Édition « La belle étoile. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Aline Pavcoñ)

Quand j’ai compris que ce roman se situait au Liban , j’ai immé­dia­te­ment répondu à Babe­lio que j’avais très envie de le lire. Il a bien pour toile de fond ce pays qui m’est cher, avant la terrible crise écono­mique qui a réduit à la misère tous mes amis univer­si­taires. On sent dans ce roman à quel point ce pays est inca­pable de renaître de ses cendres, les feux dont il s’agit dans le titre sont ceux qui sont provo­qués par la popu­la­tion qui n’en peut plus de vivre dans les ordures jamais ramassées .
Les trois coquillages montrent ma décep­tion, je pensais connaître un peu mieux ce pays, en réalité je connais tout sur l’his­toire d’amour contra­riée de Mazna une jeune fille syrienne qui a un talent certain pour le théâtre mais qui n’ar­ri­vera pas à deve­nir actrice aux États-Unis car elle a suivi un homme dont elle n’était pas amou­reuse, Idris un jeune liba­nais qui vient d’une famille plus riche que la sienne. Mazna était folle­ment éprise de Zaka­ria un réfu­gié pales­ti­nien et ami presque frère d’Idriss. Zaka­ria est tué car il a lui-même tué des chré­tiens et Idriss et Mazna s’en­fuient. Ensemble ils auront trois enfants dont nous allons suivre le parcours.
l’aî­née, Ava cher­cheuse en biolo­gie et mère de deux enfants, est mariée à un améri­cain, son couple subit quelques turbu­lences. Marwan le fils préféré de sa mère, doit choi­sir entre une carrière de chan­teur ou la cuisine et sa vie avec sa fian­cée Harper, et enfin Najla homo­sexuelle et chan­teuse à succès qui est revenu vivre et faire carrière au Liban.

Ils se retrouvent tous à Beyrouth car Idriss a décidé de vendre la maison de sa famille. Ce sera l’oc­ca­sion de ravi­ver les souve­nirs que les parents préfèrent oublier. Il faut 420 pages à cette auteure pour faire émer­ger tous les secrets autour de Zaka­ria. Ma décep­tion vient de ce que histoire si clas­sique ne fait pas revivre le Liban, à cette nuance près que certaines déci­sions pouvaient entraî­ner la mort plus faci­le­ment qu’ailleurs. On sent aussi le poids des tradi­tions dans l’édu­ca­tion des filles et aussi la façon dont la proxi­mité de la mort et de la guerre fait que la jeunesse fonce dans tout ce qui peut lui faire oublier les dure­tés de la vie et à quel point elle peut être brève : on boit beau­coup, on fume sans cesse et toutes les drogues sont possibles et la musique est toujours à fond.

Donc, une décep­tion pour moi. Je lis sur la présen­ta­tion de cette écri­vaine qu » « Hala Alyan américo-pales­ti­nienne est clini­cienne spécia­li­sée dans les trau­ma­tismes, les addic­tions et l’in­ter­cul­tu­ra­lité ». Je crois que j’au­rais préféré que son roman se passe aux USA et qu’elle me fasse décou­vrir les diffi­cul­tés pour une jeune améri­cano-pales­ti­nienne d’as­su­mer deux cultures. Car, pour ce qui est du Liban, je n’ai vrai­ment rien appris et je ne l’ai pas senti vivre contrai­re­ment par exemple aux roman de Charif Majda­lani que j’aime tant.

Citations

C’est tellement vrai.

Ava se résigne à endu­rer le tour­billon de circon­vo­lu­tions mater­nelles. « Zwarib » est le mot qu’on emploie en arabe pour décrire ces tours et détours qui ne servent qu’à éviter d’abor­der le cœur du sujet. Sa sœur Naj appelle ça du terro­risme linguistique.

J’aime bien ce genre de voix.

Najla adorait la musique. Elle avait une voix hors du commun, rugueuse et guttu­rale légè­re­ment fausse, mais suffi­sam­ment hardi pour que personne ne sente soucie.

Explications des guerres libanaises par un metteur en scène de théâtre en 1972.

Les colo­ni­sa­teurs ont pesé, bien qu’in­di­rec­te­ment, dans toutes les déci­sions poli­tiques qui ont été prises depuis l’époque otto­mane. Chaque pays a son oppres­seur : les Britan­niques pour la Pales­tine, les Fran­çais pour le Liban. Les Occi­den­taux ont redes­siné les fron­tières. C’est la raison pour laquelle les rues de Beyrouth portent des noms fran­çais. Ce sont eux qui ont mis sur pied la struc­ture parle­men­taire qui distri­bue le pouvoir de manière injuste. C’est leur faute si les Pales­ti­nien sont arri­vés ici par milliers en 1948, puis en 1977. Je veux que vous gardiez à l’es­prit durant les répé­ti­tions, les plus grands crimi­nels de guerre sont toujours en coulisse, même s’ils sont à des conti­nents d’ici. 

Un autre point de vue .

Les gens n’ont pas besoin de prétexte pour se détes­ter. Nous sommes program­més pour blâmer les autres de notre malheur. et quand ton prêtre, ton imam ou Big Brother te fait croire que tout un tas de gens te détestent, tu prends rare­ment le temps de véri­fier s’il dit la vérité. 

Très possible.

Le feu passe au vert. Ava range son télé­phone, bien qu’elle doute de risquer une amende ici. Un jour, elle avait vu un homme conduire avec son fils sur les genoux. L’en­fant tenait un cendrier.


Édition livre de poche

Traduit du suédois par Laurence Mennerich

Merci la Souris Jaune , sans toi je n’au­rais pas lu ce roman qui m’a fait passer un bon moment et qui, tout en décri­vant une réalité sociale assez dure n’est pas triste parce que nous voyons la vie d’une petite ville dans laquelle il n’y a plus de travail à travers les yeux de Britt-Marie une femme qui passe son temps à faire des listes et le ménage. Pour­quoi ne lui ai-je pas mis cinq coquillages à ce livre que j’ai lu avec plai­sir ? Il m’ar­rive de faire ma diffi­cile ! oui ce roman se lit bien , oui les person­nages sont atta­chants mais cette Britt-Marie est une cari­ca­ture de person­nage : est-ce qu’il existe encore des femmes qui se dévouent corps et âmes à leur mari sans rien exiger d’eux ? Est-ce qu’ils existent des femmes dont le seul hori­zon se limite au ménage bien fait ? Complè­te­ment effa­cée, Britt-Marie va « fuguer » du domi­cile conju­gal car elle découvre que, malgré tout son dévoue­ment, Kent son abruti de mari la trompe. Elle se met à la recherche d’un travail, mais elle a 63 ans et ce n’est pas une mince affaire. Ses rapports avec la femme de pôle emploi sont compli­qués et très drôles, celle-ci lui trou­vera fina­le­ment un poste de direc­trice d’une MJC qui doit fermer dans trois mois, elle peut donc occu­per cet emploi dans un petit village dont toutes les acti­vi­tés « normales » ont disparu à cause de la crise économique.

Notre super Madame-Propre dont les deux produits fétiches : le bicar­bo­nate et le Faxin (produit pour les vitres) va donc entre­prendre de nettoyer tout ce qui est à sa portée. Mais sa vie et ses valeurs vont être bous­cu­lées par le foot­ball. Car les rares enfants du village adorent ce sport et bien malgré elle Britt-Marie va devoir s’y inté­res­ser. Peu à peu nous décou­vri­rons les diffé­rents drames qui ont jalonné sa vie et nous la compren­drons un peu mieux ; je me suis atta­chée à Britt-Marie qui a été si mal aimée dans sa vie. Les habi­tants du village qui semblent aussi des cari­ca­tures vont prendre de la consis­tance. Pour deve­nir plus humains, il semble­rait qu’en Suède il faut connaître le déclas­se­ment social, à l’image de Kent qui, de gros « macho » stupide devient un mari plus atten­tif et plus aimant parce qu’il a perdu son travail.

Certes, c’est une vision sociale un peu trop simpliste mais, comme je le dis au début, c’est aussi un roman qui fait du bien car on le lit en souriant. Alors, lisez-le si vous voulez vous dépay­sez avec une femme d’un autre temps dans un pays plus connu pour ses auteurs de romans poli­ciers que pour le genre « conte social humaniste ».

Citations

Le début .

Four­chettes. couteau. cuillère.
Dans cet ordre.
Britt-Marie n’est certai­ne­ment pas femme à juger autrui, mais quelle personne civi­li­sée aurait l’idée d’or­ga­ni­ser un tiroir à couverts autre­ment ? Britt-Marie ne juge personne mais tout de même, nous ne sommes pas des animaux.

L’amour .

Diffi­cile à dire quand l’amour s’épa­nouit. Un jour, on se réveille et il a éclos d’un coup. C’est pareil dans l’autre sens : on s’aper­çoit trop tard qu’il a déjà fané. L’amour ressemble beau­coup aux fleurs de balcons, en cela. Parfois, même le bicar­bo­nate de marche pas.

Le couple.

C’est comme ça, quand on a vécu assez long­temps auprès d’un homme qui essaie constam­ment de faire de l’hu­mour. Il n’y avait plus de place pour d’autres plai­san­te­ries que les siennes dans leur rela­tion. Kent faisait le bout en train et Britt-Marie faisait la vais­selle. Voilà comment les tâches étaient réparties.

Humour suédois.

Elle place égale­ment des verres devant les enfants. L’un d’eux, celui que Britt-Marie ne décri­rait jamais comme « obèse », mais qui donne l’im­pres­sion d’avoir souvent chipé la limo­nade de ses cama­rades, lui dit avec entrain qu’il « préfère boire dans la canette ».
- Certai­ne­ment pas, ici on boit dans un verre, arti­cule impi­toya­ble­ment Britt-Marie. 
-Pour­quoi ? 
- Parce que nous ne sommes pas des animaux.
Le garçon observe sa canette de limo­nade dans un silence songeur, puis demande :
- Il y a des animaux qui arrivent à boire à la canette, en dehors de l’homme ?

Philosophie de la vie.

Parce que la vie est plus que les chaus­sures dans lesquelles on marche, plus que la personne qu’on est. Ce sont les liens. Les frag­ments de soi dans le cœur d’une autre personne. Les souve­nirs, les murs, les placards et les tiroir à couverts dans lesquels on sait où sont rangés les affaires. Toute une vie d’ajus­te­ments visant à l’or­ga­ni­sa­tion parfaite, à l’aé­ro­dy­na­mique unique de deux person­na­li­tés. Une vie commune, faite de tout ce qui est commun. Pierre et mortier, télé­com­mandes et mots croi­sés, chemise et bicar­bo­nate, placard de salle de bains et rasoir élec­trique dans le troi­sième tiroir. Il a besoin d’elle pour tout cela. Si elle n’est pas la, rien ne va. Elle est essen­tielle, ines­ti­mable, irremplaçable.

Joli dialogue.

-J’avais cru comprendre qu’on devient poli­cier parce qu’on croit aux lois et aux règles souffle-t-elle
-Je crois que Sven est devenu poli­cier parce qu’il croit à la justice répond Samy.


Édition Albin Michel. Traduit de l’amé­ri­cain par Sarah Gurcel

Je vais vous parler d’un roman qui a plombé tout mon été 2022, et pour­tant les quatre coquillages vous montrent que je vous en conseille la lecture. J’avais telle­ment aimé « le fils » du même auteur que je me suis lancée sans hési­ta­tion dans ce roman. Soute­nue par l’en­thou­siasme de Krol qui dit dans son commen­taire qu’elle aurait bien conti­nué 500 pages de plus !

Le sujet est inté­res­sant, mais vous l’avez certai­ne­ment déjà rencon­tré dans d’autres pavés améri­cain : la désin­dus­tria­li­sa­tion de ce ce grand pays – grand, autant par la taille que par les problèmes qu’il engendre et qu’il doit affron­ter- a laissé des régions entières sans emploi et dans une misère noire. Qui dit misère, dit problème de violence et ce roman le raconte très bien.

D’où viennent mes réserves ? D’abord du style de l’écri­vain, je recon­nais que, comme il veut écrire un roman choral il cherche à varier son style suivant les person­nages du drame. D’abord nous rencon­trons Isaac un être supé­rieu­re­ment intel­li­gent mais inadapté socia­le­ment. Ils font souvent des bons person­nages de films ou de séries ces gens quelque peu autistes à haut poten­tiel. Le style de l’écrivain devient haché car Isaac parle par phrases lapi­daires et est diffi­ci­le­ment compré­hen­sible. Ensuite nous serons avec Poe, l’abruti au grand cœur qui cogne avant de réflé­chir, il fera le malheur de Grace sa mère qui ne réflé­chit pas beau­coup non plus mais qui fera tout pour sauver son fils. La sœur d’Isaac, Lee, a fui cet endroit morti­fère en faisant de brillantes études à Yale, mais elle se sent coupable d’avoir aban­donné son frère qui doit s’occuper de son père Henry acci­denté du travail. Il me reste à vous parler de Harris le poli­cier amou­reux de Grace et qui va essayer de sauver Poe.

Voilà, vous les connais­sez tous main­te­nant et ces person­nages vont être pris dans un drame provo­qué par Isaac qui a décidé de fuir cet endroit en volant l’argent de son père. L’auteur fait parler les person­nages les uns après les autres et cela permet au lecteur de ne donner raison à personne. Ils ont tous leur part de respon­sa­bi­lité. Ils sont pris dans un engre­nage infer­nal dont le moteur prin­ci­pal est la misère, dans une région où plus rien ne marche ce n’est pas le meilleur de chaque homme qui est aux manettes.
Comme souvent pour les roman­ciers améri­cains, il faut à Philipp Meyer cinq cents pages pour nous racon­ter cette histoire. Il est vrai que la toile de fond du récit est bien rendu : dans une très belle nature qui peu à peu reprend ses droits, les hommes qui l’ont telle­ment abîmée par une indus­tria­li­sa­tion inten­sive sont aujourd’hui les victimes et non plus les maîtres. Ils ont perdu leur pouvoir et semblent bien peu de chose. C’est un récit impla­cable donc plom­bant pour le moral et ce n’est pas la fin, dont hélas je ne peux rien dire ici, qui sauvera l’im­pres­sion de l’énorme gâchis qui ressort de cette lecture si éprouvante.

Citations

L’usine désaffectée :

Vertes collines ondoyantes, lacets de rivière boueuse, éten­dues de forêts que seules déchi­raient la ville de Buel et son acié­rie, une petite ville en elle-même avant qu’elle ne ferme en 1987 et soit partiel­le­ment déman­te­lée dix ans plus tard ; elle se dres­sait main­te­nant telle une ruine antique, enva­hie d’herbe aux cent nœuds, et de célastre grim­pant et d’ai­lantes glanduleux.

La fin d’un monde.

Pendant un siècle, la vallée de la Monon­ga­hela River, que tout le monde appe­lait la Mo et qui avait été la plus grosse régions produc­trice d’acier du pays, même du monde en fait, mais le temps qu’I­saac et Poe gran­dissent, cent cinquante mille emploi avait disparu et nombre de villes n’avaient plus les moyens d’as­su­rer les services publics de base ‑la police notam­ment. comme la sœur d’Isaac l’avait dit un ami de fac « la moitié des gens se sont tour­nées vers et services sociaux, les autres sont rede­ve­nus chas­seurs-cueilleurs ». Une exagé­ra­tion, mais pas tant que ça.

Un pays qui va mal.

Il ne voyait comment le pays pouvait survivre à long-terme, la stabi­lité sociale repose sur la stabi­lité de l’emploi, c’est aussi simple que ça. La police ne pouvait pas résoudre ce genre de problèmes. Les gens qui avaient des retraites et des mutuelles, on les voyait rare­ment voler leurs voisins, battre leur femme ou se cuisi­ner de la meth dans leur cabane de jardin. Et pour­tant, c’était toujours la faute des flics ‑comme s’ils avaient les moyens d’empêcher toute une société de s’ef­fon­drer. La police doit faire preuve de plus d’agres­si­vité, disaient les gens ‑jusqu’au jour où vous pinciez leurs fils en train de voler une voiture et que vous lui tordiez un peu violem­ment le bras : la, vous étiez un monstre et un viola­teur des liber­tés publiques. Les gens voulaient des réponses simples, mais elles n’exis­taient pas. Faites en sorte que vos enfants ne sèchent pas les cours. Priez pour que des compa­gnies biomé­di­cales viennent s’ins­tal­ler par ici.

Différence USA/​France.

Il y avait là, dans cette propen­sion à se consi­dé­rer comme respon­sable de sa propre malchance, quelque chose de typi­que­ment améri­cain : une réti­cence à admettre que l’exis­tence puissent être affec­tée par des forces sociales, et une tendance à rame­ner les problèmes plus géné­raux aux compor­te­ments indi­vi­duels. Néga­tif peu ragoû­tant du rêve améri­cain. En France, se dit-elle, les gens auraient para­lysé le pays. Ils auraient empê­ché les usines de fermer.

Éditions Les Escales. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Caro­line Bouet.

Titre origi­nal Friends and Stangers
550 pages … encore un gros pavé améri­cain qu’un bon écri­vain fran­çais écri­rait en une centaine de page. J’ai hâte que les cours d’écri­ture des univer­si­tés améri­caines aident les futurs auteurs à synthé­ti­ser ce qu’ils ont à nous dire..
Ceci dit, le sujet est inté­res­sant deux femmes vont s’ap­pré­cier l’une (Sam) est étudiante et a un peu plus de vingt ans, l’autre (Élisa­beth) est une femme de quarante ans écri­vaine, elle a connu un grand succès avec un premier roman. Elle vient d’avoir un bébé et voudrait pouvoir avoir du temps pour se remettre à écrire. Pour cela, elle va embau­cher Sam comme baby-sitter.
Les deux vont deve­nir « amies » alors que beau­coup de choses les opposent : l’âge d’abord et leur milieu d’ori­gine : Elisa­beth vient d’une famille désunie mais très très riche, Sam vient d’une famille unie mais de reve­nus modestes.
Le roman explore avec lenteur où se logent les diffé­rences dues à l’argent.
Au bas de l’échelle les employées mexi­caines qui font la cuisine et le ménage à qui l’on retire peu à peu les rares avan­tages que leur métier leur avait offert (couver­ture médi­cale, emploi stable).
Un peu moins victime de la dureté de la vie aux USA les améri­cains moyens qui ont fait des erreurs d’adap­ta­tion face au monde connecté.
George le père du mari d’Éli­sa­beth qui avait une petite compa­gnie de taxi et qui sera ruiné par l’ar­ri­vée d’Uber.
Les parents de Sam ne peuvent empê­cher que leur fille s’en­dette pour pouvoir faire des études.
Très au-dessus il y a les amies de Sam dont les parents payent les frais de l’uni­ver­sité et trouvent des stages inté­res­sants pour leur fille. Et le père d’Éli­sa­beth dont la fortune semble ne pas avoir de limites.
Les deux femmes s’en­tendent bien et le petit bébé Gill (Gilbert) profite de l’amour de ses deux femmes. Mais l’une et l’autre vont inter­ve­nir de façon fort maladroite dans la vie d’au­trui. L’in­ter­ven­tion de Sam s’avé­rera catas­tro­phique pour les employées qu’elle voulait défendre. Celle d’Éli­sa­beth sera béné­fique pour Sam sur le plan profes­sion­nel. Moins sur le plan sentimental.
Grâce au person­nage de George qui milite pour montrer que l’Amé­rique fonc­tionne comme « un arbre creux », le roman aborde tout ce qui va mal dans cette société. Par cette image il veut faire comprendre que comme un arbre qui semble splen­dide en fait ce pays a sacri­fié sa classe moyenne et s’ef­fon­drera un jour. Il cherche à moti­ver les gens pour qu’ils prennent conscience qu’ils ne sont pas respon­sables indi­vi­duel­le­ment de ce qui leur arrive mais qu’ils sont victimes d’un système injuste qu’ils contri­buent eux mêmes à alimen­ter. Si lui a fait faillite avec sa compa­gnie de taxis c’est parce qu’U­ber a sous payé des hommes pour utili­ser des voitures de moindre qualité et ne leur a donné aucun avan­tage social. Pas de couver­ture mala­die pas de retraite …
C’est évidem­ment pire quand il s’agit de mexi­cains sans papier.
Il faut hélas (pour moi) lire tout cela à travers les méandres de la pensée d’Éli­sa­beth qui peut se permettre de déchi­rer le chèque de trois cent mille dollars de son père car celui-ci trompe sa mère allè­gre­ment. Les diffi­cul­tés post nais­sance de cette femme sont telle­ment puériles : l’al­lai­te­ment, les forums de ses anciennes amies de Brook­lin, les embryons conge­lés pour l’éven­tuelle deuxième five, sa diffi­culté à trou­ver l’ins­pi­ra­tion pour un deuxième roman, aucun de ses sujets ne m’a vrai­ment inté­res­sée. Pas plus que les amours de Sam, et ses diffi­cul­tés à jongler entre une amie cuisi­nière et les étudiantes friquées, deux mondes que tout sépare elle sera bien la seule à croire que l’on peut les réunir. Et que dire de ce bébé qui se résume à des joues rebon­dies et des bouclettes. Qui, oh surprise ! ne dort pas la nuit et fait ses dents. Il est au centre du roman mais ne prend jamais vie.
Quant au mari et son inven­tion de barbe­cue solaire c’est juste une image posi­tive sans intérêt.
Bref un roman clas­sique que j’ai lu atten­ti­ve­ment dont le seul inté­rêt réside dans la diffi­culté de la classe moyenne à s’adap­ter au monde connecté qui détruit les valeurs des soli­da­ri­tés humaines améri­caines qui les unis­saient auparavant.

Citations

Chater avec ses amies

Elles ne se parlaient jamais de vive voix il n’y avait ni bonjour ni au revoir, juste une conver­sa­tion en cours qu’elle repre­nait et arrê­tait plusieurs fois dans une même jour­née. Si sa meilleure amie lui télé­pho­nait, cela signi­fiait soit que quel­qu’un était mort, soit, à l’époque où elles habi­taient toutes les d’eux à Brook­lyn qu’elle s’était enfer­mée dehors.

Les épouses dévouée

Le cours de l’his­toire était émaillé de récits de femmes épau­lant des hommes qui se lançaient dans des « aven­tures ». Leur foi, la bonne volonté avec laquelle elles accep­taient de vivre sans jamais prendre de congés, sans remise à neuf de leur maison ni soirée en amou­reux, tout cela au service de la Grande Idée, étaient récom­pen­sées à terme. La femme qui croyait finis­sait plus riche que dans ses rêves les plus fous, et se consa­crait alors à des acti­vi­tés qu’elle prati­quait en dilet­tante, comme par exemple diri­ger une asso­cia­tion cari­ta­tive éponyme, ou bien s’ache­ter la petite librai­rie de son lieu de villé­gia­ture préféré. 
Le cri de guerre du grand homme : » Rien de tout cela n’au­rait été possible sans elle. »

Cela est très bien vu.

Dimanche, avec mon groupe de discus­sion, il y a eu une inter­ven­tion de Hal Dona­hue, le proprié­taire du maga­sin de chaus­sures du centre ville. Après soixante années d’ac­ti­vi­tés, ils mettent la clé sous la porte. Il nous a expli­qué qu’il y a quelque temps, des clients se sont mis à venir dans son maga­sin pour essayer trois ou quatre paires de chaus­sures pour eux et leurs enfants et ensuite, sous ses yeux, ils allaient regar­der sur leur télé­phone, s’ils pouvaient les trou­ver pour moins cher en ligne. Vous savez ce que Hal a dit ? il a dit : « Je leur souhaite bonne chance. Est ce qu’A­ma­zon va finan­cer l’équipe junior de base­ball ou un char pour le quatre juillet ? »

Humour.

Vous n’ima­gi­nez pas le nombre de grands-mères qui meurent le jour de remise d’un devoir. À ma connais­sance, avec les partiels, c’est la prin­ci­pale cause de décès chez les grands- parents.

Les différences sociales.

Isabella avait décro­ché son stage que parce qu’un ami de son père s’en était mêlé. Quand Lexi leur avait parlé de ses propo­si­tions d’emploi et qu’elles l’avaient féli­ci­tée, elle avait dit :
- Ma tante est agente litté­raire, et pas des moindres. Elle a rendu un service c’est tout.
Tant de cama­rades de Sam avait fait des stages non rému­né­rés au cours de l’été pendant qu’elle travaillait pour pouvoir payer ses frais de scolarité. 
Pour­tant, bizar­re­ment, jusqu’à présent Sam n’avait pas compris que la richesse n’était pas unique­ment une ques­tion d’argent mais aussi une histoire d’opportunités.


Édition l’olivier

Quel beau livre ! Et aussi, un roman qui permet de décou­vrir un fait tota­le­ment inconnu de la deuxième guerre mondiale et de connaître un peu mieux l’Île Maurice. Après « les rochers de poudre d’or » qui décri­vait la pauvreté des familles indiennes qui étaient venues en croyant s’en­ri­chir sur l’île Maurice, nous voici, en 1944, dans une de ces familles exploi­tée de façon éhon­tée par un plan­teur de cannes à sucre. Cette famille de trois garçons pour­raient être moins malheu­reuse si le père n’était pas un homme que l’al­cool rend mauvais et qui tape alors sans aucune rete­nue sa femme et ses enfants. Ses trois fils s’en­tendent bien et leur plus grand bonheur est d’al­ler cher­cher l’eau de la jour­née à la rivière. Ils ramènent tous les jours six seaux qui remplissent la citerne de leur pauvre masure. Un jour, une pluie extrê­me­ment violente fait débor­der la rivière et celle-ci devient un torrent si impé­tueux que deux frères sont empor­tés dans des flots char­riant boue et énormes cailloux.

La famille démé­nage, on comprend bien que les parents ne peuvent plus vivre si près d’un lieu marqué par la mort de leurs deux enfants. Le père est devenu gardien de prison, il est toujours aussi violent et frappe toujours aussi fort sa femme et son dernier fils. La deuxième partie du roman permet de comprendre qui étaient les gens que son père gardait, parmi eux un enfant David. Les deux enfants tisse­ront un lien d’amitié alors qu’ils ne parlent pas la même langue mais ces deux petits de neuf ans presqu’aussi malheu­reux vont se comprendre et Raj le petit Mauri­cien voudra sauver David « le petit juif de Prague ».

J’aime la langue de Nata­cha Appa­nah et sa façon de construire ses récits, le seul roman qui m’avait moins convain­cue était « la noce d’Anna » mais là je retrouve toute la violence conte­nue de « le ciel par dessus les toits « .

Je pense que cette écri­vaine a connu de près la misère et les violences fami­liales que cela peut engen­drer, elle connaît bien aussi l’île Maurice et je trouve extra­or­di­naire la façon dont elle nous a fait connaître le drame des ces juifs refou­lés d’Is­raël et dont l’An­gle­terre s’est débar­ras­sée sur une île sans leur permettre de vivre digne­ment. Le petit Raj ne connais­sait rien évidem­ment à la guerre qui se passait si loin de chez lui et le mot « juif » ne voulait rien dire pour lui. Mais ce seul mot faisait que David vivait en prison et lui était libre de ses mouve­ments (quand il pouvait échap­per aux coups de son père !). Or c’est à travers ses yeux que nous voyons le drame se tisser, tel que le vieux monsieur qu’il est devenu essaie de se le rappe­ler. Une tragé­die adou­cie un peu par le person­nage de la mère qui aime son fils et le sauve de la polio­myé­lite, car elle connaît les plantes qui guérissent.

J’ai beau­coup aimé la façon dont le récit est construit, le vieil homme connaît main­te­nant les raisons pour lesquelles il y avait des prison­niers juifs sur son île, mais quand il avait neuf ans il n’en avait aucune idée, et la mort brutale de ses frères l’avait telle­ment perturbé qu’il a voulu que David les remplace et, des consé­quences que cela a entraî­nées, il se sent coupable encore aujourd’hui.

Citations

La misère des coupeurs de canne à sucre.

À la lisière de l’im­mense champs de cannes d’un vert ondu­lant sur la propriété sucrière de Mapou, commen­çait une série dégin­gan­dée de boxes, de huttes, de soi-disant maisons faites de tout ce qui tombait entre les mains de nos aînés et que l’on appe­lait le « camp ». Branche, bûches, bout de bois, souches, feuille de canne, brin­dilles, bambous, paille, palets de bouse de vache séchée, l’ima­gi­na­tion de ces gens-là étaient infi­nie. Je ne sais pas comment j’ai survécu à la vie dans le camp, comment le petit garçon frêle et peureux que j’étais a pu traver­ser ces huit longues années. Ici, dès qu’un enfant tombait malade, la famille prépa­rait tout de suite son lit mortuaire et, en règle géné­rale, elle avait raison, la mort suivait la mala­die, systé­ma­ti­que­ment, inexorablement.

La pluie tropicale.

À Mapou, la pluie était un monstre. on la voyait prendre des forces, accro­chée à la montagne, comme une armée regrou­pée avant l’as­saut, écou­ter les ordres de combat et de tueries. les nuages gros­sis­saient de jour en jour, si lourds et goulus que le vent qui nous faisait titu­ber, au sol, n’ar­ri­vait plus à les chas­ser. Nous levions les yeux vers la montagne, quand la pous­sière nous donnait un répit et les soupirs de nos aînés nous prépa­rait au pire.

Son père .

Mon père n’était pas meilleur ou pire que les autres. Il hurlait des choses que nous ne compre­nions pas, chan­tait des chan­sons deve­nues incom­pré­hen­sibles tant sa langue était lourde et gonflée d’al­cool et nous prenions des coups si nous ne chan­tions pas comme il le souhai­tait. Souvent, nous nous retrou­vions dehors serrés contre ma mère et nous n’étions pas la seule famille dans ce cas-là. 
Que dire de plus sur ces nuits au camp ? Je n’avais pas l’im­pres­sion d’être plus malheu­reux qu’un autre, mon univers commen­çait et s’ar­rê­tait ici, pour moi, le monde était fait ainsi, avec des père qui travaillaient du matin au soir et rentraient chez eux, saouls , pour malme­ner leur famille.

La culpabilité du survivant.

Les yeux de mon père sur moi, ce regard qui noir­cis­sait de plus en plus, contre qui pouvait-il hurler, qui pouvait-il taper pour exor­ci­ser sa colère ? Et cette ques­tion au bout de sa langue, cette ques­tion qu’il n’a jamais pu pronon­cer tout haut mais que j’en­ten­dais à chaque fois que je passais à côté de lui, à chaque fois que sa main s’abat­tait sur moi, sur ma mère. Pour­quoi toi ? Pour­quoi toi, Raj, petit vaurien frêle, as-tu survécu ? Pour­quoi toi ? Pour­quoi toi ?

Découverte de David .

Je ne sais pas si je dois avoir honte de le dire mais c’est ainsi. Je ne savais pas qu’il y avait une guerre mondiale qui durait depuis quatre ans, quand David avait demandé, à l’hô­pi­tal, si j’étais juif, je ne savais pas ce que ça voulait dire, j’ai dit non parce que j’avais la vague impres­sion que juif dési­gnait une mala­die parce que j’étais dans un hôpi­tal, je n’avais jamais entendu parler de l’Al­le­magne, je ne savais pas grand chose en réalité. J’avais trouvé David, un ami ines­péré, un cadeau tombé du ciel et en ce début d’an­née 1945, c’est tout ce qui comp­tait pour moi.

L’étoile de David.

C’est aussi ce jour-là qu’il m’a montré sa médaille et qu’il m’a parlé de l’étoile de David et moi, pauvre idiot, pauvre naïf, pauvre gosse né dans la boue, moi, vexé comme un pou. et puis quoi encore ? peut-être que la forêt s’ap­pelle la forêt de Raj ? Comment une étoile pouvait porter son nom, hein, pouvait- il me le dire ? Il me prenait pour un gaga ou quoi ? 
Mon ami serra son étoile et me dit que ce David-là était un roi. Et alors ? Raj aussi voulait dire roi !


Édition Chris­tian Bour­geois traduit du croate par Chloé Billon

Roman très étrange où j’aurais bien mis cinq coquillages pour certains passages et deux dans d’autres. L’autrice se raconte elle même dans la première partie et la troi­sième. Dans la première partie elle raconte ses rapports très compli­qués avec sa mère. Et dans la troi­sième elle explique le mythe de baba-yaga qui doit éclai­rer tout ce roman. J’avoue que je n’ai pas été inté­res­sée par cette troi­sième partie, j’ai préféré la deuxième partie, celle où on voit trois femmes âgées venir dans le grand hôtel de Prague profi­ter des bien­faits d’une station thermale.
Le récit est très loufoque alors que la quatrième de couver­ture promet­tait « un roman érudit, hila­rant et plein d’autodérision » .

J’ai des réserves sur l’humour croate mais parfois oui, c’est assez drôle, en revanche je trouve que la descrip­tion de la vieillesse est sans pitié et je trouve même cela assez cruel. J’ai été plus inté­res­sée par ce que ressentent les intel­lec­tuels des « ex » pays commu­nistes. Ils ont été souvent des contes­ta­taires et le virage vers le capi­ta­lisme et la liberté les a rendus très amers. D’abord, plus personne ne s’intéresse à leur lutte, ils ont donc appris à se taire et en plus ils voient des médiocres réus­sir finan­ciè­re­ment alors qu’eux-mêmes ont beau­coup de mal à vivre avec leur retraite. L’auteure souffre de voir que le natio­na­lisme croate s’appuie sur des senti­ments xéno­phobes, les mêmes qui pendant la guerre ont permis l’extermination des juifs.

Tous ces moments sont vrai­ment très inté­res­sants : je ne savais pas qu’en Yougo­sla­vie il y avait eu aussi un goulag. Je n’avais jamais entendu parler de l’île-prison de Goli Otok, Pas plus que du camp de concen­tra­tion de Jace­no­vak créé par les croates en 1941 qui est consi­déré comme un des pires camps de concen­tra­tion. J’ignorais que les Croates d’aujourd’hui étaient aussi into­lé­rants vis à vis des autres natio­na­li­tés qui compo­saient leur pays sous le régime commu­niste. Mais pour vrai­ment aimer ce roman, il faut aussi accep­ter le côté fable du récit que l’écrivaine explique dans sa troi­sième partie. Baba-yaga serait donc le symbole de toutes femmes qui ont été niées au cours des siècles et Dubravca Ugrešic termine son livre par un hymne à la gloire de toutes les révoltes fémi­nines. Le récit prend parfois des allures d’épopée et est complè­te­ment fouilli : on s’y perd complè­te­ment, je pense que c’est voulu, mais c’était un peu trop fou pour moi.

Citations

Remarque à la première page qui m’a fait choisir ce roman à la médiathèque .

Il y en a aussi qui sont encore « en forme » en robe d’été décol­le­tée, une coquette bordure de plumes autour du col, en vieux manteau de four­rure d’as­tra­kan à moitié mangé aux mites, des coulées de maquillages sur le visage. (Qui , d’ailleurs, est capable de se maquiller conve­na­ble­ment avec des lunettes sur le nez ? !)

La pauvreté dans les ex pays communistes.

Sa retraite couvrait à peine les charges et la nour­ri­ture, et ses maigres écono­mies avaient disparu avec la banque de Ljubl­jana une quin­zaine d’an­nées aupa­ra­vant, quand le pays était tombé en morceaux et que tous s’étaient hâtés de se piller les uns les autres. Si elle avait voulu, elle aurait pu tirer de tout ça une amère satis­fac­tion : ses pertes, compa­rées à celles de beau­coup d’autres, étaient négli­geables, car elle n’avait tout simple­ment rien.

Le style particulier du récit sous forme de conte.

Voilà, c’est tout sur Mr Shake pour le moment. Quant à nous, nous pour­sui­vons notre route. Tandis que le cuisi­nier fait chauf­fer son chau­dron, l’his­toire a hâte d’ar­ri­ver à sa conclusion.

Comportement face à la vieillesse.

Alors que les hypo­crites d’au­jourd’­hui, qui se scan­da­lisent du carac­tère primi­tif des us et coutumes d’an­tan, terro­risent leurs vieux sans une once de remord. Ils ne sont capables ni de les tuer, ni de s’en occu­per, ni de leur construire des insti­tu­tions dignes de ce nom, ni de leur propo­ser un person­nel spécia­lisé conve­nable. Ils les laissent dans des mouroirs, dans des maisons de retraite où, s’ils ont des rela­tions, prolongent leur séjour dans les services de géria­trie, dans l’es­poir que les vieux casse­ront leur pipe avant qu’on ne remarque que leur hospi­ta­li­sa­tion était super­flue. Les Dalmate sont plus tendres avec leurs ânes qu’a­vec leurs vieux. Quand leurs ânes vieillissent, ils les emmènent en barque sur des îles inha­bi­tées, où ils laissent mourir.

L’espérance de vie.

Oui, l’homme avait conçu un terrible appé­tit pour la vie. Depuis qu’il était devenu certain qu’au­cune autre vie ne l’at­ten­dait dans les cieux, que les critères d’ob­ten­tion d’un visa pour l’en­fer ou le para­dis était pour le moins fluc­tuant, et que se réin­carné en sanglier ou en rat était pas préci­sé­ment le gros lot, l’homme avait décidé de rester là où il était autant que faire se peut, ou, autre­ment dit, de mâcher le chewing-gum de sa vie le plus long­temps possible, en s’amu­sant à faire des bulles au passage. À en croire les statis­tiques, la diffé­rence était vrai­ment impres­sion­nante au début du xxe siècle, la durée de vie moyenne tour­nait autour de quarante-cinq ans, à la moitié du siècle, elle avait grimpé à soixante-six ans, pour atteindre aujourd’­hui, au tout début du vingt-et-unième siècle, le chiffre hono­rable de soixante-seize ans, en cent ans seule­ment, les êtres humains avaient prolongé leur durée de vie de presque cinquante pour cent.

La Croatie pendant la guerre 3945

En avril 1941, la Croa­tie avait adopté une loi raciale, la dispo­si­tions légis­la­tive sur la protec­tion du sang aryen et de l’hon­neur du peuple croate.
Le port de l’étoile jaune était devenu obli­ga­toire et rapi­de­ment la persé­cu­tion des juifs avait commencé. Les parents et le jeune frère de Pupa avaient été dépor­tés dans le camp de Jase­no­vac, où ils avaient été assas­si­nés aux alen­tours de 1943. Pupa et Aron avaient pris le maquis avec les parti­sans fin octobre 1941, après que la syna­gogue de Zagreb avait été détruite avec la béné­dic­tion des nouvelles auto­ri­tés oustachies.

De l’humour (enfin !)

Le D. Topa­la­nek, en créant son nouveau soin relaxant, s’était souvenu de sa grand-mère, chez qui ils allaient déjeu­ner tous les dimanches. La grand-mère , de peur de manquer de temps, commen­çait à prépa­rer le déjeu­ner dès le matin, et quand la famille Topa­la­nek arri­vait, tout avait déjà refroidi sur la table. Chaque dimanche, sa grand-mère était dans tous ses états, et chaque dimanche, son père la consolait… 
« Allons, Agneza, calme-toi, tu sais bien toi-même qu’il n’y a rien de meilleur que les boulettes froides et… la bière chaude ! »

Édition Le Dilettante

Après « 39,4 » je savais que je lirai ce roman qui de plus se concentre sur un problème qui me touche car une de mes filles est profes­seure en collège à Paris : la volonté des parents de contour­ner à tout prix les règles d’af­fec­ta­tion scolaire pour mettre leur enfant dans un bon collège. À Paris, plus qu’en province, le succès des établis­se­ments privés est consi­dé­rable, mais si on habite à côté d’Henry IV ou Louis Le Grand c’est une grande chance pour ces parents trop concen­trés sur la réus­site scolaire des enfants. Ils peuvent lais­ser leur chère progé­ni­ture dans le public et béné­fi­cier d’un envi­ron­ne­ment élitiste.

Paul, le père de Béré­nice est un de ces pères là et si Sylvie son épouse est plus atten­tive au bonheur de leur enfant, c’est quand même elle qui deman­dera à leur ancienne femme de ménage, une mère céli­ba­taire d’ori­gine afri­caine main­te­nant concierge à côté du collège tant convoité ‑Henry IV, de domi­ci­lier sa famille chez elle ! L’éclat de rire de cette femme qui rend volon­tiers ce service contre rému­né­ra­tion, m’a fait du bien.

Ensuite le roman enchaîne les manœuvres pour main­te­nir Béré­nice au top de l’élite intel­lec­tuelle pari­sienne, il s’agit de donner à la jeune tous les cours parti­cu­liers qui lui permettent de rentrer au lycée Henry IV puis en classe prépa. Et là soudain catas­trophe Béré­nice tombe amou­reuse du seul garçon bour­sier de la prépa.
Je ne peux vous en dire plus sans divul­gâ­cher, l’ima­gi­na­tion de Paul pour obte­nir que sa si précieuse fille fran­chisse les derniers obstacles de la classe prépa.

C’est donc la deuxième fois que je lis un roman de cet auteur, je suis frap­pée par l’acuité de son regard sur une société qu’il connaît bien, mais comme pour « 39,4 », j’ai trouvé que ce regard perti­nent manquait de chaleur humaine et que son humour est parfois trop grin­çant. On ne retrouve un peu de compas­sion que dans le dernier chapitre. Je vous conseille cette lecture si vous avez envie d’en savoir un peu plus sur le petit monde des gens qui veulent à tout prix la réus­site scolaire de leurs enfants à Paris. Je sais, c’est un centre d’in­té­rêt limité mais n’ou­bliez pas qu’en­suite ces braves gens gouvernent la France avec un regard quelque peu mépri­sant pour le commun des mortels.

Citations

Cet humour grinçant qui parfois peut déranger .

Paul redouta le déve­lop­pe­ment d’un trouble dyspha­sique sévère. Alerté par une fréquen­ta­tion compul­sive des sites spécia­li­sés sur le net, il fit parta­ger à Sylvie le spectre des consé­quences à anti­ci­per : isole­ment, syndrome autis­tique, arrié­ra­tion, et décès précoce dans une insti­tu­tion privée située à plus de cent cinquante kilo­mètres de Paris où ils se seraient aupa­ra­vant rendus une fois par semaine, le samedi après-midi, afin de passer quelques heures en compa­gnie de leur fille dans un atelier arti­sa­nal de créa­tion de lampes en sel coloré.

Les enfants à haut potentiel .

Son retard initial dans l’ac­qui­si­tion du langage de même que ces mani­fes­ta­tions d’an­xiété s’in­té­grant d’ailleurs dans la descrip­tion propo­sée par le psycho­logue Jean-Charles Terras­sier, du phéno­mène quali­fié de « dyssyn­chro­nie » pour carac­té­ri­ser un certain nombre d’en­fants dits « précoces », dont la matu­rité affec­tive n’était pas en adéqua­tion avec le niveau des connais­sances accu­mu­lées, expli­quant nombre de compor­te­ments puérils et néga­tifs suscep­tibles de retar­der certaines acqui­si­tions. Ainsi naquit ces acquis dans l’es­prit de son père l’hy­po­thèse selon laquelle Béré­nice était une enfant à « haut poten­tiel » au poten­tiel carac­té­ris­tique plus grati­fiante que les anno­ta­tions qui ponc­tuent ses bulle­tins scolaires de CM2 et lui assi­gnant un rang médian tout en louant des effort quali­fiés de « méritoires »

L’élitisme scolaire.

Béré­nice fit donc solen­nel­le­ment son entrée au collège Henri-IV sous le regard trans­fi­guré de son père qui condui­sit en personne sa fille vers le sanc­tuaire où elle allait désor­mais, à l’ins­tar d’une chré­tienne béati­fiée, rece­voir les sacre­ments d’une péda­go­gie aris­to­cra­tique. La jeune fille ne protesta pas, heureuse de l’ef­fet que provo­quait sa muta­tion scolaire sur l’hu­meur quoti­dienne de Paul, à défaut de prendre plei­ne­ment la mesure de la chance qu’il lui était offerte de s’ex­traire du trou­peau vagis­sant des futurs exal­tée du vivre ensemble. Elle avait en effet, depuis quelques années, pris conscience de la puis­sance que produi­sait ses résul­tats scolaires sur l’hu­meur de son père et entre­voit les quelques stations de métro supplé­men­taires qui accom­pa­gne­raient ces trajets quoti­diens comme un maigre tribu à l’équi­libre familial.

Se construire soi même une mauvaise foi.

À la manière d’un rongeur amphi­bien, il prit la réso­lu­tion, afin de se prému­nir de ses assauts para­doxaux, d’éta­blir une sorte de digue interne, consti­tuée de petits bouts d’ar­gu­ments qu’il assem­blait les uns sur les autres dans la plus grande anar­chie pour s’as­su­rer une protec­tion étanche contre les efflux critiques qui l’as­saillaient pério­di­que­ment. Il lui fallut pour cela mobi­li­ser toute la rigueur de sa forma­tion scien­ti­fique et, ainsi que s’or­ga­nisent natu­rel­le­ment certaines voies de commu­ni­ca­tion au sein d’un épithé­lium, défi­nir un cadre formel, agen­cer selon des règles systé­ma­tiques les voies de signa­li­sa­tion et de régu­la­tion à l’in­té­rieur desquelles lui, Béré­nice, Ayme­ric, Henri IV, l’Édu­ca­tion natio­nale et ses rami­fi­ca­tions s’in­té­graient et se dépla­çaient sans jamais en ques­tion­ner la finalité.

Les indignations de la jeunesse favorisée .

Pernille était une jeune fille à la conscience « éveillée » et parti­cu­liè­re­ment encline à l’in­di­gna­tion. La situa­tion des réfu­giés syriens, l’ab­sence de menu bio au réfec­toire d’Henri-IV, le nombre de places d’ac­cueil pour les SDF par grand froid, la taille des jupes de sa mère où la fonte du perma­frost, tout l’indignait.

Et oui ce genre de spectacle existe (comme ça ou presque).

Sylvie et Paul s’était laissé surprendre par une invi­ta­tion l’été dernier afin d’as­sis­ter à une « mise en espace » consa­crée à la poésie médié­vale dont la prin­ci­pale origi­na­lité tenait au fait que les vers se trou­vaient décla­més par des comé­diens perchés au sommet des arbres. Églan­tine Campion expli­qua à ses invi­tés, et plus tard à l’en­semble des spec­ta­teurs, qu’elle tenait par cette scéno­gra­phie à renfor­cer la nature gravi­ta­tion­nelle du proces­sus poli­tique en en inver­sant la trajec­toire, pour mieux signi­fier que si les vers élevaient l’âme de ses audi­teurs, ils avaient l’hu­mi­lité, en quelque sorte, de descendre jusqu’à eux et de ne point les exclure de leur dimen­sions parfois ésoté­rique. Les repré­sen­ta­tions furent néan­moins inter­rom­pues avant leur terme et par la chute malen­con­treuse d’un comé­diens qui se frac­tura pour l’oc­ca­sion deux vertèbres, susci­tant, en guise de conclu­sion anti­ci­pée, une réflexion de l’or­ga­ni­sa­trice sur la radi­ca­lité de l’acte poétique, son éter­nel poten­tia­li­tés à trans­for­mer, frag­men­ter même, chacune de nos confor­tables « zone de réalité ».


Édition les presses de la cité

Traduit de l’an­glais (Irlande) par Valé­rie Bourgeois

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Seriez-vous prêtes à partir trois jours dans une mater­nité à Dublin en 1918, avec la sage-femme Julia Power qui fait office de cheffe de service pour les futures mères atteintes de la terrible grippe qui, comme vous le savez sans doute, a fait plus de morts que la deuxième guerre mondiale.

Je vous préviens ce ne sera pas un séjour de tout repos, chaque (long) chapitre porte le nom d’une couleur : les couleurs qui suivent l’inexo­rable avan­cée d’une mala­die que l’on ne savait pas soigner.
Rouge : comme les prémices de la grippe qui donne effec­ti­ve­ment cette couleur aux joues .
Marron : lorsque la malade a encore une infime chance de s’en sortir.
Bleu : comme la couleur des ongles quand hélas la fin s’annonce.

Noir : quand la mort est définitive.

Et entre ces moments , vous compren­drez combien la guerre 1418 a brisé des vies dont celle du frère de Julia qui est revenu telle­ment trau­ma­tisé qu’il est tota­le­ment mutique. De plus en Irlande, le patrio­tisme est mis à mal par les indé­pen­dan­tistes qui trouvent que cette guerre sert plus les inté­rêts des Anglais que ceux des Irlan­dais. Le person­nage du docteur Lynn qui est histo­rique permet­tra à Julia Power d’ou­vrir les yeux sur le rôle des Anglais dans son pays. Cette femme de bonne famille protes­tante s’est enga­gée dans les rangs du « Sinn Fein » tant elle était révol­tée par la misère dans laquelle on main­te­nait des popu­la­tions pauvres catho­liques irlandaises.
Vous décou­vri­rez aussi le triste sort des enfants nés hors mariage ou des orphe­lins remis aux insti­tu­tions catholiques.

Le roman est soutenu par des senti­ments d’ami­tié (et même plus ) qui se tissent entre une jeune béné­vole , Bridie Swee­ney et Julia. C’est grâce à cette fille de 19 ans que nous décou­vrons toute l’hor­reur des condi­tions des enfants livrés aux bonnes sœurs . Vous vivrez aussi une épidé­mie qui par certains aspects rappellent celle que nous connais­sons : les mêmes rumeurs, les mêmes conduites irra­tion­nelles. Et les limites de la science. Et surtout vous vivrez la souf­france des accou­che­ments des femmes quand si peu d’aides pouvaient leur être apporté.

C’est un roman qui se lit faci­le­ment même si on est parfois rempli d’ef­froi face ce que nous décou­vrons sur ce pays ces horribles tradi­tions catho­liques et la misère des condi­tions des femmes qui à 25 ans pouvait avoir huit enfants mais plus une seule dent et un corps si affai­bli que la grippe n’est qu’une petite secousse qui les préci­pite dans la tombe. Je vous ai prévenu vous passe­rez trois jours dans le sang, les odeurs de pisse, la peur de la mort qui rôde et qui ne fait aucun cadeau, mais je pense que vous admi­re­rez le courage de ces femmes. Oui, il s’agit bien de combat­tantes même si le titre origi­nal était plus poétique : « the pull of the stars » et est plus proche d’un beau moment du récit celui ou Janet et Bridie passe une nuit sur le toit de l’hô­pi­tal à regar­der les étoiles. Et plus proche aussi du mot « fluenza » dont je ne connais­sais pas la signi­fi­ca­tion avant ce roman.

Je ne me suis adres­sée qu’aux femmes dans ce billet mais je suis certaine que les hommes pour­raient aussi aimer ce roman pour peu qu’ils acceptent d’en­tendre parler de ce qui le dégoûtent parfois dans la mater­nité. et l’ac­cou­che­ment, en tout cas, je l’espère.

Citations

Portrait physique d’une femme pauvre irlandaise.

J’au­rais été tentée d’ins­crire « Usée jusqu’à l’os ». Mère de cinq enfants à 24 ans, descen­dante sous-alimen­tée de géné­ra­tions d’Ir­lan­dais sous-alimen­tés, le teint livide, les yeux rouges, la poitrine presque inexis­tante, les pieds plats et les membres maigre­lets, avec des veines semblables à un entre­lacs de ficelle bleue, Eileen Devine a marché toute sa vie d’adulte au bord d’un gouffre. Au fond, cette grippe l’a juste fait bascu­ler dans le vide.

Le saviez-vous ?

- Bien sûr, on peut toujours accu­ser les étoiles, commente-t-elle.
- Pardon ? 
- C’est le sens du mot « influenza », l’autre nom de la grippe. » Influenza delle stelle » : l’in­fluence des étoiles. Pour les italien du Moyen-âge, cette mala­die prou­vait que le ciel gouver­nait leur exis­tence et que certaines personnes avaient litté­ra­le­ment une mauvaise étoile.

Rumeurs en cas de pandémie.

- J’ai fait si atten­tion, made­moi­selle. Je me suis même garga­ri­sée avec du vinaigre de cidre et je suis allée jusqu’à le boire.
J’ac­quiesce en gardant pour moi mon opinion. certains se reposent sur la mélasse pour échap­per à la pandé­mie, d’autre sur la rhubarbe. comme s’il y avait forcé­ment un remède maison capable de nous sauver tous. J’ai même rencon­tré des imbé­ciles persua­dés de ne rien avoir à craindre parce qu’ils portaient du rouge. 

Le retour des soldats dans le contexte irlandais.

Drôle d’époque pour les vété­rans inva­lides de Dublin. Dans la même jour­née, Tim peut serrer la main d’un vieillard qui le remer­ciera de s’être engagé, puis se faire trai­ter de tire au flanc par une veuve au motif qu’il est rentré sain et sauf de la guerre, ou entendre un passant lui crier que ce sont des vermines de soldats qui ont rapporté la grippe chez nous. Mais quelque chose me dit qu’un prétendu rebelles natio­na­listes lui a repro­ché d’être un pion à la solde de l’empire et lui a jeté des ordures à la figure.

Une femme médecin qui a défendu l’indépendance irlandaises .

Il y a cinq ans encore, je portais à peu près le même regard que vous sur la ques­tion natio­nale, made­moi­selle Power, dit-elle d’un ton très cour­tois qui me décon­certe. J’ai d’abord défendu la cause des femmes, puis le mouve­ment des travailleurs. J’es­pé­rais une tran­si­tion paci­fique vers une Irlande auto­nome qui trai­te­rait avec davan­tage de bien­veillance les ouvriers, les mères et les enfants. Mais au bout du compte, j’ai compris que même s’ils faisaient semblant depuis quarante ans de s’in­té­res­ser aux prin­cipes du « Home Rule », les Britan­niques enten­daient bien conti­nuer à nous envoyer prome­ner. Ce n’est qu’à ce moment la, après m’être beau­coup inter­ro­gée, je vous assure, que je suis deve­nue ce que vous appe­lez une terroriste.

Les « bonnes » sœurs et les filles mères.

Pour avoir commis le crime de tomber enceinte, Honor White loge dans une insti­tu­tion cari­ta­tive qui la punit en exigeant qu’elle prenne soin de son bébé et de celui d’autres femmes. Elle doit aux bonnes sœurs une année entière de sa vie afin de rembour­ser ce qu’elle dépense pour l’emprisonner durant tout ce temps. C’est là une logique bizarre et fallacieuse. 
-Et au bout d’un an .… est-ce que les mères peuvent repar­tir avec leur enfant ? 
Sœur Luc ouvre de grands yeux.
- L’emmener ? pour en faire quoi ? la plupart de ces filles ne veulent sûre­ment rien tant que d’être débar­ras­sées de ce fardeau et de la honte qui l’accompagne.

Édition Albin Michel

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Est-ce qu’un éclat de rire vaut cinq coquillages, j’ai décidé que oui car fran­che­ment quand j’écris cet article il n’y a pas grand chose qui me porte à rire.
Alors surtout que tous ceux et toutes celles qui ne veulent lire que des œuvres qui passe­ront à la posté­rité, évitent cette lecture. Les autres cher­che­ront dans leur biblio­thèque préfé­rée s’il ne trouve pas ce roman de Marion Michau. Elle y conte la vie de Pilar Mouclade, oui c’est vrai son prénom aurait été plus facile à porter avec un nom de famille espa­gnol et puis Mouclade ce n’est pas terrible non plus. Tout va bien dans sa vie : son mari, ses enfants, son métier.
Elle sait nous racon­ter le métier d’agent immo­bi­lier et nous le rendre très sympa­thique. Je me souviens à quel point une femmes m’avait aidée à ache­ter ma maison à Dinard, je la retrouve dans le portrait de Pilar, donc je peux en témoi­gner il existe des agents immo­bi­liers (déso­lée je ne connais pas le fémi­nin du nom « agent ») agréables et qui vous aident vrai­ment à choi­sir un bien où vous pour­rez vivre confortablement.

Pilar est origi­naire de Limoge, ville souvent choi­sie pour décrire l’en­nuie de la vie en province, cela vient de loin puisque le mot limo­geage vient de l’en­voie, dans cette ville, des hauts gradés mili­taires dont on voulait se débar­ras­ser en les faisant « mourir » d’en­nuie à Limoges. Elle est élevée par une mère compli­quée qui change d’amants et de boulots très souvent, elle est aussi l’amie de Stella un fille dont la beauté éblouit les garçons et attire les filles. Pilar va avoir quarante ans et son anni­ver­saire la perturbe beau­coup, elle veut retrou­ver Stella avec qui elle s’est fâchée à l’ado­les­cence. Cette quête vers son passé va permettre aux lecteurs de comprendre qui est Pilar : une femme formi­dable que l’on a très envie de connaître pour parta­ger un moment de sa vie.
Rien que pour ça j’irai bien dans son agence immo­bi­lière : mais oui, je le sais, ce n’est qu’un roman, plus exac­te­ment un éclat de rire et cela je le garde en moi, en pensant à Pilar Mouclade.

Citations

Le choix du prénom Pilar.

Dans toutes les familles norma­le­ment consti­tuées, le père aurait mis son veto (pour­quoi pas Dolores tant qu’on y est ? ?), mais mon père n’a pas eu son mot à dire puis­qu’il se résume à « un homme qui dansait très bien » au Calypso Club de Limoges en juillet 1979.

Le portrait de sa mère .

Je vivais dans le désordre de ma mère. On passait de studio en appar­te­ment et d’ap­par­te­ment en chambre de bonne au gré de ses licen­cie­ments ou de ses ruptures amou­reuses (les deux affaires étaient souvent liées). J’ai eu un nombre parfai­te­ment trau­ma­ti­sant de beau-père. aujourd’­hui, je les confonds tous. Il faut dire que ma mère s’est long­temps spécia­li­sée dans le tocard à moustache. 
- Qu’est-ce que tu veux, Pilar, je ne supporte pas d’être seule. 
J’ai mis des années à comprendre cette phrase. elle n’était pas seule, puisque j’étais là…
Toute mon enfance je l’ai entendu parler de valises et d’al­ler simple pour le bout du monde.
-Qu’est-ce qui nous retient ? 
J’ai grandi avec cette idée dans un coin de ma tête, et un grand sac en toile rose et bleu dans un coin de ma chambre. Les années ont passé, et on ne s’est jamais éloi­gné a plus de vingt kilo­mètres de Limoges, ou elle vit encore. Ma mère m’a toujours fait penser à une mouche contre une vitre : elle dépense une éner­gie folle à se cogner.

Les rapports avec sa mère .

Ma mère m’ap­pelle alors que je remonte en voiture la rue Sadi-Carnot. En voyant son nom s’af­fi­cher, je me gare sur une livrai­son. Quelques secondes, j’es­père qu’elle appelle pour s’ex­cu­ser d’avoir oublié mon anni­ver­saire… Déci­dé­ment, rien ne me sert de leçon.
- Pilar ! Ah quand même ! Tu aurais pu m’ap­pe­ler ! Tu as bien vu que j’étais en train d’ou­blier ton anni­ver­saire ! T’au­rais pu me passer un petit coup de fil au lieu de prendre un malin plai­sir à me mettre le nez dans le caca ! 
- Bonjour, maman. 
- Je vais même te dire vu ce que j’ai souf­fert le jour de ta nais­sance, c’est toi qui devrais m’ap­pe­ler chaque année ! 
Parfois je me demande pour­quoi je descends rare­ment la voir, et parfois je ne me le demande plus du tout. 
-De toutes façon, je ne sais pas pour­quoi je m’étonne encore ! Tu n’ap­pelles jamais, tu ne descends jamais !
Bah non , maman, parce que chaque fois que je viens, dans les deux minutes qui suivent mon arri­vée, j’ap­prends que j’ai grossi et qu’on ne va pas passer la soirée ensemble parce qu’un « ami » t’a invi­tée à dîner et tu n’as pas osé dire non. C’est drôle comme avec moi tu oses.


Édition Zulma collec­tion poche

Traduit de l’an­glais (Royaume-Uni) par Renaud Morin

Ce n’est pas un roman qui se lit faci­le­ment, mais je n’ai pas eu envie de le lâcher avant la fin. Comme souvent dans ce genre de roman, le suspens prend trop de place surtout quand l’au­teur annonce une catas­trophe qui finit toujours par arri­ver évidemment !

Ce qui m’a atti­rée vers ce roman, c’est la diffé­rence sociale en Grande Bretagne, entre des jeunes dont les parents ont telle­ment d’argent que le dépen­ser est leur seule préoc­cu­pa­tion en termi­nant leurs études à Oxford , (parce qu’il faut bien s’oc­cu­per à quelque chose), et un jeune homme aide soignant dans une maison de retraite qui a fui son milieu social trop étriqué.

Mais ce n’est pas le sujet du roman et on ne comprend pas très bien pour­quoi Oscar est admis sans problème dans la richis­sime famille Bell­we­ther et ce qu’il reproche exac­te­ment à ses parents.

En revanche, l’as­pect psycho­lo­gique des person­nages est détaillé avec moult détails, tout tourne autour de la person­na­lité d’Eden le frère d’Iris l’amante d’Os­car. Celui-ci croit qu’il a un pouvoir de guéri­son grâce à la musique. Eden est musi­cien de talent et il utilise ses compé­tences pour domi­ner les autres, Oscar le naïf mais surtout Iris sa sœur qu’il se plaît à utili­ser comme cobaye. Il déteste qu’I­ris puisse échap­per à son pouvoir et il fera tout ce qu’il peut pour sépa­rer le couple .
Un élément en dehors des jeunes riches vient de la maison de retraite où travaille Oscar. Il s’en­tend bien avec un très vieux profes­seur qui va peu à peu initier Oscar à la culture litté­raire et philo­so­phique grâce à sa biblio­thèque bien four­nie. Ce profes­seur a été l’ami et sans doute l’amant d’un psycho­logue réputé qui travaille sur la mani­pu­la­tion mentale et les faux guérisseurs.

La rencontre entre ce psycho­logue réputé et Eden Bell­we­ther est très impor­tante car ce vieil homme est atteint d’un cancer du cerveau qui ne se soigne pas . Eden pourra-t-il comme il le prétend le guérir ? Ce profes­seur septique se lais­sera t‑il convaincre parce qu’il a peur de mourir ?

C’est vrai­ment là le cœur du roman. Existe-t-il des gens avec des pouvoirs supé­rieurs ? Sont-ils des malades mentaux ? Sont- ils dangereux ?

Le roman décor­tique avec minu­tie toutes ses ques­tions, les réponses je ne peux pas les donner sans dévoi­ler le suspens du récit.

Je ne suis pas très enthou­siaste pour ce roman, car pour moi il manque de profon­deur dans l’ana­lyse de la réalité sociale. Je n’ar­rive toujours pas à comprendre pour­quoi ces gosses de riches acceptent Oscar avec un engoue­ment éton­nant pour sa condi­tion d’aide soignant dans cette maison de retraite. Le senti­ment amou­reux d’Os­car pour Iris est étrange ou alors trop anglais pour moi : quand elle est là c’est bien, quand elle n’est plus là, il fait avec, sans cher­cher à s’accrocher.

Bref la partie réus­sie et pour cela, je vous conseille de lire ce livre, c’est tout ce qui relève de la mani­pu­la­tion mentale, ce n’est pas agréable de lire cela mais c’est très intéressant.

Citations

Différences sociales .

À vrai dire, il n’était pas sûr du tout d’ap­pré­cier ses parents. Ils avaient cette insup­por­table assu­rance que confère la fortune, l’auto satis­fac­tion que donne la piété. Combien de fois avait-il adressé la parole à Ruth Bell­we­ther, et combien de fois l’avait-elle consi­déré en clignant des yeux, sans lui répondre, ne l’ayant mani­fes­te­ment pas non plus écouté ?

Les raisons de quitter l’école .

Il dirait au vieil homme que quit­ter l’école n’avait pas été un choix mais une néces­sité, l’oc­ca­sion d’échap­per à l’en­vi­ron­ne­ment de ses parents et de se trou­ver un chez soi à l’autre bout de la ville ; une simple chambre meublée au dessus d’un book­ma­ker, rien de bien luxueux, mais là au moins, il était libre de voir le genre de personnes qu’il voulait, de s’abon­ner à un jour­nal sérieux s’il en avait envie, de passer ses week-ends à Londres ou de déam­bu­ler dans Cassiory park en nour­ris­sant les canards avec son propre pain rassis. Il dirait au vieil homme qu’à dix-sept ans, l’in­dé­pen­dance était sa prio­rité, et qu’il l’avait acquise en renon­çant au luxe de faire des études ; mais qu’il pour­rait toujours les reprendre quand il serait plus âgé.

La richesse.

Iris donnait parfois l’im­pres­sion d’avoir traversé l’exis­tence en état d’ape­san­teur sans conce­voir le genre de diffi­cul­tés auxquelles ses semblables étaient confron­tés. Non pas qu’elle soit inca­pable de recon­naître la misère la plus noire – les ventres disten­dus des familles du Leso­tho frap­pées par la famine, les orphe­lins roumains entas­sés à onze dans un lit- , quand ces sujets passaient aux infor­ma­tions, elle était profon­dé­ment émue et prête à réagir. Néan­moins, elle semblait avoir aucune conscience des soucis d’argent récur­rents des gens normaux, ce stress perma­nent pour trou­ver de quoi répa­rer une chau­dières en panne, ache­ter un nouveau pull-over pour l’école, payer les frais d’or­tho­don­tiste. S’il lui avait demandé quel était le prix de l’es­sence, elle ne l’au­rait proba­ble­ment pas su, mais elle était capable de disser­ter sur le raffi­nage du pétrole et l’im­por­tance des éner­gies renou­ve­lables. Il y avait des moments où il ne pouvait s’empêcher de lui en vouloir, pour ce qu’elle possé­dait les dix neuf années passées dans les meilleures écoles, les vacances au ski, les bons restau­rants, parce qu’on lui disait tous les jours qu’elle pouvait avoir tout ce qui lui faisait plai­sir. Mais il avait fini par comprendre à quel point il avaient tort de lui en vouloir. Car c’était ce qu’il convoi­tait pour lui même, et ce qu’il aime­rait offrir un jour à ses propres enfants. repro­cher à Iris sa vie idéale n’était rien d’autre que de la jalou­sie le genre d’amer­tume qui avait détruit son père.