là. David après six mois de coma, s’était réveillé légume (.…)
Les premières années, Jérémy allait le voir régu­liè­re­ment. Il avait eu plus de chance, des frac­tures, mais il s’en était remis(.…) Ses vannes tombaient toujours mal au pied du cousin, pied tordu vers l’in­té­rieur et chaussé de baskets neuves qui le reste­raient Il avait cessé de venir, à cause de sa tante, qui ne suppor­tait plus de le voir. Ce regard lourd de reproches et de détresse ça le rendait fou – c’était lui qui condui­sait, ivre mort.

Genre de dialogues qui me rendent triste.

- Comment va Séverine ?
- Bien. 
-Elle fait un métier diffi­cile. Tous ces mômes c’est bien ce qu’elle fait.
- Elle est canti­nières, papa. Elle leur sert à bouf­fer, c’est tout. 
-Nour­rir des gosses, pour toi c’est rien ?
- Papa…

Édition NRF Galli­mard. Traduit de l’an­glais par Élodie Leplat

J’avais lu des réserves sur ce roman, réserves que je partage, pour­tant son premier roman : » Le Chagrin des Vivants » m’avait beau­coup plu, j’étais moins enthou­siaste pour « La salle de Bal » et encore moins pour celui-ci. On suit le destin de trois amies : Hannah qui cherche à avoir un bébé à tout prix, Clare qui se remet diffi­ci­le­ment de la nais­sance de son fils et Mélissa (Lissa) qui veut réus­sir sa vie d’ac­trice. Ces trois femmes sont les filles de la géné­ra­tion qui pense avoir libéré la femme des carcans qui avaient telle­ment pesé sur elles. Libé­rées ? je ne sais pas si elles le sont mais en tout cas heureuses elles ne le sont pas telle­ment. Lissa, malgré un succès dans une pièce de Tche­khov, finira par renon­cer à sa carrière . Hannah détruira son couple à force de FIV et de trai­te­ment hormo­naux, et Clare ne sais plus si elle est homo­sexuelle ou amou­reuse encore d’un mari qui fait tout pour l’ai­der à élever leur fils. L’au­teure promène son lecto­rat dans l’en­fance et la jeunesse de ces trois femmes et je lui recon­nais un soucis d’honnête très poussé au détri­ment des effets roma­nesques trop faciles. Je pense qu’elle cerne bien les person­na­li­tés des jeunes femmes à l’heure actuelle , mais c’est loin d’être passion­nant. Tout tourne autour de la trans­mis­sion mère/​fille et du désir d’en­fant. ( je me suis demandé si l’au­teure n’étais pas confron­tée à un bébé un peu fati­gant quand elle a écrit ce roman). Les diffi­cul­tés de notre société, et la vie des couples d’au­jourd’­hui sont très bien rendues, et beau­coup d’entre nous recon­naî­trons leur mère, leur fille, leurs amies. Il n’empêche que cette lecture m’a quelque peu ennuyée et je sais que j’ou­blie­rai assez vite ces person­na­li­tés sans grand inté­rêt. Je crois que c’est parti­cu­liè­re­ment compli­qué de rendre compte de la vie « ordi­naire » ! ( pas si ordi­naire que cela puisque deux d’entre elles sont diplô­mées d’Oxford !)

Citations

L’université

C’est là, d’après Lissa, l’en­sei­gne­ment prin­ci­pal de l’Uni­ver­sité, comment racon­ter des conne­ries avec convic­tion. Plus la fac est répu­tée, meilleures sont les conneries.

Droite et gauche en Grande Bretagne

Compa­rés à ses propres parents, la mère et le père de Cate paraissent jeunes. 
Chez Cate on vote à gauche. Chez Hannah on vote à droite.
Chez Cate il y a Zola et Updike. Chez Hannah il y a les Reader Digest et l’En­cy­clo­pae­dia Britannica. 
Le père de Cate fait un métier en rapport avec l’in­gé­nie­rie. Le père d’Han­nah est gardien à l’hô­pi­tal Christie.
Chez Cate il y a de l’huile d’olive. Chez Hannah il y a de la vinai­grette toute prête.

Édition JCLat­tès . Traduit de l’an­glais par Johan Frede­rik Guedj.

J’ai reçu en cadeau cet essai de Tara Westo­ver et je l’ai lu avec beau­coup d’émo­tion et d’in­té­rêt. Cette jeune femme diplô­mée de l’université de Cambridge et de Harvard a commencé sa vie dans des condi­tions très parti­cu­lières. Venant d’un milieu mormon, elle a grandi dans l’Idaho près du mont Buck’s Peak.

Cette montagne aura une grande impor­tance dans la construc­tion de sa person­na­lité, son père lui a raconté toutes les légendes qui peuplent ces lieux et elle repré­sen­tera tout son univers pendant seize ans de sa vie. L’en­fance qu’elle raconte dans ce livre est terrible car non seule­ment les mormons ont tendance à vivre entre eux en respec­tant des règles strictes mais en plus son père était « le plus mormon des mormons » et surtout c’est un malade mental qui est la proie de crises para­noïaques. Il faudra à Tara, seize longues années pour se défaire des liens qui l’at­ta­chaient à cette famille morti­fère. Son frère aîné est d’une violence et d’une perver­sité incon­trô­lable, elle sera battue, humi­liée et en grand danger de mort sans que ses parents n’in­ter­viennent. Il faudra une dernière crise de ce frère pour qu’en­fin elle aban­donne ses réac­tions de petite dernière de la fratrie des Westo­ver pour aller vers des études qui lui permet­tront de trou­ver la femme remar­quable qu’elle est vraiment.

Sa descrip­tion de son enfance est émou­vante, si elle n’est pas allée à l’école, elle a croisé des adultes qui savaient lui dire que ce n’était pas normal et cela a dû avoir une certaine impor­tance dans la rupture avec ses parents qu’elle devra assu­mer. Elle tient beau­coup à ce titre « Éduca­tion » , car oui elle a été éduquée et en parti­cu­lier à trou­ver des forces en elle-même, savoir admi­rer la beauté de la nature mais à part cela c’est vrai­ment diffi­cile de voir les valeurs que son père lui a données. On sent très bien que la reli­gion n’est qu’un prétexte pour ce père afin de soumettre toute sa famille à des lois et des règles très dures. Les seuls qui se sont sortis de cette domi­na­tion sont ceux qui n’ont pas accepté de faire partie du clan et qui tous grâce aux études ont pu assu­mer leur vie. Les autres vivent encore sous cette domi­na­tion et le succès du livre de Tara n’a pas dû arran­ger la para­noïa de son père. Elle est défi­ni­ti­ve­ment passée du côté du gouver­ne­ment, celui qui impose le lavage de cerveau par l’école, qui ruine la santé par les vaccins et les soins à l’hô­pi­tal, qui ne croit pas à la fin du monde et donc n’en­cou­rage pas les construc­tions de souter­rains pour survivre : bref, le monde de terreur dominé par le patriarche et assiégé par les forces du mal dont sa fille fait main­te­nant partie.

Le soucis de vérité de Tara Westo­ver et son honnê­teté sont très émou­vants elle cherche à éviter la culpa­bi­lité que sa mère sa sœur et ses frères veulent lui incul­quer. On sent tout le travail théra­peu­tique qu’elle a dû faire pour oser écrire ses souve­nirs sans bles­ser personne et pouvoir retrou­ver sa famille sur des valeurs d’amour qui ne soient pas fondées sur la mani­pu­la­tion des uns par les autres.

Citations

Le début

Je n’ai que sept ans, mais je comprends que c’est surtout ça qui rend ma famille diffé­rentes : nous n’al­lons pas à l’école.
Papa redoute que le gouver­ne­ment ne nous force à y aller, et cela est impos­sible, parce que les auto­ri­tés ignorent que nous exis­tons. Quatre des sept enfants de mes parents n’ont pas d’acte de nais­sance. Nous n’avons pas de dossiers médi­caux, parce que nous sommes nés à la maison et n’avons jamais vu un méde­cin ou une infir­mière. Nous n’avons pas de dossier scolaire parce que nous n’avons jamais mis les pieds dans une salle de classe.

La propreté

« N’ap­prends-tu pas à tes enfants à se laver les mains après être allés aux toilettes ? »
Papa a pas mis le moteur en route. Le pick-up avan­çait lente­ment, il a fait un signe de la main. 
« Je leur apprends à ne pas se pisser sur les mains. »

La religion de ses parents

J’avais toujours su que mon père croyait en un Dieu diffé­rent. Enfant, j’avais conscience que si ma famille fréquen­tait la même église que tout le monde dans notre ville, notre reli­gion n’était pas pareil. Les autres croyaient en la décence ; nous, nous la prati­quions . Ils croyaient au pouvoir de guéri­son de Dieu ; nous remet­tions nos bles­sures entre Ses mains. Ils croyaient en la prépa­ra­tion de la Résur­rec­tion, nous nous y prépa­rions véri­ta­ble­ment. Aussi loin que je me souvienne, j’étais convaincu que les membres de ma famille étaient les seuls vrais mormons que j’ai jamais connus.

Le final

Main­te­nant que j’y pensais, je me rendais compte que tous mes frères et soeurs excep­tés Richard et Tyler, étaient écono­mi­que­ment dépen­dants de mes parents. Ma famille se scin­dait en deux ‑les trois qui avaient quitté la montagne, et les quatre qui étaient restés. Les trois titu­laires de docto­rat, et les quatre sans diplômes. Un fossé était apparu, et se creusait.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Édition Phébus , traduit de l’an­glais par Jean buhler

Ce roman s’est retrouvé dans les propo­si­tions du club de lecture dans le thème : « écri­vains améri­cains ayant habité en France ». J’ai appris ainsi que Louis Brom­field a séjourné des dizaines d’an­nées en France puis, il est retourné dans son Ohio natal pour y fonder une ferme écolo­gique qui se visite toujours. Ce roman, je l’ai lu et relu dans ma jeunesse, j’ado­rais les passages où Mrs Parking­ton règle ses comptes avec les médiocres qui n’avaient pour eux que la richesse due à leur nais­sance. J’ai éprouvé un plai­sir très régres­sif à le lire de nouveau. L’in­trigue est bien menée : une riche héri­tière d’un mari peu scru­pu­leux qui a amassé une fortune consi­dé­rable voit s’ef­fon­drer un monde basé sur l’ap­par­te­nance à une classe sociale et qui se croit à l’abri des lois et du commun des mortels. Elle fera tout ce qu’elle peut pour sauver son arrière petite fille des retom­bées qui vont écla­bous­ser son père qui a épousé la petite fille de Susie Parking­ton. L’au­teur fait de constants retours en arrière qui nous permettent de revivre la vie de cette femme et expliquent pour­quoi leurs enfants et petits enfants ont tant de mal à se sentir bien dans leur peau. Trop beaux pour ses fils, pas assez belle pour sa fille, mais dans tous les cas beau­coup, beau­coup trop riches, ils n’au­ront pas su être heureux. En reli­sant ce roman, j’ai pensé qu’au­jourd’­hui les requins de la finance n’ont guère été punis pour leurs actions qui ont ruiné tant de gens dans le monde. Il y a bien des aspects de ce roman auxquels je suis moins sensibles aujourd’­hui et que je trouve même agaçants. La place de la femme, qui doit être belle, coura­geuse, soute­nant son mari en toute occa­sion, et en même temps heureuse, on est loin des combats fémi­nistes ! L’idée que l’hé­ré­dité explique les diffi­cul­tés des descen­dants : les « Blairs » étaient des origi­naux les enfants seront marqués un peu bizarres. En revanche, j’avais oublié à quel point ce roman était une critique du capi­ta­lisme améri­cain et soute­nait la poli­tique de Roose­velt, le roman raconte la fin d’un monde fondé sur un capi­ta­lisme préda­teur et l’ar­ri­vée d’un société plus humaine et plus honnête. L’au­teur critique beau­coup les Améri­cains qui croient que la nais­sance leur permettent d’ap­par­te­nir à un monde au-dessus des lois, ce que je trouve un peu étrange car pour moi l’image de l’Amé­ri­cain est plutôt repré­senté par le « self made man ». Et fina­le­ment, je l’avoue, avoir de nouveau éprouvé de la sympa­thie pour cette femme extra­or­di­naire même si je ne crois pas du tout que ce genre de person­na­lité avec toutes ces quali­tés puisse exister.

Plus qu’un juge­ment objec­tif sur ce roman, les cinq coquillages viennent illus­trer tous les bons souve­nirs que cette lecture m’a rappelés.

Citations

Sa jeunesse admirons au passage la nature féminine.…

Susie ne manquait jamais de voir le soleil se lever, car sa mère et elle étaient toujours debout avant l’aube afin de prépa­rer les provi­sions des hommes qui allaient travailler dans les mines. Il fallait embal­ler des sand­wichs et verser le café dans des bouteilles. Active et précise dans ses gestes, la mère de Susie était jolie, avec ses petits yeux bleus et ses joues à se joue à fossettes. C’était une de ces femmes qui ont besoin de travailler sans relâche, de par leur nature même. Elle n’au­rait pu se priver de four­nir de grand effort physique. Susie connais­sait aussi ce besoin dévo­rant d’ac­ti­vité, cette inquié­tude qui ne l’eût jamais laissé en repos si son éner­gie n’avait été heureu­se­ment tempé­rée par une forte propen­sion à la rêve­rie et à la contemplation.

Le personnage négatif de l’ancien monde

Ned avait peu d’ex­pé­rience, mais il avait déjà rencon­tré assez d’in­di­vi­dus de la trempe d’Amaury pour pouvoir les juger au premier coup d’œil. Ces gens-là croyaient être proté­gés par des privi­lèges spéciaux du fait de leur nais­sance et échap­per ainsi aux lois qui régissent les actes de l’en­semble du peuple améri­cain. Ils étaient nés dans cette période où le senti­ment des valeurs avait été faussé, où l’on ne croyait qu’à la puis­sance de l’argent et où l’on négli­geait complè­te­ment les quali­tés du cœur et de l’esprit.

Une phrase que je dédie à ceux qui sont toujours en retard

Toujours ponc­tuel, le juge Everett arriva à onze heures trente. L’exac­ti­tude est le propre des gens qui travaillent beau­coup. Seuls les oisifs peuvent se permettre de gaspiller le peu de temps qui nous est accordé pour vivre.

Réflexions sur un type de personnalité que je trouve assez juste

La pauvre duchesse, avec son visage blême et ses yeux pitoyables de tris­tesse, semblait deman­der l’au­mône d’un peu de sympa­thie, mais dans l’ins­tant qu’on lui accor­dait, elle la refu­sait contre toute attente et se cachait derrière l’écran de sa dignité blessé. Elle était triste comme seuls peuvent l’être ceux qui sont parfai­te­ment égoïstes, ceux qui sont condam­nés à souf­frir toujours et partout, parce qu’ils ne veulent pas voir plus loin que les murs de la prison dans laquelle les tient enfer­més le souci de leurs propres peines.

Édition Zoé . Traduit de l’an­glais par Chris­tine Raguet

Et pour une fois le nom de la traduc­trice est sur la couver­ture, bravo aux éditions Zoé.
Il y avait pour ce livre tant de tenta­trices ‚que je savais que je le lirai, heureu­se­ment que je n’avais pas dit quand ! Aifelle en novembre 2019, Atha­lie en octobre 2019, et Kathel en juin 2020. À chaque fois, je me disais que ce roman était pour moi, je confirme tota­le­ment cette impres­sion. Merci à vous de m’avoir guidée vers ce roman.

Dans un quar­tier chic du Cap, deux femmes vieillissent, rien ne les unit, si ce n’est une haine farouche. Toutes les deux deviennent veuves au début du roman. Marion, la femme blanche archi­tecte était mariée à un certain Marc, elle découvre que celui-ci ne lui a laissé que des dettes . La vente d’un tableau acquis il y a bien long­temps pour­rait la tirer d’af­faire, il s’agit d’un tableau de Pier­neef peintre qui a une belle côte aujourd’­hui en Afrique du Sud :

Seule­ment voilà , Horten­sia a entre­pris des travaux et une grue s’est abat­tue sur sa maison et le tableau a disparu. Ne croyez surtout pas que cette anec­dote soit très impor­tante. En fait ce qui est impor­tant c’est pour­quoi ces deux femmes sont arri­vées à se haïr avec une telle force : Horten­sia, sait mieux que quiconque déce­ler le racisme ordi­naire qui dicte la conduite de Marion. Celle-ci a déjà perdu le contact avec ses enfants à cause de ses compor­te­ments humi­liants pour leur employée Agnes. Horten­sia n’a plus d’illu­sion sur l’hu­ma­nité, et elle sait très bien débus­quer toutes les peti­tesses de chacun même si elle est souvent méchante, elle est aussi très drôle et j’ai beau­coup appré­ciée quand elle bous­cule le côté dame patron­nesse de Marion. C’est une femme qui a très bien réussi dans le design et qui au contraire de Marion , n’a aucun soucis d’argent. Son mari Peter meurt et laisse une clause très étrange dans son testa­ment. Il demande à Horten­sia de prendre contact avec Emée une jeune femme de 40 ans qui est sa fille légi­time. Il manque un élément pour que le décor soit planté. La maison dans laquelle habite Horten­sia a été conçue par Marion et celle-ci aurait voulu l’ha­bi­ter. Les deux femmes vont être amenées à devoir se suppor­ter. Il n’y aura pas de renver­se­ment de situa­tion mais une sorte de paix des braves ! Au fil de l’his­toire on en apprend beau­coup sur le racisme ordi­naire en Grande-Bretagne, et les horreurs de l’Afrique du Sud . La façon dont l’au­teure nous présente les deux person­na­li­tés est passion­nante. Tout en se doutant de la suite, on laisse l’au­teur nous emme­ner sur les chemins de deux femmes qui n’au­raient jamais dû se rencon­trer. Il n’y a pas de « gentilles » mais des femmes qui ont connu une vie origi­nale, la dureté d’Hor­ten­sia cache une grande intel­li­gence et une sensi­bi­lité qui n’a jamais pu s’épa­nouir complè­te­ment . Marion est plus prévi­sible mais on la sent prête à aban­don­ner quelques une de ces certi­tudes. Enfin !

Bref, je joins ma voix à celles qui ont avant moi décou­vert ce roman, c’est un roman qui m’a laissé une très forte impres­sion et dont j’ai savouré toutes les pages.

Citations

Le ton est donné

La riva­lité était assez tris­te­ment célèbre pour que les autres repré­sen­tantes du comité se tiennent en retrait afin d’as­sis­ter au spec­tacle. Il était de noto­riété publique que les deux femmes parta­geaient une haine et une haie, qu’elles élaguaient l’une comme l’autre avec une ardeur qui démen­tait leur âge.

Marion et Hortensia

-Je suis convaincu que si on les contrai­gnait, ces gens auraient du mal à justi­fier leur droit. Des gens à l’af­fût d’argent facile, si vous voulez mon avis. 
- Quand vous dites ces gens, ce que vous voulez dire en fait, c’est « des Noirs », si j’ai bien compris ? 
- Abso­lu­ment pas et je voudrais..
- . Marion, je ne suis pas d’hu­meur aujourd’­hui à suppor­ter votre secta­risme. J’ai le souve­nir précis de vous avoir demandé de garder vos conver­sa­tions racistes pour votre propre salle à manger.

Le mari d’Hortensia

Peter n’avait jamais été croyant, mais il avait affecté des postures de croyant qu’Hor­ten­sia n’avait jamais été capable de déchif­frer parfai­te­ment. Il sifflo­tait « Morning has broken », puis l’en­ton­nait, mais il s’embrouillait dans les paroles, le cantique dispa­rais­sant dans sa gorge. Il jouait au golf le dimanche, mais à Noël il voulait des chants de Noël. Et main­te­nant, il meurt et voilà qu’il veut une église.

Les sentiments d’Hortensia

Horten­sia en vint à comprendre la qualité de sa vie aurait gran­de­ment gagné à connaître plus de colère et moins de ressen­ti­ment. Le ressen­ti­ment est diffé­rent de la colère. La colère est un dragon brûlant tout le reste. Le ressen­ti­ment dévore vos entrailles, perfore votre estomac.

L’intelligence et la jeunesse

Horten­sia était en désac­cord avec l’opi­nion répan­due qui veut que les jeunes aient l’es­prit vif et de la jugeote. Au contraire, sur ses vieux jours, elle avait décou­vert que les jeunes (d’une manière géné­rale) se proté­geaient sous une sorte de douillet cocon d’idées arrê­tées, qui les mettaient à l’abri du monde et que l’on pouvait aisé­ment prendre pour de l’in­tel­li­gence, à la condi­tion que vous, l’ob­ser­va­teur, manquiez un peu de vigi­lance dans vos appréciations.

L » histoire du papier toilette(qui permet de comprendre la photo d’Athalie)

Lara avait couru à l’of­fice pour aller cher­cher un rouleau de papier toilette et elle était reve­nue avec le papier simple épaisseur.
« Celui-là est pour Agnes, avait hurlé sa grand-mère, avant de marmon­ner » pour­quoi est-ce qu’elle va mettre ses affaires dans mon office ? »
La fillette eut l’air trou­blée. Pour­quoi sa grand-mère ache­tait-elle deux quali­tés de papier toilette ? « Parce que » avait dit Marion.
Parce que le double épais­seur est plus cher et que, compte tenu de sa condi­tion, il parais­sait parfai­te­ment raison­nable de penser qu’Agnes se conten­te­rait du simple épais­seur. La fillette posait des ques­tions sur les choses auxquelles Marion n’avait jamais eu de raison de réflé­chir, mais c’était ainsi ‑la voilà la raison. Mais les dégâts avaient déjà été faits. Lara était contra­rié, Mare­lena était contra­riée. Elle consola sa fille et fit une moue répro­ba­trice à sa mère. « Je croyais qu’a­près tout ce temps tu en aurais fini avec ces choses-là. » Marion était jugée. Amère à l’idée d’être mal comprise, elle souleva l’af­faire avec Agnès.
« Pour­quoi mets-tu tes rouleaux de papier toilette dans mon office Agnes ? Quand les courses arrivent, quand tu vides les sacs, prends ce qui te revient et mets-le dans ton studio.
-Non, patronne.
-Quoi ?
Agnès avait rare­ment l’oc­ca­sion d’uti­li­ser le mot « non » quand elle parlait avec Marion. En fait, Marion ne pouvait se rappe­ler qu’une seule fois elle l’avait entendu l’employer.
-Celui-ci n’est pas mon papier papier toilette, patronne. Le mien, je l’achète moi-même. – Pour­quoi achètes- tu ton propre papier ? avait demandé Marion. Quel chan­ge­ment avait bien pu se produire ? Elle travaillait ici depuis des dizaines d’an­nées et connais­sait les règles. Agnès, qui était en train d’es­sayer les petites taches sur le marbre du plan de travail de la cuisine, haussa les épaules.
- J’avais besoin de quelque chose de meilleure qualité, patronne.
Un jour, peu après cette conver­sa­tion, alors qu’Agnes était occu­pée avec le linge sale, Marion se glissa dans le studio pour en inspec­ter la salle de bain. Là se trou­vait le papier toilette en cause. Triple épais­seur. Elle rougit et, pour ne jamais être en reste, lors de son dépla­ce­ment suivant chez Wool­worths Marion choi­sit une grande quan­tité de rouleaux de papier toilette triple épais­seur pour elle-même.

Vieillir

- De toute façon, je suis trop vieille. Je ne peux pas avoir un copain. J’ai toutes sortes de douleurs. Trop.
-C’est ainsi, et oui.
-Quoi ?
-Ça. Vieillir. Avoir de plus en plus de douleurs.
Marion fit une grimace.
-Et essayer de tout réparer.
- Et ça marche ?
-Quoi ?
-D’es­sayer de tout réparer ?
- Pas vrai­ment. J’ai quatre enfants, Horten­sia. Trois à qui je n’ai pas parlé depuis presque un an. Je ne les vois jamais. Mare­lena, mon aînée , elle appelle, mais j’ai toujours l’im­pres­sion, quand on parle, qu’elle me braque un revol­ver sur la tempe. Et que j’en braque un sur la sienne.

Éditions Rivages . Traduit de l’an­glais (Étais-Unis) par Martine Aubert.

Je l’avais repéré chez Katel mais je sais que vous êtes plusieurs à en avoir parlé. J’ai bien aimé ce roman mais sans en faire un coup de coeur . Je commence par mes réserves pour ensuite aller vers ce qui m’a permis d’al­ler au bout des 576 pages (roman améri­cain oblige !).

Le fil conduc­teur du roman c’est une maison du XIX ° siècle qui s’ef­fondre sur ses occu­pants. En 1871 , la famille de l’ins­ti­tu­teur That­cher Green­wood est divi­sée à propos de leur voisine Mary Treat person­nage qui a vrai­ment existé. En 2016, la maison (enfin le roman montrera que ce n’est pas si simple) est occu­pée par la famille de Willa et Iano Tavoularis .
Voilà pour les présen­ta­tions, le roman se divise donc en chapitres qui alternent en 1871 et en 2016. C’est ma première diffi­culté, à peine est-on bien installé avec une des deux familles qu’il faut la quit­ter pour sauter les siècles et entrer dans une autre problé­ma­tique. Il y a aussi chez cette auteure des « trucs » pour lier les deux parties du roman que j’ai trou­vés complè­te­ment arti­fi­ciels . Le dernier mot du chapitre sert de titre au chapitre précé­dent. Dans l’his­toire qui se passe en 2016 il y a un bébé qui pleure beau­coup, on enten­dra des pleurs de bébé dans une réunion en 1871. Ce sont des détails, ce qui m’a le plus gênée, c’est le poli­ti­que­ment correct des propos du roman. L’hé­roïne de 1871 est une femme remar­quable et recon­nue à son époque qui ne semble en rien porter les thèses fémi­nistes d’au­jourd’­hui. La montée de Trump en 2016 est incarné par un grand père acariâtre, raciste et borné . Et l’idéal de vie d’un des person­nages la fille de Willa se passe à Cuba où tout semble para­di­siaque. En lisant ce roman, j’ai pensé que pour que l’Amé­rique rede­vienne une grande nation il faudrait que les démo­crates culti­vés fassent des efforts pour ne pas unique­ment mépri­ser les « trum­pistes » sans cher­cher à les comprendre.

Et pour­tant j’ai aimé lire ce roman . Car il décrit bien une Amérique que nous avons vue se déchi­rer lors des dernières élec­tions. On voit aussi comment une classe moyenne est toujours à la limite de la pauvreté. On voit aussi, combien il a été diffi­cile pour les Améri­cains des siècles passés de s’af­fran­chir de la pensée reli­gieuse . On sait que pour beau­coup d’ha­bi­tants de ce grand pays Darwin est un auteur maudit qui contre­dit la sainte Bible. Le pire étant, qu’au­jourd’­hui encore, c’est l’opi­nion de certains améri­cains. Mary Treat est une scien­ti­fique recon­nue dès son époque et qui a entre­tenu une corres­pon­dance avec Darwin et tous les grands noms de l’époque. Le person­nage de l’ins­ti­tu­teur est une fiction roma­nesque mais qui permet de repré­sen­ter la diffi­culté d’in­cul­quer dans une petite ville une réflexion scien­ti­fique, surtout sans pronon­cer le nom de Darwin qui équi­vau­drait à une mise à pied immé­diate. La ville a été créée par un Charles Landis ‑person­nage histo­rique- un promo­teur entré en poli­tique pour assou­vir sa soif d’argent et de pouvoir (encore une allu­sion !) . Pour Willa en 2016 les diffi­cul­tés sont avant tout finan­cières. Elle cherche par tous les moyens à sauver la maison qui s’ef­fondre. Elle pense que Mary Treat y a habité et veut donc faire clas­ser sa maison, elle découvre qu’elle a habité en face dans une maison actuel­le­ment démo­lie, elle pense alors que c’est la maison de l’ins­ti­tu­teur mais hélas ! pour elle cette maison est plus récente. Tout cela avec le soucis de la fin de vie de son beau-père qui comme beau­coup d’amé­ri­cains est mal couvert par son assu­rance mala­die. Et l’ar­ri­vée chez son fils aîné d’un bébé que la mort brutale de sa belle fille (donc de la maman du bébé) rendra orphe­lin de mère . Son fils Zeke sera inca­pable de faire face au deuil de sa femme et à l’ar­ri­vée du bébé. Et j’ou­bliais la vieillesse et la mort de son chien qui semblent plus l’af­fec­ter que l’hor­reur de la fin de vie de son beau père dont les membres sont « bouf­fés » par la gangrène à cause de son diabète.

Une plon­gée dans l’Amé­rique et qui permet de mieux comprendre pour­quoi elle est si divi­sée aujourd’hui.

Citations

Le statut des professeurs d’université aux US

Des tas d’uni­ver­si­taires passaient leur vie à courir de ville en ville après leur titu­la­ri­sa­tion. Ils consti­tuaient une classe nouvelle de nomades culti­vés, qui élevaient des enfants sans vrai­ment pouvoir répondre à la ques­tion de savoir où ils avaient grandi. Dans une succes­sion de maisons provi­soires, avec des parents qui avaient des horaires de folie, voilà la réponse. Des enfants qui faisaient leurs devoirs dans un couloir pendant que leurs parents étaient en réunion de profes­seurs. Qui jouaient à cache-cache avec les mômes des physi­ciens et des histo­riens de l’art sur la pelouse de quelque doyen pendant que les adultes sifflaient du chablis bon marché et se lamen­taient en chœur contre leur chef de dépar­te­ment. Et aujourd’­hui, sans une plainte, Iano avait accepté un poste d’en­sei­gnant qui faisait insulte à un homme possé­dant de telles références.

D’où vient le titre en français mais je ne trouve pas cela très clair.

- Mais nous sommes des créa­tures comme les autres. La vérité de Mr. Darwin est incontestable.
-Et parce qu’elle est vraie, nous la contes­te­rons comme le font les êtres vivants. Nos yeux ne sont pas neufs, pas plus que nos dents et nos griffes. J’en­tre­vois hélas un grand travail de sape pour retrou­ver nos vieilles supré­ma­ties, madame Treat. Nulle créa­ture n’ac­cepte faci­le­ment de vivre à découvert.
– À décou­vert, nous nous tenons dans la lumière.
- À décou­vert, nous nous savons desti­nés à mourir.

L’immigration mexicaine

- Je vois. Les migrants mexi­cains illé­gaux ont envahi ton usine, ont mis les types blancs à terre, les ont conduit à la sortie, et puis ils ont dit à l’en­tre­prise : « Hé patron nous, on n’a pas besoin des salaires mini­mums syndicaux. »
C’est comme ça que ça s’est passé ?
– Pas exactement.
- Les lois ont changé de sorte que les proprié­taires d’usines ont eu les moyens de casser les grèves, dans les années quatre-vingt. Je le sais, je couvrais l’ac­tua­lité syndi­cale à l’époque. L’échelle des salaires s’est effon­dré. Tu le sais, Nick. Tu as pas été forcé de prendre une retraite anticipée ?
Nick ne répon­dit pas. Elle savait que le licen­cie­ment l’avait blessé dans sa fierté. Willa eut un pince­ment au cœur, pas de sympa­thie envers un compa­gnon d’in­for­tune, mais d’ex­ci­ta­tion au souve­nir de son secteur et des polé­miques passion­nantes. Les repor­ters plus âgés s’étaint moqués d’elle, qui venait travailler en basket pour qu’on l’en­voie couvrir un affron­te­ment sur un piquet de grève, mais les infos qu’elle en rame­nait ne les faisaient plus rire du tout. Elle était telle­ment inex­pé­ri­men­tée à l’époque, pas facile d’ac­qué­rir le style cool du jour­na­liste profes­sion­nel, et de ne pas abor­der ces sujets de manière émotion­nelle. Même s’ils se prenaient des bombes lacrymogènes.
-S’il n’y a que des travailleurs Mexi­cains dans cette usine aujourd’­hui, ajouta-t-elle, consciente de s’adres­ser à un sourd, c’est parce que personne d’autre ne veut faire un boulot aussi dange­reux pour un salaire minable.

Pour toutes les personnes qui ont connu des bébés qui ne veulent pas dormir

Le bébé gagnait en civi­lité mais conti­nuait à résis­ter aux siestes de l’après-midi plus féro­ce­ment qu’il semblait possible chez un bébé de cinq mois. Il en venait à être si fati­gué que sa tête molle s’af­fais­sait sur sa tige, mais même avec le bibe­ron de l’après-midi il refu­sait de d’as­sou­pir comme un bébé normal. Il tétait son lait mater­nisé le front plissé jusqu’à ce que son déjeu­ner liquide fasse place à un siffle­ment gazeux, puis hurlait aux injus­tices de la vie. Willa avait essayé de lui propo­ser un deuxième bibe­ron à la suite du premier. Tout le monde avait tenté quelque chose, le bercer, le prome­ner, voire le lais­ser « pleu­rer jusqu’à épui­se­ment » comme les experts le recom­man­daient aujourd’­hui, mais cet enfant était capable de pleu­rer des heures.

Édition folio Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Cécile Arnaud

L’ap­pel à la sain­teté et au sacri­fice de soi, les illu­sions et la super­sti­tion néces­saire dispa­rais­saient du monde à cette époque déjà 

Le 18 décembre 2018, Domi­nique faisait paraître un billet sur ce roman et immé­dia­te­ment cela m’a tentée. Comme on peut le consta­ter, je ne suis pas très rapide dans la concré­ti­sa­tion de mes tentations !

Je dois d’abord dire que j’ai failli lâcher cette lecture au bout de cent pages. Gros avan­tage des blogs et d’in­ter­net, on peut relire les billets même quelques années plus tard, je suis donc retour­née sur son blog et cela m’a donné un second souffle pour finir ma lecture. Heureu­se­ment ! car c’est un excellent roman de plus très original.
Pour­quoi ai-je failli l’aban­don­ner ? Parce qu’il présen­tait une vision trop idyl­lique, à mes yeux, de l’uni­vers des sœurs, ici, les petites sœurs des pauvres. Et que, comme moi je suppose, vous connais­sez des récits person­nels, ou des romans, décri­vant toute la perver­sité avec laquelle l’église catho­lique a contraint des consciences, parfois avec violence au nom du « bien ».

Pour­quoi aurais-je eu tort d’ar­rê­ter ma lecture ? Parce que je n’au­rais pas dû oublier que petites sœurs des pauvres ont été les pion­nières et souvent les seules à lutter contre la préca­rité au début du 20° siècle. Dans ce roman, on parle de Jeanne Jugan qui est origi­naire de ma région et dont la vie, à l’image des sœurs de Brook­lyn, est faite d’abnégation et de courage mais aussi de jalou­sie et de perfi­dies dont elle a été victime.

Le roman commence par le suicide de Jim, mari d’An­nie et père de Sally . Les sœurs font tout ce qu’elles peuvent pour éviter à la famille le déshon­neur d’un suicide hélas la presse a dévoilé cette mort par le gaz qui aurait pu faire sauter tout l’im­meuble. Si sœur Saint-Sauveur n’ar­rive pas à faire dire une messe ni à faire enter­rer en terre catho­lique le malheu­reux Jim, au moins sauve-t-elle Annie de la misère la plus abso­lue en l’employant à la blan­chis­se­rie du couvent. Ainsi Sally va-t-elle naître et gran­dir au milieu des sœurs. On voit peu à peu diffé­rents carac­tères se dessi­ner, celle qui règne sur la blan­chis­se­rie : Illu­mi­nata a un carac­tère bourru mais elle se prend d’af­fec­tion pour Annie et Sally et elle est jalouse de Jeanne une sœur plus jeune qui va comprendre qu’An­nie a besoin parfois de souf­fler un peu et lui permet de sortir du couvent.
A Brook­lyn dans la commu­nauté irlan­daise , l’al­cool, la misère, les nais­sances trop rappro­chées sont le lot d’une popu­la­tion qui essaie tant bien que mal de s’en sortir. J’ai retrouvé dans ces descrip­tions l’am­biance d’une série que j’ai beau­coup aimé et qui se passe dans les années 50 en Grande-Bretagne : « Call The Midwife » .

Plusieurs person­nages secon­daires appa­raissent qu’il ne faut surtout pas négli­ger, car ils vont se réunir pour former la trame roma­nesque de cette plon­gée dans le début du 20° siècle dans le New York de la grande pauvreté. Monsieur Costello, le livreur de lait, marié à une femme ampu­tée d’une jambe et tout le temps malade – la descrip­tion des soins qu’il faut lui admi­nis­trer sont d’un réalisme diffi­ci­le­ment soute­nable. La famille Tier­ney qui malgré les diffi­cul­tés et les nombreuses nais­sances est marquée par la joie de vivre . J’ai appris grâce à cette famille que pour éviter de faire la guerre de Séces­sion on pouvait payer un rempla­çant mais si celui-ci reve­nait blessé la famille se devait, au moins mora­le­ment, mais souvent finan­ciè­re­ment l’ai­der à s’en sortir.

Le décor est planté, la jeune Sally ira-t-elle vers les modèles qui ont bercé son enfance et devien­dra-elle nonne à son tour ? Elle a bien failli le faire, mais un terrible voyage en train lui a montré qu’elle n’avait pas l’âme assez forte pour suppor­ter l’hu­ma­nité souf­frante (et déviante). Ira-telle vers une vie fami­liale avec Patrick Tier­ney ? Mais pour cela il faudrait qu’elle aban­donne sa mère qui a tant fait pour elle.
Oui, il va y avoir une solu­tion mais il ne faut pas top s’éton­ner qu’à l’âge adulte Sally ait eu des tendances à la dépression !

Un excellent roman, qui vaut autant pour les descrip­tions précises et très (trop parfois pour moi) réalistes de la commu­nauté pauvre irlan­daise de Brook­lyn, que pour les rapports entre les reli­gieuses, que par sa construc­tion roma­nesque très bien imagi­née. Si j’ai une petite réserve c’est que j’ai trouvé un inuti­le­ment compli­qué de comprendre qui était en réalité le narra­teur, mais cela permet de ne pas divul­gâ­cher la fin. Comme je fais partie des gens qui aiment mieux connaître le dénoue­ment avant de lire un roman, évidem­ment j’ai été plus agacée que séduite par ce procédé.
Mais ce n’est qu’un tout petit bémol par rapport à l’in­té­rêt de ce roman qui a reçu le prix Fémina pour le roman étran­ger, en 2018, c’est vrai­ment plus que mérité, car c’est un très bel hommage aux femmes à toutes les femmes !

Citations

La pauvreté

Sœur Lucy dit à Sally qu’un bon mari était une béné­dic­tion – un bon mari qui allait au travail tous les jours, ne dila­pi­dait pas son salaire au bar ou sur les champs de courses, ne battait pas ses enfants et ne trai­tait pas sa femme en esclave – mais une béné­dic­tion rare à tout le moins.
Elle dit : Même un bon mari est capable d’épui­ser sa femme. Elle dit : Même une bonne épouse est suscep­tible de se trans­for­mer en sorcière ou en poivrote ou, pire, en bébé ou en inva­lide, afin de tenir son très bon mari à l’écart de son lit.

Éducation sexuelle de la jeune novice dans un voyage en train

« Et même si je suis sûr, pour­sui­vit-elle, qu’un petit bébé bonne sœur ne connaît rien à ces choses-là, je peux vous affir­mer qu’on a jamais vu un homme avec un pénis aussi minus­cule. » Elle bran­dit son petit doigt pâle. L’ongle, la chair même se termi­naient en une pointe ourlée de crasse. Puis la femme fourra le doigt dans sa bouche et referma les lèvres dessus. Elle écar­quilla les yeux comme sous le coup de la surprise. Lorsque elle ressor­tit son doigt, il était humide et taché de rouge à lèvres à sa base. Ensuite elle posa sa main, aux doigts repliés dans sa paume sur ses larges cuisses et remua son petit doigt humide contre le tissu noir de sa jupe. » Vous imagi­nez, dit-elle avec désin­vol­ture, une fille de ma taille passant sa vie à chevau­cher un truc de cette taille là ? » Sally détourna les yeux, le visage brûlant.

J’aime bien cette description d’une dispute familiale

Ainsi s’acheva la dispute. Ils étaient tous les deux tout rouge. Ils se passèrent tous les deux la langue sur les lèvres, satis­faits, pour lécher les postillons des mots qu’ils venaient de crier. Les disputes de leurs parents, nous raconta notre père, écla­taient soudai­ne­ment, comme une bagarre de rue, puis se termi­naient tout aussi vite. La paix redes­cen­dait. Ça ressem­blait au bonheur.
Leurs six enfants en vinrent à comprendre qu’on pouvait trou­ver une certaine satis­fac­tion à faire enra­ger un être aimé