Édition Flam­ma­rion . Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

C’est un roman léger et dont la lecture si agréable nous sort un peu du monde trop violent qui est le nôtre aujourd’hui. Tout en étant léger il n’est pas pour autant super­fi­ciel. Deux histoires se rassemblent autour d’un curieux phéno­mène : le passage de Venus devant le soleil .

Les tran­sits de Vénus font partie des phéno­mènes astro­no­miques prévi­sibles les moins fréquents et se produisent actuel­le­ment suivant une séquence qui se répète tous les 243 ans, avec des paires de tran­sits espa­cés de 8 ans sépa­rées par 121,5 puis 105,5 ans. Avant 2004, la paire de tran­sits précé­dente date de décembre 1874 et décembre 1882. Le premier de la paire de tran­sits du début du xxie siècle a eu lieu le 8 juin 2004 et le suivant a eu lieu le 6 juin 2012 . Après 2012, les prochains tran­sits auront lieu en 2117 et 2125. selon Wikipedia .

Vénus c’est ce petit point noir sur le soleil

Guillaume Joseph Hyacinthe Jean-Baptiste Le Gentil de la Galai­sière en 1760 s’embarque pour aller voir ce phéno­mène extra­or­di­naire à Pondi­chéry. Il doit y être le 6 juin 1761. Une terrible tempête l’empêchera d’ar­ri­ver à temps, il décide alors de rester à l’île Maurice, Mada­gas­car et la Réunion pendant 8 ans pour pouvoir voir le prochain passage. En atten­dant, il écrit pour racon­ter ce qu’il voit et consti­tue une superbe collec­tion de coquillages. Pour ses obser­va­tions , il possède un superbe téles­cope objet qui émer­veillera les marins et les gens qu’il rencon­trera dans ses voyages.
Et voici notre deuxième person­nage, Xavier agent immo­bi­lier à Paris, il retrouve cet ancien téles­cope dans un appar­te­ment qu’il a vendu. Il le met sur sa terrasse et observe la lune, les étoiles et sur un autre balcon une jolie pari­sienne dont il va tomber amou­reux. Xavier est un homme de notre époque divorcé , anxieux qui se relaxe grâce à des appli­ca­tions sur inter­net . Il ne voit son fils qu’un WE à deux et il cherche des acti­vi­tés extra­or­di­naires pour être bien avec lui. La jolie Alice qui a rencon­tré Xavier car elle recher­chait un appar­te­ment travaille au musée des jardins des plantes, est taxi­der­mique et fait revivre des animaux en les redon­nant un aspect vivant.
Leur histoire sera un peu compli­quée, nous ne les quit­te­rons que pour retrou­ver Guillaume dans ses diverses aven­tures et ses rencontres avec des humains, des animaux des plantes si loin de la cour du roi Louis XVI . Nous avons quelques belles tempêtes et malheu­reu­se­ment la belle collec­tion de coquillages sera sacri­fiée pour sauver le bateau du retour. A son retour en France tout le monde l’ayant cru mort, il a perdu sa place à l’aca­dé­mie des sciences et sa famille s’est parta­gée son héritage.

On est bien avec les diffé­rents person­nages même si quand on sort du livre, on se dit que le monde n’est pas aussi gentil que celui que nous décrit Antoine Laurain. Il a su nous faire revivre un astro­naute bien oublié et nous faire parta­ger une romance à laquelle on a envie de croire.

Citations

Présentation de Xavier.

Il semblait à Xavier que sa vie avait en quelque sorte déra­pée à un moment et il avait du mal à situer préci­sé­ment ce moment. Souvent, il se sentait comme un céli­ba­taire sans avenir, qui vendait aux autres, plein d’en­train et de ressources, des appar­te­ments pour y construire une vie ‑autant de projets qui ne lui parais­saient plus à sa portée. 
Rien est vrai­ment compli­qué. Ce que vous perce­vez comme diffi­cile sont le plus souvent des construc­tions mentales. Vous ajou­tez une couche d’an­goisse dont vous n’avez nul besoin et qui est improductive. 

Les plages de l’île Maurice par rapport à la manche.

Du bleu et de la lumière. Tout était bleu, l’eau était aussi immo­bile que le ciel. Jamais il n’avait vu d’autre plage que celle de la Manche, où il se rendait enfants et adoles­cents avec la famille. Des dunes avec des mottes d’herbe éparses balayées par le vent puis l’im­men­sité de la mer. Le plus souvent, sa couleur était bleu foncé tein­tée de kaki et des rouleaux mena­çaient ceux qui s’ap­pro­chait et n’étaient pas marin. L’eau se reti­rait sur des kilo­mètres, et il fallait marcher long­temps sur les bosses du sable humide et dans les petits étangs de vases avant d’ar­ri­ver au bord de la mer qui était en géné­ral glacée sur les pieds.

Une idée du bonheur.

Bruno devait vivre le rêve d’une nouvelle vie en Dordogne, passer de belles jour­née en famille, pleines de projets pour ses chambres d’hôtes, et échan­ger avec Char­lotte, sa femme, sur les couleurs du papier peint d’une future pièce ou encore sur l’agen­ce­ment d’une rocaille dans le par paysagé. Oui, Bruno avait fait le bon choix : il avait quitté la ville, avec ses voitures qui se repro­dui­saient comme des cafards, selon son expres­sion. Il devait vivre tous les jours comme dans ses publi­ca­tions fami­liales des années 1980 dans lesquels le père et la mère retrou­vaient leurs enfants le matin au petit déjeu­ner, dans la cour d’une belle maison enso­leillée pour parta­ger choco­lat chaud et café brûlant en écla­tant de rire. En géné­ral ces spots vantaient une marque de chico­rée ou des assurances ;

J’adore la fin.

Le prochain tran­sit de Vénus aura lieu en 2117. Soit dans quatre vingt quinze années. Vous, qui lisez ces lignes, ne serez plus là. Et moi non plus. Comme guillaume nous rate­ront ce rendez-vous. Mais ce n’est pas grave. Nous sommes ici. Main­te­nant. J’écris. Vous lisez. 
Nous respi­rons. 
Nous sommes vivants. 
Tout va bien.

Édition du Rocher

Curieuse coïn­ci­dence ce roman dont le sujet est l’amnésie est chez moi depuis un certain temps et j’ai complè­te­ment oublié comment il y est arrivé.
William Noone est un pauvre hère, il est recueilli dans un hospice pour indi­gents à Londres en 1889. Le méde­cin qui s’occupe de lui, Oscar Klives, comprend peu à peu que cet homme souffre d’une amné­sie étrange. D’abord, il se croit toujours en 1847 et ne peut expli­quer pour­quoi il a été retrouvé sur les quais de Londres. Et de plus sa mémoire est si défaillante qu’il ne peut la faire fonc­tion­ner que par tranche de quatre minutes. Puis tout s’efface, et il repart à zéro. En revanche tout ce qui s’est passé avant 1847 est très précis dans sa mémoire. Le méde­cin qui le recueille est fasciné par ce cas si étrange . Lui-même a une person­na­lité que nous décou­vri­rons peu à peu : son amour (hélas non partagé !) pour une infir­mière plus humaine que la moyenne de celles qui s’occupent des indi­gents de cet hospice, ainsi que les raisons qui l’ont amené à suivre cette carrière moins glorieuse que celle à laquelle ses brillants études le destinaient.

Il comprend assez vite que le mystère de cette mémoire défaillante doit venir de trau­ma­tismes subis en 1847, date à laquelle tout s’est subi­te­ment effacé pour William Noone.
Il va donc partir au Canada pour pouvoir réécrire la vie de quelqu’un qui n’en a aucun souvenirs.

Ce roman permet de décou­vrir la vraie misère des gens sans ressource à la fin du 19° siècle en Angle­terre ( cela ne doit guère être mieux ailleurs !). On voit aussi la dure condi­tion des marins, mais le sujet prin­ci­pal c’est la souf­france appor­tée par l’amnésie. Jamais le malade qui en est atteint ne peut prendre sa vie en main et à l’époque, comme la méde­cine commen­çait tout juste à essayer de comprendre ce genre de phéno­mène le patient est consi­déré comme respon­sable de ses actes et il finit le plus souvent en prison.
Le roman m’a inté­res­sée sans me passion­ner. La forme peut-être ? Nous décou­vrons cette histoire grâce au cahier person­nel du méde­cin qui distille peu à peu ses confi­dences, sur son amour, le person­nel de l’hospice, le marin amné­sique, et enfin son incroyable recherche vers les trente années qui ont disparu de la mémoire de Willam Noone. Très vite le lecteur comprend qu’il n’y aura pas de solu­tion pour ce pauvre hère et que, fina­le­ment, il a une certaine chance d’avoir oublié certains aspects de sa vie. Alors pour­quoi en faire un roman ? Peut-être pour nous faire décou­vrir cette époque et ceux qui ont été broyés par l’ère indus­trielle. Sans doute, mais j’ai lu des textes plus prenants sur le sujet, tout en lisant atten­ti­ve­ment ce roman je m’y suis ennuyée il manquait un souffle, ma lecture était plus appli­quée qu’interessée.

Citations

Les hospices anglais en 1880.

Chaque matin, ce sont plusieurs nouveaux spéci­mens de cette triste race qui attendent en silence, le regard éteint, sur le banc du couloir reliant mon cabi­net à celui d’Ir­vin Owen, mon adjoint. et qu’at­tendent-ils ?… Leur tour de passer la visite médi­cale avant d’être conduit aux douches comme du bétail à l’abat­toir ; le moment de se lais­ser dépouiller de leurs hardes et du peu qu’il leur reste, en échange de cet uniforme de pension­naires qui sera la livrée de leur indi­gnité. À vrai dire, ils n’at­tendent plus rien 

Observation logique est elle vraie ?

J’en suis pour ma part venu à la conclu­sion que la folie naît et se forti­fie de son propre déni ; que ce chancre de l’âme se nour­rit prin­ci­pa­le­ment de l’hor­reur qu’il inspire ; ou, pour le dire autre­ment, que le fou ne devient (vrai­ment) fou que parce que l’im­pos­si­bi­lité psycho­lo­gique dans laquelle il se trouve de s’avouer qu’il dérai­sonne l’ac­cule à sacri­fier des pans toujours plus larges de la réalité à sa lubie initiale, exac­te­ment comme le menteur après un premier mensonges est contraint d’en inven­ter d’autres, toujours plus emberlificotés.

Mémoire et imagination.

Sir Herbert insiste longue­ment sur les rapports étroits qu’en­tre­tiennent ces deux facul­tés de l’es­prit humain, tradi­tion­nel­le­ment tenues pour distante par la philo­so­phie clas­sique, que sont la Mémoire et l’Ima­gi­na­tion. Il y a une part d’ima­gi­na­tion dans tout ce qui nous vient de notre mémoire, comme une part de mémoire dans tout ce que crée notre imagi­na­tion, écrit-il. Et, pour suit-il, ces apports respec­tifs sont si bien mélan­gés dans notre esprit que la ques­tion de savoir laquelle de ces deux faculté s’exerce en nous à un moment donné et bien moins évidente qu’on ne poyr­rair le penser au premier abord.

Les riches anglais.

Ce gent­le­man se trou­vant néan­moins fort occupé par les prépa­ra­tifs de son prochain voyage ‑fort occupé comme tous ceux que leur nais­sance et leur patri­moine dispensent de travailler : à croire que l’oi­si­veté est la plus appa­rente des conditions. 

Le Canada.

Comme toute cette grande et forte nature n’a que peu à voir avec celle si fami­lière et domes­ti­qué de mon cher Devon ! C’est ici le royaume des sapins et des épinettes, des bises sifflant dans les cimes, des eaux glacées même en été. C’est ici le royaume des saumons remon­tant à toute force les torrents pour frayer … et des indus­trieux castor… et des paisibles élans. C’est ici le royaume des innom­brables oiseaux de la créa­tion : fous blancs planant dans le ciel bleu, autours qui hantent les forêts, tant d’autres dont je ne sais pas les noms ! Malgré leurs trains et leurs gares, malgré leurs pauvres petites villes dissé­mi­nées de loin en loin, on sent bien que les hommes ne sont point ici chez eux. Du moins pas les hommes que je connais, ceux qui portent des montres dans leurs gous­sets et qui ont depuis long­temps perdu l’ha­bi­tude de se régler sur le lever et le coucher du soleil, ceux qui n’ont jamais eu besoin d’at­tra­per ou de faire sortir de terre ce qu’ils mangent mais toujours de trom­per leur ennui au club, au théâtre, au cabaret.

L’oubli.

Quand les vivants qui ont connu les morts meurent à leur tour, quand plus aucun d’entre-eux n’est là pour entre­te­nir leurs tombes et hono­rer leur mémoire, ces morts du temps passé meurent une seconde et dernière fois. Peu de temps sépare la mort orga­nique de cette seconde mort défi­ni­tive qui est la vrai et dont le nom est l’Ou­bli – une géné­ra­tion à peine , l’homme est si peu de choses 

Édition Quai Voltaire , Traduit de l’anglais par Jean­nette Short-Payen

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Une petite plon­gée dans le monde abbayes du début du XVII° siècle, après la mort du roi Henry IV, dans un couvent de nonnes où l’ac­cu­sa­tion de sorcel­le­rie n’est jamais bien loin et permet tous les abus. C’est un récit assez compli­qué, une histoire de vengeance imagi­née par un cerveau supé­rieur et féroce, un certain Guy Le Merle qui a été humi­lié dans sa jeunesse par un évêque tout puis­sant. Pour mener à bien sa vengeance, il doit utili­ser les capa­ci­tés de celle qu’il appelle mon Ailée parce que (du temps où elle était saltim­banque) elle se prome­nait sur des fils tendus dans les airs. Celle-ci a trouvé refuge dans un couvent pour élever sa fille Fleur et pendant quatre ans, elles mène­ront toutes les deux une vie paisible sous l’au­to­rité d’une mère supé­rieure dont l’es­prit de charité faisait régner un certain bonheur dans cette abbaye de l’île de Noir­mou­tier, c’est amusant de voir une région que l’on connaît bien vivre sous la plume d’une auteure étran­gère et situer ces descrip­tions au XVII° siècle , le passage du « Goa » aura évidem­ment son impor­tance ! Il faut dire que l’au­teure à une mère fran­çaise elle a peut-être passé des vacances dans cette région.

Pour parve­nir à ses fins, Le Merle dissi­mulé sous les traits d’un prêtre va utili­ser une toute jeune nonne qu’il va mettre à la tête de cette abbaye, celle-ci voit le diable partout et les pauvres sœurs iront de châti­ment en châti­ment. Cette nonne est en réalité la soeur de l’évêque dont il veut se venger. Je m’ar­rête là pour ne pas trop en dire sur le suspens qui sous-tend ce récit. Tout le charme de ce roman vient de ce qu’on ne sait pas jusqu’à la dernière page si le person­nage du « Merle » est unique­ment cruel et s’il est capable d’amour pour son « Ailée ». J’ai trouvé cette histoire de vengeance bien compli­quée et si j’ai retenu ce roman c’est plutôt pour la descrip­tion de la vie des nonnes dans les abbayes, mais je reproche aussi à l’au­teure de voir tout cela avec des yeux de femmes du XXI° siècle pour qui faire la diffé­rence entre la foi et la crédu­lité est si facile à faire. C’est un roman histo­rique qui éclaire d’un œil sans complai­sance la reli­gion du XVII° siècle et la condi­tion des femmes dans les couvents, et rien que pour cela il peut vous plaire.

Citations

La fondation des abbayes.

Fondée il y a quelques deux cent ans par une commu­nauté de frères prêcheurs, l’ab­baye est très vieille. Elle a été payée grace à l’unique devise qui a court pour l’église : la crainte d’être damné. En ces temps d’in­dul­gence et de corrup­tion, une famille noble ne pouvaient assu­rer sa posi­tion dans le royaume qu’en atta­chant son nom à une abbaye.

Des propos qui sentent le XXI° siècle plus que le XVII° mais c’est très bien dit.

Je n’ai jamais cru en Dieu.En tout cas, pas à celui auquel nous avons l’ha­bi­tude de nous adres­ser, ce grands joueur d’échecs qui, de temps en temps, baisse le regard vers son échi­quier, déplace les pièces selon les règles connues de lui seul et daigne regar­der son adver­saire bien en face et avec le sourire du grand maître qui sait d’avance qu’il va gagner la partie. Il doit y avoir, me semble-t-il une horrible paille dans l’es­prit de ce créa­teur qui s’obs­tine à mettre ses créa­tures à l’épreuve jusqu’à ce qu’il les détruise, qui ne leur accorde un monde regor­geant de plai­sir que pour l’heure annon­cer que tout plai­sir est péché, qui se complaît à créer une huma­nité impar­faite mais s’at­tend à ce qu’elle aspire à l’in­fini perfec­tion ! Le Démon, au moins, joue franc-jeu, lui. Nous savons exac­te­ment ce qu’il veut de nous. Et pour­tant, lui-même, le Malin, le Génie du mal travaille secrè­te­ment pour l’Autre, le Tout Puis­sant. À tel maître, tel valet.

Toujours l’effet des connaissance d’aujourd’hui sur une description du passé .

Je leur ai recom­mandé d’évi­ter les jeûnes exces­sifs, de ne boire que l’eau du puits et de se laver au savon matin et soir. 
» À quoi cela pourra-t-il bien servir ? » a demandé soeur Thoma­sine en enten­dant ce conseil. 
Je lui ai expli­qué que parfois des ablu­tions régu­lières empê­chaient les mala­die de se propager. 
Elle a eu l’air un peu convain­cue de cela. « Je ne vois pas comment ! a‑t-elle dit. Pour éloi­gner le démon, ce n’est pas d’eau propre et de savon dont on a besoin, c’est de l’eau bénite ! »

Édition l’âge d’homme ; Traduit du tchèque par Marcella Sali­va­rova Bideau

J’ai trouvé cette lecture chez Patrice et j’avoue que je pensais y trou­ver plus de plai­sir. C’est vrai­ment une fable et l’hu­mour est très daté. On sent aussi que l’au­teur a eu du mal à finir son histoire et le passage dans l’île avec des canni­bales est un peu lourde. C’est donc une fable autour du foot­ball et de l’en­vie de gran­deur d’un petit village de Dolni Bukvi­cky qui voit naître 11 garçons dans la famille du vieux Klap­zuba . Ce père très malin fait de ses fils des cham­pions de foot . Il va leur donner le sens de l’en­trai­ne­ment, et le plai­sir du foot. Ils sont soudés entre eux comme des frères peuvent l’être. Ils vont deve­nir les meilleurs joueurs du monde , si célèbres que le roi d’An­gle­terre leur confiera son fils le prince de Galle pour en faire un cham­pion. Leur ascen­sion est très inté­res­sante et se lit agréa­ble­ment avec le sourire car rien n’est sérieux dans cette fable.

Mais un jour, les frères perdront leur envie de jouer car il rencon­tre­ront un petit garçon qui leur fait comprendre qu’ils sont deve­nus des professionnels.

Oui, vous êtes des profes­sion­nels, et c’est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas jouer avec vous. Nous jouons pour l’honneur et vous jouez pour l’argent. Je ne veux avoir rien en commun avec vous.

Ils prennent conscience de tout l’argent qu’ils ont gagné et cela rend le foot­ball moins passion­nant. On est loin du foot­ball contem­po­rain. Avant de tout arrê­ter, il faudra une dernière et folle équi­pée vers l’Aus­tra­lie et les onze frères fini­ront dans un sursaut d’honneur par retrou­ver leur compétitivité.

La fin est vrai­ment moins inté­res­sante, l’au­teur envoie son équipe de foot sur une île de canni­bales puis au milieu de l’océan .

Je pense que ce roman est plutôt un livre pour la jeunesse. Malgré l’hu­mour, je suis restée en dehors de cette fable qui pour­tant est très célèbre en Tchéquie.

Citation

Humour tchèque.

« C’est vous, monsieur Klapzuba ? »

Klap­zuba rassem­bla en vitesse toutes ses réserves de voca­bu­laire anglais, prit son temps pour y faire son choix, hocha la tête et dit finalement :

« Yes »

L’apprentissage et la royauté.

Leur Majesté d’An­gle­terre m’ont envoyé leur fils en appren­tis­sage, et de ma vie je n’ai jamais vu un apprenti se faire servir. Il s’est engagé, faut qu’il porte lui-même son barda. Le meilleur des rois est celui qui a le moins de laquais autour de lui, si on oublie que pas de roi du tout, c’est encore mieux que le meilleur des rois.

Le sport et l’argent.

Il n’y a pas de quoi s’éton­ner, tout ce qui se répète à l’in­fini perd de son charme et se résume à la longue a un problème méca­nique. On a vu le même phéno­mène avec les profes­sion­nels du Royaume-Uni. Seul un amateu­risme total, celui qui exige de ses adeptes des sacri­fices, apporte en récom­pense le plus beau cadeau que la culture physique puisse offrir : l’es­prit spor­tif. Toutes les autres formes d’ac­ti­vi­tés spor­tives mène à la morti­fi­ca­tion de l’esprit.

Scène avec un colonel anglais .

Le colo­nel ne faisait rien d’autre que de rester assis, tirer sur sa pipe et cracher alors Klap­zuba faisait de même, rester assis, tirer sur sa pipe et cracher ‑et ainsi ils restèrent assis, tirèrent sur leurs pipes crachèrent à deux. Une heure plus tard, le colo­nel leva la main, montra un oiseau blanc qui passait par là et dit en anglais :
« Mouette »
Klap­zuba approuva de la tête :
« Yes »
Une heure plus tard Klap­zuba aper­çut un dauphin surgis­sant et dispa­rais­sant dans l’eau. Il observa un moment leva la main et dit posément :
« The poisson » 
Là-dessus le colo­nel Ward hocha sérieu­se­ment la tête :
« Yes »
Et ils retour­nèrent à leurs occu­pa­tions, rester assis, tirer sur leurs pipes et envoyer des crachats.


Édition Taillandier

Jai été tentée par ce roman, car j’ai souvent une tendresse pour les auteurs qui se penchent sur leur enfance, et qui savent nous faire parta­ger « le vert para­dis des amours enfan­tines », cette cita­tion de Baude­laire n’est pas gratuite, car dans presque tous les moments de ses souve­nirs, l’au­teur fait des paral­lèles entre sa vie et des person­nages de la litté­ra­ture il convoque Proust (évidem­ment !) Nabo­kov, André Chénier et tant d’autres. Certains sont de sa famille car comme tout membre de la noblesse il parle de sa généa­lo­gie, sans en être fier car ce serait de « mauvais goût », voire vulgaire. J’ai déjà dans ma biblio­thèque le livre de mémoire d’une de ses tantes, Pauline de Pange : « Comment j’ai vu 1900″ qui m’avait beau­coup plus intéressée.

L’au­teur est né en 1957, et a vécu son enfance à côté de Laval dans une demeure qui devait ressem­bler à cela :

C’est là encore qu’il écrit ses livres, en parti­cu­lier celui-ci.

On sent que l’au­teur veut nous faire ressen­tir la douceur avec laquelle il a été élevée, et combien ses parents ont été mêlés de près à la vie de la France. En bon catho­lique, ils étaient anti­sé­mites, en amou­reux de la France ils étaient résis­tants. Mais lui est né en 1957, donc tout cela ne lui revient que par bribes et ne doit donner lieu à aucune gloriole : toujours la peur d’en faire trop en se ventant. Alors il reste la vie de ce petit garçon qui n’a vrai­ment rien de passion­nant. Sa tante (éloi­gnée) nous avait fait décou­vrir le monde de la noblesse avant 1914, lui ne nous fait pas décou­vrir grand chose , sinon la vie d’un petit garçon tendre­ment aimé de ses parents, je suis ravie pour lui qu’il ait reçu autant d’af­fec­tion. Je me demande s’il a pensé qu’en rendant publique son enfance dans ce qui doit être le château du village, il fait le même effort que la famille Craw­ley dans Down­town Abbey qui ouvre leur demeure aux visiteurs.

Tout est en retenu dans ce livre, en discré­tion et en allu­sions litté­raires. Ce sont peut-être ces quali­tés qui dans la vie sont agréables qui ont rendu ce livre si fade à mes yeux, je dois, cepen­dant, rendre hommage aux quali­tés du style d’Em­ma­nuel de Wares­quiel (ce qui fait que de deux coquillages je suis passée à trois).

Citations

Portrait d’un oncle (avec un trait de caractère que j’ai déjà rencontré)

Il parlait avec une légère pointe d’ac­cent anglais qui lui venait sans doute de ses anciennes « nannies », n’écou­tait pas, vous inter­rom­pait, n’en­ten­dait pas ce qu’on lui disait et pouvait reprendre très natu­rel­le­ment une conver­sa­tion qui n’avait pas commencé ou qui avait été inter­rom­pue depuis des jours. Il m’en­chan­tait , plus tard, par sa faci­lité à manier le quipro­quo, les propos déca­lés, les réponses « ex abruto » qui lais­saient pantois tous ceux qui ne le connais­saient pas. Il fallait pour l’ai­mer l’ap­pro­cher de loin, accep­ter d’en­trer dans son monde, l’ap­pri­voi­ser, comme Le petit Prince son renard.

Fin du livre.

Nous restons seuls avec nos souve­nirs. C’est peut-être pour cela qu’on écrit. On veut en finir avec le temps, passer l’ar­doise à l’éponge. Elle était deve­nue indé­chif­frable à force de repen­tir et de ratures. On espère résoudre le rébus, retrou­ver les mots cachés comme Alice la clef de la porte au pays du lapin Blanc

Éditions Gras­set

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Après le Secret et la Mauvaise Rencontre, je renoue avec cet auteur grâce au club de lecture. Le narra­teur doit faire face au deuil de sa compagne tendre­ment aimé. Cela lui devrait être chose plus aisée qu’à d’autres puis­qu’une de ses spécia­li­tés en tant que psycha­na­lyste c’est juste­ment « Le deuil ». Seule­ment comme chacun le sait, c’est telle­ment plus simple d’ex­pli­quer et d’ai­der les autres que de se comprendre soi-même et de ne pas faire les erreurs que l’on a vu les autres commettre. Le narra­teur plonge donc dans le deuil sans que rien ne puisse le rete­nir : ni l’af­fec­tion de sa fille, ni son ami violon­cel­liste, ni son méde­cin qui surveille la pile qui doit empê­cher son coeur de s’ar­rê­ter. La nouveauté qui nous vaut ce roman, c’est le « service » que propose des « start-up » : créer un avatar de la personne récem­ment dispa­rue et dialo­guer avec elle . Oui, ce service existe, et non, je ne connais personne qui l’a essayé. On devine comment cela marche, et l’au­teur le raconte très bien, vous lais­sez des créa­teurs de logi­ciel entrer dans votre vie virtuelle, vous leur confiez photos et docu­ment sonores, grâce à des entre­tiens, ils découvrent votre vie et celle du défunt, et moyen­nant un budget consé­quent, ils créent l’ava­tar de la personne dispa­rue qui pourra dialo­guer avec vous.

Pour le roman­cier ce sera salu­taire puisque c’est grâce à cela qu’il retrou­vera l’ins­pi­ra­tion nous racon­ter son deuil enri­chi de cette expé­rience : et hop ! la boucle est bouclée.

On apprend au passage qu’a­voir une pile dans le coeur, n’est pas anodin et que vous donnez à une compa­gnie le droit de ralen­tir ou d’ac­cé­lé­rer votre rythme cardiaque. D’ailleurs, il y a quel­qu’un qui a montré qu’un hacker pour­rait ainsi neutra­li­ser des personnes très âgées porteuses de ce genre de pile (si possible des diri­geants politiques).

C’est un roman très facile à lire et qui met en lumière une pratique funé­raire qui risque de se déve­lop­per : notre société veut telle­ment fuir la mort que je pense que ce genre d’en­tre­prise va connaître un bel essor. Malgré une écri­ture très agréable, je n’ai pas été touchée par ce roman que j’ai trouvé vide. Il est rare que j’ap­pré­cie un livre où l’au­teur raconte comment il a du mal à écrire tout en écri­vant, c’est une impu­deur qui me gêne.

PS c’est tout à fait par hasard que sur mon blog deux auteurs ayant le même nom se suivent !

Citations

Un père et sa fille.

Quelques années aupa­ra­vant, Agnès avait rencon­tré l’homme de sa vie qui allait deve­nir son mari, puis le père du petit miracle devant lequel Irène et moi sommes retom­bés en enfance. Seule ombre au tableau : la compli­cité qui me liait à ma fille s’était émous­sée. Il m’était diffi­cile de perce­voir encore dans la femme épanouie celle qui, autre­fois blot­tie dans mes bras, me confiait ses secrets. La gros­sesse puis la mater­nité d’Agnès avait natu­rel­le­ment installé une nouvelle distance : la fille aimée était main­te­nant avant tout une épouse et une mère. J’ai su faire bonne figure afin que personne n’aper­çoive, sous les atten­tions et la tendresse d’un grand-père, la nostal­gie d’un père.

L’Après.

Dans le tiroir du meuble de la salle de bain, j’avais entre­pris d’en­fer­mer ses produits de beauté mais au moment de les ranger je n’ai pu résis­ter au besoin de dévis­ser le bouchon de son parfum : tel le génie de la lampe, Irène avait jailli du flacon, remplis­sant la pièce de ces effluves autant que de son absence.

Joli passage :

« C’est une curieuse expé­rience de consta­ter que ma vie ne tient qu’à un fil, celui qui relie cette pile à mon cœur, un cœur qui ne bat plus pour personne »
Lui confiai-je, Peu après la mort d’Irène, un jour où l’ab­sence de mon épouse me pesait plus encore que d’or­di­naire et me rendait impos­sible cet exer­cice dans j’avais pour­tant la maîtrise : faire bonne figure. Une autre fois où je retrou­vais un peu de mon humour, je parvins à lui demander :
« Docteur vous qui savez redon­ner du rythme à ceux qui défaillent, pouvez-vous faire quelque chose pour les cœurs brisés ? »
Il répon­dit en souriant :
« Et vous, qui savez si bien écrire sur le deuil, votre sagesse et votre plume ne peuvent-elles vous aider à traver­ser cette épreuve ? »

(PS je suis déso­lée pour la qualité de mes photos, elles sont très bonnes sur mon télé­phone mais sont dégra­dées sur ma boite mail sans que je sache pourquoi.)

Édition Galli­mard . Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Pour le thème du mois de mars à mon club de lecture , « les écri­vains et leur père », ce livre était parfai­te­ment à sa place, en effet, Marc Dugain se penche sur le passé de son père, person­nage éton­nant de volonté (d’où le titre). En effet, alors qu’il est encore enfant, l’an­née où il devait quit­ter l’école primaire pour aller au lycée, en 1941, il a été atteint de la polio­myé­lite, il a eu la chance incroyable de pouvoir être soigné à Paris et de n’avoir qu’une jambe para­ly­sée. Toute sa vie il marchera sur une seule jambe et une canne sans jamais renon­cer à mener la vie aven­tu­reuse dont il rêvait. Ce roman, l’au­teur tient à cette appel­la­tion l’épi­graphe du roman, (Marc Dugain l’a écrite lui-même) dit ceci :

La plus belle des fictions est celle qu’on entre­tient sur ses proches dans des souve­nirs qui jalonnent une mémoire flot­tante. Ce n’est pas la biogra­phie d’in­con­nus, c’est un roman.

Ce roman nous vaut une belle balade dans le XX° siècle avec un regard très parti­cu­lier, celui d’un homme du XXI° siècle qui connaît la réponse à des ques­tions que l’on ne se posait pas à l’époque. Comme par exemple le problème des déchets nucléaires, apporté par l’in­dé­pen­dance éner­gé­tique voulue par de Gaulle.

L’his­toire de la famille de son père est marqué par l’al­coo­lisme des gens simples en Bretagne et aussi la volonté de ces mêmes gens de tout faire pour que leurs enfants réus­sissent leur études. Il réus­sira mais eux se senti­ront exclus de la famille bour­geoise que son fils va consti­tuer avec une femme pari­sienne qui va se battre pour exis­ter sur le plan profes­sion­nel alors que tout la pous­sait à deve­nir une bonne mère et une épouse tenant sa maison. Leurs deux fils auront du mal à se sentir aimés par des parents qui seront aussi pris par leurs destin, mais cela n’ap­pa­raît qu’é­pi­so­di­que­ment dans le récit.

La famille de sa mère est marquée par son père qui est une « gueule cassée » qui a inspiré Marc Dugain le roman qui l’a rendu célèbre : « la Chambre des Offi­ciers » que je n’ai pas encore lu contrai­re­ment à « l’in­som­nie des étoiles ». La présen­ta­tion de ce futur gendre qui a perdu une jambe sera diffi­cile à accep­ter pour sa future belle mère qui sait ce que cela veut dire de consa­crer sa vie à aider un handi­capé. Mais fina­le­ment la vie fami­liale se recons­truira grâce à l’éner­gie de cet homme que rien n’ar­rête et qui respec­tera la volonté de sa femme de s’im­po­ser dans le monde de l’in­dus­trie. Après quelques années en Nouvelle Calé­do­nie ils parti­ront en Afrique, puis revien­dront en France. Son père pren­dra des respon­sa­bi­li­tés impor­tantes dans l’éner­gie nucléaire et sera lié à un géné­ral respon­sable du contre espion­nage fran­çais. Cela permet à l’au­teur d’avoir un regard person­nel sur ce siècle un peu décalé par rapport à ce que l’on lit habituellement.

C’est une roman et l’his­toire d’une vie qui ne se lit pas toujours faci­le­ment car il y a beau­coup d’el­lipses et il faut faire des sauts dans le temps qui m’ont souvent dérou­tés . Les person­nages sont assez variés, j’ai un faible pour le cousin commu­niste qui joue à la bourse et roule en Mercé­dès. Je n’ai pas trop accro­ché à la person­na­lité de ses parents . On sent qu’il a voulu rendre un hommage à son père qui est resté debout malgré son handi­cap mais à part cela (et ce n’est pas rien) on ne sent pas la vie à travers ce qu’il nous dit de lui. Sa mère entiè­re­ment tour­née vers son ambi­tion fémi­niste de lutter pour être employée à son niveau d’étude est de la même façon un peu glacée dans ce combat. En revanche je trouve que ses quatre grand-parents sont plus riches même si du côté breton c’est une misère terrible. L’au­teur sait faire vivre sa grand-mère plus que son grand-père qui vit surtout à l’ex­té­rieur de la famille.

Un très bon livre, pour le regard sur ce siècle passé. J’y ai retrouvé des évène­ments que j’ai vécu moi ou ma famille, mais j’ai quelques réserves car je n’ai pas ressenti assez d’empathie avec ses parents ce qui était, je le pense, le but de l’au­teur . J’avais oublié que j’avais déjà chro­ni­qué l’in­som­nie des étoiles du même auteur en lui attri­buant encore une fois 3 coquillages. (Je suis sévère avec cet auteur car je trouve ses romans bien écrits, il ne soulève pas mon enthousiasme.)

Citations

Construction du couple de ses parents.

L’at­ti­tude de l’a mère l’a blessé, mais il comprend cette réti­cence : le retour de l’in­fir­mité pour­rait se voir comme une malé­dic­tion. Elle a ressenti une nouvelle fois à quel point l’amour de sa mère pouvait être pesant. Lui n’a pas l’in­ten­tion qu’elle inter­fère dans leur rela­tion, jamais et il le dit sans ambi­guïté, il n’a pas fait tous ses efforts pour perdre sa liberté retrou­vée sous la coupe d’une belle mère. Les choses seront limpides, d’un côté comme de l’autre, : si fortes que soient leur affec­tion pour leurs parents ils ne les lais­se­ront pas guider leurs pas. C’est là le fonde­ment de leur alliance, de l’égoïsme de leur couple qui va scel­ler leur compor­te­ment pour toujours.

Repas de famille.

Les anciens de 14 ont dégainé les liqueurs en fin de repas, dans la tradi­tion de ces déjeu­ners inter­mi­nables qui commencent par la dispute poli­tique pour finir dans la concorde des vapeurs d’alcool.

La nouvelle Calédonie .

Les Kanaks vouent leur circu­la­tion restreinte, doivent se soumettre à une auto­ri­sa­tion afin de quit­ter leur arron­dis­se­ment et, pour couron­ner le tout, ils doivent effec­tuer plusieurs jours de travaux forcés par an, au profit des colons ou de l’ad­mi­nis­tra­tion. Le code de l’in­di­gé­nat, code du déshon­neur qui orga­nise la priva­tion de droits, enferme ce peuple réputé pour son génie agri­cole et son culte de la terre sur la portion congrue de terri­toires livré à une popu­la­tion de repris de justice et de paysans faillis. Les prison­niers poli­tiques, retournent systé­ma­ti­que­ment en métro­pole. Entre la révolte de 1878 qui tue près de trois mille Kanaks et le reste, tout le reste, y compris les mala­dies impor­tées, la popu­la­tion indi­gène chute de 90 % après l’ar­ri­vée l’ar­ri­vée de la civi­li­sa­tion sur sa terre. C’est ce qu’on pour­rait appe­ler une colo­ni­sa­tion réussie.

Remarque intéressante .

Ce soir là, aidé par le vin de qualité, il se laisse aller à de sombre prévi­sions au sujet de la poli­tique colo­niale de la France. Il prédit qu’au tour­nant de la décen­nie l’in­dé­pen­dance sera la règle et la colo­nie l’ex­cep­tion. Son direc­teur hausse les sour­cils en adres­sant au gouver­neur un sourire apai­sant, mais à la surprise géné­rale le gouver­neur avoue qu’il craint qu’il n’ait raison. Il aura d’autres occa­sions dans sa vie de consta­ter que les hauts respon­sables ont souvent conscience indi­vi­duel­le­ment des désastres auxquels conduit leur action, mais qu’ils sont submer­gés par la force du système et liés par leurs inté­rêts de carrière.

Je trouve ça très vrai.

De tous les moteurs de l’exis­tence sociale, la revanche, parce qu’elle possède un carbu­rant inépui­sable, est le plus performant.

L’Afrique et de Gaulle.

Ils ne savent rien de la future forma­tion d’une cellule spéciale de la prési­dence de la répu­blique, instau­rée par de Gaulle, dont l’ob­jec­tif sera de reprendre le contrôle de ce qui a été aban­donné, pour éviter à ces nouvelles nations de sombrer dans la spolia­tion améri­caine où le collec­ti­visme sovié­tique qui rêve de proli­fé­rer dans la chaleur afri­caine. On met en place des diri­geants fantoches qui recy­cle­ront l’argent détourné dans leurs pays avec notre appui, en remer­cie­ment de leur fidé­lité à la France, pour l’in­ves­tir dans les beaux quar­tiers de Paris et dans nos banques. C’est ce qu’on appelle en langage poli­tique fleuri « créer de la stabilité ». 

L’alcoolisme de ses grand-parents bretons.

Elle boit du vin, du vin de table qu’elle cache parmi les produits de vais­selle. Son alcoo­lisme de pauvres la rava­gera de l’in­té­rieur au cours des dix années qui lui restent à vivre. Le bosco boit, lui aussi, mais pas comme elle. Il petit-déjeune au calva, arrose l’en-cas de dix heures, puis s’ac­corde une pause à midi avant de reprendre, l’après-midi, la tour­née des fermes des cousins pour enfin s’ac­cor­der un dernier verre au bar du village avant de dîner, à l’eau, pour rincer tout ça. Il lui reste trente ans à vivre à ce rythme.

Est-ce vrai ?

Il faut préci­ser que la CIA, crai­gnant que les hippies ne ruinent la jeunesse améri­caine par son paci­fisme conta­gieux en pleine guerre du Viêt­nam, a déli­bé­ré­ment inondé de LSD une géné­ra­tion qui espé­rait atteindre u. monde rendu inac­ces­sible par la dérai­son ordi­naire. Ceux qui ne meurent pas à la guerre meurent d’over­dose, la boucle est une nouvelle fois bouclée.

Éditions Seuil

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Un livre de 85 pages qui se lit comme un grand article de maga­zine sur la mort du père d’Édouard Louis que j’avais connu grâce à « En finir avec Eddy Belle­gueule » . On retrouve dans ce roman la descrip­tion sans conces­sion de la misère qui a vaincu son père. J’aime beau­coup l’écri­ture de cet écri­vain et il permet de cerner de près le pour­quoi de la déchéance physique de cet homme dont il a eu tant peur avant de penser qu’il l’a sans doute aimé. Son fils remonte dans le temps et essaie de retrou­ver celui dont le prin­ci­pal crédo était de ne pas être une femme­lette et le pire de l’in­jure était d’être un pédé. Tout le long de ce petit texte Édouard Louis se souvient d’un spec­tacle qu’il avait monté avec ses cousins où lui même jouait le rôle de la chan­teuse. De façon obsti­née, il cherche à savoir pour­quoi son père n’a pas été fier de lui : est ce parce qu’il était déguisé en fille ? Sans doute, mais son père ne lui a rien dit. Cet auteur se souvient aussi du jour ou un de ses frères a essayé de tuer ce père, tout cela parce que lui a dénoncé le fait que sa mère donnait de l’argent à un délin­quant qui ne cherche qu’à boire et à se droguer. L’auto-analyse de la mauvaise conscience est bien à l’image de ce que j’ai déjà lu de cet auteur. Dans sa recherche de la cause de la mort de son père les 10 dernières pages (sur 85, je le rappelle !) sont consa­crées à tous les respon­sables poli­tiques qui ont pris des déci­sions qui ont appau­vri son père donc qui lui a rendu la vie plus diffi­cile. J’avoue que ce ne sont pas mes passages préfé­rés. Je trouve que dénon­cer des hommes poli­tiques en distri­buant les mauvais points comme un maître d’école à l’an­cienne, sans dénon­cer Ricard, alors que son père est capable d’en boire une bouteille entière certains soirs, ce n’est pas très juste dans la distri­bu­tion de ceux qui ont tué son père.

Citations

Noël .

Toute la famille est autour de la table. Je mange beau­coup trop, tu as acheté trop de nour­ri­ture pour le réveillon. Tu avais toujours cette peur d’être diffé­rent des autres à cause du manque d’argent, tu le répé­tais, Je ne vois pas pour­quoi on serait diffé­rent des autres à cause du manque d’argent, et pour cette raison, pour ça tu voulais avoir sur la table tout ce que tu imagi­nais que les autres avaient et mangeaient pour Noël, du foie gras, des huîtres, des bûches, ce qui fait que para­doxa­le­ment plus nous étions pauvres elt plus on dépen­sait d’argent à Noël, par angoisse de ne pas être comme les autres.

École et masculinité .

Pour toi, construire un corps mascu­lin, cela voulait dire résis­ter au système scolaire, ne pas te soumettre aux ordres, à l’Ordre, et même affron­ter l’école et l’au­to­rité qu’elle incar­nait. Au collège, un de mes cousins avait giflé un profes­seur devant toute sa classe. On parlait toujours de lui comme d’un héros. La mascu­li­nité, -« ne pas se compor­ter comme une fille, ne pas être un pédé »-, ce que ça voulait dire, c’était sortir de l’école le plus vite possible pour prou­ver sa force aux autres, le plus tôt possible pour montrer son insou­mis­sion, et donc, c’est ce que j’en déduis, construire sa mascu­li­nité, c’est se priver d’une autre vie, dans un autre futur, dans un autre destin social que les études auraient pu permettre. La mascu­li­nité t’a condamné à la pauvreté, à l’ab­sence d’argent. 

Éditions Fleuve

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Lors de la réunion du club de lecture du mois de février, une seule lectrice avait lu ce roman. Elle l’avait adoré et aurait aimé lui mettre un grand coup de cœur. Notre biblio­thé­caire a donc décidé que nous devions être plusieurs à donner notre avis car nos coups de cœur doivent être le reflet d’au moins quatre personnes. Je peux comprendre l’en­thou­siasme de la lectrice que je ne partage pas. Le secret pour tomber sous le charme de ce roman c’est d’en aimer le style. Cette écri­vaine écrit dans une langue poétique qui ne m’a pas touchée, et toute l’his­toire se passe dans une atmo­sphère de mystère qui va peu à peu s’éclai­rer, si, comme moi, vous êtes ration­nelle et n’acceptez pas les coïn­ci­dences qui tombent trop bien vous reste­rez en dehors de cette histoire qui peut alors sembler à la limite du ridi­cule. Pour les diffé­rents person­nages c’est aussi quitte ou double où vous vous y atta­che­rez ou vous n’y croi­rez pas : Anto­nin, le mari parfait qui pendant vingt ans reste pétri d’amour pour cette femme murée dans son silence. L’ enfant de 5 ans, Solen qui croi­sant une femme qu’il n’a jamais vu dans un square crée immé­dia­te­ment avec elle un lien. Cet enfant s’avèrera son petit fils…

L’histoire commence ainsi : une très belle jeune femme est sauvée de la noyade par un homme sur la plage de Saint Enogat, c’est à dire chez moi ! Incroyable !

En effet tout démarre à Dinard et se conti­nue à Luchon. Car l’homme emmè­nera la jeune femme dans son chalet des Pyré­nées, celle-ci est deve­nue mutique, son mari Anto­nin l’aime très fort et la protège. Vingt ans plus tard , elle retrou­vera sa voix grâce à une amie et surtout grâce à la correc­tion d’une thèse sur la néga­tion de gros­sesse, et elle retrou­vera aussi sa fille et son petit fils ! Sa fille retrouve le père de son fils … La jeune femme qui a perdu ses jambes dans un acci­dent de montagne , les retrouve .…Mais non là j’exa­gère elle marchera grâce à des prothèses.

Quand je résume l’in­trigue je ne rends abso­lu­ment pas justice au roman car rien n’est plau­sible seul le style sauve cette histoire :encore faut-il y être sensible !

Je ne vote­rai donc pas pour coup coeur mais je vais vite remettre ce livre en circu­la­tion pour que d’autres lectrices puissent donner leur avis .

Citations

Ma plage dans un roman trop poétique pour moi.

Comme sur un coup de tête, ils avaient décidé de retour­ner à Luchon par la route litto­rale, à son rythme, au gré de ses envies, et c’est à Dinard, sur la plage de Saint-Énogat, qu’il avait remar­qué une femme de dos, vêtu d’une longue chemise blanche qui se lais­sait aller tout habillée dans l’océan. La nuit était claire. Une nuit de juin où la lune explose de lumière ronde et pleine telle une partu­riente. En regar­dant la silhouette s’avan­cer dans l’eau, il s’était sentie comblé par cette balade nocturne le long de la mer qui, à cette lati­tude, se confon­dait avec l’océan.

Le cœur du roman.

On appelle « noyade blanche » ce qui aurait pu lui coûter la vie si Anto­nin n’avais pas nagé jusqu’à elle. Son corp s’était brus­que­ment refroidi et elle avait perdu connais­sance, comme si la mort avait voulu l’ap­pro­cher sans qu’elle s’en rende compte. Elle ne s’était pas débat­tue, avait pas impulsé le mouve­ment du bouchon qui crie à l’aide. Elle s’était lais­sée aller. Ses artères avait dû se rétrac­ter et elle avait dérivé dans l’in­cons­cience tran­quille de l’es­prit en sommeil. Anto­nin avait lutté contre la mariée pour la rame­ner sur la plage. Elle serait partie vite, très vite s’il avait attendu, il le savait. De l’eau était sortie de sa bouche, il avait fait ce qu’il fallait. Du nez aussi. Grande douleur à cet endroit là. Elle avait toussé, s’était étran­glée, son corps s’était recro­que­villé, animé par un réflexe sans doute. Elle avait toussé encore à s’en arra­cher les côtes et les poumons, puis elle avait ouvert les yeux.
Qu’a­vait-elle à fuir en plein cœur de la nuit pour avoir cher­cher la mort dans l’océan ?

Éditions Stock 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Dans cette auto­fic­tion, Emma­nuelle Lambert retrace la person­na­lité de son père en suivant les six derniers jours de sa vie. J’avais choisi cette lecture grâce à ces deux phrases qui sont sur la quatrième de couverture :

Mélan­co­lique sans le poids du pathos. Poignant et solaire.

Seule­ment, c’est bien de mort dont il s’agit, et je suis à l’âge où je vois partir les miens et mes amis et je n’ai pas eu le courage de lire les derniers instants de son père. C’est moi qui ai remis du « pathos » et ma sensi­bi­lité m’a empê­chée de profi­ter du côté « solaire » pour le « poignant », j’ai été plus que bien servie, j’ai bien revécu mes proches qui ont récem­ment disparu avec des cancers en phase terminale.

Pour les lecteurs plus jeunes que moi et moins nostal­giques, je pense qu’ils auront plai­sir à connaître ce père qui a mordu dans la vie et toutes ses nouveau­tés avec une force et une déter­mi­na­tion peu communes. Avec trois amis scien­ti­fiques comme lui, ils ont été très actifs en mai 68. L’un est devenu méde­cin, l’autre mathé­ma­ti­cien de génie et empor­ter par la folie et lui qui est au début de sa vie program­meur mais surtout le père de deux filles, l’au­teure et Maga­lie sa cadette.

Le couple paren­tal sera emporté par la tempête d’un divorce que la mère aura tant de mal à vivre, elle qui avait mis toutes ses forces dans la survie de cellule fami­liale beau­coup trop étroite pour ce père dont l’éner­gie était sans limite.

On sent que la narra­trice a du mal à suppor­ter cet aspect de la vie de son père, elle nomme sa nouvelle femme « l’épouse » il y a d’ailleurs un jeu sur les prénoms que j’ai eu du mal à comprendre, elle ne donne les prénoms que des personnes qui lui ont fait du bien mais ni de son père ni de sa mère.

Pour vous donner envie de lire ce livre, je dirai que son père m’a rappelé « les vieux four­neaux » . Je pense que vous pour­rez alors sourire quand elle décrit sa façon de conduire et de faire du sport sans jamais prendre de leçons.

Citations

Le style de l’écrivaine.

Il suin­tait la soli­tude d’un enfant grandi sans mère, et la conscience doulou­reuse de la diffé­rence sociale lors­qu’on l’ex­pé­dia dans une autre des écoles du groupe des Frères des écoles chré­tiennes, les Francs-Bour­geois de Paris. Ils était la bonne œuvre brillante et perdue parmi les grosses de riches. On dit que certaines personnes portent leur embryon mort de leur jumeau dans leur corps, dans des endroits incon­grus. Il me semble que, pour certains, l’en­fance déso­lée s’ac­croche à leur corps comme l’embryon mort à son double.

le dernier jour .

Le vendredi matin ma sœur et moi sommes arri­vés en même temps. Dans la chambre de l’épouse nous atten­dait sa douleur et son épui­se­ment m’ont atten­drie, bien que j’ai toujours été trop vieille et mal aimable pour avoir une belle-mère de mon âge.