Édition Sabine.Wespieser. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Un livre choc, qui se lit très faci­le­ment et qui oblige à se poser des ques­tions : comment aurions nous réagi à une telle annonce ?

Thierry et Élisa­beth habitent une maison isolée tout près d’une belle et grande forêt. En face de chez eux un couple, Guy et Chan­tal, est venu habi­ter une maison en ruine qu’ils ont reta­pée. Depuis quatre ans des liens très forts se sont tissés entre eux. Coup de tonnerre : Guy est arrêté pour les viols et les meurtre de six jeunes filles. L’écri­vaine va suivre le travail que doit faire Thierry pour échap­per à l’emprise mentale de celui qu’il consi­dé­rait comme étant son seul ami. Et peu à peu se dessine le portrait d’un homme taiseux qui ne sait pas tisser des liens avec les autres et cela dès son enfance. Pour une fois, il faisait confiance et était bien avec un homme, ils buvaient parfois des bières ensemble, ils s’ai­daient pour des petits brico­lages, ils étaient tout simple­ment amis. Et voilà qu’il doit revivre tous les instants qu’ils ont parta­gés en se rendant compte à quel meurtre corres­pon­dait tel ou tel service rendu. L’hor­reur le rend fou de douleur. Son boulot le lâche et sa femme s’écarte de lui car elle veut abso­lu­ment démé­na­ger de cette maison qu’elle n’a jamais aimé (trop isolée). Lui s’obs­tine à vouloir rester là où il a fait son trou dans cette maison où il se sentait protégé.

La fin est très belle aussi, il trou­vera à qui deman­der pardon pour son enfance brisée, et le fait qu’il ne sache jamais dire son amour aux gens qui comptent tant pour lui : sa femme et son fils. Le livre se termine par l’es­poir qu’il saura peut-être mieux s’ou­vrir aux autres en tout cas, il a enfin compris sa femme qui exige de démé­na­ger de cet endroit de malheur.

Je trouve que le style très rapide va bien avec ce récit qui ferait un très bon film. J’ai appré­cié aussi que Tiffany Taver­nier ne cherche pas à comprendre l’assassin comme tant de jour­na­listes s’y essayent lors des terribles révé­la­tions de meurtres en série, mais se penche sur la person­na­lité de celui qui était son ami et qui n’a rien vu. Cela nous inter­roge sur ce que nous savons de gens que nous croyons connaître.

Citations

Leur vie avec le tueur

Reine et Virgi­nie, c’était avant leur arri­vée, mais toutes les autres, à commen­cer par Zoé ? À cette époque, Marc était déjà parti étudier à Grenoble et Guy venait d’ac­qué­rir la maison. Sans doute n’avions-nous pas encore fait connais­sance. La petite Marga­rira, en revanche, c’était l’an­née des vingt ans de Marc. Pour fêter « ça » et nous conso­ler de l’ab­sence du « petit », Guy et Chan­tal s’étaient poin­tés avec un somp­tueux pauillac. Un an après, au moment de la dispa­ri­tion de Selima, Marc venait de nous parler de son désir de vivre au Viet­nam. À la maison, nous étions comme deux chiots aban­don­nés et Guy et Chan­tal, nous invi­taient souvent pour nous chan­ger les idées.…

Le début d’une très belle scène finale

Tout ce malheur sur son visage. Marcher vers elle. Fran­chir le mur qui me sépare de son sourire. Traver­ser la forêt. Écar­ter les épines, les ronces. Ramas­ser les bruyères. Marcher encore. Atteindre cette larme qui coule le long de ses joues. Cette larme que j’es­suie le plus déli­ca­te­ment possible et que j’embrasse avec douceur. Tout ce mal qu’on lui a infligé, nous tous, les hommes, les filles aussi, qui détour­naient la tête à son passage.

18 Thoughts on “L’ami – Tiffany TAVERNIER

  1. keisha on 15 octobre 2021 at 09:10 said:

    Vu beau­coup ce roman, j’hé­site, j’hé­site. ^_​^

    • J’ai trouvé le point de vue très inté­res­sant, depuis que je l’ai lu j’ai entendu la décou­verte du « grêlé » qui a violé et assas­siné puis a mené une vie de poli­cier « normale » j’imagine la réac­tion de ses proches.

  2. Je l’ai lu mais n’ai pas écrit de billet, pour­tant ce roman m’a bien inté­res­sée. Comme tu le soulignes, le point de vue du voisin et ami est passionnant.

  3. Je l’ai noté lors­qu’il est paru. Je vais l’emprunter à la bibliothèque.

  4. J’ai beau­coup aimé ! C’est un livre qui fait réflé­chir sur nos rela­tions amicales et de voisi­nage. Connais­sons-nous bien les personnes que l’on côtoie ?

  5. le sujet est très inté­res­sant parce qu’en effet après des faits épou­van­tables on est centré sur le coupable et les victimes et on laisse de coté l’en­tou­rage, la famille, les amis qui eux aussi deviennent des victimes

    • Cet homme est abso­lu­ment dévasté, l’au­teure a bien choisi une person­na­lité qui ne pouvait qu’être détruite par cette révélation.

  6. Le point de vue est inté­res­sant mais le fond de l’his­toire reste quand même glaçant.

  7. Bonjour Luocine, j’ai beau­coup la première partie et beau­coup moins la seconde. C’est presque deux romans diffé­rents. Bonne après-midi.

    • Oui, c’est vrai mais cette deuxième partie montre aussi la destruc­tion en profon­deur de la person­na­lité de Thierry, tous ses partis pris qui lui ont permis de se construire en ne livrant jamais le fond de sa person­na­lité ni de ses souf­frances s’effondrent à l’occasion de cette révélation.

  8. Sujet inté­res­sant effec­ti­ve­ment, qui doit large­ment dépas­ser les repor­tages de voisi­nages, toujours les mêmes, en cas de « faits divers »… Je note.

  9. Je trouve inté­res­sant ce que tu dis du point de vue, les faits divers sont souvent aussi un point de départ pour de bons romans, et ton dernier para­graphe me fait penser à la démarche de Carrère dans L’ad­ver­saire aussi, je lirai ce roman mais en poche, comme souvent !

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