Édition « La belle étoile. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Aline Pavcoñ)

Quand j’ai compris que ce roman se situait au Liban , j’ai immé­dia­te­ment répondu à Babe­lio que j’avais très envie de le lire. Il a bien pour toile de fond ce pays qui m’est cher, avant la terrible crise écono­mique qui a réduit à la misère tous mes amis univer­si­taires. On sent dans ce roman à quel point ce pays est inca­pable de renaître de ses cendres, les feux dont il s’agit dans le titre sont ceux qui sont provo­qués par la popu­la­tion qui n’en peut plus de vivre dans les ordures jamais ramassées .
Les trois coquillages montrent ma décep­tion, je pensais connaître un peu mieux ce pays, en réalité je connais tout sur l’his­toire d’amour contra­riée de Mazna une jeune fille syrienne qui a un talent certain pour le théâtre mais qui n’ar­ri­vera pas à deve­nir actrice aux États-Unis car elle a suivi un homme dont elle n’était pas amou­reuse, Idris un jeune liba­nais qui vient d’une famille plus riche que la sienne. Mazna était folle­ment éprise de Zaka­ria un réfu­gié pales­ti­nien et ami presque frère d’Idriss. Zaka­ria est tué car il a lui-même tué des chré­tiens et Idriss et Mazna s’en­fuient. Ensemble ils auront trois enfants dont nous allons suivre le parcours.
l’aî­née, Ava cher­cheuse en biolo­gie et mère de deux enfants, est mariée à un améri­cain, son couple subit quelques turbu­lences. Marwan le fils préféré de sa mère, doit choi­sir entre une carrière de chan­teur ou la cuisine et sa vie avec sa fian­cée Harper, et enfin Najla homo­sexuelle et chan­teuse à succès qui est revenu vivre et faire carrière au Liban.

Ils se retrouvent tous à Beyrouth car Idriss a décidé de vendre la maison de sa famille. Ce sera l’oc­ca­sion de ravi­ver les souve­nirs que les parents préfèrent oublier. Il faut 420 pages à cette auteure pour faire émer­ger tous les secrets autour de Zaka­ria. Ma décep­tion vient de ce que histoire si clas­sique ne fait pas revivre le Liban, à cette nuance près que certaines déci­sions pouvaient entraî­ner la mort plus faci­le­ment qu’ailleurs. On sent aussi le poids des tradi­tions dans l’édu­ca­tion des filles et aussi la façon dont la proxi­mité de la mort et de la guerre fait que la jeunesse fonce dans tout ce qui peut lui faire oublier les dure­tés de la vie et à quel point elle peut être brève : on boit beau­coup, on fume sans cesse et toutes les drogues sont possibles et la musique est toujours à fond.

Donc, une décep­tion pour moi. Je lis sur la présen­ta­tion de cette écri­vaine qu » « Hala Alyan américo-pales­ti­nienne est clini­cienne spécia­li­sée dans les trau­ma­tismes, les addic­tions et l’in­ter­cul­tu­ra­lité ». Je crois que j’au­rais préféré que son roman se passe aux USA et qu’elle me fasse décou­vrir les diffi­cul­tés pour une jeune améri­cano-pales­ti­nienne d’as­su­mer deux cultures. Car, pour ce qui est du Liban, je n’ai vrai­ment rien appris et je ne l’ai pas senti vivre contrai­re­ment par exemple aux roman de Charif Majda­lani que j’aime tant.

Citations

C’est tellement vrai.

Ava se résigne à endu­rer le tour­billon de circon­vo­lu­tions mater­nelles. « Zwarib » est le mot qu’on emploie en arabe pour décrire ces tours et détours qui ne servent qu’à éviter d’abor­der le cœur du sujet. Sa sœur Naj appelle ça du terro­risme linguistique.

J’aime bien ce genre de voix.

Najla adorait la musique. Elle avait une voix hors du commun, rugueuse et guttu­rale légè­re­ment fausse, mais suffi­sam­ment hardi pour que personne ne sente soucie.

Explications des guerres libanaises par un metteur en scène de théâtre en 1972.

Les colo­ni­sa­teurs ont pesé, bien qu’in­di­rec­te­ment, dans toutes les déci­sions poli­tiques qui ont été prises depuis l’époque otto­mane. Chaque pays a son oppres­seur : les Britan­niques pour la Pales­tine, les Fran­çais pour le Liban. Les Occi­den­taux ont redes­siné les fron­tières. C’est la raison pour laquelle les rues de Beyrouth portent des noms fran­çais. Ce sont eux qui ont mis sur pied la struc­ture parle­men­taire qui distri­bue le pouvoir de manière injuste. C’est leur faute si les Pales­ti­nien sont arri­vés ici par milliers en 1948, puis en 1977. Je veux que vous gardiez à l’es­prit durant les répé­ti­tions, les plus grands crimi­nels de guerre sont toujours en coulisse, même s’ils sont à des conti­nents d’ici. 

Un autre point de vue .

Les gens n’ont pas besoin de prétexte pour se détes­ter. Nous sommes program­més pour blâmer les autres de notre malheur. et quand ton prêtre, ton imam ou Big Brother te fait croire que tout un tas de gens te détestent, tu prends rare­ment le temps de véri­fier s’il dit la vérité. 

Très possible.

Le feu passe au vert. Ava range son télé­phone, bien qu’elle doute de risquer une amende ici. Un jour, elle avait vu un homme conduire avec son fils sur les genoux. L’en­fant tenait un cendrier.


Édition livre de poche

Traduit du suédois par Laurence Mennerich

Merci la Souris Jaune , sans toi je n’au­rais pas lu ce roman qui m’a fait passer un bon moment et qui, tout en décri­vant une réalité sociale assez dure n’est pas triste parce que nous voyons la vie d’une petite ville dans laquelle il n’y a plus de travail à travers les yeux de Britt-Marie une femme qui passe son temps à faire des listes et le ménage. Pour­quoi ne lui ai-je pas mis cinq coquillages à ce livre que j’ai lu avec plai­sir ? Il m’ar­rive de faire ma diffi­cile ! oui ce roman se lit bien , oui les person­nages sont atta­chants mais cette Britt-Marie est une cari­ca­ture de person­nage : est-ce qu’il existe encore des femmes qui se dévouent corps et âmes à leur mari sans rien exiger d’eux ? Est-ce qu’ils existent des femmes dont le seul hori­zon se limite au ménage bien fait ? Complè­te­ment effa­cée, Britt-Marie va « fuguer » du domi­cile conju­gal car elle découvre que, malgré tout son dévoue­ment, Kent son abruti de mari la trompe. Elle se met à la recherche d’un travail, mais elle a 63 ans et ce n’est pas une mince affaire. Ses rapports avec la femme de pôle emploi sont compli­qués et très drôles, celle-ci lui trou­vera fina­le­ment un poste de direc­trice d’une MJC qui doit fermer dans trois mois, elle peut donc occu­per cet emploi dans un petit village dont toutes les acti­vi­tés « normales » ont disparu à cause de la crise économique.

Notre super Madame-Propre dont les deux produits fétiches : le bicar­bo­nate et le Faxin (produit pour les vitres) va donc entre­prendre de nettoyer tout ce qui est à sa portée. Mais sa vie et ses valeurs vont être bous­cu­lées par le foot­ball. Car les rares enfants du village adorent ce sport et bien malgré elle Britt-Marie va devoir s’y inté­res­ser. Peu à peu nous décou­vri­rons les diffé­rents drames qui ont jalonné sa vie et nous la compren­drons un peu mieux ; je me suis atta­chée à Britt-Marie qui a été si mal aimée dans sa vie. Les habi­tants du village qui semblent aussi des cari­ca­tures vont prendre de la consis­tance. Pour deve­nir plus humains, il semble­rait qu’en Suède il faut connaître le déclas­se­ment social, à l’image de Kent qui, de gros « macho » stupide devient un mari plus atten­tif et plus aimant parce qu’il a perdu son travail.

Certes, c’est une vision sociale un peu trop simpliste mais, comme je le dis au début, c’est aussi un roman qui fait du bien car on le lit en souriant. Alors, lisez-le si vous voulez vous dépay­sez avec une femme d’un autre temps dans un pays plus connu pour ses auteurs de romans poli­ciers que pour le genre « conte social humaniste ».

Citations

Le début .

Four­chettes. couteau. cuillère.
Dans cet ordre.
Britt-Marie n’est certai­ne­ment pas femme à juger autrui, mais quelle personne civi­li­sée aurait l’idée d’or­ga­ni­ser un tiroir à couverts autre­ment ? Britt-Marie ne juge personne mais tout de même, nous ne sommes pas des animaux.

L’amour .

Diffi­cile à dire quand l’amour s’épa­nouit. Un jour, on se réveille et il a éclos d’un coup. C’est pareil dans l’autre sens : on s’aper­çoit trop tard qu’il a déjà fané. L’amour ressemble beau­coup aux fleurs de balcons, en cela. Parfois, même le bicar­bo­nate de marche pas.

Le couple.

C’est comme ça, quand on a vécu assez long­temps auprès d’un homme qui essaie constam­ment de faire de l’hu­mour. Il n’y avait plus de place pour d’autres plai­san­te­ries que les siennes dans leur rela­tion. Kent faisait le bout en train et Britt-Marie faisait la vais­selle. Voilà comment les tâches étaient réparties.

Humour suédois.

Elle place égale­ment des verres devant les enfants. L’un d’eux, celui que Britt-Marie ne décri­rait jamais comme « obèse », mais qui donne l’im­pres­sion d’avoir souvent chipé la limo­nade de ses cama­rades, lui dit avec entrain qu’il « préfère boire dans la canette ».
- Certai­ne­ment pas, ici on boit dans un verre, arti­cule impi­toya­ble­ment Britt-Marie. 
-Pour­quoi ? 
- Parce que nous ne sommes pas des animaux.
Le garçon observe sa canette de limo­nade dans un silence songeur, puis demande :
- Il y a des animaux qui arrivent à boire à la canette, en dehors de l’homme ?

Philosophie de la vie.

Parce que la vie est plus que les chaus­sures dans lesquelles on marche, plus que la personne qu’on est. Ce sont les liens. Les frag­ments de soi dans le cœur d’une autre personne. Les souve­nirs, les murs, les placards et les tiroir à couverts dans lesquels on sait où sont rangés les affaires. Toute une vie d’ajus­te­ments visant à l’or­ga­ni­sa­tion parfaite, à l’aé­ro­dy­na­mique unique de deux person­na­li­tés. Une vie commune, faite de tout ce qui est commun. Pierre et mortier, télé­com­mandes et mots croi­sés, chemise et bicar­bo­nate, placard de salle de bains et rasoir élec­trique dans le troi­sième tiroir. Il a besoin d’elle pour tout cela. Si elle n’est pas la, rien ne va. Elle est essen­tielle, ines­ti­mable, irremplaçable.

Joli dialogue.

-J’avais cru comprendre qu’on devient poli­cier parce qu’on croit aux lois et aux règles souffle-t-elle
-Je crois que Sven est devenu poli­cier parce qu’il croit à la justice répond Samy.

Éditions Les Escales. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Caro­line Bouet.

Titre origi­nal Friends and Stangers
550 pages … encore un gros pavé améri­cain qu’un bon écri­vain fran­çais écri­rait en une centaine de page. J’ai hâte que les cours d’écri­ture des univer­si­tés améri­caines aident les futurs auteurs à synthé­ti­ser ce qu’ils ont à nous dire..
Ceci dit, le sujet est inté­res­sant deux femmes vont s’ap­pré­cier l’une (Sam) est étudiante et a un peu plus de vingt ans, l’autre (Élisa­beth) est une femme de quarante ans écri­vaine, elle a connu un grand succès avec un premier roman. Elle vient d’avoir un bébé et voudrait pouvoir avoir du temps pour se remettre à écrire. Pour cela, elle va embau­cher Sam comme baby-sitter.
Les deux vont deve­nir « amies » alors que beau­coup de choses les opposent : l’âge d’abord et leur milieu d’ori­gine : Elisa­beth vient d’une famille désunie mais très très riche, Sam vient d’une famille unie mais de reve­nus modestes.
Le roman explore avec lenteur où se logent les diffé­rences dues à l’argent.
Au bas de l’échelle les employées mexi­caines qui font la cuisine et le ménage à qui l’on retire peu à peu les rares avan­tages que leur métier leur avait offert (couver­ture médi­cale, emploi stable).
Un peu moins victime de la dureté de la vie aux USA les améri­cains moyens qui ont fait des erreurs d’adap­ta­tion face au monde connecté.
George le père du mari d’Éli­sa­beth qui avait une petite compa­gnie de taxi et qui sera ruiné par l’ar­ri­vée d’Uber.
Les parents de Sam ne peuvent empê­cher que leur fille s’en­dette pour pouvoir faire des études.
Très au-dessus il y a les amies de Sam dont les parents payent les frais de l’uni­ver­sité et trouvent des stages inté­res­sants pour leur fille. Et le père d’Éli­sa­beth dont la fortune semble ne pas avoir de limites.
Les deux femmes s’en­tendent bien et le petit bébé Gill (Gilbert) profite de l’amour de ses deux femmes. Mais l’une et l’autre vont inter­ve­nir de façon fort maladroite dans la vie d’au­trui. L’in­ter­ven­tion de Sam s’avé­rera catas­tro­phique pour les employées qu’elle voulait défendre. Celle d’Éli­sa­beth sera béné­fique pour Sam sur le plan profes­sion­nel. Moins sur le plan sentimental.
Grâce au person­nage de George qui milite pour montrer que l’Amé­rique fonc­tionne comme « un arbre creux », le roman aborde tout ce qui va mal dans cette société. Par cette image il veut faire comprendre que comme un arbre qui semble splen­dide en fait ce pays a sacri­fié sa classe moyenne et s’ef­fon­drera un jour. Il cherche à moti­ver les gens pour qu’ils prennent conscience qu’ils ne sont pas respon­sables indi­vi­duel­le­ment de ce qui leur arrive mais qu’ils sont victimes d’un système injuste qu’ils contri­buent eux mêmes à alimen­ter. Si lui a fait faillite avec sa compa­gnie de taxis c’est parce qu’U­ber a sous payé des hommes pour utili­ser des voitures de moindre qualité et ne leur a donné aucun avan­tage social. Pas de couver­ture mala­die pas de retraite …
C’est évidem­ment pire quand il s’agit de mexi­cains sans papier.
Il faut hélas (pour moi) lire tout cela à travers les méandres de la pensée d’Éli­sa­beth qui peut se permettre de déchi­rer le chèque de trois cent mille dollars de son père car celui-ci trompe sa mère allè­gre­ment. Les diffi­cul­tés post nais­sance de cette femme sont telle­ment puériles : l’al­lai­te­ment, les forums de ses anciennes amies de Brook­lin, les embryons conge­lés pour l’éven­tuelle deuxième five, sa diffi­culté à trou­ver l’ins­pi­ra­tion pour un deuxième roman, aucun de ses sujets ne m’a vrai­ment inté­res­sée. Pas plus que les amours de Sam, et ses diffi­cul­tés à jongler entre une amie cuisi­nière et les étudiantes friquées, deux mondes que tout sépare elle sera bien la seule à croire que l’on peut les réunir. Et que dire de ce bébé qui se résume à des joues rebon­dies et des bouclettes. Qui, oh surprise ! ne dort pas la nuit et fait ses dents. Il est au centre du roman mais ne prend jamais vie.
Quant au mari et son inven­tion de barbe­cue solaire c’est juste une image posi­tive sans intérêt.
Bref un roman clas­sique que j’ai lu atten­ti­ve­ment dont le seul inté­rêt réside dans la diffi­culté de la classe moyenne à s’adap­ter au monde connecté qui détruit les valeurs des soli­da­ri­tés humaines améri­caines qui les unis­saient auparavant.

Citations

Chater avec ses amies

Elles ne se parlaient jamais de vive voix il n’y avait ni bonjour ni au revoir, juste une conver­sa­tion en cours qu’elle repre­nait et arrê­tait plusieurs fois dans une même jour­née. Si sa meilleure amie lui télé­pho­nait, cela signi­fiait soit que quel­qu’un était mort, soit, à l’époque où elles habi­taient toutes les d’eux à Brook­lyn qu’elle s’était enfer­mée dehors.

Les épouses dévouée

Le cours de l’his­toire était émaillé de récits de femmes épau­lant des hommes qui se lançaient dans des « aven­tures ». Leur foi, la bonne volonté avec laquelle elles accep­taient de vivre sans jamais prendre de congés, sans remise à neuf de leur maison ni soirée en amou­reux, tout cela au service de la Grande Idée, étaient récom­pen­sées à terme. La femme qui croyait finis­sait plus riche que dans ses rêves les plus fous, et se consa­crait alors à des acti­vi­tés qu’elle prati­quait en dilet­tante, comme par exemple diri­ger une asso­cia­tion cari­ta­tive éponyme, ou bien s’ache­ter la petite librai­rie de son lieu de villé­gia­ture préféré. 
Le cri de guerre du grand homme : » Rien de tout cela n’au­rait été possible sans elle. »

Cela est très bien vu.

Dimanche, avec mon groupe de discus­sion, il y a eu une inter­ven­tion de Hal Dona­hue, le proprié­taire du maga­sin de chaus­sures du centre ville. Après soixante années d’ac­ti­vi­tés, ils mettent la clé sous la porte. Il nous a expli­qué qu’il y a quelque temps, des clients se sont mis à venir dans son maga­sin pour essayer trois ou quatre paires de chaus­sures pour eux et leurs enfants et ensuite, sous ses yeux, ils allaient regar­der sur leur télé­phone, s’ils pouvaient les trou­ver pour moins cher en ligne. Vous savez ce que Hal a dit ? il a dit : « Je leur souhaite bonne chance. Est ce qu’A­ma­zon va finan­cer l’équipe junior de base­ball ou un char pour le quatre juillet ? »

Humour.

Vous n’ima­gi­nez pas le nombre de grands-mères qui meurent le jour de remise d’un devoir. À ma connais­sance, avec les partiels, c’est la prin­ci­pale cause de décès chez les grands- parents.

Les différences sociales.

Isabella avait décro­ché son stage que parce qu’un ami de son père s’en était mêlé. Quand Lexi leur avait parlé de ses propo­si­tions d’emploi et qu’elles l’avaient féli­ci­tée, elle avait dit :
- Ma tante est agente litté­raire, et pas des moindres. Elle a rendu un service c’est tout.
Tant de cama­rades de Sam avait fait des stages non rému­né­rés au cours de l’été pendant qu’elle travaillait pour pouvoir payer ses frais de scolarité. 
Pour­tant, bizar­re­ment, jusqu’à présent Sam n’avait pas compris que la richesse n’était pas unique­ment une ques­tion d’argent mais aussi une histoire d’opportunités.


Édition Chris­tian Bour­geois traduit du croate par Chloé Billon

Roman très étrange où j’aurais bien mis cinq coquillages pour certains passages et deux dans d’autres. L’autrice se raconte elle même dans la première partie et la troi­sième. Dans la première partie elle raconte ses rapports très compli­qués avec sa mère. Et dans la troi­sième elle explique le mythe de baba-yaga qui doit éclai­rer tout ce roman. J’avoue que je n’ai pas été inté­res­sée par cette troi­sième partie, j’ai préféré la deuxième partie, celle où on voit trois femmes âgées venir dans le grand hôtel de Prague profi­ter des bien­faits d’une station thermale.
Le récit est très loufoque alors que la quatrième de couver­ture promet­tait « un roman érudit, hila­rant et plein d’autodérision » .

J’ai des réserves sur l’humour croate mais parfois oui, c’est assez drôle, en revanche je trouve que la descrip­tion de la vieillesse est sans pitié et je trouve même cela assez cruel. J’ai été plus inté­res­sée par ce que ressentent les intel­lec­tuels des « ex » pays commu­nistes. Ils ont été souvent des contes­ta­taires et le virage vers le capi­ta­lisme et la liberté les a rendus très amers. D’abord, plus personne ne s’intéresse à leur lutte, ils ont donc appris à se taire et en plus ils voient des médiocres réus­sir finan­ciè­re­ment alors qu’eux-mêmes ont beau­coup de mal à vivre avec leur retraite. L’auteure souffre de voir que le natio­na­lisme croate s’appuie sur des senti­ments xéno­phobes, les mêmes qui pendant la guerre ont permis l’extermination des juifs.

Tous ces moments sont vrai­ment très inté­res­sants : je ne savais pas qu’en Yougo­sla­vie il y avait eu aussi un goulag. Je n’avais jamais entendu parler de l’île-prison de Goli Otok, Pas plus que du camp de concen­tra­tion de Jace­no­vak créé par les croates en 1941 qui est consi­déré comme un des pires camps de concen­tra­tion. J’ignorais que les Croates d’aujourd’hui étaient aussi into­lé­rants vis à vis des autres natio­na­li­tés qui compo­saient leur pays sous le régime commu­niste. Mais pour vrai­ment aimer ce roman, il faut aussi accep­ter le côté fable du récit que l’écrivaine explique dans sa troi­sième partie. Baba-yaga serait donc le symbole de toutes femmes qui ont été niées au cours des siècles et Dubravca Ugrešic termine son livre par un hymne à la gloire de toutes les révoltes fémi­nines. Le récit prend parfois des allures d’épopée et est complè­te­ment fouilli : on s’y perd complè­te­ment, je pense que c’est voulu, mais c’était un peu trop fou pour moi.

Citations

Remarque à la première page qui m’a fait choisir ce roman à la médiathèque .

Il y en a aussi qui sont encore « en forme » en robe d’été décol­le­tée, une coquette bordure de plumes autour du col, en vieux manteau de four­rure d’as­tra­kan à moitié mangé aux mites, des coulées de maquillages sur le visage. (Qui , d’ailleurs, est capable de se maquiller conve­na­ble­ment avec des lunettes sur le nez ? !)

La pauvreté dans les ex pays communistes.

Sa retraite couvrait à peine les charges et la nour­ri­ture, et ses maigres écono­mies avaient disparu avec la banque de Ljubl­jana une quin­zaine d’an­nées aupa­ra­vant, quand le pays était tombé en morceaux et que tous s’étaient hâtés de se piller les uns les autres. Si elle avait voulu, elle aurait pu tirer de tout ça une amère satis­fac­tion : ses pertes, compa­rées à celles de beau­coup d’autres, étaient négli­geables, car elle n’avait tout simple­ment rien.

Le style particulier du récit sous forme de conte.

Voilà, c’est tout sur Mr Shake pour le moment. Quant à nous, nous pour­sui­vons notre route. Tandis que le cuisi­nier fait chauf­fer son chau­dron, l’his­toire a hâte d’ar­ri­ver à sa conclusion.

Comportement face à la vieillesse.

Alors que les hypo­crites d’au­jourd’­hui, qui se scan­da­lisent du carac­tère primi­tif des us et coutumes d’an­tan, terro­risent leurs vieux sans une once de remord. Ils ne sont capables ni de les tuer, ni de s’en occu­per, ni de leur construire des insti­tu­tions dignes de ce nom, ni de leur propo­ser un person­nel spécia­lisé conve­nable. Ils les laissent dans des mouroirs, dans des maisons de retraite où, s’ils ont des rela­tions, prolongent leur séjour dans les services de géria­trie, dans l’es­poir que les vieux casse­ront leur pipe avant qu’on ne remarque que leur hospi­ta­li­sa­tion était super­flue. Les Dalmate sont plus tendres avec leurs ânes qu’a­vec leurs vieux. Quand leurs ânes vieillissent, ils les emmènent en barque sur des îles inha­bi­tées, où ils laissent mourir.

L’espérance de vie.

Oui, l’homme avait conçu un terrible appé­tit pour la vie. Depuis qu’il était devenu certain qu’au­cune autre vie ne l’at­ten­dait dans les cieux, que les critères d’ob­ten­tion d’un visa pour l’en­fer ou le para­dis était pour le moins fluc­tuant, et que se réin­carné en sanglier ou en rat était pas préci­sé­ment le gros lot, l’homme avait décidé de rester là où il était autant que faire se peut, ou, autre­ment dit, de mâcher le chewing-gum de sa vie le plus long­temps possible, en s’amu­sant à faire des bulles au passage. À en croire les statis­tiques, la diffé­rence était vrai­ment impres­sion­nante au début du xxe siècle, la durée de vie moyenne tour­nait autour de quarante-cinq ans, à la moitié du siècle, elle avait grimpé à soixante-six ans, pour atteindre aujourd’­hui, au tout début du vingt-et-unième siècle, le chiffre hono­rable de soixante-seize ans, en cent ans seule­ment, les êtres humains avaient prolongé leur durée de vie de presque cinquante pour cent.

La Croatie pendant la guerre 3945

En avril 1941, la Croa­tie avait adopté une loi raciale, la dispo­si­tions légis­la­tive sur la protec­tion du sang aryen et de l’hon­neur du peuple croate.
Le port de l’étoile jaune était devenu obli­ga­toire et rapi­de­ment la persé­cu­tion des juifs avait commencé. Les parents et le jeune frère de Pupa avaient été dépor­tés dans le camp de Jase­no­vac, où ils avaient été assas­si­nés aux alen­tours de 1943. Pupa et Aron avaient pris le maquis avec les parti­sans fin octobre 1941, après que la syna­gogue de Zagreb avait été détruite avec la béné­dic­tion des nouvelles auto­ri­tés oustachies.

De l’humour (enfin !)

Le D. Topa­la­nek, en créant son nouveau soin relaxant, s’était souvenu de sa grand-mère, chez qui ils allaient déjeu­ner tous les dimanches. La grand-mère , de peur de manquer de temps, commen­çait à prépa­rer le déjeu­ner dès le matin, et quand la famille Topa­la­nek arri­vait, tout avait déjà refroidi sur la table. Chaque dimanche, sa grand-mère était dans tous ses états, et chaque dimanche, son père la consolait… 
« Allons, Agneza, calme-toi, tu sais bien toi-même qu’il n’y a rien de meilleur que les boulettes froides et… la bière chaude ! »

Édition Seuil . Traduit du finnois par Sébas­tien Cagnoli

A obtenu un coup de coeur au club de lecture de la média­thèque de Dinard

De la Finlande pendant la deuxième guerre mondiale , j’avais retenu peu de choses. Je savais que les Finlan­dais avaient repoussé les Russes en 1940 et que la fameuse « finlan­di­sa­tion » voulait dire qu’ils avaient cédé après la guerre une partie de leur terri­toire contre une paix avec les Sovié­tiques. Le roman de Petra Rautiai­nen nous plonge dans une autre réalité qui n’est pas sans rappe­ler « Purge » traduit aussi par Sébas­tien Cagnoli. entre les Nazis-racistes et les sovié­tiques-exter­mi­na­teurs qui choi­sir pour rester en vie ?

Ici, se mêle deux moments assez proche 1944 et les camps de prison­niers tenus par les alle­mands et 1949 la quête d’une femme qui veut connaître le sort de son mari dont le dernier signe de vie se situe dans un de ces camps. Ce qui se passe en 1944 est décrit à travers un jour­nal tenu par un gardien finnois qui décrit au jour le jour le sort réservé aux pauvres hommes sous la coupe de sadiques nazis alle­mands. Le récit de la femme se heure à une omerta : personne ne veut se souve­nir de cette époque. Et cela pour une simple raison c’est qu’il n’y a pas de fron­tières entre les gentils et les méchants. Au delà du nazisme et des sovié­tiques il y a donc les Finnois qui ont lutté pour leur indé­pen­dance, mais ils ont été eux-mêmes gangré­nés par l’idéo­lo­gie raciale en vigueur et pour bâtir une Finlande de race pure il faut « contrô­ler » voire « suppri­mer ? » les Samis ceux que vous appe­liez peut-être comme moi les Lapons. (J’ai appris en lisant ce roman que lapon est un terme raciste qui veut dire « couvert de haillons »)

Alors, dans ces camps on fait des recherches sur la forme des crânes et on prend en photos tous les prison­niers et on l’en­voie dans un grand centre de recherche pour la race qui bien sûr sera supprimé après la guerre.
C’est cet aspect de la guerre qui rendra muets tous les témoins qui auraient pu expli­quer à Inkeri Lind­viste ce qui est arrivé à son mari Karloo.

L’at­mo­sphère est pesante, l’an­goisse de la mort toujours présente dans le jour­nal du gardien et cela ne rend pas la lecture facile. J’au­rais vrai­ment aimé avoir un petit résumé histo­rique pour m’y retrou­ver et un détail m’a beau­coup déplu le traduc­teur ne traduit pas les dialogues quand ils sont dit en Sami. Je n’ar­rive pas à comprendre l’uti­lité d’un tel procédé. Autant pour des Finnois cela peut leur montrer qu’ils ne comprennent pas une langue parlée par des popu­la­tions vivant dans le même pays qu’eux autant pour des fran­çais, ça n’a aucune utilité.

Les deux autres reproches que je fais à ce roman, c’est le côté très confus des diffé­rentes révé­la­tions et le peu de sympa­thie que l’on éprouve pour les person­nages. Mais c’est un roman qui permet de décou­vrir une époque très impor­tante pour la Finlande et rien que pour cela, je vous le conseille. Mais ayez à côté de vous Wiki­pé­dia pour vous éclai­rer sur ce moment si tragique de l’his­toire de l’humanité.

Citations

Dans des camps prisonniers en Finlande en 1944.

Lorsque le méde­cin est ici avec son assis­tante, les mesures sont de son ressort ; le reste du temps, elles nous incombent aussi. Je n’avais encore jamais fait ce travail, c’est répu­gnant. On a beau laver et asti­quer les prison­niers russes, leur odeur est épou­van­table. Nous mesu­rons la largeur de la tête et véri­fions l’état des organes géni­taux, en parti­cu­lier la présence du prépuce.

Un pays aux multiples ethnies appelées en 1944 des races inférieures.

Quel­qu’un m’a dit qu’elle est du fjord de Varan­ger, où de plus loin encore, vestige de temps recu­lés, appa­renté aux Aïnous et aux nègres du Congo. Un autre, en revanche, est convaincu qu’elle ne vient pas du fjord de Varan­ger : ce serait une Same d’Inary ou d’Uts­joki, ou bien une Skol­tec du pays de Petsamo, ou encore une Finnoise de la pénin­sule de Kola. Un troi­sième a déclaré que c’est une Kvène du Finn­mark. Ou peut-être un peu tout ça, une bâtarde. De race infé­rieure, en tout cas, m’a-t-on certi­fié. « Elle est prison­nière, alors ?« ai-je demandé mais personne n’est sûr de rien. De mémoire d’homme, elle a toujours été là.

Les rapports des allemands avec des femmes de races inférieures.

Pour les nazis, la trahi­son à la race, c’est encore plus grave que d’ap­par­te­nir à une race infé­rieure. Les nazis qui se sont accou­plés avec une dégé­né­rée, ils sont exécu­tés le dimanche matin sur le coup de six heures.

Enfin(page 171)une explication sur ce qu’est une boule de « komsio » car aucune note n’explique ce genre de mots.

Ensuite, elle a arra­ché la trachée et l’a mise à sécher pendant deux jours. Elles avait ramassé un bout d’os quelque part, je ne sais pas, s’il venait aussi du cygne. Sans doute. Peut-être. Le dernier soir, elle l’a glissé dans la trachée, puis elle a tordu le tout pour former une petite boule qui tinte lors­qu’on la secoue. 
C’est un jouet tradi­tion­nel same : une boule de « komsio » qui chasse les mauvais esprits. En géné­ral, on l’offre au nouveau-né. Selon la légende, un hochet fabri­qué à partir d’un os de cygne fait pous­ser les ailes aux pieds de l’en­fant. Ainsi, il pourra s’en­vo­ler en cas de danger.

Les recherches pour créer une race pure .

Juin 1944
On voit encore circu­ler des brochures sur l’avan­ce­ment des recherches en vue de la créa­tion d’une race aryenne parfaite. Ces écrits ont pour objec­tif de stimu­ler l’es­prit de groupe, tout parti­cu­liè­re­ment par les temps qui courent. Un exem­plaire à faire tour­ner passe de gardien à l’autre. Le docteur Mengele a réussi à produire un enfant aux iris parfai­te­ment bleus en lui injec­tant un produit chimique dans les yeux.
Il y a une dizaine de globe oculaire juifs qui traînent en ce moment même à l’ins­ti­tut Kaiser-Wilhem, dans des bocaux en verre, dans une petite vitrine blanche.

L’horreur des camps tenus par les nazis .

Le comman­dant lui avait ordonné, avec l’aide d’un collègues, de ligo­ter le prison­nier aux barbe­lés. Nu. Insectes, morve, mouches et mous­tiques n’avaient pas tardé à recou­vrir son corps. Olavi avec cru voir des mouches du renne, un para­sites qu’il n’au­rait pas cru suscep­tible de s’in­té­res­ser à l’hu­main. Les animaux dévo­raient des yeux, le sang coulait chaque fois que le prison­nier essayait zde les chas­ser, car au moindre mouve­ment les barbe­lés s’en­fon­çaient davan­tage dans sa chair. Les déte­nus et les gardiens, et même le comman­dant suprême, durent assis­ter à ce spec­tacle pendant un certain temps avant d’être auto­ri­sés à se retirer. 
Le type avait survécu jusqu’au lende­main. le matin on l’avait décro­ché. Il puait la merde et la pisse, les œufs pondus par les mous­tiques commen­çaient à éclore. Sa peau était couverte de bosses, de sang, rongée, sucée. Sa bouche ruis­se­lante d’un rouges brillant était le seul élément encore iden­ti­fiables sur son visage défi­guré. Il fut envoyé aux chan­tiers à pied, à vingt kilo­mètres de là. Il avait beau­coup de diffi­cul­tés à marcher et, avant d’avoir parcouru péni­ble­ment une ving­taine de mètres, il s’était affaissé défi­ni­ti­ve­ment. L’un des gardiens avait poussé le corps du bout de sa botte. Pas de mouve­ment. Il avait pris le pouls. Mort.

Édition Buchet-Chas­tel. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Un petit roman bien sympa­thique, sur un sujet qui m’in­té­resse : le créa­tion des « livres des heures » au 15° siècle.

Ces illus­tra­tions sont telle­ment riches et variées ! Je me souviens d’une expo­si­tion dans une biblio­thèque qui m’avait complè­te­ment séduite.

L’au­teure imagine un person­nage fémi­nin (En 2022 ce serait trop banal que ce soit un homme !) qui lutte pour pouvoir deve­nir, elle aussi, comme son grand-père, son père, une artiste en enlu­mi­nures. L’in­trigue est vrai­ment trop atten­due pour moi : sa mère ne veut que la marier et déteste qu’elle veuille deve­nir peintre mais grâce à son grand-père elle finira par s’im­po­ser. La belle Margue­rite va connaître un amour passion pour un « maure » qui passait par là et devra fina­le­ment se marier pour donner un père au bébé qu’elle attend.
L’in­té­rêt du roman réside dans la recons­ti­tu­tion d’une ville Paris qui se remet douce­ment de la guerre de cent ans, et la descrip­tion des tech­niques des colo­ristes qui nous ravissent encore aujourd’hui.

Un roman dont je vais très vite oublier l’in­trigue mais qui m’a fait passer un bon moment dans les ateliers pari­siens d’enluminures.

Citations

La couleur et le Moyen Âge

Les maisons des petites gens sont couleur de bois, de pierre, de boue, de chaume, leur mobi­liers de terre cuite, d’étain, leurs habits d’étoffe non teinte ou si peu. Le Moyen Âge est friand de couleurs vives autant que d’épices. La couleur est l’apa­nage de la nature, de nature divine, des Hommes qui en ont extrait les secrets et de ceux qui peuvent se les payer. Plus elle est vive, satu­rée, plus elle est enviable, enviée. Elle est la marque du puis­sant, de la cathé­drale, du jour de fête et de proces­sion avec ses éten­dards. L’ab­sence de couleur est signe de pauvreté, d’in­si­gni­fiance, d’inexis­tence, de mort.

Le sujet du roman.

Si, comme il se doit, Margue­rite équi­pera son livre d’heures de calen­drier litur­gique, d’ex­traits d’évan­giles, d’un petit office de la Vierge orga­nisé selon les heures cano­niales, elle pren­dra quelques liber­tés. d’autres avant elle en ont prit. Il est commun que le proprié­taire de livres d’heures cherche à renta­bi­li­ser sa mise, car le coût en est très élevé. On y inscrira toutes sortes de choses, des recettes locales de tisanes, d’onguent, en passant par les dates des nais­sances et des morts des membres de la famille. Alors pour­quoi pas des pensées, des échap­pées intime ? Voilà pour le fond . 
Et sur la forme ?
D’aus­tères au XII° siècle, les livres d’heures vont prendre vie, couleurs au fil du temps. Des prières, comme d’une terre, vont en pous­ser s’en­guir­lan­der de branches, de feuilles, de forêts entières.


Édition Zulma collec­tion poche

Traduit de l’an­glais (Royaume-Uni) par Renaud Morin

Ce n’est pas un roman qui se lit faci­le­ment, mais je n’ai pas eu envie de le lâcher avant la fin. Comme souvent dans ce genre de roman, le suspens prend trop de place surtout quand l’au­teur annonce une catas­trophe qui finit toujours par arri­ver évidemment !

Ce qui m’a atti­rée vers ce roman, c’est la diffé­rence sociale en Grande Bretagne, entre des jeunes dont les parents ont telle­ment d’argent que le dépen­ser est leur seule préoc­cu­pa­tion en termi­nant leurs études à Oxford , (parce qu’il faut bien s’oc­cu­per à quelque chose), et un jeune homme aide soignant dans une maison de retraite qui a fui son milieu social trop étriqué.

Mais ce n’est pas le sujet du roman et on ne comprend pas très bien pour­quoi Oscar est admis sans problème dans la richis­sime famille Bell­we­ther et ce qu’il reproche exac­te­ment à ses parents.

En revanche, l’as­pect psycho­lo­gique des person­nages est détaillé avec moult détails, tout tourne autour de la person­na­lité d’Eden le frère d’Iris l’amante d’Os­car. Celui-ci croit qu’il a un pouvoir de guéri­son grâce à la musique. Eden est musi­cien de talent et il utilise ses compé­tences pour domi­ner les autres, Oscar le naïf mais surtout Iris sa sœur qu’il se plaît à utili­ser comme cobaye. Il déteste qu’I­ris puisse échap­per à son pouvoir et il fera tout ce qu’il peut pour sépa­rer le couple .
Un élément en dehors des jeunes riches vient de la maison de retraite où travaille Oscar. Il s’en­tend bien avec un très vieux profes­seur qui va peu à peu initier Oscar à la culture litté­raire et philo­so­phique grâce à sa biblio­thèque bien four­nie. Ce profes­seur a été l’ami et sans doute l’amant d’un psycho­logue réputé qui travaille sur la mani­pu­la­tion mentale et les faux guérisseurs.

La rencontre entre ce psycho­logue réputé et Eden Bell­we­ther est très impor­tante car ce vieil homme est atteint d’un cancer du cerveau qui ne se soigne pas . Eden pourra-t-il comme il le prétend le guérir ? Ce profes­seur septique se lais­sera t‑il convaincre parce qu’il a peur de mourir ?

C’est vrai­ment là le cœur du roman. Existe-t-il des gens avec des pouvoirs supé­rieurs ? Sont-ils des malades mentaux ? Sont- ils dangereux ?

Le roman décor­tique avec minu­tie toutes ses ques­tions, les réponses je ne peux pas les donner sans dévoi­ler le suspens du récit.

Je ne suis pas très enthou­siaste pour ce roman, car pour moi il manque de profon­deur dans l’ana­lyse de la réalité sociale. Je n’ar­rive toujours pas à comprendre pour­quoi ces gosses de riches acceptent Oscar avec un engoue­ment éton­nant pour sa condi­tion d’aide soignant dans cette maison de retraite. Le senti­ment amou­reux d’Os­car pour Iris est étrange ou alors trop anglais pour moi : quand elle est là c’est bien, quand elle n’est plus là, il fait avec, sans cher­cher à s’accrocher.

Bref la partie réus­sie et pour cela, je vous conseille de lire ce livre, c’est tout ce qui relève de la mani­pu­la­tion mentale, ce n’est pas agréable de lire cela mais c’est très intéressant.

Citations

Différences sociales .

À vrai dire, il n’était pas sûr du tout d’ap­pré­cier ses parents. Ils avaient cette insup­por­table assu­rance que confère la fortune, l’auto satis­fac­tion que donne la piété. Combien de fois avait-il adressé la parole à Ruth Bell­we­ther, et combien de fois l’avait-elle consi­déré en clignant des yeux, sans lui répondre, ne l’ayant mani­fes­te­ment pas non plus écouté ?

Les raisons de quitter l’école .

Il dirait au vieil homme que quit­ter l’école n’avait pas été un choix mais une néces­sité, l’oc­ca­sion d’échap­per à l’en­vi­ron­ne­ment de ses parents et de se trou­ver un chez soi à l’autre bout de la ville ; une simple chambre meublée au dessus d’un book­ma­ker, rien de bien luxueux, mais là au moins, il était libre de voir le genre de personnes qu’il voulait, de s’abon­ner à un jour­nal sérieux s’il en avait envie, de passer ses week-ends à Londres ou de déam­bu­ler dans Cassiory park en nour­ris­sant les canards avec son propre pain rassis. Il dirait au vieil homme qu’à dix-sept ans, l’in­dé­pen­dance était sa prio­rité, et qu’il l’avait acquise en renon­çant au luxe de faire des études ; mais qu’il pour­rait toujours les reprendre quand il serait plus âgé.

La richesse.

Iris donnait parfois l’im­pres­sion d’avoir traversé l’exis­tence en état d’ape­san­teur sans conce­voir le genre de diffi­cul­tés auxquelles ses semblables étaient confron­tés. Non pas qu’elle soit inca­pable de recon­naître la misère la plus noire – les ventres disten­dus des familles du Leso­tho frap­pées par la famine, les orphe­lins roumains entas­sés à onze dans un lit- , quand ces sujets passaient aux infor­ma­tions, elle était profon­dé­ment émue et prête à réagir. Néan­moins, elle semblait avoir aucune conscience des soucis d’argent récur­rents des gens normaux, ce stress perma­nent pour trou­ver de quoi répa­rer une chau­dières en panne, ache­ter un nouveau pull-over pour l’école, payer les frais d’or­tho­don­tiste. S’il lui avait demandé quel était le prix de l’es­sence, elle ne l’au­rait proba­ble­ment pas su, mais elle était capable de disser­ter sur le raffi­nage du pétrole et l’im­por­tance des éner­gies renou­ve­lables. Il y avait des moments où il ne pouvait s’empêcher de lui en vouloir, pour ce qu’elle possé­dait les dix neuf années passées dans les meilleures écoles, les vacances au ski, les bons restau­rants, parce qu’on lui disait tous les jours qu’elle pouvait avoir tout ce qui lui faisait plai­sir. Mais il avait fini par comprendre à quel point il avaient tort de lui en vouloir. Car c’était ce qu’il convoi­tait pour lui même, et ce qu’il aime­rait offrir un jour à ses propres enfants. repro­cher à Iris sa vie idéale n’était rien d’autre que de la jalou­sie le genre d’amer­tume qui avait détruit son père.

Édition Flam­ma­rion . Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

C’est un roman léger et dont la lecture si agréable nous sort un peu du monde trop violent qui est le nôtre aujourd’hui. Tout en étant léger il n’est pas pour autant super­fi­ciel. Deux histoires se rassemblent autour d’un curieux phéno­mène : le passage de Venus devant le soleil .

Les tran­sits de Vénus font partie des phéno­mènes astro­no­miques prévi­sibles les moins fréquents et se produisent actuel­le­ment suivant une séquence qui se répète tous les 243 ans, avec des paires de tran­sits espa­cés de 8 ans sépa­rées par 121,5 puis 105,5 ans. Avant 2004, la paire de tran­sits précé­dente date de décembre 1874 et décembre 1882. Le premier de la paire de tran­sits du début du xxie siècle a eu lieu le 8 juin 2004 et le suivant a eu lieu le 6 juin 2012 . Après 2012, les prochains tran­sits auront lieu en 2117 et 2125. selon Wikipedia .

Vénus c’est ce petit point noir sur le soleil

Guillaume Joseph Hyacinthe Jean-Baptiste Le Gentil de la Galai­sière en 1760 s’embarque pour aller voir ce phéno­mène extra­or­di­naire à Pondi­chéry. Il doit y être le 6 juin 1761. Une terrible tempête l’empêchera d’ar­ri­ver à temps, il décide alors de rester à l’île Maurice, Mada­gas­car et la Réunion pendant 8 ans pour pouvoir voir le prochain passage. En atten­dant, il écrit pour racon­ter ce qu’il voit et consti­tue une superbe collec­tion de coquillages. Pour ses obser­va­tions , il possède un superbe téles­cope objet qui émer­veillera les marins et les gens qu’il rencon­trera dans ses voyages.
Et voici notre deuxième person­nage, Xavier agent immo­bi­lier à Paris, il retrouve cet ancien téles­cope dans un appar­te­ment qu’il a vendu. Il le met sur sa terrasse et observe la lune, les étoiles et sur un autre balcon une jolie pari­sienne dont il va tomber amou­reux. Xavier est un homme de notre époque divorcé , anxieux qui se relaxe grâce à des appli­ca­tions sur inter­net . Il ne voit son fils qu’un WE à deux et il cherche des acti­vi­tés extra­or­di­naires pour être bien avec lui. La jolie Alice qui a rencon­tré Xavier car elle recher­chait un appar­te­ment travaille au musée des jardins des plantes, est taxi­der­mique et fait revivre des animaux en les redon­nant un aspect vivant.
Leur histoire sera un peu compli­quée, nous ne les quit­te­rons que pour retrou­ver Guillaume dans ses diverses aven­tures et ses rencontres avec des humains, des animaux des plantes si loin de la cour du roi Louis XVI . Nous avons quelques belles tempêtes et malheu­reu­se­ment la belle collec­tion de coquillages sera sacri­fiée pour sauver le bateau du retour. A son retour en France tout le monde l’ayant cru mort, il a perdu sa place à l’aca­dé­mie des sciences et sa famille s’est parta­gée son héritage.

On est bien avec les diffé­rents person­nages même si quand on sort du livre, on se dit que le monde n’est pas aussi gentil que celui que nous décrit Antoine Laurain. Il a su nous faire revivre un astro­naute bien oublié et nous faire parta­ger une romance à laquelle on a envie de croire.

Citations

Présentation de Xavier.

Il semblait à Xavier que sa vie avait en quelque sorte déra­pée à un moment et il avait du mal à situer préci­sé­ment ce moment. Souvent, il se sentait comme un céli­ba­taire sans avenir, qui vendait aux autres, plein d’en­train et de ressources, des appar­te­ments pour y construire une vie ‑autant de projets qui ne lui parais­saient plus à sa portée. 
Rien est vrai­ment compli­qué. Ce que vous perce­vez comme diffi­cile sont le plus souvent des construc­tions mentales. Vous ajou­tez une couche d’an­goisse dont vous n’avez nul besoin et qui est improductive. 

Les plages de l’île Maurice par rapport à la manche.

Du bleu et de la lumière. Tout était bleu, l’eau était aussi immo­bile que le ciel. Jamais il n’avait vu d’autre plage que celle de la Manche, où il se rendait enfants et adoles­cents avec la famille. Des dunes avec des mottes d’herbe éparses balayées par le vent puis l’im­men­sité de la mer. Le plus souvent, sa couleur était bleu foncé tein­tée de kaki et des rouleaux mena­çaient ceux qui s’ap­pro­chait et n’étaient pas marin. L’eau se reti­rait sur des kilo­mètres, et il fallait marcher long­temps sur les bosses du sable humide et dans les petits étangs de vases avant d’ar­ri­ver au bord de la mer qui était en géné­ral glacée sur les pieds.

Une idée du bonheur.

Bruno devait vivre le rêve d’une nouvelle vie en Dordogne, passer de belles jour­née en famille, pleines de projets pour ses chambres d’hôtes, et échan­ger avec Char­lotte, sa femme, sur les couleurs du papier peint d’une future pièce ou encore sur l’agen­ce­ment d’une rocaille dans le par paysagé. Oui, Bruno avait fait le bon choix : il avait quitté la ville, avec ses voitures qui se repro­dui­saient comme des cafards, selon son expres­sion. Il devait vivre tous les jours comme dans ses publi­ca­tions fami­liales des années 1980 dans lesquels le père et la mère retrou­vaient leurs enfants le matin au petit déjeu­ner, dans la cour d’une belle maison enso­leillée pour parta­ger choco­lat chaud et café brûlant en écla­tant de rire. En géné­ral ces spots vantaient une marque de chico­rée ou des assurances ;

J’adore la fin.

Le prochain tran­sit de Vénus aura lieu en 2117. Soit dans quatre vingt quinze années. Vous, qui lisez ces lignes, ne serez plus là. Et moi non plus. Comme guillaume nous rate­ront ce rendez-vous. Mais ce n’est pas grave. Nous sommes ici. Main­te­nant. J’écris. Vous lisez. 
Nous respi­rons. 
Nous sommes vivants. 
Tout va bien.

Édition du Rocher

Curieuse coïn­ci­dence ce roman dont le sujet est l’amnésie est chez moi depuis un certain temps et j’ai complè­te­ment oublié comment il y est arrivé.
William Noone est un pauvre hère, il est recueilli dans un hospice pour indi­gents à Londres en 1889. Le méde­cin qui s’occupe de lui, Oscar Klives, comprend peu à peu que cet homme souffre d’une amné­sie étrange. D’abord, il se croit toujours en 1847 et ne peut expli­quer pour­quoi il a été retrouvé sur les quais de Londres. Et de plus sa mémoire est si défaillante qu’il ne peut la faire fonc­tion­ner que par tranche de quatre minutes. Puis tout s’efface, et il repart à zéro. En revanche tout ce qui s’est passé avant 1847 est très précis dans sa mémoire. Le méde­cin qui le recueille est fasciné par ce cas si étrange . Lui-même a une person­na­lité que nous décou­vri­rons peu à peu : son amour (hélas non partagé !) pour une infir­mière plus humaine que la moyenne de celles qui s’occupent des indi­gents de cet hospice, ainsi que les raisons qui l’ont amené à suivre cette carrière moins glorieuse que celle à laquelle ses brillants études le destinaient.

Il comprend assez vite que le mystère de cette mémoire défaillante doit venir de trau­ma­tismes subis en 1847, date à laquelle tout s’est subi­te­ment effacé pour William Noone.
Il va donc partir au Canada pour pouvoir réécrire la vie de quelqu’un qui n’en a aucun souvenirs.

Ce roman permet de décou­vrir la vraie misère des gens sans ressource à la fin du 19° siècle en Angle­terre ( cela ne doit guère être mieux ailleurs !). On voit aussi la dure condi­tion des marins, mais le sujet prin­ci­pal c’est la souf­france appor­tée par l’amnésie. Jamais le malade qui en est atteint ne peut prendre sa vie en main et à l’époque, comme la méde­cine commen­çait tout juste à essayer de comprendre ce genre de phéno­mène le patient est consi­déré comme respon­sable de ses actes et il finit le plus souvent en prison.
Le roman m’a inté­res­sée sans me passion­ner. La forme peut-être ? Nous décou­vrons cette histoire grâce au cahier person­nel du méde­cin qui distille peu à peu ses confi­dences, sur son amour, le person­nel de l’hospice, le marin amné­sique, et enfin son incroyable recherche vers les trente années qui ont disparu de la mémoire de Willam Noone. Très vite le lecteur comprend qu’il n’y aura pas de solu­tion pour ce pauvre hère et que, fina­le­ment, il a une certaine chance d’avoir oublié certains aspects de sa vie. Alors pour­quoi en faire un roman ? Peut-être pour nous faire décou­vrir cette époque et ceux qui ont été broyés par l’ère indus­trielle. Sans doute, mais j’ai lu des textes plus prenants sur le sujet, tout en lisant atten­ti­ve­ment ce roman je m’y suis ennuyée il manquait un souffle, ma lecture était plus appli­quée qu’interessée.

Citations

Les hospices anglais en 1880.

Chaque matin, ce sont plusieurs nouveaux spéci­mens de cette triste race qui attendent en silence, le regard éteint, sur le banc du couloir reliant mon cabi­net à celui d’Ir­vin Owen, mon adjoint. et qu’at­tendent-ils ?… Leur tour de passer la visite médi­cale avant d’être conduit aux douches comme du bétail à l’abat­toir ; le moment de se lais­ser dépouiller de leurs hardes et du peu qu’il leur reste, en échange de cet uniforme de pension­naires qui sera la livrée de leur indi­gnité. À vrai dire, ils n’at­tendent plus rien 

Observation logique est elle vraie ?

J’en suis pour ma part venu à la conclu­sion que la folie naît et se forti­fie de son propre déni ; que ce chancre de l’âme se nour­rit prin­ci­pa­le­ment de l’hor­reur qu’il inspire ; ou, pour le dire autre­ment, que le fou ne devient (vrai­ment) fou que parce que l’im­pos­si­bi­lité psycho­lo­gique dans laquelle il se trouve de s’avouer qu’il dérai­sonne l’ac­cule à sacri­fier des pans toujours plus larges de la réalité à sa lubie initiale, exac­te­ment comme le menteur après un premier mensonges est contraint d’en inven­ter d’autres, toujours plus emberlificotés.

Mémoire et imagination.

Sir Herbert insiste longue­ment sur les rapports étroits qu’en­tre­tiennent ces deux facul­tés de l’es­prit humain, tradi­tion­nel­le­ment tenues pour distante par la philo­so­phie clas­sique, que sont la Mémoire et l’Ima­gi­na­tion. Il y a une part d’ima­gi­na­tion dans tout ce qui nous vient de notre mémoire, comme une part de mémoire dans tout ce que crée notre imagi­na­tion, écrit-il. Et, pour suit-il, ces apports respec­tifs sont si bien mélan­gés dans notre esprit que la ques­tion de savoir laquelle de ces deux faculté s’exerce en nous à un moment donné et bien moins évidente qu’on ne poyr­rair le penser au premier abord.

Les riches anglais.

Ce gent­le­man se trou­vant néan­moins fort occupé par les prépa­ra­tifs de son prochain voyage ‑fort occupé comme tous ceux que leur nais­sance et leur patri­moine dispensent de travailler : à croire que l’oi­si­veté est la plus appa­rente des conditions. 

Le Canada.

Comme toute cette grande et forte nature n’a que peu à voir avec celle si fami­lière et domes­ti­qué de mon cher Devon ! C’est ici le royaume des sapins et des épinettes, des bises sifflant dans les cimes, des eaux glacées même en été. C’est ici le royaume des saumons remon­tant à toute force les torrents pour frayer … et des indus­trieux castor… et des paisibles élans. C’est ici le royaume des innom­brables oiseaux de la créa­tion : fous blancs planant dans le ciel bleu, autours qui hantent les forêts, tant d’autres dont je ne sais pas les noms ! Malgré leurs trains et leurs gares, malgré leurs pauvres petites villes dissé­mi­nées de loin en loin, on sent bien que les hommes ne sont point ici chez eux. Du moins pas les hommes que je connais, ceux qui portent des montres dans leurs gous­sets et qui ont depuis long­temps perdu l’ha­bi­tude de se régler sur le lever et le coucher du soleil, ceux qui n’ont jamais eu besoin d’at­tra­per ou de faire sortir de terre ce qu’ils mangent mais toujours de trom­per leur ennui au club, au théâtre, au cabaret.

L’oubli.

Quand les vivants qui ont connu les morts meurent à leur tour, quand plus aucun d’entre-eux n’est là pour entre­te­nir leurs tombes et hono­rer leur mémoire, ces morts du temps passé meurent une seconde et dernière fois. Peu de temps sépare la mort orga­nique de cette seconde mort défi­ni­tive qui est la vrai et dont le nom est l’Ou­bli – une géné­ra­tion à peine , l’homme est si peu de choses 

Édition Quai Voltaire , Traduit de l’anglais par Jean­nette Short-Payen

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Une petite plon­gée dans le monde abbayes du début du XVII° siècle, après la mort du roi Henry IV, dans un couvent de nonnes où l’ac­cu­sa­tion de sorcel­le­rie n’est jamais bien loin et permet tous les abus. C’est un récit assez compli­qué, une histoire de vengeance imagi­née par un cerveau supé­rieur et féroce, un certain Guy Le Merle qui a été humi­lié dans sa jeunesse par un évêque tout puis­sant. Pour mener à bien sa vengeance, il doit utili­ser les capa­ci­tés de celle qu’il appelle mon Ailée parce que (du temps où elle était saltim­banque) elle se prome­nait sur des fils tendus dans les airs. Celle-ci a trouvé refuge dans un couvent pour élever sa fille Fleur et pendant quatre ans, elles mène­ront toutes les deux une vie paisible sous l’au­to­rité d’une mère supé­rieure dont l’es­prit de charité faisait régner un certain bonheur dans cette abbaye de l’île de Noir­mou­tier, c’est amusant de voir une région que l’on connaît bien vivre sous la plume d’une auteure étran­gère et situer ces descrip­tions au XVII° siècle , le passage du « Goa » aura évidem­ment son impor­tance ! Il faut dire que l’au­teure à une mère fran­çaise elle a peut-être passé des vacances dans cette région.

Pour parve­nir à ses fins, Le Merle dissi­mulé sous les traits d’un prêtre va utili­ser une toute jeune nonne qu’il va mettre à la tête de cette abbaye, celle-ci voit le diable partout et les pauvres sœurs iront de châti­ment en châti­ment. Cette nonne est en réalité la soeur de l’évêque dont il veut se venger. Je m’ar­rête là pour ne pas trop en dire sur le suspens qui sous-tend ce récit. Tout le charme de ce roman vient de ce qu’on ne sait pas jusqu’à la dernière page si le person­nage du « Merle » est unique­ment cruel et s’il est capable d’amour pour son « Ailée ». J’ai trouvé cette histoire de vengeance bien compli­quée et si j’ai retenu ce roman c’est plutôt pour la descrip­tion de la vie des nonnes dans les abbayes, mais je reproche aussi à l’au­teure de voir tout cela avec des yeux de femmes du XXI° siècle pour qui faire la diffé­rence entre la foi et la crédu­lité est si facile à faire. C’est un roman histo­rique qui éclaire d’un œil sans complai­sance la reli­gion du XVII° siècle et la condi­tion des femmes dans les couvents, et rien que pour cela il peut vous plaire.

Citations

La fondation des abbayes.

Fondée il y a quelques deux cent ans par une commu­nauté de frères prêcheurs, l’ab­baye est très vieille. Elle a été payée grace à l’unique devise qui a court pour l’église : la crainte d’être damné. En ces temps d’in­dul­gence et de corrup­tion, une famille noble ne pouvaient assu­rer sa posi­tion dans le royaume qu’en atta­chant son nom à une abbaye.

Des propos qui sentent le XXI° siècle plus que le XVII° mais c’est très bien dit.

Je n’ai jamais cru en Dieu.En tout cas, pas à celui auquel nous avons l’ha­bi­tude de nous adres­ser, ce grands joueur d’échecs qui, de temps en temps, baisse le regard vers son échi­quier, déplace les pièces selon les règles connues de lui seul et daigne regar­der son adver­saire bien en face et avec le sourire du grand maître qui sait d’avance qu’il va gagner la partie. Il doit y avoir, me semble-t-il une horrible paille dans l’es­prit de ce créa­teur qui s’obs­tine à mettre ses créa­tures à l’épreuve jusqu’à ce qu’il les détruise, qui ne leur accorde un monde regor­geant de plai­sir que pour l’heure annon­cer que tout plai­sir est péché, qui se complaît à créer une huma­nité impar­faite mais s’at­tend à ce qu’elle aspire à l’in­fini perfec­tion ! Le Démon, au moins, joue franc-jeu, lui. Nous savons exac­te­ment ce qu’il veut de nous. Et pour­tant, lui-même, le Malin, le Génie du mal travaille secrè­te­ment pour l’Autre, le Tout Puis­sant. À tel maître, tel valet.

Toujours l’effet des connaissance d’aujourd’hui sur une description du passé .

Je leur ai recom­mandé d’évi­ter les jeûnes exces­sifs, de ne boire que l’eau du puits et de se laver au savon matin et soir. 
» À quoi cela pourra-t-il bien servir ? » a demandé soeur Thoma­sine en enten­dant ce conseil. 
Je lui ai expli­qué que parfois des ablu­tions régu­lières empê­chaient les mala­die de se propager. 
Elle a eu l’air un peu convain­cue de cela. « Je ne vois pas comment ! a‑t-elle dit. Pour éloi­gner le démon, ce n’est pas d’eau propre et de savon dont on a besoin, c’est de l’eau bénite ! »