Édition Seuil . Traduit du finnois par Sébas­tien Cagnoli

A obtenu un coup de coeur au club de lecture de la média­thèque de Dinard

De la Finlande pendant la deuxième guerre mondiale , j’avais retenu peu de choses. Je savais que les Finlan­dais avaient repoussé les Russes en 1940 et que la fameuse « finlan­di­sa­tion » voulait dire qu’ils avaient cédé après la guerre une partie de leur terri­toire contre une paix avec les Sovié­tiques. Le roman de Petra Rautiai­nen nous plonge dans une autre réalité qui n’est pas sans rappe­ler « Purge » traduit aussi par Sébas­tien Cagnoli. entre les Nazis-racistes et les sovié­tiques-exter­mi­na­teurs qui choi­sir pour rester en vie ?

Ici, se mêle deux moments assez proche 1944 et les camps de prison­niers tenus par les alle­mands et 1949 la quête d’une femme qui veut connaître le sort de son mari dont le dernier signe de vie se situe dans un de ces camps. Ce qui se passe en 1944 est décrit à travers un jour­nal tenu par un gardien finnois qui décrit au jour le jour le sort réservé aux pauvres hommes sous la coupe de sadiques nazis alle­mands. Le récit de la femme se heure à une omerta : personne ne veut se souve­nir de cette époque. Et cela pour une simple raison c’est qu’il n’y a pas de fron­tières entre les gentils et les méchants. Au delà du nazisme et des sovié­tiques il y a donc les Finnois qui ont lutté pour leur indé­pen­dance, mais ils ont été eux-mêmes gangré­nés par l’idéo­lo­gie raciale en vigueur et pour bâtir une Finlande de race pure il faut « contrô­ler » voire « suppri­mer ? » les Samis ceux que vous appe­liez peut-être comme moi les Lapons. (J’ai appris en lisant ce roman que lapon est un terme raciste qui veut dire « couvert de haillons »)

Alors, dans ces camps on fait des recherches sur la forme des crânes et on prend en photos tous les prison­niers et on l’en­voie dans un grand centre de recherche pour la race qui bien sûr sera supprimé après la guerre.
C’est cet aspect de la guerre qui rendra muets tous les témoins qui auraient pu expli­quer à Inkeri Lind­viste ce qui est arrivé à son mari Karloo.

L’at­mo­sphère est pesante, l’an­goisse de la mort toujours présente dans le jour­nal du gardien et cela ne rend pas la lecture facile. J’au­rais vrai­ment aimé avoir un petit résumé histo­rique pour m’y retrou­ver et un détail m’a beau­coup déplu le traduc­teur ne traduit pas les dialogues quand ils sont dit en Sami. Je n’ar­rive pas à comprendre l’uti­lité d’un tel procédé. Autant pour des Finnois cela peut leur montrer qu’ils ne comprennent pas une langue parlée par des popu­la­tions vivant dans le même pays qu’eux autant pour des fran­çais, ça n’a aucune utilité.

Les deux autres reproches que je fais à ce roman, c’est le côté très confus des diffé­rentes révé­la­tions et le peu de sympa­thie que l’on éprouve pour les person­nages. Mais c’est un roman qui permet de décou­vrir une époque très impor­tante pour la Finlande et rien que pour cela, je vous le conseille. Mais ayez à côté de vous Wiki­pé­dia pour vous éclai­rer sur ce moment si tragique de l’his­toire de l’humanité.

Citations

Dans des camps prisonniers en Finlande en 1944.

Lorsque le méde­cin est ici avec son assis­tante, les mesures sont de son ressort ; le reste du temps, elles nous incombent aussi. Je n’avais encore jamais fait ce travail, c’est répu­gnant. On a beau laver et asti­quer les prison­niers russes, leur odeur est épou­van­table. Nous mesu­rons la largeur de la tête et véri­fions l’état des organes géni­taux, en parti­cu­lier la présence du prépuce.

Un pays aux multiples ethnies appelées en 1944 des races inférieures.

Quel­qu’un m’a dit qu’elle est du fjord de Varan­ger, où de plus loin encore, vestige de temps recu­lés, appa­renté aux Aïnous et aux nègres du Congo. Un autre, en revanche, est convaincu qu’elle ne vient pas du fjord de Varan­ger : ce serait une Same d’Inary ou d’Uts­joki, ou bien une Skol­tec du pays de Petsamo, ou encore une Finnoise de la pénin­sule de Kola. Un troi­sième a déclaré que c’est une Kvène du Finn­mark. Ou peut-être un peu tout ça, une bâtarde. De race infé­rieure, en tout cas, m’a-t-on certi­fié. « Elle est prison­nière, alors ?« ai-je demandé mais personne n’est sûr de rien. De mémoire d’homme, elle a toujours été là.

Les rapports des allemands avec des femmes de races inférieures.

Pour les nazis, la trahi­son à la race, c’est encore plus grave que d’ap­par­te­nir à une race infé­rieure. Les nazis qui se sont accou­plés avec une dégé­né­rée, ils sont exécu­tés le dimanche matin sur le coup de six heures.

Enfin(page 171)une explication sur ce qu’est une boule de « komsio » car aucune note n’explique ce genre de mots.

Ensuite, elle a arra­ché la trachée et l’a mise à sécher pendant deux jours. Elles avait ramassé un bout d’os quelque part, je ne sais pas, s’il venait aussi du cygne. Sans doute. Peut-être. Le dernier soir, elle l’a glissé dans la trachée, puis elle a tordu le tout pour former une petite boule qui tinte lors­qu’on la secoue. 
C’est un jouet tradi­tion­nel same : une boule de « komsio » qui chasse les mauvais esprits. En géné­ral, on l’offre au nouveau-né. Selon la légende, un hochet fabri­qué à partir d’un os de cygne fait pous­ser les ailes aux pieds de l’en­fant. Ainsi, il pourra s’en­vo­ler en cas de danger.

Les recherches pour créer une race pure .

Juin 1944
On voit encore circu­ler des brochures sur l’avan­ce­ment des recherches en vue de la créa­tion d’une race aryenne parfaite. Ces écrits ont pour objec­tif de stimu­ler l’es­prit de groupe, tout parti­cu­liè­re­ment par les temps qui courent. Un exem­plaire à faire tour­ner passe de gardien à l’autre. Le docteur Mengele a réussi à produire un enfant aux iris parfai­te­ment bleus en lui injec­tant un produit chimique dans les yeux.
Il y a une dizaine de globe oculaire juifs qui traînent en ce moment même à l’ins­ti­tut Kaiser-Wilhem, dans des bocaux en verre, dans une petite vitrine blanche.

L’horreur des camps tenus par les nazis .

Le comman­dant lui avait ordonné, avec l’aide d’un collègues, de ligo­ter le prison­nier aux barbe­lés. Nu. Insectes, morve, mouches et mous­tiques n’avaient pas tardé à recou­vrir son corps. Olavi avec cru voir des mouches du renne, un para­sites qu’il n’au­rait pas cru suscep­tible de s’in­té­res­ser à l’hu­main. Les animaux dévo­raient des yeux, le sang coulait chaque fois que le prison­nier essayait zde les chas­ser, car au moindre mouve­ment les barbe­lés s’en­fon­çaient davan­tage dans sa chair. Les déte­nus et les gardiens, et même le comman­dant suprême, durent assis­ter à ce spec­tacle pendant un certain temps avant d’être auto­ri­sés à se retirer. 
Le type avait survécu jusqu’au lende­main. le matin on l’avait décro­ché. Il puait la merde et la pisse, les œufs pondus par les mous­tiques commen­çaient à éclore. Sa peau était couverte de bosses, de sang, rongée, sucée. Sa bouche ruis­se­lante d’un rouges brillant était le seul élément encore iden­ti­fiables sur son visage défi­guré. Il fut envoyé aux chan­tiers à pied, à vingt kilo­mètres de là. Il avait beau­coup de diffi­cul­tés à marcher et, avant d’avoir parcouru péni­ble­ment une ving­taine de mètres, il s’était affaissé défi­ni­ti­ve­ment. L’un des gardiens avait poussé le corps du bout de sa botte. Pas de mouve­ment. Il avait pris le pouls. Mort.

Édition Buchet-Chas­tel. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Un petit roman bien sympa­thique, sur un sujet qui m’in­té­resse : le créa­tion des « livres des heures » au 15° siècle.

Ces illus­tra­tions sont telle­ment riches et variées ! Je me souviens d’une expo­si­tion dans une biblio­thèque qui m’avait complè­te­ment séduite.

L’au­teure imagine un person­nage fémi­nin (En 2022 ce serait trop banal que ce soit un homme !) qui lutte pour pouvoir deve­nir, elle aussi, comme son grand-père, son père, une artiste en enlu­mi­nures. L’in­trigue est vrai­ment trop atten­due pour moi : sa mère ne veut que la marier et déteste qu’elle veuille deve­nir peintre mais grâce à son grand-père elle finira par s’im­po­ser. La belle Margue­rite va connaître un amour passion pour un « maure » qui passait par là et devra fina­le­ment se marier pour donner un père au bébé qu’elle attend.
L’in­té­rêt du roman réside dans la recons­ti­tu­tion d’une ville Paris qui se remet douce­ment de la guerre de cent ans, et la descrip­tion des tech­niques des colo­ristes qui nous ravissent encore aujourd’hui.

Un roman dont je vais très vite oublier l’in­trigue mais qui m’a fait passer un bon moment dans les ateliers pari­siens d’enluminures.

Citations

La couleur et le Moyen Âge

Les maisons des petites gens sont couleur de bois, de pierre, de boue, de chaume, leur mobi­liers de terre cuite, d’étain, leurs habits d’étoffe non teinte ou si peu. Le Moyen Âge est friand de couleurs vives autant que d’épices. La couleur est l’apa­nage de la nature, de nature divine, des Hommes qui en ont extrait les secrets et de ceux qui peuvent se les payer. Plus elle est vive, satu­rée, plus elle est enviable, enviée. Elle est la marque du puis­sant, de la cathé­drale, du jour de fête et de proces­sion avec ses éten­dards. L’ab­sence de couleur est signe de pauvreté, d’in­si­gni­fiance, d’inexis­tence, de mort.

Le sujet du roman.

Si, comme il se doit, Margue­rite équi­pera son livre d’heures de calen­drier litur­gique, d’ex­traits d’évan­giles, d’un petit office de la Vierge orga­nisé selon les heures cano­niales, elle pren­dra quelques liber­tés. d’autres avant elle en ont prit. Il est commun que le proprié­taire de livres d’heures cherche à renta­bi­li­ser sa mise, car le coût en est très élevé. On y inscrira toutes sortes de choses, des recettes locales de tisanes, d’onguent, en passant par les dates des nais­sances et des morts des membres de la famille. Alors pour­quoi pas des pensées, des échap­pées intime ? Voilà pour le fond . 
Et sur la forme ?
D’aus­tères au XII° siècle, les livres d’heures vont prendre vie, couleurs au fil du temps. Des prières, comme d’une terre, vont en pous­ser s’en­guir­lan­der de branches, de feuilles, de forêts entières.

Édition du Rocher

Curieuse coïn­ci­dence ce roman dont le sujet est l’amnésie est chez moi depuis un certain temps et j’ai complè­te­ment oublié comment il y est arrivé.
William Noone est un pauvre hère, il est recueilli dans un hospice pour indi­gents à Londres en 1889. Le méde­cin qui s’occupe de lui, Oscar Klives, comprend peu à peu que cet homme souffre d’une amné­sie étrange. D’abord, il se croit toujours en 1847 et ne peut expli­quer pour­quoi il a été retrouvé sur les quais de Londres. Et de plus sa mémoire est si défaillante qu’il ne peut la faire fonc­tion­ner que par tranche de quatre minutes. Puis tout s’efface, et il repart à zéro. En revanche tout ce qui s’est passé avant 1847 est très précis dans sa mémoire. Le méde­cin qui le recueille est fasciné par ce cas si étrange . Lui-même a une person­na­lité que nous décou­vri­rons peu à peu : son amour (hélas non partagé !) pour une infir­mière plus humaine que la moyenne de celles qui s’occupent des indi­gents de cet hospice, ainsi que les raisons qui l’ont amené à suivre cette carrière moins glorieuse que celle à laquelle ses brillants études le destinaient.

Il comprend assez vite que le mystère de cette mémoire défaillante doit venir de trau­ma­tismes subis en 1847, date à laquelle tout s’est subi­te­ment effacé pour William Noone.
Il va donc partir au Canada pour pouvoir réécrire la vie de quelqu’un qui n’en a aucun souvenirs.

Ce roman permet de décou­vrir la vraie misère des gens sans ressource à la fin du 19° siècle en Angle­terre ( cela ne doit guère être mieux ailleurs !). On voit aussi la dure condi­tion des marins, mais le sujet prin­ci­pal c’est la souf­france appor­tée par l’amnésie. Jamais le malade qui en est atteint ne peut prendre sa vie en main et à l’époque, comme la méde­cine commen­çait tout juste à essayer de comprendre ce genre de phéno­mène le patient est consi­déré comme respon­sable de ses actes et il finit le plus souvent en prison.
Le roman m’a inté­res­sée sans me passion­ner. La forme peut-être ? Nous décou­vrons cette histoire grâce au cahier person­nel du méde­cin qui distille peu à peu ses confi­dences, sur son amour, le person­nel de l’hospice, le marin amné­sique, et enfin son incroyable recherche vers les trente années qui ont disparu de la mémoire de Willam Noone. Très vite le lecteur comprend qu’il n’y aura pas de solu­tion pour ce pauvre hère et que, fina­le­ment, il a une certaine chance d’avoir oublié certains aspects de sa vie. Alors pour­quoi en faire un roman ? Peut-être pour nous faire décou­vrir cette époque et ceux qui ont été broyés par l’ère indus­trielle. Sans doute, mais j’ai lu des textes plus prenants sur le sujet, tout en lisant atten­ti­ve­ment ce roman je m’y suis ennuyée il manquait un souffle, ma lecture était plus appli­quée qu’interessée.

Citations

Les hospices anglais en 1880.

Chaque matin, ce sont plusieurs nouveaux spéci­mens de cette triste race qui attendent en silence, le regard éteint, sur le banc du couloir reliant mon cabi­net à celui d’Ir­vin Owen, mon adjoint. et qu’at­tendent-ils ?… Leur tour de passer la visite médi­cale avant d’être conduit aux douches comme du bétail à l’abat­toir ; le moment de se lais­ser dépouiller de leurs hardes et du peu qu’il leur reste, en échange de cet uniforme de pension­naires qui sera la livrée de leur indi­gnité. À vrai dire, ils n’at­tendent plus rien 

Observation logique est elle vraie ?

J’en suis pour ma part venu à la conclu­sion que la folie naît et se forti­fie de son propre déni ; que ce chancre de l’âme se nour­rit prin­ci­pa­le­ment de l’hor­reur qu’il inspire ; ou, pour le dire autre­ment, que le fou ne devient (vrai­ment) fou que parce que l’im­pos­si­bi­lité psycho­lo­gique dans laquelle il se trouve de s’avouer qu’il dérai­sonne l’ac­cule à sacri­fier des pans toujours plus larges de la réalité à sa lubie initiale, exac­te­ment comme le menteur après un premier mensonges est contraint d’en inven­ter d’autres, toujours plus emberlificotés.

Mémoire et imagination.

Sir Herbert insiste longue­ment sur les rapports étroits qu’en­tre­tiennent ces deux facul­tés de l’es­prit humain, tradi­tion­nel­le­ment tenues pour distante par la philo­so­phie clas­sique, que sont la Mémoire et l’Ima­gi­na­tion. Il y a une part d’ima­gi­na­tion dans tout ce qui nous vient de notre mémoire, comme une part de mémoire dans tout ce que crée notre imagi­na­tion, écrit-il. Et, pour suit-il, ces apports respec­tifs sont si bien mélan­gés dans notre esprit que la ques­tion de savoir laquelle de ces deux faculté s’exerce en nous à un moment donné et bien moins évidente qu’on ne poyr­rair le penser au premier abord.

Les riches anglais.

Ce gent­le­man se trou­vant néan­moins fort occupé par les prépa­ra­tifs de son prochain voyage ‑fort occupé comme tous ceux que leur nais­sance et leur patri­moine dispensent de travailler : à croire que l’oi­si­veté est la plus appa­rente des conditions. 

Le Canada.

Comme toute cette grande et forte nature n’a que peu à voir avec celle si fami­lière et domes­ti­qué de mon cher Devon ! C’est ici le royaume des sapins et des épinettes, des bises sifflant dans les cimes, des eaux glacées même en été. C’est ici le royaume des saumons remon­tant à toute force les torrents pour frayer … et des indus­trieux castor… et des paisibles élans. C’est ici le royaume des innom­brables oiseaux de la créa­tion : fous blancs planant dans le ciel bleu, autours qui hantent les forêts, tant d’autres dont je ne sais pas les noms ! Malgré leurs trains et leurs gares, malgré leurs pauvres petites villes dissé­mi­nées de loin en loin, on sent bien que les hommes ne sont point ici chez eux. Du moins pas les hommes que je connais, ceux qui portent des montres dans leurs gous­sets et qui ont depuis long­temps perdu l’ha­bi­tude de se régler sur le lever et le coucher du soleil, ceux qui n’ont jamais eu besoin d’at­tra­per ou de faire sortir de terre ce qu’ils mangent mais toujours de trom­per leur ennui au club, au théâtre, au cabaret.

L’oubli.

Quand les vivants qui ont connu les morts meurent à leur tour, quand plus aucun d’entre-eux n’est là pour entre­te­nir leurs tombes et hono­rer leur mémoire, ces morts du temps passé meurent une seconde et dernière fois. Peu de temps sépare la mort orga­nique de cette seconde mort défi­ni­tive qui est la vrai et dont le nom est l’Ou­bli – une géné­ra­tion à peine , l’homme est si peu de choses 


Édition Belfond

Traduit de l’an­glais (Irlande) par Sarah Tardy

Quel merveilleux roman, comme je comprends le coup de cœur unanime du lecteur et des lectrices de mon club de lecture ! Cette plon­gée dans l’An­gle­terre de la fin du XVI° siècle est abso­lu­ment captivante.
Nous sommes à Strat­ford avec un petit garçon Hamnet qui part à la recherche de sa mère Agnes car sa sœur jumelle Judith est subi­te­ment très malade. Petit à petit nous allons connaître toute la famille et comprendre vers le milieu du roman que le père de ce petit garçon est William Shakes­peare. L’au­teure a redonné vie à la famille de ce génie, en parti­cu­lier à son épouse. On se soucie assez peu de savoir si la vérité histo­rique est respec­tée, car si tout n’est pas vrai tout est vrai­sem­blable. Nous vivrons donc avec une femme qui sait soigner avec des plantes mais qui ne pourra rien quand son adorable petit garçon sera pris par la terrible peste qui va rava­ger Londres et ses envi­rons. L’au­teur raconte une façon très plau­sible l’ar­ri­vée de cette terrible mala­die en Angle­terre. De la même façon, l’au­teure nous plonge dans une vie de village agri­cole avec ses tensions et ses riva­li­tés, la dureté de la condi­tion des femmes le peu de chance de survie des nouveaux nés. Et le grand Shakes­peare dans tout cela ? Il fuira une vie trop étri­quée à Strat­ford sous la férule d’un père violent et malhon­nête, pour monter des pièces de théâtre à Londres. Mais est- ce un hasard si sa pièce la plus célèbre s’ap­pelle Hamlet ?

En tout cas, c’est cette tombe de Strat­ford portant l’in­di­ca­tion d’un très jeune enfant (Hamnet) qui a inspiré ce roman à Maggie O’Far­rell et ce qui m’a le plus éton­née à la lecture de ce roman que je ne peux que vous conseiller c’est à quel point je n’avais nulle envie de véri­fier si cela corres­pon­dait du peu que l’on sait sur la vie de William Shakes­peare. Je suis partie pour quelques jours en Angle­terre, au XVII° siècle, et j’ai partagé avec cette femme la douleur de perdre un enfant tant aimé .

Cette auteure irlan­daise a visi­ble­ment un talent très étendu , il y a, cepen­dant, un fil conduc­teur entre les trois romans que j’ai lus : la condi­tion de la femme en 1666 pour « Hamnet », une femme recluse dans un asile pour alié­nées au début du XX° siècle pour L’étrange dispa­ri­tion d’Esme Lennox , la vie d’une femme face à la mala­die dans « I Am I Am » .

Citations

Le père violent.

Depuis toujours, il vit avec l’im­pres­sion de sentir sa main calleuse se refer­mer sur le haut de son bras, là où la chair est tendre, cette force inéluc­table qui le cloue et permet à son père de faire pleu­voir les coups de son autre main, encore plus puis­sante. La sensa­tion d’une claque qui vous sonne, arri­vant d’en haut, impré­vi­sible et cinglante ; la brûlure de l’ou­til en bois qui déchire la peau derrière les jambes. L’in­croyable dureté des os de la main adulte, l’ex­trême souplesse et douceur de la chaire de l’en­fant, la faci­lité avec laquelle ploient, se contraignent ces jeunes os inache­vés. Et la fureur à sec, en veilleuse, ce senti­ment d’im­puis­sance dans l’hu­mi­lia­tion qui imprègne ces longues minutes d’acharnement.

L’autre sujet du livre : la peste.

Puis son regard tombe sur un gonfle­ment, à la hauteur de son cou. De la taille d’un œuf de poule frai­che­ment pondu. Douce­ment, elle pose ses doigts dessus. La boule est moite, semble gorgée d’eau, comme de la terre détrem­pée. Elle dessert le col de sa robe, défait ses boutons. D’autres œufs se sont formées par des aisselles, certains petits, d’autres plus gros, hideux, comme des bulbes qui lui tirent la peau. 
Cette image, Agnès l’a déjà vue, rares sont ceux en ville, ou même dans le pays, à igno­rer à quoi ressemblent ces choses. Elles sont ce que les gens redoutent plus ce qu’ils espèrent ne jamais voir, ni sur leurs propres corps ni sur celui des autres qu’ils chérissent. Si grande est leur place dans les peurs collec­tives qu’A­gnès peine à croire ce qui se trouve sous ses yeux, qu’il ne s’agit pas une hallu­ci­na­tion, d’un tour que lui joue son imagination

Joli passage sur les jardins.

Les jardins sont des lieux intran­quilles ; une dyna­mique les anime toujours. Les pommiers tendent leurs branches jusqu’à les faire dépas­ser du mur. Les poiriers donnent la première année et la troi­sième, mais pas la deuxième. Les soucis déploient leurs pétales vifs, infailli­ble­ment, chaque année, et les abeilles quittent leurs cloches pour flot­ter au dessus du tapis de fleurs et plon­ger dans les corolles. Les bosquets de lavande dans le parterre, finissent par s’emmêler, par donner du bois ; Agnès les taille et conserve des tiges, les mains impré­gnées de leur parfum capiteux.

La mort d’enfants .

Ce qui est donné peut être repris, à n’im­porte quel moment. La cruauté et la dévas­ta­tion vous guettent, tapies dans les coffres, derrière les portes, elles peuvent vous sauter dessus à tout moment, comme une bande de brigands. La seule parade est de ne jamais bais­ser la garde. Ne jamais se croire à l’abri. Ne jamais tenir pour acquis que le cœur de vos enfants bat, qu’ils boivent leur lait, respirent, marchent, parlent, sourient, et se chamaillent, jouent. Ne jamais, pas même un instant, oublier qu’ils peuvent partir, vous être enle­vés, comme ça, être empor­tés par le vent tel le duvet des chardons..

Édition Gras­set

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Genre de phrases que j’aimerais retenir :

Pas plus qu’elle n’ar­rête les guerres, la morale ne désarme la violence.

Cet auteur dédie son livre à son profes­seur de latin de sixième qui lui a donné la passion de cette langue et de la civi­li­sa­tion romaine. J’ai tant souf­fert sur les versions latines et je n’ai trouvé aucun charme aux textes de Cicé­ron (le Pois-Chiche) que j’ai commencé ce roman avec une grande envie qu’il me plaise : enfin un homme érudit allait régler son compte à celui qui avait assom­bri ma scola­rité. Effec­ti­ve­ment Cicé­ron n’en ressort pas grandi, c’est le moins qu’on puisse dire : en se donnant l’air de défendre la Répu­blique il ne cher­chait qu’à se remplir les poches de la pire des façons : Provo­quant des guerres civiles pour pouvoir jouer des uns contre les autres, offrant ses services de grands orateurs au plus puis­sant, passant de Pompée à César puis à Marc Antoine sans aucun scru­pule. Ce qui fina­le­ment créera sa perte (oui pour une fois je peux racon­ter la fin, elle est dans tous les livres d’his­toire !) c’est la première turpi­tude qu’il a commise : il sera assas­siné à son tour pour avoir exécuté sans juge­ment des patri­ciens qui avaient soutenu Catalina.

Pour nous faire revivre cette époque l’au­teur crée un philo­sophe grec, Metaxas, ami de Clodius, qui lui a existé. Cet homme le fait venir pour dénon­cer les manœuvres de Cicé­ron et écrire des discours aussi brillants que ceux du « pois chiche » qu’il déteste de toute ses forces. Rome cette superbe, fasci­nante et si dange­reuse cité va revivre pendant trois cent pages. Comme moi, vous serez touchés par le sort des esclaves, vous serez dégoû­tés par les orgies romaines, vous serez étouf­fés par les complots poli­tiques , vous détes­te­rez Cicé­ron mais, hélas, vous compren­drez pour­quoi la civi­li­sa­tion grecque qui est telle­ment plus belle n’a pas résisté à l’or­ga­ni­sa­tion des armées romaines.
J’ai beau­coup aimé ce roman histo­rique, s’il n’a pas reçu cinq coquillages, c’est que je trouve qu’il demande une culture latine très pous­sée. Je consul­tais sans arrête Wiki­pé­dia pour m’y retrou­ver, et au bout d’un moment je confon­dais tous les person­nages, et puis, tant de sang versé a fini par me dégoûter.

Je conseille à toutes celles et tous ceux qui ont été inté­res­sés par la civi­li­sa­tion latine et grecque (et qui malgré cela ont eu de mauvaises notes aux version des textes de Cicé­ron !) de lire ce roman histo­rique et savou­rer l’éru­di­tion de cet excellent écrivain.

Citations

Portrait d’un centurion romain.

Leur chef s’est appro­ché, de la démarche lourde et pesantes d’un cyclope. Un parfait physique de mauvaise nouvelle. Crotté par le voyage, velu et sombre, on aurait dit le fruit du croi­se­ment entre un gladia­teur et une femelle ourse. Je pense qu’il s’agis­sait d’un décu­rion mais je confonds les grades romain et, s’il en affi­chait un, la pous­sière l’avait effacé. Sortait-il d’un grenier ou d’un cachot ? Mystère. Quand il s’est planté devant moi, je me suis levé. Seule la table nous sépa­rait. Surtout ne pas faire mon malin. Face à ce spéci­men, même Thémis­tocle aurait frémi. Je lui arri­vait à l’épaule. Son cou et ses bras avaient l’épais­seur de mes cuisses. Sa paupières s’abais­sait lourde comme un bouclier pour déli­vrer, excé­dée, le plus clair des messages impli­cites : moi, brave romain, vaillant, résolu, simple et intré­pide, vais devoir m’adres­ser à cette petite chose grecque, pensante, jacas­sante et raison­nant. Ces bêtes mal dégros­sies prennent Athènes pour le satin dont Rome double ses cuirasses.

Rien ne change .

Il me tutoyait, en latin bien sûr. Ce genre d’oc­cu­pant ne se fatigue pas à apprendre la langue des gens qu’il commande. Ni à employer leurs formules de politesse.

Le mauvais goût romain .

Une cohorte de statues encom­brait l’im­mense atrium où l’on me fit entrer. Les romains en font toujours trop. On se serait cru dans le vestiaire des jeux olym­piques. Ou, pire, chez un marchand. Il ne manquait que l’éti­quette des prix.

Quel humour : les rapports avec sa femme et la religion.

Avant de m’ame­ner à lui ( au capi­taine du bateau), Tchoumi à exigé qu’on se rende dans un petit temple dédié à Poséi­don. Je n’avais rien à lui refu­ser et me suis plié au rituel par gentillesse. Les dieux ne m’in­té­ressent pas. S’ils ont voulu les malheurs des hommes ils sont méchants. S’ils ne les ont pas prévus, ils sont incom­pé­tents. S’ils n’ont pas pu les empê­cher, ils sont impuis­sants. À quoi servent-ils ? Nul ne le sait et je n’en fais jamais un sujet de cours. Ces histoires de person­nages qui se trans­forment en taureaux, en cygnes ou en nuages, c’est du Homère, de la fantai­sie, de la litté­ra­ture… De là à discu­ter les ordres de Tchoumi, il y a un gouffre. Avec un courage de lion, je finis toujours par dire oui.

Rome cosmopolite .

La ville atti­rait toute la médi­ter­ra­née. On ne cessait de croi­ser des burnous, des caftans et des blouses. Dans certaines auberges, personne ne parlait latin, on enten­dait que de l’hé­breu, du grec ou de l’his­pa­nique. Venus du bout du monde, des fleuves de pièces d’or roulaient entre portiques et colon­nades, temples et basi­liques. Des rues sentaient le safran, d’autres la semoule égyp­tienne. Où qu’on soit, on était aussi ailleurs.

Le sort des esclaves .

La meilleure chose qui puisse arri­ver à un esclave est d’en­trer dans une écurie de gladia­teurs… Mais la plus part des autres, je parle de centaines de milliers d’autres, vivent à la campagne sur les grands domaines de l’aris­to­cra­tie. Et là, crois moi, c’est l’en­fer. On les bat, on les accable de travail, on les humi­lie et parfois on les affame. L’hi­ver, il meurt de froid, l’été il grille au soleil. Le sort des gladia­teurs les fait rêver.

La richesse.

La richesse « saisit » ceux qui l’ob­servent. Je ne me lassais pas de cette famille instal­lée à la meilleure place du monde pour y camper natu­rel­le­ment jusqu’à la fin de ses jours. Une sorte de grâce émane de ces fortunes venues de loin dans le passé. Rien de nouveau riche dans leur manière, encore moins d’avare, juste une dila­pi­da­tion natu­relle, perma­nente, légère et désin­volte de fonds perçus comme inépui­sables. Leurs héri­tiers regardent sans émotion l’or filer comme l’eau dans le sable.

Et c’est toujours vrai non ?

. Lyan­nos, mon banquier, est passé. il a expli­qué avec candeur son métier :« J’aide les riches à s’en­ri­chir et les pauvres à s’endetter. »

Portrait de Marc Antoine .

Et je dois dire que l’homme resplen­dis­sait. jeune et souriant, il avait le charme du guer­rier joyeux qui vous tranche la tête sans malice, massacre un village comme on récolte un champ, n’en fait pas un drame et rentre au bivouac finir la soirée avec ses camarades.

Fin du roman : portrait de Cicéron .

Cicé­ron avait un défaut impar­don­nable : chez les autres, il voyait d’abord les faiblesses et les défauts. Ensuite les avan­tages qu’il en tire­rait. Quand on lui arra­chait son masque, on tombait sur un autre. Le temps malheu­reu­se­ment ne révé­lera jamais son vrai visage. Au lieu de rester pour ses érein­te­ments et ses flagor­ne­ries, il écra­sera la posté­rité sous le poids d’écrits médiocres qu’il prenait pour de la philo­so­phie. On le citera en modèle. Ce sera son plus grand exploit : sous sa plume, l’His­toire aura été écrite par celui qui a perdu. Ce mensonge incar­nera pour toujours la vérité. Que c’est triste ! Que c’est injuste !


Édition Anne Carrière.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Il y a quelques tradi­tions qui ont survécu au Covid : le mois de juin de notre club de lecture est consa­cré au roman histo­rique et voici un roman qui avait donc toute sa place . J’avais déjà lu un livre de cet auteur « La déesse des petites Victoires » . Domi­nique qui m’avait déjà conduite vers cet auteur a beau­coup aimé ce roman. et je vous conseille de lire son billet si bien illustré.

Je souligne l’in­croyable talent de cette auteure (oui, Yanick est aussi un prénom fémi­nin), elle m’avait bien inté­rés­sée à la période vien­noise d’avant la guerre et au psychisme trou­blé d’un génial mathé­ma­ti­cien. Et me voilà partie avec elle pendant plusieurs jours dans un couvent de Provence, dans lequel des femmes à force d’ob­ser­va­tion et de dévoue­ment arrivent à amélio­rer le sort des malades, elles herbo­risent , elles classent leurs obser­va­tions et soulagent le mieux qu’elles le peuvent.
Seule­ment voilà : des femmes se mêlent de méde­cine ! on voit tout de suite le danger. Ne sont elles pas aidées par le diable ? Ne sont elles pas elles-mêmes des sorcières ?

L’in­trigue tota­le­ment imagi­naire repose sur une recherche très poin­tue sur la réalité de l’époque. En 1584 à l’aube du 16° siècle une chappe de suspi­cion s’abat sur la chré­tienté : entre les protes­tants héré­tiques et l’uni­ver­sité qui ne doit trans­mettre la science qu’aux hommes, la condi­tion de la femme est pire que jamais . Elles sont comme la jeune Gabrielle prise dans un terrible piège , elles ne pour­ront jamais s’ins­truire elles pour­ront à peine être dégros­sies dans des couvents qui leur apprennent l’obéis­sance et la foi en Dieu.

Dans ce couvent situé non loin de Vence, l’évêque aime­rait faire main basse sur les reve­nus que procure la vente des baumes prove­nant des plantes (les simples) récol­tées par les nonnes. Ce projet pure­ment mercan­tile provoque une catas­trophe qu’il est bien inca­pable de contrô­ler d’au­tant plus qu’il est lui-même grave­ment malade.
Plusieurs intrigues se mêlent : le destin d’un cadet de grande famille à qui on impose la prêtrise puis­qu’il n’hé­ri­tera rien de la fortune de la famille ; La vie dans le couvent et les intrigues entre les sœurs qui n’ont rien à envier aux pires séries télé­vi­sées. Vous connais­sez « Orange is the new black » et bien Le couvent de l’ab­baye de Notre Dame du Loup c’est ça en pire !

Enfin il reste Gabrielle qui n’a qu’un but dans la vie s’ins­truire et lire autant qu’un homme qui veut deve­nir méde­cin peut le faire, Elle aura un rôle déci­sif dans la catas­trophe finale.

J’ai aimé ce roman et je ne doute pas du coup de coeur qu’il va rece­voir à notre club, mais j’ai quelques réserves sur la longueur et le foison­ne­ment des person­nages. C’est une diffi­culté que je rencontre souvent : quand je sais que le livre va mal se finir j’ai parfois envie que ça aille plus vite, car on sent bien que rien n’ar­rê­tera le malheur qui se met en place .

Je salue le talent de cette écri­vaine et comme elle, je suis si triste de me rendre compte de tous les malheurs et souf­frances par lesquelles sont passées les femmes avant de pouvoir simple­ment exister .

Citations

Les couvents au 16°siècle.

Fleurs est oblate, une enfant consa­crée à Dieu et donnée par son père aux louven­tines. Sans dot, elle ne devien­dra jamais sœur de chœur comme sœur Clémence, elle pren­dra le voile brun des converses. « Ora et Labora », prière et travail, elle suivra la règle de Saint-Benoît parmi les Marthe, les servantes de Dieu payant par le labeur son ses jours dans Sa citadelle.

L’odeur des nonnes.

Les moniale ne peuvent faire grande toilette que deux fois l’an et elles n’ont pas le droit aux senteurs. Une rota­tion de prin­temps s’im­po­se­rait, car leurs robes puent le rance et la blan­cheur de leur guimpe n’est plus qu’un souve­nir. Elles respirent peut-être la sain­teté, mais, d’évi­dence, pas la rose.

La mortalité enfantine.

Sur les enfants nés, l’un sera déformé de tares, l’autre bleui par le passage forcé, un troi­sième emporté par la mort du septième jour, le corps si raide qu’il ne respira plus, et les autres, s’ils ne sont pas étouf­fés dans le lit commun, seront mois­son­nés par les grandes diar­rhée des mois chauds.
Peu de resca­pés attein­dront leur quatrième années comme Titino, car vien­dront pour eux roséole, rougeotte et fièvre écar­late, coque­luche et orillon. Pour dépas­ser la dizaine, ils devront échap­per aux roues des char­rettes, aux sabots des chevaux, aux crocs des chiens et aux dents des porcs, à la rivière au calme trom­peur, aux braises où tomber, aux faux où se couper, au coups du père, au méchan­ceté de la mère tout ça parce qu’eux même n’ont pas connu de meilleurs soins.

Cadeau des éditions Seuil

J’avais déjà bien aimé Ciel d’acier, je ne savais pas grand chose avant cette lecture sur la construc­tion des buil­dings de New York. Je n’ai donc pas hésité à accep­ter de lire et commen­ter ce nouveau roman de Michel Moutot car je savais que l’auteur saurait me faire parta­ger ses connais­sances tech­niques sur les grands chan­tiers qui ont trans­formé les paysages aux États Unis.

Ce n’est pas un roman linéaire chaque chapitre commence par une date et un lieu, je me suis habi­tuée petit à petit à cette lecture écla­tée en compre­nant assez vite qu’un moment tout allait conver­ger en un seul point : la fin de la construc­tion de la route qui relie San Fran­cisco à Los Angeles traver­sant des contrées splen­dides mais si peu accessibles.

Les person­nages tournent tous autour de cette route pour laquelle il a fallu arra­ser des montagnes, creu­ser dans la roche construire des ponts en employant une main d’œuvre si peu consi­dé­rée. Il faut dire que ce grand pays était en crise et que le chômage était tel que personne n’était très regar­dant ni les employeurs ni les ouvriers qui étaient réduits à la mendi­cité. Nous allons suivre le destin de Will Trem­blay un enfant choyé par ses parents adop­tifs et qui devien­dra ingé­nieur de travaux publics. Il commen­cera sa carrière par la construc­tion d’un barrage à Boul­der. Cette construc­tion causa la mort de nombreux ouvriers en parti­cu­lier ceux qui creu­saient des tunnels de déri­va­tion car la compa­gnie ne voulait pas perdre de temps pour faire des aéra­tions dans les tunnels.

Will préfè­rera démis­sion­ner plutôt que couvrir ces crimes au nom du profit. Son père qui avait été tota­le­ment ruiné par la crise de 29 l’a suivi en Cali­for­nie mais hélas, il gagnera sa vie comme crou­pier et refu­sera de faire des combines malhon­nêtes, il le paiera de sa vie. Will se retrou­vera donc sur la construc­tion de la « Route ONE ». Tous ces grands chan­tiers nous permettent de voir l’en­vers du décor de ses superbes réali­sa­tions tech­niques. La misère qui a jeté sur les routes des milliers d’Amé­ri­cains ruinés est très bien décrite et c’est parfois à peine supportable.

Nous suivrons aussi une famille de Mormons qui fuit les lois qui empêchent la poly­ga­mie et qui a créé un ranch dans cet endroit qu’elle croyait inac­ces­sible. Nous allons parta­ger leur vie et connaître aussi des Indiens qui eux ont vrai­ment tout perdu : leur pays et surtout ne peuvent plus vivre comme ils le faisaient avant en harmo­nie avec la nature. Lorsque la route avance nous sommes avec le descen­dant du Mormon qui a créé ce ranch et celui-ci met toute son éner­gie à empê­cher la construc­tion de la route. Au début nous pensons qu’il veut simple­ment proté­ger les siens du regard des autres mais très vite nous compre­nons qu’il s’agit aussi de proté­ger sa fortune. Nous décou­vrons alors les mœurs des Mormons et c’est loin d’être la vie para­di­siaque présen­tée dans une des séries améri­caines, les femmes sont malheu­reuses et soumises et les enfants sont endoc­tri­nés dès leur plus jeune âge .

Le roman permet aussi de voir à quel point la société de cette époque était corrom­pue, comment de la prison les chefs de la mafia pouvaient se faire de l’argent en volant les four­ni­tures des gros chan­tiers des travaux publics, nous passons même un petit moment avec Al Capone dans la prison d’Alcatraz.

Un roman foison­nant et je devais sans cesse me repor­ter à la tête de chapitre pour m’y retrou­ver mais c’est aussi un roman fort bien docu­menté qui permet de connaître un peu mieux les États-Unis sous un regard critique mais objectif.

Citations

Paysage de Californie en 1848.

Arrivé au sommet d’un petit mont, il embrasse du regard une côte décou­pée, des rocher sombre où s’ac­crochent des cyprès tortu­rés par les vents du large, des succes­sions d’îlots et de récifs sur lesquels se brisent, dans des gerbes d’écume, les vagues du Paci­fique. Les rayons du soleil, à travers les milliards de parti­cules dorées, nimbe le paysage d’une lumière irréelle. Plus loin, ils devine des aligne­ments de falaises, succes­sion de montagnes couvertes de forêts de pins et de séquoias. Par endroits, là où s’en­gouffre la furie des tempêtes océane, des prai­ries sont pique­tées d’ar­bustes nains, comme plaqués au sol par la main d’un géant.

1848 les rares Indiens survivants.

Wild Bear -« Ours sauvage »- comprend l’an­glais, le parle mal mais assez pour racon­ter que ses ancêtres ont, pendant la colo­ni­sa­tion espa­gnole, échap­per à l’en­rô­le­ment et au travail forcé dans la mission san Carlos de Carmel en se cachant dans les montagnes. Des géné­ra­tions de fugi­tifs ont survécu dans les replis de la sierra en été, au creux de criques secrètes sur la côte en hiver, refu­sant le contact avec ces prêtres et ces colons espa­gnols, puis mexi­cains, qui avaient l’amour de leur Dieu a la bouche et l’épée à la main. Pauvres, affa­més, crain­tifs, misé­rables mais libres, heureux parfois, à l’abri de ces démons et de leurs grandes croix, gibets, prêches, inter­dits, fouets et mala­dies étranges qui ont qui ont presque rayé les indiens Esse­len du monde des vivants.

Une adoption réussie .

« Rien de trop beau pour mon Willy. Diplômé, mon fils. Et avec avec les honneurs. En route pour l’uni­ver­sité, des études d’in­gé­nieur. Mon dieu, si sa mère pouvait le voir, si Helen était encore parmi nous… Comme elle serait fière de son petit orphe­lin… Ce garçon­net au regard de chiot inquiet que nous avons décou­vert dans le bureau du direc­teur de St Cloud’s, que nous avons adopté, nourri, protégé, aimé, à nous en faire explo­ser le cœur. Pour­quoi n’est-elle pas à mes côtés pour le voir, grand adoles­cent musclé, presque un jeune homme, sourire de miel, jambes d’ath­lète et bras de statues grecque ? Quelle injustice ! »
Will n’évoque pas souvent son souve­nir. Son père s’en éton­nait un peu, au début. Mais quatre ans ont passé, c’est ainsi qu’il calme sa peine. Il apprend à vivre sans elle, de tourne vers l’ave­nir, et c’est bien. Tous deux regardent parfois, au moment du dîner, la photo enca­drée sur le mur de la cuisine, où ils sont tous les trois sur la plage, en tenue de bains. Son père pose la main sur son épaule. Il sourit, ne trouve pas les mots. Lui non plus. Elle est là, entre. Pas besoin de parler.

Les Indiens en 1850.

Ils n’ont aucun docu­ment d’iden­tité, aucune exis­tence légale, descen­dants des premiers habi­tants de ces montagnes Trans­for­mée par l’ar­ri­vée des conquis­ta­dors en clan­des­tins, fuyards perpé­tuels, pros­crits sur les terres de leurs ancêtres. S’ils connaissent chaque sentier, chaque ruis­seau et chaque séquoia géant, qu’ils traitent et honorent comme des divi­ni­tés, s’ils prédisent l’ar­ri­vée d’une tempête ou quand se lèvera le brouillard de mer, ils n’ont aucun droit face à l’ad­mi­nis­tra­tion nais­sante de l’État de Californie. 

Édition Quai Voltaire , Traduit de l’anglais par Jean­nette Short-Payen

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Une petite plon­gée dans le monde abbayes du début du XVII° siècle, après la mort du roi Henry IV, dans un couvent de nonnes où l’ac­cu­sa­tion de sorcel­le­rie n’est jamais bien loin et permet tous les abus. C’est un récit assez compli­qué, une histoire de vengeance imagi­née par un cerveau supé­rieur et féroce, un certain Guy Le Merle qui a été humi­lié dans sa jeunesse par un évêque tout puis­sant. Pour mener à bien sa vengeance, il doit utili­ser les capa­ci­tés de celle qu’il appelle mon Ailée parce que (du temps où elle était saltim­banque) elle se prome­nait sur des fils tendus dans les airs. Celle-ci a trouvé refuge dans un couvent pour élever sa fille Fleur et pendant quatre ans, elles mène­ront toutes les deux une vie paisible sous l’au­to­rité d’une mère supé­rieure dont l’es­prit de charité faisait régner un certain bonheur dans cette abbaye de l’île de Noir­mou­tier, c’est amusant de voir une région que l’on connaît bien vivre sous la plume d’une auteure étran­gère et situer ces descrip­tions au XVII° siècle , le passage du « Goa » aura évidem­ment son impor­tance ! Il faut dire que l’au­teure à une mère fran­çaise elle a peut-être passé des vacances dans cette région.

Pour parve­nir à ses fins, Le Merle dissi­mulé sous les traits d’un prêtre va utili­ser une toute jeune nonne qu’il va mettre à la tête de cette abbaye, celle-ci voit le diable partout et les pauvres sœurs iront de châti­ment en châti­ment. Cette nonne est en réalité la soeur de l’évêque dont il veut se venger. Je m’ar­rête là pour ne pas trop en dire sur le suspens qui sous-tend ce récit. Tout le charme de ce roman vient de ce qu’on ne sait pas jusqu’à la dernière page si le person­nage du « Merle » est unique­ment cruel et s’il est capable d’amour pour son « Ailée ». J’ai trouvé cette histoire de vengeance bien compli­quée et si j’ai retenu ce roman c’est plutôt pour la descrip­tion de la vie des nonnes dans les abbayes, mais je reproche aussi à l’au­teure de voir tout cela avec des yeux de femmes du XXI° siècle pour qui faire la diffé­rence entre la foi et la crédu­lité est si facile à faire. C’est un roman histo­rique qui éclaire d’un œil sans complai­sance la reli­gion du XVII° siècle et la condi­tion des femmes dans les couvents, et rien que pour cela il peut vous plaire.

Citations

La fondation des abbayes.

Fondée il y a quelques deux cent ans par une commu­nauté de frères prêcheurs, l’ab­baye est très vieille. Elle a été payée grace à l’unique devise qui a court pour l’église : la crainte d’être damné. En ces temps d’in­dul­gence et de corrup­tion, une famille noble ne pouvaient assu­rer sa posi­tion dans le royaume qu’en atta­chant son nom à une abbaye.

Des propos qui sentent le XXI° siècle plus que le XVII° mais c’est très bien dit.

Je n’ai jamais cru en Dieu.En tout cas, pas à celui auquel nous avons l’ha­bi­tude de nous adres­ser, ce grands joueur d’échecs qui, de temps en temps, baisse le regard vers son échi­quier, déplace les pièces selon les règles connues de lui seul et daigne regar­der son adver­saire bien en face et avec le sourire du grand maître qui sait d’avance qu’il va gagner la partie. Il doit y avoir, me semble-t-il une horrible paille dans l’es­prit de ce créa­teur qui s’obs­tine à mettre ses créa­tures à l’épreuve jusqu’à ce qu’il les détruise, qui ne leur accorde un monde regor­geant de plai­sir que pour l’heure annon­cer que tout plai­sir est péché, qui se complaît à créer une huma­nité impar­faite mais s’at­tend à ce qu’elle aspire à l’in­fini perfec­tion ! Le Démon, au moins, joue franc-jeu, lui. Nous savons exac­te­ment ce qu’il veut de nous. Et pour­tant, lui-même, le Malin, le Génie du mal travaille secrè­te­ment pour l’Autre, le Tout Puis­sant. À tel maître, tel valet.

Toujours l’effet des connaissance d’aujourd’hui sur une description du passé .

Je leur ai recom­mandé d’évi­ter les jeûnes exces­sifs, de ne boire que l’eau du puits et de se laver au savon matin et soir. 
» À quoi cela pourra-t-il bien servir ? » a demandé soeur Thoma­sine en enten­dant ce conseil. 
Je lui ai expli­qué que parfois des ablu­tions régu­lières empê­chaient les mala­die de se propager. 
Elle a eu l’air un peu convain­cue de cela. « Je ne vois pas comment ! a‑t-elle dit. Pour éloi­gner le démon, ce n’est pas d’eau propre et de savon dont on a besoin, c’est de l’eau bénite ! »

Édition « roman­Bel­fond » . Lu dans le cadre de masse critique de Babelio

Mais pour­quoi diable me suis-je lais­sée tenter par ce titre ? En lisant la présen­ta­tion, j’ai cru que j’allais décou­vrir un aspect que je connais­sais mal de la carrière de Clark Gable à savoir, son enga­ge­ment dans l’aviation pendant la seconde guerre mondiale. J’ai été élevée par une mère qui adorait cet acteur et j’ai partagé son enthou­siasme pour le célèbre film « Autant en emporte le Vent » , et à mon tour j’ai fait aimer ce film à mes filles. Je me suis pâmée d’amour pour Rhett Butl­ler mais je dois dire plus dans le roman que dans le film. (Tant pis pour Clark !)
Bien sûr ce roman parle de Cark Gable, mais le prin­ci­pal sujet de ce récit c’est le projet qu’aurait eu Hitler de s’emparer de ce célèbre acteur pour renfor­cer le pres­tige du troi­sième Reich et de son Führer. Le début de l’en­ga­ge­ment de l’ac­teur dans l’avia­tion améri­caine doit être assez proche de la réalité, mais son aven­ture en France et en Alle­magne est de la pure fiction. Ce n’est là que pour permettre à l’au­teur quelques chapitres sur la résis­tance fran­çaise et tout le roman est construit ainsi, un mélange de la réalité histo­rique avec une fiction digne d’un film de guerre Holly­woo­dien, c’est sans doute ce que voulait l’au­teur, peut-être que d’autres que moi accep­te­ront son parti pris.
L’auteur part dans une succes­sion d’aventures avec, comme arrière fond, les horreurs de la guerre menée par les nazis. Le mélange de la réalité histo­rique et de la fiction m’a mise très mal à l’aise. Les aven­tures d’Eva Braun avec un bel offi­cier SS m’ont semblé être une entre­prise de raco­lage pour pimen­ter un peu plus les récits habi­tuels sur ce qu’il se passait dans l’entourage d’Hitler, les diffé­rentes scènes sexuelles n’ont pas d’autre inté­rêt selon moi.
À partir de ce moment, je me suis déta­chée du projet de l’écrivain et tout me semblait faux, je lui en voulais d’avoir pris ce cadre histo­rique chargé des horreurs les plus insou­te­nables de l’his­toire de l’hu­ma­nité, pour donner vie à son imagi­na­tion. Tout ce qu’il raconte : la bataille de Stalin­grad, l’extermination des popu­la­tions juives dans les pays baltes, la consom­ma­tion de drogue par Hitler tout cela est vrai et est connu mais se servir de ce décor pour une histoire d’amour entre Eva Braun et son bel offi­cier, pour imagi­ner la capture puis l’évasion de Clark Gable c’est pour moi à la limite de l’indécence.
Bref un flop total et je retrouve ma ques­tion du début : Pour­quoi me suis-je lais­sée tenter ?

Citations

La pervitine

Déve­lop­pée dès l’au­tomne 1937 par la firme phar­ma­ceu­tique Temm­ler, la Pervi­tine a d’abord été acces­sible à toute la popu­la­tion alle­mande sans restric­tion. On la trouve alors au coin de la rue, dans son offi­cine habi­tuelle. Par la suite, elle est massi­ve­ment distri­buée aux soldats de la Wehr­macht qui, en atta­quant la Pologne puis la France avec une sauva­ge­rie inouïe, ont prouvé son effi­ca­cité. Le concept de « guerre éclair » est né. Les troupes de choc parcourent des dizaines de kilo­mètres par jour, galva­ni­sées par cette substance qui leur confère un senti­ment d’in­vin­ci­bi­lité. Elles attaquent avec rage, comme possé­dées, terro­risent l’en­nemi qui ne peut que battre en retraite devant tant de déter­mi­na­tion et de violence .

Un peu ce que j’attendais de ce roman.

Il se rappelle soudain une scène qui l’a marqué trois ans aupa­ra­vant. Lors de la première mondiale d » »Autant en emporte le vent », au Fox théâtre d’At­lanta, l’ac­trice afro-améri­caine Hattie McDa­niel, qui incar­nait une domes­tique, n’a pas été auto­ri­sée à assis­ter à la projec­tion. Pour la soute­nir, Gable a menacé de rester chez lui. Elle l’a supplié de reve­nir sur sa déci­sion pour ne pas gâcher la soirée. L’ac­teur à obtem­pé­rer. Deux mois plus tard, le 29 février 1940, Hattie McDa­niel rempor­tait l’os­car de la meilleure actrice dans un second rôle pour sa pres­ta­tion dans ce film qui devien­dra le plus grand succès de tous les temps. Là encore, elle avait dû emprun­ter une entrée réser­vée aux gens de couleur pour parti­ci­per à la céré­mo­nie. Dans la salle, elle avait même dû s’as­seoir au dernier rang , à bonne distance de l’équipe du film.

Éditions Rivages Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard  Au club de lecture, il y a deux listes, celle des nouveau­tés et celle du thème. Le thème du mois de février, c’est le Japon. Ce roman va nous dévoi­ler un aspect terrible de ce pays dans les années 70 : l’auteur décrit avec une préci­sion et une absence de pathos les horreurs commises par « l’ar­mée rouge » japo­naise, la lecture est parfois à peu près insou­te­nable, et quand je levais les yeux de ce roman pour véri­fier les faits, je décou­vrais avec horreur que l’au­teur n’avait rien inventé. Il s’agit d’un roman car pour construire ce récit Michaël Prazan, a créé le person­nage prin­ci­pal, un Japo­nais qui aurait parti­cipé à toute les exac­tions des terro­ristes et aurait réussi à survivre sous un nom d’emprunt. Il crée aussi un person­nage alle­mand pour permettre aux deux de se faires des confi­dences et ainsi nous faire décou­vrir de l’in­té­rieur l’en­ga­ge­ment et la vie des terro­ristes. Ce qui s’ap­plique aux fana­tiques japo­nais peut être vrai pour tous les terro­ristes capables de tuer des inno­cents pour leur cause. Ce roman permet de comprendre le chemi­ne­ment parti­cu­lier de la jeunesse japo­naise . Le person­nage prin­ci­pal découvre que son père a parti­cipé aux massacres de Nankin que le Japon a toujours préféré oublier. Lui, il parti­ci­pera aux révoltes étudiantes des années 70 pour lutter contre la présence améri­caine et l’aide que le Japon apporte dans la guerre du Viet­nam. À travers les romans, on voit (encore une fois) que ce pays n’a jamais fait le travail de mémoire sur son passé impé­ria­liste et fasciste. Les Japo­nais se sont consi­dé­rés comme victimes de la force nucléaire améri­caine. La jeunesse dans les années 68, trou­vait insup­por­table que le gouver­ne­ment Nippon appa­raisse comme le vassal des améri­cains. Il y a eu un aspect ultra violent dans les rangs de la jeunesse comme dans la répres­sion poli­cière. Un des épisodes les plus insou­te­nables se passe dans les montagnes japo­naises où la folie meur­trière s’empare des diri­geants de l’ar­mée rouge qui épurent en les tortu­rant jusqu’à la mort ses propres membres. Ces meurtres marque­ront la mémoire du Japon. Les rares survi­vants cher­che­ront une autre cause pour s’en­rô­ler, et ils rejoin­dront les rangs des terro­ristes pales­ti­niens. Le roman se termine par les « exploits » de Carlos en France. Malgré le poids de l’hor­reur et du cafard que pour­ront vous donner la lecture de ce livre, je salue par mes cinq coquillages, le sérieux du travail de cet auteur. Il écrit comme un jour­na­liste de façon simple et directe. J’ai eu des diffi­cul­tés au début avec les noms japo­nais, mais on s’ha­bi­tue parce qu’ils sont régu­liè­re­ment répé­tés au cours de cette histoire. Ces noms tournent en boucle dans la mémoire du person­nage prin­ci­pal et je suppose dans celle de l’écri­vain. Lors­qu’on a passé cette diffi­culté des noms, on est pris par ce récit sans pouvoir le lâcher. Ce fut le cas pour moi. 

Citations

Quand le fanatisme tue toute humanité

Yoshino est un grand type dégin­gandé et taiseux qui porte une barbe courte et peu four­nie, ainsi que de grosses lunettes. Pauvre Yoshino. Il est venu ici avec Kaneko Michiyo sa femme enceinte de huit mois. Personne ne l’a ména­gée pendant les entraî­ne­ments mili­taires. On s’est demandé si elle n’al­lait pas perdre le bébé. Yoshino ne lui jette jamais un regard. Yoshino est un vrai soldat. Un soldat docile. Un soldat exem­plaire. De ceux qui exécutent les ordres. Tous les ordres. Sans discu­ter. Sans rien penser. Yoshino ne pense plus depuis long­temps. Yoshino est un robot. Le plus robot de tous. C’était un jeune homme gai et sympa­thique, autre fois. Il aimait la musique. Il jouait de la guitare. Il aimait sa femme. Yoshino de plus rien. 
Yoshino est un meurtrier.

Les nuits et les cauchemars des assassins.

Il tour­nait en rond. Il ne voulait pas se coucher. Il savait qu’il ne parvien­drait pas à dormir. La pers­pec­tive de se voir trahi par un rêve qui me replon­geait dans les eaux boueuses de son passé le remplis­sait de terreur. Certains souve­nirs sont comme des bombes à frag­men­ta­tion. On en vient jamais à bout.

Discours, anticolonialistes

Les thèses de Fanon s’ap­pliquent autant aux Pales­ti­niens qu’aux Cari­béens, qu’aux Afri­cains, qu’aux Algé­riens. C’est pour­quoi le colo­ni­sa­teur ne doit jamais être consi­déré comme une victime. On nous reproche la mort de civils inno­cents… C’est le prin­ci­pal argu­ment utilisé par les impé­ria­listes pour nous discré­di­ter… En réalité, il n’y a ni civil, ni victimes chez les sionistes ! Tous sont coupables ou complices de l’op­pres­sion subie par les Pales­ti­niens. Pour illus­trer cela, prenons le cas le plus problé­ma­tique, celui des enfants. Comme dans toutes les guerres, il arrive que des enfants meurent au cours de nos opéra­tions. Les impé­ria­listes nous accusent de barba­rie, de commettre des meurtres… Or, personne n’est inno­cent dans le système colo­nial, pas même les enfants. La progé­ni­ture des juifs gran­dira, elle fera le service mili­taire qui est une obli­ga­tion chez eux. Ça veut dire que ces mêmes enfants porte­ront un jour des armes qu’ils poin­te­ront sur nous ! 

Et voilà !

Le « fedayin » fait deux têtes de plus que lui. Sa viri­lité sauvage le tétanise. 
le « fedayin » le regarde et il sourit. 
Il ajoute qu’il aime bien les Japo­nais. il dit qu’ils ont fait le bon choix pendant la guerre. Il admire Hitler depuis toujours. Un homme extra­or­di­naire. Un meneur d’hommes. Le fedayin regrette qu’Hit­ler n’ait pas pu finir d’ex­ter­mi­ner tous les Juifs. 
Il le regarde et il sourit.

C’est tellement vrai !

- On peut consi­dé­rer cela comme des erreurs de jeunesse, il y a prescription.
- Pour nos victimes, il n’y a pas de pres­crip­tion. Je suis persuadé que leur famille pense encore chaque jour au mal qu’on leur a fait.