Éditions Les Escales. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Caro­line Bouet.

Titre origi­nal Friends and Stangers
550 pages … encore un gros pavé améri­cain qu’un bon écri­vain fran­çais écri­rait en une centaine de page. J’ai hâte que les cours d’écri­ture des univer­si­tés améri­caines aident les futurs auteurs à synthé­ti­ser ce qu’ils ont à nous dire..
Ceci dit, le sujet est inté­res­sant deux femmes vont s’ap­pré­cier l’une (Sam) est étudiante et a un peu plus de vingt ans, l’autre (Élisa­beth) est une femme de quarante ans écri­vaine, elle a connu un grand succès avec un premier roman. Elle vient d’avoir un bébé et voudrait pouvoir avoir du temps pour se remettre à écrire. Pour cela, elle va embau­cher Sam comme baby-sitter.
Les deux vont deve­nir « amies » alors que beau­coup de choses les opposent : l’âge d’abord et leur milieu d’ori­gine : Elisa­beth vient d’une famille désunie mais très très riche, Sam vient d’une famille unie mais de reve­nus modestes.
Le roman explore avec lenteur où se logent les diffé­rences dues à l’argent.
Au bas de l’échelle les employées mexi­caines qui font la cuisine et le ménage à qui l’on retire peu à peu les rares avan­tages que leur métier leur avait offert (couver­ture médi­cale, emploi stable).
Un peu moins victime de la dureté de la vie aux USA les améri­cains moyens qui ont fait des erreurs d’adap­ta­tion face au monde connecté.
George le père du mari d’Éli­sa­beth qui avait une petite compa­gnie de taxi et qui sera ruiné par l’ar­ri­vée d’Uber.
Les parents de Sam ne peuvent empê­cher que leur fille s’en­dette pour pouvoir faire des études.
Très au-dessus il y a les amies de Sam dont les parents payent les frais de l’uni­ver­sité et trouvent des stages inté­res­sants pour leur fille. Et le père d’Éli­sa­beth dont la fortune semble ne pas avoir de limites.
Les deux femmes s’en­tendent bien et le petit bébé Gill (Gilbert) profite de l’amour de ses deux femmes. Mais l’une et l’autre vont inter­ve­nir de façon fort maladroite dans la vie d’au­trui. L’in­ter­ven­tion de Sam s’avé­rera catas­tro­phique pour les employées qu’elle voulait défendre. Celle d’Éli­sa­beth sera béné­fique pour Sam sur le plan profes­sion­nel. Moins sur le plan sentimental.
Grâce au person­nage de George qui milite pour montrer que l’Amé­rique fonc­tionne comme « un arbre creux », le roman aborde tout ce qui va mal dans cette société. Par cette image il veut faire comprendre que comme un arbre qui semble splen­dide en fait ce pays a sacri­fié sa classe moyenne et s’ef­fon­drera un jour. Il cherche à moti­ver les gens pour qu’ils prennent conscience qu’ils ne sont pas respon­sables indi­vi­duel­le­ment de ce qui leur arrive mais qu’ils sont victimes d’un système injuste qu’ils contri­buent eux mêmes à alimen­ter. Si lui a fait faillite avec sa compa­gnie de taxis c’est parce qu’U­ber a sous payé des hommes pour utili­ser des voitures de moindre qualité et ne leur a donné aucun avan­tage social. Pas de couver­ture mala­die pas de retraite …
C’est évidem­ment pire quand il s’agit de mexi­cains sans papier.
Il faut hélas (pour moi) lire tout cela à travers les méandres de la pensée d’Éli­sa­beth qui peut se permettre de déchi­rer le chèque de trois cent mille dollars de son père car celui-ci trompe sa mère allè­gre­ment. Les diffi­cul­tés post nais­sance de cette femme sont telle­ment puériles : l’al­lai­te­ment, les forums de ses anciennes amies de Brook­lin, les embryons conge­lés pour l’éven­tuelle deuxième five, sa diffi­culté à trou­ver l’ins­pi­ra­tion pour un deuxième roman, aucun de ses sujets ne m’a vrai­ment inté­res­sée. Pas plus que les amours de Sam, et ses diffi­cul­tés à jongler entre une amie cuisi­nière et les étudiantes friquées, deux mondes que tout sépare elle sera bien la seule à croire que l’on peut les réunir. Et que dire de ce bébé qui se résume à des joues rebon­dies et des bouclettes. Qui, oh surprise ! ne dort pas la nuit et fait ses dents. Il est au centre du roman mais ne prend jamais vie.
Quant au mari et son inven­tion de barbe­cue solaire c’est juste une image posi­tive sans intérêt.
Bref un roman clas­sique que j’ai lu atten­ti­ve­ment dont le seul inté­rêt réside dans la diffi­culté de la classe moyenne à s’adap­ter au monde connecté qui détruit les valeurs des soli­da­ri­tés humaines améri­caines qui les unis­saient auparavant.

Citations

Chater avec ses amies

Elles ne se parlaient jamais de vive voix il n’y avait ni bonjour ni au revoir, juste une conver­sa­tion en cours qu’elle repre­nait et arrê­tait plusieurs fois dans une même jour­née. Si sa meilleure amie lui télé­pho­nait, cela signi­fiait soit que quel­qu’un était mort, soit, à l’époque où elles habi­taient toutes les d’eux à Brook­lyn qu’elle s’était enfer­mée dehors.

Les épouses dévouée

Le cours de l’his­toire était émaillé de récits de femmes épau­lant des hommes qui se lançaient dans des « aven­tures ». Leur foi, la bonne volonté avec laquelle elles accep­taient de vivre sans jamais prendre de congés, sans remise à neuf de leur maison ni soirée en amou­reux, tout cela au service de la Grande Idée, étaient récom­pen­sées à terme. La femme qui croyait finis­sait plus riche que dans ses rêves les plus fous, et se consa­crait alors à des acti­vi­tés qu’elle prati­quait en dilet­tante, comme par exemple diri­ger une asso­cia­tion cari­ta­tive éponyme, ou bien s’ache­ter la petite librai­rie de son lieu de villé­gia­ture préféré. 
Le cri de guerre du grand homme : » Rien de tout cela n’au­rait été possible sans elle. »

Cela est très bien vu.

Dimanche, avec mon groupe de discus­sion, il y a eu une inter­ven­tion de Hal Dona­hue, le proprié­taire du maga­sin de chaus­sures du centre ville. Après soixante années d’ac­ti­vi­tés, ils mettent la clé sous la porte. Il nous a expli­qué qu’il y a quelque temps, des clients se sont mis à venir dans son maga­sin pour essayer trois ou quatre paires de chaus­sures pour eux et leurs enfants et ensuite, sous ses yeux, ils allaient regar­der sur leur télé­phone, s’ils pouvaient les trou­ver pour moins cher en ligne. Vous savez ce que Hal a dit ? il a dit : « Je leur souhaite bonne chance. Est ce qu’A­ma­zon va finan­cer l’équipe junior de base­ball ou un char pour le quatre juillet ? »

Humour.

Vous n’ima­gi­nez pas le nombre de grands-mères qui meurent le jour de remise d’un devoir. À ma connais­sance, avec les partiels, c’est la prin­ci­pale cause de décès chez les grands- parents.

Les différences sociales.

Isabella avait décro­ché son stage que parce qu’un ami de son père s’en était mêlé. Quand Lexi leur avait parlé de ses propo­si­tions d’emploi et qu’elles l’avaient féli­ci­tée, elle avait dit :
- Ma tante est agente litté­raire, et pas des moindres. Elle a rendu un service c’est tout.
Tant de cama­rades de Sam avait fait des stages non rému­né­rés au cours de l’été pendant qu’elle travaillait pour pouvoir payer ses frais de scolarité. 
Pour­tant, bizar­re­ment, jusqu’à présent Sam n’avait pas compris que la richesse n’était pas unique­ment une ques­tion d’argent mais aussi une histoire d’opportunités.

6 Thoughts on “Les Affinités Sélectives – J.Courtney SULLIVAN

  1. J’ai beau­coup aimé « Maine » et un peu moins « les débu­tantes ». Tu ne donnes pas très envie pour celui-ci.

    • je réalise que j’avais lu Maine moi aussi mais j’avais des réserves en réalité les mêmes que pour ce roman , je ne crois pa saux person­nages que cet écri­vaine nous dépeint en revanche j’aime le contexte.

  2. J’ai lu les mêmes qu’Ai­felle, avec à eut près le même ressenti, et aussi, plus récem­ment Les anges et tous les saints qui m’a lais­sée un peu plus sur ma faim. Reste à savoir si j’écri­rai une chro­nique, je suis trèèèèèès en retard !

  3. « à peu près »

  4. Rien que ton 1eer para­graphe me fait dire non, et la suite ne me fait pas chan­ger d’avis ! Je passe !

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