Édition Albin Michel Traduit de l’an­glais (Canada) par Sarah Gurcel

Je dois cette lecture passion­nante à Krol et je la remer­cie du fond du coeur. Je pense que toutes celles et tous ceux qui liront ce livre en reste­ront marqués pour un certain temps. À la manière des cernes concen­triques d’une coupe trans­ver­sale d’un arbre, le roman commence en 2038 avec Jacke Green­wood, guide dans une île préser­vée du Nord Cana­dien qui a gardé quelques beaux spéci­mens de forêts primi­tives. Puis nous remon­tons dans les cernes du bois avec son père Liam Green­wood, en 2008 char­pen­tier, lui même fils de Willow Green­wood mili­tante acti­viste écolo­gique de la cause des arbres, élevée par un certain Harris Greenn­wood un puis­sant exploi­tant de bois en 1974, nous voyons la misère causée par la crise de 29 en 1934 et la nais­sance de Willow puis le début du récit en 1908. Ensuite nous remon­te­rons le temps pour comprendre les déci­sions que devra prendre Jacke Green­wood en 2038.

Ne croyez pas vous perdre dans ce récit aussi dense qu’une forêt profonde. L’au­teur a besoin de tout ce temps pour nous faire comprendre les catas­trophes écolo­giques qui se sont passées dans son pays dont la nature semblait résis­ter à tous les préda­teurs, l’homme aura raison de ses résis­tances. On suit avec passion l’his­toire de la filia­tion de Jacke Grenn­wood, mais ce n’est vrai­ment pas aussi impor­tant que l’his­toire des arbres cana­diens que Michael Chris­tie raconte sur plus d’un siècle. Les récents incen­dies de forêts et les inon­da­tions de la région de Vancou­ver prouvent que l’écri­vain n’écrit pas tant un roman du futur mais plutôt ce qui se passe aujourd’­hui. Dans un article de Wiki­pé­dia voilà ce que vous pour­rez trouver :

Facteurs aggravants

Les scien­ti­fiques sont d’avis que les coupes à blanc et les feux de forêts des dernières années ont joué un rôle dans les inon­da­tions dans l’intérieur de la Colom­bie-Britan­nique. La coupe à blanc a tendance à faire augmen­ter le niveau de la nappe phréa­tique et la perte des arbres par les deux phéno­mènes conduit à un plus grand ruis­sel­le­ment. Une étude par l’univer­sité de la Colom­bie-Britan­nique constate que la suppres­sion de seule­ment 11 % des arbres d’un bassin versant double la fréquence des inon­da­tions et en augmente l’ampleur de 9 à 14 %93.

Tout commence donc par l’ins­tal­la­tion des colons au Canada qui chassent sans aucune pitié les habi­tants de cette région boisée. Dans cet univers très violent certains (très peu) font fortune et exploitent la misère de ceux qui ont cru trou­ver dans ce nouveau monde un pays accueillant. Puis nous voyons l’argent que l’on peut se faire en exploi­tant des arbres qui semblent four­nir une ressource inépui­sable, c’est vrai­ment le coeur du roman et qui peut s’ap­pli­quer à toutes les ressources que la terre a four­nies aux hommes. Bien sûr, au début tout semble possible, il s’agit seule­ment d’être plus malin que les autres pour exploi­ter et vendre le bois dont les hommes sont si friands. Et puis un jour, des pans entiers de régions aussi grandes que des dépar­te­ments fran­çais sont rasés et rien ne repousse. La fiction peut s’ins­tal­ler : et si les arbres qui restent étaient tous en même temps atteint d’un virus mortel ? Alors comme dans le roman nous serions amenées à ne respi­rer qu’à travers un nuage de pous­sière de plus en plus dense ? Tous les person­nages acteurs de ce grand roman, ont des person­na­li­tés complexes même si parfois, ils enfouissent au plus profond d’eux-mêmes leur part d’humanité.
Avec Keisha et Kathel je vous le dis : lisez et faites lire ce roman je n’ai vrai­ment aucun autre conseil à vous donner.
Et si, encore un conseil, je me permets de faire de la publi­cité pour une petite entre­prise bretonne (Ecotree) qui vous permet­tra d’of­frir un arbre comme cadeau. L’idée est origi­nale et a plu à tous les parents à qui j’ai fait ce cadeau pour la nais­sance d’un bébé qui sera donc proprié­taire d’un arbre dans des forêts françaises.

Citations

La catastrophe planétaire sujet de ce roman.

Dans l’ab­solu, Jake est libre de mention­ner les orages de pous­sières endé­miques, mais la poli­tique de la Cathé­drale est de ne jamais en évoquer la cause : le Grand Dépé­ris­se­ment – la vague d’épi­dé­mies fongiques et d’in­va­sions d’in­sectes qui s’est abat­tue sur les forêts du monde entier dix ans plutôt, rava­geant hectare après hectare.

Formule percutante.

Il n’y a rien de tel que la pauvreté pour vous faire comprendre à quel point l’in­té­grité est un luxe

Je pense souvent à ce paradoxe lorsque je vois la jeunesse écologique partir en vacances en avion aux quatre coins de la planète.

Y en a‑t-il seule­ment un parmi vous, pour­suit Knut, pour appré­cier « l’in­di­cible ironie » de voir les membres de l’élite diri­geante est des célé­bri­tés venir jusqu’ici se revi­go­rer spiri­tuel­le­ment avant de pouvoir retour­ner, ragaillar­dis, à des vies qui, direc­te­ment ou indi­rec­te­ment, portent notre planète à ébul­li­tion, condam­nant un peu plus encore les merveilles de la nature auxquelles appar­tiennent les arbres sacrés qu’ils prétendent vénérer ?

Époque où on pense la ressource en bois éternelle.

Le papier lui-même a la couleur des amandes grillées. Il s’en dégage une robus­tesse qui date d’un temps où les arbres, en nombre illi­mité, étaient une ressource inépui­sable. Un temps où l’on épon­geait ce qu’on venait de renver­ser avec un rouleau entier d’es­suie-tout et où l’on impri­mait l’en­tiè­reté de sa thèse (ce fut son cas à elle) sur les seuls rectos d’une grosse pile de papier blanc comme neige.

1934.

Au cours de sa carrière, Harris Green­wood a présidé à l’abat­tage de plus de deux cent cinquante millions d’hec­tares de forêts primaires. certains arbres parmi les plus larges, les plus beaux, que la planète ait jamais portées sont tombés sur son ordre.
Sans les jour­naux et le papier, Green­wood Timber aurait déjà sombré. Harris four­nit tous les pério­diques cana­dien et la moitié de l’édi­tion améri­caine. Il sera bien­tôt obligé de réduire en pâte à papier des arbres qui, jadis, auraient servi de colonne verté­brale à des palais, ce qui pour un homme du métier, revient à faire des saucisses avec un filet de choix. Tout ça pour que les gens puissent faire leurs mots croi­sés idiots et lire des romans de gare.

L’installation des colons en 1908.

Quand le couple arriva au « Pays des Arbres », ils décou­vrirent que les trente arpents densé­ment boisés qu’ils avaient deman­dés au Bureau du cadastre cana­diens étaient déjà occu­pés par une bande d’Iro­quois nomades, chas­sés des terri­toires où ils posaient d’or­di­naires leurs pièges par une entre­prise locale exploi­ta­tion fores­tière. Malgré ses façons chari­tables James Craig acheta un fusil et monta une milice de gens du coin pour chas­ser les Indiens de sa propriété un acte brutal mais néces­saire auquel beau­coup d’entre nous avaient déjà été contraints. Certains ont refusé de partir, montrant tant d’ar­ro­gance qu’il n’y eût eu d’autre choix que de les exécu­ter pour l’exemple et de brûler leurs femmes et leurs enfants.

En 1934 des Américains vendent du bois aux Japonais.

Je ne suis toujours pas convaincu qu’il soit dans notre inté­rêt de conclure ce contrat. le Japon a envahi la Mand­chou­rie et s’est retiré de la Ligue des Nations. Kes gens parlent de cette Hiro­hito comme si c’était le frère aîné de Jésus et on ne pour­rait pas jeter une balle de base­ball dans le port sans toucher un navire de guerre. À mon avis ils n’ont qu’une envie c’est se battre. Et devi­nez avec qui ?

Réflexions sur le Canada

S’il est vrai que les États-Unis se sont construits sur l’es­cla­vage et la violence révo­lu­tion­naire, songe-t-elle en regar­dant les hommes travailler, alors assu­ré­ment son propre pays, le Canada, est né d’une indif­fé­rence cruelle, vorace, envers la nature et les peuples autoch­tones. « Nous sommes ceux qui arrachent à la terre ses ressources les plus irrem­pla­çables et les vendent pour pas cher à quiconque a trois sous en poche, et nous sommes prêts à recom­men­cer le lende­main » telle pour­rait être la vie la devise de Green­wood et peut-être même du pays tout entier.

19 Thoughts on “Lorsque le dernier arbre – Michael CHRISTIE

  1. Eh bien je vais suivre ton conseil avec plaisir…

  2. Génial !!! Tu l’as aimé, mais pouvait-il en être autre­ment ? Ce roman est foisonnant.

    • Et soulève bien des ques­tions sur l’en­vi­ron­ne­ment. Je trouve que ce constat que lors­qu’une ressource est abon­dante on l’ima­gine sans limite s’avère véri­fiée à chaque fois. Je pense à la pêche à la sardine sur les côtes bretonnes (on a pêche les sardines inten­si­ve­ment jusqu’à ce qu’elles dispa­raissent en Bretagne), mais pour les coquilles saint jacques on a retenu la leçon et on protège mieux la ressource.

  3. ce livre est déjà sur mon étagère mais j’ai vrai­ment un train de retard avec mes lectures alors .…
    ton billet m’in­cite à la faire remon­ter dans ma liste au tout premier plan
    merci à toi pour le lien avec ecotree que je ne connais­sais pas j’ai une petite fille qui est une passion­née d’éco­lo­gie et je pense que c’est un cadeau d’an­ni­ver­saire qu’elle appréciera

    • Oh quelle bonne idée à chaque fois que j’ai offert ce cadeau j’ai surpris la personne et fait très plai­sir , pour les 18 ans de mon petit fils qui partait aux Etats Unis faire ses études j’ai eu plai­sir à lui offrir deux arbres pour lui rappe­ler ses racines françaises .
      Le livre vaut vrai­ment la peine et il son anti­ci­pa­tion est très plausible …

  4. C’est un roman , un vrai de vrai, avec un fond écolo­gique très inté­res­sant. J’ai préféré la partie qui se déroule en 1934, mais toutes les époques ont leur importance.

  5. keisha on 21 février 2022 at 15:24 said:

    Yes, 5 coquillages, coup de coeur pour moi aussi. On aurait bien conti­nué encore des pages et des pages ;

  6. Merci pour la piqûre de rappel. Je l’avais noté mais il faut que je pense à le réser­ver à la bibliothèque.

    • Un livre qui emporte dans la grande histoire cana­dienne et qui fait réflé­chir c’est un bon bilan. J’ai moins adhéré à l’histoire de la filia­tion, qui ressemble trop à une enquête poli­cière pour moi.

  7. Merci pour cette décou­verte dont je n’avais pas entendu parler mais qui semble faire l’una­ni­mité. Je vais l’of­frir à ma fille qui a vécu au Canada (et comme ça je pour­rais lui piquer ! )

  8. la seule chose qui me rebute dans ce roman, c’est son aspect « pavesque ». Mani­fes­te­ment, il va falloir que je passe outre !

  9. je suis tout à fait d’ac­cord, un roman excep­tion­nel !! J’ai tout adoré, c’est capti­vant, c’est bon tout le long, c’est intel­li­gent ! A mettre entre toutes les mains.

  10. Le chan­ge­ment clima­tique raconté par la vie des arbres, ça a l’air origi­nal. Je ne l’avais pas repéré, ce bouquin, merci pour l’info.
    Je pense que je vais cher­cher à me le procu­rer (en occa­sion ou sinon en neuf), et je le mettrai après lecture dans le circul’­livre d el’A­MAP dont je fais partie !
    (s) ta d loi du cine, « squat­ter » chez dasola

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