Édition 1018 traduit de l’an­glais (Irlande) par Marie-Claude Peugeot

Dans les commen­taires de « Route One » Domi­nique disait que ce roman lui rappe­lait « Les saisons de la nuit ». Je pensais trou­ver un billet sur son blog mais rien . Peu importe, j’ai lu avec grand inté­rêt ce roman (grâce à elle) qui, en partie, raconte la construc­tion du métro de New York en 1916. Mais c’est aussi un roman qui raconte la vie des exclus aujourd’­hui qui trouvent dans le métro le moyen de survivre. Un person­nage en parti­cu­lier qui est un véri­table acro­bate et qui a trouvé un lieu inac­ces­sible au commun des mortels car il faut esca­la­der des poutres au dessus des voies ferrés
Bien sûr ces deux histoires vont se rejoindre, car cet homme, Tree­frog, complè­te­ment détruit et qui s’au­to­mu­tile sans cesse , s’ap­pelle en vérité Clarence-Nathan Walter et est le petit fils d’un des construc­teurs du métro. Cela on le sait petit à petit, mais ne vous inquié­tez pas , je ne divul­gâche pas la fin qui est étonnante.

la base du roman se fonde sur un acci­dent (réel ?) quatre hommes creu­saient sous la rivière de l’Hud­son quand tout à coup trois d’entre eux ont été aspi­rés par l’eau et sont sortis au dessus d’un geyser dans la rivière de l’Hud­son. Hélas, le quatrième est mort ense­veli dans la boue de la rivière. Walter un travailleur noir va régu­liè­re­ment voir la veuve de cet ouvrier et il élève sa fille. Quelques années plus tard, les deux person­nages vont s’ai­mer et se marier. Cela nous vaut des passages boule­ver­sant sur le racisme au États-Unis et la diffi­culté de vivre un couple mixte et encore, à New York, ils ne sont « que » victime du racisme dans le Sud ils auraient été tués. Comme le sera son fils Clarence qui a eu le malheur de vouloir décou­vrir la région natale de son père.

Son petit fils ne connaît pas le vertige donc il travaillera à la construc­tion des buil­dings, on retrouve « Ciel d’Acier » de Michel Moutot mais ce n’est qu’une petite partie du roman , la partie la plus heureuse car le petit fils est amou­reux de sa femme très agréable et a une petite fille qu’il adore, ensemble ils font au vieux Walter une fin de vie souriante malgré les souf­frances que celui-ci éprouvent à cause des travaux trop durs qu’il a effec­tués dans sa jeunesse. Hélas, un drame dont je ne dirai rien, va boule­ver­ser ce fragile moment de bonheur. On retrouve le person­nage dans la lutte pour la vie dans ce qui est certai­ne­ment le pire endroit sur terre pour survivre : les tunnels du métro de New York avec sa faune d’al­coo­liques drogués hyper violente.

C’est un roman très riche, centré sur le métro : sa construc­tion et la popu­la­tion qui aujourd’­hui y trouve refuge. Les person­nages sont atta­chants même lors­qu’ils sont complè­te­ment détruits par le malheur et ce qui va avec : l’al­cool, la drogue, la soli­tude. Merci à Domi­nique pour cette tenta­tion de lecture qui complète très bien les deux romans de Michel Moutot.

Citations

La démocratie dans le travail.

Walker gagne la première partie, et Power donne au jeune noir une tape sur l’épaule.
- « Dis-donc, noiraud, tu t’es vu ? le roi de pique ! » mais Walker ne le prends pas mal. Il sait qu’ici sous le fleuve, on est en démo­cra­tie. Dans l’obs­cu­rité, tout le monde a le sang de la même couleur ‑ritals, nègres, polaks où rouquins irlan­dais c’est du pareil au même- alors il se contente de rire virgule empoche ce qu’il vient de gagner, et fait une deuxième donne.

Mariage mixte en 1930 à New York.

Une série de briques leur arrive par la fenêtre de la chambre, lais­sant des éclats de verre sur le plan­cher et ils n’ont plus qu’à coller une feuille de plas­tique qui claque au vent. Une de ces briques est enve­lop­pée dans un papier qui dit : INTERDIT AUX PINGOUISNS . Sur un autre, on peut lire : ARLEQUINS DEHORS. sur une troi­sième simple­ment : NON
William paie les dégâts et loue un autre loge­ment, ou dessus hors de portée des pierres et des cailloux lancés de la rue. Il sait qu’ailleurs, ce serait bien pire, dans d’autres parties de la ville, ils seraient déjà morts. Il a l’im­pres­sion de s’être exilé dans les airs, mais cet exil est une sécu­rité pour Eleanore. 

Toujours le racisme.

Deux soirs par mois, la diseuse de bonne aven­ture garde les petits, et Elea­nore va rejoindre Walker au Loews sur la Septieme avenue, un cinéma pour gens de couleur. Il arrive en avance ‑après avoir pointé à la sortie de son travail- , et Elea­nore descend discrè­te­ment le retrou­ver dans la salle. Quand elle arrive au bon grand, elle pose le doigt sur les lèvres d’un vieux Noir, qui la regarde passer devant lui avec éton­ne­ment. Il lui touche la main en souriant : « Allez‑y m’dame. »
Elle lui rend son sourire et se fraie un chemin jusqu’à son époux. 
L’obs­cu­rité et les dérobe aux regards bien que mariés, ils vivent une histoire d’amour illicite.

Le désespoir d’un père dont des policiers ont tué le fils.

Par un jour de semaine blafard, il enterre Clarence, aux côtés d’Ela­nore, dans un cime­tière du Bronx. 
Ses filles et Louisa sont derrière lui. Il s’age­nouille devant la tombe, mais ne dit aucune prière. À présent, les prières, ne sont plus pour lui que paroles atones – suppli­ca­tions inutiles qui, à peine pronon­cées et sorties de la gorge, retombent dans l’es­to­mac. De la régur­gi­ta­tion spiri­tuelle. Il ne veut pas voir les fossoyeur qui sont là, gras et satis­faits, au dessus du trou qu’ils viennent de creu­ser. Il saisit une pelle, jette une première motte de terre sur le cercueil de son fils. Il fait un pas en arrière, prend ses filles dans ses bras, ils rejoignent ensemble la voiture qui les attend.

Édition Plon . Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Quel livre ! Quand j’ai refermé ce livre de souve­nirs, j’ai eu un besoin d’un moment de silence avant de rédi­ger mon billet. Le silence qui a essayé d’étouf­fer les cris de ces Armé­niens spoliés de tous leurs biens, tortu­rés, aban­don­nés dans le désert, assas­si­nés puis turqui­fiés et oubliés.

Pour­tant tous les 24 avril les Armé­niens de la diaspora fran­çaise défilent devant les ambas­sades turques pour que ce géno­cide soit enfin reconnu.
Le livre est un retour dans la mémoire d’une jeune femme née en France d’une famille armé­nienne qui s’est exilée de Turquie en 1960 . Cette plon­gée dans le passé se fait à travers les pièces de la maison fami­liale qui, à travers un objet ou une photo, lui permettent d’évo­quer son enfance et la vie des membres de sa famille. Toute la diffi­culté de cet exer­cice est de confron­ter ses expé­riences person­nelles suffi­sam­ment doulou­reuses puis­qu’elle a voulu fuir à tout jamais cette maison, à celles autre­ment plus tragiques de la desti­née des Armé­niens en Turquie .
C’est un récit parfois très vivant et très gai, on aime­rait parti­ci­per aux réunions de famille autour de plats qui semblent si savou­reux, les grand mères et les tantes qui ne parlent que le turc sont des femmes qui n’ont peur de rien. Et pour­tant d’où viennent-elles ? Le blanc total de la géné­ra­tion d’avant 1915 plane sur toutes les mémoires. Le récit devient plus triste quand l’au­teur évoque son père. Sa compré­hen­sion d’adulte n’empêche pas sa souf­france d’en­fant de remon­ter à la surface. Cet homme a été brisé par l’exil auquel il a consenti pour assu­rer à ses enfants un meilleur avenir mais d’une posi­tion d’or­fèvre à son compte en Turquie il est devenu employé en France. Est ce cela qui a aigri son carac­tère et rendu sa posi­tion de pater fami­lias insup­por­table aux yeux de sa fille ?
À travers toutes les pièces de cette maison, Annaïs Demir recherche une photo de sa mère. Une photo où on la verrait dans toute sa beauté de jeune femme libre avant un mariage qui l’en­fer­mera dans une vie faite de contraintes. Son amour pour son mari est, sans aucun doute, plus le fruit d’une obli­ga­tion due aux liens combien sacrés du mariage que d’une atti­rance vers cet homme .
À partir de chaque détail de la vie des membres de cette grande famille, on imagine peu à peu le destin de la petite fille puis de la jeune fille qui est deve­nue cette écri­vaine, mais on comprend surtout la tragé­die du peuple Armé­nien qui appa­raît dans toute sa violence abso­lu­ment insup­por­table et si long­temps niée.
Un livre que je n’ou­blie­rai jamais et j’es­père vous avoir donné envie de le lire.

Citations

Retour douloureux aux sources.

Je sens que je dois mettre entre paren­thèses ma vie de critique d’art, mon cercle d’amis, les vernis­sages, les premières de ciné, les concerts, les cafés en terrasse, mes habi­tudes et mes passions. Renon­cer à tout ce que j’ai construit seule ces dernières années pour entrer dans une antique pelisse plein d’ac­crocs. Une vieille peau de bête, élimi­née par endroits et rugueuse à d’autres, qui me retombe sur les épaules jusqu’à m’étouffer. 
À moins qu’il ne s’agisse fina­le­ment d’une Gorgone cher­chant à me pétri­fier. Intense et glaçante, elle m’agrippe du regard. imper­tur­bable, elle a déjà englouti la plupart de ceux qui l’ont habi­tée. Et main­te­nant ce serait mon tour ?

Un long passage qui me fait plaisir d’être française.

À leur arri­vée en France, dans les années 60, ils ont pu respi­rer, n’ayant plus à dissi­mu­ler leur iden­tité cultu­relle et cultuelle, ni passer leur langue sous silence comme s’il s’agis­sait d’une pratique honteuse. Ils n’étaient plus ces « infi­dèles » suspects, ces « gavours », contre lesquels on pouvait se retour­ner en temps voulu. Ils ne crai­gnaient plus rien. Ils avaient le droit d’exis­ter en tant qu’Ar­mé­niens nés en Turquie sans subir le racisme anti­chré­tien dont ils avaient fait l’ob­jet dans leur pays. Ils allaient deve­nir des citoyens fran­çais et moi, qui venais de naître en France, avant eux. Sept ans après leur départ d’Is­tan­bul, je symbo­li­sais le passage à une ère nouvelle. À leurs yeux, je n’avais donc pas besoin de prati­quer le turc, la langue de nos enne­mis ances­traux. La langue du pays dont mes parents s’af­fran­chis­saient enfin. Un divorce tant désiré que le turc deve­nait auto­ma­ti­que­ment pour moi, l’en­fant d’un monde libre, la langue inter­dite. c’était le passé. Ils avaient décidé de tout chan­ger. Vivre en version origi­nale. Sous-titrée dans la langue du pays qu’il s’était choisi. Ils ne s’adres­saient donc à moi qu’en armé­nien depuis ma nais­sance. parce que ce que j’étais leur dernier enfant, le seul né ailleurs qu’en Turquie. Sur le terri­toire fran­çais et, de fait, par le droit du sol, de natio­na­lité fran­çaise. Née dans un pays où nous étions libres de vivre en paix notre vie de fran­çais d’ori­gine armé­nienne. Notre culte ne regar­dait que nous et ne figu­rait pas sur nos papiers d’identité.

Les massacres d’Arméniens .

Elle venait de Yozgat, un « vilayet » (province) du centre de l’Ana­to­lie ou les pillages, les viols, les déca­pi­ta­tions la hache et autres bases besognes avaient été plus viru­lentes encore que partout ailleurs en 1915. Le degré d’abo­mi­na­tion dans ces exter­mi­na­tions massives dépen­dait de l’état mental et moral du Valy (repré­sen­tant du sultan)qui diri­geait chacune des régions de l’empire. Et, à Yozgat, ils avaient eu affaire à l’un des plus sangui­naires de ces sadiques en bande organisée.

Les toilettes à la turque dans la cour des immeubles parisiens.

Mais lors­qu’il s’agis­sait de faire ses besoins, cela deve­nait plus compli­quée. Tout se passait hors de l’ap­par­te­ment. Pas sur le palier mais au fond de la cour, été comme hiver. Dans des caba­nons qu’on fermait avec un frêle crochet. Des toilettes « à la tourka », comme disait tante Arsiné en roulant le « r ». N’est-ce pas le summum de la tragé­die que de conti­nuer à entendre parler quoti­dien­ne­ment de l’en­nemi ances­tral, même dans les lieux d’ai­sances de son pays d’exil, en plein Paris ? Ironie du sort, les turcs s’illus­traient là sans le moindre panache autour d’une inven­tion aussi primi­tive et putride qu’un pauvre trou dans lequel le toute un chacun venait vider ses entrailles.

Sa famille.

Je les vois même défi­ler sous mes yeux. De temps à autres effrayante, d’autres fois émou­vante, souvent « atta­chiante » : voilà à quoi ressemble ma famille. Ques­tion ambiance, on a le senti­ment que tout le monde s’amuse à mettre les doigts dans la prise juste pour s’en­tendre respi­rer. Cela a quelque chose à voir avec un incom­men­su­rable besoin d’affection.

Évocation de sa mère couturière .

L’ate­lier, c’est là qu’elle passait le plus clair de son temps, chan­tant et cousant comme une Cendrillon d’Orient. pas un jour sans qu’elle ait donner de la voix ou taqui­ner la muse. À tel point que ses chants, que j’en­tends dès que j’entre dans la maison, s’in­ten­si­fient dans l’ate­lier. Mais tous ces airs me serrent la gorge. C’est dans cette bombonne de verre qu’elle avait l’air le plus heureuse. Plutôt qu » »une chambre à soi » si chère à Virgina Wolf, cette pièce à part où chaque femme devrait pouvoir s’épa­nouir libre­ment, ma mère jouis­sant, elle, d’un « temple de la soie » regor­geant de trésor qui me trans­por­tait d’un coup d’œil à Samar­cande où Ispahan.

Le génocide.

On jalou­sait leurs biens on en voulait à leurs maisons, à leur terre et à l’or que les Turcs imagi­naient qu’ils déte­naient. Par consé­quent, on les avait désar­més et déles­tés de ce qu’ils avaient de plus précieux. On les menait main­te­nant en trou­peaux aux abat­toirs. Pour procé­der à leur lente mises à mort en toute impu­nité. Certains à pieds, d’autres entas­sés dans des wagons à bestiaux. Desti­na­tion le désert de Syrie au plus fort des tempé­ra­tures de l’Orient. Il était bien assez vaste pour étouf­fer leurs pleurs, leurs cris et jusqu’à leur râle ultime. Tortures, viols, assas­si­nats, pillages, dépor­ta­tions et autres humi­lia­tions. des morts par centaines de milliers. Des char­niers. Une défer­lante de l’hor­reur et de sadisme s’était abat­tue sur les maisons arméniennes.

Merci aux éditions Plon

C’est un roman qui se lit très faci­le­ment mais qui pour autant ne m’a guère convain­cue. C’est une sorte de fable, qui permet à l’écri­vain de racon­ter (encore une fois) les horreurs de l’ex­ter­mi­na­tion des juifs.

Le person­nage prin­ci­pal est un enfant qui décide de deve­nir président des États-Unis et qui rencontre un vieil homme qui perd la mémoire. Tout le roman est construit autour de ce person­nage est-il un sauveur de juifs ou un alle­mand qui a voulu sauver sa peau en se faisant passer pour juif ? Fina­le­ment il y aura du vrai dans ces deux propositions.

J’au­rais bien aimé que l’écri­vain se penche sur la mémoire d’un ancien nazi qui trans­forme peu à peu la réalité pour pouvoir survivre à ce qu’il a fait. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit mais d’une vieille personne qui commence un Alzhei­mer et qui ne sais plus qui il est vrai­ment. En plus, il n’a pas fait que le mal et il n’était pas un acteur de l’ex­ter­mi­na­tion des juifs donc d’une certaine façon il peut se regar­der en face, ce que quel­qu’un comme Mendele devait avoir du mal à faire.

C’est un person­nage de fiction, et sur le sujet de la Shoa, je suis parti­cu­liè­re­ment exigeante ; c’est sans doute, la raison pour laquelle je suis passée à côté du charme de cette histoire et j’es­père que d’autres vont l’apprécier

Citation

Genre de phrases agaçantes.

La vérité sort de la bouche des enfants(…)
Les enfants ne sont pas repré­sen­tés au gouver­ne­ment, or, nous sommes concer­nés par les déci­sions qui sont prises aujourd’­hui, car elles auront des consé­quences demain .

Édition Flam­ma­rion . Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

C’est un roman léger et dont la lecture si agréable nous sort un peu du monde trop violent qui est le nôtre aujourd’hui. Tout en étant léger il n’est pas pour autant super­fi­ciel. Deux histoires se rassemblent autour d’un curieux phéno­mène : le passage de Venus devant le soleil .

Les tran­sits de Vénus font partie des phéno­mènes astro­no­miques prévi­sibles les moins fréquents et se produisent actuel­le­ment suivant une séquence qui se répète tous les 243 ans, avec des paires de tran­sits espa­cés de 8 ans sépa­rées par 121,5 puis 105,5 ans. Avant 2004, la paire de tran­sits précé­dente date de décembre 1874 et décembre 1882. Le premier de la paire de tran­sits du début du xxie siècle a eu lieu le 8 juin 2004 et le suivant a eu lieu le 6 juin 2012 . Après 2012, les prochains tran­sits auront lieu en 2117 et 2125. selon Wikipedia .

Vénus c’est ce petit point noir sur le soleil

Guillaume Joseph Hyacinthe Jean-Baptiste Le Gentil de la Galai­sière en 1760 s’embarque pour aller voir ce phéno­mène extra­or­di­naire à Pondi­chéry. Il doit y être le 6 juin 1761. Une terrible tempête l’empêchera d’ar­ri­ver à temps, il décide alors de rester à l’île Maurice, Mada­gas­car et la Réunion pendant 8 ans pour pouvoir voir le prochain passage. En atten­dant, il écrit pour racon­ter ce qu’il voit et consti­tue une superbe collec­tion de coquillages. Pour ses obser­va­tions , il possède un superbe téles­cope objet qui émer­veillera les marins et les gens qu’il rencon­trera dans ses voyages.
Et voici notre deuxième person­nage, Xavier agent immo­bi­lier à Paris, il retrouve cet ancien téles­cope dans un appar­te­ment qu’il a vendu. Il le met sur sa terrasse et observe la lune, les étoiles et sur un autre balcon une jolie pari­sienne dont il va tomber amou­reux. Xavier est un homme de notre époque divorcé , anxieux qui se relaxe grâce à des appli­ca­tions sur inter­net . Il ne voit son fils qu’un WE à deux et il cherche des acti­vi­tés extra­or­di­naires pour être bien avec lui. La jolie Alice qui a rencon­tré Xavier car elle recher­chait un appar­te­ment travaille au musée des jardins des plantes, est taxi­der­mique et fait revivre des animaux en les redon­nant un aspect vivant.
Leur histoire sera un peu compli­quée, nous ne les quit­te­rons que pour retrou­ver Guillaume dans ses diverses aven­tures et ses rencontres avec des humains, des animaux des plantes si loin de la cour du roi Louis XVI . Nous avons quelques belles tempêtes et malheu­reu­se­ment la belle collec­tion de coquillages sera sacri­fiée pour sauver le bateau du retour. A son retour en France tout le monde l’ayant cru mort, il a perdu sa place à l’aca­dé­mie des sciences et sa famille s’est parta­gée son héritage.

On est bien avec les diffé­rents person­nages même si quand on sort du livre, on se dit que le monde n’est pas aussi gentil que celui que nous décrit Antoine Laurain. Il a su nous faire revivre un astro­naute bien oublié et nous faire parta­ger une romance à laquelle on a envie de croire.

Citations

Présentation de Xavier.

Il semblait à Xavier que sa vie avait en quelque sorte déra­pée à un moment et il avait du mal à situer préci­sé­ment ce moment. Souvent, il se sentait comme un céli­ba­taire sans avenir, qui vendait aux autres, plein d’en­train et de ressources, des appar­te­ments pour y construire une vie ‑autant de projets qui ne lui parais­saient plus à sa portée. 
Rien est vrai­ment compli­qué. Ce que vous perce­vez comme diffi­cile sont le plus souvent des construc­tions mentales. Vous ajou­tez une couche d’an­goisse dont vous n’avez nul besoin et qui est improductive. 

Les plages de l’île Maurice par rapport à la manche.

Du bleu et de la lumière. Tout était bleu, l’eau était aussi immo­bile que le ciel. Jamais il n’avait vu d’autre plage que celle de la Manche, où il se rendait enfants et adoles­cents avec la famille. Des dunes avec des mottes d’herbe éparses balayées par le vent puis l’im­men­sité de la mer. Le plus souvent, sa couleur était bleu foncé tein­tée de kaki et des rouleaux mena­çaient ceux qui s’ap­pro­chait et n’étaient pas marin. L’eau se reti­rait sur des kilo­mètres, et il fallait marcher long­temps sur les bosses du sable humide et dans les petits étangs de vases avant d’ar­ri­ver au bord de la mer qui était en géné­ral glacée sur les pieds.

Une idée du bonheur.

Bruno devait vivre le rêve d’une nouvelle vie en Dordogne, passer de belles jour­née en famille, pleines de projets pour ses chambres d’hôtes, et échan­ger avec Char­lotte, sa femme, sur les couleurs du papier peint d’une future pièce ou encore sur l’agen­ce­ment d’une rocaille dans le par paysagé. Oui, Bruno avait fait le bon choix : il avait quitté la ville, avec ses voitures qui se repro­dui­saient comme des cafards, selon son expres­sion. Il devait vivre tous les jours comme dans ses publi­ca­tions fami­liales des années 1980 dans lesquels le père et la mère retrou­vaient leurs enfants le matin au petit déjeu­ner, dans la cour d’une belle maison enso­leillée pour parta­ger choco­lat chaud et café brûlant en écla­tant de rire. En géné­ral ces spots vantaient une marque de chico­rée ou des assurances ;

J’adore la fin.

Le prochain tran­sit de Vénus aura lieu en 2117. Soit dans quatre vingt quinze années. Vous, qui lisez ces lignes, ne serez plus là. Et moi non plus. Comme guillaume nous rate­ront ce rendez-vous. Mais ce n’est pas grave. Nous sommes ici. Main­te­nant. J’écris. Vous lisez. 
Nous respi­rons. 
Nous sommes vivants. 
Tout va bien.

Edition pocket

J’avais remar­qué ce roman sur de nombreux blogs dont celui de Géral­dine , et il m’attendait dans sa pile, bien sage­ment … Le succès au début de la campagne prési­den­tielle des idées du candi­dat du mouve­ment « Recon­quête » auprès des catho­liques tradi­tio­na­listes m’ont pous­sée à sortir ce livre de sa pile.
Quand on lit ce roman, on peut se dire que l’auteure pousse le trait critique un peu loin, et puis on se souvient des propos de certains membres de ce tout nouveau parti et on se dit que non, ces gens sont persua­dés qu’ils ont une croi­sade à mener et qu’ils doivent rame­ner les Fran­çais vers leurs valeurs. Ils vivent telle­ment entre eux qu’ils sont inca­pables de s’ouvrir aux autres.
La pauvre Sixtine est victime de son milieu et épouse un poly­tech­ni­cien membre actif des milices chré­tiennes des Frères de La Croix. On retrouve dans cette première partie toutes les valeurs que ces diffé­rentes sectes catho­liques veulent incul­quer aux enfants . Sixtine est très vite enceinte et ce qui aurait dû être la plus grande joie de sa vie s’avère être un véri­table calvaire. Elle est malade tout le temps et n’a pas le droit de se plaindre. De petites failles entre elle et l’idéologie extré­miste de son mari commencent à s’installer, le choix du prénom pour commen­cer, tout le monde appelle ce bébé qui n’est pas encore né Foucault sans lui deman­der son avis. Et puis, un soir, son mari meurt en allant atta­quer un concert punk. Sixtine aime­rait savoir si, avant lui-même de mourir son Pierre-Louis n’est pas respon­sable de la mort d’un parti­ci­pant au concert.
De cette diffé­rentes failles et du détes­table carac­tère de sa belle mère naîtra sa révolte et sa fuite vers l’Aveyron, où elle rencon­trera des gens vivant dans des valeurs oppo­sées à celle de sa belle famille. Peu à peu Sixtine sortira de sa coquille et de l’influence néga­tive de l’emprise de la secte reli­gieuse. Cela ne se fera pas du jour au lende­main et la fin du roman relève plus de l’imaginaire que du possible. Sa mère lui avait caché le secret de sa nais­sance et c’est grâce aux liens retrou­vés avec sa famille mater­nelle que Sixtine et Adam, son fils, vont pouvoir enfin vivre leur vie.

C’est un beau roman, facile à lire et qui permet de comprendre les excès d’une si petite partie des catho­liques. Ce qui me semble abso­lu­ment incroyable c’est comment ils peuvent imagi­ner rallier la majo­rité des Fran­çais à leur cause. En parti­cu­lier les femmes ! En revanche lorsque l’on a été élevé dans ce genre de commu­nau­tés, il est presqu’impossible d’aller vers d’autres idées. Du moins c’est ce que dit ce roman et ce que nous voyons autour de nous (de loin pour moi), dans les familles élevées dans ce genre de sectes qui ont en commun d’avoir refusé les réformes prônées par Vati­can II .

Citation

Quel programme !

Mes enfants sur vos épaules repose une lourde tâche, celle d’être des époux catho­liques dans un monde païen, celle d’être des parents de nouveaux petits croi­sés qui devront vivre au milieu de ce peuple de rené­gats. Pierre-Louis et Sixtine, tous les enfants que Dieu vous donnera seront une grâce et une béné­dic­tion. Comme disait notre fonda­teur, le frère André, » en ces temps de déca­dence et d’apo­sta­sie, cela devient même un devoir ». Chers Pierre-Louis et Sixtine, et vous, peuple des fidèles, incul­quer la foi catho­lique et romaine à ces enfants que nous espé­rons nombreux. Je ne peux que vous invi­ter à suivre les comman­de­ments édic­tées dans la Genèse : » Soyez féconds, multi­pliez-vous, remplis­sez la terre et soumettez-la ! »


Édition la cosmo­po­lite stock. Traduit de l’italien Anita Rochedy
Un roman très agréable à lire, comme un grand bol d’air pur dans la haute montagne. Cet écri­vain sait rendre hommage aux paysages qu’il aime tant. Surtout n’at­ten­dez pas trop d’his­toire de loups car s’ils sont présents dans ces montagne et dans le roman, ils ne sont pas les person­nages prin­ci­paux. L’au­teur écri­vain se met en scène dans un restau­rant où il fait la cuisine « Le festin de Babette » en hommage à la nouvelle de Karen Blixen qui a inspiré à Gabriel Axel un film que je revois de temps en temps toujours avec le même plai­sir. Il va rencontre Sylvia avec qui il aimera faire l’amour, mais ce n’est pas non plus le sujet prin­ci­pal du roman, aucune histoire n’est vrai­ment menée jusqu’au bout ; c’est ce qui m’a empê­chée de mettre cinq coquillages au roman. Un peu comme dans la vie, on croise des gens que l’on aime­rait mieux connaître, parfois aussi mieux aider mais cela ne se fait pas car nous suivons une autre route. Fausto aimera Sylvia, mais il n’est pas sûr qu’ils restent ensemble, il aidera un monta­gnard après un acci­dent et nous appren­drons que cet homme a été le mari de Babette (c’est ainsi que l’on surnomme la proprié­taire du restau­rant) et qu’ils ont eu une fille ensemble, mais rien de plus.
Le vrai sujet de ce roman, c’est l’imbrication de la vie de ces person­nages dans une nature qui domine telle­ment les hommes. Seuls les loups sont réel­le­ment libres dans ces montagnes, c’est peut-être le sens du roman.
Un roman qui permet d’oublier le quoti­dien grâce à ce que la montagne peut appor­ter aux hommes en quête de beauté liée à l’effort pour y accéder.

Citations

Une avalanche.

Sylvia retourna alors sur la terrasse pour tenter de voir les avalanches. Elle observa les montagnes face à elle, l’en­vers, exposé au nord, de Fontana Fredda. Elle réen­ten­dit le gron­de­ment, l’ef­fon­dre­ment, même s’il était plus bas que le premier, et aper­çut un souffle de neige contre les rochers. Puis un autre sur une paroi, comme une cascade. Un peu partout la neige s’ébou­lait, dans les endroits où la pente était trop raide où ceux où elle s’était trop accu­mu­lée, elle déva­lait en suivant les reliefs de la montagne, ses à‑pics et ses glis­soires puis faisait halte plus bas. Au bout d’une minute, Sylvia vit une vraie avalanche se déta­cher dans un couloir. Elle remar­qua d’abord l’éclair puis, avec un temps de retard, le coup de tonnerre lui parvint, long et profond. On ne pouvait l’en­tendre sans éprou­ver une once d’an­goisse. La masse de neige dévala long­temps, se gonfla en s’en­rou­lant et en char­riant celle qui était sur son passage, et quand elle finit par s’ar­rê­ter elle laissa sur le flanc de la montagne une tache sombre, comme un mur dont le plâtre serait tombé.

La fin de l’hiver .

En cette fin de saison, la neige cédait déjà vers midi, après quoi, elle se trans­for­mait en bouillasse : il lui semblait qu’elle suppliait qu’on la laisse retour­ner à l’état liquide, baigner la terre et ruis­se­ler au bas de la vallée.

Milan.

Sur la place du quar­tier, des cour­siers péru­viens allaient et venaient, des Arabes désœu­vrés étaient assis à des tables dehors, des Afri­cains grands et minces atten­daient de récu­pé­rer leur linge devant les lave­ries auto­ma­tiques. L’hu­ma­nité était comme la forêt, pensa-t-il plus on descend en alti­tude et plus elle se diversifie.

La santé des montagnards.

L’état de santé géné­ral de monsieur Balma pouvait être quali­fié de catas­tro­phique. Il avait un foie d’al­coo­lique et les artères épais­sies et bouchées, il pouvait faire une isché­mie à tout moment, ou pire encore. Il n’avait pas vu de méde­cin ni fait d’exa­men sanguin depuis des années. Des histoires de montagnards.
Il enchaîna sur le pluriel, commença à parler d » « eux » au lieu de « lui », et dit : Vous savez comment ils sont faits. Avec ce qu’ils mangent, à cinquante ans ils ont plus de gras que de sang dans les veines. Et ils vont pas chan­ger leurs habi­tudes pour autant 
À croire qu’ils atten­daient l’inévitable.

Changement de population dans les refuges.

À midi, le refuge était un chassé croisé de gens qui partaient et qui rentraient. Fausto a reconnu le salon, les photos d’époque au mur, l’odeur de cuisine et de trans­pi­ra­tion et de vieilles boise­ries. Quelque chose d’autre avait changé depuis son enfance. Avant, il ne voyait que des hommes d’âge mûr, parlant italien ou fran­çais ou alle­mands, et tous les panneaux étaient traduits dans les trois langue du mont Rose. Désor­mais le refuge était rempli de jeunes gens, la même huma­nité qu’on aurait pu trou­ver dans les grandes métro­poles du monde, et les panneaux étaient tout simple­ment passés à l’anglais.

Édition Albin Michel . Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Traduit du suédois par Anne Karila

Un roman qui décrit des rela­tions très lourdes entre des parents et leurs trois garçons, toujours à la limite de l’ex­plo­sion. On comprend très vite qu’un drame a eu lieu mais on n’aura toutes les clés qu’à la fin du roman, donc promis je ne vous révè­le­rai rien. Nous sommes avec Benja­min le cadet de l’aîné Niels, et Pierre le plus jeune, ils ont passé leur enfance à se battre, du moins c’est comme ça que nous le raconte Benja­min. Les parents sont le plus souvent sous l’in­fluence de l’al­cool et le père éclate de colères impré­vi­sibles et violentes et la mère tota­le­ment dépas­sée semble absente. Je me demande si cette façon de vivre « à la sauvage » chez des gens culti­vés repré­sente quelque chose en Suède, ce qui ferait que les Suédois ont une autre lecture de ce roman que nous pour la repré­sen­ta­tion de cette famille.
Le roman commence à la mort de la mère, le père est décédé depuis quelques années, elle n’ex­prime qu’un seul souhait que ses trois fils dispersent ses cendres autour du petit lac près duquel ils passaient toutes leurs vacances et où ils ne sont plus retour­nés depuis le fameux jour, qui a tota­le­ment détruit la famille.

Le roman est entiè­re­ment sous-tendu par cette révé­la­tion, et c’est pour moi un bémol, vrai­ment je n’aime pas le suspens mais ici il n’est pas gratuit, car effec­ti­ve­ment Benja­min doit repar­tir dans les souve­nirs embrouillés de tout ce qui a consti­tué son enfance pour avoir une chance de pouvoir se recon­ci­lier avec lui-même.

J’ai été un peu gênée par le mélange des temps du récit, c’est très compli­qué de savoir à partir de quand la famille a dysfonc­tionné et pour­quoi exac­te­ment et j’ai aussi été éton­née par la violence des bagarres entre les frères. On est bien loin de l’image de calme et de self contrôle atta­chée à la Suède. C’est un roman étouf­fant qui manque de lumière à mon goût mais qui raconte très bien l’en­fance dans une famille détruite.

PS je suis gênée pour rédi­ger mon billet sans parler de la fin, lisez le vite pour que je puisse discu­ter avec vous sans cette contrainte. Par exemple que pensez vous du silence de Niels et Pierre adulte lorsque Benja­min évoque la scène où son père a percuté un jeune faon ? (Et réflé­chis­sez au titre vous saurez une intui­tion sur le drame qui sous-tend ce roman.)

Citations

La fatigue dans l’eau froide.

La fatigue arriva sans crier gare. L’ex­cès d’acide lactique lui engour­dit les bras. Sous le choc il en oublia les mouve­ments des jambes, il ne savait plus comment on faisait. Une sensa­tion de froid partie de la nuque irra­dia l’ar­rière de son crâne. Il enten­dait sa propre respi­ra­tion, son souffle plus cours et pressé, un pres­sen­ti­ment glaçant lui serra la poitrine : il n’au­rait pas la force de retour­ner jusqu’au rivage. 

Bagarre de frères adultes.

Pierre lui envoie un coup de pied dans les jambes, Niels s’af­faisse sur les cailloux. Alors Pierre se jette sur lui, ils roulent, se bourrent de coups de poing, se frappent au visage, sur le thorax, les épaules. Sans cesser de se parler. Benja­min croit assis­ter à une scène irréelle, quasi­ment sortie de son imagi­na­tion : ils se parlent tout en essayant de se tuer.

Les disputes en voiture.

Ils montèrent dans la voiture. À l’in­té­rieur du véhi­cule, Benja­min était toujours sur ses gardes, car c’était toujours là, semblait-il, que se dérou­lait les scènes les plus terribles, lorsque la famille était enfer­mée dans un si petit espace. C’est là qu’a­vait lieu les plus violentes disputes entre papa et maman, quand papa faisait tanguer la voiture en essayant de régler la radio, ou quand maman ratait une bifur­ca­tion sur l’au­to­route et que papa poussé des cris déses­pé­rés en voyant s’éloi­gner la sortie derrière eux.

La perception du laissé aller de sa maison .

Peu à peu, il réunis­sait les indices, appre­nait à se connaître lui-même en regar­dant autour de lui. La saleté à la maison, les taches d’urine par terre autour de la cuvette des WC, ça cris­sait sous les pantoufles de papa, les moutons sous les lits, qui tour­noyaient douce­ment dans le courant d’air quand les fenêtres étaient ouvertes. Les draps qui jaunis­saient dans les lits des enfants avant d’être chan­gés. Les pile de vais­selle sale dans l’évier et les petites mouches qui sortaient affo­lées de leurs cachettes entre les assiettes, quand on ouvrait le robi­net. Les cernes de crasse sur l’émail de la baignoire, telles des lignes de marée dans un port, les sacs d’or­dures qui s’emploient à côté de l’éta­gère à chaus­sures dans l’en­trée. Benja­min s’était rendu compte qu’il n’y avait pas que la maison qui était sales ses habi­tants l’étaient aussi.

Les Éditions de Minuit.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

J’ai lu d’ex­cel­lentes critiques de ce roman qui enchante la sphère offi­cielle média­tique, alors que c’est un « flop » pour moi contrai­re­ment à Dasola . Il faut dire que dans la vie courante, je ne m’in­té­resse jamais à la vie des stars ni à leur bonheur, ni à leur malheur. Or ici le « Monu­ment Natio­nal » est un ancien acteur très connu. Quel­qu’un qui a beau­coup beau­coup d’argent qui le dépense sans comp­ter et qui vit dans un château. Sa femme très belle, ancienne miss côte d’azur, a adopté une petite asia­tique, elle raconte son inti­mité sur Insta­gram. Tout ce petit monde est entouré de servi­teurs plus ou moins dévoués. Toute ressem­blance avec des gens connus (Belmondo ? Johnny ? Depar­dieu ?) est voulue par l’au­teur. On profite de la moindre de leurs photos sur les réseaux sociaux et lors du décès du vieil acteur tout le monde se déchire à belles dents pour l’hé­ri­tage. Ce roman se veut une critique acerbe de notre société, les trop riches d’un côté et les pauvres de l’autre , les gilets jaunes au milieu. On y trouve aussi le confi­ne­ment qui empêche certains d’al­ler cher­cher des fonds dans les pays « offshores », et pour couron­ner le tout une « party » offi­cielle avec les Macron . Puis une montée dans la violence et une fin très étrange un peu dans le genre thril­ler. la morale est sauve : les riches deviennent pauvres mais … non les pauvres ne deviennent pas riches.

J’avais lu aussi que cette auteure (autrice pour Atha­lie) était très drôle, elle ne me fait pas rire du tout. J’ai du mal à expli­quer, je crois que de passer du temps avec ces gens creux et mani­pu­la­teurs m’a rendue triste : je n’avais pas besoin d’elle pour détes­ter la famille de Johnny, j’avoue ne pas connaître celle de Belmondo. Je suis souvent touchée par le jeu de Depar­dieu mais je ne veux rien savoir de sa vie ni de ses amitiés avec Poutine …

La richesse des stars m’est indif­fé­rente comme celle des joueurs de foot et c’est peut la raison pour laquelle je suis tota­le­ment passée à côté d’un roman qui a plu à ceux et celles qui côtoient ces stars et qui ont sans doute envie de dévoi­ler leurs plus mauvais aspects, et parler de leur richesse : on aime rare­ment ceux qui ont gagné trop d’argent surtout quand ceux-ci l’étalent sans aucune pudeur à travers les photos qu’ils laissent sur les réseaux sociaux. Je dois dire que je n’avais pas aimé un autre roman de cette auteure « Propriété privée ».

Citations

Exemple de la façon de raconter .

Sans pouvoir se passer de Domi­nique Bernard, notre mère se défiait de lui. Elle crai­gnait toujours, avec le nombre de ses rela­tions, qu’il ménage des inté­rêts concur­rents. Aussi, quand l’agent fit valoir des raisons proto­co­laires, et lui repré­senta qu’on ne pouvait s’in­vi­ter à l’Ely­sée, si célèbres soit-on, en posant tout un tas de condi­tions, elle demanda sèche­ment ce qu’il propo­sait pour satis­faire à la fois le peuple et le président.
Domi­nique Bernard n’avait pour ambi­tion que de satis­faire les artistes, plaida-t-il. Et si le bonheur d’Ambre et Serge passaient par une fête natio­nale, eh bien soit, on trou­ve­rait le moyen d’in­vi­ter le peuple à la party. Mais on ne pour­rait pas insta­gra­mer toute la soirée en direct de la prési­dence. À la place, on filme­rait une courte vidéo avec la première dame dans les jardins de l’Ély­sée. Brigitte serait enchan­tée de présen­ter ses petits enfants à la progé­ni­ture de Serge.

Évasion fiscale et l’argent .

Bien sûr, notre famille avait mis son capi­tal à l’abri. Quelques années plutôt, nos parents avaient pris conseil auprès d’un fisca­liste. Celui ci leur avait aussi­tôt fait remar­quer qu’il n’était pas raison­nable, et même tout à fait impru­dent, de lais­ser crou­pir notre argent dans le même vieux pays quand des contrées plus neuves, plus modernes, offraient des condi­tions autre­ment intéressantes.
Le fisca­liste, pour sa part, n’éprou­vait aucune réti­cence à faire appel aux banques. Seuls les pauvres vivaient de leur argent, résuma-t-il au grand salon, les gilets jaunes qui s’échi­naient à rembour­ser des agios quand la noto­riété ouvrait partout d’in­fini lignes de crédit.

Édition l’âge d’homme ; Traduit du tchèque par Marcella Sali­va­rova Bideau

J’ai trouvé cette lecture chez Patrice et j’avoue que je pensais y trou­ver plus de plai­sir. C’est vrai­ment une fable et l’hu­mour est très daté. On sent aussi que l’au­teur a eu du mal à finir son histoire et le passage dans l’île avec des canni­bales est un peu lourde. C’est donc une fable autour du foot­ball et de l’en­vie de gran­deur d’un petit village de Dolni Bukvi­cky qui voit naître 11 garçons dans la famille du vieux Klap­zuba . Ce père très malin fait de ses fils des cham­pions de foot . Il va leur donner le sens de l’en­trai­ne­ment, et le plai­sir du foot. Ils sont soudés entre eux comme des frères peuvent l’être. Ils vont deve­nir les meilleurs joueurs du monde , si célèbres que le roi d’An­gle­terre leur confiera son fils le prince de Galle pour en faire un cham­pion. Leur ascen­sion est très inté­res­sante et se lit agréa­ble­ment avec le sourire car rien n’est sérieux dans cette fable.

Mais un jour, les frères perdront leur envie de jouer car il rencon­tre­ront un petit garçon qui leur fait comprendre qu’ils sont deve­nus des professionnels.

Oui, vous êtes des profes­sion­nels, et c’est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas jouer avec vous. Nous jouons pour l’honneur et vous jouez pour l’argent. Je ne veux avoir rien en commun avec vous.

Ils prennent conscience de tout l’argent qu’ils ont gagné et cela rend le foot­ball moins passion­nant. On est loin du foot­ball contem­po­rain. Avant de tout arrê­ter, il faudra une dernière et folle équi­pée vers l’Aus­tra­lie et les onze frères fini­ront dans un sursaut d’honneur par retrou­ver leur compétitivité.

La fin est vrai­ment moins inté­res­sante, l’au­teur envoie son équipe de foot sur une île de canni­bales puis au milieu de l’océan .

Je pense que ce roman est plutôt un livre pour la jeunesse. Malgré l’hu­mour, je suis restée en dehors de cette fable qui pour­tant est très célèbre en Tchéquie.

Citation

Humour tchèque.

« C’est vous, monsieur Klapzuba ? »

Klap­zuba rassem­bla en vitesse toutes ses réserves de voca­bu­laire anglais, prit son temps pour y faire son choix, hocha la tête et dit finalement :

« Yes »

L’apprentissage et la royauté.

Leur Majesté d’An­gle­terre m’ont envoyé leur fils en appren­tis­sage, et de ma vie je n’ai jamais vu un apprenti se faire servir. Il s’est engagé, faut qu’il porte lui-même son barda. Le meilleur des rois est celui qui a le moins de laquais autour de lui, si on oublie que pas de roi du tout, c’est encore mieux que le meilleur des rois.

Le sport et l’argent.

Il n’y a pas de quoi s’éton­ner, tout ce qui se répète à l’in­fini perd de son charme et se résume à la longue a un problème méca­nique. On a vu le même phéno­mène avec les profes­sion­nels du Royaume-Uni. Seul un amateu­risme total, celui qui exige de ses adeptes des sacri­fices, apporte en récom­pense le plus beau cadeau que la culture physique puisse offrir : l’es­prit spor­tif. Toutes les autres formes d’ac­ti­vi­tés spor­tives mène à la morti­fi­ca­tion de l’esprit.

Scène avec un colonel anglais .

Le colo­nel ne faisait rien d’autre que de rester assis, tirer sur sa pipe et cracher alors Klap­zuba faisait de même, rester assis, tirer sur sa pipe et cracher ‑et ainsi ils restèrent assis, tirèrent sur leurs pipes crachèrent à deux. Une heure plus tard, le colo­nel leva la main, montra un oiseau blanc qui passait par là et dit en anglais :
« Mouette »
Klap­zuba approuva de la tête :
« Yes »
Une heure plus tard Klap­zuba aper­çut un dauphin surgis­sant et dispa­rais­sant dans l’eau. Il observa un moment leva la main et dit posément :
« The poisson » 
Là-dessus le colo­nel Ward hocha sérieu­se­ment la tête :
« Yes »
Et ils retour­nèrent à leurs occu­pa­tions, rester assis, tirer sur leurs pipes et envoyer des crachats.


Éditions Fleuve

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Quelle lecture plai­sir ! Ce roman apporte un excellent moment de détente et parfois c’est juste­ment cela que l’on cherche. J’ai aimé le regard avisé et plein de tendresse de cette écri­vaine sur les clients d’un restau­rant parisien.

Le fils conduc­teur auquel on doit le titre, ce sont les efforts de Cyril, le serveur qui est amou­reux de la serveuse Marion. Chaque chapitre est inti­tulé d’un plat que l’on peut comman­der au restau­rant : « Hareng-pomme- de-terre à l’huile » « ris de veau sauce madère » … certains de ces chapitres sont consa­crés aux pensées de Cyril et de Marion : compli­qué d’être amou­reux quand on est timide et qu’on a peur de bles­ser l’autre. Les autres chapitres sont consa­crés à des couples qui sont à des moments diffé­rents de leur histoire. L’au­teure nous donne toujours les deux versions : les pensées de la femme et celle de l’homme. Nous suivront par exemple un couple qui devrait commen­cer, mais ils se sont rencon­trés grâce à un site de rencontre, ils se sont écrit de longs mails et cela ne les aide pas à trou­ver des façon de se parler. Nous suivrons aussi le couple bien installé dans la vie, lui il est méde­cin et se réfu­gie dans le travail car il fuit son épouse qu’il ne recon­nait plus trop sûre de son rôle de femme de méde­cin. Nous aurons aussi le couple de l’éter­nel dragueur qui ne cherche qu’à coucher avec de belles femmes qu’il soumet trop faci­le­ment. Entre ses décou­vertes Cyril essaie d’avan­cer dans sa conquête de Marion. Tous ont vécu une scène initiale : une femme est debout, ne s’as­soit pas à la table de son conjoint. Celui-ci lui parle d’un ton très dur et mépri­sant, elle hési­tera long­temps, si long­temps qu’elle attire les yeux de tous les clients du restau­rant. Elle finira au grand soula­ge­ment du lecteur qui a entendu tout ce qu’elle a dû suppor­ter de son goujat de mari, par partir. Tous ces person­nages sont émou­vants, et nous les fréquen­tons dans notre quoti­dien mais tout le talent de Claire Renaud c’est de savoir nous les présen­ter de façon très vivante grâce à une écri­ture très moderne.

Un roman que je vous conseille pour vous détendre et aimer vos contemporains.

Citations

Un portrait réussi .

Lui, ça fait quatre ans qu’il est ici. Au départ, c’était provi­soire, un job étudiant. Puis c’est devenu un job tout court quand il n’a plus été étudiant. Il a arrêté d’al­ler à la fac de cinéma. il ne va plus au cinéma. Comme si Paris lui avait fait revoir toutes ses ambi­tions à la baisse. Il ne se recon­nais­sait pas dans ces ciné­philes préten­tieux qui citaient toujours le seul film qui n’avait pas vu du réali­sa­teur qu’il aimait biens. Il se sentait toujours en défaut, de culture, de niveau social, d’argent. Il n’osait rame­ner aucun pote de la fac chez lui, encore moins les filles, il avait honte.

Les avancées amoureuses.

– Moi j’aime bien être seule. Ça ne me dérange pas, déclare-t-elle.
Une autre info. Une touche supplé­men­taire de pein­ture sur la toile. Une autre pièce du puzzle.
Et quelle pièce ! Elle est seule ! Pas de petit ami dans le paysage. Céli­ba­taire. Libre. Ils sent pour­tant d’autres chaînes. 
Et une soli­tude plei­ne­ment assu­mée et consen­tie n’est-elle pas plus terrible que tous les bellâtres du monde en embus­cade ? Il saurait mieux atta­quer un rivale que fran­chir des barrières invi­sibles. Mais il n’a pas le choix.

Scène tellement vraie.

- Alors, ma chérie ? Qu’est- ce qui te ferait plai­sir ? Une salade pour toi, une entre­côte pour moi, c’est ça ?
Oui, c’est ça. Ou autre chose. Qu’importe.
Je vais manger légè­re­ment, pour conser­ver la ligne, pour te garder, la concur­rence est rude, elle me main­tient à un haut niveau de fruits et légumes, tandis que tu pren­dra de la viande, carnas­sier, préda­teur, et toute la mytho­lo­gie qui va avec. Ta signa­lé­tique est peu subtile.

Je déteste ces mots là moi aussi. Surtout « mon coeur »

« Tu pren­dras un dessert, ma chérie ? »
Chez les autres, je trouve cela ridi­cule voire odieux. Acco­ler les remarques les plus triviales à des mots doux me révolte. Les « passe-moi le sel mon cœur » et autres « descends la poubelle mon trésor » me donnent la nausée quand ils ne me font pas écla­ter de rire.