Édition Char­les­ton. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Laura Bourgeois

Encore un livre sur mon Kindle qui a bien rempli sa fonc­tion de me faire oublier tous ces fils multi­co­lores auxquels j’ai été reliée une petite semaine l’été dernier. Je ne peux que vous recom­man­der cette lecture, cette auteure vous permet­tra de revivre le martyre du peuple coréen colo­nisé par le Japon.
Le roman commence en Corée dans une famille qui héberge et nour­rit des pêcheurs. Ce n’est pas la richesse mais grâce au travail haras­sant du couple, ils y arrivent. Plusieurs malheurs vont s’abattre sur cette famille, d’abord la mort du mari puis la gros­sesse non dési­rée de leur fille unique qui s’est laissé abuser par un riche Coréen habi­tant au Japon. Heureu­se­ment elle trou­vera un homme qui veut bien l’épouser et toute la famille partira vivre au Japon qui est alors la puis­sance colo­niale domi­nant la Corée.
La deuxième partie du roman raconte le sort des Coréens au Japon. Pendant la guerre, ils sont consi­dé­rés comme des « sous-hommes » et après, ils sont l’objet de toutes les discri­mi­na­tions habi­tuelles dans un pays qui est en proie au racisme et au mépris pour tout ce qui n’est pas japo­nais. La famille va s’en sortir grâce au travail incroyable des femmes et on l’apprendra plus tard grâce aussi, à la protec­tion du riche Coréen qui est le père biolo­gique du premier enfant du person­nage prin­ci­pal. C’est aussi un mafieux très puis­sant qui lui ne craint pas d’affronter les Japonais.
Le roman est passion­nant. Suivre le destin de cette famille est un voyage qui m’a tenue en haleine jusqu’au bout. J’ai beau­coup aimé me plon­ger ainsi dans la culture coréenne en parti­cu­lier la cuisine qui semble déli­cieuse. L’image du Japon ne sort pas grandi, pendant et avant la deuxième guerre mondiale c’était une puis­sance colo­niale barbare pour les popu­la­tions sous son joug et ensuite ce pays est apparu comme victime de la bombe atomique et n’a pas fait le même travail de mémoire que l’Allemagne. Et donc, a gardé des aspects contes­tables de sa civi­li­sa­tion, en parti­cu­lier le mépris voire le racisme envers les Coréens.

Citations

Le destin de femmes

Évidem­ment ! Sunja-ya, le destin d’une femme est de travailler et de souf­frir. Souf­frir, et souf­frir encore. Mieux vaut t’y attendre dès main­te­nant, tu sais. Tu gran­dis, alors il faut bien te préve­nir. Ta vie va dépendre de l’homme que tu vas épou­ser. Avec un bon mari, tu auras une vie correcte, mais avec un homme mauvais, c’est la malé­dic­tion assu­rée. Dans tous les cas, il y aura de la douleur. Prépare-toi à souf­frir et conti­nue de travailler dur. Personne ne pren­dra soin d’une pauvre femme : on ne peut comp­ter que sur soi-même.

Le deuil

Shin adressa un sourire faible au jeune pasteur. Cinq ans plus tôt, le choléra avait emporté quatre de ses enfants ainsi que sa femme et, depuis, il avait compris qu’il ne pouvait plus parler du deuil – tout ce qu’une personne pouvait lui dire à ce sujet lui semblait désor­mais ridi­cu­le­ment senti­men­tal et insensé. Avant de les perdre, il
n’avait jamais fait l’expérience de la douleur de cette manière, pas vrai­ment. Ce qu’il avait appris de Dieu et de la théo­lo­gie lui avait paru plus concret après sa tragé­die person­nelle. Sa foi n’en avait pas été ébran­lée, mais son tempé­ra­ment avait changé pour toujours. Comme si une pièce chauf­fée s’était refroi­die d’un coup.

La vertu de la femme

Pour autant, nous devons préser­ver ta vertu – elle est plus précieuse que ton argent. Ton corps est un temple sacré où repose le Saint-Esprit. Les inquié­tudes de ton frère sont légi­times. La foi mise de côté, et pour parler avec prag­ma­tisme : si tu devais te marier, ta pureté et ta répu­ta­tion seraient essen­tielles. Le monde juge sévè­re­ment une fille pour son incon­ve­nance – même lorsqu’il s’agit d’un acci­dent. C’est terrible, mais c’est ainsi

L’après guerre au Japon

Tous ces gens – les Japo­nais et les Coréens – sont dans la merde parce qu’ils pensent en termes de groupe. Mais je vais te dire la vérité : un leader bien­veillant, ça n’existe pas. Je te protège parce que tu travailles pour moi. 
Quant à tous ces partis de Coréens, il faut que tu te souviennes qu’au bout du compte, les diri­geants ne sont que des hommes, ce qui ne les rend pas plus intel­li­gents que des porcs. Et les porcs, on les bouffe. Tu as vécu dans une ferme qui vendait des patates douces à des prix indé­cents aux Japo­nais affa­més par la guerre. Tama­gu­shi a violé les régu­la­tions gouver­ne­men­tales, et je l’ai aidé, parce qu’il voulait faire de l’argent, et moi aussi. Il se voit proba­ble­ment comme un Japo­nais respec­table, hono­rable même, plein d’une fierté natio­na­liste – comme tous, pas vrai ? La vérité, c’est qu’il fait un très mauvais Japo­nais, mais un homme d’affaires avisé. Je ne suis pas un bon Coréen, et je ne suis pas japonais.

Le patriotisme

Le patrio­tisme n’est qu’un prin­cipe, comme le capi­ta­lisme, ou le commu­nisme. Mais les prin­cipes font oublier aux hommes leurs propres inté­rêts. Et les types au pouvoir exploi­te­ront toujours les hommes qui croient trop en leurs prin­cipes. Tu ne peux pas répa­rer la Corée. Des centaines d’hommes comme toi et des centaines d’hommes
comme moi ne suffi­raient pas à la remettre sur pied. Les Japs sont partis, et main­te­nant la Russie, la Chine et les États-Unis se disputent notre petit pays de merde. Tu crois que tu peux riva­li­ser avec eux ? Oublie la Corée.
Concentre-toi sur ce que tu peux avoir. Tu veux l’épouse ? Parfait. Tu n’as qu’à te débar­ras­ser du mari, ou attendre qu’il crève. Ça, c’est quelque chose que tu peux maîtriser.

Le savoir

Absorbe tout le savoir que tu pour­ras. Remplis ton cerveau de connais­sances – c’est la seule forme de pouvoir que personne ne pourra jamais te reprendre. 

Édition Acte Sud , traduit du néer­lan­dais (Belgique) par Philippe Noble.

J’ai suivi pour cette lecture une de mes tenta­trices habi­tuelle : Keisha ! Mais me voilà bien ennuyée car ce petit livre m’a mise en colère. Comme Keisha le destin de ce petit terri­toire le village de Mores­net, capi­tale mondiale pendant un siècle de l’ex­trac­tion du Zinc et qui fut aussi un « pays neutre » ni alle­mand, ni néer­lan­dais ni belge m’intriguait.

Si vous avez, vous aussi cette curio­sité, lisez l’ar­ticle de Wipé­dia vous en saurez beau­coup plus , mais ma colère ne vient pas de là , sauf que quand même dans un livre de 60 pages cela prend beau­coup de place pour ce qui me semble être seule­ment de l’in­for­ma­tion. Keisha m’a répondu : oui … mais dans le roman, il y a Emil . Pour vous écono­mi­ser l’achat de ce livre je vous livre la phrase de la quatrième de couver­ture et vous saurez tout :

Emil Rixen . Né en 1903, cet homme ordi­naire chan­gera cinq fois de natio­na­lité sans jamais traver­ser de fron­tières : « Ce sont les fron­tières qui l’ont traversé ».

Avouez que là aussi on se dit voilà un destin inté­res­sant, mais l’au­teur n’a pas su nous rendre la vie du person­nage inté­res­sant. Il lui a manqué soit un talent roma­nesque pour faire vivre ce Emil, soit il a voulu rester si près de sa source sans rien défor­mer qu’il n’a pas pu en dire plus. Peu importe ma frus­tra­tion était là, et j’ai regretté les huit euros cinquante ( le prix du livre que je veux bien envoyé à qui veut tenter cette expé­rience du vide !)

Citation

Une déclaration prémonitoire sur le contenu du livre

Mais depuis le temps, j’ai appris que les dernières années d’un être humain ne nous apprennent pas grand-chose de sa vie anté­rieure. De paisibles vieillards peuvent s’avé­rer avoir été, durant des décen­nies, de sinistres indi­vi­dus. Avec le temps, de joyeux drilles sont souvent de vieux grin­cheux. Et un suicide vient parfois mettre un terme à une vie pleine d’exubérance. 

Édition Pocket

Le bandeau me promet­tait une lecture inou­bliable et un roman qui a connu un énorme succès. Même « la souris jaune » en avait dit beau­coup de bien, je dis même car il est très rare que je trouve chez elle des livres à grand succès. Je l’avais remar­qué chez « Sur mes brizées ». J’ai été beau­coup plus réser­vée qu’elles deux. Je trouve que la première partie sur la montée du nazisme en Autriche est bien raconté mais je crois que j’ai telle­ment lu sur ce sujet que je deviens diffi­cile. Il y a un aspect qui a retenu mon atten­tion, c’est à quel point les Autri­chiens ont été parfois pires que les Alle­mands dans le trai­te­ment des juifs. Ils n’ont pour­tant été que peu jugés après la guerre pour ces faits. On comprend bien la diffi­culté de s’exi­ler, même quand l’étau anti­sé­mite se resserre, la famille que nous allons suivre a beau­coup de mal à lais­ser derrière elle leurs parents âgés et ils espèrent toujours au fond d’eux que cette folie va s’ar­rê­ter. Quand ils se déci­de­ront à partir au tout dernier moment, les fron­tières se sont refer­mées et les pays n’ac­cueille­ront plus les juifs. Ils passent donc un moment en Suisse dans un camp assez sinistre. Ils iront fina­le­ment dans le seul pays qui a accepté de rece­voir des juifs : La Répu­blique Domi­ni­caine. C’est toute l’originalité du destin de ces juifs qui ont été accueillis dans ce pays si loin de leurs tradi­tions autri­chiennes. Dans ce gros roman l’au­teure décrit avec force détails l’ins­tal­la­tion de ces intel­lec­tuels dans un kibboutz où chacun doit culti­ver, élever les animaux, construire une ferme dans le seul pays qui a accepté offi­ciel­le­ment d’accueillir jusqu’à la fin de la guerre des juifs chas­sés de partout. Nous voyons ces Autri­chiens ou Alle­mands tous intel­lec­tuels de bons niveaux s’es­sayer aux tâches agri­coles et de faire vivre un kibboutz et ensuite la diffi­culté de se recons­truire avec des origines marquées par la Shoa . Je ne sais pas pour­quoi je n’ai pas entiè­re­ment adhéré à ce roman. Je n’avais qu’une envie le de finir sans jamais m’in­té­res­ser vrai­ment à ces personnages.

Citations

Beau rapport père fils

Je ne pus rete­nir un soupir de soula­ge­ment : fina­le­ment il n’y avait eu ni affron­te­ment ni querelle. Je lus dans les encou­ra­ge­ments de mon père une grande ouver­ture d’es­prit et une tolé­rance que je ne soup­çon­nais pas. Ses yeux perçants souriaient et je sentis une puis­sante vague d’amour défer­ler et m’en­ve­lop­per tout entier. Je savais quel renon­ce­ment et quels regrets c’était pour lui. J’étais fier de mon père. Il m’ai­mait. Je ne le déce­vrais pas.

Vienne

Je ne me sentais pas juif, mais simple­ment et profon­dé­ment autri­chien. J’étais né dans cette ville, comme mon père et ma mère avant moi. C’était mon univers, dans lequel je me sentais en confiance et en sécu­rité, et qui devait durer éter­nel­le­ment. L’Au­triche était ma patrie, et être juif n’avait pas plus d’im­por­tance qu’être né brun ou blond. Bien sûr nous étions juifs, mais notre origine ne se mani­fes­tait guère plus qu’une fois par an le jour du grand Pardon, quand mon père s’abs­te­nait de fumer ou de se dépla­cer, plus pour ne pas bles­ser les autres dans leurs senti­ments que par conven­tion convic­tion religieuse.

Vienne et ses juifs

Malgré les signaux d’alerte qui ne cessaient de se multi­plier, nous nous raison­nions : nous étions si nombreux, quelques 180000 rien qu’à Vienne, et tant de juifs occu­paient des posi­tions clés dans l’éco­no­mie et la culture. Nous étions héros de guerre, artistes, scien­ti­fiques, univer­si­taires, méde­cins, notre pays ne pouvait se passer de nous.

Édition Gall­meis­ter . Traduit de l’amé­ri­cain par Fran­çois Happe

Je remarque que c’est la première fois que je lis : « traduit de l’amé­ri­cain » et non de l’an­glais (USA) ou autre formule qui nous ferait croire qu’il n’y a qu’une seule langue pour ces deux pays et je trouve que Fran­çois Happe a eu beau­coup de mérite à traduire ce texte .

Voici à qui Stephen Wright dédie son roman

Pour ceux qui ont été trans­for­més en graphiques, tableaux, donnés infor­ma­tiques, et pour tous ceux qui n’ont pas été comptés

Je dois à Keisha cette lecture qui m’a plombé le moral pendant deux semaines au moins. J’ai vrai­ment été soula­gée quand j’ai refermé ce roman après les quinze médi­ta­tions. Je ne suis pas certaine de bien vous rendre compte de ce roman tant il m’a dérou­tée. Nous suivons une compa­gnie char­gée du rensei­gne­ment au Viet­nam, on imagine faci­le­ment les tech­niques utili­sées pour obte­nir ces rensei­gne­ments. Et ne vous inquié­tez pas, si par hasard vous n’en aviez aucune idée, ces tech­niques vont vous être expli­quées dans les moindres détails, jusqu’à votre écœu­re­ment et certai­ne­ment aussi celui des soldats. Pour suppor­ter ce genre de séances les soldats se droguent et dans leur cerveau embrumé la réalité devient fantas­ma­go­rique, et le lecteur ? et bien moi je maudis­sais Keisha mais je ne voulais pas être mauviette ni faux-cul et passer ces passages. J’ai donc tout lu en remar­quant que le soldait de base a des envies de meurtre sur son supé­rieur quand celui-ci tue son chien mais reste impas­sible devant la mort en série des Viets. Mes diffi­cul­tés de lecture ne disent rien de la qualité du roman . C’est un texte très dense, construit avec des allers et retours conti­nuels entre la vie au pays après la guerre et la guerre elle même en parti­cu­lier la défaite améri­caine. Entre les rêves cauche­mar­desques nour­ris avec toutes les drogues possibles et la réalité de la guerre. J’ai retenu de cette lecture :

  • Que personne ne pouvait en ressor­tir indemne.
  • Que personne ne pouvait y être préparé.
  • Que même dans des moments aussi terribles, on peut tomber sur quel­qu’un d’aussi borné que le sergent Austin qui semble n’être là pour rendre la vie encore plus diffi­cile aux hommes sous ses ordres.
  • Que sans la drogue, les soldats du contin­gent n’au­raient pas pu tenir très long­temps dans cet enfer.

Citations

Le bleu

Le seul person­nage qui manquait encore dans leur film de guerre de série B était enfin arrivé : le gamin. Son passé comme son avenir était aussi clair, défini et prévi­sible que les taches de rous­seur sur son visage lisse. Il n’était jamais parti de chez lui, il allait écrire à sa famille tous les jours et il s’en­dor­mi­rait en sanglo­tant tous les soirs. Il devient la mascotte souffre- douleur de la compa­gnie, on le char­rie sans arrêt jusqu’à ce que le héros bourru, débor­dant de tendresse virile, le prenne en pitié et le protège d’une réalité plai­sante en appa­rence, mais en fait une grande cruauté.

Le cerveau d’un drogué

Procé­dant par élimi­na­tion, sa pensée se rédui­sit à un fil de diva­ga­tion. L’os fron­tal se frag­menta en un tour­billon de parti­cules de pous­sière d’ivoire, explo­sant les lobes du cerveau à la fraî­cheur de l’air qui descen­dait. Une fission intime produi­sait des éclats de lumière à un rythme aussi impré­vi­sible que les éclairs d’orage en été sur un hori­zon tout gris. Des rideaux de pluie élec­tro­nique passaient en glis­sant comme de lourds rideaux de théâtre sur des rails bien grais­sés. Il sentit une main le péné­trer vive­ment et se refer­mer sur l’éponge molle de son esprit avec la force d’un point ganté . Un para­si­tage silen­cieux étouffa sa conscience…
…et les nuages passèrent lente­ment à travers le spectre de la lumière visible, et le soleil, gros et rond et rouge comme une boule de chewing-gum fit floc en tombant entre les lèvres humides de la mer et se mit à se dissoudre… en minus­cules grains de sable enfon­cés dans les craque­lures du cuir de sa botte.

Genre de scènes qui coupent le récit

Dans l’aé­ro­gare près du terrain, les quelques hommes qui atten­daient les avions qui allaient les emme­ner étaient trop fati­gués pour faire autre chose que fumer des ciga­rettes et échan­ger quelques plai­san­te­ries éculées. Aucun d’entre ne souhai­tait entre­prendre une conver­sa­tion. Leurs yeux inquiets allaient de la surface sombre de la piste au ciel nuageux et inver­se­ment. Aucun d’entre ne regar­dait la pyra­mide de longues boîte étroites qui atten­daient aussi un vol, le chariot éléva­teur et le retour à la maison dans un avion sans hublots.

Si vous avez le moral lisez ce passage

Il y avait le chef de la section des inter­ro­ga­toires qui appe­lait cette dernière la Clinique dentaire et qui faisait des cours sur l’ex­trac­tion d’in­for­ma­tions vêtu d’un tablier à barbe­cue repré­sen­tant un malheu­reux cuisi­nier de banlieue derrière son grill de jardin sur lequel des steaks fumaient comme une acié­ries de Gary dans l’In­diana, au-dessus d’une pancarte portant la légende BRULÉ ou CARBONISÉ et qui, lors­qu’il n’était pas occupé à mettre au point des nouveau­tés aussi futées que celle qui consis­tait à placer de façon déco­ra­tive des punaises à carte sur la surface de l » œil après les avoir fait chauf­fer, prati­quait le jet d’eau orien­tale, une opéra­tion au cours de laquelle on bloque la bouche grande ouverte avec des cales de bois et on inonde la gorge ainsi rele­vée, les narines et les yeux de litres et des litres d’eau non potable jusqu’à ce que la nausée et l’étouf­fe­ment qui s’en­suivent provoque l’ex­pul­sion incon­trô­lable de toute nour­ri­ture non digé­rée, de l’eau, des muco­si­tés et des coor­don­nées géogra­phiques précise du bataillon auquel appar­tient le patient.

On croise l’armée française mais je n’ai rien trouvé à ce nom sur la toile

Là, faisant montre d’une superbe tout fran­çaise, Jean-Paul Roiche­peur, dégusta tran­quille­ment une boîte de foie gras tandis que le plomb bour­don­nait autour de sa tête comme des abeilles dans une vigne et que les explo­sions de mortier modi­fiaient la topo­gra­phie de son poste de comman­de­ment, et lorsque les barbares du Viêt­Minh furent à moins de cent mètres , se débar­ras­sant de sa four­chette en argent et de ce qui restait du foie gras d’oie, il s’empala de façon théâ­trale sur sa propre épée en s’écriant : » Et voici comment la France a riposté à tous les despotes ! » Malheu­reu­se­ment déviée par une armure de déco­ra­tions et de médailles tape à l’œil, la lame manqua les organes vitaux et il mit cinq heures à mourir et pendant toute son agonie Jean-Paul Roiche­peur divulga invo­lon­tai­re­ment tous les secrets mili­taires dont il avait connais­sance. « Très déclassé » , murmura la presse parisienne.

La torture je déteste lire ça( mais je déteste encore plus que cela existe !)

- Essayez les couilles dis-le capi­taine Raleigh.
Le sergent Mars déchira le cale­çon noir du prison­nier en deux. Se penchant en avant entre les jambes du prison­nier, il fixa les câbles au scrotum.
Le lieu­te­nant Pgan actionna la manivelle.
Clay­pool n’avais jamais entendu un tel cri, pas même au cinéma. Un cri qui trans­per­çait la peau, qui se pour­sui­vait sans inter­rup­tion entre deux tours de mani­velle. À un moment, le prison­nier parut admettre que oui, il était Viêt-cong, un lieu­te­nant, un sapeur, mais ensuite il eut l’air de le nier. Puis il se mit à parler sans s’ar­rê­ter, un flot confus dans un Viet­na­mien haché s’écou­lant par une brèche ouverte dans une digue.
-Je ne sais pas ce qu’ils racontent dit le sergent Mars avec dégoût.
- Il prie très fort, expli­qua le lieu­te­nant Phan, mais Boud­dha pas répondre au téléphone.

Moment d humour…

Les hommes et les femmes ne voulaient toucher les hot-dog améri­cain, croyant qu’il s’agis­sait vrai­ment de pénis de chien bouilli.

Le travail d un officier du renseignement

Grif­fin revint sur son travail depuis son arri­vée en Répu­blique du Viet­nam. Tout d’abord, l’éva­lua­tion des dégâts causés par les bombar­de­ments ; main­te­nant, des études sur la défo­lia­tion. Il avait vu le pays se couvrir d’acné, main­te­nant il allait le voir perdre ses cheveux. Tôt ou tard, il se rendait bien compte que ce n’était qu’une ques­tion de temps, ils allaient lui deman­der de se mettre à quatre pattes, d’as­ti­quer son sque­lette et de mesu­rer sa boîte crânienne avec un compas d’épais­seur en acier.

Édition Robert Laffont

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

J’ai commencé ce roman avec un grand plai­sir qui s’est émoussé au fil des pages. Deux trames roma­nesques s’en­tre­croisent : celle qui décrit Fran­çois-René de Chateau­briand qui connaît la dure loi de l’im­mi­gra­tion et de la misère en Angle­terre pour échap­per à l’écha­faud, et le père du narra­teur, grand univer­si­taire pari­sien qui, à la fin de sa vie, a voulu retrou­ver, pour en faire un livre, toutes les femmes aimées par ce grand roman­tique dont une « petite sonneuse de cloches » de l’ab­baye de West­misn­ter qui a réveillé d’un baiser Chateau­briand presque mort de froid et de faim et qui, pour ce haut fait, mérite une ligne dans ses mémoires. Le narra­teur part donc à la recherche dans les docu­ments d’ar­chives de cette incon­nue, il est,alors, entraîné dans une histoire fantas­tique où Fran­çois-René joue encore un rôle. Je ne peux en dire plus, car je ménage toutes celles et tous ceux qui aiment le suspens et ne veulent pas savoir la fin des romans avant de la commen­cer – contrai­re­ment à moi !

Le charme du roman vient de l’hu­mour que Jerôme Atttal manie avec finesse et légè­reté. Tous les chapitres concer­nant la vie des émigrés à Londres sont à la fois instruc­tifs et assez cocasses. Ces gens sans argent et qui ne savent rien faire ont dû beau­coup amuser les Britan­niques qui comme le dit un des person­nages semblent faire « du travail une valeur » . La partie sur la vie moderne est aussi pleine d’ob­ser­va­tions assez amusantes, entre son père grand univer­si­taire qui se battrait bien en duel sur l’oeuvre de Margue­rite Duras et qui écrit des livres que seules des étudiantes amou­reuses du grand profes­seur sont capables de lire. Mais au bout de la moitié du roman, je me suis un peu ennuyée et je dois avouer que j’ai plus parcouru ce livre que réel­le­ment lu. Je pense que des lectr­rices ou lecteurs plus atten­tifs que moi pour­ront en donner une bien meilleure impression.

Citations

Le dentiste de Londres

Pour l’heure, Fran­çois René repère l’en­seigne de fer et de plomb clouée à l’une des façades de Shel­ton Street et dont l’ins­crip­tion, « Le Gentil dentiste », tient lieu d’anes­thé­sie locale pour les patients les plus rétifs (…)
Quand Fran­çois René pénètre dans la pièce qui fait office de cabi­net, il est frappé par la nudité du lieu. Un parquet aussi vaste que le pont d’un navire, flan­qué de deux baquets : l’un destiné à rece­voir les dents, l’autre empli à moitié d’une eau trou­blée de crachats. Contre l’un des murs, un établi sur lequel s’en­tasse un assor­ti­ment d’us­ten­siles : pinces plus ou moins tordues, tenaille, crochets, forceps coupants, clés de porte et pelote de ficelle. Un flacon d’eau-de-vie accou­plé à un gobe­let trône en évidence au milieu des instru­ments sans qu’on puisse déter­mi­ner si ce remède et à la jouis­sance du prati­cien ou du patient..

le père du narrateur

Sur son temps libre, Joe J. écri­vait des livres énormes qui se vendaient peu sans qu’il en conçoivent amer­tume ni rancœur. Il expli­quait ne pas vouloir être tribu­taire de l’ac­tua­lité, affir­mant que ce qui diffé­ren­cie les grands écri­vains des grands crimi­nels réside dans le fait que les premiers ne sont jamais aptes à être jugés par leur époque.

Discussion entre émigrés de la noblesse française

Une fille qui te donne spon­ta­né­ment un baiser ? ques­tionne dans le vide Hingant incré­dule. Je n’ai jamais rencon­tré une telle personne de toute mon exis­tence. Il faut toujours les séduire. Ou les forcer. Ou les épou­ser. Ou les trois à la fois.

La beauté Féminine

Il fixe avec dégoût l’idiote tein­ture brune appli­quée à ses beaux cheveux blonds. Le caprice, qui en toute chose permet à une jolie fille de choi­sir une direc­tion oppo­sée à sa nature sur un simple coup de tête, blesse éper­du­ment son cœur.

Édition la Table Ronde

Après « les Forêts de Ravel » , « Deux Remords de Claude Monet », « Le Bon Coeur » voici donc la suite du procès de Jeanne d’Arc : la victoire de Charles VII sur les Anglais et la révi­sion du procès de Jeanne d’Arc. Encore une fois, cet auteur a su m’in­té­res­ser à une période que je connais mal. L’angle qu’il a choisi est passion­nant, le roi va de victoire en victoire et recon­quiert son royaume. Il met fin à la guerre de cent ans. C’est un roi négo­cia­teur et au lieu de pour­chas­ser tous ceux qui l’ont trahi en s’al­liant aux Bour­bons ou aux Anglais, il les accueille dans le royaume de France. les popu­la­tions vont donc se rallier plus faci­le­ment au roi de France. Mais il reste une tâche sur son « CV », il a été couronné à Reims grâce à Jeanne d’Arc. Comment lui le roi si pieux, pouvait-il devoir son couron­ne­ment une femme jugée par l’église pour héré­sie ? C’est pour cette raison qu’il pous­sera à la révi­sion de son procès pour démon­trer que celui-ci n’avait été instruit que pour plaire aux Anglais. Soit, mais les poten­tats de l’église sont encore en place, ils sont même encore plus impor­tants et le roi ne veut pas d’épu­ra­tion … Peu importe, ils se tairont et Jeanne d’Arc pourra être lavée de tout soup­çon d’hé­ré­sie. Inté­res­sant comme l’est aussi le travail du peintre du peintre Jean Fouquet à qui l’on doit ce portrait du roi et de sa maîtresse :

Voyez vous dans ce portrait « un petit homme dans un grand roi » ?

Un livre fort inté­res­sant, même si, à mon goût, on est trop dans les histoires des puis­sants et pas assez avec la popu­la­tion qui souffrent tant pendant ces conflits armés. On peut espé­rer qu’a­près cette guerre qui n’en finis­sait pas la France connaî­tra une période de pros­pé­rité. Avant d’autres guerres, des croi­sades et des guerres de religion.…

Citations

L’importance d’être pucelle

Trois jours avant, mercredi 9 mai, deux bour­reaux avaient présenté à l’ac­cusé les instru­ments de torture, la roue, les chaînes, les pinces, dans une salle basse du donjon du château. En la terro­ri­sant, on voulait lui faire avouer ce qu’elle taisait obsti­né­ment, les révé­la­tions reçues à Domrémy. Elle avait tenu bon, ce qui avait beau­coup impres­sionné les assis­tants. Plus tard, après réflexion et hors sa présence, avait été débat­tue et mise aux voies l’op­por­tu­nité de la soumettre effec­ti­ve­ment à la torture. C’était assez rare, surtout pour une femme, pucelle par surcroît.

Il y avait donc une flèche sur la cathédrale de Paris en 1429

Jeanne avait eu la cuisse trans­percé d’un trait d’ar­ba­lète dans l’as­saut raté du 8 septembre 1429. L’ar­ba­lé­trier était un soldat de Jean Villiers de l’Isle-Adam, capi­taine bour­gui­gnon réputé pour sa propen­sion aux tueries, viols et rapines. Il trot­tait main­te­nant à ses côtés. Après un service funèbre à la mémoire de son père dans l’église Saint-Martin des Champs, Charles VII avait solen­nel­le­ment répété le serment des rois de France au retour du sacre, sous la flèche de la cathé­drale Notre-Dame bondée.

Les armées royales rentrent dans Rouen

Sur tous s’éten­dait la géné­reuse amnis­tie royale. On le croyait. Son armée était précé­dée d’une répu­ta­tion favo­rable. Depuis qu’elle avait été réor­ga­ni­sée en force perma­nente, régu­liè­re­ment rému­né­rée, sa tenue faisait contraste avec les mauvaises habi­tudes des Anglais. Les mangeurs de viande bouillie conti­nuaient d’être rétri­bués par le pillage. Disci­pli­nés au combat, ils se compor­taient en soudards le reste du temps. Par précau­tion, Dunois avait quand même laissé le gros de l’ar­mée hors les murs. Les éléments qui défi­laient avait été choisi pour leur mérite, une grande partie était les Écos­sais, les préféré du roi. Il y avait aussi des merce­naires italiens. Des hommes d’armes fermaient la marche derrière la bannière royale où, sur fond de satin cramoisi, on voyait Saint-Michel, le soleil et les étoiles. Tous, gens et bêtes, marchaient vers la cathédrale.

Agnes Sorel

Il avait quitté sa maîtresse enceinte ; elle devait être main­te­nant dans le septième mois de sa gros­sesse. C’était folie d’avoir entre­pris ce long voyage dans cet état et en plein hiver, si humide et quin­teux en Norman­die. Il était malgré tout heureux de la revoir. Il avait regretté quelle ne fût pas à ses côtés dans Rouen. Elle était sa maîtresse depuis sept ans, pour­tant son charme conti­nuait d’agir. Elle lui manquait. La liai­son avait commencé à Toulouse, en février 1443, après qu’il avait remar­qué cette blonde de dix neuf ans à l’ex­tra­or­di­naire beauté parmi les suivantes d’Isa­belle de Lorraine, épouse de René II, duc d’An­jou. Elle avait main­te­nant trois enfants de lui, ce serait le quatrième . Dès qu’elle fut rassu­rée de ses senti­ments, elle l’en­cou­ra­gea à pour­suivre la recon­quête. En riant, elle mena­çait de se refu­ser à lui s’il réser­vait sa vaillance à leur couche.

Le tableau d Agnès Sorel

Le génie de l’ar­tiste n’était pas sures­timé. La ressem­blance était parfaite. Sa blon­deur, l’éblouis­sante pureté de sa peau blanche, le brillant de ses yeux bleus, ses lèvres déli­ca­te­ment renflées au dessin parfait, jusqu’à la palpi­ta­tion de l’air autour d’elle étaient admi­rables. Il n’avait jamais vu une aussi belle pein­ture. Il aurait presque regretté de ne pouvoir l’ex­po­ser à l’ad­mi­ra­tion géné­rale. Mais si d’aven­ture il en avait eu l’in­ten­tion, ce qu’il voyait l’au­rait inter­dit. Jean Fouquet avait repré­senté Agnès le corsage délacé, le sein gauche entiè­re­ment dégagé.

Les façons de résoudre les conflits épargnent souvent les puissants

L’ab­sence de coopé­ra­tion du haut clergé de Rouen ne le surprit aucu­ne­ment. Pour contraindre ses respon­sables à livrer leur témoi­gnage il eût fallu une inter­ven­tion directe et person­nelle du roi lui-même auprès d’eux. Ces premières infor­ma­tions, bien qu’i­na­bou­ties, révé­laient suffi­sam­ment la forte impli­ca­tion de l’Uni­ver­sité de Paris dans la condam­na­tion de la Pucelle. Elle indi­quait aussi que beau­coup de ses respon­sables étaient toujours en acti­vité et occu­paient les fonc­tions élevées dans la hiérar­chie de l’église. La mort de Cauchon masquait une réalité de l’ac­cé­lé­ra­tion subite des temps dissi­mu­lait ; beau­coup d’hommes clés du procès étaient encore vivants et déci­dés à défendre leur posi­tion actuelle en même temps que leurs actions passées.

Le mont saint Michel

Son frère, Louis, avec une centaine d’hommes d’armes, quelques archers et les molosses qui montaient la garde aux créneaux, avait vaillam­ment défendu le Mont-Saint-Michel contre les Anglais pendant dix huit années. Jamais, grâce à ce capi­taine normand intrai­table et à quelques autres, la prière du sublime rocher ne s’était élevée vers Dieu dans une autre langue que le latin ou le français

Petitesse de Charles VII

Charles VII n’était pas venu à Rouen pour assis­ter à la procla­ma­tion de l’ar­rêt annu­lant la condam­na­tion de Jeanne, fille de Jacques d’Arc et d’Isa­belle Rommée , par l’ar­che­vêque de Reims, dans le palais archi­épis­co­pal, le matin du 7 juillet 1456. Quel geste pour l’his­toire s’il avait écouté ce qu’on lui conseillait. Jusqu’au bout, il fut un petit homme dans un grand roi.

Édition Robert Laffont

Si, comme moi, vous avez gardé, grâce à vos cours sur l’an­ti­quité grecque, une image assez posi­tive de cette période de l’his­toire, avec, peut-être une petite préfé­rence pour Spartes qui semblait plus guer­rière et plus héroïque qu’A­thènes, lisez vite ce roman , cela vous redon­nera des idées un peu moins roman­tiques de la réalité spar­tiate . Bien sûr, vous vous souve­nez de cet enfant spar­tiate qui avait préféré se faire dévo­rer les entrailles par un petit renar­deau plutôt que d’avouer qu’il le cachait sous sa tunique. Mais si c’est votre seul souve­nir, je vous promets quelques décou­vertes bien au-delà de cette anec­dote. Si les Spar­tiates étaient invin­cibles, ils le doivent à des pratiques très parti­cu­lières. Dès la nais­sance, à la moindre « tare », on élimi­nait les bébés, mais cela ne suffi­sait pas, vers deux ans on présen­tait l’en­fant à un conseil de sages qui jetait dans un préci­pice tout enfant un peu bossu, ou ayant des jambes tordues ou qui semblait ne pas bien voir, ne pas entendre correc­te­ment, ou défi­cient intel­lec­tuel­le­ment … À contra­rio, tous les ans on prati­quait la nuit de la Cryp­tie, c’est à dire que durant une nuit entière les citoyens de Spartes avaient le droit de tuer tous les Hilotes (c’est à dire leurs esclaves) qu’ils voulaient . Si j’ai dit « à contra­rio » c’est que cette fois les Spar­tiates choi­sis­saient de préfé­rence les hilotes les plus coura­geux et les plus intel­li­gents de façon à tenir en respect une popu­la­tion beau­coup, beau­coup plus nombreuse qu’eux. Jean-Fran­çois Kervéan sait nous faire revivre ces meurtres avec force détails, j’ai rapi­de­ment été submer­gée par une impres­sion de dégoût . Comment cette anti­quité grecque qui était pour moi un bon souve­nir a pu géné­rer autant d’hor­reurs ? La partie consa­crée à la forma­tion du jeune Spar­tiate (Agogée) est de loin ce qui m’a le plus inté­res­sée, car pour ceux qui ont survécu à la nais­sance puis à la présen­ta­tion, il reste une épreuve , celle de « L’Er­rance ». Avant de deve­nir adulte un jeune doit rester une année entière à survivre dans la nature sans l’aide de quiconque. Il doit chas­ser et se nour­rir de ce que la nature peut lui offrir à moins qu’il soit lui-même la proie de préda­teurs plus forts que lui. Ensuite, il sera citoyen de Spartes et fera partie de l’ar­mée invin­cible. L’or­ga­ni­sa­tion de la vie de la cité est aussi origi­nale et plus sympa­thique. Tous les Spar­tiates sont égaux et ont tous les mêmes droits. Bien sûr, il y a les esclaves pris dans les popu­la­tions vain­cues et asser­vies mais sinon l’éga­lité est parfaite. Il y a deux corps de diri­geants les « gérontes » des hommes âgés qui reste­ront jusqu’à leur mort dans une fonc­tion de conseil et cinq « éphores » élu pour un an au sein de l’as­sem­blée. Tous les Spar­tiates peuvent appar­te­nir à l’as­sem­blée et y prendre la parole. Le roi n’a pas plus d’im­por­tance qu’un autre citoyen. Le roman se situe lors des guerres Médiques contre le roi de Perse, Xerxès 1°. La descrip­tion de l’op­po­si­tion entre les deux civi­li­sa­tions et de la guerre m’a moins passion­née. Et puis, il est grand temps que je parle du style de cet auteur. Je ne comprends pas toujours le pour­quoi de ses formules. Je sens bien qu’il a voulu désa­cra­li­ser une certaine repré­sen­ta­tions de l’an­ti­quité grecque mais parfois, je ne le suis pas dans ses descrip­tions de héros presque toujours ivres ou drogués qui pètent et « s’en­culent » à qui mieux mieux . Cette réserve ne m’a empê­chée d’ap­pré­cier toutes les réflexions qui sous-tendent ce projet de livre :

  • Pour­quoi fina­le­ment c’est la royauté qui a perduré pendant deux millé­naires et pas la démocratie,
  • Pour­quoi toutes les tyran­nies ont-elles adulé Spartes ?
  • Est ce que ce système pouvait durer ?
  • Pour­quoi les senti­ments ne sont pas compa­tibles dans un tel système.

Mes réserves viennent du style de l’au­teur mais je suis ravie d’avoir lu ce roman car j’ai vrai­ment beau­coup appris sur cette période et surtout corrigé beau­coup d’idées fausses .

Citations

Les Spartiates

Cet hiver-là fut dur, mais les Spar­tiates ne craignent pas le froid, la fin, le deuil ‑ce peuple n’a peur de rien. Chez eux, lorsque le vent cingle depuis les crêtes du Mont Parnon, personne ne couvre ses épaules d’une four­rure, tu te pèles et au bout d’un moment, en vertu du stoï­cisme, tu ne te pèles plus.

Le petit déjeuner spartiate

Son ventre criait famine, elle avala deux yaourts, un boudin avec une galette à la sarriette.

La Sélection

Les enfants avancent au centre, accro­chés à la tunique de leur mère, les père ne sont jamais présents. De part et d’autre se postent gérontes, éphores et comman­dants, chacun scru­tant le groupe selon ses critères : les mili­taires jugent des morpho­lo­gies, les digni­taires des compor­te­ments tous à la recherche de la mauvaise graine qui pous­sera de travers. Le branle du boiteux, la bosse du bossu, le débile ou la naine, toutes les céci­tés, les anoma­lies ayant pu échap­per à l’exa­men de la première heure. Rete­nus depuis des jours à l’in­té­rieur, les enfants exultent en plein air, leurs ébats et la lumière à plomb de midi révèlent mieux les tares de quelques défi­cients. Arri­vés face au ravin, les auto­ri­tés rendent leur verdict et les soldats balancent les indé­si­rables du haut du préci­pice, scène qui grave à jamais dans le regard des autres la gran­deur d’une société ou la gloire coule du sacri­fice comme la rosée des aurores.

Encore une coutume sympathique : la Cryptie

Tous les ilotes, les esclaves sans excep­tion sont aussi la cryp­tie- du verbe « cacher, se cacher ».
 la lumière du soir rase la campagne, tu es Spar­tiate. Quand l’ai­guille du cadran solaire indique la dix-huitième heure ou que la trompe reten­tit du Temple, tu peux tuer tous les ilotes que tu vois de tes yeux, n’im­porte, en parti­cu­lier ou au hasard, de tous âges, en déam­bu­lant ou en allant fouiller leur cabane, les fossés, les sous-bois, comme tu veux. La Cryp­tie n’est pas la guerre. Le nom de « Jour de guerre contre les ilotes » inventé plus tard par Plutarque n’est pas bon. À partir de la dix-huitième heure jusqu’à la dernière avant l’aube, beau­coup d’ilotes ne bougent pas de la place où ils sont, de l’arène de leur condi­tion où vont surgir les fauves. D’autres emmènent leurs femmes leurs enfants se terrer le plus loin possible. Après avoir lâché ton outils, tu te sauves mais il n’y a pas d’abri. Les Spar­tiates ne hurlent pas, ne t’in­sultent pas en prin­cipe, les Spar­tiates donne la mort. Partout. En bande sanglante ou seul à seul.

Humour

Quand le Sénat l’en­voie batailler au nord, il en profite pour aller soute­nir son ami Isago­ras, tyran d’Athènes, contre son peuple en rébel­lion. C’est un fou de guerre, un ivrogne – personne ne souligne jamais le rôle capi­tal de l’al­coo­lisme dans l’His­toire de l’Humanité.

L’idéal de Sparte

L’es­pèce humaine est argi­leuse, malléable. Tout est mou chez l’homme, à part le sque­lette. Telle était la pensée de Sparte. À l’état de lui donner de la consis­tance, de forger, cise­ler sa nature. Les plai­sirs, les ou l’étude n’af­firment pas un indi­vidu, seuls les gnons, l’en­du­rance, l’ad­ver­sité, toutes ces épreuves qui le menacent de n’être plus rien, le font entrer dans l’ac­tion d’où jaillit son destin.

Le style qui a fini par me lasser

La jeune prin­cesse de Sparte se consola entre les bras solides de son époux, encore marqué par les stig­mates de l’as­sas­si­nat, on ne s’éton­nera pas après ça que la reine Gorgô soit deve­nue parmi les premières fémi­nistes de l’hu­ma­nité. Nul ne douta du récit de la mort héroïque de son père ni ne soup­çonna le régi­cide perpé­tré par deux bour­rins aussi bour­rés que Cléo­mène. Plus éton­nant encore, à la fin de cette jour­née où Sparte entra dans le simu­lacre offi­ciel et renoua avec les Mythes, le conseiller Hypo­coo fut élu au Direc­toire des éphores : le conseiller diplo­ma­tique passait ministre chargé des Affaires exté­rieures, acclamé de tous les Égaux sur l’agora, bien chauf­fés par les trente Gérontes. Quant aux jeunes frères du défunt auto­mu­tilé, prince sans répu­ta­tion, il fut dési­gné monarque à l’una­ni­mité du Sénat lacé­dé­mo­nien sous le nom de Léoni­das Ier. Seul Aphra­nax Cartas tirait la gueule. L’His­toire se détour­nait de lui. A dix pas, en revanche, sa mère parti­ci­pait à la liesse. L’éphore fraî­che­ment élu était son ami, et le nouveau roi son amant. Son fils n’était pas prêt d’in­té­grer la garde royale des 300.
Le Destin de Léoni­das vient de s’ébran­ler en même temps que l’Ère clas­sique. Vers où ? Un gouffre, un triomphe, une marque de choco­lat ? C’est ce qu’on appelle tout simple­ment : la suite.

La mort et la vieillesse

Quel retour des choses signi­fie la mala­die sinon que souf­frir et natu­rel et qu’on finit non seule­ment vaincu mais privé des joies de son existence ?

Le deuil et le veuvage

Ne pas être aller se recueillir depuis long­temps sur la tombe d’Ar­tys lui manquait, le deuil génère une addic­tion au chagrin, bulle de souve­nirs moel­leux où le temps ne circule plus.

Réflexion

Pendant les cinq cents ans que durera la civi­li­sa­tion grecque, la terre, les ressources, les hivers ne furent pas plus facile ni cléments que durant les siècles suivants. Pour­tant leurs annales évoquent rare­ment une famine. Chez les Grecs, si impar­faits, on pouvait manquer, avoir le ventre vide mais pas au point d’en mourir au porte de ceux qui mangent. Au temps modernes, famine et malnu­tri­tion furent la première cause de morta­lité dans les royaumes d’Oc­ci­dent. Les victimes se chif­fraient encore par millions dans l’Eu­rope fertile du XVIIe siècle. L’es­pé­rance et la qualité de vie d’un forge­ron sous Péri­clès était supé­rieure à celle d’un arti­san du Val de Loire sous Fran­çois 1er, deux mille ans plus tard. Pour­quoi ? On ne sait pas.

Édition Albin Michel. Traduit de l’amé­ri­cain par Sara Gurcel

Sara Krasi­kov est d’ori­gine ukrai­nienne, elle vit aux États-Unis et a adopté le format des romans améri­cain : au moins de six cent pages. Il est vrai que la période que couvre ce roman, de 1934 à nos jours, avait besoin d’un certain nombre de pages pour se déployer. Nous allons suivre le destin de la jeune Florence qui a cette idée un peu étrange d’émi­grer en URSS séduite par l’idéal commu­niste. Ils seront un petit nombre à le faire mais bien peu pour­ront échap­per aux terribles purges stali­niennes. Il faut dire que son enga­ge­ment était aussi soutenu par un amour passionné pour un ingé­nieur sovié­tique rencon­tré aux USA et qu’elle fera tout pour le retrou­ver. Comme souvent, aujourd’­hui, ce roman ne suit pas une progres­sion linéaire et nous passons d’une époque à l’autre en suivant la vie de Florence ou celle de son fils, Julian, ou de son petit fils, Lenny. L’URSS et aujourd’­hui la Russie semble atti­rer comme une puis­sance destruc­trice les membres de cette famille. Le petit fils de Florence est parti vivre en Russie pour y faire fortune, il devra aux maladresses de son père un passage en prison et il en sortira grâce à la connais­sance de celui-ci des rouages de ce terrible pays. Cela ne veut pas dire que tout est toujours pareil dans ce terrible pays mais rien n’y est jamais très simple. On revit de l’in­té­rieur le sort tragique des idéa­listes occi­den­taux qui sont allés se jeter dans la gueule de l’ogre stali­nien. Ils ont pour la plupart payé de leur vie leur naïveté, d’au­tant plus que l’Amé­rique n’a rien fait pour les aider : l’am­bas­sa­deur de l’époque ne voulant surtout pas fâcher son futur allié pour la guerre qui se prépa­rait. Pour survivre quand l’étau se resserre sur la commu­nauté juive cosmo­po­lite de Moscou, Florence sera conduite à espion­ner et trahir ses amis. Cela ne lui servira pas à grand chose car elle ira quand même au goulag où elle aurait dû mourir, je ne peux sans divul­gâ­cher le roman expli­quer pour­quoi elle n’y mourra pas. Son fils a émigré aux USA avec elle et toute sa famille, il revient en Russie pour faire des affaires avec l’énorme consor­tium du pétrole. On voit alors tout le rôle de la mafia russe dans les affaires. Il cherche aussi à mieux comprendre sa mère et obtient son dossier de police, il peut, alors, y lire ses diffé­rentes trahi­sons. Elle a survécu grâce à ses capa­ci­tés d’adap­ta­tion mais qui ne lui ont pas permis de rester digne et irré­pro­chable. Des gens dignes et irré­pro­chables, il doit y en avoir plein les fosses communes en Russie comme le père de Julian, Léon Brink assas­siné comme tant d’autres dans les sous-sols de la Loubianka. Il y a donc trois histoires, celle de Florence qui est la plus complète, celle de Julian, élevé en partie dans un orphe­li­nat sovié­tique qui s’est vu refu­ser sa thèse parce qu’il était juif et ses déboires avec la mafia russe, puis celle de Lenny qui aime­rait faire fortune dans un pays qui l’at­tire. La roman­cière parle d’un pays dont sa tradi­tion fami­liale a dû savoir lui parler. Et comme elle vit aux USA aujourd’­hui elle rend parfai­te­ment compte de ce qui a pu se passer pour Florence : sa soif d’idéal et sa descente progres­sive dans l’en­fer commu­niste, ce person­nage est crédible et son entê­te­ment aussi. Je comprends bien les inten­tions de l’au­teur de construire un destin sur plusieurs géné­ra­tions, mais une seule histoire m’au­rait large­ment suffit. J’ai vrai­ment du mal avec ces énormes pavés et pour­tant celui-ci est bien construit et fort instruc­tif et a beau­coup plu à Domi­niqueet à Kathel.

Citations

Les appartements communautaires

Les univer­si­taires occi­den­taux aiment décrire nos « kommu­nalki » sovié­tiques comme des endroits dénués d’es­pace person­nel. Ils se trompent. Quel plus bel hommage à la propriété privée pouvait-il y avoir que le dense enche­vê­tre­ment de sept sonnettes diffé­rentes sur la porte d’en­trée ? Sept réchauds à kéro­sène dans la cuisine ? Sept lunettes en bois distinctes , que chaque loca­taire se coin­çait scru­pu­leu­se­ment sous le bras en marchant d’un pas ferme jusqu’à l’unique WC de la communauté ?

Les stupidités du régime soviétique

Nous suivions tous les deux un cours inti­tulé « Fonda­men­taux de la cyber­né­tique », dispensé par un vieux rouquin asth­ma­tique qui s’était fait virer dans les années cinquante pour avoir mené des recherches en infor­ma­tique, une disci­pline pros­crite par Staline au titre de « putain mercan­tile de l’im­pé­ria­lisme ». Dix ans plus tard, un gros bonnet avait toute­fois pris conscience que le pays était fort à la traîne dans la course contre les Améri­cains, on était donc aller cher­cher le profes­seur disgra­cié ( il mélan­geait des résines dans une usine de pein­ture indus­trielle) et on l’avait réin­té­grer pour qu’il enseigne la matière même qui avait causé son renvoi.

Toast russe emprunté à Balzac

Buvons aux femmes. Quand elles nous aiment, elles pardonnent tout, même nos crimes ! Quand elles ne nous aiment pas, elles ne nous pardonnent rien, pas même nos vertus !

Les Américains à Moscou en 1934

C’était du reste un talent assez partagé chez les margi­naux qui se retrou­vaient à Moscou dans les années trente, Des esprits libres affi­chant fière­ment le rejet de leur patrie capi­ta­liste. Jeunes, le plus souvent juifs, ils venaient du Bronx ou de Manches­ter, en Angle­terre, comme d’en­droits aussi dépay­sant que Missoula, dans le Montana. Obser­vez- les : au café Moscou, place Pouch­kine, .… Leurs discus­sions tournent essen­tiel­le­ment autour des États-Unis, comme si profa­ner leur lieu de nais­sance était une sorte de rituel destiné à soula­ger leur mal du pays.

Personnalité de Roosevelt

Roose­velt était-il un commu­niste refoulé ? Bon dieu, non. L’homme qui avait distri­bué de l’argent public par millions aux plus grosses socié­tés privées du pays en était loin. Ce n’était qu’un banal utopiste. Or si l’on gratte un peu, on trouve toujours, derrière un utopiste, un machia­vel dissi­mulé ‑quel­qu’un qui, pour réali­ser sa vision magni­fique, finira par sous­crire au prin­cipe selon lequel la fin justi­fie les moyens 

Après un enterrement où chacun a essayé d’exprimer ce qu’ils n’osent jamais dire

Les enter­re­ments sont aux Russes ce que les carna­vals sont aux Portugais.
Les règles sont suspen­dues le temps du carna­val pour que tout le monde puisse tempo­rai­re­ment faire comme si les choses étaient le contraire de ce qu’elles sont.

Éditions Points . Traduit de l’hé­breu par Laurence Sendrowicz

Merci à celle grâce à qui ce livre est arrivé jusqu’à moi. Il me revient donc, de vous donner envie de lire au plus vite ce roman qui ne connaît peut-être pas le succès qu’il mérite. Je vous invite à partir avec Tadek Zagourski à la rencontre de son père Stefan Zagourski. Ils ne se sont pas vus depuis plus de vingt ans, Tadek vit en Israël et Stefan crou­pit dans une maison de retraite à Varso­vie. La femme de Tadek ne supporte plus son mari qui tente d’être écri­vain et qui surtout traîne un mal-être qui le réveille toutes les nuits par des cauche­mars horribles. Elle le quitte en emme­nant avec elle leur fils. Seul et encore plus malheu­reux, Tadek se tourne vers son passé et se souvient de son père qu’il a quitté lors­qu’il avait six ans. Sa mère, son frère, ses sœurs tous les gens qui ont connu son père lui décon­seille de faire ce voyage pour retrou­ver l’homme qui les a marty­ri­sés pendant leur enfance. Pour les sauver de cette terrible influence, sa mère a fui en Israël car elle était juive et a pu empê­cher son père de les rejoindre car lui ne l’était pas . Ce retour vers cet homme violent qui est devenu un petit vieux très dimi­nué complè­te­ment imbibé de Vodka nous vaut une descrip­tion impi­toyable de la Pologne de 1988, encore sous le joug sovié­tique, et une plon­gée dans la guerre 3945 avec l’évo­ca­tion du sort réser­vés aux juifs polo­nais et des violences entre les diffé­rentes factions des parti­sans. Son père est un héros de cette guerre, il a subi pendant six mois les tortures de la gestapo à Lublin sans trahir aucun de ses amis, puis sera interné au camp de Majda­nek dont il s’éva­dera, ensuite il sera utilisé comme liqui­da­teurs des colla­bo­ra­teurs polo­nais. Pour tuer un homme ou une femme de sang froid il lui faudra boire au moins une bouteille de vodka par jour. Après la guerre, il restera quel­qu’un de violent et fera peur à tout le voisi­nage, il s’en pren­dra hélas à sa femme et à ses enfants toujours quand il était sous l’emprise de cette sata­née vodka, enfin plus que d’ha­bi­tude. Tadek va recher­cher quels liens unis­saient ce père à ses enfants pour retrou­ver le sens de sa propre pater­nité. Cet aspect du roman est boule­ver­sant : comment un enfant quelles que soient les violences qu’il a vécues recherche toujours le lien qui l’unis­sait à un père même imbibé d’al­cool dès le matin – car c’est ce que Stefan boit au petit déjeu­ner à la place du café. Dans cette rela­tion amour/​haine, Tadek doit petit à petit faire son chemin et obli­ger son père à dévoi­ler tous les côtés les plus noirs de son passé aussi bien sur le plan de la violence que sur le plan sentimental.

C’est un sacré voyage que je vous propose mais je suis certaine que vous ne pour­rez pas lais­ser ces deux person­nages avant d’avoir refer­mer le livre et que vous décou­vri­rez encore tant de choses que je ne vous ai pas dites. Vous irez de beuve­rie en beuve­rie, mais, comment voulez vous arrê­ter de boire dans pays si catho­lique où, à chaque fois que l’on boit, on vous dit : « soyez béni : Na zdro­wie » ! ! ?

Encore une remarque, l’au­teur nous promène dans le temps et dans l’es­pace en Israël, aujourd’­hui en Pologne en 1988 , 1970 et 1940, mais cela ne rend pas la lecture diffi­cile, on passe sans diffi­culté d’un moment ou d’un lieu à l’autre car on suit la recons­truc­tion de Tadek et on espère qu’il arri­vera un jour à dormir sans être réveillé par ces horribles cauche­mars dont son père portent une grande part de responsabilité.

Citations

Genre de dialogues que j’adore : nous sommes en Israël la femme de Tadek va le quitter

Elle a dit. J’en ai marre de cette vie de chien, je me crève le cul pour le gosse et pour toi, alors que toi, tu n’es ni un mari, ni un père. Tu nous enfermes dans ton rêve bancal et tu t’api­toies sur ton sort à longueur de journée.
- Tout de même, je fais la vais­selle, ai-je bredouillé pour ma défense. Et je m’oc­cupe du jardin.
- C’est quand, la dernière fois que tu t’es occupé du jardin ? On dirait un dépotoir.
- Ce n’est pas la saison. J’at­tends le printemps.
- Et l’évier aussi, il attend le printemps ?
- Non, la nuit. Je fais la vais­selle la nuit.
- D’ac­cord. Fais la vais­selle la nuit, attends prin­temps. Sauf qu’à partir d’au­jourd’­hui, tu feras ça tout seul. Je refuse de porter à bout de bras un para­site qui glande et se laisse aller. Qui ne fait que rester assis à fumer, à boire et à accu­ser la terre entière de son impuissance.

La Pologne après la guerre

C’est là-bas qu’on les a regrou­pés. Tous les Juifs de la région. On les a obli­gés à creu­ser un grand trou, et ensuite on leur a tiré dessus et on les a enter­rés dedans. Mais pendant trois jours, la terre a conti­nué à bouger. Tu comprends ? Et elle conti­nue à bouger encore aujourd’­hui. Je l’ai vu de mes propres yeux. Si tu t’ap­proches trop, ils peuvent t’at­tra­per par la jambe et t’en­traî­ner au fond.

Sa mère au volant en Israël

Ma mère est une conduc­trice épou­van­table. Elle roule trop vite et ralen­tit subi­te­ment sans raison. Elle est capable de chan­ger de voie sans mettre son cligno­tant ni regar­der dans le rétro, puis de vouloir retour­ner dans sa file initiale, mais en hési­tant telle­ment qu’elle embrouille les conduc­teurs autour d’elle. Ou alors elle peut tout à coup dévier et rouler sur la bande d’ar­rêt d’ur­gence comme si c’était une voie normale.

Scène bien décrite d’une enfance marquée par la violence d un père

Ma mère est debout à la fenêtre de la cuisine et fume une ciga­rette. La vais­selle sale du dîner s’en­tasse dans l’évier. Ola est plon­gée dans un roman. Anka fait ses devoirs. Robert et moi jouons au rami. Silence. Chacun vaque à ses occu­pa­tions. Soudain, dans la cage d’es­ca­lier, le bruit d’une porte qui claque, puis des pas qui montent lente­ment. Mon frère se crispe. Maman lance un regard inquiet vers le seuil. Anka et Ola se figent et tendent l’oreille. Moi aussi j’écoute, ces pas s’ap­prochent et se précisent, au bout de quelques instants on comprend avec soula­ge­ment que ce n’est pas papa. On peut donc retour­ner à nos acti­vi­tés, sauf qu’on sait très bien que plus il rentrera tard, plus il sera saoule. Ne nous reste qu’à espé­rer qu’il le soit au point de s’écrou­ler en chemin ou chez un de ses amis de beuverie.

L’alcool tient une part importante du roman

Tante Nella avait un lourd passé d’al­coo­lique, tout comme son mari, un conduc­teur de train qui la frap­pait dès qu’il avait un coup dans le nez. À chaque fois, elle s’en­fuyait et venait se réfu­gier dans notre appar­te­ment. Elle savait que c’était le seul endroit où il n’ose­rait pas la pour­suivre. Au bout de quelques heures, quand il était enfin calmé, il débar­quait chez nous, s’age­nouillait à ses pieds et la suppliait de revenir.

En Pologne après la guerre

C’est un garçon rondouillard, blond, avec une raie sur le côté et de bonnes joues bien rouges. Il ne sort jamais seul, il est toujours accom­pa­gné par quel­qu’un de sa famille, parce que dans notre quar­tier, un tel enfant se prome­nant seul, ça ressem­ble­rait à une sardine bles­sée dans une mer infes­tée de barra­cu­das voraces.

L’âge

L’âge, ça ne compte jamais, pour rien. Pour la baise non plus. Et encore moins pour la castagne. Ce n’est qu’une ques­tion de capa­cité, et tant qu’on y arrive – on le fait.

Humour polonais pendant le communisme

Qu’est-ce que tu veux ? Ici, tout le monde fait semblant de travailler, alors le gouver­ne­ment fait semblant de payer, comme ça, ça s’équilibre.

La recherche de la reconnaissance paternelle

Bien plus tard, j’ai constaté que, toute notre vie, nous cher­chons à obte­nir une sorte de recon­nais­sance de notre père mais que, pour ce que j’en ai compris – et je ne comprends sans doute pas grand-chose‑, nous n’y arri­vons quasi­ment jamais. Et peu importe que le père soit un fils de pute et un minable, on s’obs­tine, comme quand on était petit.

Tadek : être un homme et un père

Tel était mon rôle : être dans sa chambre en cas de besoin, m’as­seoir à côté de lui sur une chaise ou m’al­lon­ger sur le tapis et m’en­dor­mir, peu importe, le prin­ci­pal c’était que je sois dans les envi­rons, papa gardien, prêt à défendre le château fort qui les abri­tait, lui et sa mère. C’était leur droit et mon devoir, sauf que mes capa­ci­tés s’étaient telle­ment amenui­sées au fil du temps que j’ai fini par cesser d’es­sayer. Bien sûr, j’étais l’homme, et je le serai toujours, celui qui ouvre les bocaux quand personne n’y arrive, qui sait débou­cher le lavabo, qu’on réveille à deux heures du matin pour aller voir ce que sont ces bruits en prove­nance de la salle de bain, de la porte d’en­trée ou du jardin. Mais ce n’était pas ce que je voulais. Oui, moi, j’avais espéré être autre chose.

Édition Poche Folio

Après avoir lu de cette auteure, grâce au club de lecture, « Le Ciel par dessus les Toits » j’ai eu très envie de décou­vrir un peu plus cette écri­vaine mauri­cienne. Si l’île Maurice est syno­nyme pour beau­coup d’entre nous de vacances sur des plages de sable blanc, de mer bleu azur, sous un soleil toujours présent, cette île a repré­senté pour des popu­la­tions noires un lieu d’es­cla­vage et lorsque celui-ci a pris fin, une terre d’im­mi­gra­tion pour des Indiens fuyant une misère abso­lue dans leur pays.

Loin de ces impres­sions para­di­siaques, ce roman se situe en 1890 : l’île Maurice est alors sous domi­na­tion britan­nique, depuis une tren­taine d’an­nées, mais les plan­ta­tions restent la propriété de riches plan­teurs fran­çais qui recherchent à tout prix une main d’œuvre bon marché pour rempla­cer leurs anciens esclaves. Les noirs habitent aussi cette île mais refusent de se faire maltrai­ter par les proprié­taires blancs, peu d’en­tente sont possibles avec les Indiens qui acceptent des condi­tions de travail dont eux mêmes ne veulent plus. En peu de chapitres, les problèmes sont très bien posés. On comprend d’au­tant mieux tous les problèmes qui assaillent dès leur arri­vée ces malheu­reux Indiens sur l’île Maurice que chaque person­nage nous est présenté avant leur départ dans leur lieu de vie d’ori­gine. On comprend alors, pour­quoi ils partent, mais aussi comment ils vont être forcé­ment déçus car trop de fables irréa­listes, comme ces pièces d’or que l’on trouve en soule­vant des rochers, leur obscur­cissent le cerveau !

Ce roman nous permet de comprendre la situa­tion des Indiens en 1890, certains sont acca­blés par les dettes que leurs parents ont contrac­tées, un des person­nage est seule­ment joueur de poker et perd tout l’argent de ses parents aux cartes, une jeune femme de sang royal doit brûler sur le bûcher de son mari mort à la chasse, un autre croit rejoindre son frère… Tous se retrouvent sur un bateau : l’At­las qui après des mois de navi­ga­tion d’au­tant plus éprou­vante que les Indiens craignent beau­coup la mer, ils débarquent apeu­rés sur l’île « Meuriche » et trouvent une condi­tion qui se rapproche plus de l’esclavage que celle de travailleurs pauvres et précaires.

J’ai beau­coup aimé ce livre, certai­ne­ment parce que je ne savais pas grand chose de cette immi­gra­tion mais aussi parce que cette auteure sait très bien racon­ter, j’ai quitté à regret ses person­nages et j’au­rais aimé les suivre un peu plus long­temps. Il y a un aspect qui m’a beau­coup inté­res­sée : à quel point l’en­fer­me­ment dans les tradi­tions de l’Inde asser­vit la popu­la­tion et empêche les plus pauvres de s’éman­ci­per, mais à quel point égale­ment, ces carcans repré­sentent un lieu rassu­rant face à un inconnu encore plus mena­çant que la servi­tude que l’on connaît bien. Le roman l’an­nonce mais ne le décrit pas, visi­ble­ment les Indiens sauront grâce à leur courage et à leur force de travail deve­nir une partie très impor­tante de la popu­la­tion active de l’île et à fina­le­ment s’en­ri­chir même sans trou­ver les fameuses pièces d’or qui ont fait briller les yeux de leurs ancêtres.

Citations

Les dettes des paysans pauvres

Quand il emprunta cinquante roupies au zamin­dar, les deux hommes étaient conve­nus d’un kamia C’était un contrat où l’on troquait sa sueur, son labeur et parfois la chair et le labeur de ses enfants contre de l’argent. Tant que les cinquante roupies et les inté­rêts sur le prêt n’étaient pas rembour­sés, Devraj Lal s’en­ga­geait à travailler les terres du zamin­dar pour la moitié d’un salaire. Il s’en­ga­geait aussi à ce que son fils reprenne le kamia s’il décé­dait avant d’avoir remboursé les cinquante roupies. Ce qui arriva moins d’un an après et son fils, Chotty se trouva en devoir d’ho­no­rer une dette qu’il n’avait pas contractée.
Cela faisait dix années que Chotty travaillait pour le zamin­dar. Les inté­rêts sur le prêt avaient grandi comme le blé : vite. Et Chotty, semblait – il, ne travaillait pas aussi vite que le blé. Il avait amassé quelques roupies mais plusieurs fois son fils était tombé malade ou le zamin­dar décré­tait qu’il n’avait pas bien fait son travail ou encore ce qui arri­vait de plus en plus souvent ces derniers temps, la bibi se plaignait.

Être veuve

Il n’y avait rien de pire que de survivre à son mari. Donner nais­sance à une fille en premières couches ou toucher un paria étaient des manque­ments terribles mais être veuve était innom­mable. Ici, depuis des siècles, dans les familles de sang royal, les femmes montaient sur le bûcher avec leur mari. C’était une tradi­tion comme une autre. De toute façon, que ferait une femme sans son mari ? Qui voudrait d’une veuve quand les jeunes filles vierges ne manquaient pas ? Surtout, qui pren­drait le risque d’ac­cueillir une femme qui porte telle­ment le mauvais œil qu’elle finit veuve ?

Les rapports des noirs anciens esclaves et les indiens nouvellement arrivés

« Je t’ai eu, Malbar. Vous croyez supé­rieur, hein, tous, tous autant que vous êtes ? Vous venez ici, vous léchez le cul des blancs, vous faites vos village, vous amas­sez de l’argent, vous ache­tez des terrains et ensuite, vous vous prenez pour des blancs. Vous nous crachez dessus. Nous sommes des êtres infé­rieurs pour vous. Vous aussi, vous fouet­tez vos employés … Tu vas voir, Malbar. Tu vas voir ce que c’est que pour­rir en prison. Tu travaille­ras sous le soleil et comme nous, tu soulè­ve­ras les pierres et tu pour­ri­ras loin des tiens. »