Tableau d’Em­ma­nuel Witte : La femme à l’épi­nette sujet du livre


Un très court roman de cette auteure que j’aime beau­coup. Elle a scruté ce tableau pour comprendre cette femme que l’on ne voit que de dos. Je regarde souvent un tableau en essayant de faire revivre cette autre femme :

Je pense qu’il s’agit d’une femme de pêcheur qui sourit car la mer ne lui a pas pris, cette fois encore, l’homme qui ramène les pois­sons du jour.

Édition j’ai lu 

Gaëlle Josse en sait plus que moi sur la femme à l’épi­nette son nom : Magda­lena Von Beye­ren l’épouse de l’ad­mi­nis­tra­teur de la Compa­gnie Néer­lan­daise des Indes Orien­tales, il fallait beau­coup d’argent pour comman­der et payer un tableau d’Em­ma­nuel De Witte. Avec tout le talent qu’on connait à cette auteure, elle nous fait revivre la vie d’une femme de 1667 en Hollande. elle imagine que cette femme aurait bien voulu avoir une autre vie que celle d’épouse d’un admi­nis­tra­teur des Indes et être Admi­ni­sta­trice . Malheu­reu­se­ment à cette époque les femmes n’avaient pas d’autres choix que d’être fille, épouse et mère. Pour­tant penchée sur son épinette quels rêves pouvaient bien avoir cette femme ? Gaëlle Josse lui a donné vie et c’est, encore une fois, bien agréable à lire car elle le fait avec un style très agréable à lire. Mais je pense que c’est un petit roman qui s’ou­blie assez vite

Citations

Toujours vrai et bien dit

Je n’ai pas de goût pour les confi­dences que s’échangent les femmes entre elles. Trop souvent, on voit le secret de l’une, sitôt fran­chi ses lèvres, porté à la connais­sance des autres. Il devient leur jouet et elles en disposent à leur guise. Ce ne sont que brode­ries et arabesques, chacune y ajoute ses motifs et ses couleurs, et la réalité de l’af­faire dispa­raît sous les ornements.

La Hollande

L’ordre, la mesure et le travail sont des remparts contre les embar­ras de l’exis­tence. C’est ce qu’on nous apprend dès l’en­fance. Vanité de croire cela. Chaque jour qui passe me rappelle, si besoin était, que la conduite d’une vie n’est en rien semblable à celle d’un stock d’épices ou de porcelaine.
Ce que nous tentons de bâtir autour de nous ressemble aux digues que les hommes construisent pour empê­cher la mer de nous submer­ger. Ce sont des édifices fragiles dont se jouent les éléments. Elles restent toujours à conso­li­der ou à refaire. Le cœur des hommes est d’une moindre résis­tance, je le crains.

Édition JC Lattès, traduit de l’an­glais par Freddy Michalski

Une histoire à deux voix, deux jeunesses , celle d’Odile qui a vingt ans en 1939 à Paris et Lily qui en a seize en 1988 à Froid dans le Montana. Lily rencontre Odile qui vit à Froid à l’oc­ca­sion d’un exposé sur la France. Les deux vies vont se dérou­ler devant nos yeux. Odile réus­sit, grâce à l’énergie de sa jeunesse à être employée à la Biblio­thèques améri­caine de Paris , et elle y a trouvé le bonheur au milieu des livres qu’elle aime tant. Elle est issue de la petite bour­geoi­sie pari­sienne, sa mère est prison­nière de toutes les conve­nances sociales, et son père, commis­saire de police mène sa famille d’une main de fer. La biblio­thèque est son espace de liberté dont elle a besoin pour deve­nir plei­ne­ment adulte. La guerre va détruire tout cela et détruira Odile en lui mettant devant les yeux ce qu’elle ne voulait pas voir. La vie de Lily est moins tragique même si elle perd sa mère trop tôt et se retrouve vivre avec une belle mère et deux petits frères aussi adorables que fati­gants. Odile aidera, Lily à comprendre sa belle mère et surtout à ne pas perdre son amitié pour Mary-Louise. La soli­tude d’Odile loin de sa famille pari­sienne cache bien des drames qui ne sont révé­lés que peu à peu. Très vite on comprend que les juifs qui dispa­raissent peu à peu de l’uni­vers de la biblio­thèque vont hanter l’es­prit d’Odile mais le pire est à venir et on le décou­vrira à travers la vie de Marga­ret son amie anglaise qui a réussi à rester vivre à Paris.

J’avoue ne pas avoir beau­coup appré­cié cette lecture malgré l’im­por­tance donnée aux livres. Je ne crois pas aux person­nages et je sens que tout l’in­té­rêt vient du dévoi­le­ment progres­sif des horreurs de la guerre à Paris . Fina­le­ment le pire est une réac­tion de jalou­sie d’Odile vis à vis de Marga­ret. Quand j’ai lu ce roman, je me disais que lorsque les Fran­çais ont connu cette période ou que leurs descen­dants essaient de trans­crire ce qu’ont vécu leurs aïeux, ils le font de façon beau­coup plus juste . Ici, on a le regard d’une améri­caine sur la France et cela se déroule comme dans un film améri­cain où toutes les expli­ca­tions psycho­lo­giques sont si simples à comprendre et la réalité de la France occu­pée par les Nazis comme un décor pour un film à suspens.

Citations

L’amour d’un père dans le Montana

- Les gens sont maladroits, ils ne savent pas toujours ce qu’il faut faire ou dire. Essaie de ne pas leur en tenir rigueur. Tu ne sais jamais ce qu’ils ont dans le coeur. 

- Papa est trop souvent absent.
- Oh, quel dommage que les bébés ne gardent aucun souve­nir de la manière dont ils ont été chéris. Ton papa t’a bercée dans ses bras des nuits durant.

En 1939 à Paris, dans une famille conventionnelle

Les hommes impor­tants ont des maîtresses, pour­sui­vit-il. C’est un symbole de statut social, comme une montre en or.
- Le divorce, avait répété maman d’une voix blanche. Mais qu’al­lons nous dire aux gens ?
Ma mère avait une tour­nure d’es­prit bien à elle et sa première réac­tion était inva­ria­ble­ment : » Que vont penser les gens ? » Elle avait jeté un coup d’œil à Mgr Clément qui se tenait sur les marches de l’église. 
- C’est tout ce que tu trouves, à dire ? s’était exclamé tante Caro.
- Tu ne pour­ras pas assis­ter à la messe.

Édition de l’Olivier

Je pensais avoir déjà mis des romans de cet auteur sur mon blog mais puisque je ne l’ai pas encore fait, je vais commen­cer par celui-là qui a eu le grand mérite de m’oc­cu­per pendant deux jours pendant cette horrible période de confi­ne­ment au prin­temps 2020. Nous sommes en 2008, et le narra­teur un Paul Stern qui doit avoir quelques points communs avec l’au­teur, est acca­blé par une famille assez lourde. Son oncle Charles et son père se détestent. Son père a formé avec sa mère un couple tradi­tion­nel, catho­lique très conser­va­teur qui a un peu étouffé leur fils unique Paul. Le père a eu bien des déboires finan­ciers et a mené une vie assez étri­quée, Charles est tout le contraire, il est très riche, vit avec une femme sans être marié qu’il appelle John-Johnny et a de nombreuses maîtresses. Il cherche par tous les moyens à écra­ser son frère en parti­cu­lier en ache­tant des bateaux à moteur très puis­sants. Ce frère meurt, et le père du narra­teur hérite et avoue à son fils qu’il n’a jamais eu la foi et qu’il n’a jamais aimé sa femme… Dans sa propre famille Paul ne comprend pas pour­quoi sa femme Anna est dépres­sive au point de ne plus avoir envie de rien et de dormir toute la jour­née. En revanche, ses trois enfants ont l’air d’al­ler bien. Paul Stern part une année à Los Angeles pour rédi­ger le script d’un film tiré d’un mauvais film fran­çais. L’in­té­rêt du roman vient de la pein­ture du monde de Los Angeles, d’Hol­ly­wood exac­te­ment et c’est vrai­ment terrible de voir comment ce grand pays maltraite sa popu­la­tion vieillis­sante et pauvre. Evidem­ment la peur de vieillir est encore plus terrible pour les acteurs. Son année aux US est ponc­tuée par les coups de fils de son père qui n’ar­rive pas à se mettre dans la tête le déca­lage horaire, et l’on voit cet homme que son fils a connu toute sa vie très coincé se lâcher dans les plai­sirs du sexe et de l’argent. Paul revien­dra en France et retrou­vera une Anna plus en forme et on l’es­père pour lui, une vie fami­liale plus épanouie.

Il manque de la profon­deur à ce roman, en parti­cu­lier sur les malaises de sa propre famille. On a aucune expli­ca­tion au mal-être d’Anna mais ce n’est sans doute pas ce que voulait faire l’au­teur. En revanche l’au­teur ne manque pas d’hu­mour et son livre est riche d’im­pres­sions hélas trop justes sur l’en­vers du décor de la réus­site américaine.

Citations

Ambiance dès le début du roman

Pour autant qu’il m’en souvienne, je n’ai jamais vu vivre ces deux hommes autre­ment que dans l’exécration et le conflit. Mon oncle, proprié­taire de biens, installé à Paris – en outre le seul indi­vidu que j’ai connu à possé­der un porte­feuille en velours pourpre‑, tenait son frère pour un velléi­taire envieux, un raté oxydé par la province et l’ai­greur, tandis que mon père, lors­qu’il évoquait les frasques de son aîné, commen­çait inévi­ta­ble­ment par cette phrase :« Le sauteur s’est encore fait remar­quer. » Ce terme désuet était assez appro­prié à l’uni­vers des frères Stern.

Les deux frères

À quai, les frères s’épiaient . Quand l’un larguait les amarres, l’autre, en géné­ral Charles, le suivait préci­pi­tam­ment. À la sortie du chenal, le rituel était toujours le même : mon père calait son régime moteur à 1800 tours par minute – ce qui lui garan­tis­sait une consom­ma­tion horaire d’un litre et demi de gas-oil- et sa ligne sur un cap à l’ouest tandis que son frère derrière lui, lançait ses turbines rugis­santes. Au moment où il était dépassé sur bâbord, mon père s’ef­for­çait de demeu­rer impa­vide dans la gerbe d’écume, n’adres­sant pas même un regard à l’éner­gu­mène qui envoyait son bateau ballot­ter dans tous les sens, ce chauf­fard des mers qu’il ne connais­sait que trop.

Portrait d un acteur

Il faut s’ai­der de la beauté nébu­leuse carac­té­ris­tique de ces médiocres acteurs dont on ne se rappelle jamais le nom. Il était à l’âge char­nière où l’on pouvait encore devi­ner l’en­fant imbu­vable qu’il avait été et voir déjà le sale con qu’il s’ap­prê­tait à devenir.

Ce roman date de 2008 mais ce qu’il décrit est encore vrai aujourd’hui.

Il ne rejoin­drait pas la cohorte de ces retrai­tés qui se rendaient à leur travail à l’heure où, le soir, je rentrais chez moi. On ne dit pas assez la violence extrême et quoti­dienne que ce pays inflige à ses ressor­tis­sants, aux plus pauvres, aux plus faibles d’entre eux. Pour survivre, payer le loyer et leurs soins médi­caux, un nombre crois­sant d’hommes et de femmes cumule deux emplois. Le jour ils embauchent dans des super­mar­ché ou des compa­gnies de nettoyage et, la nuit les hommes gardent des parkings tandis que les femmes servent dans les « diners » ouverts vingt quatre heures sur vingt quatre. La ville, le pays tout entier usent ses vieux jusqu’à la corde, puis les jettent à la rue quand ils n’ont plus les moyens de se payer un logement.

Je trouve cela très vrai :

Et je m’étais lancé dans le récit d’un scéna­rio que j’im­pro­vi­sais et mode­lais tout en le racon­tant. Ce n’était pas la première fois que je le consta­tais , mais cela me surpre­nait chaque fois : l’es­prit n’est qu’une matière inerte, un moteur décou­plé. Pour fonc­tion­ner il lui faut un carbu­rant terri­ble­ment vola­til et précieux : le désir.

Le re-mariage de son père avec la concubine de son propre frère

Je vis surgir mon père dans un costume beurre frais, sans doute taillé pour Maurice Cheva­lier, cano­tier compris, s’avan­cer vers le Maire au bras d’une femme sans doute sédui­sante, mais moulée dans une robe de taffe­tas blanc aux lignes ember­li­fi­co­tées qui mouraient vers l’ar­rière en une esquisse de traîne timi­de­ment inache­vée. Fran­çoise-Johnny portait un chapeau de la même matière, l’une de ces choses effrayantes que l’on ne voit plus que sur certains hippo­dromes britan­niques, et qui retom­bait sur ses épaules à la façon d’un col de cygne mort. Je me deman­dais si c’était l’amour ou l’âge qui rendait à ce point fou. À moins que ce ne fût les deux.

Un milliardaire américain

Pour­quoi les milliar­daires adop­taient-il toujours le mauvais goût des empe­reurs et éprou­vaient-ils le besoin irré­pres­sible, d’en­lu­mi­ner, de dorer ce qui déjà suin­tait l’argent ? J’igno­rais à partir de quelle quan­tité de diéthy­la­mide d’acide lyser­gique (LSD) ce décor de péplum deve­nait accep­table, mais pour un prome­neur néophyte il était une constante irri­ta­tion oculaire. Même si, dans son genre, Ames n’était sans doute pas le pire. Pour un homme réputé compli­qué, il aimait plutôt les choses simples, les colonnes hellènes, un hori­zon de marbre, des moulures à palmettes, les plafonds sixti­niens, un mobi­lier emperlouzés,des portes sculp­tées aux poignées poinçonnées.

Humour

Tu sais comment je l’ap­pelle ? Forrest Gump. Parce qu’il passe la moitié du temps à courir pour se main­te­nir en forme et l’autre à galo­per pour échap­per à sa femme. C’est ça, je baise avec Forrest Gump.

Le golf

-Alors ce golf ?
- Je ne sais pas jouer. Ce n’est vrai­ment pas mon sport.
- Qu’est-ce que vous me dites là ? Le golf n’est le sport de personnes, Paul. Les types qui le pratiquent l’ont choisi par défaut, parce qu’ils ont échoué dans d’autres disci­plines par manque de vitesse, d’adresse, d’en­du­rance de force. Le golfeur dissi­mule une petite infir­mité, c’est pour ça qu’il fait son parcours en voitu­rette électrique.

LOS Angeles

Elle incar­nait toute la pensée désaxée de ce pays, cette espèce de reli­gio­sité spon­gieuse, de verro­te­rie spiri­tuelle, de macé­doine sociale, avec des pauvres pour ramas­ser les merdes des chiens, des vieux pour garer des voitures, Edwards pour livrer des pizzas, un remède de cheval pour calmer Efrain et des cham­pi­gnons pour guérir les angoisses verté­brale, C4 C5 incluses. Ce pays était une secte, avec ses rites écono­miques et ses gourous fanatiques.

Un roman qui ne vous appren­dra pas grand chose ni sur la spolia­tion des biens juifs, ni sur la roman­cière qui met en scène sa propre famille. Elle est la petite fille de Jules Strauss qui fut un des plus grand collec­tion­neur d’œuvres d’art pari­sien du début du XX° siècle.

Par pudeur sans doute, elle ne s’étend que très peu sur les souf­frances de cette famille. Je pense que, comme moi, elle a entendu parfois « Ah, encore une histoire de juifs pendant la guerre » et qu’elle n’a pas voulu insis­ter. Je comprends et c’est compli­qué aujourd’­hui d’écrire sur ce sujet mais il m’a manqué quelque chose dans cette quête . Une âme je crois, celle qu’on sent dans le regard de cet homme : Jules Strauss.

En revanche vous appren­drez beau­coup de choses sur la diffi­culté d’ob­te­nir la resti­tu­tion de biens spoliés (essen­tiel­le­ment aux familles juives) par les nazis et autres comparses pendant la guerre . – À ce propos , j’ai regardé le film « Rue Lauris­ton » avec Michel Blanc, c’est un film remar­quable tous les acteurs sont excel­lents et on comprend telle­ment bien la façon dont on trai­tait le juifs et leurs biens ! et ici il s’agit de Fran­çais !- . C’est incroyable ce que Pauline Baer de Péri­gnon est amenée à faire pour récu­pé­rer un seul des dessins ayant appar­tenu à son grand père . On pour­rait penser que cette seule photo pour­rait faire la preuve que Jules Strauss avait bien une collec­tion digne des musées et que tout le monde allait aider sa petite fille à retrou­ver une partie des biens, loin s’en faut !

Cet aspect du roman est passion­nant , c’est d’ailleurs ce qui a plu à Aifelle . On peut en effet se douter que si la famille ne possède plus aucun tableau de cette superbe collec­tion c’est que les grands parents de Pauline Baer de Péri­gnon ont été « contraints » de vendre. Et vous savez quoi ? Où dormait le dessin pour lequel, au bout de trois ans d’in­ves­ti­ga­tion, la preuve de la spolia­tion ne fera aucun doute ? Au Louvre dans les réserves. On peut se dire que la famille ne l’avait pas réclamé mais c’est faux sa grand-mère avait monté un dossier tout de suite après la guerre. En vain ! L’ad­mi­nis­tra­tion fran­çaise n’a RIEN fait pour les aider, plus grave en réalité beau­coup de gens savaient que la prove­nance du dessin était douteuse mais rien n’était entre­pris pour retrou­ver sa prove­nance alors que ce n’était pas très compli­qué pour le Louvre de le faire ou au moins essayer !

On est loin de la belle figure de Rose Valland qui pendant la guerre a noté tous les biens volés aux juifs qui étaient entre­po­sés au Musée du Jeu de Paume

Citation

Un fait que j’avais oublié

Avant même d’en­va­hir la France, les Alle­mands ont établi la liste des collec­tions d’art impor­tantes, il connais­sait Jules par ses deux ventes de 1902 et 1932. Tout grand collec­tion­neur juif pendant la guerre figu­rait sur les listes de le ERR, l’Ein­sat­zab Reichs­lei­ter Rosen­berg, l’or­ga­ni­sa­tion diri­gée par l’idéo­logue du parti nazi Alfred Rosen­berg, qui a été jugé et exécuté à Nurem­berg. C’est lui qui a orga­nisé les confis­ca­tion des œuvre d’art appar­te­nant aux grandes collec­tions juives dans les terri­toires occu­pés à partir de juillet 1940 à Paris envi­ron vingt-deux mille objets ont été saisies pendant la guerre
L’ERR est instal­lée au Jeu de Paume, où tran­sitent les œuvres pillées avant d’être envoyées en Alle­magne. Je découvre l’exis­tence de Rose Valland, qui devient mon héroïne. Atta­chée de conser­va­tion au Jeu de Paume, préten­dant ne pas comprendre un mot d’al­le­mand, elle note tout des vols d’œuvre d’art. Elle consigne les nombreuses visites de Goering venu faire son choix, et les envoie en Alle­magne. Rose Valland parvient ainsi à établir l’in­ven­taire détaillé des œuvres trans­fé­rées et leur dépla­ce­ment de 1940 à 1944. Son action de résis­tance permet la récu­pé­ra­tion après guerre d’un nombre impor­tant d’œuvres spoliés. Devenu alors membre de la commis­sion de récu­pé­ra­tion artis­tique, capi­taine de la 1re Armée fran­çaise, elle travaille avec les monu­ments Men à la récu­pé­ra­tion des œuvre et à la recons­ti­tu­tion de leur trajet

Édition Liana Levi traduit du russe par Natha­lie Amargier

J’ai décou­vert ce roman chez Krol, son billet m’a donné envie de mieux connaître la vie de Victor Zolo­ta­rev et de son pingouin Micha. J’ai eu le tort de le lire pendant le confi­ne­ment qui a été pour moi une période de fragi­lité et de moindre envie de me plon­ger dans des univers absurdes. Et pour être absurde ça l’est ! Victor a hérité de ce pingouin neuras­thé­nique car le zoo de Kiev n’a plus les moyens de nour­rir les animaux. Nous sommes en pleine crise sociale en Ukraine et en plus de la misère, il y règne de sordides histoires de corrup­tion. On imagine les dégâts maté­riels pour la popu­la­tion mais en plus les acteurs de ce pays ont une forte tendance à dispa­raître violem­ment. Victor est embau­ché pour un travail qui semble assez facile : écrire des nécro­lo­gies de person­na­li­tés assez en vue. Cela permet au jour­nal d’être prêt à publier les éloges des « futurs » dispa­rus. Un travail de tout repos qui lui permet d’ache­ter le pois­son néces­saire à la survie de Micha. Mais nous sommes en Ukraine, et évidem­ment écrire des nécro­lo­gies peut s’avé­rer dange­reux. D’abord les person­na­li­tés se mettent à dispa­raître de mort brutale et peu à peu Victor se trouve lui-même en grand danger. L’au­teur écrit avec cet humour russe si carac­té­ris­tique et n’hé­site pas à plon­ger son lecteur dans un monde absurde. Trop pour moi , et je dois avouer que petit à petit je lisais la vie de Victor et Micha sans m’im­pli­quer tota­le­ment. Je comprends le succès de ce livre car même dans ses aspects exces­sifs et déjan­tés, il permet de se rendre compte de la réalité d’un pays en proie à la corrup­tion et à la misère sociale mais il faut accep­ter les aspects déjan­tés qui ont fini par me lasser.

Citations

L’humour russe

Il regar­dait Sergueï et avait envie de sourire. L’ami­tié ? En fait, il ne l’avait jamais connue, pas plus que les costumes trois-pièces ni la passion véri­table. Sa vie était terne et doulou­reuse, elle ne lui appor­tait pas de joie. Micha son pingouin, était triste, comme si lui aussi n’avait connu que la fadeur d’une exis­tence dénuée de couleur et d’émo­tion, d’élan joyeux, d’enthousiasme.

Un pingouin malade

Ben voyons ! se moqua Pidpaly. Même les humains, on ne les soigne plus, main­te­nant, et vous voudriez qu’on soigne un manchot. Vous compre­nez bien que pour un animal de l’An­tarc­tique, notre climat est une catas­trophe. Le mieux pour lui serait de retrou­ver sa banquise. Ne soyez pas vexé, j’ai l’air de déli­rer, mais si j’étais lui et que je me retrouve sous nos lati­tudes, je me pren­drais ! Vous ne pouvez pas imagi­ner le martyre que ça repré­sente d’avoir deux couches de graisse et des centaines de vais­seaux sanguins desti­nés à se proté­ger des tempé­ra­tures les plus extrêmes, alors qu’on vit dans un pays où il fait parfois quarante l’été, et moins dix l’hi­ver, au mieux, et c’est rare ? Hein ? Vous compre­nez ? Son orga­nisme chauffe, il se consume de l’in­té­rieur. La plupart des manchots en capti­vité sont dépres­sifs. On m’a toujours répété qu’il n’avait pas de psychisme, mais moi, j’ai démon­tré le contraire. Et à vous je vais le démon­trer ! Et leur cœur ! Quel cœur serait capable, dans ces condi­tions de suppor­ter une pareille surchauffe ?

Philosophie des buveurs phrase à la Audiard

Buvons pour que ça ne soit pas pire. Mieux, ça a déjà été.

L’horreur

J’ai discuté avec le profes­seur de cardio­lo­gie de l’hô­pi­tal des scien­ti­fiques… Nous en avons conclu qu’on pouvait lui gref­fer le cœur d’un enfant de trois ou quatre ans…
Victor s’étran­gla avec son café et reposa la tasse sur la table. Il en avait renversé.
En tout cas, si l’opé­ra­tion réussi, cela pourra lui permettre de vivre encore plusieurs années. Sinon. Le vété­ri­naire fit un geste d’impuissance.
Oui, aussi, pour répondre tout de suite à vos inter­ro­ga­tions éven­tuelles, l’in­ter­ven­tion elle-même ne ne vous revien­dra qu’à quinze mille dollars. En fait c’est assez peu. Quant au nouveau cœur. Vous pouvez cher­cher un donneur par vos propres réseau, mais si vous nous faites confiance, nous pouvons nous en char­ger. Pour l’ins­tant j’au­rai du mal à vous dire un prix. Il arrive que nous rece­vions des organes sans même avoir à les payer.
Que je cherche par mes réseaux reprit Victor, ahuti qu’est-ce que vous enten­dez par là ? J’en­tends que Kiev compte plusieurs hôpi­taux pour enfants, et que chacun a son service de réani­ma­tion. Expli­qua-t-il calme­ment. Vous pouvez vous présen­ter au méde­cin, mais ne leur parler pas du pingouin. Dites simple­ment que vous avez besoin du cœur d’un enfant de trois ou quatre ans pour une trans­plan­ta­tion. Promet­tez- leur une bonne récom­pense. Ils vous tien­dront au courant.

Édition autre­ment traduit de l’an­glais (et préfacé sans grand inté­rêt à mon avis) par Jean Pavans

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Peut-on tomber amou­reux d’un domaine ? Cela est arrivé à l’au­teure qui est, je ne l’ai décou­vert qu’en­suite, la femme qui a aimé Virgi­nia Woolf. Dans ce roman, elle sait racon­ter à la perfec­tion ce qui peut loin de toute ratio­na­lité embar­quer une personne sage et raison­nable dans l’achat d’une demeure et d’un jardin qui lui pompera toutes ses ressources finan­cières et ses forces de vie tout en lui assu­rant un bonheur ines­ti­mable. Celui de possé­der et de faire revivre ce lieu. L’au­teure l’a fait pour le château de Sissing­hurtst et on peut comprendre son choix :

Pour le roman, il s’agit d’une belle demeure qui sans être un château a tout le charme des lieux qui aujourd’hui se visitent surtout quand ils sont entouré d’un beau jardin. Le person­nage prin­ci­pal, hérite de l’en­semble des biens d’une parente mais ne peut les garder, d’ailleurs au début il n’a qu’une envie vendre le tout pour se faire une vie person­nelle plus confor­table, lui l’hé­ri­tier qui porte ce nom Chase , les Chase ont possédé ce domaine pendant cinq siècles mais lui n’est qu’un pâle employé d’assurance et il cache son prénom Peregrine (qui signe­rait la noblesse de ses origines). Et puis, il s’ins­talle plus long­temps que prévu dans cette maison et il se fait prendre par son charme, jusqu’à en perdre ses propres repères. Cette posses­sion d’une personne par un lieu superbe est très bien racon­tée et mérite large­ment 5 coquillages, en revanche, il y a telle­ment de détails que je n’ai pas compris que cela m’a empê­chée d’être bien dans ce court texte. J’au­rais aimé savoir pour­quoi l’hé­ri­tier de cette grande famille ne connaît abso­lu­ment pas ce lieu ni sa tante. L’Angleterre n’est pas si vaste qu’il ne puisse pas, parfois, rendre visite à sa tante. Et sans dévoi­ler la fin, je comprends encore moins pour­quoi il doit rache­ter son domaine plutôt que simple­ment le reti­rer de la vente et ne payer alors que les hypo­thèques. Mais le sujet du roman ce ne sont donc pas ces banales histoires d’hé­ri­tage et de finances mais la prise de pouvoir amou­reuse d’un lieu sur une personne.

Citations

Les habits après la mort

Je ne sais pas ce que vous allez faire des vête­ments de la vieille dame, Mr. Chase. Ils ne rappor­te­raient pas grand-chose, voyez-vous, à l’ex­cep­tion des dentelles. Il y a la de belles dentelles authen­tiques, qui devraient valoir quelque chose. Tout est inscrit dans l’in­ven­taire, il faudra les découdre des vête­ments. Mais quand au reste… mettons vingt livres. Ces robes de soie, dirais-je, sont faites d’une bonne étoffe » , observa Mr. Nutley en tâtant une rangée de robes noires pendues dans le placard, qui remuèrent avec un faible bruis­se­ment de feuilles mortes. « Suivez mon conseil, donnez-en quelques-unes à la gouver­nante, cela en fin de compte vous fera plus de profit que les quelques livres que vous pour­riez en tirer. Il faut toujours avoir les domes­tiques de son côté, c’est mon axiome.. Enfin, c’est votre affaire, vous êtes le seul héri­tier et personne ne doit s’immiscer. »

Les traditions en Angleterre

Il avait dû déni­cher la copie de quelques vieux rapport. Mais non ; il était revenu à la première page et il y avait trouvé la date de l’an­née précé­dente. Il était consterné à l’idée que si de telles choses avaient concerné sa tante, elles risquaient aussi de le concer­ner. Que ferait-il d’un porc « de pasnage » à suppo­ser qu’on en amenât un devant sa porte ? Il aurait été encore plus embar­rassé si l’un des fermiers qu’il avait vus aux obsèques était venu lui dire : « Je tiens de toi, le Seigneur. »

Première impression de la maison

La maison lui rendait un regard grave et doux. Sa façade de vieilles briques lit de vin, les V inver­sés des deux pignons, les rectangles des fenêtres et le stuc crémeux de la petite colon­nade qui réunis­sait les deux ailes en saillie, tout se reflé­tait sans défor­ma­tion dans le calme verdâtre des douves. Ce n’était pas une grande maison, elle se résu­mait aux deux ailes et au corps central, mais elle était parfaite est ache­vée, si parfaite que Chase, qui pour­tant ne connais­sait rien et ne s’in­té­res­sait nulle­ment à l’ar­chi­tec­ture, (…), se sentit peu à peu apai­sée par une confor­table satis­fac­tion. Oui, vrai­ment la maison était petite, char­mante, et satis­fai­sante. On ne pouvait lui trou­ver aucun défaut. Elle était exquise de forme et de couleur. Dans ses propor­tions parfaites, elle portait la gran­deur de son style avec une digne simpli­cité. Elle était tran­quille, la soirée était tran­quille, la campagne et était tran­quille ; elle faisait partie de la soirée, de la campagne.

Séduction

Tel un enfant égaré dans le royaume des délices, il était stupé­fié par les enchan­te­ments du soleil et de l’ombre. Il s’at­tar­dait pendant des heures à contem­pler, dans une béati­tude stupide, les grandes nappes de soleil répan­dus sur l’herbe, et les ombres intenses qui s’en­fouis­saient dans les profon­deurs des bois. Il se levait tôt le matin et, se penchait à la fenêtre ouverte, se livrait à la rosée, au senti­ment de la clarté nouvelle, aux oiseaux. Que de gazouillis. !

Sous le charme

Et comme sa vision s’élar­gis­sait, il sentit que la maison, très gracieu­se­ment fondue dans les arbres, les prai­ries, les collines, avait poussé là comme eux, faisant partie d’une tradi­tion sécu­laire. Il recon­si­déra même les tableaux, non comme repré­sen­ta­tion de fantôme insi­gni­fiant, mais comme des hommes et des femmes dans le sang avez contri­bué à la compo­si­tion de celui qui coulait dans c’est pas propre. C’était la terre, les fermes, les meules, les sommeil, les jachères qui lui ensei­gnaient cette sagesse

Édition Albin Michel

Si vous avez une idée posi­tive de Karl Marx, c’est sûre­ment que vous avez été sensible aux analyses poli­tico-philo­so­phiques de ce « grand » homme, un peu moins, je suppose, des consé­quences de ses « géniales idées ». Mais si vous voulez défi­ni­ti­ve­ment vous dégoû­ter de l’homme, lisez ce livre : Sébas­tien Spit­zer, essaie de retrou­ver la trace du garçon illé­gi­time de Karl Marx. En exil à Londres, celui-ci « engrosse » la bonne de cette étrange famille d’exi­lés. Il faut abso­lu­ment cacher, voire faire dispa­raître cet enfant. Il vivra, mais aura une vie très misé­rable comme tous les pauvres anglais de cette époque . Le roman se déroule lors du séjour de la famille Marx en Angle­terre, il y arrive en 1850. Nous voyons donc dans cette biogra­phie de Freddy Evans, le fils caché de Marx les deux extrêmes de la société britan­nique. D’un côte la richesse, dont Engels est un digne repré­sen­tant et le monde ouvrier qui peut à tout moment tomber dans une misère noire. Au milieu, la famille de Marx une famille d’exi­lés qui est assez origi­nale, la femme de Marx, Jenny von West­pha­len avec laquelle il s’était fiancé étudiant est issue de la noblesse rhénane, son frère aîné devien­dra ministre de l’In­té­rieur de la Prusse au cours d’une des périodes les plus réac­tion­naires que connut ce pays. Il a un rôle impor­tant pour l’in­trigue roma­nesque et dans le destin tragique de l’en­fant caché. C’est parfois diffi­cile de démê­ler la fiction de la réalité. Je pense que l’on peut se fier aux faits histo­riques, mais l’on sent que l’au­teur est dégoûté par son person­nage et il en fait un portrait à charge. Il faut dire que pour avoir de l’argent, Karl Marx était peu regar­dant sur l’ori­gine des finances, peu lui importe par exemple que ce bon argent vienne des plan­ta­tions escla­va­gistes du Sud des États-Unis. Derrière le grand homme se cache­rait donc un jouis­seur peu scru­pu­leux qui était prêt à tout pour mener une vie confor­table sans rien faire d’autre qu’é­crire et encore quand il y était poussé par sa femme. Engels est un person­nage très ambigu, très riche bour­geois il dirige une usine de fila­ture appar­te­nant à son père, il épouse les thèses révo­lu­tion­naires qu’il finance tout en faisant beau­coup d’agent grâce au capi­ta­lisme libé­ral. C’est lui qui sera chargé de faire dispa­raître le « bâtard » mais il aura quelques diffi­cul­tés à tuer ou faire tuer un bébé. C’est lui aussi qui entre­tient à grands frais la famille Marx sans aucune recon­nais­sance de ce dernier. Le point le plus inté­res­sant du roman, c’est la descrip­tion de la condi­tion ouvrière en Angle­terre, on est en plein dans du Dickens, un rien fait bascu­ler des pans entiers de la popu­la­tion du côté des misé­reux et de la famine.

Citations

La misère à Londres 1860

Les tanneurs de Bermond­sey exigent une heure de pause. Ils triment quinze heures par jour dans l’odeur méphi­tique du sang chaud et du jus de tannée. Malte hausse les épaules. Les débats autour des horaires de travail, des temps de pause, de la semaine qui s’ar­rête le samedi et reprend le dimanche ou des salaires trop bas ne le concernent pas. Il en pâtit seule­ment. Il habite juste en face. Il les voit qui défilent, voci­fé­rant et récla­mant. Il sait qu’il s’épuisent a deman­der l’im­pos­sible. Cela fait si long­temps que les injus­tices existent. Depuis que le monde est monde. Alors à quoi bon s’in­sur­ger ? Si seule­ment ils pouvaient s’écar­ter de sa route. Il ne peut rien pour eux.

Portrait de Karl Marx par la bonne qu’il a « engrossée »

C’est un vaurien, inca­pable de mettre un seul penny de côté. L’argent lui brûle les doigts. Il ne sait pas comp­ter. Ni travailler d’ailleurs. Il a bouffé la dot et les dons de sa femme. Il accu­mule les dettes. C’est tout ce qu’il sait faire, récla­mer de l’argent à ses amis. Et quand il refuse, il hurle comme un cochon qu’on saigne. Une bête, je vous dis ! Il fait ça même à sa mère. La pauvre femme. Henriette, qu’elle s’ap­pelle. Il dit que sa mère le vole ! .Vous enten­dez ! Un homme de son âge qui dit que sa mère le vole ! Saleté de bon à rien ! Et après, c’est moi qui dois faire face au boucher, qui dois le supplier de me faire confiance, comme chez le boulan­ger ou le marchand de fruits aussi. Ça fait cossu d’avoir une employée. Ah oui ça. Ça fait riche. Mais ils n’ont rien. Que dalle. Que le nom de Madame, usé jusqu’à la corde. Un jour, quand il avait trop faim, il a envoyé une lettre d’embauche à une compa­gnie des chemins de fer. La première, en 10 ans. Pour­tant, il a fait des études. Il est docteur. Faut qu’on l’ap­pelle docteur.

L’argent et la vie d » Engels et le style lapidaire de l’auteur

Engels paye d’une traite à tirer sur les comptes de l’usine. Le docu­ment est signé par lui et par son asso­cié. Peter Ermen était rassuré en le para­phant ce matin. 
L’argent n’a pas d’odeur.
Tant pis pour les esclaves des plan­ta­tions du Sud.
Engels voit le docu­ment dispa­raître dans la poche de Dress­ner. Sa mère est immo­bile. Ses oiseaux sont figés. Et l’équa­tion de Fourier lui revient à l’es­prit, celle qu’il crachait l’été à la face des bour­geois, avec les deux sœurs au bras : deux vices font une vertu. Mary est morte si vite. Le coton le dégoûte. L’argent le dégoûte. Mais c’est un mal néces­saire pour la cause.

Le portrait de Marx (appelé le Maure) lors d’un repas chez Engels

- Je ne sais pas, répond le Maure en s’es­suyant les lèvres. La peau de son ventre est tendu. Il a trop mangé. Il ne s’est pas retenu. Il en est inca­pable. Il a fallu qu’il dévore, tout, très vite comme s’il s’agis­sait du dernier repas de sa vie.
(Et la fin de la discussion)
-Que faire ? Demande Engels.
- Il faut que je voie avec les autres, ces crétins de choristes, les syndi­ca­listes du Lanca­shire : Swing­khurst, Mowley et d’autres. 
- Et moi ?
- Toi Engels ? Tu finances ! Débrouille-toi pour trou­ver de l’argent. Il faudra plus d’argent. Beau­coup plus.

Le pacte sur Le dos de l’enfant illégitime de Karl Marx

. J’ai passé un pacte avec mon frère.
- un pacte ?
- Nous avons passé un accord pour les deux. Si l’exis­tence de ce bâtard était révélé ce serait l’image de mon mari qui serait atteinte. 
Engels acquiesce, sans l’interrompre. 
Elle revient sur ce dîner avec son frère.
C’était il y a quelques semaines, juste avant qu’ils ne débarquent ici, à Manches­ter, en famille. Ferdi­nand avait retrouvé Freddy.
– Ferdi­nand est un homme intel­li­gent. Au nom des West­fa­len, il a accepté de ne rien dire de l’exis­tence de cet enfant. Pour l’image de notre famille. Pour ma répu­ta­tion. Il a renoncé ainsi à l’idée de nuire à Carl. Tu sais comme il le hait. Cela n’est pas nouveau. Cette histoire aurais pu lui causer du tort. L’en­fant caché de Karl Marx. Son fils caché. Avec la bonne !
. Nous nous sommes mis d’ac­cord, mon frère et moi. Je me suis enga­gée. Plus d’ap­pel à la grève. Plus de drapeau rouge. Plus de menaces sur Londres ou Berlin ou je ne sais où. J’ai promis qu’il rega­gne­rait son cabi­net et se conten­te­rait d’écrire. C’est pour ça que mon frère vous a fait suivre.

Je ne savais pas ça :

Comme des milliers des Irlan­dais, son oncle s’est engagé comme soldat puis sergent dans l’ar­mée Yankee. Il a suivi les troupes nordistes tout le long de la guerre. Il a cru qu’à l’is­sue il aurait des terres, lui aussi. De bonnes terres prises aux enne­mis sudistes. C’est ce qu’a­vait promis les colo­nels, les géné­raux et surtout le président. Le Nord l’a emporté le Nord a libéré les esclaves. Le Nord a remer­cié les enga­gés volon­taires pour tout le sang versé. Puis les terres ont été remises aux anciens proprié­taires, aux parti­sans des sudistes. Le Nord a offert quarante acres et une mule a quelques esclave affran­chis. Il a offert quarante acres et une mule à ces milliers de conscrits, engagé malgré eux. Et quand il n’y a plus de mule, il a dit à tous les autres, les volon­taires, les Irlan­dais, d’al­ler se faire foutre.

Édition 1018. Traduit du tchèque Joseph Gagnaire

Je dois la décou­verte de cet auteur à Patrice et, comme lui, depuis, j’ai très envie de lire d’autres livres de cet auteur, pour­quoi pas « Voyage vers le Nord » . Ce petit livre sur les amou­reux des jardins est un petit concen­tré d’hu­mour. Dès la première phrase, j’ai souri et je savais que je le lirai jusqu’au bout :

Il y a cent manières de créer un jardin : la meilleure est encore de prendre un jardinier

Ecrit en 1929, ce conseil me encore va très bien, derrière tout beau jardin bien fleuri se cache un jardi­nier compé­tent (ce que je ne suis pas) et qui doit passer cent pour cent de son temps libre à travailler la terre. J’adore les fleurs mais je déteste les culti­ver. Pour­tant, quelle merveille quand les roses s’éveillent et parfument l’en­trée de la maison ! Dans ce petit livre, écrit comme un alma­nach, chaque mois, l’au­teur précise les diffé­rentes tâches qui attendent tout bon jardi­nier. Tout cela est raconté avec un humour déli­cieux. Mais j’avoue que l’ac­cu­mu­la­tion des noms de fleurs et de plantes a fini par me lasser. Karel Čapek aime le comique d’ac­cu­mu­la­tion et cela m’a semblé un procédé trop répé­ti­tif. Surtout ne vous arrê­tez pas à ce bémol, car dans l’en­semble vous trou­ve­rez que le jardi­nier de 1929 a beau­coup de points communs avec celui de 2020 . Et jamais, au grand jamais, vous n’ac­cep­te­rez de surveiller le jardin d’un ami qui part au mois d’août en vacances. Ce « presque rien que vous aurez à faire » peut se termi­ner par une vraie galère tous les jours. Le jardi­nier de 1929 écri­vait une lettre par jour pour s’in­quié­ter de l’état de son cher jardin et donner ses précieux conseils, je vous laisse imagi­ner ce que le jardi­nier d’au­jourd’­hui ferait avec son télé­phone portable grâce Face­book, What­sapp et autres façon de s’in­quié­ter de ses trop chères petites plantes…

quelques photos prises dans un jardin au prin­temps 2020 (celui où le confi­ne­ment a permis d’ad­mi­rer l’ar­ri­vée des fleurs) :

Citations

Tellement vrai

Vous verrez, au bout d’une quin­zaine, sortir de la mauvaise herbe au lieu de gazon. C’est un des mystères de la nature que les mauvaises herbes les plus luxu­riantes et les plus vivaces naissent toujours des meilleures semences de gazon : qui sait s’il ne faudrait pas semer de la graine de mauvaises herbes quand on veut avoir de beau gazon ? Trois semaines après, votre pelouse est abon­dam­ment couverte de char­dons drus et autres sale­tés rampantes ou enra­ci­nées dans le sol, quand vous voulez les arra­cher, ou bien elles se cassent juste à la racine, ou bien elles emportent toute une motte de terre. Ainsi vont les choses : 
plus une saleté est nuisible, plus elle a de vitalité. 

Se souvenir que ce livre a été écrit en 1930 et non en 2021 !

Quiconque devient jardi­nier recherche avec complai­sance les « Vieux Chro­ni­queurs » . Ce sont des personnes d’un certain âge et passa­ble­ment distantes qui disent chaque prin­temps , qu’elles n’ont pas souve­nir d’avoir jamais vu un temps pareil . S’il fait froid, elles proclament qu’elles ne se souviennent pas d’un prin­temps aussi froid. « Une fois, il y a de ça soixante ans, il a fait si chaud que les violettes fleu­rirent à la Chan­de­leur ». Par contre si le temps est légè­re­ment plus chaud, les chro­ni­queurs soutiennent n’avoir aucun souve­nir d’un prin­temps aussi chaud. « Une fois, il y a de ça soixante, nous circu­lâmes en train en traî­neau à la Saint-Joseph ». Bref, les chro­ni­queurs eux aussi témoigne qu’en ce qui concerne le temps, notre pays a toujours été soumis à un arbi­traire effréné et qu’il n’y a pas à aller contre.

Genre d’énumérations drôle mais hélas trop fréquentes

Culti­ver la terre, c’est d’une part bêcher, creu­ser, retour­ner, fouiller, ameu­blir, apla­nir, nive­ler et faire des ondu­la­tions, et d’autre part, s’oc­cu­per des ingré­dients. Aucun pudding au monde ne peut-être de compo­si­tion plus compli­quée que la terre de jardin. Autant que je puisse savoir, on y met du fumier, de l’en­grais, du guano, des feuilles pour­ries, de la terre de gazon, de la terre arable, du sable, de la paille, de la chaux (de la farine pour les enfants), du salpêtre, des phos­phates, de la bouse, de la cendre, de la tourbe, de l’eau de la bière, des culots de pipe, des allu­mettes brûlées, des chats crevés et beau­coup d’autres substances. Tout cela se mélange, s’en­fuit et se répand ; comme je l’ai dit, le jardi­nier n’est pas un homme qui respire les roses, mais un homme qui est pour­suivi par l’idée que « cette terre voudrait encore un peu de chaux », ou bien « qu’elle est lourde, comme du plomb, dit le jardi­nier, et qu’elle voudrait un peu de sable ».

Le jardinier et la propriété

Quiconque a un jardin devient inéluc­ta­ble­ment un défen­seur de la propriété, et alors, ce n’est pas un rosier qui pousse dans ce jardin, c’est « son » rosier. L’homme qui est proprié­taire prend conscience d’une certaine soli­da­rité qui le lie à son prochain, par exemple en ce qui concerne le temps, il se met à dire : « Nous aurions besoin d’une bonne pluie » ou « Nous avons été bien arro­sés ». D’autre part, il devient en quelque sorte forte­ment exclu­sif. Il trouve que les arbustes des voisins ne sont que du bois de fagot, à la diffé­rence des siens propres ;.ou bien il constate que tel cognas­sier vien­drait bien mieux dans son jardin que dans celui de son voisin, etc. Il est donc vrai que la propriété privée suscite certains inté­rêts collec­tifs, certains inté­rêts de classe, par exemple en ce qui concerne le temps, mais il est non moins vrai qu » elle excite à l’ex­trême de forts instincts d’égoïsme, d’ini­tia­tives et de posses­sion. Il ne fait pas de doute que les hommes n’aillent au combat pour défendre leur idée, mais ils iraient avec plus de zèle encore et plus de féro­cité pour défendre leur jardin. Un homme qui possède quelques arpents de terre et qui cultive quelque chose devient, en vérité, un être conser­va­teur car il est assu­jetti à des lois natu­relles millé­naires. On aura beau faire, aucune révo­lu­tion n’ac­cé­léra la germi­na­tion ni ne fera fleu­rir les lilas avant le mois de mai, cette leçon rend l’homme plus sage et fait qu’il se soumet aux lois et aux coutumes.

Édition Actes Sud Jacque­line Cham­bon . Traduit de l’anglais(États-Unis) par Gaëlle Rey

Aifelle m’a donné envie de décou­vrir cette auteure à travers un autre titre « Dans la course » , un des commen­taires parlait de ce roman que j’ai donc lu. J’ai cher­ché dans la campagne bretonne ce qui pouvait évoquer l’Ama­zo­nie pour faire ma photo, j’ai eu un peu de mal ! mais vous avez quand même l’eau et les herbes.

Si par hasard vous avez envie d’al­ler en Amazo­nie (ce qui n’est pas mon cas) lisez ce roman avant pour avoir une idée de ce que vous pour­rez y trou­ver. Entre les mous­tiques tueurs, les serpents, les plantes toxiques voire mortelles, la chaleur gorgée d’hu­mi­dité, se cachent des tribus indiennes certaines sympa­thiques d’autre pas. L’hor­reur abso­lue ! Dans cet enfer une jeune scien­ti­fique part à la recherche d’une spécia­liste des médi­ca­ments pour avoir des expli­ca­tions sur la mort de leur collègue qui était déjà parti à la recherche de cette spécia­liste. Pour ne pas attra­per la mala­ria, elle prend des médi­ca­ments qui lui donnent des cauche­mars abomi­nables, ce qui permet à l’au­teure de nous faire comprendre son passé. Son père était Indien (de l’Indes) et sa mère du Minne­sota. Elle a peu connu son père qui s’est séparé de sa mère pour vivre en Indes et y a refait sa vie. Ce n’est pas du tout le thème prin­ci­pal du roman, même si cela explique sans doute une part du carac­tère de Marina Singh. Ce roman raconte comment des cher­cheurs essaient de trou­ver de nouveaux médi­ca­ments dans la jungle amazo­nienne si riche en biodi­ver­sité. Il y a du suspens autour de la mort d’An­ders Eckman, dont je ne peux rien dire sans me mettre à dos toutes les anti-divul­gâ­cheuses. En revanche, je peux vous parler de la très anti­pa­thique Dr Swen­son employée par le même labo­ra­toire que Marina et Anders pour trou­ver un médi­ca­ment qui permet­trait d’al­lon­ger la période de ferti­lité des femmes. Les femmes indiennes qui accueillent ces scien­ti­fiques ne connaissent, en effet, pas de perte de ferti­lité durant toute leur vie. C’est bien là le but des recherches pour lesquelles le Dr Swen­son est rému­néré, mais si elle ne donne pas les résul­tats de ses recherches, c’est qu’elle veut, avant, trou­ver un médi­ca­ment effi­cace contre la mala­ria. Elle sait que ce médi­ca­ment ne sera pas financé par son labo­ra­toire car il n’in­té­res­sera pas les femmes améri­caines. On peut recon­naître les débats actuels sur les médi­ca­ments chers (remde­si­vir) et ceux qui ne coutent rien (l’hy­droxy­chlo­ro­quine).

Les histoires d’amour compli­quées de Marina, son atta­che­ment à un petit enfant indien ne m’ont pas du tout passion­née. En revanche la course aux médi­ca­ments et les descrip­tions de la vie en Amazo­nie m’ont beau­coup marquée. Si j’ai des réserves sur ce roman, c’est parce qu’au­cun person­nage n’est vrai­ment sympa­thique. J’ai besoin de me sentir bien avec les person­nages et entre le Dr Swen­son en grand patron détes­table et mépri­sant tout le monde et les amours de Marina, je n’étais bien avec personne. En plus, j’étais plon­gée dans l’uni­vers – très bien décrit- que je déteste le plus au monde (sans y être jamais allée !) : la forêt amazonienne.

Citations

Une belle lettre d’amour du Dr Ekman

Tous les jours ou presque, j’ai mal à la tête et j’ai peur qu’un de ces minus­cules animaux d’Ama­zo­nie ne soit en train de creu­ser un trou de ses dents pour atteindre mon cortex céré­bral, et la seule chose au monde que je désire, la seule chose qui donne­rait du sens ou de la légi­ti­mité à mon exis­tence, serait de pouvoir poser ma tête sur tes genoux. Tu passe­rais ta main dans mes cheveux, je sais que tu me ferais pour moi. Tel est ton courage, telle est ma chance.

L’arrivée au Brésil

À l’ex­té­rieur, l’air était si épais que l’on aurait pu mordre dedans et en masti­quer un morceau. Jamais les poumons de Marina n’avait inhalé tant d’oxy­gène, tant d’hu­mi­dité. À chaque inspi­ra­tion, elle avait l’im­pres­sion d’emmagasiner dans son corps d’in­vi­sibles parti­cules florales, et que de minus­cules spores s’ins­tal­laient entre les cils vibra­tiles de ses organes pour y prendre racine. Un insecte frôla son oreille dans un bour­don­ne­ment si perçant que la tête de Marina bascula en arrière comme si elle avait reçu un coup. Un autre insecte lui mordit la joue tandis qu’elle levait la main pour chas­ser le premier. Il n’était pas dans la jungle, mais dans un parking. L’es­pace d’un instant, des éclairs de chaleur illu­mi­nèrent un banc de nuages mena­çant a des kilo­mètres au sud avant de les rame­ner dans la pénombre.

L’horreur absolue pour moi

À la tombée de la nuit, les insectes les assaillirent par nuées. Cara­paces dures et souples, mordeurs et piqueurs, grésillant, vrom­bis­sant et bour­don­nant : tous, jusqu’au dernier, déployèrent leurs ailes de papier et vinrent percu­ter avec une rage folle les yeux, la bouche et le nez des trois seuls êtres humains qu’il purent trou­ver. (…) « Le Dr Rapp disait que le travail des ento­mo­lo­giste était facile, dit le Dr Swen­son en tour­nant le dos à l’as­saut des insectes. Ils n’avaient qu’à allu­mer une lumière et tous les spéci­mens accouraient. »

En période où l’on conteste les recherches en médecine lire de tels faits fait froid dans le dos

Étude clinique mener à Tuskege, en Alabama, de 1932 à 1972, par des méde­cins améri­cain qui étudièrent l’évo­lu­tion de la syphi­lis sur des parti­ci­pants auxquels ils refu­saient de donner un trai­te­ment cura­tif pour pouvoir conti­nuer leur recherche.

Édition Robert Laffont

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

J’ai commencé ce roman avec un grand plai­sir qui s’est émoussé au fil des pages. Deux trames roma­nesques s’en­tre­croisent : celle qui décrit Fran­çois-René de Chateau­briand qui connaît la dure loi de l’im­mi­gra­tion et de la misère en Angle­terre pour échap­per à l’écha­faud, et le père du narra­teur, grand univer­si­taire pari­sien qui, à la fin de sa vie, a voulu retrou­ver, pour en faire un livre, toutes les femmes aimées par ce grand roman­tique dont une « petite sonneuse de cloches » de l’ab­baye de West­misn­ter qui a réveillé d’un baiser Chateau­briand presque mort de froid et de faim et qui, pour ce haut fait, mérite une ligne dans ses mémoires. Le narra­teur part donc à la recherche dans les docu­ments d’ar­chives de cette incon­nue, il est,alors, entraîné dans une histoire fantas­tique où Fran­çois-René joue encore un rôle. Je ne peux en dire plus, car je ménage toutes celles et tous ceux qui aiment le suspens et ne veulent pas savoir la fin des romans avant de la commen­cer – contrai­re­ment à moi !

Le charme du roman vient de l’hu­mour que Jerôme Atttal manie avec finesse et légè­reté. Tous les chapitres concer­nant la vie des émigrés à Londres sont à la fois instruc­tifs et assez cocasses. Ces gens sans argent et qui ne savent rien faire ont dû beau­coup amuser les Britan­niques qui comme le dit un des person­nages semblent faire « du travail une valeur » . La partie sur la vie moderne est aussi pleine d’ob­ser­va­tions assez amusantes, entre son père grand univer­si­taire qui se battrait bien en duel sur l’oeuvre de Margue­rite Duras et qui écrit des livres que seules des étudiantes amou­reuses du grand profes­seur sont capables de lire. Mais au bout de la moitié du roman, je me suis un peu ennuyée et je dois avouer que j’ai plus parcouru ce livre que réel­le­ment lu. Je pense que des lectr­rices ou lecteurs plus atten­tifs que moi pour­ront en donner une bien meilleure impression.

Citations

Le dentiste de Londres

Pour l’heure, Fran­çois René repère l’en­seigne de fer et de plomb clouée à l’une des façades de Shel­ton Street et dont l’ins­crip­tion, « Le Gentil dentiste », tient lieu d’anes­thé­sie locale pour les patients les plus rétifs (…)
Quand Fran­çois René pénètre dans la pièce qui fait office de cabi­net, il est frappé par la nudité du lieu. Un parquet aussi vaste que le pont d’un navire, flan­qué de deux baquets : l’un destiné à rece­voir les dents, l’autre empli à moitié d’une eau trou­blée de crachats. Contre l’un des murs, un établi sur lequel s’en­tasse un assor­ti­ment d’us­ten­siles : pinces plus ou moins tordues, tenaille, crochets, forceps coupants, clés de porte et pelote de ficelle. Un flacon d’eau-de-vie accou­plé à un gobe­let trône en évidence au milieu des instru­ments sans qu’on puisse déter­mi­ner si ce remède et à la jouis­sance du prati­cien ou du patient..

le père du narrateur

Sur son temps libre, Joe J. écri­vait des livres énormes qui se vendaient peu sans qu’il en conçoivent amer­tume ni rancœur. Il expli­quait ne pas vouloir être tribu­taire de l’ac­tua­lité, affir­mant que ce qui diffé­ren­cie les grands écri­vains des grands crimi­nels réside dans le fait que les premiers ne sont jamais aptes à être jugés par leur époque.

Discussion entre émigrés de la noblesse française

Une fille qui te donne spon­ta­né­ment un baiser ? ques­tionne dans le vide Hingant incré­dule. Je n’ai jamais rencon­tré une telle personne de toute mon exis­tence. Il faut toujours les séduire. Ou les forcer. Ou les épou­ser. Ou les trois à la fois.

La beauté Féminine

Il fixe avec dégoût l’idiote tein­ture brune appli­quée à ses beaux cheveux blonds. Le caprice, qui en toute chose permet à une jolie fille de choi­sir une direc­tion oppo­sée à sa nature sur un simple coup de tête, blesse éper­du­ment son cœur.