Édition Payot
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 
Un premier roman, que j’ai lu aussi vite que je l’oublierai. Amélie Fonlupt (un nom qui me rappelle de bons souve­nirs : celui du pédiatre qui a suivi mes enfants à Rennes, mais cela n’a rien à voir !) fait revivre trois géné­ra­tions de femmes du Cap Vert. La grand-mère, venue en France car elle ne suppor­tait plus la misère de son pays, la mère Reine, instal­lée en France et qui serait très heureuse si son mari arrê­tait de jouer de poker, et Léna le person­nage prin­ci­pal qui va s’éva­der de son milieu grâce au piano.
L’écri­ture est très rapide et cela donne l’im­pres­sion d’un survol plus que d’un ancrage dans le monde des émigrés capver­diens. Le Cap Vert est un pays soumis à des intem­pé­ries qui ravagent les sols et réduisent à la misère une popu­la­tion paysanne qui pouvait juste survivre. Ce sont les femmes dans ce pays comme dans beau­coup d’autres qui se confrontent aux diffi­cul­tés pour leurs enfants, les hommes s’exilent. Arri­vée en France, la grand-mère n’hé­site pas à faire des ménages pour élever sa fille Reine, qui a son tour fera des ménages, sa santé l’ayant empê­chée de pour­suivre ses études.
On sent bien tout le courage de ces femmes et aussi la fata­lité des destins auxquels Léna veut échapper.
La gale­rie de portraits dans ce roman ne m’ont, hélas, pas convain­cue, ils sont pour­tant sympa­thiques mais je les ai trou­vés sans consis­tance : Max son petit frère qui est harcelé dans son collège, l’Al­gé­rienne concierge au verbe haut qui fait des gâteux à longueur de jour­née, le profes­seur de musique du collège qui initiera Léna au piano, les riches patrons de Reine.
C’est compli­qué d’ex­pli­quer quand un roman, avec des aspects qui auraient pu me plaire, ne prend pas, je pense que tout vient du style de l’écri­vaine : trop rapide et trop facile sans doute.
Je dois lui recon­naître une qualité à ce roman … depuis cette lecture je « ré » écoute Césa­ria Évoria

Citations

Un début qui m’a plu

Le 27 août 1941, donc, Mamé nais­sait à São Miguel, dans le nord de l’île de Santiago, tandis que Cesa­ria Évoria venait au monde à Mindelo sur l’île de São Vicente. Un hasard amusant qui fut cepen­dant sans inci­dence puisque, de comment elles n’eurent pas grand chose si ce n’est cette date, ce pays et une volonté farouche de sortir du commun. Toujours est-il que des deux vous n’avez entendu parler que de la seconde(…) Vous igno­rez peut-être qu’à sa mort trois jours de deuil furent décré­tés au Cap Vert, et un aéro­port fut rebap­ti­sée à son nom. C’est bien vous avez écouté la chan­teuse grâce à qui un pays s’est fait entendre, mais dès lors que vous n’avez pas connu ma grand-mère, ce n’est pas tout.

Une lignée de femmes.

Alors si ma mère avait su que dans ma chambre j’écou­tais du piano, si elle avait su qu’a­près l’école je faisais semblant de rester plus long­temps à l’étude pour pouvoir m’at­tar­der dans la salle de musique, là, elle aurait pani­qué à raison. Mais je ne pouvais pas le lui dire. Je venais d’une lignée de femmes auxquelles on avait dit que le rêve était un luxe à la portée des gens qui en ont les moyens. Je n’avais pas le droit. Vouloir être artiste était insensé, cela n’était pas pour nous. nous qui ne possé­dions pas grand chose. Il fallait trou­ver un vrai travail, avec un salaire à la fin du mois.
Édition Acte Sud
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 
Cet auteur fait partie de mes favo­ris, j’aime beau­coup la saga des Rosiers : la traver­sée du conti­nent, Victoire, La traver­sée de la ville, la traver­sée des sentiments. 
Dans ses romans la musique a toujours de l’im­por­tance et dans cet ensemble de textes, il a réuni des moments de sa vie liés à la musique . C’est parfois drôle, triste ou tragique. Comme le premier moment lié à la mort de son frère qu’il aimait tant. C’est parfois cruel, comme lors­qu’il raconte combien Mont­se­rat Caballé avait gardé une voix superbe mais un corps qui ne lui permet­tait plus de jouer les jeunes amou­reuses. Je comprends Le fou rire qui le saisit à la vue de cette grosse femme enve­lop­pée de taffe­tas vire­vol­tant mais je trouve son rire cruel pour cette grande artiste. En revanche j’ai bien aimé qu’il critique de façon drôle et méchante le spec­tacle de Luis Mariano. Je comprends sa rancœur car il a eu l’im­pres­sion que ce mauvais spec­tacle avait été envoyé au Québec en prenant les habi­tants pour des « ploucs » tout juste bon à chan­ter en choeur « Mexiiiiiiiiiiiiiiiiiiico » . Mais il faut dire que la salle était pleine, hélas Luis était si fati­gué qu’il a eu bien du mal à chanter.
J’ai bien aimé son obser­va­tion du concert de Céline Dion à Las Vegas, concert pour lequel ses fans ont payé des fortunes pour ne pas entendre la chan­teuse car la salle repre­nait en chœur les chan­sons sans écou­ter leur idole. J’ai choisi un passage sur Barbara, chan­teuse qu’il se faisait un point d’hon­neur à ne pas aimer jusqu’au jour où sur scène, elle l’a tota­le­ment ému.
Bref un bon petit livre mais sans plus pour moi. Je me suis un peu fati­guée de passer d’une nouvelle à l’autre.

Citations.

Un bel hommage à Barbara.

Le génie de Barbara fut plus fort que mes ridi­cules réti­cences, est au bout d’un quart d’heure, cette fois assis au fond de mon fauteuil, je fus obli­gée de sortir le petit paquet de klee­nex que je gardais toujours sur moi l’hi­ver. Et pendant l’heure et demie qui suivit, je décou­vris toutes les beau­tés que je n’avais jamais voulu voir, les aveux boule­ver­sants, les chucho­te­ments dont je m’étais tant moqué et qui conte­nait pour­tant toute la douleur du monde, je vis des paysages tristes décrits en mots simples et des femmes qui souf­fraient d’une absence, de départ, je me lais­sais couler dans ce monde glauque ou l’es­poir semblait banni à tout jamais, j’en­ten­dis des décla­ra­tions d’amour déchi­rantes et oui, tout de même, des paroles véhé­mentes annon­çant de terribles vengeances ou, du moins, leur désir .

Le boléro de Ravel.

Le tambour conti­nue son rythme régu­lier qui, curieu­se­ment, commence à le déran­ger : c’est comme le vrom­bis­se­ment d’une mouche dont on arrive pas à se débar­ras­ser. C’était bien au début, ça partait bien l’œuvre, mais on devrait passer à autre chose. L’or­chestre entier commence alors à suivre le rythme du tambour, c’est plus doux, plus langou­reux, moins acha­lant, ça couvre un peu la caisse, puis se lance dans la première mélo­die et il sent son cœur battre plus fort. Que ces beau. L’or­chestre se gonfle tout à coup, et entonne un nouveau thème, très court, avant de reve­nir au premier. Les instru­ments se répondent, les sections semblent lancer des défis, mais à travers tout ça, à travers tout l’or­chestre, les deux thèmes qui se répètent et se mélangent, il se rend compte qu’il entend quand même encore le tambour, pour­tant discret, enterré sous le reste de l’or­chestre, et ça l’énerve de plus en plus comme un grat­te­ment sans fin au fond de son oreille.


Édition Buchet Chastel
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Un roman très léger et hélas trop convenu en tout cas pour moi.Un artiste peintre se retrouve à Rome, il est lassé par la vie pari­sienne et même s’il connaît un succès certain, il aspire à autre chose. Il s’ins­talle à la terrasse d’un petit restau­rant, sur la place du Campo De « Fiori sous le regard de la statue de Bruno Gior­dano. Il s’ins­talle avec un jeu d’échec et plusieurs joueurs viennent jouer avec lui. Un soir une jolie femme Marya lui propose de jouer et il perd. Une histoire d’amour va se tisser entre eux où les échecs joue­ront un grand rôle .

Tout l’intérêt du roman vient de l’en­tre­lacs des histoires, celle de Bruno Gior­dano qui fut brûlé sur cette même place pour avoir voulu impo­ser ses idées et avoir pensé que le soleil n’était sans doute pas unique dans l’uni­vers, celle de Gaspard qui fait tout pour séduire Marya parfois maladroi­te­ment, avec en toile de fond la réalité du monde de l’art pari­sien, l’his­toire de Marya petite fille d’un grand cham­pion d’échec mort à Ausch­witz, la puis­sance des jeux d’échec, la mémoire de la shoa , et puis l’his­toire d’un coup de foudre que Gaspard voudrait pouvoir prolon­ger plus long­temps que ces trois jours merveilleux à Rome.

Une histoire d’amour qui m’a semblé très conven­tion­nelle avec son passage obligé : la scène de sexe torride, dans une ville bien décrite. Rome se prête bien aux histoires d’amour. J’ai un peu de mal avec certains dialogues du style « il fait » « comme ça, je dis » j’ai du mal à comprendre pour­quoi l’au­teur utilise cette façon de s’ex­pri­mer . Voilà pour­quoi, je trouve ce roman trop léger je dirai même un peu super­flu, je suis loin de ce que j’avais tant aimé dans « L’in­cen­die »

Citations

le style qui m’étonne

Je lui propose une revanche. Oui, avec plai­sir fait l’homme. Même si j’ai l’im­pres­sion que j’au­rai du mal à vous donner du fil à retordre.

On cause un peu en réins­tal­lant les pièces. Il me demande d’où je viens. De France, je dis. Paris. Ah, il fait en tout cas vous parlez un bon italien.

Statue de Bruno Giordano, moi aussi « ce genre de gars me fascine ».

Moi, j’y peux rien, ce genre de gars, ça me fascine, conti­nue le cuis­tot. Des gars qui pensent comme ça leur chantent et qui défendent leurs idées jusqu’au bout. Quitte à y lais­ser leur peau. Putain, c’est quelque chose quand même. Vous trou­vez pas ? 
Sur que c’est quelque chose. 
Et c’était pas un illu­miné, faut pas s’y trom­per. Le gars, il savait tout sur tout. Les maths, la physique, la philo, ça le connais­sait. Et j’en passe. C’était une poin­ture. En plus, il paraît qu’il avait une mémoire incroyable.
La date un 1889, c’est celle de l’ins­tal­la­tion de la statue ? 
Ouais c’est bien ça des intel­los de l’époque qu’ont décidé ça. Des libres penseurs. Des francs-maçons aussi. Ç’a pas été une mince affaire, je crois bien. Le Vati­can a fait la gueule.

Édition Albin Michel d’après le livre de Joostein Gaarder

Je me souviens du plai­sir de mon fils à la lecture du livre de Joostein Gaar­der, j’avais beau­coup aimé aussi, alors que j’ai d’ha­bi­tude beau­coup de mal à lire des livres de philo­so­phie. Je crois, qu’à l’époque, ce roman avait récon­ci­lié une géné­ra­tion d’élèves avec la philo­so­phie. Le voici donc en BD et mes petits fils auront peut-être plai­sir à le lire sous cette forme. Je rappelle briè­ve­ment le sujet, des lettres mysté­rieuses arrivent chez Sophie et ces lettres l’obligent à se questionner

Qui suis-je ?

D’où vient le monde ?

Elle finira par rencon­trer le curieux person­nage qui veut l’ame­ner à rencon­trer les philo­sophes à travers les siècles. Le tome un commence avec les philo­sophes grecs et s’ar­rête au monde baroque, et le tome 2 verra la fin du voyage de Sophie.
Je commence par ce que j’ai trouvé posi­tif : le dessin est agréable et les auteurs de BD ont su rendre le person­nage amusant. Ils mêlent au récit des préoc­cu­pa­tions actuelles qui n’étaient pas dans le livre d’ori­gine. Ils savent faire accep­ter le côté merveilleux de l’his­toire. Mais, oui, pour moi il y a un mais, le côté anec­do­tique prend le pas sur la réflexion, je pense que les jeunes ne vont pas s’ar­rê­ter aux diffé­rentes thèses philo­so­phiques, qui sont très super­fi­ciel­le­ment évoquées mais plutôt suivre le parcours plein de fantai­sies de Sophie.

Une légère décep­tion, mais si cela peut donner le goût de la philo­so­phie à des jeunes, pour­quoi pas ?

Édition Gras­set

Metin Arditi est un auteur dont j’aime lire les romans sans être tota­le­ment enthou­siaste, après « loin des bras » « Prince d’or­chestre » et « L’en­fant qui mesu­rait le monde » voici donc « Tu seras mon père ».

Arditi connaît très bien les pensions suisses, celles où sont élevées les enfants de milieu, très, très, riches et qui sont souvent des jeunes malheu­reux qui se sentent aban­don­nés. Ce n’est pas le thème prin­ci­pal du roman, le thème prin­ci­pal c’est le pardon. Peut-on tout pardon­ner et comment y arriver.

Le sujet est bien traité, mais de façon trop roma­nesque pour moi, cette ques­tion reste très inté­res­sante. Et après avoir refermé ce roman, elel m’a trotté dans la tête pendant longtemps.

Il s’agit de savoir si un enfant dont le père a été victime des Brigades Rouges, en 1978, peut pardon­ner au prin­ci­pal insti­ga­teur de ce crime. Pour que le roman soit « vrai­sem­blable » le père de l’en­fant, le prin­ci­pal fabri­quant de glace d’Ita­lie, n’a pas été assas­siné par ses geôliers mais s’est suicidé quelques temps après. L’homme à qui il doit pardon­ner n’a pas été celui qui l’a enlevé mais celui qui l’avait dési­gné à ses ravisseurs.

Onze ans plus tard, Renato, l’en­fant devenu jeune adoles­cent retrouve cet homme, Paolo, comme profes­seur de théâtre dans une insti­tu­tion privée, un lien très fort se noue entre eux. On imagine le drame lors­qu’il décou­vrira la vérité .

Enfin, une dernier ressort roma­nesque, autour d’une profes­seure de danse qui aiment à la fois Renato et Paolo.
Je crains d’en dire plus pour les ceux et celles qui ne veulent pas connaître la fin d’un roman avant de le commencer.

La ques­tion essen­tielle reste entière peut-on pardon­ner ? Cette ques­tion s’est trouvé être posée en France où des anciens « Brigades rouges » avaient refait leur vie.

Metin Arditi a beau insis­ter sur le côté sordide de l’ex­ploi­ta­tion ouvrière en Italie, cela n’empêche que rien ne justi­fie le meurtre d’un centaine de personnes. Il faudra l’as­sas­si­nat du président du parti démo­crate chré­tien Aldo Moro pour que l’en­semble de la classe poli­tique se retourne complè­te­ment contre ces assassins.
J’ai eu, comme d’ha­bi­tude, plai­sir à lire ce roman de Metin Arditi qui m’a remis en mémoire les heures sombres de l’Ita­lie, j’ai appré­cié la ques­tion posée : peut-on tout pardon­ner, mais le côte trop roma­nesque ne m’a pas séduite.

Citation

Pirandello au service du roman.

Le garçon qui jouait le commis­saire sortit de sa poche une feuille de papier et la tendit à Paolo. celui-ci la parcou­rut, les mains tremblantes. 
Laudisi :
- » Le doute est toujours flagrant. Puis-je vous suggé­rer une façon de rendre service à la population ?
Main­te­nant, il criait presque :
- Détrui­sez ce demi-feuille avec ne prouve rien ! Et sur l’autre moitié écri­vez autre chose !
Paolo crachait son texte. Sur scène les élèves le regar­daient éberlués. 
- Pour rendre sa tran­quillité à tout un pays Vous compre­nez ? À tout un pays !
Les derniers mots n’étaient pas dans le texte. Il s’ar­rêta et resta sur scène les yeux fermés immo­bile autour de lui personne ne bougea.
Il essaya de sourire, ce fut une grimace.


Édition Arléa 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Un roman à la gloire de Dome­nico Scar­latti compo­si­teur qui a vécu de 1685 à 1757. Il a écrit de multiples sonates pour clave­cin que l’on joue main­te­nant très souvent au piano.

Ce roman est l’his­toire d’une machi­na­tion autour d’une parti­tion retrou­vée dans l’étui d’un violon­celle et qui sera volée dans l’ate­lier du luthier. Plusieurs person­nages sont présents dans le roman et seul le dernier chapitre dévoi­lera qui tire toutes les ficelles. (C’est évidem­ment par ce chapitre que j’ai commencé mais ne vous inquié­tez pas je n’en dirai rien dans ce billet !)

Nous faisons la connais­sance de l’ébé­niste un homme brisé par le départ de la femme qu’il a aimée. Sa seule conso­la­tion c’est son travail de restau­ra­tion des meubles anciens. C’est lui trou­vera une parti­tion qui semble très ancienne dans l’étui de bois du violon­celle. Ensuite nous voyons le luthier qui travaille dans un atelier mitoyen du sien et qui est un fou d’ins­tru­ments anciens mais qui hélas pour lui joue au poker et y perd beau­coup, beau­coup d’argent.

Ensuite viennent ceux qui vont jouer une rôle impor­tant dans la machi­na­tion : la clave­ci­niste virtuose qui recon­naî­tra une oeuvre de Scar­latti. Le spécia­liste fran­çais profes­seur à la Sorbonne qui veut à tout prix pouvoir avant tout le monde analy­ser cette parti­tion pour se faire mous­ser et dépas­ser son jeune collègue italien qui lui doutera que cette Sonate puisse être du grand maître.

Enfin un riche mécène (comme on en trouve plus dans les romans que dans la vie) qui veut lui aussi retrou­ver cette partition.
La seule trace tangible, que ce petit monde a de cette parti­ci­pa­tion, c’est un enre­gis­tre­ment sur un télé­phone portable que le menui­sier a fait lors­qu’il est venu appor­ter la parti­tion à la clave­ci­niste virtuose.

J’ai lu avec inté­rêt ce roman mais si je ne suis pas plus enthou­siaste, c’est que le prin­ci­pal inté­rêt c’est cette machi­na­tion que j’ai trou­vée très tirée par les cheveux. En revanche, je trouve que cette écri­vaine raconte très bien le plai­sir de la musique et l’exi­gence du travail des solistes. J’ai bien aimé aussi l’évo­ca­tion du travail du luthier et de l’ébé­niste. Mais j’ai eu quelques diffi­cul­tés à croire aux person­na­li­tés qui construisent cette histoire. Un roman donc agréable à lire malgré mes réserves et qui enchan­tera toutes celles et tous ceux qui aiment les suspens bien menés. (vous remar­que­rez que je divul­gâche le moins possible !)

Je me souviens que j’avais eu aussi quelques réserves pour « Eux sur la photo » de la même auteure

Citations

Vocabulaire pour initiés .

C’était une pièce parti­cu­liè­re­ment complexe dans son écri­ture : elle commen­çait par un tétra­corde descen­dant, si typique des rythmes de séque­dilles, se pour­sui­vait par une cascade de suites ascen­dantes, de plus en plus rapides, illu­mi­nées par les trilles. Les arpèges qui se multi­pliaient à la fin m’ont fait trébu­cher plus un fois.

Un amoureux de Scarlatti.

Comme exécu­tant, j’ai toujours était moyen. Ma force a consisté à le recon­naître. Mais j’ai toujours su que derrière cette musique exis­tait une énigme, un chiffre, un mystère, un art de la compo­si­tion si neuf qu’il dyna­mi­tait l’en­semble des règles d’écri­ture de son époque. Et moi, j’ai voulu être le premier, celui qui serait capable d’ex­pli­quer, vrai­ment, la genèse de ce prodige tombé du ciel.

Un homme très très riche que l’on trouve surtout dans les romans.

En ce qui concerne celui-ci, le biographe le fameux Luzin-Farez, l’en­quête préli­mi­naire de mon infor­ma­teur m’avait donné une idée du person­nage. J’étais main­te­nant curieux de me forger la mienne. J’avais choisi un lieu de rendez-vous donc je savais qu’il flat­te­rait sa vanité, tout en lui lais­sant comprendre à quel point j’étais riche pas. Parfois, j’ai l’im­pres­sion cruel d’être un ento­mo­lo­giste qui s’ap­prête à retour­ner du bout de sa pince un nouveau spécimen.

Atten­tion !
Si vous aimez le suspens, j’en dis visi­ble­ment trop dans ce billet (je me demande comment font ces lectrices pour relire les livres qu’elles ont aimés !)

L’auteure cite Erri de Luca, je trouve cette phrase très juste

Prendre connais­sance d’une époque à travers les docu­ments judi­ciaires, c’est comme étudier les étoiles en regar­dant leur reflet dans un étang.

Un cadeau ! quelle bonne idée de s’of­frir des livres car cela permet d’al­ler vers des lectures que je n’au­rais pas remar­quées. Le titre résume le roman, pour moi c’est un régal que de lire un roman dont je connais l’is­sue mais je pense que cela a dû en déran­ger certains et certaines. Après il faut beau­coup de talent pour faire comprendre pour­quoi cette malheu­reuse Lisa s’est enfer­rée dans son mensonge. Elle a accusé un homme de viol et tout le monde l’a crue. Tout l’in­té­rêt du roman s’est de racon­ter que bien qu’elle ait menti cette ado était quand même une victime. Simple­ment les véri­tables coupables n’ont jamais été inquié­tés. L’au­teure à travers l’en­quête de l’avo­cat nous fait revivre les années collège quand on est une fille mal dans sa peau mais dont les seins font beau­coup d’ef­fet aux garçons. Mal dans sa peau , moins aimée que sa sœur à qui tout réus­sit, enfant d’un couple qui ne s’aime plus, Lisa a voulu trou­ver un statut et c’est celui de victime qui lui allait le mieux. Car victime elle l’était réel­le­ment d’un groupe de garçons en parti­cu­lier d’un sale môme qui l’avait filmée dans une rela­tion sexuelle avec celui qu’elle prenait pour son petit ami. Et c’est, pour que cette vidéo ne soit jamais publiée, que fina­le­ment elle s’est empê­trée dans un mensonge qu’un pauvre homme va payer très cher : 1195 jours de prison pour rien !

C’est un livre facile à lire et très prenant mais qui ressemble plus à un long article de presse qu’à un roman. Malgré ce bémol, je dois dire que j’ap­pré­cie beau­coup le courage de l’écri­vaine pour nous dire qu’il faut parfois douter de la parole des enfants et des adoles­cents, rece­voir leurs témoi­gnages demande sûre­ment beau­coup d’in­tel­li­gence et de déli­ca­tesse car il est certain que les jeunes sont le plus souvent victimes, même s’ils sont aussi, parfois, menteurs.

Citation

Description des cours de justice .

Ces juges, plus ça va, plus je les hais. Bornés, bibe­ron­nés à la mora­line. Et lâche avec ça. Y a plus que des bonnes femmes de toutes manières. Les derniers mec que tu croises dans les couloirs, ils ont un balai et un seau à la main. Et les jeunes, elles sont pires. Non, mais tu les as vus, avec leurs baskets ? elle juge en bas-kets ! Les jurés, c’est pareil. Gavés de séries télé. Ils t’écoutent. Ils te regardent avec l’air de tout savoir mieux que toi, parce qu’ils ont vu l’in­té­grale des « faites entrer l’ac­cusé ». Plus moyen de les faire douter. Ils ont trop peur de se faire engueu­ler. Quand je pense à tout ceux que je faisais acquit­ter avant ! Et, crois moi, il y avait une palan­quée de coupable là-dedans… dis, tu crois que je suis vrai­ment trop vieux ?


Édition Corti

lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Un tout petit roman d’une centaine de pages à la gloire de Jean Sebas­tian Bach et son immense admi­ra­tion pour Buxte­hude. L’au­teur imagine une rencontre entre ces deux servi­teurs de la musique sacrée qui sentent entre eux et Dieu un lien qui se concré­tisent dans leurs œuvres. L’au­teur imagine que Bach part à pied l’hi­ver de Arns­tadt où Bach est orga­niste jusqu’à Lübeck ville du maître Buxte­hude. Cette marche d’une centaine de kilo­mètres est l’oc­ca­sion pour l’au­teur de montrer à quel point le compo­si­teur est impré­gné de musique. Il s’agit d’une vision mystique de la musique qui le rapproche de Dieu. On peut se deman­der pour­quoi Simon Berger écrit un tel livre sur un sujet dont on ne sait rien ou presque. Que Bach ait admiré Buxte­hude, c’est certain tout le monde l’ad­mi­rait à l’époque ; que ces deux génies de la musique se soient rencon­trés on n’en sait rien mais c’est possible ; que des grands compo­si­teurs recon­naissent le talent de leur prédé­ces­seurs c’est souvent vrai. Il ne faut pas oublier que c’est grâce à Mozart que Bach n’a pas tota­le­ment été oublié après sa mort. Mais ce qui nous frappe et qui trans­pa­raît un peu dans ce texte très court c’est la modes­tie de la vie de Bach et de Buxte­hude. Tous les deux atta­chés à leur orgue dont ils jouaient tous les jours, ils ont composé pour un public pieux et des notables qui avaient si peur que la trop belle musique entraîne les fidèles vers des pensées impies. Ils ont été l’un et l’autre d’une modes­tie totale au service de leur Dieu et de la musique.

Citations

Les notables de Arnstadt.

Rien qu’à les imagi­ner, Bach se lassait déjà. Et dire que sa vie dépen­dait de quelques bien-nés qui reste­raient jusqu’à leurs morts infou­tus de faire la diffé­rence entre le son d’une bombarde et celui d’un pet rentré !

La musique de Buxtehude.

Alors un début de cantate s’éleva du chœur. Ce fut beau à mourir. Les yeux de Johann Sebas­tian Bach s’emplirent de larmes. Il ne voyait plus qu’à travers une pitoyable buée ! 

C’était beau. La musique se dérou­lait comme un phylac­tère du ciel. Bach la compre­nait, aurait pu en tracer l’ar­chi­tec­ture dans les moindres détails, et cela n’en­le­vait rien à ce miracle, et cela parti­ci­pait même à ce miracle, mira­cu­leux encore après son déco­dage. Hermé­neu­tique divine, qui n’ajoute rien, qui ne retranche rien et laisse les prodiges advenir. 

Rien qu’à les imagi­ner, Bach se lassait déjà. Et dire que sa vie dépen­dait de quelques bien-nés qui reste­raient jusqu’à leurs morts infou­tus de faire la diffé­rence entre le son d’une bombarde et celui d’un pet rentré !

La musique de Buxtehude.

Alors un début de cantate s’éleva du chœur. Ce fut beau à mourir. Les yeux de Johann Sebas­tian Bach s’emplirent de larmes. Il ne voyait plus qu’à travers une pitoyable buée ! 

C’était beau. La musique se dérou­lait comme un phylac­tère du ciel. Bach la compre­nait, aurait pu en tracer l’ar­chi­tec­ture dans les moindres détails, et cela n’en­le­vait rien à ce miracle, et cela parti­ci­pait même à ce miracle, mira­cu­leux encore après son déco­dage. Hermé­neu­tique divine, qui n’ajoute rien, qui ne retranche rien et laisse les prodiges advenir. 

Édition Albin Michel
Traduit de l’al­le­mand par Domi­nique Autrant
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 
Feuilles alle­mandes

Un livre parfait pour le mois de la décou­verte de la litté­ra­ture alle­mande surtout à la veille du 11 novembre. Cette auteure Monika Helfer est autri­chienne, elle a puisé son inspi­ra­tion dans sa propre famille. Le titre en alle­mand « die bagage » (les bagages) me parle davan­tage. Je trouve qu’il donne mieux l’idée de ce qu’on trim­balle avec soi : les richesses et les fragi­li­tés qui seront de tous nos voyages de la vie. Les héri­tages c’est plus abstrait. La vie fami­liale de l’au­teure est marquée par la guerre 1418 , c’est là que se creu­sera le drame qui marquera sa grand-mère, son grand- père et tous leurs enfants et petits enfants, reje­tés par une partie du village (le curé en tête) parce que sa grand mère trop belle sera accu­sée d’adul­tère pendant que son mari est à la guerre. « Les fâcheux » comme on les nomme au village vivront donc en marge de cette société peu tolé­rante mais dont, cepen­dant, plusieurs personnes vien­dront en aide à des gens qui n’ont rien fait pour méri­ter cet ostracisme.

L’au­teure décrit avec une grande tendresse sa grand mère qui rendait jalouse toute les femmes du village, tant les hommes la trou­vait belle . Monika Helfer fait des constants allers et retours dans sa mémoire person­nelle en faisant revivre les gens tels qu’elle même les a connus et ce que l’on lui a raconté pour construire un récit qui permet au lecteur de savoir qui elle est aujourd’­hui. Riche et bles­sée à la fois d’avoir dans ses bagages toutes ses histoires où pour le dire comme le traduc­teur d’être l’hé­ri­tière de ses « fâcheux » à qui elle dédie son livre. Sa propre mère ne sera jamais accep­tée, ni même nous dit l’écri­vaine, regar­dée par son propre père car celui-ci soup­çon­nera sa femme de l’avoir conçue avec un bel alle­mand de passage ou avec le maire du village, person­nage trouble qui fait de drôles d’af­faires pas très légales avec ce grand-père.
Cette plon­gée dans le monde rural autri­chien est très agréable à lire et on comprend que l’au­teure aime le tempé­ra­ment de sa grand-mère une si belle amoureuse.
Je trouve toujours étrange, quand je lis des romans autri­chiens, combien le nazisme est passé sous le silence. Le mot n’est même pas prononcé alors qu’elle parle de cette période puis­qu’elle évoque la vie d’un oncle qui a déserté pendant la campagne de Russie et a eu une femme et un enfant russes.
Autant la guerre 1418 est ressen­tie comme un drame à travers l’ab­sence du père de famille autant le nazisme autri­chien semble n’avoir eu aucune consé­quence sur cette famille. Ça me dérange parce que cela est repré­sen­ta­tif de l’état d’es­prit des Autri­chiens : le nazisme ce sont les Alle­mands pas eux .
Que cela ne vous empêche pas de lire ce livre il nous fait décou­vrir une rura­lité qui n’a rien d’idyl­lique malgré le cadre enchan­teur des montagnes autrichiennes.
Et voici le billet d’Eva . (J’avais déjà lu ce roman quand Eva a fait paraître son billet mais je garde tous les livres venant de litté­ra­ture alle­mande pour le mois de novembre.)

Citations

Les sentiments dans une région rurale.

Josef aimait sa femme. Lui-même n’avait jamais employé ce mot. En patois ce mot n’exis­tait pas. Il n’était pas possible de dire « Je t’aime » en patois. le mot ne lui était donc jamais venu à l’es­prit. Maria était à lui. Et ils voulaient que Maria soit à lui et qu’elle lui appar­tienne, ça voulait dire d’abord le lit, et ensuite la famille.

Départ pour la guerre 14.

Les quatre hommes avaient mis des fleurs sur leurs chapeaux et s’étaient envoyé un petit verre en vitesse. Le maire offrait le schnaps en tant que repré­sen­tant de l’empereur et il tira un coup de feu en l’air. Une bande de gamins accom­pa­gna les piou­piou, comme on appe­lait les conscrits. Mais seule­ment jusqu’au village suivant, ensuite ils firent demi-tour. De là, les futurs soldats conti­nuèrent seuls jusqu’à L., mais ils ne marchaient pas au pas, ils ne chan­taient plus et ils étaient passa­ble­ment dessoû­lés. Ils parlaient des choses qu’il y avait à faire et qu’ils feraient bien­tôt, comme s’ils devaient être de retour chez eux dans quelques jours ou dans quelques semaines. Ils ôtèrent les fleurs de leurs chapeaux et les jetèrent au bord du chemin. main­te­nant qu’il n’y avait plus personne de chez eux pour les voir, à quoi
bon ?

Phrases terribles.

Oncle Lorenz avait trois enfants au pays, il tenait ses deux fils pour des bons à rien, et cela avant même qu’ils aient pu deve­nir bon à quoi que ce soit, si bien qu’ils n’étaient rien de venu du tout, l’un des d’eux s’est pendu à un arbre. 


Édition JC Lattès

Encore une fois c’est La souris Jaune qui m’a tentée pour ce roman très prenant. La tension est palpable dès le début et va en augmen­tant jusqu’à un certain jour d’été. Nous suivons l’ado­les­cence de Joy et Stella deux très jeunes filles qui se ressemblent physi­que­ment et qui nouent un lien amical très fort. L’une comme l’autre ont des vies déséqui­li­brées : Joy est élevée par un père seul, sa femme est partie alors que sa fille avait huit ans. Stella est élevée par une mère qui fréquente le monde artis­tique dans une très belle maison où les fêtes alcoo­li­sées résonnent trop souvent. Et puis un jour, après le séjour d’été chez la grand mère aux États-Unis, Stella se sépare de Joy et au retour en France, elle coupe défi­ni­ti­ve­ment avec son amie sans aucune explication.

La deuxième partie du roman se passe trente ans plus tard et on finit par comprendre ce qui a poussé Stella à couper défi­ni­ti­ve­ment avec son amie.

En dehors de cette révé­la­tion, ce que je trouve très inté­res­sant c’est la façon dont les deux adoles­centes se trompent toutes les deux sur leur famille respec­tive. Et surtout, le style de l’au­teur sert très bien cette histoire tragique, la voix des deux jeunes filles qui racontent bien le plai­sir qu’elles ont à se retrou­ver et à passer du temps ensemble : faire le mur, aller danser, s’échan­ger leurs vête­ments et surtout écou­ter David Bowie en boucle. Elles ne perçoivent pas ce que les adultes veulent leur cacher et inventent une vie imagi­naire comme les adoles­centes savent si bien le faire.

Celle qui a subi le drame c’est Stella mais elle arri­vera à se recons­truire une vie heureuse. En revanche, Joy à qui on a tout caché et qui ne peut même pas imagi­ner le début d’une vérité n’a pas réussi à être heureuse dans sa vie amoureuse.

Un roman sur un sujet souvent traité mais d’une façon origi­nale grâce au suspens très bien mené par cette écri­vaine, mais je n’ai vrai­ment profité du roman qu’à le relec­ture lorsque j’ai été débar­ras­sée du suspens (Je sais que je ne fais pas la l’una­ni­mité quand je dis cela), et je l’ai trouvé un peu vide tout l’in­té­rêt est dans le drame dévoilé au trois quart du récit.

Citations

L’amitié adolescente .

L’ado­les­cence est une fiction ; l’ami­tié, un pacte tempo­raire. On cherche et recon­naît en nos rencontres ce qui nous fait défaut, on leur jure fidé­lité en échange, chacun devient l’ar­mure de l’autre pour se jeter à l’as­saut du monde, puis s’en déleste, une fois l’obs­tacle surmonté ou la défaite admise.

La réalité derrière la fête.

Joy a idéa­lisé ce qui se passait villa Adrienne. Ce n’était pas le monde géné­reux qu’elle décri­vait. Ces types prenaient la maison pour une auberge, ils trai­taient Domino et sa fille comme leur soubrette. Jamais Stella n’en a vu un appor­ter un bouquet de fleurs ni se mettre en cuisine. À part ça, ils étaient formidables.
Domino était passée d’une vie modeste avec un réfu­gié laotien obsédé par l’in­té­gra­tion a une commu­nauté foutraque et intel­lec­tuel­le­ment vivi­fiante, mais son rôle n’avait pas changé, elle faisait les courses, les repas, le ménage, et elle gueu­lait. Ou alors elle pleu­rait parce qu’une fois de plus elle était tombée amou­reuse d’un tocards qui avait pris la poudre d’escampette.

Comment empêcher une adolescente de parler.

Dottie, elle, n’a pas gobé son mensonge. Elle est venue la trou­ver dans le garage et lui a demandé très genti­ment ce qu’il lui arri­vait, parce qu’elle croyait que les deux amies s’étaient dispu­tées. Stella s’est sentie en confiance : 
- il y a eu un problème avec votre fils… 
Dottie lui a jeté un coup d’œil furtif, méfiant aussi­tôt contré par son bon sourire.
- Il est incor­ri­gible, hein ? Ce n’est pas bien grave tu sais. Tu t’en remet­tras, s’il t’a volé un baiser . 
– Non ce n’est pas… 
Dottie l’a inter­rom­pue sèche­ment cette fois. 
- Quand on a le feu au cul, on allume.
Oui ce sont les mots de la gentille vieille Dame qui aimait les expres­sions idio­ma­tiques. Ses grands yeux bleus avait rétréci en tête d’épingle noires. Un regard d’une dureté abyssale.