Éditions Le Dilet­tante . Couver­ture Camille Cazau­bon.
 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

J’ai indi­qué le nom de la personne qui a imaginé cette couver­ture car elle m’a bien plu. Dans le grand rond, le titre je vais l’ex­pli­quer dans mon billet, mais dans tous les petits ronds d’autres chiffres et peut-être vous amuse­rez vous comme moi, et la biblio­thé­caire du club de Dinard à en trou­ver la signi­fi­ca­tion – pour 1515, ok nous sommes nombreux mais pour 8848 ?- . (Je me demande ce que Goran aurait pensé de cette couverture ?)

Mes coquillages parlent pour moi : ce roman a su me séduire et pour­tant j’ai quelques réserves. Je trouve que les person­nages manquent d’humanité , la compagne du « héros » montre l’éten­due de ses senti­ments, seule­ment au dernier chapitre.

Reve­nons à l’his­toire : Fran­çois est un haut cadre chez Google France, il gagne très bien sa vie, il est divorcé et père d’une adoles­cente peu sympa­thique, il va de conquête en conquête, bref tout va bien pour lui. Sauf que … il va avoir soixante ans et il est abso­lu­ment terri­fié par la vieillesse. Heureu­se­ment, il fait beau­coup plus jeune que son âge.

La fiction peut commen­cer, dans une société où on peut deman­der à chan­ger de nom, de sexe pour­quoi ne pas deman­der à chan­ger de date de nais­sance et se rajeu­nir de quelques années. Fran­çois fera calcu­ler son âge par un algo­rithme mis au point par une toute nouvelle société : « Human­prog » et décou­vrira que son âge biolo­gique est de trente neuf ans et quatre mois.- d’où le titre 39,4.

On le comprend bien ce roman est l’oc­ca­sion pour cet auteur dont j’ai très envie de lire le premier roman (Panne de secteur), de se moquer de la peur du vieillis­se­ment. Il le fait avec un don incroyable, celui de saisir tous les travers de notre société. Je pense que son poste d’ob­ser­va­tion de profes­seur et chef de clinique dans un grand hôpi­tal pari­sien lui donne accès aux gran­deurs et aux peti­tesses de l’âme humaine. La scène chez le chro­ni­queur Ruquier est telle­ment vraie, le pauvre philo­sophe qui veut simple­ment dire que fina­le­ment nous mour­rons tous et la façon dont une chro­ni­queuse le renvoie « à la niche » sans lui permettre de s’ex­pri­mer est d’une tris­tesse qui n’a d’égale que celle que nous éprou­vons parfois quand nous regar­dons les inter­ve­nants sur les plateaux de télé­vi­sion mettre en pièce un philo­sophe ou un scien­ti­fique qui ne parle pas le langage à la mode du petit monde parisien.

Le style de cet auteur est très parti­cu­lier, il avait, semble-t-il rebuté des lecteurs par un goût prononcé pour des mots rares de la langue fran­çaise, il le fait ici aussi mais ça ne gène pas la lecture. Je ne suis pas certaine que je me souvien­drai de

un quéru­lent processif 

Bien que l’au­teur en donne l’ex­pli­ca­tion dans la fin de sa phrase :

Fran­çois se trou­ver présenté comme un quéru­lent proces­sif, l’un de ces illu­mi­nés en proie à un délire de reven­di­ca­tion destiné à redres­ser un dommages fictif.

Ce n’est pas un roman que l’on lit faci­le­ment car souvent on doit rester concen­trer pour savou­rer ce qu’il va nous décrire et comme hélas ce qu’il nous raconte sont les côtés les plus super­fi­ciels et les plus tristes de notre société, le lecteur (en tout cas moi) est un peu sonné par sa lecture. On rejoint mon bémol du début, je suis certaine que même chez les bobos pari­siens il y a plus d’hu­ma­nité que ce qui est décrit par Philipe B Grim­bert. (à ne pas confondre avec un autre Philippe Grimbert !)

(PS : lors de notre réunion du club de lecture 7 avril, une lectrice a exprimé son dégoût de ce roman, car elle trou­vait le person­nage abso­lu­ment « machiste », ce qui est vrai, mais à aucun moment l’au­teur n’a de la sympa­thie pour son person­nage . Et pour moi j’y ai vu surtout une condam­na­tion du machisme de ces hommes qui ont tout réussi en même temps qu’ils gardent une appa­rence physique digne de la jeunesse. Et fina­le­ment la seule person­nage sympa­thique sera la femme qui clôt l’his­toire. Mais si vous lisez ce livre j’ai hâte de savoir comment vous inter­pré­tez les inten­tions de l’auteur )

Citations

Portrait de la chroniqueuse chez Ruquier.

Elle était à cet instant semblable à ces chiens de combat muscu­leux de petite taille qui paraissent trou­ver dans l’ob­tu­ra­tion déter­mi­née de leur mâchoire sur leur proie, le point d’équi­libre et de justi­fi­ca­tion de l’en­semble de leur person­na­lité. elle s’était saisie du vieux philo­sophe, lui agrip­pait un morceau de chair pendante avec une telle puis­sance qu’il parais­sait impro­bable, même en la soule­vant dans les airs, de lui faire lâcher prise.

Et fin de l’émission

François et Jehan rega­gnèrent les coulisses, lais­sant sur le plateau Jacques Hofstein et son regard aussi expres­sif qu’une feuille de papier jour­nal frois­sée. L’as­sis­tante leur assura qu’ils avaient été « top » avec une pointe d’au­di­mat enre­gis­trées pendant près d’une minute quarante. On enten­dit une voix loin­taine l’ani­ma­teur intro­duire les invi­tés suivant pour un débat consa­cré à « l’in­sé­mi­na­tion des vaches laitières et ses rela­tions avec notre culture du viol ».

Quel art de la formule.

À part quelques épidé­mies virales géron­to­phages on conti­nuait à s’en­li­ser dans la comp­ta­bi­lité maré­ca­geuse des régimes de retraites et les dernières réformes, illus­trées du slogan tout droit sorti du cerveau d’un énarque facé­tieux « travailler plus long­temps pour vieillir moins lente­ment » lais­sant craindre une nouvelle secousse tellurique. 

La description des urgences de Cochin sent le vécu.

Il s’était bête­ment tordu une cheville un dimanche matin en plein footing et, crai­gnant une entorse grave, s’était rendu aux urgences de l’hô­pi­tal Cochin. Arrivé vers 11heure , il avait quitté les lieux à 19 heures armé d’une ordon­nance pour du Doli­prane rédigé par un interne moldave qui l’avait examiné d’un air flapi. Bien avant cela, il avait patienté dans une salle d’at­tente surpeu­plée, à côté d’un vieillard couché sur un bran­card, qui répan­dait autour de lui une forte odeur d’urine ne semblant même plus incom­mo­der la femme usée qui lui tenait la main. Le sol était macu­lée de taches diverses et, tous les quarts d’heure, une voix de femme annon­çait en hurlant le nom de la personne invi­tée à s’ap­pro­cher de l’of­fice où trois infir­mières s’af­fai­raient. Tout autour se tenait une foule compo­site d’adultes seuls ou de familles. Un peu à l’écart s’ag­glu­ti­naient en grappes près d’une ving­taine d’hommes, de femmes et d’en­fants autour d’un homme d’une soixan­taine d’an­nées coiffé d’un feutre vert élimé. Le voisin de Fran­çois l’in­forma, avec le ton rési­gné d’un homme rompu à la fréquen­ta­tion des lieux, qu’il s’agis­sait du patriarche d’une famille de gitans donc les avatars cultu­rels l’in­ci­taient à ne jamais se dépla­cer à l’hô­pi­tal sans la tota­lité de son « cheptel ».

Quel regard acerbe ! Paris était envahi par les manifestants « gilets jaunes ».

Par le plus grand des hasards et pour le plus grand bonheur de Fran­çois, Jehan Lamarc et Tigrane Fanfard s’étaient vu empê­cher l’ac­cès au théâtre du Rond-Point pour l’un et à la fonda­tion de Louis Vuit­ton pour l’autre. C’est ainsi qu’un miracle se produi­sit. Unis par la frus­tra­tion domi­ni­cale, tels deux naufra­gés d’une croi­sière de luxe échoués sur une plage de Sicile parmi les clan­des­tins, la glace se brisa.

« Baiser » avec une grand mère.

Il venait de baiser avec une grand-mère. Une vision d’ef­froi le parcou­rut comme un fris­son. Celle du loup dans « le petit chape­ron rouge » après qu’il eut ingur­gité la mère-grand. Fran­çois avait toujours redouté que la vieille, ses os décal­ci­fiés est sa chair avariée, intoxique grave­ment l’ani­mal. Il se sentit fiévreux. Moins d’une minute plus tard il traver­sait au pas de course la cour de l’am­phi­théâtre, les lacets défaits, la chemise hors du panta­lon, la conscience souillée comme s’il venait de s’adon­ner à un acte de haute perver­sité, et sitôt rentré chez lui, se nettoya avec fréné­sie pour effa­cer les traces de cet acte odieux.

Le tourisme écologique.

Bien que presque tout, jusqu’à l’eau, fût importé de Casa­blanca ou d’autres villes du Maroc par avion, héli­co­ptère et puis­sant 4×4, l’en­semble du village affi­chait son esprit « éco-friendly ». Cela se tradui­sait par une absence de papier hygié­nique et de télé­vi­sion, l’uti­li­sa­tion exclu­sive de serviettes recy­clables, une poli­tique zéro plas­tique et un club enfant écopé­da­go­gique même si, élément appré­ciable, il n’y avait aucun enfant en ce milieu.

La vieillesse et la dépendance.

En écou­tant les récits de certains de ses amis sur les fin de vie pathé­tiques de leurs propres parents, Fran­çois réali­sait la chance qu’il avait eue. Il avait échappé au dimanche en EHPAD, aux vacances boule­ver­sés par les aléas médi­caux, sans parler des consé­quences finan­cières, les sommes exor­bi­tantes avalées pour main­te­nir des vieillards graba­taires et énuré­tiques « dans le confort et la dignité », qui enta­maient parfois de façon dras­tique le montant des héri­tages futurs.

Le vieillissement.

Outre le fait que la majo­rité de ses fréquen­ta­tions, passé le demi-siècle, se trou­vaient enga­gées dans une rela­tion exclu­sive avec une hyper­tro­phie de la pros­tate, un carci­nome mammaire ou les prodromes d’une isché­mie coro­na­rienne, beau­coup exhi­bait un inté­rêt nauséa­bond, qui suin­tait comme un exsu­dat dans leurs conver­sa­tions quoti­diennes, pour la fréquence de leur colo­sco­pie, la gran­deur d’âme de leur urologue, ou le talent démiur­gique de leur nutritionniste.


Édition Calmann Levy.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Déci­dem­ment cet auteur est attiré par la vieillesse car après » L’étoile et la vieille » voici « le vieux » !

Ce roman se divise en trois moments : la peur du Vieux de ce qu’il appelle « les bombes » c’est à dire tous ceux qui meurent autour de lui ou qui sont atteints de mala­die dégé­né­ra­tives. Il rencontre à un enter­re­ment d’une femme qu’il a aimée autre fois, la fille qu’il a élevée pendant quelques années, Camille qui est deve­nue actrice et metteur en scène. Il va croi­ser aussi Simon un jeune acteur très beau qui le ques­tionne sur le suicide assisté.
La deuxième partie tourne autour du suicide de Simon et de l’opéra que Camille et lui voulaient monter « La flûte enchanté ». Le vieux qui a monté plusieurs opéra a toujours souf­fert de n’avoir jamais réussi à monter cette œuvre de Mozart. Nous verrons comment l’équipe d’ac­teurs et de chan­teurs vont vivre ce deuil brutal et appa­raît un person­nage étrange une bretonne comme je n’en ai rencon­trée que dans des contes, qui fait des crêpes et qui racontent des légendes en parti­cu­lier autour de l’An­kou (la repré­sen­ta­tion de la mort en Bretagne), elle est la concierge du théâtre et jouera un rôle dans le suicide de Simon on décou­vrira un person­nage obsédé par la mort, très déséqui­li­bré et alcoolique.

Enfin la troi­sième partie, nous appre­nons le prénom du vieux : Jean-Michel qui vit avec une ancienne canta­trice, Mireille, et ensemble ils décident de mourir en utili­sant le suicide assisté , ensemble ils auront le COVID et ensemble, ils s’en sorti­ront et fina­le­ment ne se suici­de­ront pas.
Plusieurs thèmes se croisent dans ce roman, la repré­sen­ta­tion théâ­trale, la vieillesse et surtout la mort.

J’ai assez bien aimé la première partie, fran­che­ment détesté la deuxième avec cette bretonne sortie dont on ne sait quel imagi­naire et qui ne rend pas justice aux bretons que je connais et la troi­sième est quasi­ment insup­por­table, cette descrip­tion de ce couple qui veut mourir dans la dignité et qui, au dernier moment se raccroche à la vie m’a abso­lu­ment dégoutée .

Au moment où je rédige ce billet des bombes, des vraies celles-là, tombent sur Kiev et cela explique beau­coup mon dégoût de cette fasci­na­tion pour la mort de ceux qui ont tout pour vieillir tran­quille­ment. J’exa­gère peut-être mais c’était bien le thème de Michel Rostain, la mort et celle-ci frappe à notre porte de façon telle­ment plus terrible et l’on se rend compte que le plus souvent l’homme ne choi­sit plus rien .

Citations

La peur de l’Ehpad .

- Ce n’est pas l’état de Cathe­rine qui m’an­gois­sait, c’est l’Eh­pad : y aller me terro­ri­sait comme s’il s’agis­sait de mon prochain domicile !
« Lorsque j’ai enfin surmonté ma trouille, je suis arrivé là-bas un jour de chorale. Dans le grand salon de l’Eh­pad, une chef d’or­chestre tirait de toutes ses forces les voies épui­sés d’un demi-cercle de vieillards – vingt voix éraillées égre­nait comme elles pouvaient les sous-titres de la chan­son de Dalida qu’on leur proje­tait en mode karaoké :
» Je sais bien que tu l’adores, Bambino, Bambino
Et qu’elle a de jolis yeux, Bambino, bambino…
Mais tu es trop jeune encore, Bambino, Bambino,
Pour jouer les amoureux. »
» Cette chan­son qui clau­di­qué, lento, mollo, pas sano du tout, c’était à pleu­rer. Cathe­rine était la, hagarde au milieu de cette assem­blée de fauteuils roulants, et alors je me suis vu, je t’as­sure… vu à côté d’elle, en survêt lamen­table, édenté et gâteux. la vraie bombe, c’est celle-là, celle qui ne me tuera pas et me main­tien­dra en vie mais en ruine !
Coup de massue supplé­men­taire, un des choristes a fait rouler son fauteuil jusqu’à moi pour deman­der : « c’est vous le nouveau ? » Et j’ai soudain réalisé pour­quoi pas moi en effet ? après tout j’ai l’âge régle­men­taire pour dépo­ser un dossier d’ad­mis­sion dans un Ehpad. (Cathe­rine et moi, on est nés la même année !) 

J’ai souvent entendu cette remarque.

Même vides, les salles de théâtre ne sont jamais désertes. Les notes qu’on y a chan­tées, les pages qu’on y a dites, les âmes qui ont dansé sur la scène ont toutes laissé un bout d’elles-mêmes. Il suffit de fermer les yeux et d’écou­ter, les Théâtres palpitent tout le temps de milliers d’émotions

Éditions Fleuve. Traduit duja­po­nais par Diane Durocher.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Toujours dans le thème » du Japon » du club de lecture, ce roman décrit un homme en proie à la souf­france de voir sa mère s’en aller dans le pays si étrange de la mala­die d’Alz­hei­mer. J’écris cet article alors que la France est secouée par un livre repor­tage sur les EHPAD. À La fin de ce roman, Izumi lais­sera sa mère Yuriko dans une maison où nous aime­rions tous finir nos jours ou y lais­ser ceux que l’on a tant aimés.

Ce n’est pas le sujet du roman mais cette dernière demeure donne une idée de ce que peut être un lieu d’ac­cueil réussi pour ceux qui n’ont plus leurs facul­tés cogni­tives. Cela ressemble à des endroits où au lieu de sépa­rer les gens âgés, ou handi­ca­pés on les fait vivre au milieu des enfants ou de gens bien portants.
Mais partons dans la vie d’Izumi qui marié à Kaori, va bien­tôt être père. Il doit l’an­non­cer à sa mère qui l’a élevé seule sans jamais lui dire qui a été son père. Cet adulte s’est donc construit sans image pater­nelle et il est très angoissé à l’idée d’être père. Kaori et lui travaillent dans le monde de l’image et de la musique. Ils ne sont pas eux-mêmes musi­ciens mais il sont dans une grande agence qui « fabrique » les carrières des artistes. Cela nous vaut une plon­gée assez inté­res­sante dans ce monde arti­fi­ciel des « commu­ni­cants » de ce monde du spec­tacle, les riva­li­tés, l’argent, le pouvoir, mais à la mode japo­naise, où tout l’art est de garder pour soi ses réac­tions et ne jamais rien lais­ser paraître de ses propres senti­ments. Izumi est très absorbé par son travail et, s’il n’a pas aban­donné sa mère, il va de moins en moins souvent la voir, et surtout refuse de se rendre compte que celle-ci a des problèmes de mémoires.

L’ori­gi­na­lité de ce texte et qui l’a rendu très touchant à mes yeux, c’est le renver­se­ment de ce à quoi on s’at­tend. C’est sa mère qui est farou­che­ment atta­chée à des souve­nirs que lui a oubliés. Et en remon­tant dans les souve­nirs de la vieille dame Izumi se rend compte combien il a été aimé et quelle force il a fallu à sa mère pour lui donner l’édu­ca­tion dont il profite aujourd’­hui. Pour­tant, il y a une année où il a vécu seul vague­ment surveillé par sa grand-mère. Pour décou­vrir cette année, l’au­teur aura recours au cahier intime de sa mère. Il découvre une femme passion­né­ment amou­reuse d’un homme marié à une autre. Cette paren­thèse amou­reuse se termi­nera par le séisme de 1995 Kobé

(le décompte offi­ciel des consé­quences de ce séisme se chiffre à plus de 6 437 morts, 43 792 bles­sés et des dégâts maté­riels se chif­frant à plus de dix-mille milliards de yens, soit 101 milliards d’eu­ros. On dénombre 120 000 bâti­ments détruits ou endom­ma­gés et 7 000 brûlés, la destruc­tion des polders du port de Kobé et plus de 250 000 dépla­cés pendant plusieurs mois. extrait de l’ar­ticle de Wiki­pé­dia )

Cette plon­gée dans le Japon a toujours, pour moi, un exotisme qui m’empêche d’être tota­le­ment enthou­siaste ‑c’est pour­quoi je ne lui attri­bue pas cinq coquillages. Par exemple je n’ar­rive pas à comprendre comment cette mère si atten­tive peut lais­ser son fils collé­gien (12 ou 13 ans) vivre seul pendant un an sans même préve­nir sa propre mère, c’est Izumi qui doit le faire. On ne saura jamais qui est le père d’Izumi cela perd de son impor­tance dans le roman sans que je comprenne pour­quoi. Pas plus qu’on ne saura c’est qu’est devenu l’homme qu’elle a suivi à Kobé fait-il partie des 6437 morts ? Elle ne cherche pas à le savoir, son histoire avec lui s’ar­rête là et elle revient vers son fils qui visi­ble­ment fait comme elle : tous les deux mettent cette année entre parenthèses.
Comme souvent dans les romans japo­nais la cuisine est très impor­tante et chaque souve­nir est parfumé par l’odeur d’un plat parti­cu­lier : la soupe miso, le boeuf au nouilles sautées, du shiruko .…

J’ai passé un bon moment avec ce roman, malgré mes quelques réserves.

Citations

Comparaisons tellement japonaises.

Izumi n’en pouvait plus de cette histoire et souhai­tait en venir aux choses sérieuses mais il eut le bon goût de rete­nir sa langue. Il lui semblait qu’ils jouaient une partie de mikado, où le moindre geste trop empressé pouvait faire rouler toutes les baguettes. Kaori conti­nuait de poser des ques­tions sans montrer la moindre impa­tience, comme si elle essayait d’ama­douer un chat.

Façon légère de décrire une scène émouvante.

‑Je me fatigue vite. Un ou deux élèves par jour, et je suis éreintée. 
-Tu pour­rais arrê­ter. Tu as ta retraite, et puis je peux envoyer plus d’argent.
- Si je ne travaille plus, je ne suis plus utile à rien.
Il ne sut que répondre. Se pouvait-il que les humains, telles des machines ou des jouets, deviennent inutiles ? Les mains de sa mère étaient recro­que­villées l’une sur l’autre, comme pour cacher leur rides. 

Sujet du roman, paroles du médecin.

Autre­fois, notre espèce ne pouvait espé­rer atteindre les cinquante ans. Cette limite dépas­sée, nous avons commencé à voir appa­raître les cancers. Main­te­nant que nous réus­sis­sions à les combattre et à rallon­ger d’au­tant nos espé­rances de vie, c’est Alzhei­mer qui nous rattrape… À chaque victoire, l’hu­ma­nité doit se mesu­rer à une nouvelle menace.

Souvenirs qui vont constituer la trame du roman.

« Pardon, maman. j’avais oublié. »
Elle l’avait embrassé, en pleurs, en le retrou­vant à la fête foraine. Elle avait passé la nuit à lui coudre un sac pour ses vête­ments de sport, alors qu’elle avait travaillé toute la jour­née. Elle lui donnait toujours la moitié de son omelette. Elle avait cher­ché avec la force du déses­poir sa pochette fleu­rie, offert pour son anni­ver­saire. Elle l’avait encou­ragé plus fort que n’im­porte quel autre parent lors d’un match (même si, sur le coup, c’était un peu embar­ras­sant). Elle l’avait emmené au restau­rant pour fêter ses réus­sites scolaires. Elle l’avait emmené au stade de base­ball à vélo, le dos trempé de sueur. Elle lui avait préparé un déli­cieux « shiruko ». Elle lui avait fait la surprise de lui offrir une guitare élec­trique. Ce n’était pas vrai­ment la marque qu’il voulait, mais ça l’avait rendu heureux. Elle l’avait emmené en vacances au lac, et il avait pêché un gros pois­son pour la première fois de sa vie. Elle non plus, d’ailleurs, n’avait encore jamais tenu de canne à pêche…
« Comment ai-je pu oublier tant de bonheur ? »

Éditions de l’Olivier 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

C’est le troi­sième billet que je consacre à Agnès Desarthe, je me rends compte que j’aime bien lire cette écri­vaine sans jamais faire de ses romans des coups de coeur. Après Le Rempla­çant, puis Ce Coeur Chan­geant, voici donc « Les Bonnes Inten­tions » qui avait tout à fait sa place dans le thème « les voisins », de notre club de lecture.

Sonia et Julien, un jeune couple, deviennent proprié­taire dans un immeuble pari­sien. L’une est traduc­trice, l’autre archi­tecte, ce qui veut dire que Sonia travaille chez elle, et aura beau­coup de temps pour connaître ses voisins. Ils auront deux enfants et tout semble leur sourire. Bien sûr la concierge se mêle un peu de tout mais au début tout va assez bien. Ce roman se déroule sur une petite dizaine d’an­nées mais on a l’im­pres­sion que tout se passe en quelques mois. Un jour un voisin tape à la porte de Sonia, c’est un homme âgé sans défense et qui est sous la coupe de la concierge et de son compa­gnon. Ils sont abso­lu­ment odieux avec ce vieux monsieur , l’af­fame et le séquestre chez lui. Il ne lui reste comme famille qu’une belle fille qui attend avec impa­tience l’hé­ri­tage car cet homme est proprié­taire de son appartement.

Sonia est tiraillée entre « ses bonnes inten­tions » et l’en­vie d’être tran­quille et de ne pas se mêler des affaires du voisi­nage. Le couple de concierges, incultes, cruels, anti­sé­mites est une véri­table horreur. Les autres person­nages ont peu d’im­por­tance, on se demande pour­quoi Sonia et Julien n’ont pas plus de contacts avec d’autres voisins qui auraient pu les aider dans leurs démarches pour faire cesser les souf­frances du pauvre Monsieur.

Une lecture tris­toune que j’ou­blie­rai assez vite.

Citations

Julien son conjoint

Julien est toujours un peu triste. Il prépare la défaite, c’est ce qui fait sa force. Avec lui, je me sens en sécu­rité, parce que je sais que la vie ne sera jamais aussi moche que dans ses cauchemars.

Ambiance d’un bar quand on a des soucis en tête

Autour de nous, ça papote, ça sirote. Il y a des vieux qui veulent faire jeune et les jeunes qui veulent faire vieux. Je voudrais me réjouir et goûter l’ins­tant pour ce qu’il contient de délices, mais mon esprit vaga­bond. Face à mon manque d’en­thou­siasme, les paroles de Julien se tarissent lente­ment. Bien­tôt nous nous taisons et le monde à l’en­tour nous enva­hit. La colère monte en moi, comme un pico­te­ment au bout des doigts, un agace­ment dans la nuque. Je pense à M. Dupo­tier, à sa belle fille qui attend qu’ils crève avec une inten­sité atroce.

Les dîners où on s’ennuie

Hier soir, nous sommes rentrés à deux heures du matin d’un dîner très ennuyeux, dont il était pour­tant impos­sible de partir. J’ai espéré jusqu’au dernier instant qu’un des convives allait se mettre à parler norma­le­ment, à rire, ou simple­ment à reni­fler. Nous étions dix à table et chacun luttait pour exis­ter avec une âpreté décou­ra­geante. Il était ques­tion que de travail et d’argent. L’en­jeu, je ne l’ai pas compris.

Fin de l’histoire

-Pour vous, séques­trer un vieillard, mena­cer les gens de mort et les trai­ter de sales juifs, ce n’est pas une faute grave ? 
- Pas selon le code du travail. 
- Donnez-moi un exemple, alors. Dites-moi ce qui peut moti­ver un renvoi. 
- Ne pas vider les poubelles. Refu­ser de distri­buer le cour­rier, des choses de ce genre.

Édition Zoé . Traduit de l’an­glais par Chris­tine Raguet

Et pour une fois le nom de la traduc­trice est sur la couver­ture, bravo aux éditions Zoé.
Il y avait pour ce livre tant de tenta­trices ‚que je savais que je le lirai, heureu­se­ment que je n’avais pas dit quand ! Aifelle en novembre 2019, Atha­lie en octobre 2019, et Kathel en juin 2020. À chaque fois, je me disais que ce roman était pour moi, je confirme tota­le­ment cette impres­sion. Merci à vous de m’avoir guidée vers ce roman.

Dans un quar­tier chic du Cap, deux femmes vieillissent, rien ne les unit, si ce n’est une haine farouche. Toutes les deux deviennent veuves au début du roman. Marion, la femme blanche archi­tecte était mariée à un certain Marc, elle découvre que celui-ci ne lui a laissé que des dettes . La vente d’un tableau acquis il y a bien long­temps pour­rait la tirer d’af­faire, il s’agit d’un tableau de Pier­neef peintre qui a une belle côte aujourd’­hui en Afrique du Sud :

Seule­ment voilà , Horten­sia a entre­pris des travaux et une grue s’est abat­tue sur sa maison et le tableau a disparu. Ne croyez surtout pas que cette anec­dote soit très impor­tante. En fait ce qui est impor­tant c’est pour­quoi ces deux femmes sont arri­vées à se haïr avec une telle force : Horten­sia, sait mieux que quiconque déce­ler le racisme ordi­naire qui dicte la conduite de Marion. Celle-ci a déjà perdu le contact avec ses enfants à cause de ses compor­te­ments humi­liants pour leur employée Agnes. Horten­sia n’a plus d’illu­sion sur l’hu­ma­nité, et elle sait très bien débus­quer toutes les peti­tesses de chacun même si elle est souvent méchante, elle est aussi très drôle et j’ai beau­coup appré­ciée quand elle bous­cule le côté dame patron­nesse de Marion. C’est une femme qui a très bien réussi dans le design et qui au contraire de Marion , n’a aucun soucis d’argent. Son mari Peter meurt et laisse une clause très étrange dans son testa­ment. Il demande à Horten­sia de prendre contact avec Emée une jeune femme de 40 ans qui est sa fille légi­time. Il manque un élément pour que le décor soit planté. La maison dans laquelle habite Horten­sia a été conçue par Marion et celle-ci aurait voulu l’ha­bi­ter. Les deux femmes vont être amenées à devoir se suppor­ter. Il n’y aura pas de renver­se­ment de situa­tion mais une sorte de paix des braves ! Au fil de l’his­toire on en apprend beau­coup sur le racisme ordi­naire en Grande-Bretagne, et les horreurs de l’Afrique du Sud . La façon dont l’au­teure nous présente les deux person­na­li­tés est passion­nante. Tout en se doutant de la suite, on laisse l’au­teur nous emme­ner sur les chemins de deux femmes qui n’au­raient jamais dû se rencon­trer. Il n’y a pas de « gentilles » mais des femmes qui ont connu une vie origi­nale, la dureté d’Hor­ten­sia cache une grande intel­li­gence et une sensi­bi­lité qui n’a jamais pu s’épa­nouir complè­te­ment . Marion est plus prévi­sible mais on la sent prête à aban­don­ner quelques une de ces certi­tudes. Enfin !

Bref, je joins ma voix à celles qui ont avant moi décou­vert ce roman, c’est un roman qui m’a laissé une très forte impres­sion et dont j’ai savouré toutes les pages.

Citations

Le ton est donné

La riva­lité était assez tris­te­ment célèbre pour que les autres repré­sen­tantes du comité se tiennent en retrait afin d’as­sis­ter au spec­tacle. Il était de noto­riété publique que les deux femmes parta­geaient une haine et une haie, qu’elles élaguaient l’une comme l’autre avec une ardeur qui démen­tait leur âge.

Marion et Hortensia

-Je suis convaincu que si on les contrai­gnait, ces gens auraient du mal à justi­fier leur droit. Des gens à l’af­fût d’argent facile, si vous voulez mon avis. 
- Quand vous dites ces gens, ce que vous voulez dire en fait, c’est « des Noirs », si j’ai bien compris ? 
- Abso­lu­ment pas et je voudrais..
- . Marion, je ne suis pas d’hu­meur aujourd’­hui à suppor­ter votre secta­risme. J’ai le souve­nir précis de vous avoir demandé de garder vos conver­sa­tions racistes pour votre propre salle à manger.

Le mari d’Hortensia

Peter n’avait jamais été croyant, mais il avait affecté des postures de croyant qu’Hor­ten­sia n’avait jamais été capable de déchif­frer parfai­te­ment. Il sifflo­tait « Morning has broken », puis l’en­ton­nait, mais il s’embrouillait dans les paroles, le cantique dispa­rais­sant dans sa gorge. Il jouait au golf le dimanche, mais à Noël il voulait des chants de Noël. Et main­te­nant, il meurt et voilà qu’il veut une église.

Les sentiments d’Hortensia

Horten­sia en vint à comprendre la qualité de sa vie aurait gran­de­ment gagné à connaître plus de colère et moins de ressen­ti­ment. Le ressen­ti­ment est diffé­rent de la colère. La colère est un dragon brûlant tout le reste. Le ressen­ti­ment dévore vos entrailles, perfore votre estomac.

L’intelligence et la jeunesse

Horten­sia était en désac­cord avec l’opi­nion répan­due qui veut que les jeunes aient l’es­prit vif et de la jugeote. Au contraire, sur ses vieux jours, elle avait décou­vert que les jeunes (d’une manière géné­rale) se proté­geaient sous une sorte de douillet cocon d’idées arrê­tées, qui les mettaient à l’abri du monde et que l’on pouvait aisé­ment prendre pour de l’in­tel­li­gence, à la condi­tion que vous, l’ob­ser­va­teur, manquiez un peu de vigi­lance dans vos appréciations.

L » histoire du papier toilette(qui permet de comprendre la photo d’Athalie)

Lara avait couru à l’of­fice pour aller cher­cher un rouleau de papier toilette et elle était reve­nue avec le papier simple épaisseur.
« Celui-là est pour Agnes, avait hurlé sa grand-mère, avant de marmon­ner » pour­quoi est-ce qu’elle va mettre ses affaires dans mon office ? »
La fillette eut l’air trou­blée. Pour­quoi sa grand-mère ache­tait-elle deux quali­tés de papier toilette ? « Parce que » avait dit Marion.
Parce que le double épais­seur est plus cher et que, compte tenu de sa condi­tion, il parais­sait parfai­te­ment raison­nable de penser qu’Agnes se conten­te­rait du simple épais­seur. La fillette posait des ques­tions sur les choses auxquelles Marion n’avait jamais eu de raison de réflé­chir, mais c’était ainsi ‑la voilà la raison. Mais les dégâts avaient déjà été faits. Lara était contra­rié, Mare­lena était contra­riée. Elle consola sa fille et fit une moue répro­ba­trice à sa mère. « Je croyais qu’a­près tout ce temps tu en aurais fini avec ces choses-là. » Marion était jugée. Amère à l’idée d’être mal comprise, elle souleva l’af­faire avec Agnès.
« Pour­quoi mets-tu tes rouleaux de papier toilette dans mon office Agnes ? Quand les courses arrivent, quand tu vides les sacs, prends ce qui te revient et mets-le dans ton studio.
-Non, patronne.
-Quoi ?
Agnès avait rare­ment l’oc­ca­sion d’uti­li­ser le mot « non » quand elle parlait avec Marion. En fait, Marion ne pouvait se rappe­ler qu’une seule fois elle l’avait entendu l’employer.
-Celui-ci n’est pas mon papier papier toilette, patronne. Le mien, je l’achète moi-même. – Pour­quoi achètes- tu ton propre papier ? avait demandé Marion. Quel chan­ge­ment avait bien pu se produire ? Elle travaillait ici depuis des dizaines d’an­nées et connais­sait les règles. Agnès, qui était en train d’es­sayer les petites taches sur le marbre du plan de travail de la cuisine, haussa les épaules.
- J’avais besoin de quelque chose de meilleure qualité, patronne.
Un jour, peu après cette conver­sa­tion, alors qu’Agnes était occu­pée avec le linge sale, Marion se glissa dans le studio pour en inspec­ter la salle de bain. Là se trou­vait le papier toilette en cause. Triple épais­seur. Elle rougit et, pour ne jamais être en reste, lors de son dépla­ce­ment suivant chez Wool­worths Marion choi­sit une grande quan­tité de rouleaux de papier toilette triple épais­seur pour elle-même.

Vieillir

- De toute façon, je suis trop vieille. Je ne peux pas avoir un copain. J’ai toutes sortes de douleurs. Trop.
-C’est ainsi, et oui.
-Quoi ?
-Ça. Vieillir. Avoir de plus en plus de douleurs.
Marion fit une grimace.
-Et essayer de tout réparer.
- Et ça marche ?
-Quoi ?
-D’es­sayer de tout réparer ?
- Pas vrai­ment. J’ai quatre enfants, Horten­sia. Trois à qui je n’ai pas parlé depuis presque un an. Je ne les vois jamais. Mare­lena, mon aînée , elle appelle, mais j’ai toujours l’im­pres­sion, quand on parle, qu’elle me braque un revol­ver sur la tempe. Et que j’en braque un sur la sienne.

J’ai décou­vert ce roman sur un blog que je lis régu­liè­re­ment « La souris jaune ». J’aime bien ce blog car j’y trouve des livres qui ne sont pas dans l’actualité litté­raire. La Souris Jaune, fouine dans tous les lieux où l’on trouve des livres pas chers ou dans les média­thèques pour assou­vir ses envies de lecture. Ce roman avait tout pour me plaire, car il parle d’un sujet très peu traité : que sont deve­nus les traces de la présence juive en Egypte ? Le début m’a enchan­tée et je me suis instal­lée pour faire un voyage origi­nal dans un pays où je n’irai sans doute jamais. Mais lorsque l’hé­roïne, Camé­lia arrive en Egypte, très vite, j’ai déchanté. Elle arrive dans ce pays avec l’argent de sa mère et des ses tantes pour faire construire une sépul­ture digne des attentes des sœurs de la morte, Carlotta . Carlotta est restée en Egypte et n’a pas suivi ses sœurs en France. Cela aussi m’in­té­res­sait, celle qu’on surnom­mait « la juive au nombril arabe » a mené une vie hors du commun. Mais il en est si peu ques­tion ou d’une façon si embrouillée que je me suis vite lassée. Vers la page 200 d’un roman qui en compte 350, j’ai parcouru en diago­nal un récit qui « arri­vait pas à rete­nir mon atten­tion. Je n’ai rien compris aux aven­tures amou­reuses de Camé­lia qui a des rela­tion sexuelles avec l’homme qui la reçoit et qui l’oblige à l’ap­pe­ler « papa ». Ses rencontres avec les pension­naires de l’ancienne demeure qui étaient la maison de retraite de sa tante sont tota­le­ment étranges. On sent que l’au­teur veut nous faire vivre à la fois la décré­pi­tude de ce monde ancien et celui de la vieillesse , j’ai parfois pensé à la famille « Mange­clous » d’Al­bert Cohen, mais le récit n’ar­ri­vait pas à se construire. Comme « la souris jaune » j’ai bien aimé les inces­sants coups de fil de Lounna la mère juive plus vraie que nature de Camé­lia. Et puis je dois souli­gner la scène de départ dans l’aéroport qui est vrai­ment très drôle. Au moment où j’écris ce billet, alors que je ne peux pas dire que j’ai lu jusqu’au bout ce roman, j’es­père que plusieurs d’entre vous l’avez lu et que vous saurez m’ex­pli­quer ce que vous avez aimé dans la partie égyptienne

Citations

Quand j’ai cru à la première page que je lirai ce roman jusqu’au bout

Morte Carlotta ? Morte la sœur aînée née de la même mère ? Maman s’échauf­fait . Le mystère de la mort la lais­sait sans voix hurlait-elle, et je sus qu’elle criait en montrant toutes ses dents au télé­phone. Les morts vont vite ! Le monde s’en va. ! Quoi ! apprendre la funeste nouvelles aujourd’­hui samedi ? Le seul jour consa­cré à la partie de bridge hebdo­ma­daire ? Voilà bien la chance de maman ! Tant pis, Dieu était grand, ce qu’il donnait d’une main il le repre­nait de l’autre, bien­tôt il pren­drait tout des deux mains.… Maman sentait appro­cher sa dernière heure.

Toujours sa mère

Sa liai­son avec le produc­teur Rachid « Un musul­man qui n’est même pas chré­tien » fulmi­nait Maman.

La scène de l’aéroport sa fille de 26 ans doit écouter les conseils de ses tantes, comme tous les voyageurs car elles parlent très fort.

- Je vous la confie, dit maman à l’hô­tesse de l’air en charge des bagages. C’est ma fille unique et je l’aime. Surveillez la bien, elle a l’air grande du dehors mais dans sa tête elle est très petite. Il marche bien votre avion ?
Les voya­geurs, écar­tés de force du guichet, parurent fort inté­res­sés par les conseils des dames en noir.
- Il n’y a pas, criait tante Marcelle, tu te débrouilles et tu pousses, mais tu prends place dans la queue, pour la vie sauve si l’avion s’écra­bouille en mer, Dieu préserve !
- Tu mettras immé­dia­te­ment le gilet gonflant, renché­ris­sait tante Fortunée.
-Tu n’iras pas à la toilette suspen­due, disait tante Melba à cause de l’as­pi­ra­tion, sait-on jamais. Il n’y a pas de canni­bales, au moins ? Elle jeta alen­tours des regard cour­roucé. Ah chères, j’ai lu l’ar­ticle abomi­nable, les uns mangeant les autres et tous commen­çant par les plus jeunes !
- Aucune bois­son alcoo­li­sée, voci­fé­rait Maman on te connaît, un verre, deux verres, trois et tu t’en­dors, quatre tu manques l’ar­rêt du Caire.
- Camé­lia chérie, n’ou­blie pas de sucer le bonbon de l’en­vol, conseillait tante Fortu­née sinon tu retour­ne­ras tes vomis­se­ments sur les voisins.
-Tu mange­ras tout, approu­vait maman. Ça fait passer le temps c’est compris dans le prix, mon Dieu comme tout augmente.
- Si tu n’aimes pas la confi­ture disait tante Melba, garde-moi le petit pot. Ça fait dînette, on voyage par le palais, et le goût est très français.
-Boucle-la Melba, se fâchait tante Marcelle, sommes-nous des mendiants ? Tu ne vois pas que les oreilles fran­çaises nous écoutent

Vraie question

Ils ont vendu le patri­moine des ancêtres. Un rouleau sacré par-ci, une relique du Temple de Jéru­sa­lem par là, une syna­gogue, quelques belles maisons du quar­tier juif. Les Améri­cains raffolent des marques du passé. Ils ont acheté. Qu’est-ce qu’ils n’ont pas acheté. Lequel est le plus coupable ? Celui qui achète ou celui qui vend ?

Le cimetière juif du Caire

Plus loin, deux jeunes femmes éten­daient du linge entre les piliers de la nef consa­crée en 1912 à un certain Isaac Pinto, le déli­vré, selon l’épi­taphe, d’une longue vie de douleur et de soli­tude. À deux pas de là, un vieillard arro­sait d’urine la dalle de Léda Gatte­gno (1903 1933) trop tôt arra­chée à son juge d’époux, lequel avait mis une ving­taine d’an­nées à la rejoindre sous le caveau où fleu­ris­sait la menthe sauvage et le persil. Des fèves cuisaient à gros bouillons dans la vasque funé­raire de Simon Fran­cis Bey, fumet exquis qui partait chatouiller les narines d’un autre pair d’Égypte, le baron Musta­pha Lévy, un grand philan­thrope , dit Sultana, il a beau­coup construit pour les pauvres, décédé en l’an 1948 et dont le mauso­lée, un petit palais baroque, s’en­va­his­sait de volailles.

Édition de l’Olivier

Je pensais avoir déjà mis des romans de cet auteur sur mon blog mais puisque je ne l’ai pas encore fait, je vais commen­cer par celui-là qui a eu le grand mérite de m’oc­cu­per pendant deux jours pendant cette horrible période de confi­ne­ment au prin­temps 2020. Nous sommes en 2008, et le narra­teur un Paul Stern qui doit avoir quelques points communs avec l’au­teur, est acca­blé par une famille assez lourde. Son oncle Charles et son père se détestent. Son père a formé avec sa mère un couple tradi­tion­nel, catho­lique très conser­va­teur qui a un peu étouffé leur fils unique Paul. Le père a eu bien des déboires finan­ciers et a mené une vie assez étri­quée, Charles est tout le contraire, il est très riche, vit avec une femme sans être marié qu’il appelle John-Johnny et a de nombreuses maîtresses. Il cherche par tous les moyens à écra­ser son frère en parti­cu­lier en ache­tant des bateaux à moteur très puis­sants. Ce frère meurt, et le père du narra­teur hérite et avoue à son fils qu’il n’a jamais eu la foi et qu’il n’a jamais aimé sa femme… Dans sa propre famille Paul ne comprend pas pour­quoi sa femme Anna est dépres­sive au point de ne plus avoir envie de rien et de dormir toute la jour­née. En revanche, ses trois enfants ont l’air d’al­ler bien. Paul Stern part une année à Los Angeles pour rédi­ger le script d’un film tiré d’un mauvais film fran­çais. L’in­té­rêt du roman vient de la pein­ture du monde de Los Angeles, d’Hol­ly­wood exac­te­ment et c’est vrai­ment terrible de voir comment ce grand pays maltraite sa popu­la­tion vieillis­sante et pauvre. Evidem­ment la peur de vieillir est encore plus terrible pour les acteurs. Son année aux US est ponc­tuée par les coups de fils de son père qui n’ar­rive pas à se mettre dans la tête le déca­lage horaire, et l’on voit cet homme que son fils a connu toute sa vie très coincé se lâcher dans les plai­sirs du sexe et de l’argent. Paul revien­dra en France et retrou­vera une Anna plus en forme et on l’es­père pour lui, une vie fami­liale plus épanouie.

Il manque de la profon­deur à ce roman, en parti­cu­lier sur les malaises de sa propre famille. On a aucune expli­ca­tion au mal-être d’Anna mais ce n’est sans doute pas ce que voulait faire l’au­teur. En revanche l’au­teur ne manque pas d’hu­mour et son livre est riche d’im­pres­sions hélas trop justes sur l’en­vers du décor de la réus­site américaine.

Citations

Ambiance dès le début du roman

Pour autant qu’il m’en souvienne, je n’ai jamais vu vivre ces deux hommes autre­ment que dans l’exécration et le conflit. Mon oncle, proprié­taire de biens, installé à Paris – en outre le seul indi­vidu que j’ai connu à possé­der un porte­feuille en velours pourpre‑, tenait son frère pour un velléi­taire envieux, un raté oxydé par la province et l’ai­greur, tandis que mon père, lors­qu’il évoquait les frasques de son aîné, commen­çait inévi­ta­ble­ment par cette phrase :« Le sauteur s’est encore fait remar­quer. » Ce terme désuet était assez appro­prié à l’uni­vers des frères Stern.

Les deux frères

À quai, les frères s’épiaient . Quand l’un larguait les amarres, l’autre, en géné­ral Charles, le suivait préci­pi­tam­ment. À la sortie du chenal, le rituel était toujours le même : mon père calait son régime moteur à 1800 tours par minute – ce qui lui garan­tis­sait une consom­ma­tion horaire d’un litre et demi de gas-oil- et sa ligne sur un cap à l’ouest tandis que son frère derrière lui, lançait ses turbines rugis­santes. Au moment où il était dépassé sur bâbord, mon père s’ef­for­çait de demeu­rer impa­vide dans la gerbe d’écume, n’adres­sant pas même un regard à l’éner­gu­mène qui envoyait son bateau ballot­ter dans tous les sens, ce chauf­fard des mers qu’il ne connais­sait que trop.

Portrait d un acteur

Il faut s’ai­der de la beauté nébu­leuse carac­té­ris­tique de ces médiocres acteurs dont on ne se rappelle jamais le nom. Il était à l’âge char­nière où l’on pouvait encore devi­ner l’en­fant imbu­vable qu’il avait été et voir déjà le sale con qu’il s’ap­prê­tait à devenir.

Ce roman date de 2008 mais ce qu’il décrit est encore vrai aujourd’hui.

Il ne rejoin­drait pas la cohorte de ces retrai­tés qui se rendaient à leur travail à l’heure où, le soir, je rentrais chez moi. On ne dit pas assez la violence extrême et quoti­dienne que ce pays inflige à ses ressor­tis­sants, aux plus pauvres, aux plus faibles d’entre eux. Pour survivre, payer le loyer et leurs soins médi­caux, un nombre crois­sant d’hommes et de femmes cumule deux emplois. Le jour ils embauchent dans des super­mar­ché ou des compa­gnies de nettoyage et, la nuit les hommes gardent des parkings tandis que les femmes servent dans les « diners » ouverts vingt quatre heures sur vingt quatre. La ville, le pays tout entier usent ses vieux jusqu’à la corde, puis les jettent à la rue quand ils n’ont plus les moyens de se payer un logement.

Je trouve cela très vrai :

Et je m’étais lancé dans le récit d’un scéna­rio que j’im­pro­vi­sais et mode­lais tout en le racon­tant. Ce n’était pas la première fois que je le consta­tais , mais cela me surpre­nait chaque fois : l’es­prit n’est qu’une matière inerte, un moteur décou­plé. Pour fonc­tion­ner il lui faut un carbu­rant terri­ble­ment vola­til et précieux : le désir.

Le re-mariage de son père avec la concubine de son propre frère

Je vis surgir mon père dans un costume beurre frais, sans doute taillé pour Maurice Cheva­lier, cano­tier compris, s’avan­cer vers le Maire au bras d’une femme sans doute sédui­sante, mais moulée dans une robe de taffe­tas blanc aux lignes ember­li­fi­co­tées qui mouraient vers l’ar­rière en une esquisse de traîne timi­de­ment inache­vée. Fran­çoise-Johnny portait un chapeau de la même matière, l’une de ces choses effrayantes que l’on ne voit plus que sur certains hippo­dromes britan­niques, et qui retom­bait sur ses épaules à la façon d’un col de cygne mort. Je me deman­dais si c’était l’amour ou l’âge qui rendait à ce point fou. À moins que ce ne fût les deux.

Un milliardaire américain

Pour­quoi les milliar­daires adop­taient-il toujours le mauvais goût des empe­reurs et éprou­vaient-ils le besoin irré­pres­sible, d’en­lu­mi­ner, de dorer ce qui déjà suin­tait l’argent ? J’igno­rais à partir de quelle quan­tité de diéthy­la­mide d’acide lyser­gique (LSD) ce décor de péplum deve­nait accep­table, mais pour un prome­neur néophyte il était une constante irri­ta­tion oculaire. Même si, dans son genre, Ames n’était sans doute pas le pire. Pour un homme réputé compli­qué, il aimait plutôt les choses simples, les colonnes hellènes, un hori­zon de marbre, des moulures à palmettes, les plafonds sixti­niens, un mobi­lier emperlouzés,des portes sculp­tées aux poignées poinçonnées.

Humour

Tu sais comment je l’ap­pelle ? Forrest Gump. Parce qu’il passe la moitié du temps à courir pour se main­te­nir en forme et l’autre à galo­per pour échap­per à sa femme. C’est ça, je baise avec Forrest Gump.

Le golf

-Alors ce golf ?
- Je ne sais pas jouer. Ce n’est vrai­ment pas mon sport.
- Qu’est-ce que vous me dites là ? Le golf n’est le sport de personnes, Paul. Les types qui le pratiquent l’ont choisi par défaut, parce qu’ils ont échoué dans d’autres disci­plines par manque de vitesse, d’adresse, d’en­du­rance de force. Le golfeur dissi­mule une petite infir­mité, c’est pour ça qu’il fait son parcours en voitu­rette électrique.

LOS Angeles

Elle incar­nait toute la pensée désaxée de ce pays, cette espèce de reli­gio­sité spon­gieuse, de verro­te­rie spiri­tuelle, de macé­doine sociale, avec des pauvres pour ramas­ser les merdes des chiens, des vieux pour garer des voitures, Edwards pour livrer des pizzas, un remède de cheval pour calmer Efrain et des cham­pi­gnons pour guérir les angoisses verté­brale, C4 C5 incluses. Ce pays était une secte, avec ses rites écono­miques et ses gourous fanatiques.

Souvent, le mercredi, je passe sur vos blogs pour dire que je lis peu, ou pas, de BD. Il m’ar­rive aussi de trou­ver des trésors comme « Le Chan­teur Perdu » et cette fois, c’est moi qui vous suggère une lecture qui m’a beau­coup touchée. L’au­teur a écrit cette BD car en peu de temps, il a dû faire face à l’Alz­hei­mer de sa mère et à l’an­nonce de la triso­mie de son fils :

À quelques mois d’in­ter­valles, il me faut faire le deuil de la mère que j’avais connue et celui de l’en­fant que j’avais attendu.

Morvan­diau est rennais et cela a sûre­ment joué dans mon plai­sir de lecture car c’est la ville où je suis née et où j’ai travaillé. Je recon­nais bien les lieux qu’il décrit, j’ap­pré­cie qu’il ne fasse pas des dessins du Rennes touris­tique très connu mais plutôt des quar­tiers habi­tés par les gens ordi­naires, on sent que son œil de dessi­na­teur est attiré par la trans­for­ma­tion d’un quar­tier de petits pavillons avec jardin lais­sant la place à des immeubles. Morvan­diau raconte ces années qui ont été doulou­reuses pour lui, il passe d’anec­dotes de sa vie à l’ex­pres­sion de ses senti­ments et de ses cauche­mars, les réflexions des gens autour d’eux. Que de pudeur dans cette BD ! Il ne s’agit pas d’un récit linéaire, et c’est ce que j’ai aimé : par petites touches, Morvan­diau nous fait parti­ci­per à tout ce qui a fait sa vie.

Je vous laisse avec ma planche préfé­rée, mais surtout ne croyez pas que cette BD ne raconte que cela : la vie d’Emile et de ses progrès, c’est toute une période de la vie de l’au­teur dans tous ses aspects, enfin ceux que le dessin peut exprimer :

Édition folio, traduit de l’amé­ri­cain par Josée Kamoun

C’est donc le troi­sième roman de cet auteur sur mon blog . Après « La Tache », chef d’œuvre absolu , et « Le complot contre l’Amé­rique » qui m’avait un peu déçue, j’ai retrouvé dans « Un Homme » tout ce qui fait de cet écri­vain un grand de la litté­ra­ture contem­po­raine. Dans un texte assez court Philip Roth cerne la vie d’un homme de 73 ans à l’en­ter­re­ment duquel nous assis­tons dans le premier chapitre. Grâce à une succes­sion de flash­back nous allons mieux connaître ses parents, son frère, sa fille Nancy, ses femmes et ses fils . Certains de ces person­nages l’aiment ou l’ont beau­coup aimé d’autres, en parti­cu­lier ses deux fils, n’éprouvent que de l’hos­ti­lité pour lui. Philip Roth sait bien décrire tous les ressorts de l’âme humaine, sans jamais forcer le trait , il n’édul­core aucun aspect néga­tif mais ne renie jamais ce qui a été le moteur de sa vie : il aime et a été aimé des femmes et cela a rendu le mariage compli­qué pour lui, il aime la jouis­sance physique cela rendu aussi, la fidé­lité quasi­ment impos­sible. Il a bien réussi sa carrière de publi­ci­taire mais nous n’en saurons pas grand chose si ce n’est que cela lui permet de vivre une retraite sans soucis finan­cier. Une grande partie du roman décrit la diffi­culté de vivre avec les mala­dies qui accablent parfois les êtres vieillis­sants. Et lui a subi moultes opéra­tions pour permettre à son cœur de fonc­tion­ner norma­le­ment. Alors, bien sûr, il ne peut que se poser « La Ques­tion », la seule qui devrait nous hanter tous : celle de la mort. Aucune réponse n’est donnée dans ce livre et pour­tant le person­nage prin­ci­pal se confronte à elle sans cesse, il passe même une jour­née dans le cime­tière où sont enter­rés ses parents pour bien comprendre le travail du fossoyeur, et, il est parvenu à m’in­té­res­ser à la tech­nique du creu­se­ment d’une tombe ! J’ai aimé aussi l’évo­ca­tion de sa vie de petit garçon qui faisait les courses pour son père horlo­ger bijou­tier, celui-ci lui faisait traver­ser New-York avec une enve­loppe remplie de diamants. J’ai aimé aussi son rapport à Hollie son grand frère toujours en bonne santé. Il éprou­vera même de la jalou­sie face à cette injus­tice, lui, encore et toujours, malade et Hollie dont la bonne santé est comme un contre­point à ses propres souf­frances. Son amour pour Nancy, sa fille de sa deuxième femme, est très tendre . Bref un homme tout en nuances comme sans doute les trois quart de l’hu­ma­nité, banal en somme mais quel talent il faut à un écri­vain pour inté­res­ser à la bana­lité en faire ressor­tir tout l’as­pect humain. Ce livre qui commence et se termine par les poignées de terre jetées sur son cercueil, comme elles l’avaient été aupa­ra­vant sur celui de son père nous permet-il d’ac­cep­ter un peu mieux la mort ? Aucune certi­tude évidemment.

(Je me souve­nais d’avoir lu le billet de Géral­dine que je vous conseille vivement.)

Citations

Les communautés de retraités aux USA

Il quitta Manhat­tan pour une commu­nauté de retrai­tés, Star­fish Beach, à trois km de la station balnéaire où il avait passé des séjours d’été en famille, tous les ans, sur la côte du New Jersey. Les lotis­se­ment de Star­fish Beach se compo­saient de jolis pavillons de plain-pied, coif­fés de bardeaux, avec de vastes baies et des portes vitrées coulis­santes donnant sur des terrasse en teck ; ils étaient réunis par huit pour former un demi-cercle autour d’un jardin paysa­ger et d’un petit étang. Les pres­ta­tions offertes aux cinq cents rési­dents de ces lotis­se­ment répar­tis sur cinquante hectares de terrain compre­naient des courts de tennis, un vaste parc avec un abri de jardin, une salle de sport un bureau de poste, une salle poly­va­lente avec des espaces de réunion, un studio de céra­mique, un atelier bois, une petite biblio­thèque, une salle infor­ma­tique avec trois termi­naux et une impri­mante commune, ainsi qu’un audi­to­rium pour les confé­rences, des spec­tacles et les diapo­ra­mas des couples qui rentraient d’un voyage à l’étran­ger. Il y avait une piscine olym­pique décou­vert et chauf­fée en plein cœur du village, et une autre, plus petite couverte, il y avait un restau­rant tout à fait conve­nable dans la modeste gale­rie marchande, au bout de la rue prin­ci­pale, ainsi qu’une librai­rie, un débit de bois­sons, une boutique de cadeaux, une banque, un bureau de cour­tage, un admi­nis­tra­teur de biens, un cabi­net d’avo­cat et une station-service.

Les choix de vie d’un homme qui a peur d’encombrer sa fille (Nancy)

Il rentra sur la côte, reprendre son exis­tence soli­taire. Nancy, les jumeaux et lui ‑ça ne tenait pas debout, de toute façon, et puis ça aurait été injuste, car il aurait trahi le serment qu’il s’était fait de main­te­nir une cloi­son étanche entre sa fille trop affec­tueuse et les tracas et faiblesses d’un homme vieillissant.

Je comprends ce choix

Quand il avait fui New York, il avait élu domi­cile sur la côte parce qu’il avait toujours adoré nager dans les rouleaux et braver les vagues, et puis parce que cette partie du litto­ral était asso­cié pour lui a une enfance heureuse.

La vieillesse

La vieillesse est une bataille, tu verras, il faut lutter sur tous les fronts. C’est une bataille sans trêve, et tu te bats alors même que tu n’en n’as plus la force, que tu es bien trop faible pour livrer les combats d’hier. 

Une note d’humour

Son épouse de l’époque, sa troi­sième et dernière épouse (…) était une présence à haut risque. Pour tout soutien, le matin de l’opé­ra­tion, elle suivit le chariot en sanglo­tant et en se tordant les mains, et finit par lâcher : » Qu’est-ce que je vais devenir ? »
Elle était jeune, la vie ne l’avait pas éprou­vée ; elle s’était peut-être mal expri­mée, mais il comprit qu’elle se deman­dait ce qu’elle allait deve­nir s’il restait sur le billard. « Chaque chose en son temps, s’il te plaît. Laisse-moi d’abord mourir, si tu veux que je t’aide à suppor­ter ton chagrin. »

Édition Pavillon Poche Robert Lafont

Traduit du polo­nais par Chris­tophe Glogowski

Il m’a fallu cette période de confi­ne­ment pour venir à bout de ce livre. Autant j’ai été conquise tout de suite et tota­le­ment empor­tée par la lecture « Sur les Osse­ments des morts », autant je me suis contrainte pour lire ce roman au moins pour le premier tiers.( Pour­tant je savais qu’Atha­lie avait beau­coup aimé, ce qui est pour moi une bonne réfé­rence.) Il faut dire que ce roman est étrange, consti­tué de courts chapitres qui sont consa­crés à un seul person­nage inti­tu­lés « au temps de … ». Ces chapitres finissent tel un puzzle à racon­ter l’his­toire d’un village et au delà l’his­toire de la Pologne. Dieu et les Anges sont aussi de la partie et ce mélange de méta­phy­sique de nature et d’hu­main n’est pas si facile à accep­ter pour une ratio­na­liste comme moi. Seule­ment voilà, cette écri­vaine a un talent incroyable et quand peu à peu j’ai lâché mes réflexes habi­tuels de carté­sienne, j’ai aimé cette lecture. En touches succes­sives, c’est bien l’his­toire d’une famille polo­naise jusqu’à aujourd’­hui dont il s’agit et à travers leurs rela­tions indi­vi­duelles on comprend mieux que jamais l’his­toire et les malheurs de la Pologne marquée à tout jamais par l’extermination des juifs. Cette nation a perdu à ce moment là une partie impor­tante de son fonde­ment cultu­rel, une telle barba­rie sur son propre sol devant les yeux de ses habi­tants ne pouvaient que lais­ser des traces. Ce livre est aussi un hymne à la nature qui est, et sera toujours, la grande gagnante surtout si les hommes ne veulent pas l’écou­ter. L’his­toire actuelle d’un petit Virus si petit mais si malin que personne ne peut l’empêcher d’in­fec­ter l’hu­ma­nité entière, n’est-il pas une preuve que la nature est plus forte que toutes les construc­tions humaine et que certains progrès même extra­or­di­naires fragi­lisent l’hu­ma­nité. Je pense donc que ce livre s’ins­crit dans la réflexion que nous pouvons avoir à propos de la pandé­mie actuelle et en plus permet de passer un long moment avec une écri­vaine remar­quable qui a un sens de l’hu­mour qui rend ses récits très attachants.

On en parle chez Kathel

Citations

Genre de remarques auxquelles il faut s’habituer

Au centre d’an­tan, Dieu à dressé une colline qu’en­va­hissent chaque été des nuées d’han­ne­tons. C’est pour­quoi les gens l’ont appe­lée la montagne aux Hanne­tons. Car Dieu s’oc­cupe de créer, et l’homme d’in­ven­ter des noms.

C’est bien dit et vrai

Elle se mettait au lit, où, malgré les cous­sins et les chaus­settes de laine, elle ne parve­nait pas à se réchauf­fer les pieds. Et puisque, de même que dans l’eau c’est par les pieds qu’on pénètre dans le sommeil, Gene­viève demeu­rait long­temps sans pouvoir s’endormir.

Le genre d’affirmations qui sont belles sans être convaincantes.

À certains humains un ange pour­rait paraître stupide. Mais l’ange, depuis l’ori­gine des temps, porte en lui le fruit de l’arbre de la connais­sance, le savoir pur : une raison affran­chie de la pensée, et, du même coup, des erreurs – ainsi que de la peur qui les accom­pagne. Une raison libre des préju­gés engen­drés par la percep­tion lacu­neuse des humains.

Le soldat de retour chez lui au moulin

Il fit le tour du moulin, caressa la meule, ramassa de la farine au creux de sa paume et la goûta du bout de la langue. Il plon­gea ses mains dans l’eau, passa le doigt sur les planches de la clôture, huma les fleurs, actionna le tran­chant du hache-paille. Celui-ci grinça, coupa une botte d’ortie.
Derrière le moulin, Michel péné­tra au milieu de hautes herbes et il fit pipi.

l’alcool

Le noyeur était l’âme d’un paysan nommé Pluszk. Celui-ci avait péri dans un étang fores­tier par une nuit d’août, la vodka précé­dem­ment absor­bée lui ayant exces­si­ve­ment dilué le sang.

Le genre de propos qui courent dans ce livre

Imagi­ner, c’est en somme créer, jeter un pont entre la matière et l’es­prit. Surtout quand on pratique cet exer­cice aussi souvent qu’in­ten­si­ve­ment. L’image se trans­forme alors en gout­te­lettes de matière et s’in­tègre au courant de la vie. Parfois, en cours de route, elle se déforme quelque peu. En somme, tous les désirs humains se réalisent, s’ils sont suffi­sam­ment intenses, et pas toujours de la manière qu’on s’était imaginée.

Arrivée des antibiotiques

Un instant plus tard, il tenait au creux de sa main une petite boîte de carton. De ce qui était écrit dessus il ne comprit que les mots « made in the United States ».…
Au soir, la fièvre des fillettes avait dimi­nué. Le lende­main elle se guérit. À force de prière, Misia avait obtenu de la Sainte Vierge de Jeskotle ‑reine des anti­bio­tiques- cette guéri­son miraculeuse.

Réflexion sur le temps

l’homme attelle le temps au char de sa souf­france. Il souffre à cause du passé et il projette sa souf­france dans l’ave­nir. De cette manière, il créé le déses­poir. La chienne Lalja, elle, ne souffre qu’ici et maintenant.