Édition Quai Voltaire , Traduit de l’anglais par Jean­nette Short-Payen

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Une petite plon­gée dans le monde abbayes du début du XVII° siècle, après la mort du roi Henry IV, dans un couvent de nonnes où l’ac­cu­sa­tion de sorcel­le­rie n’est jamais bien loin et permet tous les abus. C’est un récit assez compli­qué, une histoire de vengeance imagi­née par un cerveau supé­rieur et féroce, un certain Guy Le Merle qui a été humi­lié dans sa jeunesse par un évêque tout puis­sant. Pour mener à bien sa vengeance, il doit utili­ser les capa­ci­tés de celle qu’il appelle mon Ailée parce que (du temps où elle était saltim­banque) elle se prome­nait sur des fils tendus dans les airs. Celle-ci a trouvé refuge dans un couvent pour élever sa fille Fleur et pendant quatre ans, elles mène­ront toutes les deux une vie paisible sous l’au­to­rité d’une mère supé­rieure dont l’es­prit de charité faisait régner un certain bonheur dans cette abbaye de l’île de Noir­mou­tier, c’est amusant de voir une région que l’on connaît bien vivre sous la plume d’une auteure étran­gère et situer ces descrip­tions au XVII° siècle , le passage du « Goa » aura évidem­ment son impor­tance ! Il faut dire que l’au­teure à une mère fran­çaise elle a peut-être passé des vacances dans cette région.

Pour parve­nir à ses fins, Le Merle dissi­mulé sous les traits d’un prêtre va utili­ser une toute jeune nonne qu’il va mettre à la tête de cette abbaye, celle-ci voit le diable partout et les pauvres sœurs iront de châti­ment en châti­ment. Cette nonne est en réalité la soeur de l’évêque dont il veut se venger. Je m’ar­rête là pour ne pas trop en dire sur le suspens qui sous-tend ce récit. Tout le charme de ce roman vient de ce qu’on ne sait pas jusqu’à la dernière page si le person­nage du « Merle » est unique­ment cruel et s’il est capable d’amour pour son « Ailée ». J’ai trouvé cette histoire de vengeance bien compli­quée et si j’ai retenu ce roman c’est plutôt pour la descrip­tion de la vie des nonnes dans les abbayes, mais je reproche aussi à l’au­teure de voir tout cela avec des yeux de femmes du XXI° siècle pour qui faire la diffé­rence entre la foi et la crédu­lité est si facile à faire. C’est un roman histo­rique qui éclaire d’un œil sans complai­sance la reli­gion du XVII° siècle et la condi­tion des femmes dans les couvents, et rien que pour cela il peut vous plaire.

Citations

La fondation des abbayes.

Fondée il y a quelques deux cent ans par une commu­nauté de frères prêcheurs, l’ab­baye est très vieille. Elle a été payée grace à l’unique devise qui a court pour l’église : la crainte d’être damné. En ces temps d’in­dul­gence et de corrup­tion, une famille noble ne pouvaient assu­rer sa posi­tion dans le royaume qu’en atta­chant son nom à une abbaye.

Des propos qui sentent le XXI° siècle plus que le XVII° mais c’est très bien dit.

Je n’ai jamais cru en Dieu.En tout cas, pas à celui auquel nous avons l’ha­bi­tude de nous adres­ser, ce grands joueur d’échecs qui, de temps en temps, baisse le regard vers son échi­quier, déplace les pièces selon les règles connues de lui seul et daigne regar­der son adver­saire bien en face et avec le sourire du grand maître qui sait d’avance qu’il va gagner la partie. Il doit y avoir, me semble-t-il une horrible paille dans l’es­prit de ce créa­teur qui s’obs­tine à mettre ses créa­tures à l’épreuve jusqu’à ce qu’il les détruise, qui ne leur accorde un monde regor­geant de plai­sir que pour l’heure annon­cer que tout plai­sir est péché, qui se complaît à créer une huma­nité impar­faite mais s’at­tend à ce qu’elle aspire à l’in­fini perfec­tion ! Le Démon, au moins, joue franc-jeu, lui. Nous savons exac­te­ment ce qu’il veut de nous. Et pour­tant, lui-même, le Malin, le Génie du mal travaille secrè­te­ment pour l’Autre, le Tout Puis­sant. À tel maître, tel valet.

Toujours l’effet des connaissance d’aujourd’hui sur une description du passé .

Je leur ai recom­mandé d’évi­ter les jeûnes exces­sifs, de ne boire que l’eau du puits et de se laver au savon matin et soir. 
» À quoi cela pourra-t-il bien servir ? » a demandé soeur Thoma­sine en enten­dant ce conseil. 
Je lui ai expli­qué que parfois des ablu­tions régu­lières empê­chaient les mala­die de se propager. 
Elle a eu l’air un peu convain­cue de cela. « Je ne vois pas comment ! a‑t-elle dit. Pour éloi­gner le démon, ce n’est pas d’eau propre et de savon dont on a besoin, c’est de l’eau bénite ! »


Édition Zulma . Traduit de l’islandais par Éric Boury.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Appe­lés en 2013 à élire le plus beau mot de leur langue, les Islan­dais ont choisi un substan­tif de neuf lettres dési­gnant une profes­sion médi­cale : Ijósmóði­rin, sage femme. Dans son argu­men­taire, le jury souligne qu’il unit deux mots magni­fiques : móðir qui signi­fie mère et Ijós, lumière.

Ce roman m’a fait du bien dans des moments où le monde deve­nait fou . Partir dans les réflexions d’une sage-femme elle même petite fille et arrière petite fille de sage-femme et décou­vrir l’Is­lande ancienne et actuelle m’a permis d’ou­blier la guerre et toutes ses consé­quences. J’ai eu envie de noter beau­coup de phrases qui me plai­saient, ma préfé­rée est sans doute celle que pronon­çait sa grand-tante à chaque naissance

Bonjour petit être. Tu es le premier et le dernier toi en ce monde.

Le reste du livre est consti­tué par une recherche pour comprendre ce que la grand-tante a voulu léguer à sa petite nièce. Dans son appar­te­ment que l’hé­roïne devra réno­ver, elle trouve une corres­pon­dance avec une amie Galloise et surtout des textes qui pour­raient être publiés. Mais que voulait vrai­ment dire Frida ? Tout ce que l’on comprend c’est que sa recherche asso­ciait la nais­sance à la lumière. Ce n’est pas très facile de comprendre ce que sa tante voulait dire, d’ailleurs sa petite nièce renon­cera à vouloir le faire publier.
Les moments que nous passons dans l’Is­lande actuelle, nous vivons des accou­che­ments, une tempête d’hi­ver et une belle ballade vers les aurores boréales . Ce n’est sans doute pas un grand roman car il est trop décousu à l’image de la tenta­tive de sa grand-tante de comprendre l’humanité mais on y est bien, je l’ai lu avec grand plai­sir et j’es­père rete­nir ma phrase préférée.

Citations

Naissance

Le ther­mo­mètre sur le rebord exté­rieur de la fenêtre affiche moins quatre degrés et l’ani­mal le plus vulné­rable de la terre repose sur la balance, nu et démuni, il n’a ni plume ni four­rure pour se proté­ger, ni cara­pace, ni poils, rien qu’un fin duvet sur le sommet de la tête, un duvet que la clarté bleu du néon traverse. 
Il ouvre les yeux pour la première fois. 
Et voit la lumière. 
Il ignore qu’il vient de naître.
Je lui dis, bien­ve­nue, mon petit.
Je lui essuie la tête, je l’en­ve­loppe dans une serviette puis je le donne à son père qui porte un t‑shirt avec l’ins­crip­tion « le meilleur papa du monde ».
Boule­versé, l’homme pleure. c’est terminé. La mère épui­sée sanglote aussi.
Le père se penche avec son bébé dans les bras et l’al­longe prudem­ment sur le lit à côté de la femme. L’en­fant tourne la tête vers la mère, il la regarde, les yeux encore emplis de ténèbres venus des profon­deurs de la terre.
Il ne sait pas encore qu’elle est sa mère. 
Elle le regarde et lui caressé la joue d’un doigt. Il ouvre la bouche. Il ignore pour­quoi il est ici plutôt qu’ailleurs. 
- Il a du roux dans les cheveux comme maman, remarque la parturiente. 
C’est leur troi­sièmes fils. 
- Ils sont tous nés en décembre, commente le père. 
J’ac­cueille l’en­fant à sa nais­sance, je le soulève de terre et le présente au monde. je suis la mère de la lumière. de tous les mots de notre langue, je suis le plus beau- « Ljómo­dir » (mère de lumière)

Des phrases que j’aimerais retenir.

L’homme doit d’abord naître pour pouvoir mourir.
Il n’y a pas grand chose sous le Soleil 
qui puisse surprendre une femme ayant une si longue expé­rience du métier. 
Si ce n’est de l’être humain lui-même.
En réalité, l’ani­mal le plus précaire de la terre ne se remet jamais d’être né.

Présentation de ses parents (je me demande ce que sont des cercueils qui ne sont pas à usage unique ? ? ?.)

Nos parents diri­geaient et dirigent encore aujourd’­hui une modeste entre­prise de pompes funèbres avec mon beau-frère, le mari de ma sœur. Comme le dit ma mère, les affaires sont « floris­santes » puisque tout le monde doit mourir un jour. C’est mon grand-père pater­nel qui a fondé cette entre­prise, il fabri­quait lui-même les cercueils, solides et soignés, avec du bois de qualité. Mais c’est une épopée révo­lue, désor­mais les cercueils sont « à usage unique et impor­tés », comme le regrette mon père. C’est donc une longue tradi­tion fami­liale que de s’oc­cu­per de l’être humain aussi bien au tout début de sa vie que lors­qu’il arrive à sa desti­na­tion finale, ce que souligne très juste­ment ma mère.

Repas en famille.

Au dernier repas de familles, ma mère a passé toute la soirée à parler de la mort. Papa hochait régu­liè­re­ment la tête et mon beau-frère l’écou­tait avec atten­tion. Après, il est allé dans la cuisine pour remplir le lave-vais­selle et mes parents ont conti­nué à discu­ter du prix des cercueils, de leur qualité et des commandes en cours.

Les journées d’hiver en Islande.

Je tente de lui expli­quer que le jour se lève et prend fin très vite après, fina­le­ment j’ex­prime les choses d’une autre manière : le Soleil appa­raît à l’ho­ri­zon peu avant midi et dispa­rait vers trois heures. L’aube s’étire en longueur toute la mati­née et trois heures après la paru­tion de la lumière, l’air s’as­som­brit à nouveau et le soleil s’en­fonce dans la mer.

La philosophie de sa grand-tante sage femme comme elle.

Même si elle ne croyait pas en l’homme, ma grand-tante avait foi en l’en­fant. Ou disons plutôt : elle ne croyait en l’homme qu’en deçà de 50 cm. Cela corres­pond égale­ment aux récits de ses collègues de la mater­nité. selon elle, il y avait d’une part l’être humain et d’autre part, l’en­fant. tout ce qui était petit, et de préfé­rence plus petit que petit, vulné­rable et faible, susci­tait son inté­rêt et éveillait sa tendresse, que ce soit dans le monde des hommes, dans le règne animal ou végétal.

Point final.

Là où les manus­crits se contre­di­saient, c’est que même si ma grand-tante prévoyait la dispa­ri­tion de l’être humain, elle suppo­sait qu’il y aurait dans le monde du futur une place non seule­ment pour les animaux et les plantes, mais aussi pour les enfants. Et pas unique­ment eux puisque deux autres caté­go­ries y seraient égale­ment repré­sen­tées . D’une part les gens qui avaient conservé leur âme d’en­fant, « qui s’amu­saient à souf­fler sur les graines de pissen­lits et savaient s’éton­ner », et d’autre part – ce qui n’a rien de surpre­nant, a souli­gné ma sœur- les poètes.
Voici les listes des mots qui veulent dire brouillard et neige en islan­dais je les ai pris en photo car c’est trop compli­qué à écrire.

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Édition Seuil . Traduit de l’an­glais par Karine Lalechère

Lu dans le cadre de Masse Critique

Voici une bonne pioche chez Babe­lio, sans être un total coup de coeur ce roman est très inté­res­sant et j’es­père vous donner envie de le lire. L’au­teure est britan­nique de parents chypriotes. Elle s’in­té­resse à deux scan­dales qui se passent à Chypre, l’un concerne le bracon­nage des petits oiseaux migra­teurs, l’autre beau­coup plus révol­tant concerne des employées de maison étran­gères qui sont exploi­tées par des agences plus où moins mafieuses. Ces femmes devront toute leur vie rembour­ser l’agence qui les a fait venir, elles espèrent s’en­ri­chir pour, le plus souvent, faire vivre leur famille alors que les seules personnes qui vont gagner beau­coup d’argent ce sont les proprié­taires des agences. Les Chypriotes qui les utilisent n’ima­ginent pas les diffi­cul­tés que traversent ces femmes. Pour la bonne société chypriotes ce sont des femmes inter­chan­geables qui leur rendent tous les services possibles sans pour autant cher­cher à les connaître.

Ce roman s’ap­puie sur un fait divers qui a secoué Chypre : des femmes employées ont bruta­le­ment disparu. La police ne cherche abso­lu­ment pas à savoir ce qui s’est passé, le hasard permet­tra de décou­vrir qu’il s’agit d’un crime odieux de femmes sans défense.

Le roman suit le destin d’une de ces femmes : Nisha , une jeune maman Skri Lanquaise, elle va aider Petra à élever Aliki l’en­fant qu’elle a eu alors que son mari est mort avant la nais­sance de ce bébé. Un jour Nisha dispa­raît le roman va racon­ter l’en­quête de Petra qui va ouvrir les yeux sur la vie de Nisha , elle a mauvaise conscience et se rend compte à quel point ces femmes sont malme­nées dans son pays. Elle découvre aussi que Nisha lui a caché son amour pour Yian­nis son jeune voisin, car elle avait peur d’être renvoyée si Petra avait connu cette rela­tion amou­reuse. Yian­nis est est un Chypriotes que la crise de 2008 a tota­le­ment ruiné et il doit sa survie au bracon­nage des oiseaux migra­teurs ce sont de tous petits oiseaux que les restau­ra­teurs s’ar­rachent. Il gagne beau­coup d’argent mais il sait aussi que s’il veut s’ar­rê­ter, il risque sa vie car au dessus de lui les comman­di­taires de cette pratique de bracon­nage, il y a des gens très puis­sants et qui sont prêts à tout pour cacher cette pratique mais aussi pour qu’elle continue.

Un sujet très inté­res­sant mais j’ai un petit bémol pour le style que j’ai trouvé assez plat. Malgré cette dernière remarque je pense que ce livre trou­vera un public assez large.

Citations

Voici une bonne façon d’apprendre la table de 9.

Si tu me demandes combien font 7 fois 9, je sais que la réponse commence par 6. Et que le second chiffre, c’est toujours celui d’avant, moins 1. Par exemple, 8 fois 9 font 72, 7 et 2. 
(PS regar­dez bien la table de 9
1 fois 9 =9
2 fois 9 = 18
3 fois 9 = 27
4 fois 9 = 36
5 fois 9 = 45
6 fois 9 = 54
7 fois 9= 63
8 fois 9 = 72
9 fois 9 = 81
10 fois 9 = 90
certes quand on l’écrit ça marche mais pour dire spon­ta­né­ment « 7 fois 9 = 63 cela demande une gymnas­tique de la mémoire qui me semble compli­quée, moi quand j’étais enfant pour la table de 9 je me disais : 7 fois 9 = 70 – 7 = 63 .)

Le crack de 2008.

Avant la crise de 2008, la Laiki banque était en plein essor. elle s’ap­prê­tait à deve­nir le véhi­cule d’in­ves­tis­se­ment euro­péen pour le fonds d’état de Dubaï et elle a joué un rôle pivot dans l’in­dus­trie des services finan­ciers de Chypre. Elle accueillait à bras ouverts les nouveaux entre­pre­neurs russes qui arri­vaient avec des valises remplies de billets et créaient sur l’île des socié­tés admi­nis­trées par des avocats et des comp­tables locaux. Les trans­ferts d’argent entre la Russie et Chypre avaient atteint des montants astro­no­miques. La banque avait même géré les affaires de Slobo­dan Milo­se­vic. Dans les années 1990, son gouver­ne­ment avait trans­féré des milliards de dollars en espèces par notre inter­mé­diaire, en dépit des sanc­tions des Nations Unies.

Son expan­sion agres­sive en Grèce fut fatale à la Laiki. Le bilan était sous-capi­ta­li­sée au moment de la crise finan­cière mondiale et ce fut la dégrin­go­lade. La banque fut déman­te­lée. Je perdis mon emploi, mes écono­mies et ma femme ‑dans cet ordre.

Un policier caricatural ?

Je ne peux pas m’amu­ser à cher­cher ces étran­gères. J’ai du travail. Si elle ne revient pas, c’est sans doute qu’elle est passée au nord. C’est ce qu’elles font. Elles vont du côté turc dans l’es­poir de trou­ver un meilleur emploi. Ces femmes sont des animaux, elles obéissent à leur instinct. Ou à l’argent. Vous devriez rentrer chez vous et débar­ras­ser sa chambre. Si elle n’est pas de retour à la fin de la semaine, appe­lez l’agence pour deman­der qu’on vous envoie une autre bonne.

L’horreur de la guerre à Chypre.

Une seule fois, j’ai entendu mon père parler avec savoir d’avant ‑une voix sincère et bienveillante‑, et ce fut pour dire qu’il avait tué un ami au combat. Il ne nous avoua jamais son nom.
Ces années d’après guerre m’ont appris une leçon que je n’ai pas oubliée : on pouvait se refer­mer en soi-même, et, comme mon père, ne jamais retrou­ver la sortie.

Exemple de ce que vivent les femmes étrangères domestiques à Chypre.

Mutya Santos, une autre Philip­pine, venait de Manille. Elle s’en­ten­dait bien avec sa première employeuse et dînait avec elle chaque soir. À la mort de la vieille dame, on l’avait placée chez un homme qui essayait constam­ment de la tripo­ter, entrait dans la salle de bain quand elle était sous la douche et se glis­sait dans sa chambre pendant son sommeil. Elle s’était plainte à l’agence qui avait refusé d’in­ter­ve­nir. Lorsque son patron l’avez appris, il l’avait congé­diée. Elle aussi s’était retrou­vée sans rien, avec une énorme dette à rembourser. 

Édition Phébus. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Natha­lie Bru

Ce roman m’a été offert car j’avais bien aimé « Dans la Forêt » de la même auteure. J’ai plus de réserves sur celui-ci qui connaît cepen­dant un beau succès sur la blogo­sphère . J’ai eu un plai­sir certain à décou­vrir les destins croi­sés de Cerise et Anna. Ces deux femmes ont, au même âge, avorté pour Anna, eu un bébé pour Cerise. Nous retrou­vons ces deux femmes à d’autres moments clés de leur vie. Cerise éprou­vera pour sa fille Mélody un amour si fort qu’elle pensait que rien ne pour­rait briser leur entente fusion­nelle. Anna se réali­sera comme photo­graphe auprès d’un homme atten­tif avec qui elle aura deux enfants. Elle cachera à tous son avor­te­ment et pense mener sa vie sans que cela prenne trop de place.

Pour Cerise la vie est faite de toutes les diffi­cul­tés d’une mère céli­ba­taire pour qui la survie est toujours remise en cause par le moindre problème, et elle va les accu­mu­ler, les problèmes ( un peu trop à mon goût). Cela nous vaut l’habituel plon­gée dans le monde des exclus de la pros­pé­rité américaine.
Avec Anna nous parta­geons la vie d’une femme qui se demande si sa voca­tion d’artiste vaut la peine de bous­cu­ler sa famille en parti­cu­lier ses deux petites filles.

A travers des rebon­dis­se­ments tragiques pour Cerise, plan galère pour Anna, ses deux femmes se retrou­ve­ront et permet­tront à l’une comme à l’autre un nouveau départ dans leur vie.

J’ai retrouvé les longueurs habi­tuelles pour ce genre de roman améri­cain, plus de six cent pages ! Je peux parfois avoir plai­sir à rester long­temps avec des person­nages et des lieux mais dans ce roman je me suis trou­vée avec des person­na­li­tés figées dans des atti­tudes et des situa­tions qui me semblaient plus proches de la démons­tra­tion ou du cliché que de personnes réelles. La révolte de Mélody à l’adolescence telle­ment trai­tée dans tous les romans, séries et films améri­cains est un grand clas­sique. Ainsi que la misère de ceux qui en sont réduits à vivre dans un mobile-home comme Cerise avant d’être réduite à dormir dans la rue après le tragique incen­die dans lequel son bébé trou­vera la mort.
De l’autre côté la diffi­culté à être une bonne mère quand on veut se réali­ser à travers son travail artis­tique et permettre à son mari de trou­ver un job à la hauteur de ses ambi­tions intel­lec­tuelles est un sujet inté­res­sant mais déjà traité dans bien des romans.Voilà ma réserve prin­ci­pale, je n’ai pas réussi à croire aux deux person­nages de femmes. Je ne voudrais pas que mon opinion l’emporte sur votre envie de lire ce roman qui reçoit des éloges en grande partie mérités .

Citations

L’œil de la photographe

Bien avant d’avoir tenu un appa­reil photo entre les mains, elle s’était aper­çue que, juste en regar­dant un objet ordi­naire, elle pouvait le trans­for­mer en quelque chose de rare et d’étrange. Cette sensa­tion que les autres enfants obte­naient en tour­nant sur eux-mêmes ou en se lais­sant rouler dans la pente des collines, elle l’éprou­vait en scru­tant de toutes ses forces le robi­net en laiton du mur laté­ral, ou le moineau qui sautillait sur la terre polie en dessous des balan­çoires, au point bien­tôt de ne plus voir que le lustre de l’usure sur le bec du robi­net ou l’étin­celle dans l’œil du moineau.

Remarque de la mère des dessins de Cerise à propos de son père.

- Je ne sais pas du tout d’où tu tiens ça, pas de moi, en tout cas, ça c’est sûr, ni de ton père, disaient-elles avant d’en­chaî­ner, pleine d’amer­tume : Ton père n’était même pas fichu de se dessi­ner un avenir.

Dieu

Parfois, elle essayait de prier, comme Sylvia et Jon le lui avaient conseillé. Mais des réponses qui lui venaient quand elle tentait d’adres­ser ses réflexions à Dieu pour qu’il lui serve de guide ne ressem­blaient jamais à ce qui aurait plu à Sylvia et à Jon, si bien que Cerise se disait qu’elle s’y prenait mal, que ses prières passaient sans doute à côté de Dieu sans l’at­teindre, comme quand elle compo­sait un faux numéro et se retrou­vait avec un inconnu au bout du fil.

Tellement vrai

Personne n’a le choix, ajouta douce­ment sa grand-mère. on se dit toujours, « je ne pour­rais pas le suppor­ter », mais quand ça arrive, on voit que c’est la seule option possible : supporter.

Des femmes dans le malheur

Parfois les femmes pleu­raient, et les larmes qui coulaient sur leurs joues fati­guées jusqu’à leur de menton trem­blant parais­saient minus­cules compa­rées à leur ocean de souf­frances. Cerise trou­vait une sorte de récon­fort dans leur histoire et dans ces larmes ‑pas par ce qu’elle aimait voir toujours plus de souf­frances, mais parce que la souf­france était la vrai condi­tions des humains. C’était logique que les gens souffrent, logique que rien n’aille bien très long­temps. En regar­dant les autres femmes se rassem­bler autour de celles qui pleu­raient, pour lui tapo­ter le dos et essuyer ses larmes, Cerise se sentait presque de la famille, presque de la famille des femmes qui la réconfortait.

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Édition Acte Sud

C’est peu dire que j’aime cet auteur, je veux bien partir avec lui dans toutes « ses traver­sées » à l’ori­gine de la famille Desro­siers sans jamais m’en­nuyer. Après, « Victoire » et surtout « La traver­sée du Conti­nent » qui avait vu la petite Rhéauna, arri­ver chez sa mère Maria qui l’a fait venir pour s’oc­cu­per de son petit frère né d’un autre père, nous voilà avec elle, sa mère et son petit frère en 1914 à Mont­réal. Rhéauna, a fini par accep­ter et aimer son sort car son petit frère est adorable et sa mère fait tout pour qu’elle aille à l’école et satis­fasse son envie de lecture. Elle ne s’oc­cupe du petit que lorsque sa mère travaille dans le bar le soir. Mais cette enfant écoute les conver­sa­tions des grands et évidem­ment, en 1914, on parle de la guerre, comme c’est une enfant coura­geuse, elle décide de sauver sa mère et son petit frère et d’ache­ter des billets de train pour rejoindre ses grands-parents et ses deux sœurs à la campagne dans le Saskat­che­wan. On suit donc le trajet de cette enfant à travers la grande ville de Mont­réal et tous les dangers qu’elle est capable d’af­fron­ter seule. Mais le roman n’est pas construit de façon linéaire, parfois nous sommes en 1912 quand Maria arrive chez son frère Ernest et ses deux sœurs Tititte et Tina et qu’elle explique pour­quoi elle est venue les rejoindre : elle est enceinte d’un homme qui n’est pas de son mari et qui a disparu .

Dans « la traver­sée des senti­ments » les enfants sont un peu plus grands et les sœurs ont décidé de reve­nir à Duha­mel. Là où la famille a des attaches racon­tées dans le roman « Victoire ». Ce roman est l’oc­ca­sion de plon­ger dans la vie des trois sœurs dans ce qu’elle a de plus intime. Michel Trem­blay est un analyste de l’âme fémi­nine d’une finesse et d’une déli­ca­tesse incroyable. Les huit jours de vacances à Duha­mel le petit village de campagne vont donner le courage à Maria pour aller cher­cher ses filles chez ses propres parents dans le Saskatchewan.

Tout le charme de ces romans vient du style de l’au­teur et du temps qu’il prend avec chaque person­nage pour nous faire comprendre leurs choix de vie. Et puis il y a le charme du québé­cois qui chante à mes oreilles. C’est un auteur qui me fait du bien alors qu’il ne raconte pas des vies faciles, je préfère large­ment cette approche par la litté­ra­ture de la vie très dure aux romans où l’au­teur se plaît dans le glauque.

Citations

Maria

Maria marchait vite, s’in­té­res­sait peu aux vitrines pour­tant magni­fiques devant lesquelles elles passaient et n’ar­rê­tait pas de lui dire de se dépê­cher alors qu’elle n’étaient pas du tout pres­sées. Sa mère ne se promènent pas, elle se « rend » quelque part.

Théorie médicale

Leur mère avait terro­risé ses enfants pendant des années en guet­tant chez eux le moindre petit symp­tômes de rhume pendant les vacances esti­vales. « Un rhume en hiver, c’est normal, il fait frette, on attrape froid au pieds, pis c’est plein de microbes. Un rhume en été, c’est parce que le corps va pas ben, que le sang est pourri, pis on peut attra­per des numo­nies sans même s’en aper­ce­voir ! C’est hypo­crite, les numé­ri­sés d’été. Ça tue le temps de le dire. »

J’aime cette façon de raconter :

C’est un drôle de mot succom­ber. C’est un mot qui fait honte après, qu’on trouve laid après, mais qui est telle­ment diffé­rent pendant que ça se passe. Succom­ber quand t’es pas marié, ça fait peur avant, t’as honte après, mais si t’es en amour, c’est telle­ment magni­fique pendant.

Le plaisir et le bonheur des femmes

Les autres femmes n’osent pas inter­ve­nir. Elles ne se regardent même pas. Titille à connu un mariage blanc catas­tro­phique avec un Anglais frigide, Tina a aimé avec passion un homme qui l » a laissé tomber quand il a appris qu’elle atten­dait un enfant de lui, Maria a quitté deux ans plus tôt un vieux monsieur bien gentil et fort géné­reux mais qui était loin de combler ses attentes après avoir été marié à un marin toujours absent et qui ne reve­nait que pour lui faire des enfants. Et voilà que leur cousine dispa­rue de la Saskat­che­wan des années avant elles, celle qu’on tant conspué dans les soirées de famille, dont elle disait qu’elle était allée s’en­ter­rer dans le fond des Lauren­tides, dans l’Est Du pays, pour cacher sa vie de misère avec un batteur de femmes, celle qu’on donnait en exemple pour faire peur aux jeunes filles qui voulaient quit­ter le village à la recherche du grand amour, Rose Desro­siers, qui portait presque un nom de sorcières, se révé­lait être la seule comblée d’entre elles, sans doute la plus heureuse, en tout cas la plus satis­faite de son sort.

Édition Albin Michel

Le destin de femmes, en parti­cu­lier les quatre femmes de la famille Mali­vieri, Agnès la mère, Sabine l’aî­née, Hélène la seconde et Mariette la cadette est décrit avec préci­sion par Véro­nique Olmi, ce récit est inscrit dans le temps : de 1970 à 1981.

C’est un gros roman de cinq cents pages, l’au­teure souhaite donner la même impor­tance à chacune de ces femmes. C’est donc l’émer­gence de la condi­tion fémi­nine qui va être le prin­ci­pal moteur de cette histoire.

Nous sommes au début, dans la famille Mali­viéri, un couple uni dans la foi catho­lique et qui est presque dans la misère, car le père, Bruno doit payer pour la faillite finan­cière de l’affaire de son père. À cause de ce manque d’argent, la famille doit accep­ter un chèque mensuel de la famille Tavel, le beau-frère d’Agnès, sa sœur a fait un très beau mariage avec un très riche indus­triel. La seule contre partie à ce chèque mensuel, c’est de lais­ser Hélène venir passer toutes ses vacances dans la famille Tavel. C’est humi­liant et compli­qué à vivre pour la petite fille, car elle aime les deux familles et ne se sent chez elle nulle part. Ses deux pères sont des figures bien­veillantes qui vont l’ai­der à se construire une person­na­lité toujours un peu ambivalente.

Commen­çons donc par la mère Agnès, dernière née d’une famille nombreuse, elle n’a pas été soute­nue dans son désir d’études et s’est préci­pi­tée dans son mariage avec le gentil Bruno, pensant trou­ver là le moyen de se réali­ser. Le début de leur union sera marqué par la perte d’un enfant à la nais­sance, mais la foi chré­tienne et la vie de famille avec trois filles suffi­ront au bonheur d’Agnès. Et puis les filles parti­ront vivre leur vie et le silence qui s’ins­talle dans leur petit appar­te­ment devient pesant. Elle décide alors de deve­nir factrice et c’est encore un moment de bonheur dans le monde du travail qui s’ins­talle pour elle . Hélas ! une dernière gros­sesse dési­rée par le couple se soldera par un drame (je ne peux pas sans trop en dire sans divul­gâ­cher la fin).

Ensuite vient Sabine, l’aî­née des filles qui a une volonté de fer et une éner­gie peu commune. Elle n’a qu’une envie vivre à Paris et quit­ter l’at­mo­sphère étri­quée de la province. Elle se lancera dans une carrière d’ac­trice et nous permet de décou­vrir la galère des débuts dans le monde du spec­tacle et toutes les luttes qui ont marqué cette époque. Elle a des amours compli­qués et un enga­ge­ment poli­tique à gauche qui lui permet­tra de fêter avec un grand bonheur la victoire de Mitter­rand sur Giscard .

Vient ensuite Hélène, la seule qui soit à l’abri des soucis finan­ciers grâce à l’af­fec­tion de son oncle David Tavel. Elle épou­sera la cause animale et se lance dans la lutte pour la survie de toutes les espèces. Ses amours ne sont pas très simples et cela nous permet de décou­vrir le monde de Neuilly vu du côté des jeunes très favorisés.
Il reste donc Mariette qui a vécu long­temps seule avec ses parents et qui en veut à ses sœurs de ne pas se soucier plus des diffi­cul­tés de Bruno et Agnes , elle se décou­vrira une passion pour la musique et un amour pour Joël qui l’aide à comprendre ses parents.
J’ai oublié une autre femme : Laurence une femme aisée et libre qui vit dans une belle bastide et qui sera un point d’ap­puie impor­tant pour Agnès et Mariette.

Bien sûr il y a des hommes mais ils ne sont là que pour accom­pa­gner le chemi­ne­ment de ces femmes. Même Bruno, le gentil Bruno, qui jamais ne s’im­pose auprès de sa femme ni de ses filles.

C’est un roman qui se lit très faci­le­ment et où on retrouve des aspects de la société que l’on a connus. Je trouve très bien raconté, l’ar­ri­vée de la sexua­lité dans la vie des jeunes filles. La peur et l’at­ti­rance à la fois. Comme je viens d’un milieu laïc, je suis étran­gère à l’en­ga­ge­ment reli­gieux des parents, mais laïcs ou catho­liques se retrouvent dans la condam­na­tion d’une sexua­lité fémi­nine libé­rée. J’ai été un peu lassée par la répé­ti­tion des modèles fémi­nins. Si elles sont diffé­rentes, ces quatre femmes, elles donnent toutes l’im­pres­sion de sortir d’un cocon et d’ou­vrir peu à peu leurs ailes pour affron­ter le monde. Je n’ai pas réussi à croire complè­te­ment aux person­nages, et je regrette qu’au­cun homme ne prenne une vraie consis­tante. J’imagine cepen­dant assez bien l’adaptation de ce roman en une mini série télévisée .

Citations

Bien observé

Autour du cou une étiquette à son nom Hélène Mali­vieri , mais elle n’avait plus, comme lors­qu’elle était plus jeune, à tenir la main d’ho­tesse de l’air qui ressem­blaient toutes à Fran­çoise Dorléac et s’avan­çaient au-devant de son père avec un air affran­chi et une sensua­lité piquante.

Le manque d’argent

Le manque d’argent rendait les liens fragiles, comme si tout pouvait dispa­raître d’un jour à l’autre, et les parents à force de se priver et de faire atten­tion ressem­blaient à deux enfants au bord de la route sans jamais arri­ver à traverser.

Le mariage

Les liens du mariage sont sacrés, avait-il expli­qué à ses filles, ils ne peuvent jamais être rompus, le mariage est indis­so­luble, comme le métal dans l’eau, c’est in-dis-so-lu-ble, ça ne cesse jamais d’exis­ter même après un divorce puisqu’un mariage ne peut pas être annulé, donc le divorce c’est tout simple­ment impos­sible. Cela les avait soula­gées d’ap­prendre que jamais leurs parents ne divor­ce­raient, que ce malheur-là ne pour­rait pas avoir lieu, mais il y avait avant cet indis­so­lu­bi­lité une éner­gie puis­sante qui donnait au mariage la force d’une condamnation.

Les castings

Un direc­teur de casting lui dit qu’il avait quelque chose pour elle, elle pouvait faire un stage et deve­nir casca­deuse, on manquait de casca­deuse. Un autre lui demanda de rire. Elle rit. De pleu­rer. Elle pleura. Il frappa dans ses mains, Ris ! Pleure ! Rit ! Pleure !Et quand elle eut fini, il lui dit qu’elle était très ordinaire.

Portrait d’un mari et (père) effacé

Il ne compre­nait pas qu’A­gnès soit partie en cachette, comme si elle avait été captive, mais peut-être avait-elle besoin de cela aussi, ce senti­ment d’éva­sion, il ne savait pas, il savait peu de chose, à la vérité, il avait la sensa­tion d’être un peu à la traîne et de ne rien voir venir, il demeu­rait cet homme décalé et qu’on aimait pour­tant, il ne savait pas vrai­ment pour­quoi. La mort de la petite fille, Agnès refu­sait d’en parler et cette mort l’ob­sé­dait comme une faute inex­cu­sable, la douleur était physique. Il n’osait dire que l’en­fant lui manquait et qu’il lavait aimée, lui aussi, même s’il ne l’avait pas portée. La gros­sesse, cet état qu’il ne vivrait jamais, était sa défaillance, il était spec­ta­teur d’un mystère puis­sant et mena­çant. Il avait l’im­pres­sion d’avoir toujours vécu avec Agnès et il pensait rare­ment à sa vie d’avant, son enfance au fil du temps était devenu une zone un peu floue, appar­te­nant à un petit garçon aux cheveux rasés et au sourire rêveur, ainsi que les photos le repré­sen­tait au milieu de garçons en short et de filles aux nattes brunes, ses frères et soeurs. C’était loin, des années sans tendresse dont il aurait préféré se passer. Agnès n’était pas la deuxième partie de sa vie, elle était toute sa vie, une vie prise à présent entre deux enfants perdus, l’ef­froyable chagrin sans souvenir.

Création de la ligue de protection des oiseaux

C’était juste avant la Grande Guerre. En 1912. Des safa­ris était orga­ni­sée sur les côtes bretonnes par les chemins de fer de l’Ouest, et chaque dimanche des chas­seurs débar­quaient pour tirer sur les maca­reux moines venus nicher en France. Le soir ils repar­taient et lais­saient derrière des oiseaux plom­bés, des pous­sins affa­més et des oeufs explo­sés. Un homme, le lieu­te­nant Hémery, a décidé de stop­per ce massacre. Il a créé la Ligue pour la Protec­tion des Oiseaux, et la chasse dans les sept îles au large de Perros-Guirec est devenu illégale.

Le symbole de Luocine : le fou de bassan

Depuis 1930, l« île parce qu’elle est proté­gée attire les fous de Bassan. Ces milliers de points blancs, ce sont eux, en colo­nie, sur l’île de Rouzic, que l’on surnomme l’île aux oiseaux. Ils l’ont choi­sie pour sa sécu­rité mais aussi pour les bonnes condi­tions de vent du vent, de dépla­ce­ment et de nour­ri­ture tout autour.

Édition Folio . Traduit de l’an­glais par Anouk Neuhoff

C’est la dernière fois que je lis cette auteure . Cette lecture a été un véri­table pensum, comme souvent dans ces cas là, j’ai parcouru les pages quand je m’en­nuyais trop avec Clare qui cherche à rencon­trer l’homme de sa vie. Elle fait une pause dans son couple avec Jona­than qui a le défaut d’être trop préve­nant, et va à la rencontre de Joshua . Tout cela sous le regard d’une vieille femme très origi­nale qui est le seul person­nage qui parfois m’a sortie de mon ennuie. C’est peut-être une mauvais pioche mais déjà je n’avais pas été conquise par « Les Filles de Hallows Farm », mais au moins je pouvais m’in­té­res­ser au récit de la guerre et là ? Des consi­dé­ra­tions sur les diffi­cul­tés de trou­ver l’homme idéal, comme si cela exis­tait, je vais me dépê­cher d’ou­blier ce titre et cette auteure.

Citations

Le début humour si british

Mon premier mari, Richard Storm, fut enterré par une torride jour­née d’août dans les faubourgs de Londres. Après les obsèques, une douzaine d’entre nous, rela­tion et amis, repar­tir dans un cortège de grosses voitures noires dont les sièges avez été conçus pour obli­ger les passa­gers à se tenir droit en gage de respect. Le trajet se déroula dans cette posi­tion incon­for­table, personne ne souf­flant mot.

La fin d’un amour

Mais au début il était gentil et pas trop exigeant. Je crois vrai­ment que je l’ai­mais quand je l’ai épousé. Mais ce que je ne comprends pas, c’est comment, un jour, on peut aimer quel­qu’un en toute quié­tude, et puis, le lende­main, comment des détails qui ne vous déran­geaient pas du tout jusque-là vous rendent carré­ment dingue. Je me suis mise à détes­ter des choses auxquelles il ne pouvait rien. La forme de sa nuque, sa respi­ra­tion sifflante le matin à cause de son asthme. Quand j’ai fini par décla­rer qu’il fallait qu’un de nous deux s’en aille, il a aban­donné la partie sans se battre une seule seconde. J’au­rais pu le tuer tant il était raisonnable.

Édition La table ronde . Traduit de l’An­glais par Chris­tiane Arman­det et Anne Bruneau

C’est sans doute pendant le mois anglais que j’ai vu le nom de cette auteure, je sais que Keisha et Katel l’ap­pré­cient. Si vous ne connais­sez pas ce roman, je vous remets le sujet en tête : trois femmes britan­niques très diffé­rentes sont volon­taires pendant la deuxième guerre mondiale pour travailler dans une ferme. En effet, la mobi­li­sa­tion de jeunes hommes anglais privent l’agri­cul­ture de bras précieux. Elles sont très diffé­rentes et pour­tant toutes les trois auront une aven­ture sexuelle avec le fils du fermier : Joe, réformé pour asthme. Prue, la jeune coif­feuse se lance immé­dia­te­ment dans la séduc­tion de Joe pour­tant fiancé offi­ciel­le­ment à Janet qui travaille dans une ville éloi­gnée . Ag ne va utili­ser les services de Joe que pour se débar­ras­ser de sa virgi­nité qui l’en­combre, avant de pouvoir se lancer dans l’aven­ture amou­reuse avec son collègue profes­seur à Cambridge Eliel. Stella est passion­né­ment amou­reuse d’un bel offi­cier de la marine britan­nique Philip qu’elle n’a rencon­tré que trois fois. Lorsque son rêve rencon­trera la réalité elle sera déçue et vers qui ses regards se tour­ne­ront ? et oui Joe, et ils fini­ront par s’aimer.

J’avoue ne pas avoir été enthou­siaste par ce roman qui se centre trop les amours des uns et des autres, mais il est sauvé par la toile de fond : la guerre 3945 sur le sol anglais.

Citations

Genre de remarques qui me fait aimer les romans anglais

Des années aupa­ra­vant, sans s’ex­traire de sa somno­lence, elle lui aurait récla­mer un baiser. Il se serait exécuté et en aurait été remer­cié d’un sourire en sommeiller. À propre­ment parler, et tu dis tu n’avais pas souri depuis des années. Pas de bonheur. La seule chose qui faisait briller ses yeux, c’était le triomphe. Triom­pher de ses voisins, ses clients. Triom­pher de n’im­porte qui, et de Ratty lui-même. Il se deman­dait ce qui avait si vite trans­for­mer une jeune fille insou­ciante en une vieille femme revêche. Rien que Ratty pût clai­re­ment iden­ti­fié, il faisait ce qu’il pouvait pour la satis­faire. Mais il avait appris que le mariage était une drôle d’af­faire. À l’époque ‑jeune homme tout fou- il ne savait pas dans quoi il se lancer. Et il n’avait jamais envi­sagé d’aban­don­ner sa stérile embar­ca­tion. Il avait fait des promesses au Seigneur et il ne Les romprait pas.

Deux conceptions de l’amour

Je suis si déses­pé­ré­ment roman­tique que la seule idée de l’amour me suffit presque, bien que je sache, au fond de mon cœur, que l’es­sen­tiel n’est que chimère et que je serai déçue. Je le suis presque toujours. Et cette fois avec Philippe, je crois que c’est différent. 
-Je croi­se­rai les doigts, dit Prue. Moi je ne marche pas dans tout ces romans fleur bleue. Surtout pas quand il y a une guerre, pas de temps à perdre,. Se désha­biller aussi vite que possible, voilà ma devise, avant que ces pauvres diables ne soient tués. Un peu de plai­sir rapide, puis au suivant. À la fin de la guerre, quand nous serons tous un peu plus vieux et plus sage, il sera temps de cher­cher un mari. C’est là qu’un million­naire sans méfiance sera le bien­venu. En atten­dant, je prends mon plai­sir là où je le trouve.

Édition Le Livre de Poche

Une auteure et un livre que vous êtes nombreuses (sans oublier Jérôme ) à aimer. Je l’ai lu rapi­de­ment l’été dernier sans faire de billet. Il m’avait rendu si triste ce roman, juste­ment pour son aspect circu­laire. Dans ce cercle où tout se repro­duit à l’iden­tique, je me sens malheu­reuse et je crois que la vie peut être plus belle que cela. Marion Brunet à mis en exergue de son roman cette cita­tion de Maupas­sant que j’aime tant :

« La vie voyez vous , ça n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit ».
Mais ici, il n’y a rien de bon que du sordide.
Le roman commence par une scène qui sera reprise à la fin, la famille va ensemble a une fête foraine mais le soir Céline, la fille aînée de Manuel, un maçon d’ori­gine espa­gnole et de Séve­rine, fille d’un paysan de la région annonce sa gros­sesse à ses parents. Elle n’a que 16 ans et refuse de dire qui est le père de cet enfant. C’est vrai­ment dommage car, pour son père, cela ne peut être que Saïd l’Arabe avec qui il revend des objets que celui-ci vole dans les villas qu’il restaure, l’Arabe va le payer très cher. Je sais vous n’ai­mez pas qu’on divul­gâche le suspens des romans, surtout qu’ici on annonce un roman poli­cier. Tout est telle­ment prévi­sible dans cet enfer de gens qui ont tout raté dans leur vie et qui ne trouvent de l’éner­gie que dans la bière ou les ciga­rettes . Pour moi ce n’est pas le côté poli­cier qui fait l’in­té­rêt du roman mais dans la descrip­tion d’un milieu social qui n’a aucun sens des valeurs. J’ai du mal à imagi­ner que de telles personnes existent mais pour le temps du roman, il faut l’ac­cep­ter. Personne ne sort indemne de cette pein­ture sociale pas plus le grand père paysan qui emploie des clan­des­tins et les dénonce à la gendar­me­rie pour ne pas les payer, que les parents de Céline et de Johanna qui ne cherchent pas à comprendre leurs filles adoles­centes, même Saïd trempe dans des affaires de recels, l’ins­ti­tu­trice gentillette est ridi­cule et la police complè­te­ment nulle. L’ab­sence de leur enquête montre bien qu’il ne s’agit pas d’un roman poli­cier. La seule qui donne un peu d’es­poir c’est Johanna qui aime le théâtre et les livres.
C’est un roman sur l’ado­les­cence dans un milieu frustre et aigri dont les seuls déri­va­tifs sont l’al­cool et les ciga­rettes. Il se lit faci­le­ment car il est bien enlevé et rempli de remarques très justes sur un monde qui va mal, mais pour moi tout est trop prévisible.

Citations

Le début du roman

Chez eux , se souvient Johanna, ou une main au cul c’était un truc sympa, une façon d’ap­pré­cier la chose, de dire « t’as de l’ave­nir » – à mi-chemin entre une caresse et une tape sur la croupe d’une jument. Les filles avaient des atouts, comme au tarot, et on aurait pu croire que si elles jouaient les bonnes cartes au moment adéquat, il y avait moyen de gagner la partie.

Conséquences de l’alcool au volant.

David et son cousin Jérémy s’étaient plan­tés un soir, au carre­four entre l’en­trée d’au­to­route vers Marseille et la bretelle pour Cavaillon. La bagnole avait heurté le para­pet, finit sa course sur une berges du Rhône. Les pompiers avaient mis des heures pour les sortir de là. David après six mois de coma, s’était réveillé légume (.…)
Les premières années, Jérémy allait le voir régu­liè­re­ment. Il avait eu plus de chance, des frac­tures, mais il s’en était remis(.…) Ses vannes tombaient toujours mal au pied du cousin, pied tordu vers l’in­té­rieur et chaussé de baskets neuves qui le reste­raient Il avait cessé de venir, à cause de sa tante, qui ne suppor­tait plus de le voir. Ce regard lourd de reproches et de détresse ça le rendait fou – c’était lui qui condui­sait, ivre mort.

Genre de dialogues qui me rendent triste.

- Comment va Séverine ?
- Bien. 
-Elle fait un métier diffi­cile. Tous ces mômes c’est bien ce qu’elle fait.
- Elle est canti­nières, papa. Elle leur sert à bouf­fer, c’est tout. 
-Nour­rir des gosses, pour toi c’est rien ?
- Papa…

Édition NRF Galli­mard. Traduit de l’an­glais par Élodie Leplat

J’avais lu des réserves sur ce roman, réserves que je partage, pour­tant son premier roman : » Le Chagrin des Vivants » m’avait beau­coup plu, j’étais moins enthou­siaste pour « La salle de Bal » et encore moins pour celui-ci. On suit le destin de trois amies : Hannah qui cherche à avoir un bébé à tout prix, Clare qui se remet diffi­ci­le­ment de la nais­sance de son fils et Mélissa (Lissa) qui veut réus­sir sa vie d’ac­trice. Ces trois femmes sont les filles de la géné­ra­tion qui pense avoir libéré la femme des carcans qui avaient telle­ment pesé sur elles. Libé­rées ? je ne sais pas si elles le sont mais en tout cas heureuses elles ne le sont pas telle­ment. Lissa, malgré un succès dans une pièce de Tche­khov, finira par renon­cer à sa carrière . Hannah détruira son couple à force de FIV et de trai­te­ment hormo­naux, et Clare ne sais plus si elle est homo­sexuelle ou amou­reuse encore d’un mari qui fait tout pour l’ai­der à élever leur fils. L’au­teure promène son lecto­rat dans l’en­fance et la jeunesse de ces trois femmes et je lui recon­nais un soucis d’honnête très poussé au détri­ment des effets roma­nesques trop faciles. Je pense qu’elle cerne bien les person­na­li­tés des jeunes femmes à l’heure actuelle , mais c’est loin d’être passion­nant. Tout tourne autour de la trans­mis­sion mère/​fille et du désir d’en­fant. ( je me suis demandé si l’au­teure n’étais pas confron­tée à un bébé un peu fati­gant quand elle a écrit ce roman). Les diffi­cul­tés de notre société, et la vie des couples d’au­jourd’­hui sont très bien rendues, et beau­coup d’entre nous recon­naî­trons leur mère, leur fille, leurs amies. Il n’empêche que cette lecture m’a quelque peu ennuyée et je sais que j’ou­blie­rai assez vite ces person­na­li­tés sans grand inté­rêt. Je crois que c’est parti­cu­liè­re­ment compli­qué de rendre compte de la vie « ordi­naire » ! ( pas si ordi­naire que cela puisque deux d’entre elles sont diplô­mées d’Oxford !)

Citations

L’université

C’est là, d’après Lissa, l’en­sei­gne­ment prin­ci­pal de l’Uni­ver­sité, comment racon­ter des conne­ries avec convic­tion. Plus la fac est répu­tée, meilleures sont les conneries.

Droite et gauche en Grande Bretagne

Compa­rés à ses propres parents, la mère et le père de Cate paraissent jeunes. 
Chez Cate on vote à gauche. Chez Hannah on vote à droite.
Chez Cate il y a Zola et Updike. Chez Hannah il y a les Reader Digest et l’En­cy­clo­pae­dia Britannica. 
Le père de Cate fait un métier en rapport avec l’in­gé­nie­rie. Le père d’Han­nah est gardien à l’hô­pi­tal Christie.
Chez Cate il y a de l’huile d’olive. Chez Hannah il y a de la vinai­grette toute prête.