Category Archives: Nature

Depuis « Bluff » je savais que je lirai d’autres livres de cet auteur. Celui-ci est comme une ébauche de « Bluff ». Nous sommes en Austra­lie. Le person­nage commence par faire de la pêche, cette fois sur un bateau digne des plus horribles cauche­mars. Tout y est affreux, la façon de pêcher, le non respect des espèces proté­gées et surtout les rapports d’une violence extrême entre les pêcheurs. Puis, on part dans le nord de cet énorme conti­nent, vers Nullar­bor. La route qui traverse cet endroit est écrite dans les guides comme étant une des plus impres­sion­nantes du monde.

Mais cette photo ne dit rien des routes secon­daires qui mènent à la côte. Cela devient alors un vrai parcours du combat­tant. Notre person­nage, dont on ne sait rien, est visi­ble­ment à la recherche de sensa­tions fortes. Il va en avoir en suivant des Abori­gènes qui lui font décou­vrir le plai­sir de la chasse et de la pêche. Peu de person­nages sympa­thiques : ils semblent tous vivre des subven­tions de l’état. Ils attendent le chèque du gouver­ne­ment pour se saou­ler à mort. Mais … Il y a une rencontre : Augus­tus qui est un person­nage comme on en rêve et qui pren­dra sous sa coupe le narra­teur qu’il surnomme « Napo­léon ». Grâce à ce vieux sage de la tribu des Bardi, on a un aperçu de ce qu’au­rait pu être la civi­li­sa­tion des abori­gènes si les « Blancs » ne les avaient pas massa­crés, ou s’ils n’avaient pas complè­te­ment nié leur culture. Mais on sent bien que c’est trop tard et que les « Blancs » ont gagné. Aujourd’hui, l’Australie brûle, les Abori­gènes ne sont plus là pour expli­quer comment vivre dans un pays qui peut être si hostile à la présence humaine.

Si vous avez envie de visi­ter ce pays, je vous conseille forte­ment de lire ce livre, et, ne pas craindre les requins, les croco­diles, les serpents, les arai­gnées … et les alcoo­liques bien entraî­nés à la bagarre.

Citations

La tempête

Ma couchette gisait sous la proue, au plus fort du tangage. Chaque impact me soule­vait à un mètre de mon mate­las. Je me suis hissé dans la cabine en me cram­pon­nant aux barreaux. Atta­blés en silence, les autres atten­daient que ça passe. En mer quand les condi­tions deviennent à ce point mauvaises, pas un ne la ramène. Le capi­taine moins que les autres. L’hu­mi­lité du marin face aux éléments, si l’on veut. Plus certai­ne­ment, la trouille.

Le mal de mer

Grelot­tant, nauséeux, j’étais terro­risé. Le mal de mer , le vrai, vous fait envi­sa­ger la mort comme une déli­vrance. Moi, je n avais pas envie de crever, mais je me sentais trop épui­sée pour croire en ma survie.

Histoires de chasse en Australie

J’con­nais des tas d’his­toires comme ça. Trois types partent à la chasse après la ferme­ture du pub. À l’af­fût dans un arbre, ils poireautent des heures et des heures. Au petit matin, il fait froid, l’un des trois en a marre, descend de sa branche. Les autres lui crient de reve­nir, il leur faut un cochon. Mais leur pote ne veut rien entendre. Alors ils se bagarrent, le coup part. Là, ils l’en­terrent au pied de l’arbre, ni vu ni connu. Bien sûr, on retrouve le corps. En géné­ral, l’au­top­sie montre qu’il s’est débattu dans son trou, car il n’était pas vrai­ment mort.

Plaisirs de la nature australienne

Comme je sautillais, maladroit, pour soula­ger la plante de mes pieds, Augus­tus s’est campé devant moi : « Napo­léon, regarde où tu marches ». Un minus­cule serpent gris, strié de noir, se tortillait, nerveux, au bout de sa gaffe. » Serpent cinq minutes ». Il a lancé le reptile dans les profon­deurs de la mangrove, sans épilo­guer sur l’étymologie.

Toujours les joies australiennes

« Alors faut pas se prome­ner là tout seul ? J’ai demandé.
- Ah non, Napo­léon. À moins d’mar­cher en haut des des des dunes. Parce qu’il galope, les croc », même sur le sable. Ou bien t’amènes un chien… Le croco­dile raffole des clebs. Frian­dises ! Il entend aboyer, on l’tient plus, il est comme fou… Crois-moi, Napo­léon, s’il a le choix, un croc ira toujours après le chien.
- Mais dans l’af­faire, tu perds ton chien !
- Hé, Napo­léon qui t’a dit de prendre le tien ? Celui du voisin, il te faut… Une pierre, deux coups, le croc te bouf­fera et le clebs d’à côté, celui qui aboie tout le temps, t’en es débarrassé. »

Comme quoi, l’alcool ce n’est pas bon pour la santé

Un type, il avait bu… Eh, Yagoo, pas qu’un peu. Ils l’ont ramené de Broome … Lui, il a coupé par les buis­sons, pour rentrer plus vite… Les buis­sons, en pleine nuit ! Le serpent tigre, six morsures, qu’il lui a données.
- Il est mort ?
- Ben non. Pas croyable, hein ? Mais on lui a coupé la jambe… Et le serpent, Yagoo, crevé. On l’a trouvé près du type, le matin… Tué par l’al­cool, à c’qui paraît, telle­ment le type en avait plein l’sang. Eh ! Yahoo. C’est pas bon, hein l’alcool…

Une façon de priver les Aborigènes de leurs terres

Les blancs, ils ont fait déga­ger tout le monde… Ils voulaient plus les voir sur l’île. Un bel endroit comme ça, tu parles, ils l’ont gardé pour eux tout seul. Toujours la même histoire, hein, Napo­léon. Un jour, ils ont rassem­blé tout le monde. Ils ont dit qu’il fallait partir. Un cyclone va venir, qu’ils ont fait. L’île dispa­raî­tra sous la mer. Ils les ont mis dans des bateaux, à part les vieux, pas moyen de faire partir. Tout ça, Napo­léon c’était que des bobards… Les miens ont atterri à Lomba­dina, il y avait des abori­gènes de toute la région… Ils ont pris les enfants, les ont placés dans leur pension. Pour les éduquer, il disait. Les parents, c’était trop de tris­tesse, personne a eu le cœur de retour­ner sur l’île…

Édition P.O.L

J’ai trouvé cette lecture chez « lire au lit » un blog qui propose des lectures origi­nales et qui sont souvent éditées chez P.O.L. Comme cette blogueuse, je me suis atta­chée à Ayme­ric, le père du petit Jim, né d’une d’une maman, Florence qui mène sa vie un peu à « l’ar­rache ». Le roman couvre la jeunesse d’Ay­me­ric et de Florence, puis raconte les dix ans de bonheur absolu pendant laquelle Ayme­ric sera le père de Jim, jusqu’au retour du père biolo­gique. Ensuite, nous parta­geons la terrible souf­france de cet homme qui verra son « fils » partir au Canada avec ses parents biolo­giques. Ayme­ric et Jim se retrou­ve­ront, mais vingt ans plus tard et Jim aura beau­coup de ques­tions à poser à ce père qu’il a tant aimé.
Résumé de cette façon, je ne sais pas si je vous donne envie de lire ce roman, pour­tant c’est incroyable comme cette lecture m’a touchée. D’abord parce qu’on ne traite pas si souvent de l’at­ta­che­ment d’un homme pour un enfant jusqu’à penser à en être le père. Sans pour autant faire les démarches admi­nis­tra­tives qui offi­cia­li­se­raient le lien, pensant sans doute que le lien d’amour est plus fort que n’importe quelle admi­nis­tra­tion. Ensuite parce que tous les person­nages sont dans la nuance, trop sans doute, si Ayme­ric s’était plus imposé et avait plus rejeté Chris­tophe le père biolo­gique, il aurait sans doute moins souf­fert. Combien de fois dans ce roman, j’ai eu envie de lui dire : « mais réagis, impose toi , ne te laisse pas faire » . Comme il le dit si bien dans ce roman les conseils des autres qui ne vivent pas la situa­tion sont souvent trop tran­chants et n’aident pas à comprendre l’en­semble de la situa­tion. Ces person­nages sont des gens d’au­jourd’­hui ni en réus­site parti­cu­lière ni en échec, ils vivent dans une région que l’au­teur aime profon­dé­ment : le Jura. Une région de bois et de montagne, dans laquelle Pierre Bailly a ses attaches . Le centre du roman qui raconte l’en­fance de Jim au milieu de la nature qu’il découvre grâce à son père et à une grand-mère qui vit dans une ferme au milieu des bois, est un moment magique. Comme tous les bonheurs, il y a des failles que le narra­teur ne veut pas voir : est-il encore amou­reux de Florence ? ou reste-t-il près d’elle pour élever leur (son) enfant ?

Le récit est très bien mené , le choix de la maman de le couper de ce père pour que l’en­fant essaie de s’adap­ter au Canada est très logique mais que de dégâts derrière. Le person­nage que je trouve le moins crédible mais aussi celui qui m’a le plus dérangé c’est Chris­tophe le père biolo­gique. Il n’a abso­lu­ment pas voulu de cet enfant et a repoussé cette femme quand il a su qu’elle atten­dait un enfant de lui. Un terrible acci­dent a tué sa femme et ses deux filles et c’est chez Florence qu’il vient se faire conso­ler. Il fallait bien un person­nage pour le roman , mais lui je n’ar­rive pas à imagi­ner sa construc­tion mentale.

Nous sommes aussi dans un monde que je connais peu, un monde où on va écou­ter des concerts pour tout oublier et la drogue aide bien dans ce cas. Je préfère et de loin quand le narra­teur obtient le même résul­tat dans ses marches en montagne.

Un superbe roman et je me promets de lire les autres livres de cet auteur.

Citations

Psycho à la fac

En psycho que on devait être trois mecs pour deux cents filles. Je me souviens d’une soirée où j’ai dit à un type que je faisais psycho, il en est resté bouche bée pendant plus de dix secondes, esto­ma­qué par ma réponse. Il a fini par s’ex­cla­mer : mais oui, t’as tout compris, toi, oh, le petit malin, en plus ça marche à ce que je vois, bien joué mon gars. Là, il regar­dait en direc­tion de Jenny, et quand je lui ai annoncé qu’on se connais­sait d’avant, qu’on ne s’était pas rencon­tré sur les bancs de la fac mais au collège, il a repris sa tête de pois­son crevé. Il venait de trou­ver la seule raison pour un mec aller en fac de psycho fina­le­ment non, ce n’était même pas pour ça que j’y étais .

L’éducation d’un petit garçon aujourd’hui .

On avait beau avoir le souci, autant Flo que moi, de ne pas trop valo­ri­ser les codes mascu­lin et de ne pas lui impo­ser des pratiques de petit mec, on avait beau l’en­cou­ra­ger à s’au­to­ri­ser à aimer la couleur rose ou tel jouet tradi­tion­nel­le­ment destiné aux filles, et j’in­siste pour dire que je faisais ma part de boulot en la matière, et bien je ne pouvais pas m’empêcher de camper ce person­nage de père qui bricole, de père qui n’a peur de rien, de père un peu brutal parfois .

Comment gérer une crise : les amis ne sont pas forcément les mieux placés .

Elle était au courant de tout, bien sûr, elle était encore plus remon­tée que moi. C’est toujours facile de s’emballer quand on est exté­rieur, on ne vit pas les choses, on n’est pas vrai­ment concerné, on ne souffre pas de la même manière, et puis on n’aura pas à assu­mer les consé­quences de nos réac­tions et de nos actes, alors on adopte une posi­tion radi­cale, on joue les durs, et on ferait mieux de se taire, car on est souvent de mauvais conseil,

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Édition Gras­set

Je sais que cette écri­vaine ravit Domi­nique et qu’elle a bien aimé ce roman ; pour ma part, j’ai beau­coup de réserves. Je le dis en avant propos, j’ai du mal avec les romans ayant pour objet le retour à la nature sauvage et sans doute encore plus aujourd’­hui où il est de bon ton de ne parler que de ça. Je suis gênée, aussi, par le style et le propos du livre. Clau­die Hunzi­ger aime l’ac­cu­mu­la­tion des phrases courtes, sans verbe, parfois réduite à un seul mot. Moi, moins. J’aime bien les phrases où je sens la pensée se construire avec des hési­ta­tions et des retours sur soi. Pour cela il faut douter, et l’au­teure ne doute pas, elle sait qu’elle est du bon côté celui des animaux et tous les autres sont des assas­sins de la pire espèce. (On est bien loin du roman, d’Olag Tokarc­zuk qui pour­tant défend la même cause). Elle construit son roman comme une œuvre de la nature, il faut du temps pour construire une harde de Cerfs il en faut aussi pour écrire son roman. La narra­trice se fond dans sa forêt au service d’une cause. Celle de défendre ces superbes animaux :

Dans les Vosges, le cerf n’a plus de préda­teur natu­rel, les fores­tiers estiment qu’ils sont en surnombre et abîment les arbres. L’ONF prend donc la déci­sion d’en appe­ler aux chas­seurs pour divi­ser par quatre la popu­la­tion de cervi­dés. C’est là que se situe ce roman : est-ce que cette déci­sion ne fait pas trop la part belle aux seuls exploi­tants fores­tiers ? Est-ce que l’on tient compte du bien être animal et de la beauté de la nature ? Vous devi­nez les réponses de l’au­teure qui voit même une collu­sion de l’ONF avec la bouche­rie qui vend la viande de cerf.

Il y a de très beaux passages dans ce roman auxquels, j’en suis certaine, toutes celles et tous ceux qui aiment les évoca­tions de la nature seront sensibles. Et depuis que j’ai écrit ce billet j’ai lu le billet de Keisha beau­coup plus séduite que moi.

Citations

Genre de passage qui m’agace

Il était temps de passer à mon premier affût. Chacun une aventure. 
Les phrases aussi, chacune une aventure.

De combien de morts est responsable l’homme qui fait tant pleurer son ami ?

C’était l’été de la première séche­resse, et celle-ci s’était conclue par la mort de Mao. À son annonce, je le vois encore s’écrou­ler sous un arbre du verger, gisant face contre terre, et je crois bien qu’il pleu­rait, soudain orphe­lin, tandis que les petites mira­belles des Hautes-Huttes préco­ce­ment mûres, le bombar­daient d’une pluie d’or.

Mélange évolution de la nature et création d’un livre

La repousse peut atteindre un centi­mètre par nuit. 
La tige d’une ronce peut, elle, bondir de cinq centi­mètres la même nuit.
Une ruche, pesée le matin, repe­sée le soir, peut avoir pris un kilo de miel. 
Tôt le matin, quand on surprend les aubé­pi­niers sortant en fleur de la nuit, gonflés d’hu­mi­dité, on ne sait pas tout de suite si on voit des cumulo-nimbus d’orage ou des amas de vaches aux mufles blancs. 
En une semaine, les cerfs ont allongé de dix centi­mètres. Mon livre, de quelques pages.

Je ne savais pas ça

(Remarquez les phrases réduites aux mots que je n’aime pas beaucoup.)

C’est à la mi-juillet exac­te­ment que les cerfs se mettent à « frayer », c’est-à-dire à frac­tu­rer l’en­ve­loppe de velours qui enrobe leurs bois soli­di­fiés. Quand elle sèche , on dirait qu’elle les brûle comme une tunique de Nessus, et que fou de douleur ils cognent leur bois contre les arbres, allant au même arbre chaque année. Et cette peau velue , brisée, ensuite, il la mange. Oui, il mange les lambeaux de ce velours sangui­nolent qu’ils se sont fendus et qui pend devant leurs yeux. Impos­sible d’en trou­ver des débris, ils les font dispa­raître. J’ai beau­coup cher­ché sur les troncs bles­sés, dégou­li­nant de résine.. Pas un petit bout resté collé. Pas un indice traî­nant sous un buis­son. On dirait que c’est haute­ment réservé. Animal. Inter­dit. Pour initié. Un moment de méta­mor­phose sanglante. Nocturne et bref.
(PS je ne comprends pas ce « qu’ils se sont fendus » est ce qu’il faut lire « qu’ils ont fendu » )

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Édition Seuil

Un essai ? un roman ? ce qui est sûr c’est que cette lecture a été un peu diffi­cile dans le cadre du club de lecture parce qu’il faut l’ava­ler en quelques jours et que cette oeuvre ne s’y prête guère elle convien­drait mieux à la flâne­rie litté­raire qui permet­trait au lecteur de réali­ser le vœu de Bernard Chambaz :

Aux morts pour qu’ils vivent. Aux vivants pour qu’ils aiment

Cette cita­tion extraite de l’oeuvre de Joseph Delteil « les poilus », est le fil conduc­teur de ce roman, les vivants, dans le texte, ils sont deux, les parents de Martin né en 1976 et on peut aussi y rajou­ter nous, lecteurs et lectrices. Les morts ils sont très nombreux en dehors des deux prin­ci­paux Jack London mort en 1916 et Martin mort à 16 ans en 1992, il y a aussi la famille quelque peu compli­quée de Jack London et tous les écri­vains que Bernard Cham­baz convoque dans ce voyage qui retrace un itiné­raire possible pour mieux connaître l’au­teur, entre autre, de Martin Eden . Le livre se divise en chapitres qui sont autant de lieux évoquant la vie du grand écri­vain qui, parfois, dialogue avec Martin, et que l’au­teur visite avec son épouse. Je pense que si on ne connaît pas l’œuvre de cet auteur extra­or­di­naire qui s’est battu contre tant d’in­jus­tices et qui a produit un nombre d’écrits incroyables, on ne peut pas appré­cier ce livre. Beau­coup de gens se sont empa­rés de sa vie car elle se prête aux scan­dales et aux révé­la­tions sulfu­reuses même sa propre famille y est allée de diffé­rentes versions, comme souvent dans ce cas le plus inté­res­sant et sans doute le plus proche de lui est dans ses livres. Je me souviens bien de ma lecture de Martin Eden, c’est un livre que j’ai lu et relu je crois qu’une grande part de lui est dans ce roman. Cela m’a donné envie de relire les livres qui ont enchanté mon enfance comme « l’ap­pel de la forêt » et « Croc blanc » je ne sais pas si les jeunes d’au­jourd’­hui pour­raient être sensibles à ces histoires, eux qui peuvent regar­der de si nombreux docu­men­taires anima­liers de si grande qualité. Jack London est un écri­vain de qualité et un homme privé médiocre, comme le prouve les lettres à ses filles dont l’au­teur dit qu’il aurait aimé en faire un grand feu de joie telle­ment il y appa­raît comme mesquin. J’ai retrouvé dans ce livre l’en­ga­ge­ment de l’au­teur face à la misère du monde capi­ta­liste et la fluc­tua­tion de sa pensée poli­tique. C’est souvent le cas lors­qu’un homme connaît la misère popu­laire, il sait souvent très bien décrire d’où il vient mais quand lui-même atteint un niveau de vie très confor­table grâce à ses écrits sa mauvaise conscience le taraude et peut le conduire à des posi­tions paradoxales.

Je ne suis pas enthou­siaste pour ce livre, parce que je me suis souvent perdue dans les diffé­rents point de vue des chapitres : étions nous avec l’au­teur et son amou­reuse ? avec leur fils, avec Jack London ? et surtout je n’ai pas compris le dialogue entre Martin et Jack . Est-ce-que cela a enri­chi pour l’au­teur la connais­sance de son fils ? et j’avoue que les constantes allu­sions aux signes astro­lo­giques me laissent perplexe.

Toutes ces réserves viennent aussi, sans doute, du fait que j’ai lu trop rapi­de­ment ce livre pour le rendre au club et avoir l’avis des autres lectrices. et pour­tant dans ce livre j’ai lu cette phrase qui me touche beaucoup :

Nous sommes aussi, un peu, les livres que nous avons lus.

Citations

Une mère au caractère sans tendresse.

Toute sa vie, il restera animé par des senti­ments contra­dic­toires, partagé entre l’af­fec­tion natu­relle qu’il porte à sa mère et l’ir­ri­ta­tion instinc­tive que ses réac­tions provoquent (.….. )
On garde au fond du cœur des épisodes cuisants auxquels nous donnons, quel­que­fois, trop de relief. Le plus lanci­nant quand il y repense n’est pas que sa mère ne lui ait dispensé aucune tendresse, c’est son compor­te­ment lors de l’épi­dé­mie de diph­té­rie ou une fièvre cara­bi­née faillit les empor­ter, sa demi-sœur et lui. Ce jour-là, Flora demanda au méde­cin si elle pouvait les enter­rer dans le même cercueil.

L’enfance de Jack London

Il n’y a pas que les livres dans la vie. Dès ses huit ans, Jack doit gagner sa vie ou plutôt contri­buer au budget fami­lial, débi­tant des pains de glace l’été, balayant les pistes d’un bowling le weekend, livreur de jour­naux, à pied d » œuvre pour l’édi­tion du matin et pour l’édi­tion du soir, la nuit noire l’hi­ver, avant et après la jour­née d’école où il s’est davan­tage ennuyé qu’il n’a appris.

Ce qui rend difficile le livre : mélange des époques et des lieux

Icefields Park­way ‑ou la prome­nade des Glaciers- longe depuis Jasper la rivière Atha­basca. En langue crie, on entend tantôt l’herbe éparse tantôt les roseaux que les champs de glace prodiguent à la saison estivale.

Défense de l’assassin du président Garfield

À son procès, l’as­sas­sin ne plaida pas la folie mais la volonté de Dieu dont il était l’ins­tru­ment, convaincu qu’il serait à ce titre inno­centé, assu­rant sa défense avec des argu­ments spécieux : » Ce sont les méde­cins qui l’ont tué. J’ai seule­ment tiré . »

Londres en 1900…

Avant même d’ar­ri­ver au cœur des ténèbres, sa première impres­sion de la capi­tale mondiale et d’une « abjecte pauvreté » bien­tôt « sans limite ». Jack est saisie par la vision des vieux et des enfants fouillant les ordures dans la boue. .… 
Dormir est un méchant casse-tête, que ce soit dans une pièce insa­lubre où s’en­tassent plusieurs familles, chez des marchands de sommeil qui louent très cher des lits occu­pés par roule­ment, dans des loge­ments exigus, sordides des taudis, des gale­tas, des tanières, parfois sans fenêtre, presque toujours sans lumière.

Une histoire qui lui servira dans ses nouvelles

Un vieux marin lui rapporte son histoire et le hasard une fois encore fait que c’est une histoire pour Jack. Le vieux avait donc frappé un lieu­te­nant qu’il avait insulté, le lieu­te­nant était tombé à la mer, il avait sauté dans l’eau par réflexe, mais j’au­rais mieux fait de nous noyer tous les deux, crois-moi, un canot les avais repê­chés, on l’avait traduit devant un tribu­nal, on lui avait enlevé la Victo­ria Cross gagnée sur les champs de bataille au bord de la mer Noire pour les beaux yeux de la reine, et il conclut d’une voix ferme, lais­sant Jack sans voix. : « Ne te laisse pas vieillir, mon petit ! Meurs quand tu es encore jeune ! »

Jack en époux

Alors que Bess est enceinte, qu’elle se coltine les tâches ména­gères et tape à la machine ses manus­crits, il conti­nue de faire du vélo, boxer, nager, sortir au club avec ses copains, animer des réunions publiques où il retrouve Anna.

Édition Pavillon Poche Robert Lafont

Traduit du polo­nais par Chris­tophe Glogowski

Il m’a fallu cette période de confi­ne­ment pour venir à bout de ce livre. Autant j’ai été conquise tout de suite et tota­le­ment empor­tée par la lecture « Sur les Osse­ments des morts », autant je me suis contrainte pour lire ce roman au moins pour le premier tiers.( Pour­tant je savais qu’Atha­lie avait beau­coup aimé, ce qui est pour moi une bonne réfé­rence.) Il faut dire que ce roman est étrange, consti­tué de courts chapitres qui sont consa­crés à un seul person­nage inti­tu­lés « au temps de … ». Ces chapitres finissent tel un puzzle à racon­ter l’his­toire d’un village et au delà l’his­toire de la Pologne. Dieu et les Anges sont aussi de la partie et ce mélange de méta­phy­sique de nature et d’hu­main n’est pas si facile à accep­ter pour une ratio­na­liste comme moi. Seule­ment voilà, cette écri­vaine a un talent incroyable et quand peu à peu j’ai lâché mes réflexes habi­tuels de carté­sienne, j’ai aimé cette lecture. En touches succes­sives, c’est bien l’his­toire d’une famille polo­naise jusqu’à aujourd’­hui dont il s’agit et à travers leurs rela­tions indi­vi­duelles on comprend mieux que jamais l’his­toire et les malheurs de la Pologne marquée à tout jamais par l’extermination des juifs. Cette nation a perdu à ce moment là une partie impor­tante de son fonde­ment cultu­rel, une telle barba­rie sur son propre sol devant les yeux de ses habi­tants ne pouvaient que lais­ser des traces. Ce livre est aussi un hymne à la nature qui est, et sera toujours, la grande gagnante surtout si les hommes ne veulent pas l’écou­ter. L’his­toire actuelle d’un petit Virus si petit mais si malin que personne ne peut l’empêcher d’in­fec­ter l’hu­ma­nité entière, n’est-il pas une preuve que la nature est plus forte que toutes les construc­tions humaine et que certains progrès même extra­or­di­naires fragi­lisent l’hu­ma­nité. Je pense donc que ce livre s’ins­crit dans la réflexion que nous pouvons avoir à propos de la pandé­mie actuelle et en plus permet de passer un long moment avec une écri­vaine remar­quable qui a un sens de l’hu­mour qui rend ses récits très attachants.

On en parle chez Kathel

Citations

Genre de remarques auxquelles il faut s’habituer

Au centre d’an­tan, Dieu à dressé une colline qu’en­va­hissent chaque été des nuées d’han­ne­tons. C’est pour­quoi les gens l’ont appe­lée la montagne aux Hanne­tons. Car Dieu s’oc­cupe de créer, et l’homme d’in­ven­ter des noms.

C’est bien dit et vrai

Elle se mettait au lit, où, malgré les cous­sins et les chaus­settes de laine, elle ne parve­nait pas à se réchauf­fer les pieds. Et puisque, de même que dans l’eau c’est par les pieds qu’on pénètre dans le sommeil, Gene­viève demeu­rait long­temps sans pouvoir s’endormir.

Le genre d’affirmations qui sont belles sans être convaincantes.

À certains humains un ange pour­rait paraître stupide. Mais l’ange, depuis l’ori­gine des temps, porte en lui le fruit de l’arbre de la connais­sance, le savoir pur : une raison affran­chie de la pensée, et, du même coup, des erreurs – ainsi que de la peur qui les accom­pagne. Une raison libre des préju­gés engen­drés par la percep­tion lacu­neuse des humains.

Le soldat de retour chez lui au moulin

Il fit le tour du moulin, caressa la meule, ramassa de la farine au creux de sa paume et la goûta du bout de la langue. Il plon­gea ses mains dans l’eau, passa le doigt sur les planches de la clôture, huma les fleurs, actionna le tran­chant du hache-paille. Celui-ci grinça, coupa une botte d’ortie.
Derrière le moulin, Michel péné­tra au milieu de hautes herbes et il fit pipi.

l’alcool

Le noyeur était l’âme d’un paysan nommé Pluszk. Celui-ci avait péri dans un étang fores­tier par une nuit d’août, la vodka précé­dem­ment absor­bée lui ayant exces­si­ve­ment dilué le sang.

Le genre de propos qui courent dans ce livre

Imagi­ner, c’est en somme créer, jeter un pont entre la matière et l’es­prit. Surtout quand on pratique cet exer­cice aussi souvent qu’in­ten­si­ve­ment. L’image se trans­forme alors en gout­te­lettes de matière et s’in­tègre au courant de la vie. Parfois, en cours de route, elle se déforme quelque peu. En somme, tous les désirs humains se réalisent, s’ils sont suffi­sam­ment intenses, et pas toujours de la manière qu’on s’était imaginée.

Arrivée des antibiotiques

Un instant plus tard, il tenait au creux de sa main une petite boîte de carton. De ce qui était écrit dessus il ne comprit que les mots « made in the United States ».…
Au soir, la fièvre des fillettes avait dimi­nué. Le lende­main elle se guérit. À force de prière, Misia avait obtenu de la Sainte Vierge de Jeskotle ‑reine des anti­bio­tiques- cette guéri­son miraculeuse.

Réflexion sur le temps

l’homme attelle le temps au char de sa souf­france. Il souffre à cause du passé et il projette sa souf­france dans l’ave­nir. De cette manière, il créé le déses­poir. La chienne Lalja, elle, ne souffre qu’ici et maintenant.

Traduit du polo­nais par Margot Carlier, Édition Noir sur Blanc,Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Olga Tokar­zuk qui, malgré son prix Nobel de litté­ra­ture en 2018, m’était tota­le­ment incon­nue, est véri­ta­ble­ment un grand nom de la litté­ra­ture contem­po­raine. Je ne vous renvoie pas à l’ar­ticle de Wiki­pé­dia (qui m’a permis d’en savoir plus sur cette immense écri­vaine) et je vous décou­rage de le lire si vous ne voulez pas vous gâcher le plai­sir de lire ce roman qui est y est décrit sans aucun atten­tion pour les lecteurs qui n’aiment pas que l’on leur raconte le dénoue­ment avant de se lancer dans la lecture. Nous sommes ici sur la fron­tière tchèque au sud de le Pologne, dans une région de forêts et de collines. Une femme âgée qui a été autre­fois ingé­nieure, vit dans une petite maison en totale harmo­nie avec la nature. Elle garde les maisons voisines qui ne sont habi­tées que l’été et donne quelques cours d’an­glais dans une école primaire. Elle a deux amis, un traduc­teur de William Blake et Matoga son voisin dont le fils est poli­cier. Elle passe une grande partie de son temps à écrire à la police pour dénon­cer les pratiques des chas­seurs. Elle trouve parti­cu­liè­re­ment cruel que ceux-ci attirent les animaux en leur offrant de la nour­ri­ture dans ce qu’elle appelle des « Ambons » qui- loin d’être des meubles reli­gieux- sont des sortes de promon­toires remplis de foin ou de fruits, les chas­seurs pouvant alors tirer sur les bêtes qui se nour­rissent sans se donner le mal de les cher­cher dans la forêt. Mais voilà que, dans ce village, une succes­sion de morts suspectes troublent tous les habi­tants, les morts sont des chas­seurs et des hommes enri­chis par des pratiques douteuses et qui peuvent avoir un rapport avec la mafia russe. Mais elle, notre narra­trice sait qu’il s’agit là de vengeances des animaux qui ne supportent plus d’être assas­si­nés par des chas­seurs cruels et sans cœur. Elle le sait d’au­tant plus qu’elle lit dans les astres et les planètes et que tout y est écrit. Elle en informe, à travers une multi­tude de lettres, la police qui la prend pour une folle. Et nous lecteurs ? et bien aussi curieux que cela puisse paraître, on aime­rait tant que cela soit possible qu’on se laisse embar­quer dans ses raison­ne­ments. Je ne vous en dis pas plus. Je vous laisse savou­rer cette lecture qui est un hymne à la nature et aussi, une très bonne descrip­tion de la société polo­naise, cette auteure le fait avec un humour incroyable, on est vrai­ment bien dans tous les récits qui peuplent ce roman. Elle nous rend aussi un grand service en nommant tous les person­nages par des surnoms qui sont telle­ment plus faciles à rete­nir que les prénoms polo­nais . Par exemple son ami Matoga s’ap­pelle en réalité Świe­topęlk . Avouez que c’est plus facile de pronon­cer, et de rete­nir, Matoga, il en va ainsi de « Grands-pieds », « Bonne-nouvelle » et tous les autres. Un roman fabu­leux et magique et « un peu » moins sombres (grâce à l’hu­mour) que les romans polo­nais que j’ai lus récem­ment. Et qui a beau­coup plu aussi à Krol.

Citations

Une astrologue avertie

En géné­ral, il est très peu loquace. Selon moi, il doit avoir Mercure en Capri­corne, un signe de silence, ou bien en conjonc­tion, en carré ou peut-être en oppo­si­tion avec Saturne. Cela pour­rait être aussi un Mercure rétro­grade ‑ce qui est typique pour un introverti.

Humour

Selon moi, il aurait plus d’une fois mérité une puni­tion, voire même la prison. J’ignore pour­quoi il n’a jamais subi la consé­quence de ses actes. Peut-être était-il sous la protec­tion des anges, il arrive parfois qu’ils s’en­gagent du mauvais côté.

Les hommes vieillissants

J’ai ma théo­rie sur le sujet. L’âge venant, beau­coup d’hommes souffrent d’une sorte de défi­cit, que j’ap­pelle.« autisme testo­sté­ro­nien », il se mani­feste par une atro­phie progres­sive de l’in­tel­li­gence dite sociale et de la capa­cité à commu­ni­quer, et cela handi­cape égale­ment l’ex­pres­sion de la pensée. Atteint de ce mal, l’homme devient taci­turne et semble plon­ger dans sa rêve­rie. Il éprouve un attrait parti­cu­lier pour toutes sortes d’ap­pa­reils et de méca­nismes. Il s’in­té­resse à la Seconde Guerre mondiale et aux biogra­phies de gens célèbres, poli­ti­ciens et crimi­nels en tête. Son apti­tude à lire un roman dispa­raît peu à peu, étant entendu que l’au­tisme dû à la testo­sté­rone perturbe la percep­tion psycho­lo­gique des personnages.

Les actualités vues par quelqu’un qui ne regarde que la chaîne météo

À l’heure du café, on présente géné­ra­le­ment le bulle­tin météo­ro­lo­gique pour les skieurs. Il montre l’uni­vers rugueux des monts, piste et vallées, avec leur enve­loppe neigeuse ô combien capri­cieuse ‑la peau rêche de la terre n’est blan­chie par la neige qu’à certains endroits. Au prin­temps, les skieurs cèdent la place aux aller­gique et l’image devient plus colo­rée. Des courbes douces déter­minent les zones à risques. La couleur rouge indique les zones où la nature attaque le plus vigou­reu­se­ment. Durant tout l’hi­ver, elle a attendu, endor­mie, pour frap­per enfin les défenses immu­ni­taires parti­cu­liè­re­ment fragile de l’homme. Un jour vien­dra où elle aura notre peau. À l’ap­proche du weekend appa­raissent les prévi­sions pour le trafic, mais elle se limite en réalité à quelques rares auto­routes. Cette répar­ti­tion de la popu­la­tion humaine en trois groupes ‑skieurs, aller­giques et conduc­teurs, je la trouve très convain­cante. C’est une typo­lo­gie simple et claire. Les skieurs, ce sont les hédo­nistes. Ils se laissent glis­ser sur les pentes. Les conduc­teurs préfèrent tenir leur sort bien entre leurs mains, quitte à faire souf­frir leur colonne verté­brale, après tout, la vie n’est pas simple. Les aller­giques, enfin, sont toujours en guerre. À l’évi­dence, je suis une allergique.

Le portrait de l’écrivaine (autoportrait ?)

L’écri­vaine arrive habi­tuel­le­ment au mois de mai, dans sa voiture remplie de livres et de nour­ri­ture exotique. Je l’aide à déchar­ger et à défaire ses bagages, car elle souffre de la colonne verté­brale. Elle porte une minerve. À cause d’un acci­dent, paraît-il. Mais peut-être est-ce en raison du temps passé à écrire que sa colonne verté­brale s’est détra­quée. Elle me fait penser à quel­qu’un qui aurait vécu les derniers jours de Pompéi ‑on dirait qu’elle est couverte de cendres : son visage est gris, ses lèvres aussi, tout comme ses yeux et ses cheveux, atta­chés avec un élas­tique et rele­vés en chignon. Si je la connais­sais moins bien, j’au­rais sans doute lu ces livres. Mais puisque je la connais, j’ai trop peur de cette lecture. Peur de me recon­naître, présen­tée d’une façon que je ne pour­rai certai­ne­ment pas comprendre. Ou d’y retrou­ver mes endroits préfé­rés qui, pour elle, n’ont pas du tout la même signi­fi­ca­tion que pour moi. D’une certaine façon, des gens comme elle, ceux qui manient la plume, j’en­tends, peuvent être dange­reux. On les suspecte tout de suite de mentir, de ne pas être eux-mêmes, de n’être qu’un œil qui ne cesse d’ob­ser­ver, trans­for­mant en phrase tout ce qu’il voit, tant et si bien qu’un écri­vain dépouille la réalité de ce qu’elle contient de plus impor­tant. : l’indicible.

Parler (avec humour) aux morts

Ma mère se tenait là, vêtue d’une robe d’été à fleurs, un sac en bandou­lière. Elle était inquiète, désorienté.
- Nom de Dieu, mais qu’est-ce que tu fais ici, maman ? Me suis-je écriée, surprise.
Elle a plissé les lèvres comme si elle voulait me répondre, puis elle est restée ainsi à les remuer durant un moment, mais sans produire le moindre son. Fina­le­ment, elle a renoncé. Ses yeux inquiets lançaient des regards circu­laires sur les murs, sur le plafond. Elle ne savait plus où elle se trou­vait. De nouveau, elle a tenté de me dire quelque chose et de nouveau elle y a renoncé.
-Maman… Murmu­rai-je, en essayant de capter son regard fuyant.
J’étais furieuse contre elle, parce qu’elle était morte depuis un certain temps déjà. Non mais je rêve ! Les mères qui ne sont plus de ce monde ne se comportent pas ainsi.

Les courses en ville en Pologne et les subventions européennes

Nous nous présen­tions sans rechi­gner aux inter­ro­ga­toire, profi­tant de ce dépla­ce­ment en ville pour accom­plir un tas de choses, ache­ter des graines, dépo­ser une demande de subven­tion de l’Union euro­péenne, nous sommes aussi allés au cinéma

Une astrologue particulièrement douée…

Cette fois-ci, j’ana­ly­sais scru­pu­leu­se­ment le programme télé, que j’avais imprimé avec le maxi­mum de chaînes possibles, et je cher­chais à établir un lien entre l’ar­gu­ment des films diffu­sés un jour donné et la confi­gu­ra­tion des planètes. Des liens réci­proques se déga­geaient avec un carac­tère d’évidence.

Remède contre les cauchemars

Il y a un vieux remèdes contre les cauche­mars qui hantent les nuits, c’est de les racon­ter à haute voix au-dessus de la cuvette des WC, puis de tirer la chasse.

Portrait du dentiste

Selon moi, le dentiste aurait pu deve­nir l’at­trac­tion touris­tique du coin si seule­ment son acti­vi­tés avait été légale. Malheu­reu­se­ment, quelques années aupa­ra­vant, on l’avait privé du droit d’exer­cer son métier pour abus d’al­cool. C’est tout de même curieux que l’on inter­dise pas l’exer­cice de ce métier pour mauvaise vue, car cette affec­tion peut s’avé­rer bien plus dange­reuse pour le patient. Quant au dentiste, il portait des verres épais, dont un était collé avec du ruban adhésif.

Toujours cet humour

Je dois avouer que c’était un bel homme, malgré son ventre proémi­nent qui l’en­lai­dis­sait. Il était sûr de lui, sédui­sant, sa carrure jupi­tér­rienne faisait excel­lente impres­sion . Eh bien, oui ! cet homme était né pour gouver­ner. D’ailleurs, il ne savait rien faire d’autre.

Traduit du norvé­gien par Alain Gnaedig

Édition Folio

C’est à propos de « Mer Blanche » chez Jérôme que j’ai eu très envie de décou­vrir Roy Jacob­sen. Merci à lui et à toutes celle et ceux qui ont dit tant de bien de ce roman qui m’a permis de décou­vrir la Norvège du début du XX° siècle. J’ai été un peu éton­née que ce roman plaise tant à Jérôme que j’ima­gine plus tenté par des lectures du monde urbain dur et violent. Mais je suppose que ce qui lui a plu, comme à tout ceux qui aiment et aime­ront ce roman, c’est son écri­ture sans aucun pathos pour décrire un monde d’une dureté incroyable. La nature d’abord aussi gran­diose que cruelle, elle ne laisse aucun répit aux habi­tants d’une petite île du nord de la Norvège au sud des îles Lofo­ten. Les tempêtes détrui­ront plusieurs fois le hangar que la famille essaie de dres­ser pour faire sécher le pois­son. Les hivers si longs que bêtes et hommes risquent de mourir de faim puisque la prin­ci­pale ressource est consti­tuée par le pois­son qu’il faut aller pêcher loin plus au nord quand le climat le permet. Sur l’île voisine, plus grande et plus riche une usine achète le pois­son pour le trans­for­mer. Et sur cette île aussi vit un pasteur au cœur sec, en tout cas trop sec pour prendre en charge deux petits qui viennent de perdre leur père, le direc­teur d’usine et dont leur mère sombre dans la folie. C’est donc l’héroïne de ce roman, Ingrid qui les pren­dra en charge et les ramè­nera sur sa petite île Barroy. Pour­tant elle aussi doit faire face à la mort de son père et la grave dépres­sion de sa mère. Tragé­dies succes­sives mais racon­tées avec une telle pudeur que le lecteur souffre en silence et respect pour le courage de ses enfants que les diffi­cul­tés forcent à deve­nir adultes si vite. On suit avec angoisse les efforts de son frère Lars pour amélio­rer le quoti­dien d’une petite famille qui est souvent plus proche de l’anéantissement que de la survie.

Un grand moment de lecture et qui en dit long sur la dureté des temps anciens en Norvège.

Citations

Je suppose que cela décrit la crise de 29

Quel soula­ge­ment de voir un homme rentrer sain et sauf chez lui, même s’il arrive à l’im­pro­viste. Il y a la crise dans le pays et dans le monde, des faillites et des budget réduit, des gens doivent quit­ter leurs ferme, d’autres perdent leur travail, et les gars de l’équipe d’ar­ti­fi­cier dans laquelle il était le contre­maître a été renvoyer chez eux avec mon salaire à peine de quoi couvrir ce qu’il avait déjà dépensé.

Les chaises

Quand Barbro a grandi sur Barroy, les filles n’avaient pas de chaises. Elle mangeait debout.….
Mais Barbro se souve­nait ce que c’était de ne pas avoir de chaise si bien que, le jour où elle eut la sienne, elle emporta partout avec elle, au hangar à bateaux, à la remise, et même dans les prés ; elle s’as­seyait dessus et obser­vait les animaux, le ciel, les pies huîtrières sur la rive. Un meuble à l’ex­té­rieur. C’est faire du ciel un toit et de l’ho­ri­zon le mur d’une maison qui s’ap­pelle le monde. Personne n’avait jamais fait cela. Ils ne parvinrent jamais à s’y habituer.

Vivre sur une île

Un îlien n’a pas peur sinon il ne peut pas vivre dans un endroit pareil, il lui faut prendre ses cliques et ses claques, démé­na­ger et s’ins­tal­ler dans un bois ou dans une vallée, comme tout le monde. Ce serait une catas­trophe, un îlien a l’es­prit sombre, il n’est pas raide de peur, mais de sérieux.

Les tempêtes

Mais, en règle géné­rale, les tempêtes sont brèves, et c’est durant l’une d’elles que les feuilles dispa­raissent. Il n’y a pas beau­coup d’arbres sur l’île, mais il y a assez d » arbustes à baies, de bouleaux nains et de saules qui, à la fin de l’été, ont des feuilles jaunes qui virent au marron et au rouge à des vitesses variées, si bien que l’île ressemble à un arc-en-ciel sur terre pendant quelques jours de septembre. Elle garde cette allure jusqu’à ce que cette petite tempête attaque les feuilles par surprise et les emporte dans la mer, et méta­mor­phose Barroy en un animal loque­teux à four­rure marron. Elle va rester ainsi jusqu’au prin­temps, si elle ne ressemble pas alors à un cadavre aux cheveux blancs sous les rafales et la grêle, quand la neige violente arrive , dispa­raît, revient encore et forme des congères comme si elle tentait d’imi­ter la mer sur terre.

Le mépris

Gertha Sabina Tomme­sen réussi à appe­ler Barbro « l’idiote » trois fois pendant qu’elle lui montre la chambre où elle va dormir avec l’autre bonne, qui vient des îles elle aussi, mais qui est bien plus jeune que Barbro. Elle explique que l’idiote doit s’at­tendre à être appe­lée à l’usine quand il y a des arri­vées de harengs, même au milieu de la nuit, comme les autres femmes de la maison.

Édition Quidam (version poche)

J’avais été intri­guée par ce que Keisha avait écrit à propos d’Owana , mais les commen­taires sur son blog à propos de l’ETA m’avaient un peu refroi­die. J’ai donc acheté et lu celui-ci qui, de plus, est paru en poche. C’est peut de dire que j’ai appré­cié cette lecture, elle m’a trans­por­tée loin de ma Bretagne natale, au Québec, là où tant de Bretons ont trouvé du sens à leur vie et ont fait fortune : comment se sont-ils conduits là-bas ? Sans doute ni mieux ni moins bien que les prota­go­nistes des person­nages mis en scène par Éric Plamon­don dans ce roman qui s’appuie sur des faits histo­riques : le 11 juin 1981 la police du Québec débarque dans la réserve de Resti­gouche pour confis­quer les filets à saumons des Indiens Mi’g­maq. C’est là et à cette époque que l’au­teur a décidé de faire vivre Océane une jeune indienne qui va malheu­reu­se­ment croi­ser la route de redou­tables préda­teurs . Elle rencontre aussi un homme qui va l’aider à se sortir d’un piège redou­table et une insti­tu­trice fran­çaise qui lui donnera le goût des études. Le suspens à travers cette nature superbe est hale­tant et j’ai retrouvé mes plai­sirs d’enfance lorsque je passais une grande partie de la nuit à lire Jack London ‑dont il est aussi- ques­tion ici aussi. Car c’est la grande force de ce roman, dans des chapitres très courts, il rappelle tout ce qui a consti­tué ce grand pays, pour­quoi et comment on en est arrivé à réduire les indiens à ce qu’ils sont aujourd’hui . On suit la remon­tée dans le temps du passé de ces terri­toires comme le saumon qui remonte le fleuve et lorsqu’il est Taqa­wan, c’est à dire un saumon d’eau douce qui jaillit hors des chutes d’eau pour assu­rer la survie de son espèce le lecteur se sent trans­for­mer. Oui, ce roman emporte et pour­tant il est très court, chaque chapitre en deux ou trois pages apporte un petit cailloux à un édifice qui ouvre nos yeux sur un nouveau monde. On peut, sans doute, lui repro­cher d’être trop mani­chéen mais la charge contre les colo­ni­sa­teurs de ces régions me semble plutôt mesu­rée : en même temps qu’on enle­vait des filets aux Indiens, le gouver­ne­ment lais­sait des compa­gnies priva­ti­ser des rivières entières pour que de riches Améri­cains puissent satis­faire leur envie de pêcher tran­quille­ment. Tous les faits sont histo­riques, les rassem­bler dans un même roman donne une force peu commune à cette histoire, qui se termine sur l’es­poir que la jeune Océane trouve dans l’étude du droits des lois qui permet­tront aux Indiens de se défendre autre­ment qu’en s’op­po­sant à la police. Pour celles et ceux qui trouvent que ce roman est trop à charge recher­chez et lisez ce que l’église catho­lique a fait aux enfants indiens. Le terme de géno­cide est sans doute un peu fort mais l’hor­reur est absolue.

Citations

Les scènes d’autrefois avant l’arrivée des blancs

Quand le soleil a dépassé la pointe de la baie, un éclai­reur rentre au village. Parti depuis trois jours, il revient avec une mauvaise nouvelle. Les enne­mis du Sud, ceux de la tribu du Grand Aigle, arrivent. Il faut rapi­de­ment éteindre le feu, rapa­trier les enfants, défaire les wigwams prépa­rer les canots. Pour ce petit groupe, la fuite se fait souvent par la mer. C’est le meilleur moyen de ne pas lais­ser de traces et de s’éloi­gner au plus vite. Alors métho­di­que­ment, parce que cela fait partie de leur vie, et que chacun sait ce qu’il doit faire, on lève le camp. En fin d’après-midi, ils prennent la mer pour fuir l’en­nemi lancés sur le sentier de la guerre. Si tout se passe bien, ils seront hors d’at­teinte avant la nuit. On campera et on conti­nuera un peu plus loin demain. Les enne­mis du Sud repar­ti­ront bredouilles à moins qu’ils ne croisent un groupe moins prudent et le déciment . Le Grand Aigle est vorace. 
Le lende­main, ils reprennent donc la mer pour se mettre à l’abri de tout danger pour un long moment. C’est du moins ce qu’ils croient. Les douze canots glissent au large vers l’es­tuaire du grand fleuve. Un canot de guer­rier est en tête du convoi, un autre à l’ar­rière. Ceux du milieu trans­portent femmes, enfants et vieillards. Ceux qu’ils doivent pagayer pagayent. Le dernier canot laisse flot­ter dans son sillage une branche de sapin de la longueur d’un homme. Atta­chée à la poupe, elle traîne dans les ondu­la­tions salées d’une eau baignant un conti­nent qu’on a pas encore baptisé en l’hon­neur d’Ame­rigo Vespucci. La branche qui glisse derrière et un leurre. En ce jour où la tribu est partie bâtir son nouveau campe­ment, une énorme gueule surgit des profon­deurs et se referme sur la branche. Le dernier canot tangue, le leurre est arra­ché, les guer­riers lancent des cris d’aver­tis­se­ment, il est là, rame­ner vers la terre, ramer vite vers la terre. Pendant que la ligne des embar­ca­tions bifurque vers la rive et que la cadence des rameurs s’ac­cé­lère, un des guer­riers du dernier cadeau canaux prépare les lances et détache un ballot de cuire. Bien­tôt un aile­ron émerge. On tire du ballot une peau qui servait de porte à un wigwam. On la lance dans la mer. L’ai­le­ron passe et plonge. La peau a disparu. Arqués sur les rames, les autres ne regardent pas derrière. Il faut gagner la plage au plus vite. L’ai­le­ron a resurgi et fonce vers la dernière embar­ca­tion. Une fois sa proie choi­sie, la bête s’en­tête. Cette fois, elles frôle le frêle esquif et reçoit en échange une pointe de lance hauteur de la dorsale. La forme noire plonge, dispa­rais, reviens dans le sillage du canot d’écorce. Les hommes sont prêts. Ils savent que les chance d’échap­per aux monstres des mers sont faibles. Ils savent que les Corses ne résiste pas aux dents de cet ennemi là. Comme il revient, on jette une autre peau pour le trom­per à nouveau mais cette fois il ne mord.pas. Il arrache la pagaie des mains du rameur le plus fort. L’es­quif ralenti. D’un autre paquet, on sort des morceaux de saumon séché. À l’as­saut suivant, la gueule se satis­fait de la chair de pois­son, repart, tourne vite et revient. Les autres canots ont déjà parcouru la moitié de la distance. Ils sont bien­tôt en sûreté. Le dernier canot, lui, perd du terrain. Ses occu­pants n’ont plus qu’une rame, une lance, un ninog, trois peaux de castor et leurs vête­ments. Quand la bête repasse. Le ninog se brise violem­ment sur son flanc. Ce trident conçu pour la pêche au saumon ne peut rien contre la créa­ture. Les trois hommes se rapprochent de la terre. Il vient de jeter la dernière peau de castor pour occu­per les crocs de l’as­saillant. Le guer­rier au milieu du chant, celui avec la lance, retire son pagne en cuir en vue de la prochaine attaque. il est prêt à jeter son vête­ment quand la charge arrive, de côté cette fois-ci. Il se lève, tangue et bran­dit sa lance au-dessus de l’écume. Il veut donner le coup de grâce à cette chose qui s’en prend à lui et à ses frères. La gueule surgit. La gueule s’ouvre. La lance s’en­fonce dans le nez noir de la chose. L’homme est soulevé. Accro­ché à la lance, il monte vers le ciel, s’en­vole puis retombe. Il retombe dans la gueule béante. Son flanc droit s’af­fale sur les dents qui se referme. L’homme est avalé comme un phoque par une nature plus grande que lui. À peine a‑t-il le temps de hurler qu’il est emporté sous l’eau.

En 1981

La police assiège le terri­toire des Amérin­diens. Les bateaux fendent l’eau et déchirent les filets. Côté Nouveau-Bruns­wick, le pont Van Horne est bloqué par la gendar­me­rie royale. Les Indiens sont encer­clés par la cava­le­rie. Le ton monte. On serre les rangs. On se regroupe. Le pouvoir veut en découdre. Ça s’ap­pelle une démons­tra­tion de force. On ordonne de recu­ler. On repousse. Sa gueule, ça crie, ça prie . Les gyro­phares tournent à vide dans le soleil de juin. Il est bien­tôt midi. Sur l’eau, les gardes se lancent à l’abor­dage. Ils saisissent, confisquent. La moindre protes­ta­tion dégé­nère. Un colosse d’un mètre quatre vingt dix, dans la police depuis trois ans, empoigne Bob Bany, qui met trop de temps à sortir de son bateau. Il lui aboie de se grouiller. Baby fait ce qu’il peut avec sa jambe de bois. Le poli­cier tire, arrache la chemise, le plaque à terre, un coup de genou dans les côtes l’air de rien,un point sur la nuque parce qu’il faut qu’il obtem­père. La clé de bras dislo­qué l’épaule. Un cri de douleur jaillit, étouffé par un « fuck you » hargneux. Ils sont main­te­nant 4 sur le dos de l’homme à terre. Il n’avait qu’à obéir. Refus de se plier aux ordres des repré­sen­tants de l’au­to­rité. Il n’avait qu’à ne pas traî­ner. Ils lui main­tiennent les jambes et lui passe les menottes. Un coup de matraque dans le dos pour finir. Les forces de l’ordre sont en train de sauver le Québec des terribles agis­se­ments de ces sauvages qui ne veulent jamais rien entendre. Il faut les disci­pli­ner et, leur apprendre. On est dans la province de Québec, sur le terri­toire provin­cial. Quiconque s’y trouve doit obéir aux lois et aux injonc­tions venues de la capi­tale. Le ministre a dit, la police exécute. Elle répand la parole de l’ordre par le bout des fusils, les gaz lacry­mo­gènes et les barreaux de prison.

Mon pays c’est l’hiver

Je suis né dans le froid. La glace et la neige sont dans mes veines. Il n’y a pas de ciel plus clair et d’air plus pur qu’au milieu de l’hi­ver. Il n’y a pas d’odeur plus parfu­mée que celle de la neige fraî­che­ment tombée sur les branches des sapins. Il n’y a pas de silence plus parfait que celui d’une nuit étouf­fée sous les flocons d’un début de tempête. J’aime cette saison parce que les choses y sont claires. On sait exac­te­ment ce qui se passe dans les bois quand tout est blanc. La moindre forme de vie laisse une trace. Les branches sans feuilles permettent de voir clai­re­ment des corneilles en haut des cimes. Les rivières sont des routes pour s’en­fon­cer au plus profond de l’in­connu. On est pas emmêlé dans les brous­sailles, on file droit, en raquettes ou en ski-doo. C’est une sensa­tion de fuite qui n’est possible que dans la neige. Ceux qui se plaignent du froid n’ont jamais passé une nuit dehors à moins quinze devant un feu de camp et sous la lune qui éclaire comme en plein jour. 

Il a vrai­ment l’air sincère. Ses yeux se sont mis à briller. Elle a envie de lui deman­der s’il a un peu de sang indien pour parler ainsi mais elle sait que c’est la dernière ques­tion à poser à quel­qu’un dans ce coin de pays. Elle a suffi­sam­ment gaffé lors de son arri­vée pour savoir que le sujet est plutôt sensible. Le vieux fermier qui lui loue sa maison en planche vers tu lui as dit. :
- Au Québec, on a tous du sang indien. Si c’est pas dans les veines, c’est sur les mains.
https://​www​.youtube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​C​H​_​R​6​D​7​m​U7M

Édition ACTES SUD . Traduit du finnois par Anne Colin du Terrail

Je ne sais plus comment ce roman est arrivé chez moi, peut-être l’ai-je trouvé dans une brocante. Et, hélas pour moi, je ne me souve­nais pas non plus que j’avais dit à Kathel que ce roman ne m’at­ti­rait pas plus que ça. J’ai vrai­ment peiné à le lire et je n’ai pas compris grand chose à ce que veut nous expli­quer cette auteure. Le résumé est simple, un homme photo­graphe publi­ci­taire recueil un petit animal que des voyous essaient de tuer à coups de pied en bas de son immeuble. Cet animal est en réalité un troll auquel Ange va s’at­ta­cher et essayer de sauver. Cela nous vaut des digres­sions sur les légendes autour des trolls qui tentent à prou­ver l’exis­tence de ces étranges créa­tures. Aucune réflexion sur les croyances et ce qu’elles repré­sentent dans la menta­lité des peuples qui croient à ces créa­tures. Par exemple en Bretagne, il existe de nombreuses légendes autour des fontaines, les Groac’h , les sorcières peuvent entraî­ner les impru­dents dans l’eau, je pense que bien des acci­dents ont été évités lorsque les enfants couraient libre­ment dans les campagnes. S’ap­pro­cher de l’eau reste un danger et le petit enfant est sensible à ce genre d’his­toires. Est-ce la même chose avec les trolls finnois. On n’en saura rien dans ce roman. Je me suis même demandé si ce n’était pas plutôt une analyse de l’ho­mo­sexua­lité car il s’agit surtout de cela du désir sexuel entre hommes. Une mauvaise pioche pour moi, mais lisez vite l’avis de Kathel, de Keisha qui peuvent complè­te­ment vous faire oublier le mien.

Citations

Rapport sexuel avec un troll

La porte grince, Pessi sort de la salle de bain l’air repu et content, sa petite langue rouge pour­lèche ses babines telle une flamme. Il bondit droit dans mes bras sur le canapé et se pelo­tonne sur mes genoux. Son enivrante odeur de baies de genièvre me monte aux narines et son poids chaud sur mes cuisses, rayon­nant de l’ex­ci­ta­tion de la chasse, est à peine suppor­table. Pessi nettoie pares­seu­se­ment le sang des commis­sures de ses lèvres et, sans vrai­ment savoir ce que je fais, je le tire un peu plus près de moi, à peine et tout douce­ment et au moment où sont au chaud touche mon ventre, j’ex­plose tel un volcan. 

Mon cœur bat aussi vite et fort qu’un marteau-piqueur. Le dos de Pessi est taché de sperme, comme mes cuisses, et j’es­saie de toutes mes forces de ne pas penser à ce qui vient de se passer. Instinc­ti­ve­ment, j’éloigne le fragile bouquin jauni et, au même moment, Pessi s’écarte un peu, pas par irri­ta­tion mais par commo­dité, il n’a pas fini sa toilette, et je le repousse de mes genoux d’un geste si soudain, presque violent, qu’il prend peur, file dans l’en­trée et cherche à grim­per sur le porte chapeau. Ses puis­santes pattes de derrière battent l’air et heurtent le cadre du miroir, qui tombe avec un bruit sourd sur l’épais tapis au moment où je me rue dans la salle de bain pour laver le liquide honteux.

lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Ce livre n’est pas pour moi, et je dois faire un aveu qui me coûte encore plus : je le mets sur Luocine alors que je ne l’ai pas terminé et que je ne le termi­ne­rai jamais. Je me demande si les habi­tuelles amou­reuses de la nature iront jusqu’au bout de ce livre très étrange. Monsieur Henri dont on ne sait rien se réveille un jour ; se réveille de quoi ? de sa nuit ? d’une mala­die ? avec l’en­vie de décou­vrir le monde. Il est aidé par une gouver­nante, un méde­cin et un nouveau voisin, qui ont comme rôle de l’ai­der dans ses entre­prises de décou­vertes. Le roman n’a rien de réaliste, il évoque tout ce que l’on peut faire si on ouvre les yeux et que l’on sait s’émer­veiller d’être en vie. Monsieur Henri ira de plus en plus loin mais sans moi car au bout des deux tiers du livre, j’étais agacée puis je me suis ennuyée à ces évoca­tions sorties de tout contexte. Aucun paysage n’ap­pa­raît vrai­ment tout passe par les sensa­tions de ce Monsieur et les plus beaux paysages vus par le plus petit des détails ne m’ont à aucun moment trans­por­tée mais peut-être comme je l’ai dit en commen­çant ce livre n’est pas pour moi tout simplement.

Citations

Les mots

Monsieur Henri s’en­gage sans diffi­cul­tés : il recon­naît un adjec­tif, trouve une famille d’ar­ticles qui lui manquait, évite un inconnu, tombe dans un trou, se perd, fait machine arrière, débrous­saille un tunnel, découvre une pépite (adverbe infun­di­bu­li­for­mé­ment long, achéi­ro­poïè­te­ment impro­non­çable, oryc­to­gnos­ri­que­ment rare) coûte que coûte cherche à poursuivre.

Un des charmes de ce livre mais qui finit par lasser : les mots rares.

Vers midi le docteur a souhaité déjeu­ner, par contre si je déjeune je ne conduis pas : , les vapeurs post­pran­diales m’endorment.
L’es­pace interdidal .…
Ni ne s’en­fon­cera vers l’in­té­rieur des terres à la recherche de l’oro­branche améthyste ou de l’inule fausse criste par exemple.

Le voyage

On n’avait pas avancé, tour­ner en rond pour des raisons de prépa­ra­tion mais tour­ner en rond est une façon d’avan­cer, le docteur regar­dant sur la carte, le nouveau voisin comp­tant pour progres­ser sur les indi­ca­tions du docteur qui ne savait pas lire une carte et finis­sait par avoir mal au cœur à défaut de dormir. Un GPS eût été fort utile même si le docteur on a connu un qui propo­sait systé­ma­ti­que­ment de faire le tour de la terre puis de tour­ner à gauche. C’est un peu ce qu’ils avaient l’im­pres­sion d’entreprendre.