Les Éditions de Minuit.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

J’ai lu d’ex­cel­lentes critiques de ce roman qui enchante la sphère offi­cielle média­tique, alors que c’est un « flop » pour moi contrai­re­ment à Dasola . Il faut dire que dans la vie courante, je ne m’in­té­resse jamais à la vie des stars ni à leur bonheur, ni à leur malheur. Or ici le « Monu­ment Natio­nal » est un ancien acteur très connu. Quel­qu’un qui a beau­coup beau­coup d’argent qui le dépense sans comp­ter et qui vit dans un château. Sa femme très belle, ancienne miss côte d’azur, a adopté une petite asia­tique, elle raconte son inti­mité sur Insta­gram. Tout ce petit monde est entouré de servi­teurs plus ou moins dévoués. Toute ressem­blance avec des gens connus (Belmondo ? Johnny ? Depar­dieu ?) est voulue par l’au­teur. On profite de la moindre de leurs photos sur les réseaux sociaux et lors du décès du vieil acteur tout le monde se déchire à belles dents pour l’hé­ri­tage. Ce roman se veut une critique acerbe de notre société, les trop riches d’un côté et les pauvres de l’autre , les gilets jaunes au milieu. On y trouve aussi le confi­ne­ment qui empêche certains d’al­ler cher­cher des fonds dans les pays « offshores », et pour couron­ner le tout une « party » offi­cielle avec les Macron . Puis une montée dans la violence et une fin très étrange un peu dans le genre thril­ler. la morale est sauve : les riches deviennent pauvres mais … non les pauvres ne deviennent pas riches.

J’avais lu aussi que cette auteure (autrice pour Atha­lie) était très drôle, elle ne me fait pas rire du tout. J’ai du mal à expli­quer, je crois que de passer du temps avec ces gens creux et mani­pu­la­teurs m’a rendue triste : je n’avais pas besoin d’elle pour détes­ter la famille de Johnny, j’avoue ne pas connaître celle de Belmondo. Je suis souvent touchée par le jeu de Depar­dieu mais je ne veux rien savoir de sa vie ni de ses amitiés avec Poutine …

La richesse des stars m’est indif­fé­rente comme celle des joueurs de foot et c’est peut la raison pour laquelle je suis tota­le­ment passée à côté d’un roman qui a plu à ceux et celles qui côtoient ces stars et qui ont sans doute envie de dévoi­ler leurs plus mauvais aspects, et parler de leur richesse : on aime rare­ment ceux qui ont gagné trop d’argent surtout quand ceux-ci l’étalent sans aucune pudeur à travers les photos qu’ils laissent sur les réseaux sociaux. Je dois dire que je n’avais pas aimé un autre roman de cette auteure « Propriété privée ».

Citations

Exemple de la façon de raconter .

Sans pouvoir se passer de Domi­nique Bernard, notre mère se défiait de lui. Elle crai­gnait toujours, avec le nombre de ses rela­tions, qu’il ménage des inté­rêts concur­rents. Aussi, quand l’agent fit valoir des raisons proto­co­laires, et lui repré­senta qu’on ne pouvait s’in­vi­ter à l’Ely­sée, si célèbres soit-on, en posant tout un tas de condi­tions, elle demanda sèche­ment ce qu’il propo­sait pour satis­faire à la fois le peuple et le président.
Domi­nique Bernard n’avait pour ambi­tion que de satis­faire les artistes, plaida-t-il. Et si le bonheur d’Ambre et Serge passaient par une fête natio­nale, eh bien soit, on trou­ve­rait le moyen d’in­vi­ter le peuple à la party. Mais on ne pour­rait pas insta­gra­mer toute la soirée en direct de la prési­dence. À la place, on filme­rait une courte vidéo avec la première dame dans les jardins de l’Ély­sée. Brigitte serait enchan­tée de présen­ter ses petits enfants à la progé­ni­ture de Serge.

Évasion fiscale et l’argent .

Bien sûr, notre famille avait mis son capi­tal à l’abri. Quelques années plutôt, nos parents avaient pris conseil auprès d’un fisca­liste. Celui ci leur avait aussi­tôt fait remar­quer qu’il n’était pas raison­nable, et même tout à fait impru­dent, de lais­ser crou­pir notre argent dans le même vieux pays quand des contrées plus neuves, plus modernes, offraient des condi­tions autre­ment intéressantes.
Le fisca­liste, pour sa part, n’éprou­vait aucune réti­cence à faire appel aux banques. Seuls les pauvres vivaient de leur argent, résuma-t-il au grand salon, les gilets jaunes qui s’échi­naient à rembour­ser des agios quand la noto­riété ouvrait partout d’in­fini lignes de crédit.

Éditions Anne Carrière 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Quel livre ! et quel exploit litté­raire : racon­ter le vide et inté­res­ser le lecteur. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : du vide de nos civi­li­sa­tions fondées sur l’argent qui n’existe pas ! Comment résu­mer le vide et vous donner envie de vous y plon­ger alors que j’ai failli aban­don­ner cette lecture. J’au­rais vrai­ment eu tort, heureu­se­ment que je m’im­pose la règle des cinquante pages (je n’aban­donne jamais un roman avant d’avoir lu la cinquan­tième page).
Tugdual Laugier est recruté dans un pres­ti­gieux cabi­net de conseil , Michard et asso­ciés, payé sept mille euros par mois pour occu­per un bureau et ne rien faire. Trois années passent et il remplit ce vide sidé­ral à se nour­rir, défé­quer, et mépri­ser sa jeune fian­cée qui est loin de gagner autant que lui en travaillant huit heures par jour. Il lui rappelle sans cesse que c’est grâce à ses sept mille euros par mois qu’elle peut vivre dans ce grand appar­te­ment et qu’ils peuvent sortir le soir : la scène au restau­rant de « La Tour d’Argent » est un moment très réussi, drôle aussi, mais de cet humour grin­çant parfois féroce qui est la marque de fabrique de l’auteur.

Enfin, « on » lui demande un rapport, et il fabrique donc un texte de mille quatre cent pages sur la relance de l’éco­no­mie chinoise. Utili­sant pour cela une seule idée qui lui a été souf­flée par sa fian­cée qu’il méprise tant, imagi­ner que les Chinois veuillent inves­tir dans la boulan­ge­rie fran­çaise, le reste de son rapport est une compi­la­tion de Wiki­pé­dia, et des descrip­tions de ses expé­riences gastro­no­miques dans les diffé­rents restau­rants chinois de la capitale.

Mais la police fran­çaise, toujours bien infor­mée subo­dore un trafic de drogue, puis fina­le­ment comprend qu’il s’agit surtout de détour­ne­ments d’argent .

Tout va main­te­nant repo­ser sur le rapport de Tugdual Laugier, s’il est vide, on aura à faire à des emplois fictifs et des rému­né­ra­tions qui ne corres­pondent à aucun travail. Si ce rapport de mille quatre cent pages (je le rappelle) est un vrai rapport finan­cier alors cette affaire qui aura mis trois ans avant d’être jugée sera vide, elle aussi, malgré les énormes dossiers empi­lés sur le bureau du juge. Il faut savoir aussi que tous ceux qui ont essayé de lire le rapport chinois s’y ennuient telle­ment qu’ils sont pris de vertiges et de dégoût à tel point que personne n’ose se pronon­cer sur sa validité.

Le regard de cet auteur sur notre monde actuel et terrible, je n’ai fina­le­ment pas mis cinq coquillages, que son talent méri­te­rait large­ment car c’est une vision telle­ment triste. C’est un livre origi­nal, écrit par un écri­vain de grand talent , mais qui donne le bourdon !

(Les passages que j’ai reco­piés sont assez longs, c’est le style de Pierre Darka­nian qui veut cela.)

Citations

C’est la première fois que je lis dans un roman la description de cette activité !

Long­temps après les dernières écla­bous­sures, il refer­mait son jour­nal, se rele­vait avec la mine fata­liste qu’il affi­chait au réveil et, avant de s’es­suyer le derrière, jetait un œil atten­tif à sa produc­tion du jour. Était-elle ferme comme l’en­tre­côte qu’il avait dévoré au déjeu­ner ou mollas­sonne comme son tira­mi­sus ? Était-ce une pièce unique et massive ou un chape­let de petites crottes ? Son œuvre, qu’elle fût impo­sante ou figu­ra­tive, le rendait si fier qu’il rechi­gnait à tirer la chasse. N’était-ce pas une part de lui-même après tout, qui flot­tait là, au pied du trône ? N’était-ce pas la seule matière qu’un homme pût véri­ta­ble­ment engen­drer ? Quel dommage en tout cas qu’il fut l’unique expert à profi­ter de la vue d’un si bel étron. Enfin, dans un bruit de cata­racte, surve­nait l’anéan­tis­se­ment de sa produc­tion ultime que Tugdual veillait à faire dispa­raître dans la tuyau­te­rie de l’im­meuble, usant du balai s’il en était besoin, afin qu’ils n’en demeu­rât aucune trace pour la postérité.

Les discussions entre cadres importants .

Le cycle des appro­ba­tions mutuelles se pour­sui­vit, Dong approu­vant Relot d’avoir approuvé Laugier qui avait approuvé Relot d’avoir approuvé Dong. Pris dans ce manège d’auto-appro­ba­tions et de consi­dé­ra­tions d’ordre géné­ral sur les vertus et les dangers de l’au­dace, Tugdual hésita à recen­trer le débat sur le fond de son rapport. S’agis­sait-il d’une conver­sa­tion qui n’en était qu’à ses balbu­tie­ments et qui n’at­ten­dait que la grande idée de Laugier pour qu’elle prît sa véri­table tona­lité, ou bien était-ce au contraire une habile mises en garde de la part de Relot pour l’empêcher d« en trop pour dire, sans atti­rer l’at­ten­tion de Dong ?

Tugdual et son rapport à l’argent et à sa compagne.

Au moment de payer l’ad­di­tion, Tugdual insista pour que Mathilde ne vit pas la note bien qu’elle n’eût pas demandé à le faire. Comme main­te­nant il arrê­tait pas de répé­ter qu’à ce prix-là, il espé­rait qu’elle avait bien mangé, elle finit par se sentir mal à l’aise et se dit qu’à l’ave­nir elle ferait en sorte d’évi­ter les grands restau­rants si c’était pour n’en­tendre parler que de prix et de rapports chinois. Mais Tugdual tenait à lui faire devi­ner le montant du déjeu­ner, non pas pour fanfa­ron­ner, mais pour qu’elle prît conscience de la valeur des choses. 

Je retiendrai cette image

Bête comme une valise sans poignée 

Le bilan de son couple

Tugdual refusa d’y croire. Mathilde plus là ? Pour­quoi donc ? Partie faire une course ? Dîner chez sa mère ? Un pot de départ qui s’éter­ni­sait ? Il inspecta de nouveau une par une les preuves de la vile déro­bades : point de chaus­sures, point de manteau, point d’af­faires, point de Mathilde. Mathilde partie ? Partie pour quoi ? Pour un autre ? C’était incon­ce­vable. Mathilde était une fille bien, éduquée, droite, pas de celles qui se laisse comp­ter fleu­rette. Elle n’était ni volage ni légère. Alors pour­quoi ? À cause de lui, Tugdual ? Et comment donc ? il gagnait sept mille euros par mois, travaillait d’ar­rache pied pour la conten­ter, lui offrait tout ce qu’elle dési­rait, les draps en satin, le dres­sing de leur chambre, des vête­ments de grande marque. Il l’in­vi­tait régu­liè­re­ment au restau­rant, et récem­ment à la tour d’argent, lui avait offert un repas à quatre cent quatre-vingt quatre euros ‑la preuve était dans l’en­trée, pour qui en doutait- , l’avait emme­née l’été précé­dent faire le tour des châteaux de la Loire, lui avait fait décou­vrir des relais et châteaux notés trois étoiles dans le Guide Miche­lin, la bala­dait dans le quar­tier chinois, la gâtait autant qu’un mari pouvait gâter sa femme… Il était dans la vie un compa­gnon stable, équi­li­bré, qui faisait en sorte que Mathilde n’eût à s’oc­cu­per de rien. 
Mathilde était partie.

Les fraudeurs intouchables.

- Michard ? il n’y a pas de quoi s’in­quié­ter. le montage et struc­turé depuis long­temps, et pour l’ins­tant il n’y a rien à faire. 
- Sauf à croi­ser les doigts pour que l’on ne remontent pas jusqu’à Jean-Paul..
De nouveaux, Valade retira ses lunettes et en essuya les verres avec la pochette de sa veste.
– ‑Comment le pour­rait-on ? Tout péna­liste que tu es, tu sais bien qu’il n’ap­pa­raît nulle part, à part sur le réseau crypté de mon cabi­net et sur celui de Mossack à Panama. Le compte suisse du cabi­net corres­pond à un profil numé­roté dont le titu­laire n’est pas Jean-Paul mais la CHC, société suisse elle-même déte­nue par une autre société, panaméenne cette fois …

L’argent

Zhou L’avait initié à sa concep­tion de l’éco­no­mie : l’argent était qu’une croyance, qui n’avait ni plus ni moins d’exis­tence que Dieu, la démo­cra­tie où les droits de l’homme. Si personne n’y croyait, l’argent n’exis­te­rait plus. Mais puisque l’es­sence même de l’argent était une croyance, il n’y avait rien de malhon­nête à faire croire qu’on en avait. À force d’y croire, les gens finis­saient par vous en accor­der, espé­rant en rece­voir davan­tage en retour, et vous donnaient ainsi raison. Une banque prêtait bien de l’argent qu’elle n’avait pas sur la seule certi­tude qu’on lui en rendrait d’avan­tage. Zhou en parlait sur le même ton qu’un guérillero prêchant le marxisme léni­nisme au coin d’un feu de camp. Ensuite était arrivé les concepts plus prag­ma­tiques, la pyra­mide de Ponzi, la surfac­tu­ra­tion, les rapports fictifs, les socié­tés écrans, les prête-noms…

L’expert auprès des tribunaux devient fou et me fait sourire

(Il a décidé de ne pas se nour­rir avant d’avoir fini la lecture du rapport chinois) :

Mais souder un réfri­gé­ra­teur n’est pas chose aisée, surtout pour qui n’est pas brico­leur, et l’ex­pert passa la mati­née du samedi à la recherche d’un trans­duc­teur élec­tro­ma­gné­tique et d’une sono­trode, à lire des modes d’emploi et à souder autant qu’il le put la porte de son réfri­gé­ra­teur Smeg de couleur bleue à volumes de 244 de litres et congé­la­teur de 26 litres, qu’il avait payé mille trois cent quatre-vingt-dix-neuf euros chez Darty en dix mensua­li­tés et offert à sa femme, ce qui avait à l’époque provo­qué une dispute parce que Simone de Beau­voir ne s’était quand même pas battue pendant des années pour qu’au XXI° siècle un mari offrît un réfri­gé­ra­teur à sa femme.

Édition Plon Feux Croi­sés . Traduit de l’an­glais­par Anouk Neuhoff avec la colla­bo­ra­tion de Suzy Borello

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Voici ma première lecture dans le cadre du club de lecture qui a donc repris du service pour ma plus grande joie.

Le thème du mois était : « Les voisins » , ce roman de John Lanches­ter paru en France en 2013 , raconte la vie des habi­tants de Pepys Road. Cette rue bordée de maisons parti­cu­lières a connu le sort de beau­coup de quar­tiers de Londres, d’abord construites pour la classe moyenne, les maisons sont peu à peu rache­tées par de très riches londo­niens qui passent leur temps à faire des trans­for­ma­tions plus couteuses les unes que les autres, il leur faut être à la pointe de la mode et montrer que rien n’est assez beau pour eux. Nous sommes en 2007 et la City fait couler l’argent à flots conti­nus. Ce roman tout en se foca­li­sant sur un quar­tier de Londres donne une photo assez précise de l’ensemble de la ville. Plus que les gens qui seront les acteurs de ce roman, c’est la main­mise de la puis­sance finan­cière qui est analy­sée aussi bien du côté des vain­queurs que des exclus.

Du côté des vain­queurs (en tout cas au début) on trouve Roger et Arabella Yount , leur seule moti­va­tion c’est l’argent, en gagner beau­coup et le dépen­ser au plus vite . Le roman s’ouvre sur l’in­quié­tude de Roger aura-t-il droit à sa prime d’un million de livres dont il aurait cruel­le­ment besoin pour éclu­ser toutes ses sorties d’argent ? Nous suivrons pendant un an cette famille et leurs deux garçons qui auront, eux, bien besoin de baby-sitter pour qu’un adulte s’oc­cupe enfin un peu d’eux. Je dois avouer que c’est un aspect qui me surprend beau­coup dans la litté­ra­ture anglaise (je ne sais pas si c’est en partie réel) mais les enfants ont toujours l’air d’épui­ser leurs parents qui n’at­tendent qu’une chose les mettre au plus vite en pension.

Du côté de ceux qui doivent travailler dur pour profi­ter un peu de cet argent, un ouvrier polo­nais et nous décou­vri­rons grâce à lui le monde des travailleurs pour qui l’argent ne coule pas à flots. Il aura des amours compli­qués et devra résoudre un problème de conscience à propos, encore une fois, de l’argent : il trouve dans la maison qu’il rénove une valise remplie de billets, que va-t-il en faire ?

Pétu­nia Howe est la personne la plus touchante de ce récit , elle est âgée et a vécu une grande partie de sa vie avec son mari Albert qui était un horrible radin grin­cheux. Surtout ne croyez pas la quatrième de couver­ture, elle n’est pas obli­gée de vendre sa maison pour se soigner. Elle est est atteinte d’une tumeur au cerveau, sa fille Mary vien­dra l’accompagner pendant sa fin de vie et nous permet­tra de connaître son fils Smitty qui est un perfor­meur en art contem­po­rain. Cette famille se situe dans la classe moyenne et elle est plus sympa­thique. Le fils permet quelques passages assez clas­siques sur l’absurdité des prix en art mais il reste un homme capable de senti­ment pour sa famille, Ce roman donne une assez bonne vision de la société britan­nique avec ceux qui ne peuvent pas y péné­trer comme Quen­tina qui a fui le Zimbabwe et qui n’a aucun papier. Elle arrive à travailler sous une fausse iden­tité et est employée par la société de surveillance du station­ne­ment à Londres. Étant donné la compli­ca­tion des règles de station­ne­ment, il semble parti­cu­liè­re­ment diffi­cile de ne pas avoir de contravention.

La famille pakis­ta­naise est riche en person­na­li­tés diverses , l’in­té­grisme musul­man frappe à leur porte , en travaillant comme des fous ils arrivent à un niveau de vie correct.
Il reste un pan de la société : les joueurs de foot grâce à Freddy Kamo nous décou­vrons que là aussi l’argent peut ruis­se­ler mais il est quand même soumis à la santé physique du jeune joueur, une mauvaise frac­ture et voilà le rêve qui s’écroule.

Le lien entre tous ces person­nages, c’est qu’ils sont tous voisins ou travaillent pour des gens de Pepys Road.

Chaque person­nage repré­sente un proto­type de Londo­niens et l’au­teur décrit ainsi une ville qui va mal car elle est trop centrée sur l’argent et la consom­ma­tion. Il arrive à tenir l’in­té­rêt du lecteur car les trajec­toires des person­nages font craindre une chute ce qui arri­vera pour certains d’entre eux. Et puis, il y a ces cartes que tous les habi­tants de la rue reçoivent avec cette inscrip­tion « Nous voulons ce que vous avez ». Qui se cache derrière ces messages anonymes ? Nous avons donc droit à une enquête poli­cière et à un inspec­teur très britan­nique sorti des écoles qui font de lui un homme un peu trop chic pour sa fonction.

J’ai aimé cette lecture car elle donne une bonne idée de ce qui va mal dans la société britan­nique, même si les person­nages sont parfois cari­ca­tu­raux et les situa­tions un peu conve­nues, il faut aussi dire que ce livre a vingt ans et que beau­coup de ce qu’il dénonce nous semble des lieux communs aujourd’hui.

Citations

Construction de la rue

La rue en ques­tion s’ap­pe­lait Pepys Road. Elle n’avait rien d’ex­tra­or­di­naire pour une rue de ce quar­tier. La plupart de ses maisons dataient de la même époque. Elles avaient été construites par un entre­pre­neur à la fin du XIXe siècle, pendant le boom immo­bi­lier consé­cu­tif à l’abo­li­tion de l’im­pôt sur les briques.

La famille pakistanaise

Soit Usman traver­sait bel et bien une phase reli­gieuse, soit ‑de l’avis d’Ah­med- il jouait la comé­die. Dans un cas comme dans l’autre, il faisait tout un foin de sa répu­gnance à vendre de l’al­cool et des maga­zines avec des femmes nues en couver­ture. Les musul­mans ne devaient pas…, et patati, et patata. Comme si l’en­semble de la famille n’avait pas conscience de cela… Mais la famille avait égale­ment conscience des impé­ra­tifs écono­miques en jeu.

Madame Kamal mère

Elle engueu­le­rait telle­ment Usman qu’il y avait de fortes chances qu’il n’en sorte pas vivant. Le monde se rendrait compte que le Pakis­tan n’avait pas réel­le­ment besoin de la force nucléaire puisque le pays dispo­sait déjà de Madame Kamal mère.

L’ouvrier polonais

La pose des étagères était assu­rée par son Polo­nais. Bogdan le maçon qu’elle avait tout d’abord employé sur la recom­man­da­tion d’une amie, et avait désor­mais adopté. Il travaillait deux fois plus dur qu’un ouvrier anglais, était deux fois plus fiable et coûtait deux fois moins cher.

Se loger à Londres

Zbigniev, Piotr et quatre amis habi­taient un trois pièces à Croy­don. Ils le sous-louaient à un Italien, qui lui-même le sous-louait à un Anglais qui le louait à la ville, et le loyer était de 200 livres par semaine. Ils devaient faire atten­tion pour le bruit, car si les autres rési­dents les dénon­çaient ils seraient flan­qués dehors. En réalité ces jeunes gaillards bien élevés étaient des loca­taires appré­ciés dans l’im­meuble, dont les autres occu­pants étaient âgés et blancs. Comme l’un d’eux l’avait un jour glissé à Znigniev dans le hall, ils s’es­ti­maient heureux. : « Au moins vous n’êtes pas des Pakis ».

Manie de riches

Roger avait une manie donc il voulait se débar­ras­ser mais qu’il avait bien conscience de ne pas avoir encore corri­gée : il avait tendance à ache­ter plein de maté­riel hors de prix dès qu’il envi­sa­geait de se mettre à un hobby. C’est ce qui s’était passé avec la photo­gra­phie, quand il avait acheté un appa­reil immen­sé­ment sophis­ti­qué et inuti­li­sable, assorti d’une batte­rie complète d’ob­jec­tif, puis pris une dizaine de photos avant de se lasser de sa complexité. Il s’était mis à la gym et avais acheté un vélo, un tapis de jogging et une machine multi­fonc­tions, puis une carte pour un « coun­try club » londo­nien donc il ne se servait quasi­ment jamais temps il était labo­rieux d’y aller. Il s’était mis à l’oe­no­lo­gie, il y avait installé un un frigo-cave à vin dans le sous-sol réamé­nagé qu’il avait rempli de bouteilles coûteuses ache­tées sur recom­man­da­tion, mais l’en­nui c’était qu’on était pas censé boire ces fichues bouteilles avant des années. Il avait acheté en multi­pro­priété un bateau à Cowes, donc ils s’étaient servis une fois.…

Les riches à Dubaï

Ils devaient descendre dans des hôtels hors de prix pour faire ce que faisaient les gens dans ces cas-là et dans ces endroits-là : lézar­der au bord de la piscine en siro­tant des bois­sons hors de prix, manger de la nour­ri­ture hors de prix, discu­ter des futurs vacances hors de prix qu’ils pouvaient prendre et du délice que c’était d’avoir autant d’argent .

L’argent à Londres

À Londres l’argent était partout, dans les voitures, les vête­ments, les boutiques, les conver­sa­tions, jusque dans l’air lui-même. Les gens en avaient, le dépen­saient, y pensaient et en parlaient en perma­nence. Tout cet argent avait un côté inso­lent, épou­van­table, vulgaire, mais égale­ment exci­tant, stimu­lant, inso­lent, nouveau, bref, diffé­rent de Kecs­ke­mét en Hongrie, qui lui avait semblé, comme toujours les lieux où on gran­dit, intem­po­rel et immuable. Pour­tant, ces torrents d’argent qui inon­daient Londres, elle n’en profi­tait pas. Des choses arri­vaient, mais pas à elle. La ville était une immense vitrine de maga­sin, et elle était dehors sur le trot­toir à admi­rer l’intérieur.