Édition Seuil . Traduit du finnois par Sébas­tien Cagnoli

A obtenu un coup de coeur au club de lecture de la média­thèque de Dinard

De la Finlande pendant la deuxième guerre mondiale , j’avais retenu peu de choses. Je savais que les Finlan­dais avaient repoussé les Russes en 1940 et que la fameuse « finlan­di­sa­tion » voulait dire qu’ils avaient cédé après la guerre une partie de leur terri­toire contre une paix avec les Sovié­tiques. Le roman de Petra Rautiai­nen nous plonge dans une autre réalité qui n’est pas sans rappe­ler « Purge » traduit aussi par Sébas­tien Cagnoli. entre les Nazis-racistes et les sovié­tiques-exter­mi­na­teurs qui choi­sir pour rester en vie ?

Ici, se mêle deux moments assez proche 1944 et les camps de prison­niers tenus par les alle­mands et 1949 la quête d’une femme qui veut connaître le sort de son mari dont le dernier signe de vie se situe dans un de ces camps. Ce qui se passe en 1944 est décrit à travers un jour­nal tenu par un gardien finnois qui décrit au jour le jour le sort réservé aux pauvres hommes sous la coupe de sadiques nazis alle­mands. Le récit de la femme se heure à une omerta : personne ne veut se souve­nir de cette époque. Et cela pour une simple raison c’est qu’il n’y a pas de fron­tières entre les gentils et les méchants. Au delà du nazisme et des sovié­tiques il y a donc les Finnois qui ont lutté pour leur indé­pen­dance, mais ils ont été eux-mêmes gangré­nés par l’idéo­lo­gie raciale en vigueur et pour bâtir une Finlande de race pure il faut « contrô­ler » voire « suppri­mer ? » les Samis ceux que vous appe­liez peut-être comme moi les Lapons. (J’ai appris en lisant ce roman que lapon est un terme raciste qui veut dire « couvert de haillons »)

Alors, dans ces camps on fait des recherches sur la forme des crânes et on prend en photos tous les prison­niers et on l’en­voie dans un grand centre de recherche pour la race qui bien sûr sera supprimé après la guerre.
C’est cet aspect de la guerre qui rendra muets tous les témoins qui auraient pu expli­quer à Inkeri Lind­viste ce qui est arrivé à son mari Karloo.

L’at­mo­sphère est pesante, l’an­goisse de la mort toujours présente dans le jour­nal du gardien et cela ne rend pas la lecture facile. J’au­rais vrai­ment aimé avoir un petit résumé histo­rique pour m’y retrou­ver et un détail m’a beau­coup déplu le traduc­teur ne traduit pas les dialogues quand ils sont dit en Sami. Je n’ar­rive pas à comprendre l’uti­lité d’un tel procédé. Autant pour des Finnois cela peut leur montrer qu’ils ne comprennent pas une langue parlée par des popu­la­tions vivant dans le même pays qu’eux autant pour des fran­çais, ça n’a aucune utilité.

Les deux autres reproches que je fais à ce roman, c’est le côté très confus des diffé­rentes révé­la­tions et le peu de sympa­thie que l’on éprouve pour les person­nages. Mais c’est un roman qui permet de décou­vrir une époque très impor­tante pour la Finlande et rien que pour cela, je vous le conseille. Mais ayez à côté de vous Wiki­pé­dia pour vous éclai­rer sur ce moment si tragique de l’his­toire de l’humanité.

Citations

Dans des camps prisonniers en Finlande en 1944.

Lorsque le méde­cin est ici avec son assis­tante, les mesures sont de son ressort ; le reste du temps, elles nous incombent aussi. Je n’avais encore jamais fait ce travail, c’est répu­gnant. On a beau laver et asti­quer les prison­niers russes, leur odeur est épou­van­table. Nous mesu­rons la largeur de la tête et véri­fions l’état des organes géni­taux, en parti­cu­lier la présence du prépuce.

Un pays aux multiples ethnies appelées en 1944 des races inférieures.

Quel­qu’un m’a dit qu’elle est du fjord de Varan­ger, où de plus loin encore, vestige de temps recu­lés, appa­renté aux Aïnous et aux nègres du Congo. Un autre, en revanche, est convaincu qu’elle ne vient pas du fjord de Varan­ger : ce serait une Same d’Inary ou d’Uts­joki, ou bien une Skol­tec du pays de Petsamo, ou encore une Finnoise de la pénin­sule de Kola. Un troi­sième a déclaré que c’est une Kvène du Finn­mark. Ou peut-être un peu tout ça, une bâtarde. De race infé­rieure, en tout cas, m’a-t-on certi­fié. « Elle est prison­nière, alors ?« ai-je demandé mais personne n’est sûr de rien. De mémoire d’homme, elle a toujours été là.

Les rapports des allemands avec des femmes de races inférieures.

Pour les nazis, la trahi­son à la race, c’est encore plus grave que d’ap­par­te­nir à une race infé­rieure. Les nazis qui se sont accou­plés avec une dégé­né­rée, ils sont exécu­tés le dimanche matin sur le coup de six heures.

Enfin(page 171)une explication sur ce qu’est une boule de « komsio » car aucune note n’explique ce genre de mots.

Ensuite, elle a arra­ché la trachée et l’a mise à sécher pendant deux jours. Elles avait ramassé un bout d’os quelque part, je ne sais pas, s’il venait aussi du cygne. Sans doute. Peut-être. Le dernier soir, elle l’a glissé dans la trachée, puis elle a tordu le tout pour former une petite boule qui tinte lors­qu’on la secoue. 
C’est un jouet tradi­tion­nel same : une boule de « komsio » qui chasse les mauvais esprits. En géné­ral, on l’offre au nouveau-né. Selon la légende, un hochet fabri­qué à partir d’un os de cygne fait pous­ser les ailes aux pieds de l’en­fant. Ainsi, il pourra s’en­vo­ler en cas de danger.

Les recherches pour créer une race pure .

Juin 1944
On voit encore circu­ler des brochures sur l’avan­ce­ment des recherches en vue de la créa­tion d’une race aryenne parfaite. Ces écrits ont pour objec­tif de stimu­ler l’es­prit de groupe, tout parti­cu­liè­re­ment par les temps qui courent. Un exem­plaire à faire tour­ner passe de gardien à l’autre. Le docteur Mengele a réussi à produire un enfant aux iris parfai­te­ment bleus en lui injec­tant un produit chimique dans les yeux.
Il y a une dizaine de globe oculaire juifs qui traînent en ce moment même à l’ins­ti­tut Kaiser-Wilhem, dans des bocaux en verre, dans une petite vitrine blanche.

L’horreur des camps tenus par les nazis .

Le comman­dant lui avait ordonné, avec l’aide d’un collègues, de ligo­ter le prison­nier aux barbe­lés. Nu. Insectes, morve, mouches et mous­tiques n’avaient pas tardé à recou­vrir son corps. Olavi avec cru voir des mouches du renne, un para­sites qu’il n’au­rait pas cru suscep­tible de s’in­té­res­ser à l’hu­main. Les animaux dévo­raient des yeux, le sang coulait chaque fois que le prison­nier essayait zde les chas­ser, car au moindre mouve­ment les barbe­lés s’en­fon­çaient davan­tage dans sa chair. Les déte­nus et les gardiens, et même le comman­dant suprême, durent assis­ter à ce spec­tacle pendant un certain temps avant d’être auto­ri­sés à se retirer. 
Le type avait survécu jusqu’au lende­main. le matin on l’avait décro­ché. Il puait la merde et la pisse, les œufs pondus par les mous­tiques commen­çaient à éclore. Sa peau était couverte de bosses, de sang, rongée, sucée. Sa bouche ruis­se­lante d’un rouges brillant était le seul élément encore iden­ti­fiables sur son visage défi­guré. Il fut envoyé aux chan­tiers à pied, à vingt kilo­mètres de là. Il avait beau­coup de diffi­cul­tés à marcher et, avant d’avoir parcouru péni­ble­ment une ving­taine de mètres, il s’était affaissé défi­ni­ti­ve­ment. L’un des gardiens avait poussé le corps du bout de sa botte. Pas de mouve­ment. Il avait pris le pouls. Mort.

14 Thoughts on “Un pays de Neige et de Cendres – Petra RAUTIANEN

  1. keisha on 8 août 2022 at 07:35 said:

    Sans doute, sans doute, mais là j’ai bien à lire pour foui­ner en plus sur wikipedia.

    • Quand il s’agit d’une réalité histo­rique ou scien­ti­fique que je connais mal je véri­fie souvent sur Wiki­pe­dia qui pour moi est le plus beau cadeau d’internet.

  2. Coup de coeur pour ta média­thèque mais pas pour toi… je vais te faire confiance, et ne pas ajou­ter de titre à ma liste déjà bien longue.

  3. Le sujet m’in­té­resse, mais tes bémols me dissuadent… je vais plutôt noter « Purge ».

  4. J’ai fait quelques lectures sur la Finlande et je commence à avoir des repères sur l’his­toire de ces années-là. Un plus pour le lire, mais j’ai envie de plus léger en ce moment.

  5. Je ne sais pas ce que vaut ce livre, mais il a le mérite d’avoir un titre rafrai­chis­sant et ce n’est pas rien en ce moment !

  6. je me le note pour le côté histo­rique, qui éclai­rera certai­ne­ment le présent. Merci de la découverte.
    j’avais lu Purge en son temps. Je n’en garde pas beau­coup de souve­nir, si ce n’est un récit âpre et sans concessions.

  7. Coucou, me revoi­lou sur la blogo !
    Bon, pas très tentée par ce titre, car j’aime être plon­gée dans un livre et ne pas avoir à fouiller dans wikipédia !
    A bien­tôt, on se contacte début septembre pour boire un verre et que je te rende tes tupperweares !!!

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