Édition Buchet Chastel

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Je ne connais­sais pas cette écri­vaine et ce roman me le fait regret­ter car elle a un talent certain pour racon­ter des histoires et rendre vivante et proche de nous la civi­li­sa­tion guade­lou­péenne de son enfance. Dans ce roman elle raconte le voyage initia­tique pour un jeune Pascal qui est le fils de … Cora­zon Tejera, autre­ment dit, Dieu lui-même, pour ses adeptes. Alors Pascal serait le fils de Dieu ? c’est dur à porter ! déjà que sa nais­sance a été un miracle pour ses parents adop­tifs qui l’ont recueilli dans un appen­tis qui ressemble fort à une crèche sous d’autres cieux. Voilà le roman est lancé, en s’ins­pi­rant des évan­giles, Maryse Condé va nous racon­ter son pays et aussi le monde contem­po­rain dans ce qui ne va pas trop mal et surtout ce qui va très mal.

Le message du Christ est toujours aussi déran­geant « aimons-nous les uns les autres » et toute vie sur terre a la même valeur. Pascal, un peu à l’image de Candide ira de société en société sans jamais trou­ver le bonheur. On le croit quand il est chez les Mondongues qui ont supprimé la propriété privée, l’al­cool … Hélas ! cette société ira vers la tyran­nie et Pascal devra prendre la fuite. Fina­le­ment, la solu­tion ne sera pas « culti­vons notre jardin » mais « trou­vons l’amour ».

J’ai parfois beau­coup aimé ce roman surtout quand je sens vivre la société guade­lou­péenne, surtout à travers le talent de conteuse de cette auteure. Cela m’a amusée de recon­naître mes souve­nirs du caté­chisme de mon enfance. Mais je m’y suis aussi souvent ennuyée . J’ai vrai­ment décidé de lire d’autres livres de cette auteure car son talent aux multiples facettes ne se résume certai­ne­ment pas à ce roman très original.

Citations

Pourquoi prendre la beauté en photo est elle mortifère ?

Comme elle jouit d’un « été éter­nel », les touristes s’y pressent, braquant leurs appa­reils morti­fères sur tout ce qui est beau. Certains l’ap­pellent avec tendresse « Mon pays », mais ce n’est pas un pays, c’est une terre ultra­ma­rine, un dépar­te­ment d’outre mer quoi !

Autre temps autre mœurs

Ce n’était un mystère pour personne que ses filles étaient les enfants du révé­rend père Robin qui avait dirigé la paroisse pendant de longues années avant de trans­por­ter ses vieux jours dans une maison de retraite du clergé situé près de Saint-Malo . En ces temps là, les gens de médi­saient pas du compor­te­ment des prêtres.

Voilà la construction du roman :

Brus­que­ment Espe­ritu se tourna vers lui : » J’ai quelque chose de peu agréable à vous apprendre. Vous ne verrez pas votre père, malheu­reu­se­ment, hier il a dû partir préci­pi­tam­ment pour l’Inde. ‑Pour l’Inde » répéta Pascal abasourdi, se deman­dant : mon père, pour­quoi me fuis-tu ? mon père, pour­quoi m’as tu abandonné ?

Mélange des évangiles et du monde moderne

Certains jours, il se consa­crait à la rédac­tion d’un ouvrage qu’il avait inti­tulé « Deux mots, quatre paroles ». Ce serait son œuvre maîtresse, il enten­dait prou­ver que cette mondia­li­sa­tion dont on nous rebat les oreilles était, en fin de compte, qu’une forme moderne de l’es­cla­vage. Les nations riches de l’Oc­ci­dent obli­geaient des pays pauvres du sud, dont la main d’œuvre était abon­dante et sous-payée, à confec­tion­ner à moindre frais les produits dont elles avaient besoin.

Humour :

Cepen­dant, on doit à la vérité de dire que les détrac­teurs des Mondongues avec des motifs de reproches plus sérieux. Au cours de leur histoire, ceux-ci n’avaient pas su produire un Robert Badin­ter et ils prati­quaient impu­né­ment la peine de mort. Ceux qu’ils appe­laient les grands crimi­nels étaient traduits devant un pelo­ton d’exé­cu­tion qui leur perfo­rait la poitrine. Autre­fois, ces exécu­tions étaient l’oc­ca­sion de grandes fêtes et de réjouis­sances de nature à diver­tir la popu­la­tion. Mais les choses avait évolué aujourd’­hui les Mondongues avaient adopté la pratique améri­caine de la chaise élec­trique, plus discrète, on en conviendra.

Édition Acte Sud. Traduit de l’al­le­mand par Marie Claude Auger

Depuis deux ans, je parti­cipe au mois de lecture alle­mandes orga­nisé par « Et si on bouqui­nait un peu ». J’y ai fait de belles décou­vertes, cette année un peu moins mais j’avais retenu ce titre : les abeilles d’hi­ver, chro­ni­qué par Patrice. Le voici donc sur mon blog, et moi aussi j’ai bien aimé cette lecture. Le billet de Patrice passe sous silence les pages qui m’ont ennuyée sans que je puisse en distin­guer l’intérêt.

Egidius Arimond est un ancien profes­seur de latin écarté de l’en­sei­gne­ment parce qu’il était épilep­tique, et que, sous le régime nazi, on écarte ‑voire on élimine- tous les handi­ca­pés. Il ne doit sa survie qu’aux exploits de son frère qui est un pilote émérite de l’ar­mée de l’air alle­mande. Sa qualité de lati­niste l’en­traine à traduire de très anciens docu­ments d’un certain Ambro­sius Arimond (un de ces ancêtres ?) et j’ai trouvé ces textes sans grand inté­rêt, je trouve que ça alour­dit inuti­le­ment le roman.
En revanche, comme Patrice, j’ai été inté­res­sée par tout ce qu’il raconte sur les abeilles. J’étais bien au milieu de ces reines et de ces ouvrières, telle­ment mieux que dans son village gangréné par la présence nazie.

Egidius, doit gagner de l’argent pour se procu­rer ses médi­ca­ments contre son épilep­sie, c’est une des raisons pour laquelle il accepte de faire traver­ser à des juifs, la fron­tière belge. Ses abeilles et ses ruches l’aideront à cacher les personnes à qui il doit faire passer la fron­tière : elles seront dissi­mu­lées dans les ruches et recou­vertes d’abeilles. L’argent n’est pas sa seule moti­va­tion, il sait qu’il doit sa survie à la gloire de son frère, son handi­cap lui donne le recul néces­saire pour juger le régime. Le médi­ca­ment qui lui permet de ne pas avoir de crises épilep­tiques graves est de plus en plus cher, Edigius se confronte au mépris du phar­ma­cien un nazi convaincu qui ne souhaite que sa mort.

Au village les hommes manquent, car ils sont au combat, et Egidius entre­tient avec leurs femmes qui lui plaisent des bons moments d’un érotisme très sensuel très bien raconté, mais ces rela­tions le mettent en danger.

Un roman assez lent ‑je retrouve souvent cette lenteur dans les romans alle­mands – mais je m’y suis sentie bien car le person­nage prin­ci­pal est atta­chant, il m’a fait aimer les abeilles !

Citations

Un joli souvenir

Mon frère avait toujours rêvé de s’éle­ver loin au dessus de la terre d’une manière ou d’une autre ; autant que je me souvienne, il voulait deve­nir pilote d’étoiles.

On sait cela, mais c’est terrible de le lire :

La loi nazie sur la préven­tion des mala­dies héré­di­taires de la progé­ni­ture comprend la débi­lité congé­ni­tale, la mala­die maniaco-dépres­sive, l’épi­lep­sie héré­di­taire, la danse de Saint-Guy héré­di­taire, la cécité héré­di­taire, la surdité héré­di­taire, les défor­ma­tions physiques graves l’al­coo­lisme profond. Les déci­sions concer­nant la stéri­li­sa­tion forcée et l’eu­tha­na­sie sont prises par le tribu­nal canto­nal. J’ai été stéri­lisé dans l’hô­pi­tal voisin. Le fait que je n’aie pas été trans­féré dans une insti­tu­tion comme les autres pour y être exécuté est proba­ble­ment dû à la posi­tion de mon frère. Avec son tableau de chasse, Alfons est un héros du natio­nal socia­lisme ; il est même passé une fois aux infor­ma­tions avec son escadron.

L’amour

Elle me dit des choses que je ne veux pas savoir, me parle d’amour. Je la blesse notam­ment quand je lui dis que l’amour, ça n’existe pas, qu’il n’y a que la séduc­tion et le désir, et que notre désir n’a rien à voir avec la vertu.

Descriptions des cadres du parti Nazi

Je retourne au lit et je rêve de faisans dorés. Ils ont des visages pâles, une couronne de peau imberbe autour de leurs yeux couleur jaune d’œuf. Ils portent des huppes à longues plumes irisées qui tombent jusque dans leurs cous rasés, des panta­lons et vestes d’uni­forme, de larges lanières de cuir qui ont du mal à conte­nir leurs ventres. Ils se parent d’in­signes et de médailles du parti et émettent des sons guttu­raux stri­dents. Le dessous de leur plumage vire au brun. Les grandes plumes de leurs ailes aux reflets métal­liques sont effi­lées aux extré­mi­tés. Ils s’ima­ginent qu’ils pour­raient voler et domi­ner le monde pendant mille ans. Leurs pattes maigres sont écailleuses et couleur de corne, leurs longues serres recour­bées sont dans des bottes de cuir bien astiquées.

De l’utilité des mâles

Dans certaines colo­nies, j’ai déjà retiré des cadres le premiers couvain oper­culé de mâles. Trop de mâles ne sont pas bons pour la ruche, ils ne sont utiles que pour la repro­duc­tion, à part ça, ils ne sont bons qu’à se servir dans le miel et à salir la ruche avec leurs excré­ments. ce qui veut dire que les ouvrières, en plus de s’oc­cu­per des larves, doivent nettoyer leur sale­tés dans la ruche.

Édition Galli­mard

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Si vous obser­vez bien la photo, vous verrez que ces petits livres sont signés des noms de poètes dont il sera beau­coup ques­tion dans ce roman. Baude­laire, Verlaine et Rimbaud et les nombreux Haïkus qui rythment ce roman à l’écri­ture si particulière.

Je n’ai pas adhéré à cette lecture, mais je recon­nais que c’est un extra­or­di­naire travail d’écri­ture. Si Fran­çois-Henri Désérable ne vous embarque avec son style parti­cu­lier, son histoire d’amour perd tout son charme. C’est diffi­cile d’ex­pli­quer pour­quoi on ne part pas dans un roman. Il faut d’abord que je dise que les conti­nuelles réfé­rences à la culture litté­raire m’agacent prodi­gieu­se­ment. Je sais que j’en ai raté beau­coup car cela ne m’amuse pas et j’ai trouvé que son roman fonc­tion­nait comme un jeu pour des lecteurs « culti­vés » : à qui en trou­ve­rait le plus.

Ensuite l’his­toire m’a semblé très arti­fi­cielle, ces person­nages avaient beau s’ai­mer, je ne trou­vais ni leur âme ni leur sensi­bi­lité dans cette histoire passionnelle.

Bref un roman qui n’est pas pour moi mais qui a obtenu le prix de l’Aca­dé­mie Française.

Le poème dont est extrait le titre :

Es-tu brune ou blonde ?
Sont-ils noirs ou bleus,
Tes yeux ?
Je n’en sais rien mais j’aime leur clarté profonde,
Mais j’adore le désordre de tes cheveux.

Es-tu douce ou dure ?
Est-il sensible ou moqueur,
Ton coeur ?
Je n’en sais rien mais je rends grâce à la nature
D’avoir fait de ton coeur mon maître et mon vainqueur.

Fidèle, infi­dèle ?
Qu’est-ce que ça fait,
Au fait
Puisque toujours dispose à couron­ner mon zèle
Ta beauté sert de gage à mon plus cher souhait.

Paul Verlaine

Citations

Jeu des références littéraires

Elle n’était pas du tout son genre ; il n’avait jamais été le sien. Ils n’avaient rien pour se plaire ; ils se plurent pour­tant, s’ai­mèrent, souf­fri­ront de s’être aimés, se désai­mèrent, souf­fri­ront de s’être désai­més, se retrou­vèrent et se quit­tèrent pour de bon .

Je connais des gens avec la même pathologie

Elle disait souf­frir depuis plusieurs années d’une patho­lo­gie qu’elle crai­gnait irré­ver­sible, elle omet­tait de prendre en compte « le temps de trajet ». Elle ne partait de chez elle qu’à l’heure où elle était atten­due, comme si, d’un claque­ment de doigts, elle pouvait se retrou­ver sur le lieu de rendez-vous où elle arri­vait en géné­ral en retard d’un quart d’heure, parfois plus, jamais moins ‑elle ratait des trains, elle offus­quait des gens, c’est comme ça, mon vieux, il faut t’y faire, disait Tina.

Petite remarque assez juste

Alber­tine viens d’avoir dix huit ans : elle a décro­ché le bac, une mention assez bien avec un 18 en fran­çais, c’est l’été, elle n’est pas sûr de savoir ce qu’elle veut faire à la rentrée, elle hésite entre une fac de lettres et ne rien foutre, certains prétendent que c’est un peu la même chose.

Éditions Picquier Traduit de l’an­glais par Santiago Artozqui

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Ce roman a obtenu un coup de coeur à notre réunion du mois de décembre, je me suis empres­sée de l’emprunter et si j’avais réussi à le lire avant notre réunion je l’au­rais défendu malgré mes quelques réserves.

Il a tout pour plaire ce roman : sous-tendu par le drame person­nel de trois femmes iraniennes réfu­giées en Irlande dans le comté de Mayo, le roman dévoi­lera peu à peu les horreurs qu’elles ont vécues sous la répres­sion aveugle du shah d’Iran et la montée de l’in­to­lé­rance isla­miste. Dans ce petit village de Balli­na­croagh, elles ouvrent un restau­rant aux saveurs de leurs pays, et sont à la fois bien accueillies par une partie de la popu­la­tion et en butte à ceux qui voient d’un mauvais œil ces femmes venues d’ailleurs. Le style de Marsha Mehran est emprunt de poésie à l’image des contes perses et contri­bue au charme un peu envou­tant de ce récit. Et puis, ce roman est un hymne à la cuisine iranienne, on savoure ces plats (que je me garde­rai bien d’es­sayer de repro­duire malgré les recettes qui sont géné­reu­se­ment expli­quées) tant elles demandent des épices que je ne saurai trou­ver sur mon marché de Dinard et tant elles me semblent complexes à réali­ser. Ce qui est très bien raconté ici, c’est le poids de la cuisine dans l’exil : refaire les plats aux saveurs de son pays, c’est un peu vaincre la nostal­gie de la douceur de la vie fami­liale qui a été détruite par des violences telles que la seule solu­tion ne pouvait être que la fuite.

La descrip­tion des habi­tants du village irlan­dais manque de nuances, il faut l’ac­cep­ter pour rentrer dans le récit. Le succès du restau­rant tient de l’en­vou­te­ment pour des parfums d’épices venues d’ailleurs. L’amour de la plus jeune des sœurs pour le fils du person­nage odieux qui veut rache­ter leur boutique relève du conte de fée . Cela ne m’a pas empê­chée de passer plusieurs soirée en compa­gnie de ces person­nages dans ce petit village arrosé d’une pluie conti­nue ou presque. J’ai aimé le courage de ses trois femmes et de leur volonté de vivre quel que soient les drames qu’elles ont traver­sés. Évidem­ment, on pense à tous ceux qui ont essayé de fuir des pays où des répres­sions sans pitié écrasent toute tenta­tive de vie libre.

La mort tragique de cette jeune auteure d’ori­gine iranienne est un poids supplé­men­taire à la tris­tesse qui se dégage de cette lecture qui se veut pour­tant réso­lu­ment opti­miste. Le roman se situe en effet à une période où les réfu­giés iraniens trou­vaient leur place dans un monde qui était plus ouvert aux drames des pays soumis à des violences inima­gi­nables. Ce monde là, appar­tient au passé car nos civi­li­sa­tions occi­den­tales sont surprises par l’am­pleur des drames des pays à nos fron­tières et se sentent dému­nies face à l’ac­cueil de pauvres gens chas­sés de chez eux et prêts à risquer leur vie pour un peu de confort dans un monde plus apaisé. Ce n’est pas le sujet de ce roman mais on y pense en se lais­sant bercer par le charme des saveurs des plats venus d’orient dans ce village où la viande bouillie arro­sée de bière semble être le summum de la gastronomie.

Citations

La voisine malfaisante et médisante

Dervla Quigley avait été frap­pée d’in­con­ti­nence, un problèmes de vessie très gênant qui l’avait cloué chez sa sœur ‑laquelle était dotée d’une patience à toute épreuve- et lais­sée l’es­sai tota­le­ment dépen­dante de celle-ci. Inca­pable de maîtri­ser son propre corps, Dervla avait bien­tôt été obsé­dée par l’idée de mani­pu­ler celui de tous les autres. Les ragots n’étaient pas seule­ment ses amis et son récon­fort, mais aussi la source d’un grand pouvoir.

Vision originale de l’acupuncture

Elle était même allée consul­ter un acupunc­teur chinois qui, au plus fort des seven­ties et de l’amour libre, s’étaient établis dans Henry Street à Dublin. La force de l’âme de ce chinois l’avait impres­sion­née ‑Li Fung Tao prati­quait son tai-chi mati­nal en toute séré­nité pendant que les vendeurs ambu­lants de fruits et de légumes appâ­taient les chalands en beuglant tout autour de lui‑, mais ses aiguilles n’avaient eu pour effet que de lui donner l’im­pres­sion d’être un morceau d’an­chois plongé dans une mari­nade d » »alici » à base d’ori­gan et de poudre de piment. 

Les épices

Dans le livre de recettes qu’elle avait stocké dans sa tête, Marjan avait veillé à réser­ver une place de choix aux épices qu’elle mettait dans la soupe. Le cumin ajou­tait au mélange le parfum d’un après-midi passé à faire l’amour, mais c’en était une autre qui produi­sait l’ef­fet tantrique le plus spec­ta­cu­laire sur l’in­no­cent consom­ma­teurs de ce velouté : le « siah daneh » – l’amour en action- ou les graines de nigelle. Cette modeste petite gousse, quand on l’écrase dans un mortier avec un pilon, ou lors­qu’on la glisse dans des plats comme cette soupe de lentilles, dégage une éner­gie poivrée qui hibernent dans la rate des hommes. Libé­rée, elle brûle à jamais dans un désir sans limite et non parta­ger pour un amant. la nigelle est une épice à la chaleur si puis­sante qu’elle ne doit pas être consom­mée par une femme enceinte, de peur qu’il ne déclenche un accou­che­ment précoce.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Je vais, comme d’ha­bi­tude mettre des cita­tions ou plutôt des extraits à la fin de mon billet. L’une prise au début et l’autre à la fin. Mais entre ces deux extraits, il ne se passe vrai­ment pas grand chose sinon une ambiance à laquelle j’ai été un peu sensible. Nous sommes en 1912, en février, un homme va s’élan­cer de la tour Eiffel pour tester sur lui-même son para­chute destiné à sauver les avia­teurs dont les aéro­nefs avaient la mauvaise habi­tude de se crasher en tuant leur pilote. La presse était conviée, c’est le début du cinéma et c’est pour cela que l’on a un petit film où l’on voit cet homme mourir sous les yeux du public. Comme l’écrivain, j’éprouve une sensa­tion très forte devant l’hésitation de Franz Reichelt avant de se lancer tête bais­sée vers sa mort mais cela ne suffit pas à créer un roman.

L’au­teur a recher­ché qui était Franz Reichelt, cet immi­gré venu de Bohème, tailleur de son métier. Mais on ne sait rien de lui, alors Étienne Kern raconte la vie des immi­grés venant des pays de l’est Pologne ou Bohème et l’en­goue­ment pour l’avia­tion mais aussi les dangers mortels que cela repré­sen­tait pour ces « fous volants ».

L’am­biance à Paris est assez bien rendue, mais j’ai trouvé ce roman très vide et je me suis demandé pour­quoi il avait été écrit. En tout cas, je suis complè­te­ment passée à côté de son inté­rêt. Lors de la discus­sion du club, plusieurs lectrices avaient trouvé du charme à la vie du person­nage et ont bien défendu ce roman. En revanche, un parti­ci­pant – oui un homme parti­cipe à nos discus­sions ! – n’a pas du tout aimé ce livre repro­chant surtout le style de l’écrivain.

Citations

Le début

4 février 1912, au petit matin. Une tren­taine de personnes s’étaient rassem­blées là, devant la tour Eiffel. Des poli­ciers, des jour­na­listes, des curieux. Tous levaient les yeux vers la plate-forme du première étage. De là-haut, le pied posé sur la rambarde, un homme les regar­dait. Un inventeur.
Il avait trente-trois ans. Il n’était pas ingé­nieur, ni savant. Il n’avait aucune compé­tence scien­ti­fique et se souciait peu d’en avoir.
Il était tailleur pour dames. 
Il s’ap­pe­lait Franz Reichelt. 

la fin

Pour la dernière fois, je lance la vidéo. Tu es là, face à nous, immobile.
Tu décroises les bras et, lente, silen­cieuse comme la mort qui vient, la céré­mo­nie reprend : je retrouve tes gestes, le mouve­ment des pieds, ton corps qui tourne sur lui-même, ton sourire quand tu portes la main à ta casquette. Chaque seconde, désor­mais, est compté. Te voici déjà sur la chaise, un pied sur la rambarde.
Les deux autres hommes sont sortis du champ. Tu es seul. Seul face au vide. Le sacri­fice humain se prépare ; tu es le prêtre et la victime.
Ta mort est devant toi. Elle se dit au futur. Tu es mort mais tu vas mourir encore.
Tu te penches, recules, te courbes vers l’avant puis recules à nouveau. Ce léger repli du tissu, dans ton dos, c’est l’ins­tant, nous y sommes. 

Édition Albin Michel. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Il fallait mon club de lecture pour que j’aille vers ce livre et que je le finisse même si à la fin, je le parcou­rais plus que je ne le lisais. Je dois dire qu’à la façon dont notre biblio­thé­caire nous avait présenté ce roman, je me doutais qu’il ne me plai­rait pas : « C’est un écri­vain de la région, et il a situé son roman dans une station balnéaire qui pour­rait être la nôtre. »

Ce roman se passe dans la région vanne­taise et parle d’amour, celui que l’on fait et celui qu’on n’éprouve pas pour un fiancé choisi par son père pour sauver les affaires fami­liales, bien mal en point.

Tout n’est que lieux communs dans ce roman, quand on quitte un moment convenu, c’est pour aller vers un autre : la fian­cée qui ne décide rien de sa vie, le patron qui se croit supé­rieur et méprise tout le monde, le noble du coin revenu de tout, L’amour pour les chiens et les chats, la gouver­nante au grand coeur fidèle à la famille, la chasse où il ne faut pas tuer les animaux, le Yacht-club où le petit monde de notables de province se pavane…

Bref, je ne conseille ce livre qu’aux Pari­siens qui veulent se persua­der que la vie en province n’a pas changé depuis le XIX° siècle (mais vrai­ment Flau­bert ou Maupas­sant vous en appren­dra plus). Ou aux provin­ciaux qui veulent comprendre pour­quoi on cherche à les cari­ca­tu­rer de cette façon. Mais surtout, je ne le conseille ni à ceux et celles qui aiment qu’un roman les accroche par le style, l’hu­mour, ou la réalité sociale vue sous un angle original.

L’avez-vous deviné ? Je n’ai pas du tout aimé cette lecture.

Et lors de notre discus­sion au club de lecture, toutes les lectrices étaient de mon avis.

Citations

Cliché !

En douce, Louise se glisse dans le hangar où s’ag­glu­tinent avec gravité des bons­hommes un peu rougeauds, en panta­lon blanc, blazer à boutons dorés, cravates aux rayures lichen et rose Mount­bat­ten. Ce sont les digni­taires du yacht club du Guénic-sur-Vilaine. On dirait une chorale de pépères. Flan­qués de leurs dames en robe à fleurs et de leurs enfants que Louise côtoie sans les aimer à la faculté de droit de Vanne, ils semblent inti­mi­dés, presque apeurés.

L’amour

L’un et l’autre sont comme deux enfants perdus qui se repèrent et sentent , sans se l’être encore dit , qu’ils seront moins malheu­reux ensemble.

Je n’invente rien ! (Hélas !)

- Qu’at­tends-tu d’une épouse ? Lui avait, demandé le prêtre qui le prépare au mariage.
- Qu’elle soit sûre, avait-il répondu. Qu’elle me fasse de l’usage. 
On avait ri. Le prêtre avait voulu ne voir dans cette réponse qu’une ode à la fidé­lité. Pour laquelle on avait prié.

Édition Phébus. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Natha­lie Bru

Ce roman m’a été offert car j’avais bien aimé « Dans la Forêt » de la même auteure. J’ai plus de réserves sur celui-ci qui connaît cepen­dant un beau succès sur la blogo­sphère . J’ai eu un plai­sir certain à décou­vrir les destins croi­sés de Cerise et Anna. Ces deux femmes ont, au même âge, avorté pour Anna, eu un bébé pour Cerise. Nous retrou­vons ces deux femmes à d’autres moments clés de leur vie. Cerise éprou­vera pour sa fille Mélody un amour si fort qu’elle pensait que rien ne pour­rait briser leur entente fusion­nelle. Anna se réali­sera comme photo­graphe auprès d’un homme atten­tif avec qui elle aura deux enfants. Elle cachera à tous son avor­te­ment et pense mener sa vie sans que cela prenne trop de place.

Pour Cerise la vie est faite de toutes les diffi­cul­tés d’une mère céli­ba­taire pour qui la survie est toujours remise en cause par le moindre problème, et elle va les accu­mu­ler, les problèmes ( un peu trop à mon goût). Cela nous vaut l’habituel plon­gée dans le monde des exclus de la pros­pé­rité américaine.
Avec Anna nous parta­geons la vie d’une femme qui se demande si sa voca­tion d’artiste vaut la peine de bous­cu­ler sa famille en parti­cu­lier ses deux petites filles.

A travers des rebon­dis­se­ments tragiques pour Cerise, plan galère pour Anna, ses deux femmes se retrou­ve­ront et permet­tront à l’une comme à l’autre un nouveau départ dans leur vie.

J’ai retrouvé les longueurs habi­tuelles pour ce genre de roman améri­cain, plus de six cent pages ! Je peux parfois avoir plai­sir à rester long­temps avec des person­nages et des lieux mais dans ce roman je me suis trou­vée avec des person­na­li­tés figées dans des atti­tudes et des situa­tions qui me semblaient plus proches de la démons­tra­tion ou du cliché que de personnes réelles. La révolte de Mélody à l’adolescence telle­ment trai­tée dans tous les romans, séries et films améri­cains est un grand clas­sique. Ainsi que la misère de ceux qui en sont réduits à vivre dans un mobile-home comme Cerise avant d’être réduite à dormir dans la rue après le tragique incen­die dans lequel son bébé trou­vera la mort.
De l’autre côté la diffi­culté à être une bonne mère quand on veut se réali­ser à travers son travail artis­tique et permettre à son mari de trou­ver un job à la hauteur de ses ambi­tions intel­lec­tuelles est un sujet inté­res­sant mais déjà traité dans bien des romans.Voilà ma réserve prin­ci­pale, je n’ai pas réussi à croire aux deux person­nages de femmes. Je ne voudrais pas que mon opinion l’emporte sur votre envie de lire ce roman qui reçoit des éloges en grande partie mérités .

Citations

L’œil de la photographe

Bien avant d’avoir tenu un appa­reil photo entre les mains, elle s’était aper­çue que, juste en regar­dant un objet ordi­naire, elle pouvait le trans­for­mer en quelque chose de rare et d’étrange. Cette sensa­tion que les autres enfants obte­naient en tour­nant sur eux-mêmes ou en se lais­sant rouler dans la pente des collines, elle l’éprou­vait en scru­tant de toutes ses forces le robi­net en laiton du mur laté­ral, ou le moineau qui sautillait sur la terre polie en dessous des balan­çoires, au point bien­tôt de ne plus voir que le lustre de l’usure sur le bec du robi­net ou l’étin­celle dans l’œil du moineau.

Remarque de la mère des dessins de Cerise à propos de son père.

- Je ne sais pas du tout d’où tu tiens ça, pas de moi, en tout cas, ça c’est sûr, ni de ton père, disaient-elles avant d’en­chaî­ner, pleine d’amer­tume : Ton père n’était même pas fichu de se dessi­ner un avenir.

Dieu

Parfois, elle essayait de prier, comme Sylvia et Jon le lui avaient conseillé. Mais des réponses qui lui venaient quand elle tentait d’adres­ser ses réflexions à Dieu pour qu’il lui serve de guide ne ressem­blaient jamais à ce qui aurait plu à Sylvia et à Jon, si bien que Cerise se disait qu’elle s’y prenait mal, que ses prières passaient sans doute à côté de Dieu sans l’at­teindre, comme quand elle compo­sait un faux numéro et se retrou­vait avec un inconnu au bout du fil.

Tellement vrai

Personne n’a le choix, ajouta douce­ment sa grand-mère. on se dit toujours, « je ne pour­rais pas le suppor­ter », mais quand ça arrive, on voit que c’est la seule option possible : supporter.

Des femmes dans le malheur

Parfois les femmes pleu­raient, et les larmes qui coulaient sur leurs joues fati­guées jusqu’à leur de menton trem­blant parais­saient minus­cules compa­rées à leur ocean de souf­frances. Cerise trou­vait une sorte de récon­fort dans leur histoire et dans ces larmes ‑pas par ce qu’elle aimait voir toujours plus de souf­frances, mais parce que la souf­france était la vrai condi­tions des humains. C’était logique que les gens souffrent, logique que rien n’aille bien très long­temps. En regar­dant les autres femmes se rassem­bler autour de celles qui pleu­raient, pour lui tapo­ter le dos et essuyer ses larmes, Cerise se sentait presque de la famille, presque de la famille des femmes qui la réconfortait.

Édition Actes Sud . Traduit de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy. 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Il pour­rait être un de vos cadeaux de Noël, ce roman. En tout cas, j’espère que ceux et celles qui aiment les romans qui se passent dans la nature encore sauvage vont le noter, même si cette superbe nature est en train de se faire dévo­rer par un incen­die comme ceux qui tous les ans détruisent les somp­tueuses forêts améri­caines ou canadiennes.
Ce récit décrit l’aventure de deux jeunes amis , Wynn, et Jack qui ont décidé de descendre le fleuve Maskwa jusqu’à son embou­chure dans la baie d’Hud­son. Ils ont très bien préparé ces quelques semaines d’aven­tures dange­reuses mais à leur portée car ils connaissent bien tous les deux la vie dans la nature peu ou pas domes­ti­quée par l’homme. Ce sont deux pêcheurs émérites et cela nous vaut de très belles scène dans des cours d’eau sauvages aux rapides imprévisibles.
Et puis, deux événe­ments vont trans­for­mer ce voyage de rêve en un vrai cauche­mar. D’abord, ils repèrent un incen­die d’une force incroyable, ils n’ont donc qu’une solu­tion aller de plus en plus vite pour rejoindre leur point d’ar­ri­vée, mais on sent qu’ils en sont capables d’au­tant que Jack connaît très bien les dangers du feu de forêt. Mais un deuxième danger va donner à cette course contre la montre un aspect de thril­ler abso­lu­ment hale­tant. Will et Jack doivent sauver une femme lais­sée pour morte par son mari sur une plage et Jack comprend tout de suite cet homme est prêt à les tuer eux aussi.
Face au danger, les deux person­na­li­tés des deux amis vont diver­ger. Wynn, le gentil, ne peut croire à la méchan­ceté humaine et sans le vouloir, il met en danger la réus­site de leur expé­di­tion car son premier réflexe est toujours de croire à la bonté. Jack le sait et prend le leader­ship de leur expé­di­tion. La tension entre les deux amis donne une profon­deur au récit que j’ai beau­coup appré­ciée. Et puis la nature toujours présente amicale ou hostile ponc­tue ce texte de moments inoubliables.

Un grand roman dans lequel a forêt, la rivière, le feu sont des person­nages au même titre que les prota­go­nistes de de ce drame.

Citations

Le feu

« Ouais, mais si on est au milieu de la rivière.. »
Jack haussa les épaules. » Peut-être. L’air devient brûlant. C’est ça qui crée un incen­die dévas­ta­teur. En fait, les rouleaux de fumée sont char­gés de gaz et si le vent est favo­rable, à la moindre étin­celle, tu peux te faire carbo­ni­ser à quatre cents mètres. »

Les rapides

Ce devait être des chutes de classe VI, une série de saillies rocheuses englou­ties sous un volume d’eau gigan­tesques. On aurait dit un orage en mer du Nord déva­lant un esca­lier. Vingt et un mètres entre le sommet et le fond avec une pente qui s’éten­dait sur deux cents mètres. Au milieu, un îlot rocheux de la taille d’une barque portait un épicéa tordu et rabou­gri. Voir cet arbre trem­bler dans tout ce chaos ne rendait la cata­racte que plus terrifiante.
Le soleil perça un récif de nuages et éclaira les chutes, d’argent ses rayons sur les eaux-vives et neigeuses, mettant éton­nam­ment les sono­ri­tés encore plus en relief, et Wynn se dit que ça aussi, c’était magni­fique. Que la roche brute des saillies ou les avalanches étaient magnifiques.

Le feu

Une grosse partie de la région avait été couverte de lichens et de mousses parfois sur plusieurs dizaines de centi­mètres d’épais­seur et tout ça avait brûlé dans la nuit, avec les sous-bois, les épilobes et les saules, ne restaient que la terre calci­née et la roche, les pieux noirs et sépul­craux des arbres, et sans la forêt, on voyait beau­coup plus loin, le sol qui s’éle­vait légè­re­ment et retom­bait tout autour des eskers quasi­ment débar­ras­sés de leur arbres, des plis où les ruis­seaux avaient coulé, secs comme s’ils s’étaient évaporés.

Édition de l’Olivier

Une lecture que je n’ou­blie­rai pas, un roman facile à lire et très bien construit écrit dans une langue simple et effi­cace. Une jeune femme Bess renoue ses lacets, elle doit pour cela lâcher la main de l’en­fant qui était avec elle. Geste normal et simple, sauf que l’écri­vaine entraîne son lecteur en Alaska en plein bliz­zard. L’en­fant en quelques secondes a disparu. Le roman commence sous forme de mono­logues inté­rieurs, tous les habi­tants de ce coin perdu d’Alaska vont partir à la recherche de Bess et de l’en­fant qui vont mourir de froid si on ne les retrouve pas immé­dia­te­ment. Les quatre person­nages que nous allons entendre ont tous les quatre un poids énorme d’une souf­france de leur passé que cette recherche dans le froid extrême et le bliz­zard va mettre à jour.

Bess tout d’abord qui s’en veut d’avoir lâcher la main de cet enfant, et nous compren­drons que peu à peu son rôle dans cette histoire et pour­quoi elle est arri­vée auprès de Béné­dict et son « fils » dont elle s’occupe.

Béné­dict le père de l’en­fant qui fou de douleur part à leur recherche. C’est un homme des bois adapté à cette région et il sait que ces deux personnes sont en grave danger. Il racon­tera l’his­toire de sa famille et la fuite de son frère Thomas qu’il n’a jamais accep­tée, c’est en le recher­chant que sa route croi­sera celle de l’en­fant qu’il a reconnu comme le sien.

Cole le person­nage néga­tif mais vous décou­vri­rez pour­quoi et son acolytes Clifford.

Free­man le poli­cier Noir vété­ran du Viet­nam qui donne à cette histoire un côté suspens qui est bien fait.

J’ai aimé décou­vrir les quatre person­na­li­tés qui vont peu à peu construire l’his­toire, le bliz­zard la diffi­culté de la vie dans cette partie du monde fait tout le charme de ce livre. Un bémol à mon enthou­siasme, mais très léger les person­nages sont sans doute un peu simples, certains diront un peu faciles. Mais j’ai appré­cié que les hommes si proches de la nature ne soient pas meilleurs que les New – Yorkais, ma fréquen­ta­tion du monde rural m’a prouvé qu’il y a des gens biens partout et des crapules aussi. La diffé­rence c’est que, en ville, on peut parfois les éviter à la campagne beau­coup moins !

Citations

L’angoisse

Rétros­pec­ti­ve­ment, je crois que j’ai senti que quelque chose ne tour­nait pas rond. C’est un peu comme lorsque vous avez la sensa­tion qu’un insecte vous chatouille l’oreille. Vous faites un geste pour vous en débar­ras­ser, mais en réalité c’est une alarme, votre alarme interne, réglée au strict mini­mum. Pas assez forte pour vous faire bondir, mais juste assez pour vous empê­cher de dormir tran­quille­ment. Je dormais juste­ment et je me suis réveillé en sursaut.

L’Alaska en hiver

La poudreuse m’ar­rive à mi-cuisse. Chaque pas est un effort. chaque pas est une brûlure. Pour­tant, j’ai déjà connu ça. il nous est arrivé quelques fois, quand nous étions mômes, de nous retrou­ver coin­cés avec papa, alors que nous étions partis rele­ver des pièges ou chas­ser, à cause d’une chute de neige un peu plus impor­tante que ce qu’il avait prévu, même s’il avait un sixième sens pour prévoir le temps qu’il allait faire. Il arri­vait toujours à nous rame­ner sains et saufs si nous n’étions pas trop loin de la maison pour que maman ne s’in­quiète pas, ou alors il nous trou­vait un abri de fortune.

Le personnage négatif (Cole)

J’ai jamais eu envie de m’en­com­brer d’une bonne femme et, comme il en faut une pour faire des gosses, j’en ai pas eu. Les bonnes femmes, c’est que des ennuis. Elles sont jamais contentes. À croire que le bon Dieu les a créés impar­faites pour nous faire tour­ner en bour­rique. Main­te­nant, en plus elles veulent tout comme les hommes, le travail, les salaires, les mêmes droits, comme si elles voyaient pas la diffé­rence. pour­tant, ça saute aux yeux qu’elles sont pas faites comme nous. Elles sont faibles et géniales, elles savent pas ce que c’est la vraie cama­ra­de­rie des hommes entre eux.

Retour de la guerre d’Irak

La guerre nous avait pris notre fils et elle nous avait resti­tué que le néga­tif de la photo, juste une ombre blanche sur un fond déses­pé­ré­ment sombre.

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Édition Acte Sud

C’est peu dire que j’aime cet auteur, je veux bien partir avec lui dans toutes « ses traver­sées » à l’ori­gine de la famille Desro­siers sans jamais m’en­nuyer. Après, « Victoire » et surtout « La traver­sée du Conti­nent » qui avait vu la petite Rhéauna, arri­ver chez sa mère Maria qui l’a fait venir pour s’oc­cu­per de son petit frère né d’un autre père, nous voilà avec elle, sa mère et son petit frère en 1914 à Mont­réal. Rhéauna, a fini par accep­ter et aimer son sort car son petit frère est adorable et sa mère fait tout pour qu’elle aille à l’école et satis­fasse son envie de lecture. Elle ne s’oc­cupe du petit que lorsque sa mère travaille dans le bar le soir. Mais cette enfant écoute les conver­sa­tions des grands et évidem­ment, en 1914, on parle de la guerre, comme c’est une enfant coura­geuse, elle décide de sauver sa mère et son petit frère et d’ache­ter des billets de train pour rejoindre ses grands-parents et ses deux sœurs à la campagne dans le Saskat­che­wan. On suit donc le trajet de cette enfant à travers la grande ville de Mont­réal et tous les dangers qu’elle est capable d’af­fron­ter seule. Mais le roman n’est pas construit de façon linéaire, parfois nous sommes en 1912 quand Maria arrive chez son frère Ernest et ses deux sœurs Tititte et Tina et qu’elle explique pour­quoi elle est venue les rejoindre : elle est enceinte d’un homme qui n’est pas de son mari et qui a disparu .

Dans « la traver­sée des senti­ments » les enfants sont un peu plus grands et les sœurs ont décidé de reve­nir à Duha­mel. Là où la famille a des attaches racon­tées dans le roman « Victoire ». Ce roman est l’oc­ca­sion de plon­ger dans la vie des trois sœurs dans ce qu’elle a de plus intime. Michel Trem­blay est un analyste de l’âme fémi­nine d’une finesse et d’une déli­ca­tesse incroyable. Les huit jours de vacances à Duha­mel le petit village de campagne vont donner le courage à Maria pour aller cher­cher ses filles chez ses propres parents dans le Saskatchewan.

Tout le charme de ces romans vient du style de l’au­teur et du temps qu’il prend avec chaque person­nage pour nous faire comprendre leurs choix de vie. Et puis il y a le charme du québé­cois qui chante à mes oreilles. C’est un auteur qui me fait du bien alors qu’il ne raconte pas des vies faciles, je préfère large­ment cette approche par la litté­ra­ture de la vie très dure aux romans où l’au­teur se plaît dans le glauque.

Citations

Maria

Maria marchait vite, s’in­té­res­sait peu aux vitrines pour­tant magni­fiques devant lesquelles elles passaient et n’ar­rê­tait pas de lui dire de se dépê­cher alors qu’elle n’étaient pas du tout pres­sées. Sa mère ne se promènent pas, elle se « rend » quelque part.

Théorie médicale

Leur mère avait terro­risé ses enfants pendant des années en guet­tant chez eux le moindre petit symp­tômes de rhume pendant les vacances esti­vales. « Un rhume en hiver, c’est normal, il fait frette, on attrape froid au pieds, pis c’est plein de microbes. Un rhume en été, c’est parce que le corps va pas ben, que le sang est pourri, pis on peut attra­per des numo­nies sans même s’en aper­ce­voir ! C’est hypo­crite, les numé­ri­sés d’été. Ça tue le temps de le dire. »

J’aime cette façon de raconter :

C’est un drôle de mot succom­ber. C’est un mot qui fait honte après, qu’on trouve laid après, mais qui est telle­ment diffé­rent pendant que ça se passe. Succom­ber quand t’es pas marié, ça fait peur avant, t’as honte après, mais si t’es en amour, c’est telle­ment magni­fique pendant.

Le plaisir et le bonheur des femmes

Les autres femmes n’osent pas inter­ve­nir. Elles ne se regardent même pas. Titille à connu un mariage blanc catas­tro­phique avec un Anglais frigide, Tina a aimé avec passion un homme qui l » a laissé tomber quand il a appris qu’elle atten­dait un enfant de lui, Maria a quitté deux ans plus tôt un vieux monsieur bien gentil et fort géné­reux mais qui était loin de combler ses attentes après avoir été marié à un marin toujours absent et qui ne reve­nait que pour lui faire des enfants. Et voilà que leur cousine dispa­rue de la Saskat­che­wan des années avant elles, celle qu’on tant conspué dans les soirées de famille, dont elle disait qu’elle était allée s’en­ter­rer dans le fond des Lauren­tides, dans l’Est Du pays, pour cacher sa vie de misère avec un batteur de femmes, celle qu’on donnait en exemple pour faire peur aux jeunes filles qui voulaient quit­ter le village à la recherche du grand amour, Rose Desro­siers, qui portait presque un nom de sorcières, se révé­lait être la seule comblée d’entre elles, sans doute la plus heureuse, en tout cas la plus satis­faite de son sort.