Édition livre de poche

J’ai vu ce roman sur de nombreux blogs en parti­cu­lier, un billet que j’avais remar­qué de Domi­nique, (déso­lée pour les blogs que j’ou­blie de citer). J’ai déjà beau­coup lu sur les quêtes de mémoire quand il ne reste plus que des lambeaux de souve­nirs de familles déci­mées par la Shoa. Anne Berest est la petite fille de Myriam qui est elle même la fille d’Ephraïm et d’Emma et la sœur de Noemie et Jacques tous les quatre morts à Ausch­witz et dont les noms ont été écrits sur une carte postale envoyée à sa mère en janvier 2003.

Anne est donc juive par sa mère et bretonne par son père. Élevée loin de toute reli­gion par des parents intel­lec­tuels et atten­tion­nés, elle accorde que peu d’im­por­tance à cette origine. Jusqu’au jour où elle veut savoir et trans­mettre à ses enfants ce passé. La première partie du livre, nous permet de décou­vrir le destin de la famille Rabi­no­vitch, origi­naire de Russie, Ephraïm devient un fervent défen­seur du socia­lisme mais très vite il déchante sur le régime commu­niste et est obligé de s’en­fuir. Sa femme Emma Wolf est origi­naire de Lodz et aimera toute sa vie son mari malgré quelques diver­gences en parti­cu­lier sur la reli­gion, elle est pieuse et respecte les fêtes juives.
1019 date de nais­sance de Myriam à Moscou, c’est la la grand mère de l’au­teure et avec ses parents elle commence une péré­gri­na­tion à travers une Europe qui ne veut plus de Juifs. La Litua­nie puis Israël d’où ils repar­ti­ront (hélas) pour la France. Ils ont eu le temps d’al­ler à Lotz où la famille d’Emma très aisée sent monter l’an­ti­sé­mi­tisme polo­nais sans pour autant tenter de fuir.

Enfin, ils arrivent en France avec leurs trois enfants et Ephraïm veut abso­lu­ment deve­nir fran­çais . La suite on l’ima­gine : leurs deux enfants seront dépor­tés avant eux Myriam était alors mariée à un fran­çais et n’était pas sur la liste du maire d’Evreux, mais elle était là ce jour là, son père l’a obli­gée à se cacher dans le jardin. Et ensuite Ephraïm et Emma seront à leur tour déportés.

Histoire trop banale , mais si bien racon­tée avec des allers et retours vers le temps présent et les recherche d’Anne qui s’ap­puient sur le travail très appro­fondi de sa mère Leila qui avait déjà trouvé et classé un très grand nombre de documents.
La deuxième partie du récit a pour but de nous faire décou­vrir la vie de Myriam pendant et après la guerre et fina­le­ment au dernier chapitre l’ex­pli­ca­tion de la carte postale.

Le fil conduc­teur du roman, serait à mon avis de se deman­der ce que veut dire d’être juif et pour­quoi même aujourd’­hui l’an­ti­sé­mi­tisme peut donner lieu à des injures comme « sale juif ! » ou une exclu­sion d’une équipe de foot car dans la famille d’un petit Hassan de sept ans, on ne joue pas avec les juifs !

Ephraïm a telle­ment confiance dans la France, le pays des droits de l’homme que jusqu’à la fin il restera persuadé qu’il est à l’abri et ne veut pas entendre les messages d’in­quié­tude qu’il reçoit. Myriam gardera espoir le plus long­temps possible d’un éven­tuel retour de sa famille ou au moins de son jeune frère et de sa sœur. Elle s’en­fer­mera dans un mutisme tel que sa propre fille aura bien du mal à comprendre l’hor­rible réalité et à remon­ter les fils de l’his­toire fami­liale si inti­me­ment liée à celle des pires atro­ci­tés du siècle.

Quand Anne Berest part à la recherche de ce qui reste des traces de la présence de ses parents dans le petit village des Forges, j’ai retrouvé ce que j’avais senti en Pologne : la peur que l’on demande des comptes à des descen­dants de gens qui n’ont pas toujours bien agi voire pire. Comme cette famille chez qui elle retrouve les photos de sa famille et le piano de son arrière grand-mère.

Je n’ai pas lâché un instant cette lecture et je reli­rai ce livre certai­ne­ment car je le trouve parfai­te­ment juste et passion­nant de bout en bout. Il va faire partie des indis­pen­sables et je vais lui faire une place chez moi car comme le dit un moment Anne Berest c’est impor­tant que les juifs enva­hissent nos biblio­thèques, on ne peut plus faire comme si l’an­ti­sé­mi­tisme n’avait été que l’apa­nage des Nazis même si ce sont eux qui ont créé la solu­tion finale celle-ci n’a pu exis­ter que parce que chez bien des gens on ne voulait pas savoir ce qui arri­vait à « ces gens là » quand on les parquait dans des camps puis quand on les faisait monter dans des trains pour l’Allemagne.

Citations

Un moment de notre histoire.

Ephraïm suit de près l’as­cen­sion de Léon Blum. Les adver­saires poli­tiques, ainsi que la presse de droite, se répandent. On traite Blum de « vil laquais des banquiers de de Londres », « ami de Roth­schild et d’autres banquiers de toute évidence juifs ». « C’est un homme à fusiller, écrit Charles Maur­ras, mais dans le dos »

Dialogue du petit fils avec son grand père juif et croyant .

- Tu es triste que ton fils ne croit pas en Dieu ? demande Jacques à son grand-père. 
- Autre­fois oui j’étais triste. Mais aujourd’­hui, je me dis que l’im­por­tant est que Dieu croit en ton père.

La liste Otto.

Tout à fait, la La liste « Otto » du nom de l’am­bas­sa­deur d’Al­le­magne à paris, Otto Abetz. Elle établit la liste de tous les ouvrages reti­rés de la vente des librai­ries. Y figu­rait évidem­ment tous les auteurs juifs, mais aussi les auteurs commu­nistes, les fran­çais déran­geants pour le régime, comme Colette, Aris­tide Bruant, André Malraux, Louis Aragon, et même les morts comme Jean de la Fontaine …

L’importance de porter un nom juif.

Mais petit à petit, je me rend compte qu’à l’école, s’ap­pe­ler Gérard « Rambert » n’a vrai­ment rien à voir avec le fait de s’ap­pe­ler Gérard « Rosen­berg » et tu veux savoir quelle est la diffé­rence ? C’est que je n’en­ten­dais plus de « sale juif » quoti­dien dans la cour de l’école. La diffé­rence c’est que je n’en­ten­dais plus des phrases du genre « C’est dommage qu’Hit­ler ait raté tes parents ». Et dans ma nouvelle école, avec mon nouveau nom, je trouve que c’est très agréable qu’on me foute la paix.
(…)
- Moi aussi je porte un nom fran­çais tout ce qu’il y a de plus fran­çais. Et ton histoire, cela me fait penser que…
- Que ?
- Au fond de moi je suis rassu­rée que sur moi cela ne se voie pas.

Je trouve cette remarque très juste.

Myriam constate que Mme Chabaud fait partie de ces êtres qui ne sont jamais déce­vants, alors que d’autres le sont toujours. 
- Pour les premiers, on ne s’étonne jamais. Pour les seconds, on s’étonne chaque fois. Alors que ça devrait être l’in­verse, lui dit-elle en la remerciant.

Le sens du livre .

Inter­ro­ger ce mot dont la défi­ni­tion s’échappe sans cesse
- Qu’est ce qu’être juif ?
Peut-être que la réponse était conte­nue dans la question :
- Se deman­der qu’est-ce qu’être juif
(…) Mais aujourd’­hui je peux relier tous les points entre eux, pour voir appa­raître, parmi la constel­la­tion des frag­ments épar­pillés sur la page, une silhouette dans laquelle je me recon­nais enfin : je suis fille et petite fille de survivants.

23 Thoughts on “La carte postale – Anne BEREST

  1. keisha on 12 décembre 2022 at 07:14 said:

    Déso­lée, je n’ai pas accro­ché, l’une des raisons étant sans doute que j’ai lu pas mal d’ex­cel­lents livres sur le sujet. Sinon, je pense que ça aurait été une belle lecture.

    • tu as raison sur ce sujet il y a en ce moment un nombre incroyable de livres, mais celui-ci a son origi­na­lité. Je pense que les arrières petits enfants descen­dants de la Shoa ont une mémoire qui les fait souf­frir. J’ai bien accro­ché à cette narra­tion. La seule chose que je ne comprends pas dans ton commen­taire c’est pour­quoi tu es désolée.

      • keisha on 12 décembre 2022 at 11:22 said:

        Tu as mis 5 étoiles et je ne suis pas enthou­siaste sur ce bouquin, voilà pour­quoi. J’aime quand on a des avis qui se rejoignent. ^_​^ Mais tout arrive, parta­ger est important.

  2. Je l’ai person­nel­le­ment noté chez Atha­lie, très enthou­siaste aussi. Et j’ai vu qu’il était sortie en poche.

  3. Contrai­re­ment à Keisha, j’ai bien accro­ché, et pour­tant, j’ai lu par exemple Les dispa­rus de Mendel­sohn (que tu as sans doute lu aussi) qui place la barre assez haut !
    Par contre, j’étais dans une période où j’avais du mal à écrire mes avis, et j’ai préféré n’en rien faire que d’écrire un billet mollasson ! :)
    Le tien est très bien, je pour­rai y renvoyer si besoin.

    • j’ai vrai­ment beau­coup aimé et la fin m’a séduite en fait cette carte postale était le résul­tat d’un geste sans impor­tance. Incroyable et si proche du réel.

  4. Et bien, quel enthou­siasme. je l’avais déjà repéré ce titre, mais si tu le dis en plus indis­pen­sable… Et bien je note !

    • Je suis allée sur Babe­lio et j’ai quelques avis néga­tifs que j’ai lus sans trop les comprendre. Il est vrai que l’on a beau­coup écrit sur le sujet et c’est sans doute la raison pour laquelle certains lecteurs se lassent de ce thème.

  5. j’ai lu des avis non pas vrai­ment néga­tifs mais de lecteurs comme Keisha qui n’ont pas accro­ché, moi j’ai fait comme toi j’ai vrai­ment aimé ce livre malgré peut etre une ou deux maladresses mais je les ai gommé parce que je me suis lais­sée convaincre par le récit, les personnages
    comme toi j’ai déjà beau­coup lu sur le sujet mais quand c’est réussi je n’hé­site pas à y replonger

    • merci pour ce long commen­taire et je trouve que ce livre apporte un nouvel éclai­rage : est ce que les gens qui ont spolié les biens juifs ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour les rendre à leurs descen­dants ? La gêne lors­qu’elle retourne dans la petite ville où s’étaient réfu­giés ses parents est très bien racon­tée. Moi aussi j’ai lu beau­coup de livres sur le sujet mais je suis d’ac­cord avec cette phrase trou­vée, je ne sais plus dans quel livre je cite de mémoire : « lais­sez les livres juifs enva­hir vos biblio­thèques » sous entendu cela ne pren­dra jamais autant de place que tous les morts de la Shoa

  6. Je n’ai pas encore lu l’au­trice, je vais essayer de le faire

    • comme on se le répète souvent on ne peut jamais tout lire, donc si vous avez le temps et que ce livre croise votre route je sais qu’il peut plaire (sauf à Keisha!)a

  7. Beau­coup aimé aussi

  8. Il est sur ma liste depuis un bon moment déjà, et je suis vrai­ment heureux de lire ta chro­nique. Je me souviens avoir entendu un grand nombre de commen­taires très posi­tifs sur ce titre, et j’es­père bien le lire en 2023.

  9. J’ai moi aussi beau­coup aimé ce titre ( et j’en ai été presque surprise … ) Effec­ti­ve­ment, l’his­toire de la famille est tris­te­ment prévi­sible, mais l’in­té­rêt je trouve de ce récit est surtout dans la réflexion sur l’iden­tité juive dont on ne peut faire abstrac­tion et à laquelle il faut trou­ver un sens.

    • je suis entiè­re­ment d’ac­cord, avec ton commen­taire. J’ai eu un petit plai­sir (peut être très person­nel) de voir que l’en­quête autour de la carte postale se termine par un flop. Moi qui n’aime pas le suspens cela m’a fait sourire.

  10. Bonsoir,
    Un beau compte-rendu pour ce livre qui m’a égale­ment beau­coup intéressée.
    Merci
    Anne

  11. Melanie on 19 décembre 2022 at 18:39 said:

    J’ai moi aussi beau­coup appré­cié ce livre. Je sais que des critiques ont repro­ché à cet ouvrage son manque de style (entre autres). Il y avait aussi eu cette polé­mique avec Camille Laurens au moment de sa publi­ca­tion. J’ai pour ma part été très inté­res­sée par cette (en)quête fami­liale. C’est aussi une bonne manière de faire connaître l’His­toire à de jeunes géné­ra­tions car la narra­tion nous rend les membres de la famille d’Anne Berest proches. Dans l’élan de cette lecture forte, j’ai voulu lire un autre roman d’elle (« La femme parfaite ») mais c’était une erreur de le lire à la suite.

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