Éditions Points . Traduit de l’hé­breu par Laurence Sendro­wicz

Merci à celle grâce à qui ce livre est arrivé jusqu’à moi. Il me revient donc, de vous donner envie de lire au plus vite ce roman qui ne connaît peut-être pas le succès qu’il mérite. Je vous invite à partir avec Tadek Zagourski à la rencontre de son père Stefan Zagourski. Ils ne se sont pas vus depuis plus de vingt ans, Tadek vit en Israël et Stefan crou­pit dans une maison de retraite à Varso­vie. La femme de Tadek ne supporte plus son mari qui tente d’être écri­vain et qui surtout traîne un mal-être qui le réveille toutes les nuits par des cauche­mars horribles. Elle le quitte en emme­nant avec elle leur fils. Seul et encore plus malheu­reux, Tadek se tourne vers son passé et se souvient de son père qu’il a quitté lors­qu’il avait six ans. Sa mère, son frère, ses sœurs tous les gens qui ont connu son père lui décon­seille de faire ce voyage pour retrou­ver l’homme qui les a marty­ri­sés pendant leur enfance. Pour les sauver de cette terrible influence, sa mère a fui en Israël car elle était juive et a pu empê­cher son père de les rejoindre car lui ne l’était pas . Ce retour vers cet homme violent qui est devenu un petit vieux très dimi­nué complè­te­ment imbibé de Vodka nous vaut une descrip­tion impi­toyable de la Pologne de 1988, encore sous le joug sovié­tique, et une plon­gée dans la guerre 3945 avec l’évo­ca­tion du sort réser­vés aux juifs polo­nais et des violences entre les diffé­rentes factions des parti­sans. Son père est un héros de cette guerre, il a subi pendant six mois les tortures de la gestapo à Lublin sans trahir aucun de ses amis, puis sera interné au camp de Majda­nek dont il s’éva­dera, ensuite il sera utilisé comme liqui­da­teurs des colla­bo­ra­teurs polo­nais. Pour tuer un homme ou une femme de sang froid il lui faudra boire au moins une bouteille de vodka par jour. Après la guerre, il restera quel­qu’un de violent et fera peur à tout le voisi­nage, il s’en pren­dra hélas à sa femme et à ses enfants toujours quand il était sous l’emprise de cette sata­née vodka, enfin plus que d’ha­bi­tude. Tadek va recher­cher quels liens unis­saient ce père à ses enfants pour retrou­ver le sens de sa propre pater­nité. Cet aspect du roman est boule­ver­sant : comment un enfant quelles que soient les violences qu’il a vécues recherche toujours le lien qui l’unis­sait à un père même imbibé d’al­cool dès le matin – car c’est ce que Stefan boit au petit déjeu­ner à la place du café. Dans cette rela­tion amour/​haine, Tadek doit petit à petit faire son chemin et obli­ger son père à dévoi­ler tous les côtés les plus noirs de son passé aussi bien sur le plan de la violence que sur le plan senti­men­tal.

C’est un sacré voyage que je vous propose mais je suis certaine que vous ne pour­rez pas lais­ser ces deux person­nages avant d’avoir refer­mer le livre et que vous décou­vri­rez encore tant de choses que je ne vous ai pas dites. Vous irez de beuve­rie en beuve­rie, mais, comment voulez vous arrê­ter de boire dans pays si catho­lique ou, à chaque fois que l’on boit, on vous dit : « soyez béni : Na zdro­wie » ! ! ?

Encore une remarque, l’au­teur nous promène dans le temps et dans l’es­pace en Israël, aujourd’­hui en Pologne en 1988 , 1970 et 1940, mais cela ne rend pas la lecture diffi­cile, on passe sans diffi­culté d’un moment ou d’un lieu à l’autre car on suit la recons­truc­tion de Tadek et on espère qu’il arri­vera un jour à dormir sans être réveillé par ces horribles cauche­mars dont son père portent une grande part de respon­sa­bi­lité.

Citations

Genre de dialogues que j’adore : nous sommes en Israël la femme de Tadek va le quitter

Elle a dit. J’en ai marre de cette vie de chien, je me crève le cul pour le gosse et pour toi, alors que toi, tu n’es ni un mari, ni un père. Tu nous enfermes dans ton rêve bancal et tu t’api­toies sur ton sort à longueur de jour­née.
- Tout de même, je fais la vais­selle, ai-je bredouillé pour ma défense. Et je m’oc­cupe du jardin.
- C’est quand, la dernière fois que tu t’es occupé du jardin ? On dirait un dépo­toir.
- Ce n’est pas la saison. J’at­tends le prin­temps.
- Et l’évier aussi, il attend le prin­temps ?
- Non, la nuit. Je fais la vais­selle la nuit.
- D’ac­cord. Fais la vais­selle la nuit, attends prin­temps. Sauf qu’à partir d’au­jourd’­hui, tu feras ça tout seul. Je refuse de porter à bout de bras un para­site qui glande et se laisse aller. Qui ne fait que rester assis à fumer, à boire et à accu­ser la terre entière de son impuis­sance.

La Pologne après la guerre

C’est là-bas qu’on les a regrou­pés. Tous les Juifs de la région. On les a obli­gés à creu­ser un grand trou, et ensuite on leur a tiré dessus et on les a enter­rés dedans. Mais pendant trois jours, la terre a conti­nué à bouger. Tu comprends ? Et elle conti­nue à bouger encore aujourd’­hui. Je l’ai vu de mes propres yeux. Si tu t’ap­proches trop, ils peuvent t’at­tra­per par la jambe et t’en­traî­ner au fond.

Sa mère au volant en Israël

Ma mère est une conduc­trice épou­van­table. Elle roule trop vite et ralen­tit subi­te­ment sans raison. Elle est capable de chan­ger de voie sans mettre son cligno­tant ni regar­der dans le rétro, puis de vouloir retour­ner dans sa file initiale, mais en hési­tant telle­ment qu’elle embrouille les conduc­teurs autour d’elle. Ou alors elle peut tout à coup dévier et rouler sur la bande d’ar­rêt d’ur­gence comme si c’était une voie normale.

Scène bien décrite d’une enfance marquée par la violence d un père

Ma mère est debout à la fenêtre de la cuisine et fume une ciga­rette. La vais­selle sale du dîner s’en­tasse dans l’évier. Ola est plon­gée dans un roman. Anka fait ses devoirs. Robert et moi jouons au rami. Silence. Chacun vaque à ses occu­pa­tions. Soudain, dans la cage d’es­ca­lier, le bruit d’une porte qui claque, puis des pas qui montent lente­ment. Mon frère se crispe. Maman lance un regard inquiet vers le seuil. Anka et Ola se figent et tendent l’oreille. Moi aussi j’écoute, ces pas s’ap­prochent et se précisent, au bout de quelques instants on comprend avec soula­ge­ment que ce n’est pas papa. On peut donc retour­ner à nos acti­vi­tés, sauf qu’on sait très bien que plus il rentrera tard, plus il sera saoule. Ne nous reste qu’à espé­rer qu’il le soit au point de s’écrou­ler en chemin ou chez un de ses amis de beuve­rie.

L’alcool tient une part importante du roman

Tante Nella avait un lourd passé d’al­coo­lique, tout comme son mari, un conduc­teur de train qui la frap­pait dès qu’il avait un coup dans le nez. À chaque fois, elle s’en­fuyait et venait se réfu­gier dans notre appar­te­ment. Elle savait que c’était le seul endroit où il n’ose­rait pas la pour­suivre. Au bout de quelques heures, quand il était enfin calmé, il débar­quait chez nous, s’age­nouillait à ses pieds et la suppliait de reve­nir.

En Pologne après la guerre

C’est un garçon rondouillard, blond, avec une raie sur le côté et de bonnes joues bien rouges. Il ne sort jamais seul, il est toujours accom­pa­gné par quel­qu’un de sa famille, parce que dans notre quar­tier, un tel enfant se prome­nant seul, ça ressem­ble­rait à une sardine bles­sée dans une mer infes­tée de barra­cu­das voraces.

L’âge

L’âge, ça ne compte jamais, pour rien. Pour la baise non plus. Et encore moins pour la castagne. Ce n’est qu’une ques­tion de capa­cité, et tant qu’on y arrive – on le fait.

Humour polonais pendant le communisme

Qu’est-ce que tu veux ? Ici, tout le monde fait semblant de travailler, alors le gouver­ne­ment fait semblant de payer, comme ça, ça s’équi­libre.

La recherche de la reconnaissance paternelle

Bien plus tard, j’ai constaté que, toute notre vie, nous cher­chons à obte­nir une sorte de recon­nais­sance de notre père mais que, pour ce que j’en ai compris – et je ne comprends sans doute pas grand-chose‑, nous n’y arri­vons quasi­ment jamais. Et peu importe que le père soit un fils de pute et un minable, on s’obs­tine, comme quand on était petit.

Tadek : être un homme et un père

Tel était mon rôle : être dans sa chambre en cas de besoin, m’as­seoir à côté de lui sur une chaise ou m’al­lon­ger sur le tapis et m’en­dor­mir, peu importe, le prin­ci­pal c’était que je sois dans les envi­rons, papa gardien, prêt à défendre le château fort qui les abri­tait, lui et sa mère. C’était leur droit et mon devoir, sauf que mes capa­ci­tés s’étaient telle­ment amenui­sées au fil du temps que j’ai fini par cesser d’es­sayer. Bien sûr, j’étais l’homme, et je le serai toujours, celui qui ouvre les bocaux quand personne n’y arrive, qui sait débou­cher le lavabo, qu’on réveille à deux heures du matin pour aller voir ce que sont ces bruits en prove­nance de la salle de bain, de la porte d’en­trée ou du jardin. Mais ce n’était pas ce que je voulais. Oui, moi, j’avais espéré être autre chose.

Édition Poche Folio

Après avoir lu de cette auteure, grâce au club de lecture, « Le Ciel par dessus les Toits » j’ai eu très envie de décou­vrir un peu plus cette écri­vaine mauri­cienne. Si l’île Maurice est syno­nyme pour beau­coup d’entre nous de vacances sur des plages de sable blanc, de mer bleu azur, sous un soleil toujours présent, cette île a repré­senté pour des popu­la­tions noires un lieu d’es­cla­vage et lorsque celui-ci a pris fin, une terre d’im­mi­gra­tion pour des Indiens fuyant une misère abso­lue dans leur pays.

Loin de ces impres­sions para­di­siaques, ce roman se situe en 1890 : l’île Maurice est alors sous domi­na­tion britan­nique, depuis une tren­taine d’an­nées, mais les plan­ta­tions restent la propriété de riches plan­teurs fran­çais qui recherchent à tout prix une main d’œuvre bon marché pour rempla­cer leurs anciens esclaves. Les noirs habitent aussi cette île mais refusent de se faire maltrai­ter par les proprié­taires blancs, peu d’en­tente sont possibles avec les Indiens qui acceptent des condi­tions de travail dont eux mêmes ne veulent plus. En peu de chapitres, les problèmes sont très bien posés. On comprend d’au­tant mieux tous les problèmes qui assaillent dès leur arri­vée ces malheu­reux Indiens sur l’île Maurice que chaque person­nage nous est présenté avant leur départ dans leur lieu de vie d’ori­gine. On comprend alors, pour­quoi ils partent, mais aussi comment ils vont être forcé­ment déçus car trop de fables irréa­listes, comme ces pièces d’or que l’on trouve en soule­vant des rochers, leur obscur­cissent le cerveau !

Ce roman nous permet de comprendre la situa­tion des Indiens en 1890, certains sont acca­blés par les dettes que leurs parents ont contrac­tées, un des person­nage est seule­ment joueur de poker et perd tout l’argent de ses parents aux cartes, une jeune femme de sang royal doit brûler sur le bûcher de son mari mort à la chasse, un autre croit rejoindre son frère… Tous se retrouvent sur un bateau : l’At­las qui après des mois de navi­ga­tion d’au­tant plus éprou­vante que les Indiens craignent beau­coup la mer, ils débarquent apeu­rés sur l’île « Meuriche » et trouvent une condi­tion qui se rapproche plus de l’esclavage que celle de travailleurs pauvres et précaires.

J’ai beau­coup aimé ce livre, certai­ne­ment parce que je ne savais pas grand chose de cette immi­gra­tion mais aussi parce que cette auteure sait très bien racon­ter, j’ai quitté à regret ses person­nages et j’au­rais aimé les suivre un peu plus long­temps. Il y a un aspect qui m’a beau­coup inté­res­sée : à quel point l’en­fer­me­ment dans les tradi­tions de l’Inde asser­vit la popu­la­tion et empêche les plus pauvres de s’éman­ci­per, mais à quel point égale­ment, ces carcans repré­sentent un lieu rassu­rant face à un inconnu encore plus mena­çant que la servi­tude que l’on connaît bien. Le roman l’an­nonce mais ne le décrit pas, visi­ble­ment les Indiens sauront grâce à leur courage et à leur force de travail deve­nir une partie très impor­tante de la popu­la­tion active de l’île et à fina­le­ment s’en­ri­chir même sans trou­ver les fameuses pièces d’or qui ont fait briller les yeux de leurs ancêtres.

Citations

Les dettes des paysans pauvres

Quand il emprunta cinquante roupies au zamin­dar, les deux hommes étaient conve­nus d’un kamia C’était un contrat où l’on troquait sa sueur, son labeur et parfois la chair et le labeur de ses enfants contre de l’argent. Tant que les cinquante roupies et les inté­rêts sur le prêt n’étaient pas rembour­sés, Devraj Lal s’en­ga­geait à travailler les terres du zamin­dar pour la moitié d’un salaire. Il s’en­ga­geait aussi à ce que son fils reprenne le kamia s’il décé­dait avant d’avoir remboursé les cinquante roupies. Ce qui arriva moins d’un an après et son fils, Chotty se trouva en devoir d’ho­no­rer une dette qu’il n’avait pas contrac­tée.
Cela faisait dix années que Chotty travaillait pour le zamin­dar. Les inté­rêts sur le prêt avaient grandi comme le blé : vite. Et Chotty, semblait – il, ne travaillait pas aussi vite que le blé. Il avait amassé quelques roupies mais plusieurs fois son fils était tombé malade ou le zamin­dar décré­tait qu’il n’avait pas bien fait son travail ou encore ce qui arri­vait de plus en plus souvent ces derniers temps, la bibi se plai­gnait.

Être veuve

Il n’y avait rien de pire que de survivre à son mari. Donner nais­sance à une fille en premières couches ou toucher un paria étaient des manque­ments terribles mais être veuve était innom­mable. Ici, depuis des siècles, dans les familles de sang royal, les femmes montaient sur le bûcher avec leur mari. C’était une tradi­tion comme une autre. De toute façon, que ferait une femme sans son mari ? Qui voudrait d’une veuve quand les jeunes filles vierges ne manquaient pas ? Surtout, qui pren­drait le risque d’ac­cueillir une femme qui porte telle­ment le mauvais œil qu’elle finit veuve ?

Les rapports des noirs anciens esclaves et les indiens nouvellement arrivés

« Je t’ai eu, Malbar. Vous croyez supé­rieur, hein, tous, tous autant que vous êtes ? Vous venez ici, vous léchez le cul des blancs, vous faites vos village, vous amas­sez de l’argent, vous ache­tez des terrains et ensuite, vous vous prenez pour des blancs. Vous nous crachez dessus. Nous sommes des êtres infé­rieurs pour vous. Vous aussi, vous fouet­tez vos employés … Tu vas voir, Malbar. Tu vas voir ce que c’est que pour­rir en prison. Tu travaille­ras sous le soleil et comme nous, tu soulè­ve­ras les pierres et tu pour­ri­ras loin des tiens. »

Édition Rivages

Quel roman ! Il faut avoir le cœur bien accro­ché pour lire toutes les turpi­tudes humaines, tout cela pour s’en­ri­chir, et, avec quoi ? Le guano ! autre­ment dit la fiente d’oi­seaux. J’ai lu ce roman en véri­fiant sans cesse les infor­ma­tions car je ne connais­sais abso­lu­ment pas cette histoire. Nous sommes à la fin du XIX° et grâce aux îles au large du Pérou ce pays connaît une richesse phéno­mé­nale. On appelle ce moment « l’ère guano ». Une telle richesse a attiré des convoi­tises multiples, ce que raconte le roman se situe au moment où le Pérou a chassé les puis­sances colo­niales et exploite à son profit cette ressource. Malheu­reu­se­ment, si les puis­sances colo­niales sont parties ceux qui les avaient chas­sées sont deve­nus aussi corrom­pus que les anciens exploi­teurs. La terrible condi­tion des misé­reux qui sont sous les ordres des proprié­taires des terrains des îles sur lesquelles on exploite le guano est horrible. Pour le roman, l’au­teur invente une histoire d’amour impos­sible et évidem­ment tragique, cela lui permet de décrire deux person­nages un peu moins sombres. Sur terre, en face de ces îles, à trois jours de navi­ga­tion, la guerre que se livrent les deux ports qui se disputent la vente de la « fiente » est sans pitié, vrai­ment plusieurs fois on se dit en lisant ce livre « et tout cela pour de la m.…. » . De plus cette région est soumise à un climat très parti­cu­lier, la plupart du temps les gens vivent dans un brouillard opaque qui empêche le soleil d’éclai­rer un peu la vie celle des riches comme celle des pauvres. Je n’ai pas bien compris pour­quoi l’au­teur semble faire corres­pondre ce brouillard à l’ex­ploi­ta­tion du guano.

C’est un phéno­mène, que les chiliens appellent « le caman­cha » , il a existé de tout temps me semble-t-il. (Et il existe encore aujourd’­hui : des essais sont fait pour en capter l’hu­mi­dité pour ferti­li­ser des zones déser­tiques.)

(Depuis j’ai eu la réponse de l’au­teur qui est si perti­nente que je m’en veux un peu de ne pas avoir compris toute seule :

Je voulais que le brouillard fasse comme une chape dépo­sée sur l’intrigue, qu’il enferme un peu plus les person­nages sur eux-mêmes.
C’est un texte assez méta­pho­rique, donc je trou­vais inté­res­sant que le brouillard s’installe conco­mi­tam­ment à la décou­verte de la ressource, comme si l’exploitation de la fiente allait de pair avec une malé­dic­tion céleste…)

Ce récit qui se passe dans la fiente et où on ne voit jamais le soleil et qui ne donne aucun espoir est vrai­ment terrible. Le pire étant qu’il respecte la réalité histo­rique. Pour la fiction, on suit le parcours du Capi­taine Mous­tache, le seul marin qui ose affron­ter ce brouillard avec son vieux bateau pour le char­ger de guano et le livrer aux deux villes concur­rentes qui vont bien­tôt se détruire. Lui, il a un plan et veut fuir cet endroit avec le maxi­mum d’argent, mais ses plans seront contre­car­rés par la soif de richesse des gens si peu recom­man­dables avec lesquels il doit trai­ter. C’est bien connu, il ne faut jamais pacti­ser avec le diable ! Et dans cette région des diables, il y en a un peu partout. Pour un des person­nages la fin se termine un peu mieux mais sinon la mort, le crime, le viol les tortures sont au rendez-vous. Un roman bien mené qui respecte la réalité histo­rique que vous lirez si vous avez envie, comme moi, de décou­vrir un pan de l’his­toire humaine peu glorieux mais que vous évite­rez si vous n’ai­mez pas vous enfon­cer dans la m.…. jusqu’au cou.

Citations

Conseil d’une mère

Vald pensa ce que lui avait murmuré sa mère, il y avait des années, quand son petit frère Igor, cet enfant mala­dif, s’en était allé :« Tu sais, mon fils, si tu n’ac­cepte pas les épreuves, si tu souffres trop, alors ce monde n’est pas pour toi. »

Portrait du capitaine

Seul marin fami­lier de ces archi­pels calcaire, unique capi­taine à affron­ter le brouillard, la commer­cia­li­sa­tion du guano repo­sait sur son oncle stature. Cela faisait de lui, en cette année 1897, un des êtres les plus impor­tants de la région. Assis sur une rente pour l’éter­nité, il dispo­sait d’une épouse qui ne l’at­ten­dait plus, d’en­fants éloi­gnés goûtant une jeunesse confor­table, d’une maison en dur sur le litto­ral au sud d’Are­quipa, ainsi que de nombreuses maîtresses parse­mées au gré de ses voyages.
Capi­taine :car il était le seul à bord et qu’il n’y avait personne pour lui dispu­ter le titre. Mous­tache : une trace de suie épaisse sous le nez pour couvrir l’odeur de la fiente.

Les navigateurs et les terriens

Vois-tu, quand on reste accro­ché comme une huître à un caillou mouillé, on est si heureux de la visite d’un navi­ga­teur. Toi, forcé­ment, cela te passe au-dessus de la tête, tu n’es jamais confronté à l’at­tente. Tu dois savoir, Ernesto, il y a deux types d’hommes, ceux qui se meuvent et ceux qui attendent. Les premiers négligent presque toujours les seconds.

Lorsque le guano valait de l’or

Deux ans aupa­ra­vant, la loi améri­caine avait auto­risé les citoyens états-uniens à s’emparer des îles, îlots ou rochers déserts dispo­sant de gise­ment de guano, partout dans le monde. On ne refait pas un peuple de pion­niers.

Les anglais 1871

Impos­sible de faire comme s’il n’y avait pas eu de colo­ni­sa­tion. Certaines puis­sance tiennent à lais­ser une trace là où, un jour, elles plan­tèrent leurs drapeaux. Les posses­sions britan­niques avait été étudiées une à une. Les terres des colons anglais reste­raient aux colons anglais, qui devien­draient citoyens à part entière du terri­toire. Ils garde­raient leur langue, leur portrait du souve­rain sur la chemi­née et toutes les coutumes qu’on appe­lait pour se moquer « le droit au thé ».
Les bâti­ments offi­ciels passe­raient sans délai sous la coupe de la nouvelle admi­nis­tra­tion. La couronne avait négo­cié ensuite quelques terres australes aban­don­nées, pour conser­ver une présence mari­time et permettre à quelques scien­ti­fiques d’ob­ser­ver on ne sait quel phéno­mène climato-géogra­phique. Elle avait été exau­cée. On lui avait cédé des îlots vides, sans homme, richesse, ni guano.

Un personnage important le brouillard appelé par les Chiliens « Camancha »

Le brouillard s’ins­talla progres­si­ve­ment, comme une mala­die infec­tieuse. Par bandes de ciel d’abord, striant un quar­tier, une île, un litto­ral, coif­fant les pinacles des églises, les faîtes en fer forgé des auberges. Il entra par les fenêtres, engouf­fra ses fila­ments par le trou des serrures et sous les chan­lattes des toits. Il s’ac­cro­cha aux épines des buis­sons, aux branches de bois jeune, aux mâts des bateaux, au fil pour sécher le linge. Puis il arriva par nuages entiers, des masses célestes humides et stag­nantes, comme des monceaux de coton blot­tis au flanc des collines. Il revint sans cesse, deux, trois fois par semaine, un peu plus, chaque jour.

Édition Acte Sud

J’avais beau­coup aimé le roman d’Em­ma­nuel Dongala « Photo de groupe au bord du fleuve », et ce roman-ci avait été chau­de­ment défendu à une de nos rencontre au club de lecture. Cet auteur est un grand conteur et excellent écri­vain. Il raconte cette fois, la vie du jeune George Brige­to­wer, celui-ci vient en France au prin­temps 1789, avec son père . En suivant les traces de Léopold et Wolf­gang Mozart, le jeune George va se faire connaître à la cour du roi Louis XVI parce que, à 9 ans, il joue déjà comme un grand virtuose. George et son père sont noirs, son père a connu escla­vage dans les îles des Caraïbes, a réussi à venir en Grande Bretagne puis en Europe à la cour d’un prince polo­nais. Il a épousé une jeune Polo­naise. George est donc métissé et malgré la couleur de sa peau, son talent va lui permettre de s’im­po­ser en France, en Angle­terre puis en Autriche où il rencon­trera Ludwig Van Beetho­ven . Il se lie d’ami­tié avec Beetho­ven qui lui dédiera dans un premier temps une sonate … qui devien­dra « la Sonate à Kreut­zer ». Cette époque incroya­ble­ment féconde et violente traver­sée par le père et le fils permet à Emma­nuel Dongala de faire revivre l’esclavage mais aussi la condi­tion des femmes. Cet auteur sait parler des femmes et cela le rend très sympa­thique à mes yeux.
J’ai aimé cette lecture mais j’ai été un peu plus réser­vée que pour son premier roman, j’ai trouvé que le prétexte du roman se noyait un peu dans toutes les histoires diverses et variées que l’au­teur nous raconte. Entre Olympe de Gouge, Lavoi­sier, la révolte de Tous­saint Louver­ture, le sort des esclaves irlan­dais avant l’uti­li­sa­tion de la main d’oeuvre afri­caine, la révo­lu­tion fran­çaise.… Bref ce n’est pas un roman mais une dizaine qui se côtoient dans ce roman. Cela n’en­lève rien au talent de l’au­teur, mais par moment George et son père semblent moins inté­res­sants que les événe­ments qu’ils traversent.

Voici un portrait de George Brid­ge­to­wer :

Citations

Le public parisien 1789

Ici, les amateurs de musique, en parti­cu­lier les habi­tués du Concert Spiri­tuel, venaient autant pour se montrer que pour appré­cier la musique. En grande tenue, ils ne se gênaient pas pour jaser pendant l’exé­cu­tion d’un morceau ou même pour expri­mer leur opinion à haute et intel­li­gible voix.

Portrait des Viennois

Ne te fais pas d’illu­sions sur les Vien­nois. Ces gens-là sont super­fi­ciels. Tant qu’on leur donne de la bière et de la saucisse, ils se tiennent tran­quilles.

Dispute à propos du violon

Et cette vogue du violon ! Un instru­ment au son criard, dur et perçant. Qui n’a ni déli­ca­tesse ni harmo­nie et contrai­re­ment à la viole, à la flûte ou au clave­cin, est fati­gante autant pour l’exé­cu­tant que pour celui qui écoute. 
-Désolé, monsieur, lui rétor­qua son jeune contra­dic­teur, cette prédo­mi­nance du violon est là pour rester. Vous savez pour­quoi ? Parce qu’à lui tout seul, il peut être l’ins­tru­ment prin­ci­pal d’un orchestre.

Portrait d’Olympe de Gouge

Elle est folle, celle-là. Je ne vois pas vrai­ment pour­quoi Etta l’ad­mire tant ! Trou­vez-vous normal qu’elle demande l’abo­li­tion du mariage, qu’elle quali­fie de « tombeau de l’amour » ? Qu’elle prône sans vergogne le vaga­bon­dage sexuel en deman­dant de prendre en compte les penchants natu­rels des parte­naires à nouer des liai­sons hors mariage ? Qu’elle exige que la loi insti­tue un droit au divorce ? Pas éton­nant qu’elle demande aux enfants nés hors mariage, je veux dire les bâtards, soient octroyés les mêmes droits qu’aux enfants légi­times. Rendez-vous compte ! Une femme qui ignore l’ordre natu­rel des choses et veut poli­ti­quer comme un homme, voilà l’Olympe de Gouge qu’ad­mire tant notre cher Etta .

Un des aspects de l’esclavage

Avant de les vendre, on castrait les garçons et les hommes dans des condi­tions effroyables. L’opé­ra­tion était si barbare que très peu y survi­vaient : pour un rescapé, une douzaine trépas­sait (… ) 
Frédé­rick de Augus­tus était médusé. Il connais­sait les horreurs de l’es­cla­vage trans­at­lan­tique, mais personne aupa­ra­vant ne lui avait raconté l’es­cla­vage arabo-musul­man, tout aussi horrible, pire peut-être, sur certains aspects. Surtout, il ne trou­vait aucun sens écono­mique à cette castra­tion qui provo­quait la mort de tant d’es­claves. Il avait posé la ques­tion à Soli­man qui lui avait répli­qué :
- Vois-tu, ces escla­va­gistes-là ne raisonnent pas comme ce que ton père a connu dans les Caraïbes. Pour ces derniers, que les esclaves se repro­duisent est souhaité et même encou­ragé car essen­tiel pour leur pros­pé­rité. C’est comme avoir du chep­tel ; plus il se multi­plie, plus le proprié­taire devient riche. Cette logique écono­mique n’existe pas chez les négriers arabo-musul­mans, obnu­bi­lés qu’ils sont par la crainte de voir ces Noirs prendre souche et avoir des rela­tions sexuelles avec les femmes des harems dont ils sont les gardiens et les servi­teurs. Il fallait donc en faire des eunuques, c’est-à-dire les castrer. Pire encore, comme eux-mêmes ne se privaient pas de violer les esclaves noirs, les enfants qui en résul­taient étaient systé­ma­ti­que­ment élimi­nés ! (…)
Pose-toi la ques­tion mon cher Frédé­rick, comment expliques-tu aujourd’­hui la présence d’une popu­la­tion noire aussi nombreuses dans les Amériques alors que dans les sulta­nats et les candi­dats, malgré la masse innom­brable qui y a été impor­tée, ce n’est pas le cas ? Où sont passés tous ces Noirs qui ont traversé la mer Rouge en direc­tion de la pénin­sule arabique, entas­sés dans des boutres dans les condi­tions les plus atroces ? Crois-tu qu’ils ont tout simple­ment disparu comme ça dans un immense trou noir ? Non. C’est le résul­tat de ces pratiques igno­mi­nieuses. Castra­tion et infan­ti­cide !

Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Claude et Jean Dema­nuelli. Édition Cherche midi.

Livre criti­qué dans le cadre du programme Masse Critique de Babe­lio

Ouf ! j’ai terminé cet énorme pavé de 560 pages ! Énorme : car je n’ai abso­lu­ment pas appré­cié cette lecture que je m’étais enga­gée à lire dans le cadre d’une masse critique de Babe­lio. Le sujet m’intéressait, j’avais compris que c’était un roman histo­rique et qui devait me permettre de revivre la peste de Londres au XVII ° siècle – en période de pandé­mie cela me semblait une bonne idée que de se plon­ger dans des épidé­mies meur­trières du passé. Le roman se situe dans le milieu juif qui commen­çait tout juste à se réins­tal­ler en Angle­terre après les horreurs de l’in­qui­si­tion en Espagne et au Portu­gal. Mais ce n’est pas du tout le thème le plus impor­tant du roman. L’au­teure a voulu cerner ce qui aurait pu se passer à cette époque si une femme avait voulu se mêler d’écri­ture et de philo­so­phie. Il s’agit donc d’une oeuvre d’une fémi­niste qui veut faire comprendre la condi­tion de la femme. D’ailleurs elle le dit clai­re­ment dans son inter­view que l’on peut lire à la fin du livre :

Ques­tion : Comment vous est venue l’idée de ce roman ? 
Réponse : Dans une chambre à soi, Virgi­nia Woolf pose la ques­tion suivante : si William Shakes­peare avait eu une sœur aussi douée que lui, quelle aurait été son sort ?
Elle apporte elle-même une réponse succincte à la ques­tion. « Elle mourut jeune … Hélas, elle n’écri­vit jamais une ligne. »
Woolf a raison bien sûr. C’était le sort le plus vrai­sem­blable qui pouvait échoir à une femme de cette période douée d’un esprit déve­loppé. Les condi­tions dans lesquelles vivaient alors les femmes leur rendaient virtuel­le­ment impos­sible toute expres­sion artis­tique ou intel­lec­tuelle.
La fiction roma­nesque commence par une décou­verte de manus­crits datant des années 1660, dans une très belle demeure du XVII° à Londres. Ensuite les chapitres se succèdent soit à Londres avec Esther au service d’un rabbin rendu aveugle par les tortures de l’in­qui­si­tion, soit à Londres du XXI° siècle avec Helen Watt et son jeune assis­tant Aaron Levy. Les deux desti­nées sont construites en paral­lèles : Esther doit cacher à sa commu­nauté qu’elle lit et écrit et même trahira son rabbin tant respecté pour pouvoir dialo­guer avec Spinoza. Helen Watt est obli­gée de cacher ses décou­vertes le plus long­temps possible car personne, aujourd’hui encore, n’est prêt à admettre qu’une femme puisse atteindre un tel degré en matière philo­so­phique. Toutes les deux sont dans l’ur­gence de la mala­die, la peste pour Esther et la mala­die de Parkin­son qui ronge le cerveau d’He­len. Enfin les deux ont connu un véri­table amour qui a boule­versé leurs certi­tudes. Ce roman décrit aussi l’ivresse de la décou­verte de vieux docu­ments par des histo­riens et les riva­li­tés du monde univer­si­taire. Il décrit aussi les diffé­rences entre la froi­deur britan­nique et l’en­thou­siasme déplacé des améri­cains.
Tout cela aurait pu m’in­té­res­ser mais je n’ai jamais accro­ché à cette lecture qui a pour­tant reçu toutes les louanges de la presse améri­caine. La « construc­tion étour­dis­sante » dont parle la quatrième de couver­ture m’a semblé d’une lour­deur incroyable. Je vais peut-être me mettre à dos les fémi­nistes améri­caines mais je trouve le projet malhon­nête. Certes, les femmes du XVII° étaient inter­dites de créa­tions litté­raires et artis­tiques et on peut suppo­ser qu’une jeune fille de reli­gion juive avait encore moins d’op­por­tu­ni­tés de se libé­rer des carcans de la tradi­tion pour se permettre de philo­so­pher avec Spinoza. Autant un exemple pris dans la réalité m’au­rait inté­res­sée mais inven­ter un tel person­nage me semble vouloir faire corres­pondre l’idéo­lo­gie de l’au­teure à la réalité histo­rique.
Quant‑à la partie XXI° siècle, l’au­teure met ses person­nages dans des tensions qui rappellent celle des juifs ayant connu l’in­qui­si­tion et la peste de Londres, et je n’y ai pas cru non plus, évidem­ment !
Et comme l’au­teure essaie d’être dans la préci­sion histo­rique et psycho­lo­gique la plus proche de ce qu’elle croit être la réalité, il lui faut presque six cent pages pour ne me convaincre ni dans l’his­toire ancienne ni dans les conflits univer­si­taires britan­niques actuels . À ce roman trop bavard, je préfère et de loin la réponse lapi­daire de Virgi­nia Woolf. :
« Elle mourut jeune … Hélas, elle n’écri­vit jamais une ligne. »

Citation

Les femmes juives au XVII° siècle

Je comprends très bien ton désir de l’étude, mais tu dois réflé­chir au choix qui se présente à toi. Je ne peux pas faire comme si Dieu t’avait créée homme, et par consé­quent capable de vivre de son esprit et de son savoir. Dieu a mis en nous des désirs innom­brables. Mais nous les contrô­lons pour pouvoir vivre. J’ai été obligé, pour ma part, de maîtri­ser mes propres désirs quand la perte de ma vue m’a inter­dit de deve­nir le savant que je voulais être, ou de fonder une famille. Je regrette vrai­ment, dit-il en bais­sant encore la voix, de t’avoir induite à croire que tu pour­rais être une érudite. Tu en avais l’étoffe, cepen­dant.

La fuite du Portugal , parole de la mère juive rebelle.

« Quand ma mère et moi nous sommes enfuies de Lisbonne, c’était pour sauver nos vies. Pas nos vies de juive. Nos vies, tout court. Nous nous sommes enfuies parce que même si nous ne réci­tions jamais une prière, même si ma mère et mes tantes allaient danser après leur festin du vendredi, même ainsi, les prêtres voulaient nous traî­ner dans leur chambre de torture. »

Dialogue en Israël au XX° siècle

« Donne-moi le nom d’un pays, n’im­porte lequel, et je te parle­rai de l’époque où il ne pensait qu’à tuer les Juifs. Sais-tu que des nazis allaient recru­ter des paysans locaux en Russie pour les aider à noyer les Juifs, avant qu’ils aient trouvé des méthodes d’ex­ter­mi­na­tion plus effi­caces ? Trente mille morts en deux jours à Babi Yar. » Un silence. 
» Par noyade.
- Dror arrête.
-Je veux que tu essaies d’ima­gi­ner ça. 
Elle le regarda effa­rée.
» Moi, je l’ima­gine. On ne peut pas noyer les gens en masse tu vois, il faut procé­der indi­vi­duel­le­ment. Peux-tu imagi­ner ce que c’est que de forcer un enfant, une femme, un homme à garder la tête sous l’eau ? Et pas juste une seconde comme si tu agis­sais par réflexe avant d’avoir eu le temps de réflé­chir. Noyer quel­qu’un suppose que tu le main­tiennes … Il faut que tu conti­nues jusqu’à l’ex­tinc­tion de toute vie » conclut-il d’une voix brisée.

Edition Alma Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Un livre sur un sujet à propos duquel j’ai beau­coup lu. Mais je pense qu’on ne lit jamais assez pour comprendre tous les aspects de la Shoah. J’ai été très inté­res­sée par le point de vue de cette écri­vaine tchèque qui vit en France et écrit en fran­çais.
Le roman commence par deux scènes fortes : à Prague, en 1953 Vladi­mir Vochoc fait face à un tribu­nal popu­laire, puis à l’époque contem­po­raine, toujours à Prague, lors d’une inon­da­tion une femme âgée ne veut pas quit­ter son appar­te­ment et impose d’autre part à sa fille que son enfant apprenne le fran­çais. Ces deux volon­tés appa­raissent comme des ordres auxquels il est impos­sible de ne pas de soumettre. Puis nous repar­tons dans le passé à Stras­bourg en 1938, deux femmes juives réfu­giées accouchent, l’une perd son bébé, l’autre meurt en couches d’une petite fille bien vivante. La femme qui a perdu son bébé, s’empare de cette petite fille qui devien­dra José­pha. Le père de cette enfant confie une poupée qui avait été prépa­rée par son épouse pour l’en­fant à naître.

L’ori­gi­na­lité du récit vient de cette poupée de chif­fon aux yeux de nacre qui suit toute l’his­toire de José­pha à travers les fuites succes­sives de la famille qui échappe de si peu à la mort. Mais le récit prend aussi une tour­nure plus histo­rique grâce à un person­nage qui a existé le consul à Marseille de la Tché­co­slo­va­quie Valdi­mir Vochoc.

Celui-ci grâce à l’aide du jour­na­liste améri­cain Varian Fry a sauvé plusieurs milliers de juifs et de réfu­giés alle­mands oppo­sants au nazisme.

J’ai lu et décou­vert les fonde­ments de la répu­blique tché­co­slo­vaque qui voulait faire la place à toutes les mino­ri­tés et toutes les langues qui se croi­saient sur ce nouveau terri­toire. Si les démo­cra­ties avaient défendu cet état, le yiddish n’au­rait donc pas disparu de l’Eu­rope. Que d’oc­ca­sions ratées ! Est ce que cela aurait permis à ne pas avoir à recher­cher pour­quoi il a fallu sacri­fier envi­ron 6 millions de juifs pour qu’en­fin chacun se pose les bonnes ques­tions face à l’an­ti­sé­mi­tisme. Le parcours de la poupée de José­pha raconte à la fois combien le filet qui se resserre un peu plus à chaque fuite est tota­le­ment angois­sant pour ces pauvres juifs chas­sés de toute part, et combien seule­ment un tout petit nombre d’entre eux n’ont dû leur survie qu’à la chance et aux quelques « justes » croi­sés sur leur chemin. On connait cette fuite et ces angoisses, c’est bien raconté et tout est plau­sible mais pour moi le plus nova­teur dans ce récit est la rencontre avec cet ambas­sa­deur Tché­co­slo­vaque et son amour pour son pays.

Citations

Les juifs chassés de partout

Pour lui, il n’y avait pas d’en­droit où aller. « Aller », c’était tout ce qui comp­tait. Ces diffé­rents lieux provi­soires, tous ces « ici », n’étaient que des haltes de passage, plus ou moins longues, le temps de quelques géné­ra­tions, parfois de quelques années, le temps d’ap­prendre les lois du pays qui régis­saient leur vie, le temps apprendre la langue, parfois le temps d’ab­sor­ber et de resti­tuer dans sa propre langue les mots et expres­sions d » »ici », le temps de se bercer de l’illu­sion d’une durée possible. Puis il fallait déjà repar­tir, parfois sans avoir le temps de refaire ses valises. « Avec les siècles, se disait Gustav, on a appris à flai­rer le roussi. Bien avant les autres. »

Conséquences de ces exils successifs

On devait être souple. Une souplesse inscrite jusque dans l’ex­pres­sion popu­laire : « prenez votre crin­crin et tirez-vous. » Voilà pour­quoi tous les Juifs de l’Est qui se respectent jouent du violon. C’est facile à trans­por­ter. On n’a jamais vu quel­qu’un avec son piano sur le dos.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Édition STOCK

Après « le roi disait que j’étais le diable » voici donc la suite de la vie mouve­men­tée d’Alié­nor d’Aqui­taine. Elle n’est plus la Reine de France , ni l’épouse du trop sage et trop pieux Louis VII, mais elle est Reine d’An­gle­terre et l’épouse du fougueux et cruel Henri Plan­ta­ge­nêt. « La révolte » dont il est ques­tion ici, est celle qu’elle a fomen­tée avec ses trois fils pour reprendre à Henri le trône de l’An­gle­terre. Cela lui vaudra d’être empri­son­née pendant quinze ans dans des donjons britan­niques très « inhos­pi­ta­liers » (En période de confi­ne­ment, elle aurait peut-être eu des conseils à nous donner !). Mais elle en sortira et soutien­dra ses fils qui ne cesse­ront, eux, de se faire la guerre. C’est une période incroya­ble­ment violente, trop pour moi c’est sûr et je n’ar­rive pas à voir dans Alié­nor d’Aqui­taine une fémi­niste lettrée que l’au­teure veut nous présen­ter. C’est une femme de pouvoir cruelle et calcu­la­trice et rien ne l’ar­rête quand elle veut étendre son influence. En revanche, je suis prête à croire au portrait de Henri Plan­ta­ge­nêt, un homme d’ac­tion violent et déter­miné. Le roman se présente comme un long mono­logue de leur fils Richard (Cœur de Lion) qu’il adresse à sa mère. Si cette période m’in­té­res­sait, je crois que je préfé­re­rais lire l’oeuvre d’un histo­rien, je sens trop dans ce récit l’en­vie de l’au­teure de présen­ter Alié­nor comme une femme moderne « fémi­niste ». Cela n’en­lève rien au style très alerte de cette auteure mon peu de goût pour ce roman en dit beau­coup sur mon dégoût des scènes de batailles succes­sive où on embroche, on viole, on assas­sine allè­gre­ment.

Citations

Tout oppose le roi de France, Louis VII à Aliénor

Blois s’ap­prê­tait à fêter les Rameaux. Ma mère se réjouit. Durant ces années de mariage, au côté d’un Louis si pieux, son sang d’Aqui­taine a failli s’as­sé­cher. Il récla­mait la foule, la musique, les façades déco­rées. Il était malade de calme. Mais demain, ma mère se glis­sera au milieu des rondes et boira du vin.

Une belle tempête

Les marins implorent le ciel, les yeux mouillés de pluie. La mer joue avec le vais­seau comme une balle. Les vagues se dressent, s’abattent et balaient le pont telle une langue blanche surgit des tréfonds . On tombe, s’agrippe, on dispa­raît. Un marin hurle. Il se balance le long de la coque, son pied coincé dans un cordage la tête en bas. Des lames d’eau frappe sa silhouette, il agite les bras puis devient pantin mou, renversé, qui fait de grands allers-retours au bout de sa corde, et ce mouve­ment répond à la danse des tonneaux sur le pont qui roulent d’avant en arrière. Autour, dans la vapeur grise, on ne voit rien, mais tout est bruit. On jure­rait que le vent ricane, le ciel rugit de joie. Le bois grince tant qu’il semble crier, la coque résonne des hennis­se­ments affo­lés des chevaux. La cale du bateau inon­dée, recrache les outils des char­pen­tiers. Il faut éviter l’avan­cée fulgu­rante des scies, invi­sible dans les remous, ainsi que celles des clous. À la proue, les bannières tordues de vent rappellent la trace déri­soire d’un pres­tige. Soudain les nuages s’écartent et découvrent une lune pareille à un œil blanc et fixe. Chacun se tait, figé dans cette clarté sinistre. Puis les brumes se referment comme une bouche, l’obs­cu­rité tombe et la tempête reprend.

Genre de scènes « sympathique »

Nous contour­ne­ront l’ab­baye de Fonte­vraud que certains voudraient piller, j’en­tends les merce­naires compa­rer cette abbaye à une orgie car elle est mixte, hommes et femmes y vivent ensemble, « de quoi se réga­ler l’heure des messes », ricanent les hommes. Merca­dier essaie discrè­te­ment de les faire taire. Trop tard. Je remonte les rangs. Le plai­san­tin est facile à repé­rer. Il trans­pire. Je prends le temps de l’ob­ser­ver, puis de sortir mon épée. Elle glisse lente­ment le long de sa tante ruis­se­lants. D’un seul coup, elle coupe son oreille. Le merce­naire hurle et se plie sur son cheval. Je tourne bride en veillant à ce que les sabots marchent sur l’or­gane sanglant. Je reprends ma place devant les troupes. Piller Fonte­vraud ! Ces guer­riers ignorent donc que ma mère veut y être enter­rée ? Il est hors de ques­tion d’y toucher.
Je lance le départ. Ille chevaux s’ébranlent derrière moi. Ce gron­de­ment est une sève, rage et joie mêlées. Merca­dier exulte. Un chant monte en puis­sance.
J’aime quand les coureurs
Font fuir gens et trou­peaux
Et j’aime quand je vois après eux
Venir les venir les gens d’armes…
Mon épée cogne ma cuisse à chaque foulée, batte­ments d’acier qui rythme ma vie, Au son d’un air gaillard repris par des ogres.

Les souvenirs d’une reine enfermée pendant quinze ans

Mais je ne dois pas me lais­ser distraire. La mémoire est un soldat aux jambes maigres et infa­ti­gable. Elle attaque la nuit. Inutile de la fuir. Elle grimpe vos murs et rampe sous vos portes. Elle agit sans haine, avec la lenteur sereine de celle qui connaît ses droits. Qu’im­porte que son scin­tille­ment ressemble au robe des fées. Le dormeur, lui, ne peut plus bouger, et se sent gagné par le froid.

Édition Héloïse d’Or­mes­son , Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Petit livre rapi­de­ment lu mais telle­ment édifiant à propos de l’in­to­lé­rance reli­gieuse ! Nous sommes en Hollande et nous suivons un peintre surnommé Torren­tius de son vrai nom Johannes Symonsz Jan Van der Beeck, il n’est connu que pour une seule oeuvre :

On sait aussi qu’il faisait partie des « Roses Croix » et qu’il a été jugé pour héré­sie à Amster­dam et que toute son oeuvre a été brûlée sauf ce tableau. Le roi d’An­gle­terre qui admi­rait son oeuvre le fait venir dans son pays après son procès. Mais ce peintre brisé par la torture n’a plus rien produit. Il n’en suffi­sait pas plus à Colin Thibert pour nous faire revivre, dans un livre très court, ce qu’a pu être la desti­née d’un peintre qui aimait trop la vie sous toute ses formes face à l’in­to­lé­rance protes­tante qui n’ai­mait rien tant que la rigueur et la séche­resse de cœur. Vrai­ment les into­lé­rances reli­gieuses sont détes­tables et me révoltent au plus profond de moi. Ce petit roman le raconte très bien et fait donc revivre en quelques pages un grand artiste dont aujourd’hui la Hollande serait si fière si elle avait su muse­ler au XVII° siècle les crétins qui ne voulaient pas recon­naître le génie si celui-ci ne respec­tait pas leurs codes complè­te­ment dépas­sés main­te­nant.

Citations

La Hollande

Dans ce curieux pays qui parvient à se gouver­ner sans le secours des Princes, il suffit de se rendre au marché, on peut s’y procu­rer de la pein­ture aussi aisé­ment un quar­tier de bœuf ou un turbo pêché du jour, souvent moins cher. Brigby, en revanche, a dû débour­ser une somme plus consé­quente pour une huile sur panneau dudit Rembrandt qui, en dépit de son jeune âge, s’en­tend à faire grim­per sa cote ; mais son inter­pré­ta­tion du sacri­fice d’Isaac, par sa vigueur et son foudroie­ment de lumière dorée, éclipse le travail de tous ses concur­rents. Si se Rembrandt survit aux excès de table, de bois­sons et de luxure qui sont le lot des Flamands, on peut gager qu’il lais­sera derrière lui une œuvre consi­dé­rable.

Un bon repas chez les Flamands

Repus et satis­faits, il s’en faut de peu qu’ils ne lui tapent sur le ventre ou sur les cuisses. Les trognes luisent, les dents brillent entre les lèvres grasses, on allume les pipes, on claque les fesses de la servante venue débar­ras­ser.

Torrentius et son persécuteur

Torren­tius n’a jamais rencon­tré Velsaert et Velsaert ne le connaît que de répu­ta­tion. L’an­ti­pa­thie entre les deux hommes est immé­diate et rédhi­bi­toire. C’est la rencontre du sanguin et du bilieux, de l’ex­pan­sif et du constipé, du lion et du rat d’égout…

Déclaration après son procès

J’écris , monsieur sur l’art et la manière dont ces mêmes hommes s’acharnent à détruire, à étouf­fer ou à muse­ler ce qui dépasse les étroites limites de leur compré­hen­sion. Ceux qui m’ont condamné, messieurs, ne craignent rien tant que la vie, ses débor­de­ments, ses jaillis­se­ments et ses couleurs. Aussi vont-ils la tête basse et le teint bilieux, tris­te­ment habillé de noir, rongé par l’en­vie et la frus­tra­tion. Savez-vous pour­quoi ils me détestent ? Parce que j’ai tout ce qu’ils n’au­ront jamais, du panache, du talent et toutes les femmes que je puis dési­rer !

Édition Galli­mard

Je me souviens encore du plai­sir que j’ai eu à lire « Balzac et la petite tailleuse chinoise » , et lorsque j’ai vu ce roman à la média­thèque, je me suis souve­nue avoir lu un billet sur le blog « Jour­nal d’une lectrice », je n’ai pas hésité, je suis donc partie avec cet auteur qui raconte si bien son pays dans la ville côtière de Putian. Yong Shen est le fils du char­pen­tier du village, il sera marqué à tout jamais par un sermon d’un pasteur améri­cain qui parle lui aussi d’un fils de char­pen­tier. Il devient chré­tien et fabri­cant de sifflets pour des colombes.

Il passe un certain temps auprès de ce pasteur et de sa fille Mary. Puis, il fait des études de théo­lo­gie mais aupa­ra­vant, il sera marié pour respec­ter d’obs­cures super­sti­tions. Il revient chez lui, et il apprend que sa femme a donné nais­sance à une enfant aux yeux clairs, Helai, cette enfant fera son bonheur et son malheur à la fois. S’il n’en est pas le père biolo­gique, il l’a élevée avec amour mais en périodes de folies révo­lu­tion­naires être fille de pasteur, être brillante intel­lec­tuel­le­ment, et avoir des yeux bleus , s’avèrent très dange­reux . Alors, après la période de bonheur ou Yong Shen a été pasteur à l’abri de son arbre chéri, né en même temps que lui : l’agui­laire qui est ‑si j’ai bien compris- l’arbre qui donne de l’en­cens, viennent les diffé­rentes épisodes de la révo­lu­tion commu­niste. Le « grand bon en avant », sera suivi par la révo­lu­tion cultu­relle et si Yong Shen n’y laisse pas sa vie, il y laisse son âme et sa foi.

Comme souvent dans un bon roman qui s’ap­puie sur la tragé­die histo­rique et sur la folie des hommes, il y a des moments de détentes et même de rire. L’émeute provo­quée par l’opé­ra­tion du petit garçon chinois d’une ecto­pie testi­cu­laire est à la fois, bien racon­tée et très drôle, tout le village est persuadé que le méde­cin blanc s’en prend à la viri­lité de l’en­fant chinois. Comme on traverse plus de la moitié d’un siècle ‑et quel siècle !-, ce roman est très dense et four­mille d’his­toires et de person­nages très divers. Même les person­nages secon­daires sont inté­res­sants et lorsque le rouleau compres­seur s’abat sur le peuple, il n’y a pas beau­coup de recoins pour se cacher et échap­per à la terrible remise au pas de tout un peuple.

Les souf­frances du pasteur reconnu comme traître à la cause du peuple et dénoncé par sa propre fille qui veut sauver sa vie et celle de son enfant sont à peu près insou­te­nables s’il n’y avait pas le talent de ce grand écri­vain qui embarque son lecteur dans des descrip­tions poétiques et un monde fait de beauté et de rêve. La tragé­die et la mort sont présentes jusqu’à la dernière ligne mais elle est accom­pa­gnée par le « Concerto en ré majeur de Beetho­ven » et cela donne une impres­sion qui s’élève au-delà de la réalité de la souf­france humaine .

Citations

Traditions

C’était le ruban de satin rouge que la famille Yong espé­rait depuis huit ans, car, selon la coutume, à Putian, on accro­chait un ruban rouge à un arbre de sa maison, pour annon­cer au monde que l’épouse était enceinte.

Yong Sheng est torturé par les communistes en 1949. Il est alors directeur de l’orphelinat

Un petit de sept ou huit ans s’ap­pro­cha du révo­lu­tion­naire. 
« Vous pouvez faire redes­cendre notre direc­teur ? 
-Tu ne dois plus l’ap­pe­ler direc­teur, mais ordures impé­ria­liste. 
-Vous pouvez faire redes­cendre notre impé­ria­liste s’il vous plaît ? 
-Bon point pour toi, je vais le faire redes­cendre, et procé­der à la deuxième partie de son inter­ro­ga­toire. »

Les réunions publiques sous la révolution culturelle

Les paysans présents depuis le matin étaient rentrés déjeu­ner chez eux, mais sitôt leur repas pris, ils revinrent avec leurs enfants, et des tabou­rets bas pour s’as­seoir. Assis­ter à une séance de critique n’était pas un acte gratuit. Selon le barème en vigueur, une demi-jour­née de présence rappor­ter cinq points à un homme, quatre à une femme, trois au vieillard, ou malade et aux handi­ca­pés. Quant aux cadres non rému­né­rés par l’État, ils touchaient une prime, en plus de leur salaire régu­lier.

Le manchot, en tant qu’an­cien droi­tier réha­bi­lité, jouis­sait théo­ri­que­ment de ses droits civiques, mais en pratique, il n’était jamais auto­risé à assis­ter à une réunion poli­tique de la commune. Non pas qu’on lui refu­sât la petite compen­sa­tion finan­cière ou la jour­née de repos qu’im­pli­quait une parti­ci­pa­tion à de tels rassem­ble­ments, pour les paysans et les ouvriers c’était moins dur que de jour­née de travail, mais son statut de consi­gner le mettait à part. Chaque mois, en tant que boucher en attente d’emploi, il était rému­né­rée par le district, qui ne l’au­to­ri­sait pas assis­ter aux meetings et l’obli­geait à travailler. 

Torturé pendant la révolution culturelle

La plaque de ciment de dix kilos y exer­çait une pres­sion telle que l’acier péné­trait profon­dé­ment dans sa chair. La large tumé­fac­tion qui s’était formée autour ne cessait de gonfler. Ses vertèbres cervi­cales semblaient sur le point de se briser.(…)
Il songea que les concep­teurs de la plaque de ciment étaient d’une intel­li­gence redou­table. Il avait vrai­ment été inspi­rés. Avec leurs inven­tions, il avait écrit, au ving­tième siècle, un nouveau chapitre des lois de la gravité, plus le fil de fer sur lequel repo­sait le poids de la plaque était fin, plus la gravité en démul­ti­pliait la pesan­teur. 
Il leva la tête, et, à travers la sueur épaisse qui brouillait et ses yeux, il aper­çut devant lui le visage de Mao, comme une appa­ri­tion confuse, entou­rée d’un halo trouble. C’était un portrait du président que ses accu­sa­teurs avaient installé devant lui, pour la réunion de critique .
» Président Mao, je suis vrai­ment incu­rable. Mon infec­tion idéo­lo­gique est trop grave. Vous me donnez l’oc­ca­sion d’être criti­qué par les masses, mais, alors que je suis à genoux devant vous, mon cerveau malade se préoc­cupe encore des notions physique que j’ai étudié à la faculté de théo­lo­gie, et la seule chose à laquelle je suis capable de penser, c’est la loi de la gravité décou­verte par un occi­den­tale. Grâce à votre Révo­lu­tion cultu­relle, j’es­père pouvoir enfin rompre a jamais rien qui m’at­tache encore à la pensée des impé­ria­liste. »

Édition Sona­tine. Traduit de l’an­glais par Marc Barbé.Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Deux romans poli­ciers dans la même jour­née ! Je dois ce tour de force à mon club de lecture. Et toujours, pour moi, aussi peu d’in­té­rêt . Pour­tant celui-ci fait partie de la sélec­tion pour notre « coup de cœur des coups de cœur » de juin 2020. Cela veut dire qu’il a beau­coup plu à nos amies fidèles au genre « polars » mais son inté­rêt a dû s’étendre aux amatrices du genre romans histo­riques (déso­lée, Messieurs, seules les femmes font partie de ce club pour­tant ouvert à tous et toutes !). Ce roman se situe en 1931, au milieu de la crise finan­cière mondiale. Le ressort amou­reux de cette histoire est si faible que j’ai dû de toutes mes forces m’ac­cro­cher au fait que seules celles qui lisent l’en­semble des romans peuvent parti­ci­per à notre déli­bé­ra­tion du mois de juin pour le finir. Ce qui est origi­nal, c’est que le person­nage prin­ci­pal est un escroc, donc le narra­teur ne repré­sente pas le bien face aux puis­sances du mal. Il est un « mauvais » ordi­naire et les autres sont des méchants extra­or­di­naires qui mani­pulent le monde bien au delà des poli­tiques qui ne sont que des marion­nettes dans leurs mains qui peuvent s’ou­vrir pour faire couler de telles sommes d’argent que personne ne peut résis­ter. D’ailleurs résis­ter, veut dire que l’on retrou­vera un cadavre de plus dans les rues de Londres ou ailleurs. Et tout cela pour­quoi ? Pour satis­faire des gens de la finance qui d’après ce roman sont à l’ori­gine de la guerre 1418. C’est la partie la plus inté­res­sante du roman mais ce ne sont là que les trente dernières pages et qui ne sauvent pas ce roman pour moi, j’ai trop attendu pour y arri­ver sans que cela enri­chisse le propos.
Mais je le répète, il a beau­coup plu aux lectrices de mon club, alors si vous aimez les polars, faites vous votre propre idée

Citations

(Pour une fois glanée chez Babe­lio car je m’en­nuyais trop pour anno­ter ce roman)

La dupe­rie est cumu­la­tive : un mensonge en engendre une douzaine d’autres, qui à leur tour en engendrent chacun une douzaine.

L’argent est moins éphé­mère que la vérité et la beauté. Il fruc­ti­fie, tandis qu’elles s’étiolent.

Dans un monde qui se croyait si sage et se compor­tait pour­tant si bête­ment , il semblait parfois que seuls les fous voyaient les choses telles qu’elles étaient vrai­ment, que seuls les gens comme mon frère étaient prêts à admettre ce qu’ils aper­ce­vaient du coin de l’œil.