Édition Nota­bi­lia

J’ai beau­coup aimé son précé­dent roman « Le dernier gardien D’El­lis-Island » . J’ap­pré­cie beau­coup l’écri­ture de cette roman­cière entre poésie et narra­tion. Elle décrit ici, le chagrin d’une mère qui n’a pas su rete­nir son fils Louis auprès d’elle. Mariée trop jeune avec un marin pêcheur, et veuve quelques années plus tard, elle accepte de deve­nir la femme du phar­ma­cien du village qui lui promet d’ai­mer son fils. Hélas ! il ne saura pas être un père de substi­tu­tion et il sera même violent avec Louis qui s’en­fuira pour deve­nir marin comme son père. Rongée par la culpa­bi­lité et la souf­france Anne ne se remet­tra jamais de ce départ. Elle l’at­tend, elle ne peut plus faire que cela, même si elle remplit aussi son rôle de femme et de mère avec les enfants qu’elle a eus de son second mariage. Dans sa petite maison, proche de la grève, elle invente le festin qu’elle cuisi­nera pour son fils quand il lui reviendra.

À travers son chagrin, on revit la vie de cette femme simple et coura­geuse. Née dans une famille pauvre dans les années 1930, Anna est élevée à la paire de claques et sans amour. Elle se marie très vite et très vite a un fils Louis. Ce roman met en lumière des faits de guerre dont je n’avais jamais entendu parler : Anna est veuve pendant la guerre parce que son mari est parti pêcher alors que la Grande-Bretagne avait averti qu’elle coule­rait tous les bateaux afin que l’oc­cu­pant alle­mand ne puisse pas se nour­rir des produits de la mer. Elle doit travailler à l’usine de conserves de sardines (je me suis deman­dée comment cette usine avait des pois­sons si la pêche était inter­dite !), elle vit la guerre dans la terreur et l’après guerre ne lui apporte que peu de joies jusqu’à l’ar­ri­vée d’Etienne qui lui déclare son amour et en fait sa femme. J’avoue avoir été très triste par la fin du roman telle­ment injuste ! Un beau roman dont l’écri­ture saisit le lecteur jusqu’à la dernière ligne.

Citations

Paroles de l’impossible réconfort

« Une fugue, ça arrive, vous savez, Madame, c’est un adoles­cent un peu diffi­cile, dites-vous, mais il va sûre­ment reve­nir. Il est mineur, il n’a pas d’argent, où voulez-vous qu’il aille ? »
Je n’ai pu que hocher la tête pour approu­ver ces paroles que j’ai­me­rais tant croire, mais ce ne sont que les mots usés, épui­sés, rapié­cés, de l’im­pos­sible réconfort.

L’école pour une enfant misérable avant guerre

On me trou­vait sauvage , rebelle , alors qu un mot , un geste aurait suffi affaires céder toute cette tension qui me dévo­rait . J’étais lasse des moque­ries des autres élèves, pour mes affaires oubliées, perdues ou cassées, pour ma blouse tachée ou déchi­rée, lasse des puni­tions. J’ai­mais apprendre, j’ai­mais lire surtout, j’au­rais voulu des jour­nées entières passées à vivre d’autres vies que la mienne, mais je haïs­sais l’école, tout autant que je dési­rais fuir un foyer ou seul des bruta­lité m’at­ten­daient. Oui, fuir,mais où ?

Adolescence

Seize ans, le temps de tous les tour­ments, des désordres, des élans , des ques­tions, des violences conte­nues qu’un mot heureux pour­rait apai­ser, des fragi­li­tés qui n’at­tendent qu’une main aimante. L’âge où tout est prêt à s’embraser, à s’en­vo­ler ou à s’abî­mer. Je le sais, je suis passé par là. Les grandes marées du cœur. Louis a épousé la rage, la décep­tion, la colère, et aussi une peine qu’il ne voulait pas s’avouer, face à tant d’in­con­nus qu’il décou­vrait en lui. Il faut du temps pour se déchif­frer à ses propres yeux. Son enfance a pris fin depuis long­temps, il ne reste une béance, celle de l’ab­sence de son père, que je suis impuis­sante à combler.

Je ne savais pas cela

C’est la Royal Air Force qui avait bombardé le chalu­tier. Pour les Anglais, depuis le début de la guerre, depuis qu’en juin 1940 les Alle­mands étaient arri­vés jusqu’en Bretagne, l’ob­jec­tif était simple : il ne fallait pas nour­rir l’en­nemi. Alors, plus de pêche, ou si peu, pour affa­mer l’ar­mée d’oc­cu­pa­tion. À tout prix. Londres y veillait, Chur­chill s’était montré intrai­table. Inté­rêt supé­rieur des nations enten­dions nous. Les restric­tions, les inter­dic­tions pleu­vait sur les bateaux de pêche. Puis les aver­tis­se­ments, les inti­mi­da­tions, les menaces. Les somma­tions. Les tirs. Les bombes. Les mouillages de mines par les sous-marins. La guerre.

Souvent, le mercredi, je passe sur vos blogs pour dire que je lis peu, ou pas, de BD. Il m’ar­rive aussi de trou­ver des trésors comme « Le Chan­teur Perdu » et cette fois, c’est moi qui vous suggère une lecture qui m’a beau­coup touchée. L’au­teur a écrit cette BD car en peu de temps, il a dû faire face à l’Alz­hei­mer de sa mère et à l’an­nonce de la triso­mie de son fils :

À quelques mois d’in­ter­valles, il me faut faire le deuil de la mère que j’avais connue et celui de l’en­fant que j’avais attendu.

Morvan­diau est rennais et cela a sûre­ment joué dans mon plai­sir de lecture car c’est la ville où je suis née et où j’ai travaillé. Je recon­nais bien les lieux qu’il décrit, j’ap­pré­cie qu’il ne fasse pas des dessins du Rennes touris­tique très connu mais plutôt des quar­tiers habi­tés par les gens ordi­naires, on sent que son œil de dessi­na­teur est attiré par la trans­for­ma­tion d’un quar­tier de petits pavillons avec jardin lais­sant la place à des immeubles. Morvan­diau raconte ces années qui ont été doulou­reuses pour lui, il passe d’anec­dotes de sa vie à l’ex­pres­sion de ses senti­ments et de ses cauche­mars, les réflexions des gens autour d’eux. Que de pudeur dans cette BD ! Il ne s’agit pas d’un récit linéaire, et c’est ce que j’ai aimé : par petites touches, Morvan­diau nous fait parti­ci­per à tout ce qui a fait sa vie.

Je vous laisse avec ma planche préfé­rée, mais surtout ne croyez pas que cette BD ne raconte que cela : la vie d’Emile et de ses progrès, c’est toute une période de la vie de l’au­teur dans tous ses aspects, enfin ceux que le dessin peut exprimer :

Édition Actes Sud . Traduit du Japo­nais par Jean-Louis de La Couronne

Merci Keisha pour ce doux moments et je partage ton avis : ce livre est beau­coup plus profond qu’il n’y parait de prime abord. Evide­ment la grande spécia­liste des chats Géral­dine avait déjà lu ce roman . Et comme dans tout bon roman, chacun peut y lire ce qui l’in­té­resse le plus , vous devi­nez que pour Géral­dine ce roman est :

« Avant tout, « Les mémoires d’un chat » est un formi­dable éten­dard contre l’aban­don des animaux de compa­gnie, pour le respect de l’en­ga­ge­ment autant quoti­dien que tempo­rel que nous prenons lorsque nous adop­tons une petite boule de poils quelle que soit sa taille à l’âge adulte. »

Et pour Kesiha :

C’est l’oc­ca­sion pour lui de renouer avec des amis d’en­fance puis d’ado­les­cence, mais ‑on le comprend vite- aucun de ses trois amis ne pourra garder Nana, avec à chaque fois une belle histoire du passé et du présent, déli­cate et fine. 

Et pour moi ? Je suis avec d’ac­cord aves ces deux blogueuses mais j’ai été beau­coup plus sensible à la descrip­tion de l’en­fance et de l’ado­les­cence au Japon aujourd’­hui. Je rappelle le sujet, Satoru a adopté un chat errant, il le nomme « Nana » qui rappelle le chiffre 7 en japo­nais comme le dessin des tâches sur son corps. Mais il doit pour des raisons qui ne seront expli­quées que dans le dernier chapitre le confier à un ami . Il part donc à la recherche des personnes qui ont enri­chi son enfance pour confier son chat. Se déroulent ainsi dans ce roman une enfance et une adoles­cence japo­naise. On rit beau­coup avec son ami Kosuké avec qui il a adopté le premier chat, on sent l’ado­les­cence se compli­quer avec Yoshi­miné qui est resté vivre à la ferme, cela devient encore plus tendu avec Sugi et Chikaro car les premiers émois amou­reux ont fait appa­raître la jalou­sie de son ami. Et puis vient cette tante Nakiro qui l’a recueilli lors du décès de ses parents.

J’ai beau­coup aimé les desti­nées de ces jeunes, on devine que l’au­teur a puisé ces récits parmi des exemples vécus . La tris­tesse de Yoshi­miné qui comprend, lors du divorce de ses parents, que si ceux-ci se disputent tant, c’est pour NE PAS avoir la garde de leur unique enfant m’a serré le coeur. Les tour­ments de la jalou­sie sont aussi très bien décrits. Mais ma préfé­rée sans doute, c’est la tante Noriko qui ne sait pas dire les choses avec tact. Elle se rend compte immé­dia­te­ment qu’elle n’au­rait pas dû pronon­cer les phrases qui sont sorties de sa bouche malgré elle, mais c’est toujours après qu’elle s’en rend compte. Mon seul bémol, c’est le truche­ment par lequel passe l’au­teur qui fait aussi le charme du roman , la narra­tion par le chat . J’y suis beau­coup moins sensible que Géral­dine évidem­ment, je pense que cela permet de mettre ce roman à la portée des adoles­cents, mais cela ne m’a pas empê­chée de beau­coup aimé cette lecture « beau­coup plus profonde qu’il n’y paraît » (comme je le disais au début) , souvent très drôle et toujours très émouvante.

Citations

La fugue des petits garçons

Pendant qu’il était en train de jouer avec le chat, histoire de tuer le temps, plusieurs dames du quar­tier qui sortaient leur chien ou chiens ou faisaient leur marche quoti­dienne leur avaient demandé ce qu’il fabri­quait là.
- Il est tard. Vos parents doivent s’in­quié­ter. Tout le monde se connais­sait dans le quar­tier, Kôsuké se doutait bien que l’en­droit était mal choisi. Mais Satoru, lui, n’avait pas l’air d’y voir de problème. 
- Ne vous inquié­tez pas, on est juste en train de faire une fugue.
- Ah bon ? Mais ne rentrez pas trop tard quand même. 
Kôsuké n’avait pas l’im­pres­sion que c’était comme ça qu’on faisait une pub. Non pas qu’il eût la moindre idée de comment on faisait, d’ailleurs…

La solitude d un enfant

« Daigo est sage et pas compli­qué, ça m’aide beau­coup. » Il aurait dû être idiot et pénible, c’est ça ?
Depuis qu’il était tout petit, il savait que ses parents aimaient trop leur métier. Tout comme il savait qu’ils ne s’in­té­res­saient pas beau­coup à lui. C’est pour ça qu’il s’était toujours efforcé de leur compli­quer la vie le moins possible. D’abord, il n’était pas assez imma­ture pour croire qu’en piquant sa crise : « Bou hou…Mes parents ne m’aiment pas ». Il allait les obli­ger à s’in­té­res­ser à lui. Et puis surtout, ça ne lui disait abso­lu­ment rien de jouer à ce jeu. Parce que s’il avait rendu l’air de la maison irres­pi­rable, qui en aurait le plus souf­fert ? Qui passait le plus de temps à la maison déjà ? Au moins en restant un enfant sage, ses parents ne lui faisaient pas la gueule et l’at­mo­sphère de la maison restait suppor­table. Il n’étouf­fait pas tout le temps qu’il passait à attendre à la maison, et les rares moments où il se trou­vait ensemble se dérou­lait sans que personne soit de mauvaise humeur(.….) Il y avait des gens plus à plaindre que lui dans le monde, c’est sûr. Mais avec ses parents qui n’at­ten­daient qu’une chose de lui : qu’il ne les choi­sisse surtout pas dans le genre à plaindre, c’était déjà pas mal.

Édition NRF Gallimard

« les convic­tions sont des enne­mis de la vérité plus dange­reux que les mensonges. » Nietzsche 

Après les » Les Funam­bules« et « Ada » voici « Scher­bius (Et Moi) » dont Keisha a déjà parlé ainsi que Noukette et Dasola et sans doute bien d’autres car Antoine Bello a un large public. Je fais partie des lectrices qui adorent qu’on lui raconte des histoires. Antoine Bello ce n’est pas une histoire qu’il nous raconte mais dix, cent, mille… à travers un dialogue entre un psychiatre berné et séduit Maxime Le Verrier par un patient (ou son double ?) Alexandre Scher­bius . Comme souvent chez cet auteur c’est à la fois drôle et un peu inquié­tant. Cet escroc génial aux multiples person­na­li­tés est-il si loin de la réalité ? Il y a aussi chez Antoine Bello un fil conduc­teur, vous vous souve­nez dans Ada , il ciblait les nouvelles tech­no­lo­gies, l’intelligence arti­fi­cielle et l’en­ri­chis­se­ment sans lien avec la produc­tion des firmes de la Sili­con Valley. Ici, ce qui est ciblé, ce sont les diffé­rentes façon d’abor­der la mala­die mentale en parti­cu­lier par les psychiatres améri­cains qui semblent plus soucieux de leur succès person­nel que des soins appor­tés à leurs malades. Les succès en librai­rie se multi­plient et les séries télé­vi­sées aussi sur des révé­la­tions de mala­dies mentales dont le moins que l’on puisse dire est qu’il leur faudrait plus de discré­tion et de prudence de la part des soignants quant à leur réalité. Ainsi, Antoine Bello nous parle de Sybil ou de Billy Milli­gan, malades qui ont lancé « la mode » du trouble : « person­na­lité multiple » et qui sont à l’ori­gine de best-sellers incroyables, enri­chis­sant de façon astro­no­mique les écri­vains, psychiatres ou non, qui se sont empa­rés de leurs histoires. Il s’agit bien de cela ici, puisque Maxime Le Verrier devient riche et célèbre grâce à son livre sur Scher­bius atteint du syndrome de « person­na­lité multiple ». Puis les années passant, Maxime Le Verrier évolue dans sa connais­sance de ce symp­tôme pour peu à peu ne faire plus qu’un avec son patient. Au fil des pages Antoine Bello nous aura raconté des dizaines d’escroqueries, d’usur­pa­tion d’identités et pas une seconde on ne s’en­nuie. Le seul léger reproche que je fasse à cette lecture, c’est d’être un peu submer­gée par les réfé­rences aussi bien dans le noms des person­nages que pour les histoires elles-mêmes. Tous nos écri­vains sont convo­qués dans ce roman, on s’at­tend toujours à ce que la clé de l’his­toire que raconte Scher­bius soit donnée un peu plus tard. Cela empêche une certaine spon­ta­néité dans la lecture. Mais ne rete­nez pas cette critique si vous voulez être embar­qué dans une histoire qui comme les poupées russes en contient toujours une autre et toujours plus passion­nantes, si vous voulez sourire et quit­ter un peu le quoti­dien partez dans cette lecture, cela m’éton­ne­rait fort que vous la lâchiez en cours de route .

Citations

Discipline des moines (Sherbius a été moine pendant deux ans)

Il faut du courage pour quit­ter son lit au milieu de la nuit dans la froi­dure de l’hi­ver, prier une heure, se recou­cher et remettre ça avant le chant du coq. Il en faut bien davan­tage pour recom­men­cer le lende­main, et le jour d’après, en sachant que ce rythme date du VIe siècle et sera encore en vigueur long­temps après notre mort.

Services rendus à l’armée par un imposteur

Durant les six mois qui suivent, il va visi­ter les cent dix sept lycées de Lorraine, en peau­fi­nant constam­ment son modus operandi. Il programme ses passages du jour au lende­main pour limi­ter les risques, ne laisse ni carte ni numéro de télé­phone, entre­tient volon­tai­re­ment la confu­sion sur son titre, l’ins­ti­tu­tion dont il dépend où sa caserne de ratta­che­ment. Sûr de sa capa­cité de mobi­li­sa­tion, il demande une grande salle, si possible « un amphi­théâtre ». Les profes­seurs d’édu­ca­tion civique qui viennent parfois l’écou­ter le féli­cite chau­de­ment après ses pres­ta­tions. Bien qu’ayant conscience d’en­freindre la loi, il dit agir par patrio­tisme. « J’ai adressé à l’ar­mée fran­çaise assez de recrues pour consti­tuer un régi­ment. Quant à savoir si l’ar­mée s’est montrée à la hauteur de mes promesses, c’est une autre histoire. »

Professeur de Philo

À un jeune trop sûr de son fait, il rappelle l’apho­risme de Nietzsche » « les convic­tions sont des enne­mis de la vérité plus dange­reux que les mensonges. »

Règlement de compte

Après avoir long­temps vanté les mérites de l’hyp­nose, Freud s’en détourna en 1895 au motif qu’en ne confron­tant pas le patient à ses blocages, elle ne « lui impose qu’un effort insi­gni­fiant ». Recon­nais­sons à M. Freud une certaine cohé­rence puisque les grands prêtes de la reli­gion qu’il fonda réus­sissent simul­ta­né­ment à marty­ri­ser et appau­vrir leurs fidèles, sans jamais les soula­ger de leurs maux. Janet trom­pait peut-être ses patients, Freud, lui, se trom­pait tout court.

Clin d’œil au lecteur

Que Sher­bius présente plusieurs symp­tômes décrits ci-dessus n’aura pas échappé à mes lecteurs avertis

(note bas de page :

En existe-t-il une autre sorte ?)

La maladie mentale

Hacking avance une autre expli­ca­tion, qui ne surpren­dra pas mes lecteurs. Comme je le disais dès 1983, nommer une mala­die est la plus sûre façon de la faire appa­raître. Autour de 1975, dans l’hé­mi­sphère occi­den­tal, il est devenu possible ‑au sens de tolé­rer, accep­table – d’abri­ter des person­na­li­tés multiples, c’était un nouveau trouble mental, aussi respec­table que l’au­tisme ou l’ago­ra­pho­bie. Psychiatres et patients l’ont progres­si­ve­ment inté­gré dans le spectre des diag­nos­tics. À l’heure où l’ano­rexie commen­çait à montrer des signes d’es­souf­fle­ment, mes confrères Améri­cains ont calculé, avec leur oppor­tu­nisme coutu­mier, qu’une cure d’uni­fi­ca­tion de person­na­lité bien menée (c’est-à-dire pas trop vite) pouvait rappor­ter des milliers de dollars. Le TPM est devenu le produit de l’an­née, puis de la décennie.
Cela tendrait à prou­ver que, si certaines mala­dies se trans­mettre par le sang ou la salive, d’autres se propagent par la parole.

Merci Jérôme , Merci Noukette . Ce Noël sans mes enfants et petits enfants était un peu tris­tou­net. Ils ont tous eu peur de me passer ce sale virus, alors j’ai convo­qué mes amis des blogs qui lisent des BD et j’ai mis celle-ci sous mon sapin. Quelle bonne idée, j’ai passé une très bonne soirée et je n’ai pas vu le temps passé. Pour Jérôme « le chan­teur perdu » est dans le top du top et pour Noukette dans son « Panthéon » . Je comprends bien leur choix, car il y a tout dans cette BD, de l’hu­mour, de la tendresse, beau­coup de véri­tés sur l’être humain et une enquête fort inté­res­sante. Notre « média­thé­caire », fait un burn-out, pour­tant sa profes­sion n’est pas telle­ment à risques. Donc, pour échap­per à sa dépres­sion , il part à Morlaix ; idée étrange car c’est l’hi­ver, il pleut, et, en plus, le viaduc qui passe au dessus de la ville est un des hauts lieux pour les suicides des Bretons … Il veut retrou­ver sa jeunesse ou plus exac­te­ment le souve­nir d’un chan­teur dont il a beau­coup aimé les chan­sons : Rémi Bê. Et là, on se rend compte que la fiction et la réalité se mêlent. Il existe bien ce chan­teur, il s’ap­pelle Jean-Claude Rémy et il a bel et bien disparu de la scène média­tique, pour­tant à ses début il avait été salué par les meilleurs chan­teurs de son époque, en parti­cu­lier par Pierre Perret qui l’ai­dera à publier son unique disque.

Cette quête met en scène des person­na­li­tés dont l’hu­ma­nité a construit notre époque et lorsque, enfin, Jean retrou­vera Rémi Bê, il ne rece­vra aucune réponse au pour­quoi du destin de Jean-Claude Rémy, mais ce qui est certain c’est qu’il aura donné du sens à sa vie. La post­face permet de connaître un peu mieux le person­nage réel. Il faut lire cette BD en écou­tant les chan­sons cela permet de ralen­tir la lecture et de la savou­rer un peu plus longtemps.

Citation

Le début

En arri­vant à Morlaix le TGV emprunte le viaduc

C’est parait-il le rendez-vous des candi­dates au suicide

Un bref instant, je les imagi­nais se jetant dans le vide ; sans doute par grappes

Après tout, à quoi occu­per son temps à Morlaix en décembre

Édition Stock La cosmo­po­lite. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Mireille Vignol

Rien au monde n’est plus lourd que le cercueil d’un enfant et jamais d’adulte ayant ployer sous ce fardeau ne sera en mesure de l’oublier.

Je dois cette lecture à Krol, vous vous souve­nez sans doute de son enthou­siasme ? Et bien je vais vous faire parta­ger le mien. Keisha me rappelle dans son commen­taire qu’elle a beau­coup aimé aussi, je lui avais bien dit que mon billet allait venir, mais je ne dis plus jamais quand !

Je ne sais pas si c’est très utile mais l’au­teur a eu besoin de nous aver­tir par ces mots :

Ce roman a été en partie inspiré par des faits qui se sont produits à Weston, dans le Wiscon­sin le 23 mars 2008.

Est-ce que cela rajoute quelque chose au roman ? En réalité , je n’en sais rien, tout parent qui a connu un de ses enfants s’éloi­gner de l’amour fami­lial pour aller vers une dérive sectaire et y entraî­ner ses petits enfants peuvent se retrou­ver dans ce roman. Ici, il s’agit donc d’une dérive parti­cu­lière, reliée aux églises pente­cô­tistes, les adeptes pensent que la prière peut rempla­cer les soins médi­caux. C’est terrible pour les grands parents et il leur faudra tout leur amour pour essayer de sauver et d’ar­ra­cher leur petit fils aux griffes de la secte tout en ne coupant pas les ponts avec leur fille.
Ce qui rend ce roman si atta­chant , c’est la descrip­tion de la vie dans une petite ville du Wiscon­sin. Tout sonne juste, le maga­sin d’Élec­tro­mé­na­ger qui a fermé ses portes, l’église tradi­tion­nelle qui se vide, les formes nouvelles de reli­gion qui font le plein avec à leur tête des pasteurs peu scru­pu­leux. Les vieux amis qui dispa­raissent et le travail dans un verger qui est un des points forts du roman. Lyle le grand-père, impuis­sant devant les choix de sa fille s’y sent bien et aime y venir le plus souvent possible avec le petit Isaac. Mais sa fille est persua­dée que ce grand-père a une influence sata­nique sur son fils, et Steven le pasteur malhon­nête que l’en­fant a des dons de guéris­seur. La foi reli­gieuse a une grande impor­tance dans ce roman, et personne n’a de réponses toutes faites, sauf les sectaires qui ne doutent de rien et qui font tant de mal autour d’eux. Le person­nage du pasteur tradi­tion­nel Char­lie est telle­ment plus humain. Mais son église n’at­tire plus grand monde, dommage ! Une plon­gée dans l’Amé­rique reli­gieuse qui va très mal avec des person­nages très atta­chants. Lyle le grand père qui a lui-même perdu un enfant de neuf mois est très crédible et très atta­chant. On ne l’ou­blie pas faci­le­ment, je pense qu’en France il aurait eu plus faci­le­ment les auto­ri­tés avec lui pour sauver plus vite son petit Isaac. Mais cela ne veut pas dire grand chose car, cela voudrait peur être dire que les sectaires se cachent mieux qu’aux USA. Il ne faut pas oublier qu’en France de très nombreux parents ne font pas vacci­ner leurs enfants.

Citations

Prémisses de radicalisation religieuse

Depuis qu’I­saac et Shiloh étaient reve­nus vivre à la maison, elle assis­tait poli­ment à la messe domi­ni­cale avec ses parents mais se rendait ensuite à une autre église abri­tée dans un ancien cinéma de la Crosse. Elle y passait tout l’après-midi jusqu’en début de soirée, en « confré­rie », disait-elle. Lyle compre­nait le concept de confré­rie reli­gieuse, certes, mais il se limi­tait pour lui à deux ou trois tasses de café trop léger et à quelques bavar­dages polis .

Le vieillissement de l’église traditionnelle

La messe à Sainte Olaf était un rappel hebdo­ma­daire et mélan­co­lique de cette perte. Car au fil des ans, les cheveux des parois­siens avaient grisonné, blan­chi, puis complè­te­ment disparu, et les bancs s’étaient progres­si­ve­ment clair­semé. Il y avait assu­ré­ment beau­coup moins d’en­fants, si bien que le dimanche matin le prêche à la fois désuet et provo­quant du pasteur Char­lie réson­nait dans le vide ; la chaire sur laquelle il se dres­sait semblait de plus en plus fragile et arti­fi­cielle. Lyle s’était souvent demandé s’il n’au­rait pas mieux valu former un grand cercle et parler. Quant au pasteur Char­lie, que pensait-il face à cette longue salle rectan­gu­laire, bondée deux décen­nies plus tôt, elle accueillait main­te­nant quelques dizaines de paroissiens …

Vivre dans une petite ville

Lyle et Char­lie avaient grandi ensemble dans des fermes voisines ; ils s’ac­quit­taient de leurs corvées, allaient à l’école, jouaient au foot­ball et assis­taient à l’école du dimanche ensemble. C’est la béné­dic­tion et la malé­dic­tion la plus flagrante d’une petite ville : votre famille, vos amis, vos voisins, vos collègues de travail et votre paroisses ne cessent, semble-t-il, de vivre dans votre poche, de vous obser­ver par la fenêtre, ils sont assez proches de vous pour devi­ner si vous êtes heureux, triste, distrait, amou­reux ou si vous avez une furieuse envie de dispa­raître à tout jamais.

Le cancer de son vieil ami

Le cancer, mon vieux. On dirait qu’on m’a renversé un sachet de M&M’s sur la poitrine. Sauf qu’ils sont tous de la même couleur merdique. Tout un tas de vilaines petites tumeurs blanches. Le méde­cin m’a même présenté des excuses. Pour avoir cru que c’était une pneu­mo­nie(.…) En même temps il y a aussi une bonne nouvelle.
Lyle le regarda.
- Ah bon ?
- Plus besoin d’ar­rê­ter de fumer, dit Hoot avec un sourire mélancolique.

Évolution du commerce

C’est pour ça que Redford-Élec­tro­mé­na­ger a fait faillite, tu sais. À cause de maga­sins comme ça. Les petits commerces peuvent pas faire le poids.
- C’est bien triste, si tu veux mon avis.
- Peut-être mais c’est l’Amé­rique, non ? La main invi­sible et tout ce bazar. Le libre marché. Personne se soucie des commerces de proxi­mité. Je crois qu’on a eu de la chance jusqu’à main­te­nant. On était proté­gés de tout ça dans notre petite ville. Mais c’était juste une ques­tion de temps avant qu’on nous découvre.

Un dimanche dans le Midwest

Il est des jours dans le Midwest améri­cain où rien ne semble plus natu­rel que de parcou­rir de longues distances, ne serait-ce que pour quit­ter votre ville une poignée d’heures ; cette expé­di­tion incom­pré­hen­sible au reste du monde repré­sente un simple loisirs domi­ni­cal : photo­gra­phier des feuilles autom­nales ; suivre le cours du Missis­sippi ou de la rivière Sainte-Croix, des rivages du lac supé­rieur ou du lac Michi­gan (qui sont de véri­tables océan inté­rieur en vérité ) ; emprun­ter un sentier menant à quelques cascades ou peut-être entre­prendre une longue excur­sion en en cas d’une chose aussi simple qu’une part de tarte. Quand il n’y a rien à faire ‑en route !

Édition la Table Ronde

Après « les Forêts de Ravel » , « Deux Remords de Claude Monet », « Le Bon Coeur » voici donc la suite du procès de Jeanne d’Arc : la victoire de Charles VII sur les Anglais et la révi­sion du procès de Jeanne d’Arc. Encore une fois, cet auteur a su m’in­té­res­ser à une période que je connais mal. L’angle qu’il a choisi est passion­nant, le roi va de victoire en victoire et recon­quiert son royaume. Il met fin à la guerre de cent ans. C’est un roi négo­cia­teur et au lieu de pour­chas­ser tous ceux qui l’ont trahi en s’al­liant aux Bour­bons ou aux Anglais, il les accueille dans le royaume de France. les popu­la­tions vont donc se rallier plus faci­le­ment au roi de France. Mais il reste une tâche sur son « CV », il a été couronné à Reims grâce à Jeanne d’Arc. Comment lui le roi si pieux, pouvait-il devoir son couron­ne­ment une femme jugée par l’église pour héré­sie ? C’est pour cette raison qu’il pous­sera à la révi­sion de son procès pour démon­trer que celui-ci n’avait été instruit que pour plaire aux Anglais. Soit, mais les poten­tats de l’église sont encore en place, ils sont même encore plus impor­tants et le roi ne veut pas d’épu­ra­tion … Peu importe, ils se tairont et Jeanne d’Arc pourra être lavée de tout soup­çon d’hé­ré­sie. Inté­res­sant comme l’est aussi le travail du peintre du peintre Jean Fouquet à qui l’on doit ce portrait du roi et de sa maîtresse :

Voyez vous dans ce portrait « un petit homme dans un grand roi » ?

Un livre fort inté­res­sant, même si, à mon goût, on est trop dans les histoires des puis­sants et pas assez avec la popu­la­tion qui souffrent tant pendant ces conflits armés. On peut espé­rer qu’a­près cette guerre qui n’en finis­sait pas la France connaî­tra une période de pros­pé­rité. Avant d’autres guerres, des croi­sades et des guerres de religion.…

Citations

L’importance d’être pucelle

Trois jours avant, mercredi 9 mai, deux bour­reaux avaient présenté à l’ac­cusé les instru­ments de torture, la roue, les chaînes, les pinces, dans une salle basse du donjon du château. En la terro­ri­sant, on voulait lui faire avouer ce qu’elle taisait obsti­né­ment, les révé­la­tions reçues à Domrémy. Elle avait tenu bon, ce qui avait beau­coup impres­sionné les assis­tants. Plus tard, après réflexion et hors sa présence, avait été débat­tue et mise aux voies l’op­por­tu­nité de la soumettre effec­ti­ve­ment à la torture. C’était assez rare, surtout pour une femme, pucelle par surcroît.

Il y avait donc une flèche sur la cathédrale de Paris en 1429

Jeanne avait eu la cuisse trans­percé d’un trait d’ar­ba­lète dans l’as­saut raté du 8 septembre 1429. L’ar­ba­lé­trier était un soldat de Jean Villiers de l’Isle-Adam, capi­taine bour­gui­gnon réputé pour sa propen­sion aux tueries, viols et rapines. Il trot­tait main­te­nant à ses côtés. Après un service funèbre à la mémoire de son père dans l’église Saint-Martin des Champs, Charles VII avait solen­nel­le­ment répété le serment des rois de France au retour du sacre, sous la flèche de la cathé­drale Notre-Dame bondée.

Les armées royales rentrent dans Rouen

Sur tous s’éten­dait la géné­reuse amnis­tie royale. On le croyait. Son armée était précé­dée d’une répu­ta­tion favo­rable. Depuis qu’elle avait été réor­ga­ni­sée en force perma­nente, régu­liè­re­ment rému­né­rée, sa tenue faisait contraste avec les mauvaises habi­tudes des Anglais. Les mangeurs de viande bouillie conti­nuaient d’être rétri­bués par le pillage. Disci­pli­nés au combat, ils se compor­taient en soudards le reste du temps. Par précau­tion, Dunois avait quand même laissé le gros de l’ar­mée hors les murs. Les éléments qui défi­laient avait été choisi pour leur mérite, une grande partie était les Écos­sais, les préféré du roi. Il y avait aussi des merce­naires italiens. Des hommes d’armes fermaient la marche derrière la bannière royale où, sur fond de satin cramoisi, on voyait Saint-Michel, le soleil et les étoiles. Tous, gens et bêtes, marchaient vers la cathédrale.

Agnes Sorel

Il avait quitté sa maîtresse enceinte ; elle devait être main­te­nant dans le septième mois de sa gros­sesse. C’était folie d’avoir entre­pris ce long voyage dans cet état et en plein hiver, si humide et quin­teux en Norman­die. Il était malgré tout heureux de la revoir. Il avait regretté quelle ne fût pas à ses côtés dans Rouen. Elle était sa maîtresse depuis sept ans, pour­tant son charme conti­nuait d’agir. Elle lui manquait. La liai­son avait commencé à Toulouse, en février 1443, après qu’il avait remar­qué cette blonde de dix neuf ans à l’ex­tra­or­di­naire beauté parmi les suivantes d’Isa­belle de Lorraine, épouse de René II, duc d’An­jou. Elle avait main­te­nant trois enfants de lui, ce serait le quatrième . Dès qu’elle fut rassu­rée de ses senti­ments, elle l’en­cou­ra­gea à pour­suivre la recon­quête. En riant, elle mena­çait de se refu­ser à lui s’il réser­vait sa vaillance à leur couche.

Le tableau d Agnès Sorel

Le génie de l’ar­tiste n’était pas sures­timé. La ressem­blance était parfaite. Sa blon­deur, l’éblouis­sante pureté de sa peau blanche, le brillant de ses yeux bleus, ses lèvres déli­ca­te­ment renflées au dessin parfait, jusqu’à la palpi­ta­tion de l’air autour d’elle étaient admi­rables. Il n’avait jamais vu une aussi belle pein­ture. Il aurait presque regretté de ne pouvoir l’ex­po­ser à l’ad­mi­ra­tion géné­rale. Mais si d’aven­ture il en avait eu l’in­ten­tion, ce qu’il voyait l’au­rait inter­dit. Jean Fouquet avait repré­senté Agnès le corsage délacé, le sein gauche entiè­re­ment dégagé.

Les façons de résoudre les conflits épargnent souvent les puissants

L’ab­sence de coopé­ra­tion du haut clergé de Rouen ne le surprit aucu­ne­ment. Pour contraindre ses respon­sables à livrer leur témoi­gnage il eût fallu une inter­ven­tion directe et person­nelle du roi lui-même auprès d’eux. Ces premières infor­ma­tions, bien qu’i­na­bou­ties, révé­laient suffi­sam­ment la forte impli­ca­tion de l’Uni­ver­sité de Paris dans la condam­na­tion de la Pucelle. Elle indi­quait aussi que beau­coup de ses respon­sables étaient toujours en acti­vité et occu­paient les fonc­tions élevées dans la hiérar­chie de l’église. La mort de Cauchon masquait une réalité de l’ac­cé­lé­ra­tion subite des temps dissi­mu­lait ; beau­coup d’hommes clés du procès étaient encore vivants et déci­dés à défendre leur posi­tion actuelle en même temps que leurs actions passées.

Le mont saint Michel

Son frère, Louis, avec une centaine d’hommes d’armes, quelques archers et les molosses qui montaient la garde aux créneaux, avait vaillam­ment défendu le Mont-Saint-Michel contre les Anglais pendant dix huit années. Jamais, grâce à ce capi­taine normand intrai­table et à quelques autres, la prière du sublime rocher ne s’était élevée vers Dieu dans une autre langue que le latin ou le français

Petitesse de Charles VII

Charles VII n’était pas venu à Rouen pour assis­ter à la procla­ma­tion de l’ar­rêt annu­lant la condam­na­tion de Jeanne, fille de Jacques d’Arc et d’Isa­belle Rommée , par l’ar­che­vêque de Reims, dans le palais archi­épis­co­pal, le matin du 7 juillet 1456. Quel geste pour l’his­toire s’il avait écouté ce qu’on lui conseillait. Jusqu’au bout, il fut un petit homme dans un grand roi.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Traduit de l’es­pa­gnol par Vanes­sia Capieu. Édition du Cherche Midi .

Apres « Une Mère » et « Tout sur mon Chien » je retrouve avec plai­sir la plume d’Ale­jan­dro Palo­mas. Bien sûr ce n’est pas un très grand roman, mais c’est un doux moment avec des person­nages humains, très humains. Cette histoire raconte les diffi­cul­tés de Guillermo dit Guille qui doit s’ha­bi­tuer à un nouveau cadre scolaire. Son père ne semble pas très bien le comprendre et sa mère est éloi­gnée du foyer pour quelques mois. L’ins­ti­tu­trice et une psycho­logue scolaire vont essayer de décou­vrir ce qui se cache derrière ce désir de Guille d’être Mary Poppins plus tard. Même si le lecteur comprend assez vite le secret de la famille, la façon dont l’en­fant essaie que tout finisse par aller mieux grâce au mot magique : super­ca­li­fra­gi­lis­ti­cex­pia­li­do­cious, est très touchante. C’est plein d’hu­mour et on part souvent dans de fausses pistes même si on comprend assez vite l’es­sen­tiel. Le roman est raconté selon le point de vue de l’en­fant, du père, de l’ins­ti­tu­trice et de Maria la psycho­logue. Si l’in­trigue la plus impor­tante est celle qui concerne Guillermo et son père qui réagit trop fort à toutes les envies de son fils de se dégui­ser en Mary Poppins, le destin de Nazia sa petite voisine fille des épiciers Pakis­ta­nais est très bien raconté et ne simpli­fie pas la tâche du petit garçon. Un bon moment de détente qui m’a fait sourire plus d’une fois.

Citations

Réponses des élèves à la question : « quand je serai grand je veux être … »

Trois foot­bal­leurs au Barça, deux à l’At­le­tico de Madrid, deux à Manches­ter United et un Iniesta. 
Six Rafael Nadal. 
Deux manne­quins super grands et minces. Une prin­cesse (Nazia). 
Un méde­cin riche.
Trois Beyoncé. 
Un Batman.
Un pilote de vais­seau spatial de jeux vidéo. Deux prési­dents du monde (Les jumeaux Roson).
Une présen­ta­trice célèbre, comme celles qui passent le soir à la télé.
Un vété­ri­naire de gros chien. 
Une gagnante de « The Voice kids ». 
Un cham­pion du monde des Jeux Olympiques.

Dialogue où l’on sourit

Pour­quoi est-ce que tu voudrais être Mary Poppins ?
Parce qu’elle sait voler. 
La maîtresse a fait, puis elle s’est un peu grat­ter le front.
- Mais les oiseaux savent aussi voler non ? 
-Oui. 
- Mais tu n’as pas envie d’être un oiseau n’est-ce pas ? 
-Non. 
-Pour­quoi ? 
-Ben… Parce que si j’étais un oiseau, je ne pour­rai pas être Mary Poppins.

Le regard d’enfant

Un jour, maman m’a dit que si M. Emilio est toujours de mauvaise humeur c’est parce que sa femme est partie en vacances avec leur fille et qu’elle n’est jamais reve­nue. Elle a dû oublier, ou je ne sais plus quoi, mais avec moi il est toujours gentil et depuis que maman n’est plus là, quand il voit papa il lui sert la main très fort et il lui dit : » Content de te voir, « che » !tu tiens le coup ?

Le match de rugby

Et donc hier quand on est arri­vés au stade avec papa et les tontons, je suis allé m’as­seoir dans les tribunes pour voir le match qui est toujours très long parce que ça dure longtemps.

J’ai lu tous les livres de cette auteure, Jai rédigé un billet pour « Ru » et « Man ». J’aime beau­coup ses textes et celui-ci m’a donné envie de relire « RU » qui a connu un si grand succès. Vi explore encore une fois ses origines viet­na­miennes et son adap­ta­tion à la culture occi­den­tale . Cela passe par l’his­toire de sa famille qui était une famille de riches notables intel­lec­tuels du Vienam . Sa mère est issue d’une famille de commer­çants aisés et très travailleurs. C’est cet aspect qui la sauvera elle et ses enfants. (Le père n’a pas fui avec eux.) À Mont­réal sa mère avec un courage incroyable réus­sira dans la restau­ra­tion. Vi, pourra faire des études et retour­nera au Viet­nam dans le cadre d’ac­tions huma­ni­taires. Ce roman fait la part belle aux senti­ments amou­reux, de sa mère d’abord qui souf­frira des infi­dé­li­tés de son mari sans jamais se plaindre, et puis de la jeune fille qui asso­cie liberté intel­lec­tuelle et liberté amou­reuse. On sent très bien dans ce livre que les tradi­tions viet­na­miennes ne résistent pas au monde occi­den­tal. Encore une fois ce roman se divise en de courts chapitres qui sont autant de courtes nouvelles qui dévoilent peu à peu les strates de la person­na­lité de Vi. Une lecture dépay­sante et très émou­vante comme tous les livres de cette auteure, on peut sans doute lui repro­cher de se répé­ter un peu, mais, quand, comme moi on l’ap­pré­cie, c’est un plai­sir à chaque fois renouveler.

Citations

Les « boat people »

Mon prénom ne me prédes­ti­nait pas à faire face aux tempêtes en haute mer et encore moins à parta­ger une paillote dans un camp de réfu­giés en Malai­sie avec une dame âgée qui pleura jour et nuit pendant un mois sans nous expli­quer qui étaient les quatorze jeunes enfants qui l’ac­com­pa­gnaient. Il fallut attendre le repas d’adieu à la veille de notre départ vers le Canada pour qu’elle nous raconte soudai­ne­ment sa traver­sée. Ses yeux avaient vu son fils se faire tran­cher la gorge parce qu’il avait osé sauter sur le pirate qui violait sa femme enceinte. Cette mère s’est évanouie au moment où son fils et sa bru avaient été jetés à la mer. Elle ne connais­sait pas la suite des événe­ments. Elle se souve­nait seule­ment de s’être réveillée sous des corps, au son des pleurs des quatorze enfants survivants.

Le Québec

Nous sommes arri­vés dans la ville de Québec pendant une cani­cule qui semblait avoir désha­billé la popu­la­tion entière. Les hommes assis sur les balcons de notre nouvelle rési­dence avez tous le torse nu et le ventre bien exposé, comme les Putai, ces boud­dhas rieurs qui promettent aux marchands le succès finan­cier et, aux autres, la joie s’ils frot­taient leur rondeur. Beau­coup d’hommes viet­na­miens rêvaient de possé­der ce symbole de richesse, mais peu y parve­naient. Mon frère Long n’a pas pu s’empêcher d’ex­pri­mer son bonheur lorsque notre auto­bus s’est arrêté devant cette rangées de bâti­ment où l’abon­dance était person­ni­fiée à répé­ti­tion : « Nous sommes arri­vés au para­dis au paradis.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Édition de l’Olivier

J’ai été très touchée par ce roman car tout est en nuances ce qui n’en­lève aucune profon­deur au propos. Une écri­vaine qui est proche de la person­na­lité de Fanny Chia­rello , d’ailleurs c’est sans doute elle-même ou du moins une des ses facettes, aper­çoit une jeune joggeuse dans un quar­tier popu­laire du bassin minier. Elle en fait une photo car elle est très atti­rée par elle. Puis, elle lui écrit ce roman où elle imagine sa vie. Une vie qu’elle connaît bien car elle est elle même issue du même milieu. Ainsi dans ce dialogue avec Sarah, elle révèle aux lecteurs et lectrices que nous sommes, à quel point c’est doulou­reux de se sentir diffé­rente dans ses orien­ta­tions sexuelles, alors que tout dans la société vous pousse à être normal, c’est à dire atti­rée par des garçons. Est-ce plus diffi­cile dans ce milieu que dans la bour­geoi­sie, je n’en sais trop rien ? Je sais depuis Edouard Louis, que cette diffé­rence peut conduire à des réac­tions très violentes. Je pense que dans des familles catho­liques conser­va­trices ou musul­manes, peu importe l’ori­gine sociale, cela doit être très doulou­reux pour la jeune adoles­cente. Dans ce livre, la famille de Sarah n’est pas cari­ca­tu­rée, même si la mère est intru­sive et pense qu’elle a le pouvoir de remettre sa fille dans « le droit chemin » , elle le fait certai­ne­ment par amour et par par peur des malheurs que peut engen­drer l’aveu de l’ho­mo­sexua­lité. Tout en étant une mère qui essaie de bien faire elle est d’une rare violence pour la jeune adoles­cente qui se cherche et ne voudrait rencon­trer que douceur et compré­hen­sion. J’ai trouvé la construc­tion roma­nesque inté­res­sante et les senti­ments de la jeune fille très bien décrits. En revanche, j’ai trouvé un peu conve­nues et sans origi­na­lité les remarques sur la langue fran­çaise et diffé­rents passages obli­gés sur les diffé­rences entre l’ho­mo­sexua­lité et l’hé­té­ro­sexua­lité. À la fin du livre, quand je l’ai refermé et laissé mûrir dans mes pensées, je me suis dit que c’était déjà compli­qué d’être adoles­cente, encore plus, sans doute quand on vient d’un milieu dont on n’épouse pas les codes mais quand, en plus, on se sent juger pour ses émois sexuels alors cela doit deve­nir proche de la cruauté ce qui peut pous­ser suicide ou au moins au replie­ment sur soi. Je me suis deman­dée si Sarah n’al­lait pas deve­nir anorexique, tant les moments à table où elle sent le regard de chacun la scru­ter, la juger et enfin la condam­ner sont pénibles pour elle.

PS . Je suis très contente d’avoir lu et appré­cié un roman de cette auteure qui m’avait telle­ment ennuyée dans le précé­dent « Une faiblesse de Carlotta Delmont »

Citations

Détail bien vu

Son jean taille haute est si moulant que , quand elle glisse son télé­phone dans la poche arrière , on pour­rait taper un message à travers la toile .

Une homosexualité discrète

Quand tu entends Lou faire bruyam­ment étalage de ses atti­rance, tu es mal à l’aise pour elle. Ni plus ni moins que tu ne le serais si elle se jetait sur des garçons. Tu ne comprends pas les gens qui se donnent en spec­tacle, toi qui place l’in­ti­mité en tête des luxes possibles et y aspire de toutes tes forces.

Être végétarienne

Tu as plaidé pour le droit d’être végé­ta­rienne mais ta mère a répondu qu’il était de sa respon­sa­bi­lité de t’as­su­rer une crois­sance normale. Tu as alors tenté de démon­trer qu’une crois­sance normale ne passait pas néces­sai­re­ment par la consom­ma­tion de viande ; pour étayer tes propos tu as imprimé quelques articles qui l’ex­pli­quaient mais ta mère a estimé avoir plus de bon sens que les scientifiques.

Je comprends

La plupart des gens trouvent les érudits passion­nant, mais moi, ils me dépriment. Quand je suis amenée à en écou­ter (ce qui signi­fie que je suis tombée dans un guet-apens), je délaisse très vite le contenu de leur discours pour me concen­trer sur sa forme, sa longueur, son rythme, son lexique, je l’ob­serve comme une patho­lo­gie un peu triste.