http://media.paperblog.fr/i/223/2231738/enfant-44-tom-rob-smith-selection-prix-litter-L-2.jpeg

Traduit de l’an­glais par France Camus-Pichon

4
Voici mon premier thril­ler, je n’ai réussi à le finir que, parce que j’ai lu le dernier chapitre avant la fin : le suspens étant presqu’intolérable pour moi.

L’idée du roman­cier est géniale : imagi­ner un « Sérial killer » commet­tant ses crimes en Russie sovié­tique en 1953. La date est impor­tante, pour ce roman là aussi, la mort du « petit père des peuples », permet une fin plus heureuse que celle à laquelle le person­nage prin­ci­pal s’attendait. Par un curieux hasard, j’avais lu très peu de temps aupa­ra­vant, un livre témoi­gnage : les enfants de Staline se passant à la même période, j’ai eu une impres­sion étrange : comme si j’avais gardé en mémoire le cadre, l’arrière plan dans lequel l’imaginaire morbide de celui-ci pouvait se déployer.

Si ce roman reste une pure fiction, il n’empêche que la pein­ture de l’Union Sovié­tique sous Staline, de la famine en Ukraine en 1933, des méthodes de la police secrète, des inter­ro­ga­toires des suspects si vite coupables, des orphe­li­nats… en fait tout l’intérêt. L’enquête elle-même est passion­nante, la réalité du pays y est inti­me­ment liée. Comme dans toute enquête, le héros devra lutter contre tout le monde ou presque pour que la vérité appa­raisse dans un pays où le meurtre n’existe plus, contrai­re­ment aux pays capi­ta­listes.

On ne peut pas conseiller Enfant 44 aux âmes sensibles car le meur­trier y est parti­cu­liè­re­ment abomi­nable, mais tous les amateurs de thril­ler doivent (vont) adorer. Si ce livre n’est pas dans mes Préfé­rence, c’est unique­ment à cause de la violence des crimes. J’ai mis quelques temps à m’en remettre !

Citations

Ces rumeurs de meurtre proli­fè­re­raient comme du chien­dent au sein de la commu­nauté désta­bi­li­se­raient ses membres, les inci­te­raient à douter d’un des prin­cipes fonda­men­taux sur lesquels repo­sait leur nouvelle société : La délin­quance n’existe plus.

On en parle

link.

3
Deuxième livre de Sinoué et toujours aussi peu convain­cue ! J’ai quand même été inté­res­sée les descrip­tions du travail sur la pein­ture au 15° siècle. Mais la conspi­ra­tion poli­cière et reli­gieuse autour de l’in­ven­teur de la pein­ture à l’huile : Jan Van Eyck, m’a prodi­gieu­se­ment ennuyée. Déci­dé­ment, je n’aime pas les romans poli­ciers histo­riques !

Les person­nages vont être victimes d’une double conspi­ra­tion. La puis­sance terrestre veut retrou­ver une carte permet­tant de navi­guer afin de rappor­ter des matières précieuses dans les caisses royales. La puis­sance reli­gieuse veut inter­dire tout ce qui permet­tra de repro­duire l’art et les idées. Si on imagine bien le choc de l’im­pri­me­rie pour la reli­gion , c’est un tout petit peu plus diffi­cile à croire que tant d’in­no­cents aient payé de leur vie le secret de .…. la pein­ture à l’huile ! !

Sur Wikipédia le détail d’un tableau

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/e6/Ghent_Altarpiece_D_-_Nature.jpg/300px-Ghent_Altarpiece_D_-_Nature.jpgOn en parle

Il est plus appré­cié sur ce site : link.

20141014_114702

Traduit de l’an­glais par Elisa­beth Peelaert

Livre critiqué dans le cadre du programme Masse Critique de Babelio.com
Un petit déjeu­ner complet ne se conçoit pas sans un bon roman. Livre criti­qué dans le cadre du programme Masse Critique de Babe​lio​.com

3
J’avais décidé de ne plus parti­ci­per à « Masse Critique » de Babe­lio depuis ma dernière décep­tion. Mais pour ce livre, je me suis lais­sée tenter. D’abord, parce que je n’avais pas à choi­sir, et que, de plus, cet auteur m’avait scot­chée avec « Enfant 44 « . Même si je n’ai pas été passion­née, je ne regrette pas ma lecture. Donc merci Babe­lio pour ce cadeau.

Dans mes blogs amis, je lis souvent des billets enthou­siastes à propos de thril­lers, j’ai­me­rais que mon texte vous donne envie de lire celui-la pour savoir s’il s’agit d’un bon thril­ler, car je me sens incom­pé­tente en la matière. Le suspens me gêne pour la lecture si bien que je commence toujours par la fin pour lire tran­quille­ment le roman. Que les fans du genre se rassurent, je ne la dévoi­le­rai pas ! Je sais que cela consti­tue une grande partie de leur plai­sir.

Ce roman raconte de façon très détaillée un complot qui a abouti à la dispa­ri­tion d une jeune femme en Suède. Mia est une très jeune fille qui a été adop­tée par un couple de riches fermiers suédois. Très jolie jeune femme noire , elle est le centre d’in­té­rêt et des ragots du petit village.

La personne qui a conscience que rien n’est normal dans cette dispa­ri­tion, c’est Tilde, la mère du narra­teur. Seule­ment voilà personne ne veut la croire et tout le monde la croit folle même son mari. C’est là que réside l inté­rêt du roman : montrer comment l’im­pres­sion d’un complot est proche de la folie , quand on commence à voir des signes d’hos­ti­lité dans le moindre des compor­te­ments d’au­trui, les lignes entre la folie et la raison deviennent floues.

Il est certain qu’être victime d’un complot doit donner à la victime des compor­te­ments para­noïaques, et l’in­verse est vrai égale­ment, quel­qu’un qui est para­noïaque peut lire tout compor­te­ment hostile comme une preuve du complot qui veut la faire taire. Le narra­teur a bien du mal à démê­ler les fils de l’his­toire qui a tant perturbé sa mère. Et la façon dont celle-ci essaye de se raccro­cher de toutes ses forces à la chro­no­lo­gie pour convaincre son fils est très émou­vante.

Si lire ce roman sans en connaître la fin, permet­trait de savoir si c’est un bon thril­ler, je ne peux pas répondre à cette ques­tion. Mais ce que je peux dire, c’est que ce roman analyse très bien les ressem­blances et la souf­france engen­drées par le fait d’être victime d’un complot ou par la folie. Un petit détail agaçant dans la typo­gra­phie, c’est la redon­dance des deux types de guille­mets pour les cita­tions.

Citation

Le poids des ragots dans le monde rural

Au sujet de cet enfant malheu­reux, il y aura des ragots. Ces ragots seront la plupart du temps des mensonges. Mais cela ne change rien, car lors­qu’on vit dans une commu­nauté qui croit à ces mensonges, qui les répète, ils deviennent réalité ‑pour toi et pour les autres. Impos­sible d’y échap­per, parce qu’il n’y a pas de preuve qui tienne. Il s’agit là de méchan­ceté, et la méchan­ceté se moque des preuves.

On en parle

Kitty la mouette (encore un oiseau de mer !), qui a beau­coup aimé.

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51HtXRQd0NL._SL500_AA300_.jpg http://www.babelio.com/images/ico_critique.jpg

2
Livre reçu dans la cadre de Masse critique de Babe­lio. Mon avis est très néga­tif et sans doute trop sévère, je n’apprécie que très peu la litté­ra­ture poli­cière, j’aurais dû me méfier. Quand des romans poli­ciers me plaisent, ils sont en géné­ral excel­lents. Pour celui-là, je pense qu’il s’agit d’un honnête polar qui, person­nel­le­ment, m’a beau­coup agacée.

Sans doute, pour donner un cadre parti­cu­lier et une ambiance inou­bliable, cela se passe sous les purges stali­niennes, pour la violence c’est garanti ! J’avais été surprise et j’avais appré­cié « Enfant 44 » de Tom Rob Smith. Voilà, un nouveau genre est né : le poli­cier vague­ment honnête du temps de Staline, à quand celui sous Pol-Pot ! ! !

Sinon, on a, à peu près, tous les ingré­dients, les coups, le sang , le sadisme, les larmes, les traitres, avec une petite dose de reli­gio­sité. Comme c’est en Russie, c’est plus énorme plus violent, plus déses­péré mais guère plus passion­nant. L’enquête autour d’une icône volée est très compli­quée et permet de décrire ce qui reste des croyances reli­gieuses en Union Sovié­tique et la corrup­tion des diri­geants, tout cela sans grand fonde­ment histo­rique (du moins si je me réfère à mes lectures sur le sujet).

J’ai lu atten­ti­ve­ment ce roman, car j’avais accepté d’en parler sur mon blog, je vais l’oublier très vite.

On en parle

Miss Alfie a l’air d’aimer.

Traduit de l’anglais (États-Unis)par FRance Camus Pichon

3
J’avais été telle­ment surprise par Enfant 44 que lorsque j’ai vu Kolyma sur le rayon nouveau­tés de ma biblio­thèque préfé­rée, je n’ai pas pu m’empêcher, je l’ai pris et aussi­tôt lu. Je pense que, main­te­nant, l’auteur tient son héros pour plusieurs romans. Pour appré­cier complè­te­ment ce genre de livres, il faut aimer les séries. Autant à la télé­vi­sion, je trouve ça sympa (je connais tout sur le docteur House…) autant en livres je n’accroche pas. Léo est pour­tant un person­nage complexe et atta­chant, ancien du KGB il vit dans le remord perma­nent de ses crimes. Si tous ceux qu’il a tués veulent se venger on est vrai­ment qu’au début d’une longue, très longue série.Les ressorts du thril­ler-poli­cier sont comme souvent dans ce genre de litté­ra­ture haute­ment impro­bables : Léo échappe aux gangs de Moscou, au KGB, à une tempête en mer sur un bateau qui le condui­sait à la Kolyma , à une révolte du goulag et pour finir en beauté à l’insurrection de Buda­pest ; tout cela avec des genoux cassés et pour sauver sa fille adop­tive qui le déteste car il a tué son père… Résumé ainsi cela ne donne peut-être pas envie de lire Kolyma, pour­tant, je suis certaine que les amateurs du genre vont appré­cier, et peu à peu deve­nir des aficio­na­dos de Léo et Raïssa.La Russie post­sta­li­nienne se prête bien à l’horreur et si Léo est encore vivant pendant la guerre de Tchét­ché­nie cela promet quelques belles pages d’horreur.

Citations

Je n’ai pas eu le choix.
Des milliers d’innocents étaient morts à cause de cette phrase, pas sous les balles, mais au nom d’une logique perverse et de savant calculs.

On en parle

Link.

Édition Le cercle.Belfont. Traduit de l’an­glais par Muriel Levet.

Dans mon club de lecture, il y a quelques lectrices de romans poli­ciers, elles sont très exigeantes si bien que, lors­qu’elles décernent un coup de cœur, je suis volon­tiers leurs recom­man­da­tions. Souvent, c’est qu’au delà de l’in­trigue poli­cière, il y a un inté­rêt histo­rique, socio­lo­gique ou la décou­verte d’une autre civi­li­sa­tion. Rien de tout cela ici, c’est un polar dans la plus plus pure des tradi­tions. Et pour­tant, je l’ai lu sans pouvoir m’arrêter pendant deux jours. L’intrigue est bien fice­lée et le suspens très bien dosé. Evidem­ment, j’ai lu d’abord (ou presque) le dernier chapitre parce que je ne pouvais pas suppor­ter que mes person­nages préfé­rés meurent. Je ne vous dirai rien, puisque vous êtes capables de suppor­ter la mort des gentils en atten­dant la dernière page pour savoir s’ils seront sauvés des griffes des méchants. Non seule­ment vous en êtes capables mais en plus vous aimez ça ! Je ne sais pas si j’ai­me­rai vous rencon­trer dans les tunnels sombres et mal famés de Manches­ter … Oui, parce que dans la banlieue de cette grande ville indus­trielle traîne une faune qui se livre à des trafics en tout genre. Ce qui est assez invrai­sem­blable c’est que de nombreux enfants sans liens avec des adultes sont livrés à des mafieux qui les utilisent comme mule pour la drogue et les pros­ti­tuent, je me demande ce que font les services sociaux britan­niques, cela ressemble plus à la vision de Dickens qu’à la Grande Bretagne d’au­jourd’­hui. Comme je ne peux pas vous racon­ter l’his­toire, je peux au moins dire comment elle commence. Un soir d’hi­ver une maman et sa fille Nata­sha âgée de six ans sont victime d’un acci­dent de la route, la maman est tuée sur le coup, mais la petite fille a disparu (d’où le titre en fran­çais). Six ans plus tard, le mari de cette femme, David a refait sa vie avec Emma et ensemble ils ont un bébé Ollie. Un jour Nata­sha revient chez son père et le roman peut commen­cer, car, si elle est reve­nue, cela semble surtout pour détruire la nouvelle vie de son père. On ne saura que peu à peu ce qu’elle a vécu pendant ces six années qui sont des années d’hor­reur abso­lue. Et nous ne saurons qu’au moment du dénoue­ment pour­quoi elle en veut tant à son père au point de mettre en danger la vie d’Ol­lie, ce bébé rieur.

Je crois que, pour ne rien divul­gâ­cher, j’en ai assez dit, il me reste à évoquer les poli­ciers En parti­cu­lier d’un certain Tom qui mène l’en­quête et qui est très malheu­reux de la mort de son frère Jack un hacker victime d’un acci­dent quelques temps aupa­ra­vant. Mais ce roman est plutôt centré sur les victimes et les malfrats, les poli­ciers font leur travail mais à part Tom n’ont pas une person­na­lité très marquée .

PS

Je crois que si j’ai lu cette auteure c’est aussi que j’ai vu qu’elle habi­tait soit en Italie soit à Auri­gny qui est mon île anglo-normande préfé­rée. Comme quoi, on peut être très irra­tion­nelle dans ses choix. Et voici deux images pour comprendre pour­quoi Rachel Abbot a quitté Manches­ter !

Citation

Travers masculin

David lui faisait parfois penser à une autruche enfon­çant sa tête dans le sable pour se forcer à croire que tout fini­rait par s’ar­ran­ger. C’était l’une des rares choses qu’elle trou­vait agaçante celui. Non pas son opti­misme, mais son inca­pa­cité pas à regar­der la réalité en face et sa tendance à privi­lé­gier les solu­tions de faci­lité

Édition Acte Sud

J’avais beau­coup aimé le roman d’Em­ma­nuel Dongala « Photo de groupe au bord du fleuve », et ce roman-ci avait été chau­de­ment défendu à une de nos rencontre au club de lecture. Cet auteur est un grand conteur et excellent écri­vain. Il raconte cette fois, la vie du jeune George Brige­to­wer, celui-ci vient en France au prin­temps 1789, avec son père . En suivant les traces de Léopold et Wolf­gang Mozart, le jeune George va se faire connaître à la cour du roi Louis XVI parce que, à 9 ans, il joue déjà comme un grand virtuose. George et son père sont noirs, son père a connu escla­vage dans les îles des Caraïbes, a réussi à venir en Grande Bretagne puis en Europe à la cour d’un prince polo­nais. Il a épousé une jeune Polo­naise. George est donc métissé et malgré la couleur de sa peau, son talent va lui permettre de s’im­po­ser en France, en Angle­terre puis en Autriche où il rencon­trera Ludwig Van Beetho­ven . Il se lie d’ami­tié avec Beetho­ven qui lui dédiera dans un premier temps une sonate … qui devien­dra « la Sonate à Kreut­zer ». Cette époque incroya­ble­ment féconde et violente traver­sée par le père et le fils permet à Emma­nuel Dongala de faire revivre l’esclavage mais aussi la condi­tion des femmes. Cet auteur sait parler des femmes et cela le rend très sympa­thique à mes yeux.
J’ai aimé cette lecture mais j’ai été un peu plus réser­vée que pour son premier roman, j’ai trouvé que le prétexte du roman se noyait un peu dans toutes les histoires diverses et variées que l’au­teur nous raconte. Entre Olympe de Gouge, Lavoi­sier, la révolte de Tous­saint Louver­ture, le sort des esclaves irlan­dais avant l’uti­li­sa­tion de la main d’oeuvre afri­caine, la révo­lu­tion fran­çaise.… Bref ce n’est pas un roman mais une dizaine qui se côtoient dans ce roman. Cela n’en­lève rien au talent de l’au­teur, mais par moment George et son père semblent moins inté­res­sants que les événe­ments qu’ils traversent.

Voici un portrait de George Brid­ge­to­wer :

Citations

Le public parisien 1789

Ici, les amateurs de musique, en parti­cu­lier les habi­tués du Concert Spiri­tuel, venaient autant pour se montrer que pour appré­cier la musique. En grande tenue, ils ne se gênaient pas pour jaser pendant l’exé­cu­tion d’un morceau ou même pour expri­mer leur opinion à haute et intel­li­gible voix.

Portrait des Viennois

Ne te fais pas d’illu­sions sur les Vien­nois. Ces gens-là sont super­fi­ciels. Tant qu’on leur donne de la bière et de la saucisse, ils se tiennent tran­quilles.

Dispute à propos du violon

Et cette vogue du violon ! Un instru­ment au son criard, dur et perçant. Qui n’a ni déli­ca­tesse ni harmo­nie et contrai­re­ment à la viole, à la flûte ou au clave­cin, est fati­gante autant pour l’exé­cu­tant que pour celui qui écoute. 
-Désolé, monsieur, lui rétor­qua son jeune contra­dic­teur, cette prédo­mi­nance du violon est là pour rester. Vous savez pour­quoi ? Parce qu’à lui tout seul, il peut être l’ins­tru­ment prin­ci­pal d’un orchestre.

Portrait d’Olympe de Gouge

Elle est folle, celle-là. Je ne vois pas vrai­ment pour­quoi Etta l’ad­mire tant ! Trou­vez-vous normal qu’elle demande l’abo­li­tion du mariage, qu’elle quali­fie de « tombeau de l’amour » ? Qu’elle prône sans vergogne le vaga­bon­dage sexuel en deman­dant de prendre en compte les penchants natu­rels des parte­naires à nouer des liai­sons hors mariage ? Qu’elle exige que la loi insti­tue un droit au divorce ? Pas éton­nant qu’elle demande aux enfants nés hors mariage, je veux dire les bâtards, soient octroyés les mêmes droits qu’aux enfants légi­times. Rendez-vous compte ! Une femme qui ignore l’ordre natu­rel des choses et veut poli­ti­quer comme un homme, voilà l’Olympe de Gouge qu’ad­mire tant notre cher Etta .

Un des aspects de l’esclavage

Avant de les vendre, on castrait les garçons et les hommes dans des condi­tions effroyables. L’opé­ra­tion était si barbare que très peu y survi­vaient : pour un rescapé, une douzaine trépas­sait (… ) 
Frédé­rick de Augus­tus était médusé. Il connais­sait les horreurs de l’es­cla­vage trans­at­lan­tique, mais personne aupa­ra­vant ne lui avait raconté l’es­cla­vage arabo-musul­man, tout aussi horrible, pire peut-être, sur certains aspects. Surtout, il ne trou­vait aucun sens écono­mique à cette castra­tion qui provo­quait la mort de tant d’es­claves. Il avait posé la ques­tion à Soli­man qui lui avait répli­qué :
- Vois-tu, ces escla­va­gistes-là ne raisonnent pas comme ce que ton père a connu dans les Caraïbes. Pour ces derniers, que les esclaves se repro­duisent est souhaité et même encou­ragé car essen­tiel pour leur pros­pé­rité. C’est comme avoir du chep­tel ; plus il se multi­plie, plus le proprié­taire devient riche. Cette logique écono­mique n’existe pas chez les négriers arabo-musul­mans, obnu­bi­lés qu’ils sont par la crainte de voir ces Noirs prendre souche et avoir des rela­tions sexuelles avec les femmes des harems dont ils sont les gardiens et les servi­teurs. Il fallait donc en faire des eunuques, c’est-à-dire les castrer. Pire encore, comme eux-mêmes ne se privaient pas de violer les esclaves noirs, les enfants qui en résul­taient étaient systé­ma­ti­que­ment élimi­nés ! (…)
Pose-toi la ques­tion mon cher Frédé­rick, comment expliques-tu aujourd’­hui la présence d’une popu­la­tion noire aussi nombreuses dans les Amériques alors que dans les sulta­nats et les candi­dats, malgré la masse innom­brable qui y a été impor­tée, ce n’est pas le cas ? Où sont passés tous ces Noirs qui ont traversé la mer Rouge en direc­tion de la pénin­sule arabique, entas­sés dans des boutres dans les condi­tions les plus atroces ? Crois-tu qu’ils ont tout simple­ment disparu comme ça dans un immense trou noir ? Non. C’est le résul­tat de ces pratiques igno­mi­nieuses. Castra­tion et infan­ti­cide !

Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Claude et Jean Dema­nuelli. Édition Cherche midi.

Livre criti­qué dans le cadre du programme Masse Critique de Babe­lio

Ouf ! j’ai terminé cet énorme pavé de 560 pages ! Énorme : car je n’ai abso­lu­ment pas appré­cié cette lecture que je m’étais enga­gée à lire dans le cadre d’une masse critique de Babe­lio. Le sujet m’intéressait, j’avais compris que c’était un roman histo­rique et qui devait me permettre de revivre la peste de Londres au XVII ° siècle – en période de pandé­mie cela me semblait une bonne idée que de se plon­ger dans des épidé­mies meur­trières du passé. Le roman se situe dans le milieu juif qui commen­çait tout juste à se réins­tal­ler en Angle­terre après les horreurs de l’in­qui­si­tion en Espagne et au Portu­gal. Mais ce n’est pas du tout le thème le plus impor­tant du roman. L’au­teure a voulu cerner ce qui aurait pu se passer à cette époque si une femme avait voulu se mêler d’écri­ture et de philo­so­phie. Il s’agit donc d’une oeuvre d’une fémi­niste qui veut faire comprendre la condi­tion de la femme. D’ailleurs elle le dit clai­re­ment dans son inter­view que l’on peut lire à la fin du livre :

Ques­tion : Comment vous est venue l’idée de ce roman ? 
Réponse : Dans une chambre à soi, Virgi­nia Woolf pose la ques­tion suivante : si William Shakes­peare avait eu une sœur aussi douée que lui, quelle aurait été son sort ?
Elle apporte elle-même une réponse succincte à la ques­tion. « Elle mourut jeune … Hélas, elle n’écri­vit jamais une ligne. »
Woolf a raison bien sûr. C’était le sort le plus vrai­sem­blable qui pouvait échoir à une femme de cette période douée d’un esprit déve­loppé. Les condi­tions dans lesquelles vivaient alors les femmes leur rendaient virtuel­le­ment impos­sible toute expres­sion artis­tique ou intel­lec­tuelle.
La fiction roma­nesque commence par une décou­verte de manus­crits datant des années 1660, dans une très belle demeure du XVII° à Londres. Ensuite les chapitres se succèdent soit à Londres avec Esther au service d’un rabbin rendu aveugle par les tortures de l’in­qui­si­tion, soit à Londres du XXI° siècle avec Helen Watt et son jeune assis­tant Aaron Levy. Les deux desti­nées sont construites en paral­lèles : Esther doit cacher à sa commu­nauté qu’elle lit et écrit et même trahira son rabbin tant respecté pour pouvoir dialo­guer avec Spinoza. Helen Watt est obli­gée de cacher ses décou­vertes le plus long­temps possible car personne, aujourd’hui encore, n’est prêt à admettre qu’une femme puisse atteindre un tel degré en matière philo­so­phique. Toutes les deux sont dans l’ur­gence de la mala­die, la peste pour Esther et la mala­die de Parkin­son qui ronge le cerveau d’He­len. Enfin les deux ont connu un véri­table amour qui a boule­versé leurs certi­tudes. Ce roman décrit aussi l’ivresse de la décou­verte de vieux docu­ments par des histo­riens et les riva­li­tés du monde univer­si­taire. Il décrit aussi les diffé­rences entre la froi­deur britan­nique et l’en­thou­siasme déplacé des améri­cains.
Tout cela aurait pu m’in­té­res­ser mais je n’ai jamais accro­ché à cette lecture qui a pour­tant reçu toutes les louanges de la presse améri­caine. La « construc­tion étour­dis­sante » dont parle la quatrième de couver­ture m’a semblé d’une lour­deur incroyable. Je vais peut-être me mettre à dos les fémi­nistes améri­caines mais je trouve le projet malhon­nête. Certes, les femmes du XVII° étaient inter­dites de créa­tions litté­raires et artis­tiques et on peut suppo­ser qu’une jeune fille de reli­gion juive avait encore moins d’op­por­tu­ni­tés de se libé­rer des carcans de la tradi­tion pour se permettre de philo­so­pher avec Spinoza. Autant un exemple pris dans la réalité m’au­rait inté­res­sée mais inven­ter un tel person­nage me semble vouloir faire corres­pondre l’idéo­lo­gie de l’au­teure à la réalité histo­rique.
Quant‑à la partie XXI° siècle, l’au­teure met ses person­nages dans des tensions qui rappellent celle des juifs ayant connu l’in­qui­si­tion et la peste de Londres, et je n’y ai pas cru non plus, évidem­ment !
Et comme l’au­teure essaie d’être dans la préci­sion histo­rique et psycho­lo­gique la plus proche de ce qu’elle croit être la réalité, il lui faut presque six cent pages pour ne me convaincre ni dans l’his­toire ancienne ni dans les conflits univer­si­taires britan­niques actuels . À ce roman trop bavard, je préfère et de loin la réponse lapi­daire de Virgi­nia Woolf. :
« Elle mourut jeune … Hélas, elle n’écri­vit jamais une ligne. »

Citation

Les femmes juives au XVII° siècle

Je comprends très bien ton désir de l’étude, mais tu dois réflé­chir au choix qui se présente à toi. Je ne peux pas faire comme si Dieu t’avait créée homme, et par consé­quent capable de vivre de son esprit et de son savoir. Dieu a mis en nous des désirs innom­brables. Mais nous les contrô­lons pour pouvoir vivre. J’ai été obligé, pour ma part, de maîtri­ser mes propres désirs quand la perte de ma vue m’a inter­dit de deve­nir le savant que je voulais être, ou de fonder une famille. Je regrette vrai­ment, dit-il en bais­sant encore la voix, de t’avoir induite à croire que tu pour­rais être une érudite. Tu en avais l’étoffe, cepen­dant.

La fuite du Portugal , parole de la mère juive rebelle.

« Quand ma mère et moi nous sommes enfuies de Lisbonne, c’était pour sauver nos vies. Pas nos vies de juive. Nos vies, tout court. Nous nous sommes enfuies parce que même si nous ne réci­tions jamais une prière, même si ma mère et mes tantes allaient danser après leur festin du vendredi, même ainsi, les prêtres voulaient nous traî­ner dans leur chambre de torture. »

Dialogue en Israël au XX° siècle

« Donne-moi le nom d’un pays, n’im­porte lequel, et je te parle­rai de l’époque où il ne pensait qu’à tuer les Juifs. Sais-tu que des nazis allaient recru­ter des paysans locaux en Russie pour les aider à noyer les Juifs, avant qu’ils aient trouvé des méthodes d’ex­ter­mi­na­tion plus effi­caces ? Trente mille morts en deux jours à Babi Yar. » Un silence. 
» Par noyade.
- Dror arrête.
-Je veux que tu essaies d’ima­gi­ner ça. 
Elle le regarda effa­rée.
» Moi, je l’ima­gine. On ne peut pas noyer les gens en masse tu vois, il faut procé­der indi­vi­duel­le­ment. Peux-tu imagi­ner ce que c’est que de forcer un enfant, une femme, un homme à garder la tête sous l’eau ? Et pas juste une seconde comme si tu agis­sais par réflexe avant d’avoir eu le temps de réflé­chir. Noyer quel­qu’un suppose que tu le main­tiennes … Il faut que tu conti­nues jusqu’à l’ex­tinc­tion de toute vie » conclut-il d’une voix brisée.

Édition Stock​.Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Journa­liste écri­vain, l’au­teur a vécu toute sa vie dans l’igno­rance de ce qui s’est passé pour son grand-père Paol, ex-offi­cier de l’In­do­chine et soldat décoré de la grande guerre 1418. En 1943, il est arrêté par la Gestapo et partira dans le camp de Dora, là où les nazis ont construit les missiles V2. Son petit fils est obsédé par ce qui s’est vrai­ment passé pour son grand-père et il part dans une enquête qui essaie d’ou­vrir toutes les portes vers la vérité que ni sa grand-mère ni son père n’ont voulu ouvrir.

Nous voyons donc le passé glorieux de cet offi­cier de l’ar­mée fran­çaise à travers ses diffé­rentes affec­ta­tions et aussi son passé de père d’une famille heureuse. Et puis, la guerre le retrouve en Bretagne et toute la famille est boule­ver­sée par son arres­ta­tion, le départ en Angle­terre du fils aîné et la mort de pneu­mo­nie de leur sœur. Le père de l’au­teur, Pierre sera à jamais cet enfant blessé par ces morts. Puis nous suivons le trajet de Paol dans les prisons puis de sa mort à Bergen-Belsen. Le prin­ci­pal inté­rêt est de faire revivre l’hor­reur de Dora :

On appren­dra même les raisons pour lesquelles cet homme a été arrêté et qui l’a dénoncé.

J’avoue n’avoir eu que peu d’in­té­rêt pour ce livre même si j’ai bien compris pour­quoi l’au­teur a eu ce besoin impé­rieux de l’écrire. Entre ce besoin et l’in­té­rêt du lecteur il y a une grand diffé­rence, je suis vrai­ment restée en dehors de ce livre de mémoires .

PS :

Ingann­mic m’a fait remar­quer qu’Aifelle était plus enthou­siaste que moi à propos de ce roman.

Citations

Portrait

Il était devenu cet homme fiable, taci­turne, mesuré en tout. Un père sur qui on pouvait comp­ter, présent parmi les absents, tenace dans les incer­ti­tudes, mais qui ne deman­dait rien, ne s’api­toyait jamais ni sur les autres ni sur lui-même. Taiseux surtout.

Édition ZOE traduit de l’anglais (Canada par Chris­tian Raguet)

Après « Les Étoiles s’éteignent à l’Aube » et les inci­ta­tions de Krol et d’Aifelle , j’ai retrouvé avec grand plai­sir le talent de Richard Waga­mese. On retrouve Franck, celui qui avait permis à son père de mourir en Indien et à nous lecteur de comprendre la beauté de la Colom­bie-Britan­nique. Cette fois encore le rapport de l’homme et de la nature est un des ressorts de ce roman que l’au­teur n’a pas eu le temps de finir.

Nous retrou­vons le thème de la rédemp­tion par le retour sur soi-même qu’offrent la nature et les animaux sauvages. Emmy est une jeune femme violen­tée par la vie et des compa­gnons tous plus brutaux et alcoo­liques les uns que les autres. Elle a une petite fille Winnie, au milieu de tant d’hor­reurs quoti­diennes, il ne lui reste qu’une seule volonté posi­tive : que sa petite fille connaisse une vie meilleure que la sienne. Elle fuit donc les deux hommes qui la bruta­lisent et la violentent régu­liè­re­ment pour sauver sa fille. Elle rencon­trera Franck et son ami Roth qui travaillent avec lui à la ferme du « Vieil homme » celui qui a sauvé Franck et lui a donné le sens et le respect de la vie. Le roman suit deux traces , l’une terrible et unique­ment faite de violence d’al­cool et de vengeance : celle des deux hommes qui traquent Emmie pour assou­vir leur vengeance, et celle de la recons­truc­tion de Winnie et d’Em­mie auprès de Franck dans les montagnes de la Colom­bie-Britan­nique.
L’au­teur n’a pas eu le temps de termi­ner son roman, mais, il me semble que la fin est inscrite en fili­grane dans ce que nous pouvons lire. Il s’agit de deux chasses, mais l’une est le fait de préda­teurs qui ne sentent pas la nature dans toute sa complexité et l’autre celle d’une récon­ci­lia­tion avec le monde dans toutes ses facettes. Parce que ce roman n’est pas complè­te­ment fini, on sent aussi, parfois, des dialogues rapi­de­ment esquis­sés qui auraient demandé une relec­ture. Mais à côté de cela , il y a des moments splen­dides en parti­cu­lier sur les rapports possibles entre les animaux et les hommes quand ceux-ci prennent le temps de les écou­ter. Un très beau livre d’un auteur qu’on aurait aimé lire encore long­temps.

Citations

Les loups

Ils étaient couchés sur un rocher pentu qui dépas­sait de l’ex­tré­mité de la saillie. Derrière eux, la lune étin­ce­lait comme un œil gigan­tesque. Le mâle alpha était le seul à être assis, face au disque lunaire scin­tillant, la tête légè­re­ment relevé, semblable à un enfant empli d’émer­veille­ment. Star­light reprit son souffle rapi­de­ment et se releva de toute sa hauteur. Le loup tourna la tête. Il s’ob­ser­vèrent : l’homme se sentit percé à jour, vu dans son inté­grité, il n’avait pas de peur en lui, seule­ment du calme, le même que dans le regard résolu du meneur de la meute. Le loup se dressa. Il balaya du regard l’en­semble du tapis céleste moucheté d’étoiles et Star­light suivit ses yeux. L’uni­vers, profond et éter­nel, était suspendu au-dessus d’eux, solen­nel et franc comme une prières.
Le loup se rassit et sembla étudier le pano­rama. Puis il souleva son nez et lança un un hurle­ment glaçant face à la lune et aux étoiles épar­pillées autour.

La violence faite aux enfants

Elle ne pouvait se remé­mo­rer une seule fois dans sa vie ou des hommes n’aient pas voulu la toucher, la tenir dans leurs bras, la cares­ser, et pendant un moment elle avait laissé faire parce que ça comblait le vide de soli­tude qu’elle portait en elle, orphe­line placée dans une famille. Elle avait laissé faire jusqu’à ce qu’elle commence à en souf­frir. Elle ne voulait pas penser à cette époque-là. Elle avait, une bonne fois pour toute, claquer la porte sur cette noir­ceur d’une nature parti­cu­lière. Il y avait là des monstres, à l’af­fût, furtifs, en embus­cade, atten­dant l’heure avant de se montrer et de s’emparer d’elle de sang-froid, avec leur sauvage mâchoire hargneuse. Elle avait senti leur présence toute sa vie. Il n’y avait jamais eu assez de lumière pour les chas­ser ou s’il y en avait eu, elle n’avait lui que briè­ve­ment avant de deve­nir l’ombre qu’elle avait connu et à laquelle elle s’était habi­tuée depuis un temps bien trop long. Ce n’est que l’im­pi­toyable cruauté de Cadotte qui avait préci­pité à la surface la vieille rage couvant en elle. Elle l’avait submer­gée. Elle avait déferlé sur elle comme une incon­trô­lable vague de peur, de négli­gence, d’aban­don, d’as­pi­ra­tion, de néant, de faim, de besoin et de haine ; une haine d’un violet pur, insi­dieuse, furieuse, pour les hommes pour la vie, pour elle-même, pour avoir toléré ce qu’elle avait toléré qu’il lui arrive.

L’alcool

Son monde était circons­crit par la picole. Il buvait constam­ment. Mais elle aussi avait sa propre alliance avec l’al­cool, qui semblait en accord avec celle de Cadotte. La picole permet­tait aux monstres et à l’obs­cu­rité de dispa­raître. Elle lui permet­tait presque d’ar­ri­ver à éprou­ver un senti­ment de joie, de liberté, et Emmy la lais­sait entrer dans son monde aussi souvent que s’en repré­sen­tait l’op­por­tu­nité. Avec Cadotte, elle se présen­tait tous les jours. Elle fut ivre six semaines d’af­fi­lées.

Un lieu à soi

Assis­ter au lever et coucher du soleil est deve­nue la seule prière que j’aie jamais éprouvé le besoin de pronon­cer. Voilà mon histoire. Voilà mon chez moi. Cela vit en moi. 
Je vous vois toutes les deux, je vous vois cher­cher quelque part où vous instal­ler. Très nerveuses et angois­sées à l’idée de ne pas avoir de repère fixe. Effrayées, même. Je ne sais pas pour­quoi. Je n’ai pas à le savoir. Mais le vieil homme m’a appris que si je peux aider quel­qu’un je dois le faire. Cette terre m’a donné un endroit où poser mes pieds. Je crois que peut-être je pour­rais en donner un aussi à Winnie. 
En vérité, une fois qu’il est en nous, une fois qu’on a fini par le connaître, on ne se sent plus jamais esseulé perdu ou triste. On a toujours un lieu pour porter tout cela, ou le lais­ser, ou lâcher prise. Et ce lieu est de nouveau en nous. Ce que je pense ? Je pense que Winnie doit avoir besoin de faire le vide. Vous aussi, si vous êtes prête.