Édition JCLat­tès . Traduit de l’an­glais par Johan Frede­rik Guedj.

J’ai reçu en cadeau cet essai de Tara Westo­ver et je l’ai lu avec beau­coup d’émo­tion et d’in­té­rêt. Cette jeune femme diplô­mée de l’université de Cambridge et de Harvard a commencé sa vie dans des condi­tions très parti­cu­lières. Venant d’un milieu mormon, elle a grandi dans l’Idaho près du mont Buck’s Peak.

Cette montagne aura une grande impor­tance dans la construc­tion de sa person­na­lité, son père lui a raconté toutes les légendes qui peuplent ces lieux et elle repré­sen­tera tout son univers pendant seize ans de sa vie. L’en­fance qu’elle raconte dans ce livre est terrible car non seule­ment les mormons ont tendance à vivre entre eux en respec­tant des règles strictes mais en plus son père était « le plus mormon des mormons » et surtout c’est un malade mental qui est la proie de crises para­noïaques. Il faudra à Tara, seize longues années pour se défaire des liens qui l’at­ta­chaient à cette famille morti­fère. Son frère aîné est d’une violence et d’une perver­sité incon­trô­lable, elle sera battue, humi­liée et en grand danger de mort sans que ses parents n’in­ter­viennent. Il faudra une dernière crise de ce frère pour qu’en­fin elle aban­donne ses réac­tions de petite dernière de la fratrie des Westo­ver pour aller vers des études qui lui permet­tront de trou­ver la femme remar­quable qu’elle est vraiment.

Sa descrip­tion de son enfance est émou­vante, si elle n’est pas allée à l’école, elle a croisé des adultes qui savaient lui dire que ce n’était pas normal et cela a dû avoir une certaine impor­tance dans la rupture avec ses parents qu’elle devra assu­mer. Elle tient beau­coup à ce titre « Éduca­tion » , car oui elle a été éduquée et en parti­cu­lier à trou­ver des forces en elle-même, savoir admi­rer la beauté de la nature mais à part cela c’est vrai­ment diffi­cile de voir les valeurs que son père lui a données. On sent très bien que la reli­gion n’est qu’un prétexte pour ce père afin de soumettre toute sa famille à des lois et des règles très dures. Les seuls qui se sont sortis de cette domi­na­tion sont ceux qui n’ont pas accepté de faire partie du clan et qui tous grâce aux études ont pu assu­mer leur vie. Les autres vivent encore sous cette domi­na­tion et le succès du livre de Tara n’a pas dû arran­ger la para­noïa de son père. Elle est défi­ni­ti­ve­ment passée du côté du gouver­ne­ment, celui qui impose le lavage de cerveau par l’école, qui ruine la santé par les vaccins et les soins à l’hô­pi­tal, qui ne croit pas à la fin du monde et donc n’en­cou­rage pas les construc­tions de souter­rains pour survivre : bref, le monde de terreur dominé par le patriarche et assiégé par les forces du mal dont sa fille fait main­te­nant partie.

Le soucis de vérité de Tara Westo­ver et son honnê­teté sont très émou­vants elle cherche à éviter la culpa­bi­lité que sa mère sa sœur et ses frères veulent lui incul­quer. On sent tout le travail théra­peu­tique qu’elle a dû faire pour oser écrire ses souve­nirs sans bles­ser personne et pouvoir retrou­ver sa famille sur des valeurs d’amour qui ne soient pas fondées sur la mani­pu­la­tion des uns par les autres.

Citations

Le début

Je n’ai que sept ans, mais je comprends que c’est surtout ça qui rend ma famille diffé­rentes : nous n’al­lons pas à l’école.
Papa redoute que le gouver­ne­ment ne nous force à y aller, et cela est impos­sible, parce que les auto­ri­tés ignorent que nous exis­tons. Quatre des sept enfants de mes parents n’ont pas d’acte de nais­sance. Nous n’avons pas de dossiers médi­caux, parce que nous sommes nés à la maison et n’avons jamais vu un méde­cin ou une infir­mière. Nous n’avons pas de dossier scolaire parce que nous n’avons jamais mis les pieds dans une salle de classe.

La propreté

« N’ap­prends-tu pas à tes enfants à se laver les mains après être allés aux toilettes ? »
Papa a pas mis le moteur en route. Le pick-up avan­çait lente­ment, il a fait un signe de la main. 
« Je leur apprends à ne pas se pisser sur les mains. »

La religion de ses parents

J’avais toujours su que mon père croyait en un Dieu diffé­rent. Enfant, j’avais conscience que si ma famille fréquen­tait la même église que tout le monde dans notre ville, notre reli­gion n’était pas pareil. Les autres croyaient en la décence ; nous, nous la prati­quions . Ils croyaient au pouvoir de guéri­son de Dieu ; nous remet­tions nos bles­sures entre Ses mains. Ils croyaient en la prépa­ra­tion de la Résur­rec­tion, nous nous y prépa­rions véri­ta­ble­ment. Aussi loin que je me souvienne, j’étais convaincu que les membres de ma famille étaient les seuls vrais mormons que j’ai jamais connus.

Le final

Main­te­nant que j’y pensais, je me rendais compte que tous mes frères et soeurs excep­tés Richard et Tyler, étaient écono­mi­que­ment dépen­dants de mes parents. Ma famille se scin­dait en deux ‑les trois qui avaient quitté la montagne, et les quatre qui étaient restés. Les trois titu­laires de docto­rat, et les quatre sans diplômes. Un fossé était apparu, et se creusait.

Édition Chris­tian Bour­geois. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Auré­lie Tronchet

Un livre passion­nant dont pour­tant je n’ai pas eu envie de noter beau­coup de passages, mais cela n’est pas du tout un signe d’une moindre qualité. L’in­té­rêt du roman vient de la confron­ta­tion des diffé­rents person­nages à propos d’ un fait divers. À travers chaque chapitre de longueur variée la roman­cière cerne la réac­tion d’un des person­nages autour d’un tragique acci­dent. Il n’y a pas de grandes pensées au delà des faits, et pour­tant la réalité se construit peu à peu, avec une préci­sion éton­nante et qui m’a capti­vée. L’ef­fet roman choral provoque chez moi un besoin de pause entre les person­nages, mais ce n’est pas du tout gênant. Je vous présente rapi­de­ment les personnages :
– Driss Guer­raoui, proprié­taire d’un restau­rant a été renversé et tué par un chauf­fard qui a pris la fuite alors qu’il traver­sait devant son établis­se­ment pour reprendre sa voiture .
– Sa fille Nora, une musi­cienne de talent, pense que l’acte était volon­taire et avec elle on ressent que les musul­mans Maro­cains ne sont pas si bien vus que ça aux USA.
– Efrain est origi­naire du Mexique et a été témoin de l’ac­ci­dent mais il n’ose pas témoi­gner car il est en situa­tion irré­gu­lière et a très peur d’être recon­duit à la fron­tière. – Maryam la femme de Driss a laissé plus de la moitié de sa vie au Maroc qu’elle a dû fuir à cause de la répres­sion qui s’est abat­tue sur les oppo­sants maro­cains dans les années 80. – Son autre fille Selma qui semble avoir si bien réussi cache mal des fêlures qui l’empêche d’être heureuse. – Cole­man est la femme poli­cière char­gée de l’en­quête. Ce sont tous « les autres » Améri­cains, je mets aussi la poli­cière parce qu’elle est noire et subit le racisme ordi­naire des blancs.

Il y a aussi le voisin du restau­rant qui tient un bowling, et de son fils, d’eux je ne peux rien dire sans divul­gâ­cher l’en­quête poli­cière qui sous-tend ce roman.

Et puis, on entend aussi la voix de Jérémy qui est revenu d’Irak telle­ment meur­tri qu’il a failli sombrer dans l’al­coo­lisme comme son copain de guerre qu’il cher­chera à aider au détri­ment de sa rela­tion avec Nora.

Chaque person­nage est une partie du puzzle qui consti­tue ce roman et qui donne une image des USA qui est certai­ne­ment plus divisé que l’on ne peut l’ima­gi­ner. Bien sûr, depuis Trump on connaît la fameuse frac­ture qui divise ce pays mais ce roman témoigne qu’il y en a bien d’autres et que ce n’est pas du tout certain que le modèle améri­cain permette une meilleure adap­ta­tion des popu­la­tions d’origine étran­gère que le système fran­çais. Ce roman permet de sentir que ce n’est pas si simple de passer d’une culture à une autre et de faire un seul pays avec des arri­vants du monde entier, mais grâce à la démo­cra­tie il y a quand même un espoir et une place pour la vérité et la justice. Un livre prenant facile à lire et qu’on n’ou­blie pas.

Citations

Dans les année 80 : guerre Sahara Maroc en 1975

On y est, je me rappelle avoir pensé, c’est la fin du régime. Comment pouvait-il survivre au fait de tuer ses propres enfants en plein jour ? Mais alors que cette pensée se cris­tal­li­sait dans mon esprit, un des poli­ciers m’a repéré sur le toit, il a levé son arme et m’avi­ser. Même quatre étages plus haut, j’ai vu le canon noir sur moi. Je me suis laissé tomber à genoux, ne compre­nant qu’au siffle­ment proche que la balle m’avais manqué. Adossé contre le mur, j’ai guetté le bruit sourd des bottes des poli­ciers dans l’es­ca­lier. J’ai attendu pendant tout l’après-midi. Même une fois la nuit tombée, j’at­ten­dais encore. J’en­ten­dais encore les sirènes des voitures de police. Des cris­se­ments de pneus. Les bris de verre. Les cris des gens. Le vent dans les palmiers.

L’exil

Pour ma mère, les choses se dérou­laient toujours comme elles n’étaient pas censées se passer. Elle avait quitté son pays avec sa famille, mais tout ce qu’elle n’avait pu empor­ter avec elle lui manquait encore. Son ancienne maison lui manquait, ses amis d’en­fance, l’ap­pel à la prière à l’aube. Quel que soit le plat somp­tueux qu’elle cuisi­nait, il lui manquait toujours quelque chose ‑un ingré­dient, ou bien le goût n’al­lait pas. Le mariage de ma sœur l’a propul­sée dans les paroxysmes de nostal­gie qui ont trans­formé notre maison en un bazar empli de motifs au henné, de cein­tures brodées, de plateaux en cuivre et même d’un palan­quin pour les mariés. Ma mère a dû lais­ser beau­coup de tradi­tions derrière elle et, plus le temps a passé, plus elles sont deve­nues impor­tantes à ses yeux.

Analyse d’un mariage

Mais comme Maryam n’ai­mait aucun des tissus que j’ai choi­sis, j’ai fini par céder. On a acheté les rideaux qu’elle aimait et on est rentré à la maison. J’ai sorti l’échelle et mes outils mais, chaque fois que je faisais un trou, la tringle, selon elle, devait être un peu plus haute ou plus basse. Dans les rideaux ont enfin été instal­lés, il y avait cinq trous dans le mur et la tringle penchait à gauche. Je ne sais pas pour­quoi je me rappelle ça, autant d’an­nées plus tard, ce n’est vrai­ment qu’un détail. C’est peut-être parce que j’es­saie de comprendre ce qui m’est arrivé. Tout ce que je sais, c’est que la vie est courte. Sans en avoir conscience, j’avais cheminé sur la route qui va de la nais­sance à la mort avec la mauvaise compagne.

Remarque sur les américains vus par une marocaine d’origine .

J’avais déjà remar­qué ça chez les Améri­cains, ils veulent toujours passer à l’ac­tion, ils ont du mal à rester en place ou à se lais­ser ressen­tir des émotions désagréables.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Édition Phébus , traduit de l’an­glais par Jean buhler

Ce roman s’est retrouvé dans les propo­si­tions du club de lecture dans le thème : « écri­vains améri­cains ayant habité en France ». J’ai appris ainsi que Louis Brom­field a séjourné des dizaines d’an­nées en France puis, il est retourné dans son Ohio natal pour y fonder une ferme écolo­gique qui se visite toujours. Ce roman, je l’ai lu et relu dans ma jeunesse, j’ado­rais les passages où Mrs Parking­ton règle ses comptes avec les médiocres qui n’avaient pour eux que la richesse due à leur nais­sance. J’ai éprouvé un plai­sir très régres­sif à le lire de nouveau. L’in­trigue est bien menée : une riche héri­tière d’un mari peu scru­pu­leux qui a amassé une fortune consi­dé­rable voit s’ef­fon­drer un monde basé sur l’ap­par­te­nance à une classe sociale et qui se croit à l’abri des lois et du commun des mortels. Elle fera tout ce qu’elle peut pour sauver son arrière petite fille des retom­bées qui vont écla­bous­ser son père qui a épousé la petite fille de Susie Parking­ton. L’au­teur fait de constants retours en arrière qui nous permettent de revivre la vie de cette femme et expliquent pour­quoi leurs enfants et petits enfants ont tant de mal à se sentir bien dans leur peau. Trop beaux pour ses fils, pas assez belle pour sa fille, mais dans tous les cas beau­coup, beau­coup trop riches, ils n’au­ront pas su être heureux. En reli­sant ce roman, j’ai pensé qu’au­jourd’­hui les requins de la finance n’ont guère été punis pour leurs actions qui ont ruiné tant de gens dans le monde. Il y a bien des aspects de ce roman auxquels je suis moins sensibles aujourd’­hui et que je trouve même agaçants. La place de la femme, qui doit être belle, coura­geuse, soute­nant son mari en toute occa­sion, et en même temps heureuse, on est loin des combats fémi­nistes ! L’idée que l’hé­ré­dité explique les diffi­cul­tés des descen­dants : les « Blairs » étaient des origi­naux les enfants seront marqués un peu bizarres. En revanche, j’avais oublié à quel point ce roman était une critique du capi­ta­lisme améri­cain et soute­nait la poli­tique de Roose­velt, le roman raconte la fin d’un monde fondé sur un capi­ta­lisme préda­teur et l’ar­ri­vée d’un société plus humaine et plus honnête. L’au­teur critique beau­coup les Améri­cains qui croient que la nais­sance leur permettent d’ap­par­te­nir à un monde au-dessus des lois, ce que je trouve un peu étrange car pour moi l’image de l’Amé­ri­cain est plutôt repré­senté par le « self made man ». Et fina­le­ment, je l’avoue, avoir de nouveau éprouvé de la sympa­thie pour cette femme extra­or­di­naire même si je ne crois pas du tout que ce genre de person­na­lité avec toutes ces quali­tés puisse exister.

Plus qu’un juge­ment objec­tif sur ce roman, les cinq coquillages viennent illus­trer tous les bons souve­nirs que cette lecture m’a rappelés.

Citations

Sa jeunesse admirons au passage la nature féminine.…

Susie ne manquait jamais de voir le soleil se lever, car sa mère et elle étaient toujours debout avant l’aube afin de prépa­rer les provi­sions des hommes qui allaient travailler dans les mines. Il fallait embal­ler des sand­wichs et verser le café dans des bouteilles. Active et précise dans ses gestes, la mère de Susie était jolie, avec ses petits yeux bleus et ses joues à se joue à fossettes. C’était une de ces femmes qui ont besoin de travailler sans relâche, de par leur nature même. Elle n’au­rait pu se priver de four­nir de grand effort physique. Susie connais­sait aussi ce besoin dévo­rant d’ac­ti­vité, cette inquié­tude qui ne l’eût jamais laissé en repos si son éner­gie n’avait été heureu­se­ment tempé­rée par une forte propen­sion à la rêve­rie et à la contemplation.

Le personnage négatif de l’ancien monde

Ned avait peu d’ex­pé­rience, mais il avait déjà rencon­tré assez d’in­di­vi­dus de la trempe d’Amaury pour pouvoir les juger au premier coup d’œil. Ces gens-là croyaient être proté­gés par des privi­lèges spéciaux du fait de leur nais­sance et échap­per ainsi aux lois qui régissent les actes de l’en­semble du peuple améri­cain. Ils étaient nés dans cette période où le senti­ment des valeurs avait été faussé, où l’on ne croyait qu’à la puis­sance de l’argent et où l’on négli­geait complè­te­ment les quali­tés du cœur et de l’esprit.

Une phrase que je dédie à ceux qui sont toujours en retard

Toujours ponc­tuel, le juge Everett arriva à onze heures trente. L’exac­ti­tude est le propre des gens qui travaillent beau­coup. Seuls les oisifs peuvent se permettre de gaspiller le peu de temps qui nous est accordé pour vivre.

Réflexions sur un type de personnalité que je trouve assez juste

La pauvre duchesse, avec son visage blême et ses yeux pitoyables de tris­tesse, semblait deman­der l’au­mône d’un peu de sympa­thie, mais dans l’ins­tant qu’on lui accor­dait, elle la refu­sait contre toute attente et se cachait derrière l’écran de sa dignité blessé. Elle était triste comme seuls peuvent l’être ceux qui sont parfai­te­ment égoïstes, ceux qui sont condam­nés à souf­frir toujours et partout, parce qu’ils ne veulent pas voir plus loin que les murs de la prison dans laquelle les tient enfer­més le souci de leurs propres peines.

Un petit livre trouvé chez Nouketteet que j’ai lu, moi aussi, en une soirée, ce petit Adrien qui a le mot « rien » dans son nom est boule­ver­sant. Il voudrait être aimé , il voudrait avoir un papa, ou au moins savoir qui est son papa. La vie n’est pour lui qu’une succes­sion de choses qui vont mal, comme ses reins qui sont fichus et qui le mettent en grand danger de mort, comme sa maman qui a un grave acci­dent, comme sa tante – la sorcière- qu’il déteste et qui ne sait pas aimer les enfants. Est-ce qu’un jour la vie lui sera un peu plus douce ? On l’es­père mais c’est vrai­ment mal parti, en atten­dant, l’au­teure a su nous embar­quer dans les méandres des pensées des enfants pour qui rien n’est simple. De l’ex­té­rieur on peut penser qu’ils s’y prennent très mal ! mais si on savait ! C’est si compli­qué pour un enfant de cher­cher à se faire aimer d’adultes qui n’ont pas résolu leurs conflits. Le regard du petit garçon choisi pour la couver­ture du livre poche dit bien toute la détresse de ce petit Adrien.

Citations

le début

Aussi loin que je m’en souvienne, je l’at­ten­dais assis, le menton sur les genoux, les bras autour des jambes et le dos appuyé contre la porte du placard.

Sa maladie

Je lui ai alors expli­qué que j’étais malheu­reux au sixième étage de cet immeuble où nous vivions, que je détes­tais le sous-sol, que je m’en­nuyais avec elle pendant les weekends et sans elle pendant la semaine. Elle n’avait qu’à arrê­ter de travailler s’oc­cu­per de moi, au lieu de m’aban­don­ner à ma sorcière de tante. Bien sûr, il y avait la mala­die, cette fichue mala­die des reins fichus qui me faisait manquer l’école,

Édition Buchet/​Chastel

Une auteure qui a un joli style tout en simpli­cité et pour­tant, quel travail sur ses phrases ! Elles sont toutes cise­lées et semblent couler de source. On recon­naît Marie-Hélène Lafon, un peu comme on recon­nait Annie Ernaux. C’est une qualité que j’ap­pré­cie beau­coup : une écri­ture qui se recon­naît en restant simple. J’avais beau­coup aimé L’an­nonce, et eu plus de réserves sur Joseph . Mais ce roman m’a beau­coup plu. Il commence par une tragé­die racon­tée de façon saisis­sante, la mort d’un enfant ébouillanté acci­den­tel­le­ment par une femme qui en perdra la raison. Ensuite le roman se morcelle en suivant diffé­rents person­nages. Le fil conduc­teur c’est ce « fils » mort de façon tragique, son jumeau suivra un parcours marqué par la colla­bo­ra­tion et les conquêtes fémi­nines. Il ne saura pas qu’il a eu un fils qui au contraire s’illustre par son courage de résis­tant pendant la guerre 3945 . La mère de ce fils est un person­nage étrange qui est en toile de fond du roman et que l’on ne comprend pas très bien. Sa plus grande sagesse a été de confier cet enfant à sa sœur et son mari qui lui donne­ront amour et tendresse. Comme il faut bien une fin , si ce fils n’a pas retrouvé ses racines pater­nelles, dans un dernier chapitre les deux familles fini­ront par se rejoindre.
Je n’ai pas toujours appré­cié ce morcel­le­ment que Kathel appelle l’art de l’el­lipse, mais ma réserve vient surtout des person­nages , comme celui de la mère, pas assez appro­fon­dis. Si j’aime cette auteure, c’est pour son style et les ambiances qui règnent dans ces romans plus, sans doute, que ses histoires qu’elle suggère plus qu’elle ne les raconte.

Citations

J’aime le style de cet auteur

Une fois, elle lui avait demandé son âge, le vrai, et lui avait dit qu’il ressem­blait beau­coup, en plus jeune, à son frère dont elle était sans nouvelles depuis octobre 1940. Il avait pensé, sans le dire, que c’était peut-être un critère discu­table pour choi­sir un amant dans une troupe de mâles tous plus ou moins affa­més et affû­tés par le senti­ment de vivre à la proue d’eux- mêmes.
Cette femme, Sylvia, disait ça, vivre à la proue, être affûté ; elle parlait souvent avec des images qui ne se compre­naient pas tout à fait du premier coup mais se plan­taient dans l’os et y restaient.

Le catéchisme 1934

Il aime l’école le mettre la gram­maire, et les autres matières, il est d’ac­cord pour tout. Il aurait voulu suivre aussi le caté­chisme avec les enfants de son âge ; mais sa mère n’y tenait pas, elle a dit, il est baptisé et ça suffit ; Hélène et Léon n’ont pas insisté et il croit comprendre que la dame du caté­chisme et le curé, qu’il connaît, comme tout le monde à Figeac, ne doivent pas être très à l’aise avec les fils de pères incon­nus. Inconnu est un adjec­tif quali­fi­ca­tif, il en est certain, il peut comp­ter là-dessus, sur la gram­maire. À père inconnu, fils inconnu. Ce père et lui aurait en commun un adjec­tif de trois syllabes dont la première est un préfixe de sens néga­tif et les deux suivantes un parti­cipe passé.

Cadeau de mon fils qui partage mon goût pour l’hu­mour de cet auteur aussi bien en roman : Le Discours , qu’en BD : depuis Zaï Zaï Zaï , Et si l’amour c’était d’ai­mer, et Formica . Il s’agit d’un de ses premiers romans et déjà tout son humour est présent. L’au­teur narra­teur, auteur de théâtre de son état, est un éter­nel perdant qui se présente comme étant un collec­tion­neur d’en­ter­re­ments. Mais surtout ne vous fiez à rien de ce qu’il raconte car tout est faux et tout n’est qu’un jeu d’ap­pa­rences . Tout le monde est mani­pulé par cette société Figu­rec, qui paye des figu­rants pour que votre vie ait l’air de quelque chose d’à peu près vivable. Au passage vous aurez quelques éclats de rire, pas forcé­ment les mêmes que les miens mais je suis certaine que vous rirez. En revanche ne vous accro­chez pas trop à l’in­trigue, si elle est meilleure que la pièce de théâtre dont nous avons quelques extraits ce n’est quand même pas l’his­toire du siècle. C’est pour moi moins bon que « Le Discours » mais pour mes éclats de rire, je lui attri­bue quand même ses quatre coquillages.

Citations

La phrase à ne pas oublier (et à essayer de recaser dans une conversation)

On peut diffi­ci­le­ment se permettre d’être para­site et végétarien.

Les artistes

Il y a les artistes et ceux qui auraient aimé être artistes, c’est géné­ra­le­ment dans cette caté­go­rie qu’on trouve les mécènes – et puis il y a ceux qui n’en ont rien à foutre, pour qui les artistes sont soit des fainéants, soit des homo­sexuels, soit les deux.

Un bel enterrement

Ah, l’en­ter­re­ment d’An­toine Mendez ! Sa femme essayant de sauter dans le caveau pour le rejoindre dans l’éter­nité, ses cris hysté­riques, ses trois fils la rete­nant dans des spasmes maîtri­sés de grands garçons face à la mort, le discours de son meilleur ami admi­ra­ble­ment ciselé, pas du tout mortuaire, certaines anec­dotes parve­nant même à susci­ter des petits rires humides et pensifs dans l’as­sis­tance. Je souhaite sincè­re­ment que cet ami ait droit à pareil éloge quand son tour vien­dra. Antoine Mendez, voilà quel­qu’un qui a réussi son enter­re­ment. Il y a des gens comme ça qui savent partir.

Figurec

Depuis, l’idée a fait son chemin. Figu­rec aujourd’­hui c’est des dizaines de milliers d’employés à travers le monde. Des figu­rant dans tous les domaines, partout, proba­ble­ment la société secrète la plus puis­sante du monde ou employé et comman­di­taire sont tous maçons ou fils de maçon. Enfin pas tout à fait maçons, plutôt Roque­bru­niste, c’est une autre école, la belle dissidente.

Sa mère

Ma mère ressent toujours le besoin de préci­ser l’ori­gine des aliments qu’elle propose à ses invi­tés, de manière un peu para­noïaque, comme si elle était persua­dée que les gens qui viennent manger chez elle redoutent l’in­toxi­ca­tion alimen­taire. Si la cuisine était assez grande pour y faire entrer deux bovins, elle présen­te­rait aux invi­tés les parents du steak.

Ses succès féminins

La dernière femme avec qui j’ai eu une conver­sa­tion en tête à tête – si j’ex­clus ma mère et ma boulan­gère – est la profes­seur d’an­glais qui m’a fait passer l’oral du bac. Autant dire que, contrai­re­ment à » my tailor », mon expé­rience » is not rich ».

Les manifs de prof le chapitre entier est très drôle voici juste un passage

Devant nous, un homme et une femme discute assez violem­ment, lui est du SEAFFJ (syndi­cat des ensei­gnants adhé­rents à la Fédé­ra­tion fran­çaise de judo) et elle du SEDV (syndi­cat des ensei­gnants diabé­tiques et végé­ta­liens). Visi­ble­ment ils ne sont pas tout à fait d’ac­cord sur un point précis des reven­di­ca­tions. Fina­le­ment, un type avec un bouc et des lunettes, du SEPVSELC (syndi­cat des ensei­gnants pour la vacci­na­tion systé­ma­tique des enfants du Loir-et-Cher) s’in­ter­pose et finit par les calmer.

Édition de l’Olivier

Je pensais avoir déjà mis des romans de cet auteur sur mon blog mais puisque je ne l’ai pas encore fait, je vais commen­cer par celui-là qui a eu le grand mérite de m’oc­cu­per pendant deux jours pendant cette horrible période de confi­ne­ment au prin­temps 2020. Nous sommes en 2008, et le narra­teur un Paul Stern qui doit avoir quelques points communs avec l’au­teur, est acca­blé par une famille assez lourde. Son oncle Charles et son père se détestent. Son père a formé avec sa mère un couple tradi­tion­nel, catho­lique très conser­va­teur qui a un peu étouffé leur fils unique Paul. Le père a eu bien des déboires finan­ciers et a mené une vie assez étri­quée, Charles est tout le contraire, il est très riche, vit avec une femme sans être marié qu’il appelle John-Johnny et a de nombreuses maîtresses. Il cherche par tous les moyens à écra­ser son frère en parti­cu­lier en ache­tant des bateaux à moteur très puis­sants. Ce frère meurt, et le père du narra­teur hérite et avoue à son fils qu’il n’a jamais eu la foi et qu’il n’a jamais aimé sa femme… Dans sa propre famille Paul ne comprend pas pour­quoi sa femme Anna est dépres­sive au point de ne plus avoir envie de rien et de dormir toute la jour­née. En revanche, ses trois enfants ont l’air d’al­ler bien. Paul Stern part une année à Los Angeles pour rédi­ger le script d’un film tiré d’un mauvais film fran­çais. L’in­té­rêt du roman vient de la pein­ture du monde de Los Angeles, d’Hol­ly­wood exac­te­ment et c’est vrai­ment terrible de voir comment ce grand pays maltraite sa popu­la­tion vieillis­sante et pauvre. Evidem­ment la peur de vieillir est encore plus terrible pour les acteurs. Son année aux US est ponc­tuée par les coups de fils de son père qui n’ar­rive pas à se mettre dans la tête le déca­lage horaire, et l’on voit cet homme que son fils a connu toute sa vie très coincé se lâcher dans les plai­sirs du sexe et de l’argent. Paul revien­dra en France et retrou­vera une Anna plus en forme et on l’es­père pour lui, une vie fami­liale plus épanouie.

Il manque de la profon­deur à ce roman, en parti­cu­lier sur les malaises de sa propre famille. On a aucune expli­ca­tion au mal-être d’Anna mais ce n’est sans doute pas ce que voulait faire l’au­teur. En revanche l’au­teur ne manque pas d’hu­mour et son livre est riche d’im­pres­sions hélas trop justes sur l’en­vers du décor de la réus­site américaine.

Citations

Ambiance dès le début du roman

Pour autant qu’il m’en souvienne, je n’ai jamais vu vivre ces deux hommes autre­ment que dans l’exécration et le conflit. Mon oncle, proprié­taire de biens, installé à Paris – en outre le seul indi­vidu que j’ai connu à possé­der un porte­feuille en velours pourpre‑, tenait son frère pour un velléi­taire envieux, un raté oxydé par la province et l’ai­greur, tandis que mon père, lors­qu’il évoquait les frasques de son aîné, commen­çait inévi­ta­ble­ment par cette phrase :« Le sauteur s’est encore fait remar­quer. » Ce terme désuet était assez appro­prié à l’uni­vers des frères Stern.

Les deux frères

À quai, les frères s’épiaient . Quand l’un larguait les amarres, l’autre, en géné­ral Charles, le suivait préci­pi­tam­ment. À la sortie du chenal, le rituel était toujours le même : mon père calait son régime moteur à 1800 tours par minute – ce qui lui garan­tis­sait une consom­ma­tion horaire d’un litre et demi de gas-oil- et sa ligne sur un cap à l’ouest tandis que son frère derrière lui, lançait ses turbines rugis­santes. Au moment où il était dépassé sur bâbord, mon père s’ef­for­çait de demeu­rer impa­vide dans la gerbe d’écume, n’adres­sant pas même un regard à l’éner­gu­mène qui envoyait son bateau ballot­ter dans tous les sens, ce chauf­fard des mers qu’il ne connais­sait que trop.

Portrait d un acteur

Il faut s’ai­der de la beauté nébu­leuse carac­té­ris­tique de ces médiocres acteurs dont on ne se rappelle jamais le nom. Il était à l’âge char­nière où l’on pouvait encore devi­ner l’en­fant imbu­vable qu’il avait été et voir déjà le sale con qu’il s’ap­prê­tait à devenir.

Ce roman date de 2008 mais ce qu’il décrit est encore vrai aujourd’hui.

Il ne rejoin­drait pas la cohorte de ces retrai­tés qui se rendaient à leur travail à l’heure où, le soir, je rentrais chez moi. On ne dit pas assez la violence extrême et quoti­dienne que ce pays inflige à ses ressor­tis­sants, aux plus pauvres, aux plus faibles d’entre eux. Pour survivre, payer le loyer et leurs soins médi­caux, un nombre crois­sant d’hommes et de femmes cumule deux emplois. Le jour ils embauchent dans des super­mar­ché ou des compa­gnies de nettoyage et, la nuit les hommes gardent des parkings tandis que les femmes servent dans les « diners » ouverts vingt quatre heures sur vingt quatre. La ville, le pays tout entier usent ses vieux jusqu’à la corde, puis les jettent à la rue quand ils n’ont plus les moyens de se payer un logement.

Je trouve cela très vrai :

Et je m’étais lancé dans le récit d’un scéna­rio que j’im­pro­vi­sais et mode­lais tout en le racon­tant. Ce n’était pas la première fois que je le consta­tais , mais cela me surpre­nait chaque fois : l’es­prit n’est qu’une matière inerte, un moteur décou­plé. Pour fonc­tion­ner il lui faut un carbu­rant terri­ble­ment vola­til et précieux : le désir.

Le re-mariage de son père avec la concubine de son propre frère

Je vis surgir mon père dans un costume beurre frais, sans doute taillé pour Maurice Cheva­lier, cano­tier compris, s’avan­cer vers le Maire au bras d’une femme sans doute sédui­sante, mais moulée dans une robe de taffe­tas blanc aux lignes ember­li­fi­co­tées qui mouraient vers l’ar­rière en une esquisse de traîne timi­de­ment inache­vée. Fran­çoise-Johnny portait un chapeau de la même matière, l’une de ces choses effrayantes que l’on ne voit plus que sur certains hippo­dromes britan­niques, et qui retom­bait sur ses épaules à la façon d’un col de cygne mort. Je me deman­dais si c’était l’amour ou l’âge qui rendait à ce point fou. À moins que ce ne fût les deux.

Un milliardaire américain

Pour­quoi les milliar­daires adop­taient-il toujours le mauvais goût des empe­reurs et éprou­vaient-ils le besoin irré­pres­sible, d’en­lu­mi­ner, de dorer ce qui déjà suin­tait l’argent ? J’igno­rais à partir de quelle quan­tité de diéthy­la­mide d’acide lyser­gique (LSD) ce décor de péplum deve­nait accep­table, mais pour un prome­neur néophyte il était une constante irri­ta­tion oculaire. Même si, dans son genre, Ames n’était sans doute pas le pire. Pour un homme réputé compli­qué, il aimait plutôt les choses simples, les colonnes hellènes, un hori­zon de marbre, des moulures à palmettes, les plafonds sixti­niens, un mobi­lier emperlouzés,des portes sculp­tées aux poignées poinçonnées.

Humour

Tu sais comment je l’ap­pelle ? Forrest Gump. Parce qu’il passe la moitié du temps à courir pour se main­te­nir en forme et l’autre à galo­per pour échap­per à sa femme. C’est ça, je baise avec Forrest Gump.

Le golf

-Alors ce golf ?
- Je ne sais pas jouer. Ce n’est vrai­ment pas mon sport.
- Qu’est-ce que vous me dites là ? Le golf n’est le sport de personnes, Paul. Les types qui le pratiquent l’ont choisi par défaut, parce qu’ils ont échoué dans d’autres disci­plines par manque de vitesse, d’adresse, d’en­du­rance de force. Le golfeur dissi­mule une petite infir­mité, c’est pour ça qu’il fait son parcours en voitu­rette électrique.

LOS Angeles

Elle incar­nait toute la pensée désaxée de ce pays, cette espèce de reli­gio­sité spon­gieuse, de verro­te­rie spiri­tuelle, de macé­doine sociale, avec des pauvres pour ramas­ser les merdes des chiens, des vieux pour garer des voitures, Edwards pour livrer des pizzas, un remède de cheval pour calmer Efrain et des cham­pi­gnons pour guérir les angoisses verté­brale, C4 C5 incluses. Ce pays était une secte, avec ses rites écono­miques et ses gourous fanatiques.

Autant notre mémoire a été marquée par l’in­dé­pen­dance de l’Al­gé­rie autant celle du Maroc est beau­coup moins trai­tée par les écri­vains. Tout semble se passer plus faci­le­ment au Maroc, et pour­tant ! Voici un roman qui montre que ce pays a connu son lot de violences. Mais ce n’est pas l’unique inté­rêt de ce livre bien au contraire. L’au­teure puise dans ses origines maro­caine par son père et fran­çaise par sa mère l’ob­jet de son roman. Elle décrit de l’in­té­rieur les diffi­cul­tés d’un couple métissé en 1945 à Meknes et c’est passion­nant. On comprend bien ce qui a motivé sa mère à suivre son amour ce beau maro­cain venu déli­vrer la France pendant la seconde guerre mondiale. On comprend aussi combien pour Amine son père, il est diffi­cile de s’im­po­ser comme Maro­cain et d’être rejeté par les colons et aussi par les autoch­tones qui lui reprochent son mariage. À force d’un travail complè­te­ment fou, ils arri­ve­ront à créer une ferme dans les alen­tours de Meknes, et Mathilde sans être heureuse trou­vera une place dans le pays en soignant la popu­la­tion dans un dispen­saire où elle accueillera toute la popu­la­tion pauvre du Bled. Comme toujours quand il s’agit de romans sur les pays du Magh­reb, la condi­tion de la femme est insup­por­table et pour­tant ce sont bien les femmes qui permettent aux familles de tenir. L’au­teure décrit très bien le senti­ment de rejet de la popu­la­tion colo­ni­sa­trice et les diffi­cul­tés de l’en­fant qui se sent mépri­sée par les petites filles qui se croient supé­rieures seule­ment parce qu’elles sont « fran­çaises ». Un jour les sœurs de son école orga­nisent une visite et, grâce à ce roman, j’ai décou­vert le sort de esclaves chré­tiens du XVIII siècle. Pour une fois les rapports étaient inver­sés, ce ne sont plus les occi­den­taux qui font souf­frir les Arabes, mais les trai­te­ments sont tout aussi cruels. Les pauvres esclaves qui ont construit ces laby­rinthes étaient descen­dus par des trous et ne remon­taient jamais à la lumière du jour. Ils mour­raient d’épui­se­ment car ils étaient très mal nour­ris. Ce lieu se visite encore aujourd’­hui à Meknes :

Citations

Paroles de colons

Ils peuvent dire ce qu’ils veulent, mais il sera beau ce pays quand nous ne serons plus là pour faire fleu­rir les arbres, pour retour­ner la terre, pour y appli­quer notre achar­ne­ment. Qu’est-ce qu’il y avait ici avant que nous arri­vions ? Je te le demande ! Rien.
Moi je le connais ces arabe. Les ouvriers sont des ignare, comment veux-tu ne pas avoir envie de les rosser ? Je parle leur langue, je connais leur travers. Je sais très bien ce qu’on dit sur l’in­dé­pen­dance mais ce n’est pas une poignée d’agi­tés qui va me reprendre des années de sueur et de travail.

Le cherghi

Au début du mois d’août, le cher­ghi se leva et le ciel devint blanc. On inter­dit aux enfants de sortir car ce vent du Sahara était la hantise des mères. Combien de fois Moui­lala avait-elle raconté à Mathilde histoire d’en­fant empor­tés par la fièvre que le cher­gui char­rie avec lui ? Sa belle-mère disait qu’il ne fallait pas respi­rer cet air vicié, que l’ava­ler c’était prendre le risque de brûler de l’in­té­rieur, de se dessé­cher comme une plante qui fane d’un coup. À cause de se vent maudit, la nuit arri­vait mais sans appor­ter de répit. La lumière faiblis­sait, le noir recou­vrait la campagne et faisait dispa­raître les arbres mais la chaleur, elle, conti­nuait a peser de toute sa force, comme si la nature avait fait des réserves de soleil

Regret de ne pas avoir fait d’études

Adoles­cente, Mathilde n’avait jamais pensé qu’il était possible d’être libre toute seule, il lui parais­sait impen­sable, parce qu’elle était une femme, parce qu’elle était sans éduca­tion, que son destin ne soit pas inti­me­ment lié à celui d’un autre. Elle s’était rendu compte de son erreur beau­coup trop tard et main­te­nant qu’elle avait du discer­ne­ment et un peu de courage il était devenu impos­sible de partir. Les enfants lui tenaient lieu de racines et elle était atta­chée à cette terre, bien malgré elle. Sans argent, il n’y avait nulle part où aller et elle crevait de cette dépen­dance, de cette soumission.

Description des médecins

Il était beau dans sa blouse blanche, ses cheveux noirs peignés en arrière. Il était très diffé­rent de l’homme jovial qu’elle avait rencon­tré la première fois il lui sembla que ses yeux cernés étaient un peu tristes. Il portait sur son visage cette fatigue qui est propre aux bons méde­cins. Sur leurs traits on voit, comme en trans­pa­rence, les douleurs de leurs patients, on devine que ce sont les confi­dences de leurs malades qui courbent leurs épaules et que c’est le poids de ce secret de leur impuis­sance qui ralen­tit leur démarche et leur élocution.

L’honneur d’un Marocain qui a épousé une Française

Il la fixa et Mathilde eut alors l’im­pres­sion que les yeux d’Amine s’agran­dis­saient que ses traits se défor­maient, que sa bouche deve­nait énorme et elle sursauta quand il se mit à hurler : « Mais tu es complè­te­ment folle ! Jamais ma sœur n’épou­sera un Français ! »
Il attrapa Mathilde par la manche et la tira de son fauteuil. Il la traîna vers le couloir plongé dans l’obs­cu­rité, « Tu m’as humi­lié ! » Il lui cracha au visage et, du revers de la main la gifla.

Femmes battues

Aïcha connais­saient ces femme aux visages bleus. Elle en avait vu souvent, des mères aux yeux mi-clos, à la joue violette, des mères aux lèvres fendues. À l’époque, elle croyait même que c’était pour cela qu’on avait inventé le maquillage. Pour masquer les coups des hommes.

Édition Actes Sud . Traduit du Japo­nais par Jean-Louis de La Couronne

Merci Keisha pour ce doux moments et je partage ton avis : ce livre est beau­coup plus profond qu’il n’y parait de prime abord. Evide­ment la grande spécia­liste des chats Géral­dine avait déjà lu ce roman . Et comme dans tout bon roman, chacun peut y lire ce qui l’in­té­resse le plus , vous devi­nez que pour Géral­dine ce roman est :

« Avant tout, « Les mémoires d’un chat » est un formi­dable éten­dard contre l’aban­don des animaux de compa­gnie, pour le respect de l’en­ga­ge­ment autant quoti­dien que tempo­rel que nous prenons lorsque nous adop­tons une petite boule de poils quelle que soit sa taille à l’âge adulte. »

Et pour Kesiha :

C’est l’oc­ca­sion pour lui de renouer avec des amis d’en­fance puis d’ado­les­cence, mais ‑on le comprend vite- aucun de ses trois amis ne pourra garder Nana, avec à chaque fois une belle histoire du passé et du présent, déli­cate et fine. 

Et pour moi ? Je suis avec d’ac­cord aves ces deux blogueuses mais j’ai été beau­coup plus sensible à la descrip­tion de l’en­fance et de l’ado­les­cence au Japon aujourd’­hui. Je rappelle le sujet, Satoru a adopté un chat errant, il le nomme « Nana » qui rappelle le chiffre 7 en japo­nais comme le dessin des tâches sur son corps. Mais il doit pour des raisons qui ne seront expli­quées que dans le dernier chapitre le confier à un ami . Il part donc à la recherche des personnes qui ont enri­chi son enfance pour confier son chat. Se déroulent ainsi dans ce roman une enfance et une adoles­cence japo­naise. On rit beau­coup avec son ami Kosuké avec qui il a adopté le premier chat, on sent l’ado­les­cence se compli­quer avec Yoshi­miné qui est resté vivre à la ferme, cela devient encore plus tendu avec Sugi et Chikaro car les premiers émois amou­reux ont fait appa­raître la jalou­sie de son ami. Et puis vient cette tante Nakiro qui l’a recueilli lors du décès de ses parents.

J’ai beau­coup aimé les desti­nées de ces jeunes, on devine que l’au­teur a puisé ces récits parmi des exemples vécus . La tris­tesse de Yoshi­miné qui comprend, lors du divorce de ses parents, que si ceux-ci se disputent tant, c’est pour NE PAS avoir la garde de leur unique enfant m’a serré le coeur. Les tour­ments de la jalou­sie sont aussi très bien décrits. Mais ma préfé­rée sans doute, c’est la tante Noriko qui ne sait pas dire les choses avec tact. Elle se rend compte immé­dia­te­ment qu’elle n’au­rait pas dû pronon­cer les phrases qui sont sorties de sa bouche malgré elle, mais c’est toujours après qu’elle s’en rend compte. Mon seul bémol, c’est le truche­ment par lequel passe l’au­teur qui fait aussi le charme du roman , la narra­tion par le chat . J’y suis beau­coup moins sensible que Géral­dine évidem­ment, je pense que cela permet de mettre ce roman à la portée des adoles­cents, mais cela ne m’a pas empê­chée de beau­coup aimé cette lecture « beau­coup plus profonde qu’il n’y paraît » (comme je le disais au début) , souvent très drôle et toujours très émouvante.

Citations

La fugue des petits garçons

Pendant qu’il était en train de jouer avec le chat, histoire de tuer le temps, plusieurs dames du quar­tier qui sortaient leur chien ou chiens ou faisaient leur marche quoti­dienne leur avaient demandé ce qu’il fabri­quait là.
- Il est tard. Vos parents doivent s’in­quié­ter. Tout le monde se connais­sait dans le quar­tier, Kôsuké se doutait bien que l’en­droit était mal choisi. Mais Satoru, lui, n’avait pas l’air d’y voir de problème. 
- Ne vous inquié­tez pas, on est juste en train de faire une fugue.
- Ah bon ? Mais ne rentrez pas trop tard quand même. 
Kôsuké n’avait pas l’im­pres­sion que c’était comme ça qu’on faisait une pub. Non pas qu’il eût la moindre idée de comment on faisait, d’ailleurs…

La solitude d un enfant

« Daigo est sage et pas compli­qué, ça m’aide beau­coup. » Il aurait dû être idiot et pénible, c’est ça ?
Depuis qu’il était tout petit, il savait que ses parents aimaient trop leur métier. Tout comme il savait qu’ils ne s’in­té­res­saient pas beau­coup à lui. C’est pour ça qu’il s’était toujours efforcé de leur compli­quer la vie le moins possible. D’abord, il n’était pas assez imma­ture pour croire qu’en piquant sa crise : « Bou hou…Mes parents ne m’aiment pas ». Il allait les obli­ger à s’in­té­res­ser à lui. Et puis surtout, ça ne lui disait abso­lu­ment rien de jouer à ce jeu. Parce que s’il avait rendu l’air de la maison irres­pi­rable, qui en aurait le plus souf­fert ? Qui passait le plus de temps à la maison déjà ? Au moins en restant un enfant sage, ses parents ne lui faisaient pas la gueule et l’at­mo­sphère de la maison restait suppor­table. Il n’étouf­fait pas tout le temps qu’il passait à attendre à la maison, et les rares moments où il se trou­vait ensemble se dérou­lait sans que personne soit de mauvaise humeur(.….) Il y avait des gens plus à plaindre que lui dans le monde, c’est sûr. Mais avec ses parents qui n’at­ten­daient qu’une chose de lui : qu’il ne les choi­sisse surtout pas dans le genre à plaindre, c’était déjà pas mal.

Édition Gall­meis­ter traduit de l’amé­ri­cain par Sophie Asnalides

A obtenu un coup de cœur au club de lecture de la média­thèque de Dinard

Comment clas­ser ce roman qui a tant plu aux lectrices et au lecteur de notre club de lecture : roman social , parce qu’il décrit si bien la société d’une petite ville de l’Ar­kan­sas grou­pée autour d’un pasteur charis­ma­tique, roman poli­cier parce qu’il y a des meurtres, thril­ler parce que le suspens bien que prévi­sible est très bien mené. C’est tout cela et beau­coup plus. Parlons d’abord du contexte, le jour de Pâques la famille du pasteur Richard Weather­ford est réunie pour célé­brer le Seigneur en ce jour qui célèbre sa résur­rec­tion. Celui-ci est tour­menté car il a eu une rela­tion homo­sexuelle avec un jeune de son village, Gary Doane . Celui-ci a décidé de fuir le village et la domi­na­tion du pasteur avec de l’argent soutiré au pasteur pour ne pas dévoi­ler ces rela­tions. Tout se passe en cette jour­née de Pâques et l’on sent que l’on va vers une catas­trophe si prévi­sible. Mais le plus impor­tant n’est pas là, même si l’in­trigue est très bien menée, à aucun moment on est dans l’in­ter­pré­ta­tion des faits mais dans les faits eux-mêmes. Chaque chapitre tourne autour d’un person­nage du village et peu à peu le village appa­raît devant nos yeux et c’est vrai­ment très inté­res­sant. Le titre dit tout de l’am­biance de Stock, cette petite ville où tout le monde connaît tout le monde et se surveille avec peu de charité chré­tienne même si le pasteur est bien le person­nage tuté­laire de ce roman. On est dans l’Amé­rique profonde qui ne croit ni à le théo­rie de l’évo­lu­tion ni à la liberté de penser. Un pas de travers et vous voilà reje­ter de ce petit village qui donne envie de fuir. Mais pour cela, il faut un peu d’argent et c’est bien là le nerf de la guerre. Même si on sent bien que rien ne peut s’ar­ran­ger, je ne peux pas dire que j’avais prévu la fin. Ce roman convien­dra à toutes celles et tous ceux qui sont persua­dés que les bons senti­ments ne mènent pas le monde, même quand ils sont prêchés tous les dimanche d’une voix toni­truante. Un excellent moment de lecture que j’ai­me­rais parta­ger avec vous.

PS . Ce billet est écrit depuis long­temps, mais tout à fait par hasard il résonne avec l’actualité. On y voit, en effet, les ravages que provoquent le risque de mettre à jour une rela­tion homo­sexuelle qui révè­le­rait la part d’ombre d’un homme puissant.

Citations

La famille du pasteur

Papa, comment c’est possible qu’il y ait des gens qui pensent qu’on descend des singes ? – Je ne sais pas, mon fils. Hitler a dit que si on veut que les gens croient un mensonge, il suffit de le répé­ter sans arrêt. Les anti­clé­ri­caux ne cessent de répé­ter leur discours sur l’évo­lu­tion et les gens l’ac­cepte sans le remettre en ques­tion. Ils entendent des hommes instruits avec des diplômes impres­sion­nants qui pérorent sur les singes, des fossiles, que sais-je d’autre, ils se disent : « Bon je n’y comprends rien, mais je suppose que ça doit être vrai si ces gens intel­li­gents le croient. »

Dialogue entre la femme du pasteur et une amie

- Non, je vous ce que tu veux dire, dit Sandy. Femme de pasteur c’est un job qui occupe nuit et jour.
- Tout à fait. Et j’aime ça. Je ne me plains pas. Mais cette posi­tion est très exigeante, un peu comme celle de la femme d’un homme poli­tique. Beau­coup de gens la quali­fie­raient à peine de boulot, mais en réalité, c’est assez proche de la manière dont Ginger Rogers quali­fiait ses danses avec Fred Astair.
- « Je faisais tout ce qu’il faisait, mais à recu­lons et en talons. »

Le cœur du roman : monologue du pasteur

Ce que je ne suis pas, c’est un homo­sexuel. Cela n’existe pas, les homo­sexuels. Le concept de l’iden­tité gay est un mensonge du diable, fondée sur les idées fausses que l’ho­mo­sexua­lité est un état de l’être. Si les homo­sexuels existent, alors Dieu a dû créer les homo­sexuels, donc, non, il ne peut pas y avoir d’ho­mo­sexuels. Il n’y a que des actes homo­sexuels, et on peut choi­sir ou non de commettre ces actes. Je peux me détour­ner de mon péché.

Le dépressif

Vache­ment dépri­mant, comme idée. Soit c’était un raté et sa grange est là, à pour­rir au bord de la route, soit il avait réussi et sa grange est là, à pour­rir au bord de la route.