Éditions Christian Bourgeois, 199 pages, octobre 2025

Traduit du suédois par Anna Gibson

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

Cette autobiographie intéressera ceux et celles qui veulent comprendre l’Allemagne Nazie. Ce livre a d’abord été publié en 1984, et a été immédiatement considéré comme un livre indispensable, mais il est de nouveau mis en avant en 2022 au détour du prix Elisabeth Langgässer qui a été attribué à Daniel Kehlmann. Cet auteur a cherché à savoir qui était cette poétesse, et il découvre alors son passé pro-nazi, et surtout qu’elle avait une fille Cordelia qui avait écrit ce roman. C’est un récit terrible d’une enfant que sa mère n’a pas su protéger de la persécution, et qui a préféré se sauver elle plutôt que sa fille. Attention, il ne s’agit pas de juger avec nos yeux d’aujourd’hui. Cette mère avait vraiment peu de possibilités de s’en sortir. Elle a été amenée à dénoncer sa fille, pour ne pas être elle même en danger, mais qui sait, si en ne dénonçant pas sa fille, les nazis ne s’en seraient pas pris aux deux.

Tout ce qu’on sait, c’est qu’Elisabeth Langgässer a donné tous les gages possibles au régime nazi , à travers sa poésie et ses fréquentations, et que sa fille a été déportée car son père était juif. Cordelia décrit d’abord sa fascination pour cette mère originale, et que l’enfant trouve très belle. Elle même, dès ses premiers souvenirs souffre d’être une enfant sans père, puisque son père est marié et a des enfants avec une autre femme que sa mère. Arrive le régime nazi et là, elle découvre avec horreur qu’elle est juive par son père. Commence alors une angoisse de tous les instants, l’enfant ne comprend pas grand chose et ne se sent pas vraiment en sécurité chez elle. Dans un effort désespéré pour la sauver sa mère la fait adopter par des Espagnols. La gestapo se rend compte que ce n’est qu’une façon de tromper les lois du régime et on arrive donc à cette scène que j’ai recopiée dans les extraits. Elle sera déportée à Auschwitz, et décrit avec réalisme l’horreur des camps, cette lecture est éprouvante mais nous la devons à la mémoire de tous ceux qui ne sont pas revenus. C’est en Suède qu’elle sera rapatriée et ne remettra jamais les pieds en Allemagne. Sa résurrection sera lente et difficile elle vivra un moment en Israël mais finira ses jours en Suède. Ce qui rend ce livre poignant c’est la façon dont cette enfant se sent toujours coupable de tout le mal qu’on lui fait.

Si tout le temps de la lecture , j’essayais de ne pas juger sa mère, j’ai été très choquée qu’elle ose lui demander des détails sur Auschwitz pour écrire sa propre biographie.

J’ai été bouleversée par cette lecture et pourtant, j’ai beaucoup lu sur ce sujet.

Extraits.

Début.

La petite savait naturellement depuis toujours qu’elle posait problème.
 Elle n’était pas comme les autres. À sa personne, un secret était lié. Un secret obscur, coupable et honteux. Le péché et la honte n’était pas de son fait. Non, elle y était vouée de naissance ; spécialement réservée, séparée et mis à part pour cela.

Réveil au camp de concentration.

 Mais en réalité, le plus souvent, elle restait couchée jusqu’au moment où une détenue compatissante l’obligeait à émerger pour sortir rejoindre l’appel. La panique lui sautait à la gorge, à l’instant glacial, où elle se réveillait tout à fait, vite, vite, elle n’allait pas réussir à sortir à temps, vite, vite, où étaient ses chaussures. La détenue qui s’était donnée la peine de la secouer lui avait sans doute sauvé la vie. Mais à ce stade, ce n’était pas une vie à laquelle la petite accordait beaucoup de valeur, elle la portait simplement de la même façon inévitable que ces hardes infâmes. 

Scène insoutenable.

(Marche de la mort 1945)

L’instant d’après, l’homme est sur elle et la frappe en hurlant. Elle sait, avec une certitude paralysante, que c’est la fin, qu’il va la tuer. Le jeune soldat observe la scène, Pétrifié par la peur, mais ensuite il tente un geste pour retenir le SS, d’abord surpris, puis fou de rage, retourne sa harne contre lui. Alors la petite sort de son hébétude, une dernière étincelle de vie s’allume quelque part en elle (parce que quelqu’un s’est donner la peine de la défendre ?) et elle s’enfuit, elle a même la présence d’esprit de ramasser au passage le manteau gris sur lequel elle s’était assise et, sans ralentir, de poursuivre sa course en direction du train. Tel un lièvre -un écureuil-, elles zigzague entre les femmes assises ou allongées sur l’herbe jaunie, dans la lumière froide de cette fin d’hiver.
On lui a fait un croche-patte, on la montre du doigt, bien vite, c’est la l’hallali : « Elle est là ! »  » Non, ici ! » . Mais elle réussit à remonter dans le train et après cet épisode, elle ne quittera plus le wagon.

Poids des secrets dans l’Allemagne Nazie pour une enfant de 9 ans.

 À la maison, il y avait deux choses qu’on s’évertuait à lui faire entrer dans le crâne  » « Ne répète jamais à quiconque ce que ta grand-mère dit de Hitler ! » .Et deuxièmement, après ce jour où elle avait découvert par un malheureux hasard que sa mère écrivait le texte des publicités pour « Urald Lavendel » : « Ça non plus, il ne faut pas le dire à l’extérieur, sous aucun prétexte ! ». Si jamais elle transgressait l’un ou l’autre de ces interdits, la famille au complet serait frappée par un sort qui, pour n’être pas précisé, n’en était pas moins terrifiant.

la scène terrible.

 Sa mère avait organisé son adoption dans le but de contourner la loi allemande, enchaîna- t-il. C’était assimilable à un crime grave – trahison, haute trahison, et même un troisième terme que la petite ne retint pas. Mais si elle signait le document, on pourrait considérer qu’aucun mal n’avait résulté de l’initiative maternelle. Initiative qu’on pourrait, dans ce cas, considérer comme une faute vénielle. « Et, conclut-il par mesure de précaution, vous n’êtes pas sans savoir que votre mère est elle-même à moitié juive. »
 En jetant un coup d’œil à sa mère, elle croisa cette fois son regard. Le regard de ses beaux yeux bruns qui étaient capables de briller de façon ensorcelante, mais qui étaient à présent emplis d’une impuissante douleur muette. Personne ne parla. Aucune parole n’était nécessaire, il n’y avait rien à ajouter, aucune ombre de choix, d’ailleurs elle n’avait jamais eu le moindre choix, elle était Cordelia, celle qui tenait serments et promesses, elle était aussi Proserpine, elle était l’élue, et jamais elle n’avait été aussi proche du cœur de sa mère. Les mots eurent du mal à franchir ses lèvres, sa gorge nouée faisait barrage, mais pour finir elle réussit à les articuler. « Oui, je vais signer. »
Repu et satisfait, le dragon redevint un fonctionnaire presque aimable, qui l’informa en guise d’adieu : « Vous pouvez maintenant aller dans le bureau d’en face récupérer une nouvelle étoile. Elle coûte cinquante pfennigs. »

Retour parmi les vivants.

 Elle était muette. Au commencement était le verbe , mais à la fin, la cendre. En peu de temps, elle réussit cependant à maîtriser la langue des signes des vivants. Et, à sa grande stupéfaction, elle découvrit aussi, non sans une sorte de satisfaction grimaçante, que personne n’exigeait, ni le souhaitait, en attendre davantage de sa part. Au contraire, tout ce qui s’écartait des signes et gestes convenus pouvait, apprit-elle, susciter une gêne considérable.

Quiproquo linguistique.

 Elle se dirigea droit vers le panneau « Ingång förbjuden » pensant que cela voulait dire la même chose que l’allemand, « Eingang für Juden ». « Entrée réservée aux juifs ». C’était là qu’elle devait aller, pour elle c’était clair comme le jour, elle n’en fut pas bouleversée, ni même effrayée. Quand on lui expliqua que cela signifiait « Entrée interdite », elle fut prise de cours et un peu dépitée, de s’être rendue ridicule.

 


Éditions Points, 184 pages, février 2020

On peut tuer celui qui dit la vérité, mais pas la vérité elle-même..

Un énorme merci à Patrice d’avoir chroniqué ce roman. C’est vraiment un livre à lire et à faire lire. Je l’ai lu avant de l’offrir à ma fille scientifique et qui se bat pour que les élèves féminines ne renoncent pas aux études qui demandent un bon niveau de math. Pendant cette lecture, je pensais : quelle belle pièce de théâtre cela ferait, et dans les commentaires sur le blog où j’ai trouvé cette idée de lecture, je vois que Sacha parle de la pièce qui a été tirée de ce huis clos incroyable.

Ce roman est tiré d’une histoire vraie, Lise Meitner et Otto Hahn, ont travaillé sans relâche pendant trente ans pour comprendre la fusion nucléaire. Mais alors qu’ils sont sur le point de résoudre ce bon en avant prodigieux, Lise Meitner est obligée de fuir l’Allemagne nazie, car elle est juive et nous sommes en 1938. Elle se réfugie en Suède . En 1946 le prix Nobel est attribué à Otto Hahn pour cette incroyable découverte. Dans son journal, il a noté , avant l’attribution du prix :  » conversation désagréable aves Lise ».
Depuis on sait que, cette découverte à la quelle il doit son prix Nobel aurait dû être attribuée à Lise Meitner.
L’auteur imagine donc cette conversation « désagréable » et c’est tout simplement génial. C’est passionnant sur le plan historique, scientifique et humain.

Tout était là pour faire de cette conversation un drame parfait, mais il faut le talent d’un écrivain dramaturge pour savoir doser les effets et les révélations au fur et à mesure que les deux protagonistes s’affrontent. J’ai adoré ce petit livre et je ne l’oublierai pas, j’en suis certaine.

Extraits

 

Début.

 » Nul ne sait ce que nous réserve le passé. »
 Cette phrase, Hahn l’a en tête depuis qu’il est éveillé. Il ne saurait dire pourquoi. Elle est venue, d’un coup, alors qu’il ouvrait les yeux. Les mots ont semblé danser un instant face à lui, puis on envahit son cerveau. Impossible de se rendormir. Depuis, Hahn est à la fenêtre – qu’il a ouverte.

L’harmonie dans la recherche comme en musique.

 Ensemble, ils faisaient des merveilles, comme au sein de leur laboratoire. Hahn répétait ses expériences cent fois, mille fois, notait tout, scrupuleusement, infatigablement. Il ne laissait rien au hasard, puis répétait et répétait encore. Voila comment la fission a été découverte. La fusion de l’uranium 235. Personne d’autre que lui n’aurait pu l’observer. Llise, indéniablement, était l’intellectuelle, la créative. Elle amenait cette obstination nécessaire à toute expérience. . S’il n’y avait pas d’explication, elle en trouvait une. Et Hahn recommençait jusqu’à ce que tout fonctionne. 

Juive dans l’Allemagne Nazie.

 C’est surtout sa voix qu’il a gardé en mémoire. Cette voix, légèrement grave et posée. En trente années, Hahn n’a jamais vu Lise s’énerver. Ou une fois, peut-être, lorsque Kurt Hess, un chimiste de second plan au KWI, l’a dénoncée ouvertement au conseil d’administration. « La juive menace notre institut ». Lise ne pouvait pas comprendre. En quoi sa religion faisait d’elle subitement une mauvaise physicienne ?

Parcours d’une femme scientifique au 20•siècle.

 Pendant trente ans, à Berlin -je me suis battue, à tes côtés, il est vrai – pour exister en tant que femme et physicienne. Moi, qui n’étais rien, qui n’avait même pas le droit d’entrer par la porte principale, qui devais aller aux toilettes dans un restaurant à plus de cinq cents mètres, je suis devenu assistante, puis professeur, pour finalement diriger le département de physique du KWI. Et en une nuit, le 12 juillet 1938, j’ai tout perdu. J’ai fui. J’ai sauvé ma vie. Je suis repartie de zéro. Ici, à Stockholm, il a fallu à nouveau que je me batte – seule cette fois – pour exister. Pour que la physique nucléaire existe. Et je te laisse imaginer combien le suédois est une langue difficile à apprendre. Horriblement difficile. Je me suis souvent dit que toute la confiance que j’avais emmagasinée avec toi, je l’avais laissé à Berlin.

 

 


Éditions Folio aout 2025, 304 pages première édition en 2008

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

Personne ne rêve d’être bourreau, personne ne rêve d’être un jour supplicié.

 

Boualem Sansal est un auteur extraordinaire mais que je ne trouve pas facile à lire, j’avais eu du mal avec  » 2084 la fin du monde » où pourtant je reconnaissais un grand écrivain, je n’ai pas réussi à finir « le serment des barbares ».

Ce roman-ci a l’avantage d’être plus concis et de se concentrer sur le destin d’une famille, celle de la famille Schiller. Hans Schiller est allemand et a vécu dans un tout petit village près de Sétif et s’est marié avec une algérienne Aïcha , ils ont eu deux fils Rachel et Malrich. Les enfants ont grandi en France, ils sont très différents, Rachel est ingénieur, marié avec Ophélie propriétaire d’un pavillon proche de la cité où il a vécu avec son frère chez un ami proche de son père. Malrich est arrivé plus tard en France et est un zonard de la cité, il vit entouré d’une bande de bras cassés. Or en 1994, le village des parents, Aïn Deb, a été attaqué par le GIA et leurs parents ont été assassinés ainsi qu’une partie des habitants du village.

Ce meurtre va (évidemment) totalement bouleversé la vie des deux garçons, Rachel se lance dans une quête sur le passé de son père. Ce qu’il découvre le détruira complètement, son père est un ancien Nazi qui, en tant qu’ingénieur chimiste, a mis au point les chambre à gaz des camps de concentration. Il a fui après la guerre et a suivi une filière qui l’a conduit à devenir un formateur des cadres militaires du FLN. Pendant ce temps Malrich est confronté à la mainmise dans la cité par des Islamistes qui vont commettre un crime abominable contre une jeune fille pas assez docile.

Boualem Sansal n’hésite pas à comparer le nazisme à l’islamisme et compare leurs méthodes, tout vient de l’embrigadement de la jeunesse, faire peur et même terroriser, au nom d’une idéologie ou d’une religion, et quand cette peur est bien installée, les hommes sont alors prêts à commettre les pires des crimes.

Le roman est construit à partir des deux voix, celle de Rachel après son suicide. Le policier de la cité remet à Malrich son cahier où le frère aîné raconte sa quête et les révélations sur ce qu’il découvre à propos de son père. Les horreurs auxquelles il se confronte en allant dans les différents lieux où son père à exercer, en terminant à Auschwitz, lui ont fait perdre toute envie de vivre.

Malrich à son tour est confronté à la douleur de son frère mais aussi à l’emprise des islamistes de la pire espèce dans sa cité. On espère qu’il trouvera la force de survivre.
Il y a une troisième voix, celle de Primo Levi qui interpelle à tout jamais les consciences humaines de ceux qui n’ont pas voulu voir l’extermination des juifs .

C’est un roman qui emporte et qui fait réfléchir, et c’est écrit par un très grand écrivain. Comme l’avait déjà dit Dasola en 2008.

Extraits

Début.

 Cela fait six mois que Rachel est mort. Il avait trente-trois ans. Un jour. Il y a deux années de cela, un truc s’est cassé dans sa tête, il s’est mis à courir entre la France, l’Algérie, l’Allemagne, l’Autriche, la Pologne, la Turquie, l’Égypte. Entre deux voyages, il lisait, il ruminait dans son coin, il écrivait, il délirait. Il a perdu la santé. Puis son travail. Puis la raison. Ophélie l’a quitté. Un soir, il s’est suicidé. C’était le 24 avril de cette année 1996, aux alentours de 23 heures.

Le narrateur imagine son village.

 J’entends des chiens par-ci, par-là qui aboient pour rien, il n’y a plus de caravanes depuis longtemps mais comme partout dans ces pays abandonnés des bus osseux qui brimbalent sur des pistes défoncées en fumant comme des diables ; je vois des enfants nus filant à toutes jambes, on dirait des ombres enveloppées de poussières, trop vite pour qu’on sache à quoi ils jouent quel djinn les poursuit ; des rires, des pleurs, des cris les accompagnent, qui vont se perdre dans l’air saturé de lumière et de cendres ? Et deviennent brouhaha qui s’embrouillent dans ses échos.

Les Algériens en France.

 Les gens jouaient à être algérien plus que la vérité, ne pouvait le supporter. Rien ne les obligeait mais il sacrifiait au rituel avec tout l’art possible. Émigré on est, émigré, on reste pour l’éternité. Le pays dont ils parlaient avec tant d’émotion et de tempérament n’existe pas. L’authenticité, qu’il regarde comme le pôle Nord de la mémoire encore moins. L’idole porte un cachet de conformité sur le front, trop visible, ça dit le produit de bazar, contrefait, artificiel, et combien dangereux a l’usage. L’Algérie était autre, elle avait sa vie, et déjà il était de notoriété mondiale que ses grands dirigeants l’avaient saccagée et la préparait activement à la fin des fins. Le pays vrai est celui dans lequel on vit, les Algériens de là-bas, le savent bien, eux. Le drame dans lequel ils se débattent, ils en connaissent l’Alpha et l’oméga et s’ils ne tenaient qu’à eux, les tortionnaires auraient été les seules victimes de leurs basses œuvres.

Humour très typique de cet auteur.

 Obtenir des papiers administratifs d’Algérie, est assurément la mission la plus difficile au monde. Voler la tour Eiffel ou kidnapper la reine d’Angleterre dans son palais est un jeu. On a beau sonner, personne ne répond. Le courrier se perd au-dessus de la Méditerranée, où il est intercepté par Big Brother et entreposé dans un silo, aux Sahara, le temps que le monde s’écroule.
 Mon voyage semblait devoir s’arrêter là quand un jeunot rigolard s’est manifesté. Échange de murmures à distance. Il était partant. Il demandait un prix avec plusieurs zéros. À ce tarif, on s’offre, Paris/New York en Cadillac . Mais bon, le danger a son prix.

La question.

« Me voilà face à cette question vieille comme le monde : Sommes-nous comptables des crimes de nos pères, des crimes de nos frères et de nos enfants ? Le drame est que nous sommes sur une ligne continue, on ne peut en sortir sans la rompre et disparaître. »

Résistance à l’islamisme.

 Arrêter l’islamisme. C’est comme vouloir attraper le vent. Il faut autre chose qu’un panier percé ou une bande de rigolos comme nous. Savoir ne suffit pas. Comprendre ne suffit pas. La volonté ne suffit pas. Il nous manque une chose que les islamistes ont en excès et que nous n’avons pas, pas un gramme : la détermination. Nous sommes comme les déportés d’antan, pris dans la machination, englués dans la peur, fascinés par le Mal. Nous attendons avec le secret espoir que la docilité nous sauvera.

L’enfant du bourreau.

 On ne choisit rien dans la vie. Mon père n’a rien choisi, il s’est trouvé là, sur ce chemin qui menait à l’infamie, au cœur de l’Extermination. Ils ne pouvaient le quitter, il ne pouvait que fermer les yeux et le suivre. Personne ne rêve d’être bourreau, personne ne rêve d’être un jour supplicié. Comme le soleil évacue son trop plein d’énergie en de fantastiques explosions sporadiques, de temps en temps l’histoire expulse la haine que l’humanité a accumulée en elle, et ce vend brûlant emporte tout ce qui se trouve sur sa route. Le hasard fera que l’on soit là ou là, abrité ou exposé d’un côté ou de l’autre du manche. Je n’ai rien choisi sinon que de vivre une vie tranquille et laborieuse et me voilà sur un échafaud qui n’a pas été dressé pour moi. Je paie pour un autre. Je veux le sauver,, parce que c’est mon père parce que c’est un homme. C’est ainsi que je peux répondre à la question de Primo Levi, « Si c’est un homme ». Oui, quelle que soit sa déchéance, la victime est un homme, et quelle que soit son ignominie, le bourreau est aussi un homme.

 

Éditions Champs histoire Flammarion, 323 pages ou 389 avec les notes, mars 2021

traduit de l’anglais (États-Unis) par Tilman Chazal .

 

J’ai oublié sur quel blog, j’avais remarqué ce titre, j’ai tout de suite pensé à ma sœur historienne qui lit beaucoup sur les deux dernières guerres mondiales. C’est un livre terrible car il raconte un épisode peu traité du nazisme : le sort des enfants handicapés.

Voilà le blog où j’ai noté ce livre : Mon biblioblog.

Je crois qu’après avoir lu ce livre, tous ceux qui parlent d’un enfant « Asperger » hésiteront à utiliser ce nom, car ce livre cerne au plus près la contribution de ce médecin autrichien au syndrome de l’autisme mais surtout à son rôle dans l’horrible institut du Spiegelgrund de Vienne , où les enfants handicapés étaient les cobayes d’expériences médicales et ensuite euthanasiés sans aucun scrupule dans le but de purifier la société.

L’auteur décrit très précisément pourquoi Vienne joue un rôle très particulier dans cette politique nazie. Et hélas, cela vient de la période de l’entre deux guerre où Vienne était la ville phare pour la recherche psychiatrique et psychanalyste grâce à Sigmund Freud. Des médecins très sensibles au sort des enfants ont organisé une évaluation des enfants en difficulté pour les aider à surmonter leurs problèmes. Ils ont essayer de repérer les familles d’où ils venaient. Lorsque tous les médecins, juifs pour la plupart, ont été écartés et que les idées du nazisme ont envahi l’Autriche puis quand le pays est devenu à son tour un régime nazi, les médecins dont Asperger avaient à leur disposition tout un dispositif prêt pour éliminer tous les enfants déviants.

Asperger ne travaille pas au Spiegelgrund et il saura très bien utiliser cet argument après la guerre pour prendre la position d’un anti nazi qui a essayé de sauver des enfants, alors que le travail sérieux de cette journaliste montre qu’il a envoyé à une mort certaine au moins 40 enfants.

Elle montre aussi que pour Asperger, seul les garçons peuvent être autiste, les filles sont juste hystériques et sont plus facilement conduites à la mort que les garçons. La façon dont cet homme a échappé au jugement après la guerre est vraiment injuste, mais il est vrai que ces pauvres enfants même rescapés de ces terribles institutions sont bien incapables d’expliquer ce qu’ils ont subi.

Ce livre est terrible et les souffrances des enfants sont absolument insupportables. J’ai eu du mal à lire certains passages et mon moral en a pris un coup, et il a fallu tellement de temps pour rouvrir ces dossiers qui avaient été bien enterrés. Les médecins qui n’ont pas directement assassiné des enfants ont continué à mener de très belles carrières dont ce triste sir pseudo scientifique : Asperger.

Ce n’est vraiment pas un livre facile à lire, car il s’agit d’un travail sérieux d’historienne et parfois j’aurais aimé un peu plus de rapidité dans l’analyse des faits. Mais la démonstration d’Édith Sheffer est implacable, justement grâce au sérieux de son travail.

Extraits

 

Quand une préface ne m’aide pas à comprendre

« …attirées tels des hétérogènes par une obreptice gloire. »

Dans l’introduction.

Asperger n’est ni un ardent partisan ni un farouche adversaire du régime. Il figure parmi tous ceux qui se sont rendus complices, il fait partie de cette majorité perdue de la population qui, tour à tour se conforme à la domination nazie, l’approuve, la craint, la banalise, la rejette pour finir par se réconcilier avec elle. Étant donné cette versatilité, il est d’autant plus frappant que les actes cumulés de millions de personnes agissant pour des raisons individuelles dans des circonstances particulières aient contribué à un régime aussi profondément monstrueux.

Début .

 Hans Asperger pensait avoir une compréhension unique du cerveau des enfants, ainsi qu’une réelle vocation à modeler leur caractère.Il voulait définir ce qu’il appelait l' »essence la plus profonde » des mineurs. Sa fille dira de lui qu’il se comparait souvent à Lyncée, le gardien de la tour dans le « Faust » de Goethe, qui chante seule la nuit tout en surveillant les alentours :
 Né pour voir
 Chargés d’observer,
Voué à cette tour
J’aime ce monde.
 À l’instar du gardien de Goethe, Hans Asperger évalue le monde depuis son service pédiatrique. 

Exercice de mathématiques sous le régime Nazi.

 « Un idiot en institution coûte environ quatre reichsmarks par jour. Combien cela coûterait il de le prendre en charge pendant quarante ans ?
Une autre question était plus directe :
 « Pourquoi vaudrait-il mieux que cet enfant ne soit jamais né ? »

Comment une volonté de s’occuper d’enfants difficiles porte en elle les germes des théories nazies .

 Le service dirigé par Lazar comportait tout à la fois des aspects libéraux et autoritaires. Il chercha à améliorer la prise en charge des enfants, mais, ce faisant il contribua involontairement à l’essor d’un système qui finira par contrôler et condamner les enfants « asociaux ».
 La terminologie de Lazar suivait les tendances en vigueur concernant le développement de l’enfant dans l’entre-deux-guerres, et associait jugements médicaux et sociaux. L’eugénisme offrit un prisme biologique pour expliquer l’organisation sociale et infiltra de multiples façons les pratiques viennoises de la protection sociale, depuis le test de dépistage psychologique jusqu’à la stérilisation 

Le sort des enfants handicapés.

 Une inspection menée en 1940 auprès de 1137 enfants jugea problématique la situation de 62 % d’entre eux, parmi lesquels certains avaient des « pieds complètement plats » (huit enfants), témoignaient d’une « faiblesse d’esprit héréditaire » (vingt-quatre enfants) ou avaient un « père alcoolique » (trois enfants).
 Ce catalogue des mineurs allait bientôt être mis à profit par le programme de mise à mort d’enfants qui démarra à l’institution viennoise du Spiegelgrund à la fin du mois d’août 1940, un mois seulement après la fin du mandat d’Asperger au service du Conseil motorisé. Sur l’ensemble des dossiers médicaux de Spiegelgrund, on estime que plus d’un cinquième des enfants avaient été ayant été tués – 22 % – venaient de la région du bas Danube qui comprenait la zone couverte par le programme de Hamburger.

Les fonctions d’Asperger dans l’Autriche Nazie.

 Le 1er octobre 1940, Asperger resserre ses liens avec l’État nazi, puisqu’il postule à la fonction d’experts médicales auprès de l’office de santé publique de Vienne, l’agence centrale du Reich qui évaluait pour le régime la valeur des individus et en fixait le destin. Asperger avec déjà commencé à travailler pour le gouvernement nazi dès après l’Anschluss – via le système judiciaire des mineurs et les écoles de redressement -, et son service était devenu un rouage important des opérations gouvernementales. Le 7 août 1940, le  » Neues Wiener Tagblatt » fait l’éloge de son service de pédagogie curative qu’il qualifie d' »organisme consultatif » pour la ville de Vienne, où les enfants en sont soignés en « très étroites coopération avec l’ensemble du département municipal des affaires sociales ». 

Bilan terrible.

Considéré dans son ensemble, l’histoire complète d’Asperger, de l’autisme et de Vienne révèle une trajectoire tragique. La génération des célèbres psychanalystes et psychiatres contemporains de Sigmund Freud enfanta l’une des générations d’enfants les plus surveillés contrôlés et persécutés de l’histoire. Les travailleurs sociaux de Vienne dans l’entre-deux-guerres établirent un système de protection social réputé qui aboutit à la destruction des enfants dont il avait la charge. Les éléments sombres de la psychiatrie et de la protection sociale viennoises passèrent r au premier plan, de sorte que de nouvelles normes créèrent sur le III° Reich un régime du diagnostic dans lequel la définition d’un nombre croissant de mesures invasives.
 Cette prophétie auto-réalisatrice se traduisit pour certains enfants par une intense remédiation et pour d’autre part l’extermination.

 

 


Édition Grasset, 264 pages, septembre 2024

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

« Coupable à titre collectif, innocent à titre individuel »

J’ai vraiment hésité à choisir ce livre au programme de lecture de mon club de février 2025. Dans les derniers chapitres, l’auteur exprime parfaitement mon mouvement de recul :

« Et d’abord mes gens « n’en peuvent plus » de tous ces livres sur les nazis. »

Si vous avez le même recul que moi , sachez que cet auteur a su vaincre mes réticences. Contrairement à lui, je n’ai pas lu les mémoires d’Albert Speer, et donc je n’ai jamais été sous le charme de cet homme qui a réussi à se construire sa propre légende. Oui, il était le favori d’Hitler, oui, il a admiré cet homme plus que tout, oui, il a été son ministre de l’armement , et oui, donc, il est responsable du génocide des juifs comme tous les Nazis , mais « individuellement » il ne savait pas et n’a pas participé à leur extermination, explique-t-il ! et on l’a cru !

L’auteur cerne au plus près cette personnalité, cet architecte qui a su faire du National-Socialisme un spectacle à couper le souffle. Albert Speer est flatté d’être compris et apprécié par Hitler qui avant la guerre est, en privé, un homme « doux, respectueux » et avec qui il est heureux de partager son goût pour l’architecture grandiose. Speer semble mal supporter le petit cercle d’intimes d’Hitler, il juge ces hommes grossiers et pas à la hauteur de l’idéal de l’homme Aryen. Mais ce sont des propos écrits bien après les faits.

Il reconnaît avoir été antisémite, mais « comme tout le monde » à son époque, il a été aussi un partisan de la guerre car il était certain que son génial Führer les entraînerait vers la victoire. Il dit s’être séparé de lui lorsque Hitler lui a demandé de faire table rase de toutes les infrastructures allemandes pendant l’avancé des troupes alliées en 1944/1945. C’est ce qui le sauvera de la pendaison au procès de Nuremberg.

Il sera condamné à 20 ans de prison, période pendant laquelle il écrira ses mémoire « Au cœur du troisième Reich ». Et c’est là qu’il construit sa légende « responsable et coupable parce que Nazi mais pas coupable individuellement ».

Une historienne d’origine juive autrichienne et anglaise, Gitta Sereny essaiera de casser ce mythe et se confrontera à Albert Speer, mais celui-ci ayant déjà construit sa propre légende, elle aura bien du mal à lui faire dire la vérité sur sa participation à l’extermination des juifs. On sent alors que l’auteur est terriblement agacé par celui qu’il appelle « la star » et qui est devenu riche grâce à ses droits d’auteur : Hitler l’a donc enrichit une deuxième fois !

Enfin, dans la dernière partie, l’auteur intervient dans son récit et réfléchit sur ce ce que veut dire écrire une biographie surtout de quelqu’un qui a déjà écrit sa propre autobiographie. Albert Speer, a su séduire tant de gens : un pasteur, un rabbin et même Simon Wiesenthal et surtout tous ceux qui voulaient s’intéresser au Reich, lui semblait toujours le mieux placé, pour parler d’Hitler donc cette biographie consiste essentiellement à détruire le roman que Speer a construit autour de sa propre personnalité.
Jean-Noël Orengo termine son travail ainsi :

Il ( c’est Albert Speer qui parle) constate que c’est Karl Maria Hettlage, son subalterne SS au bureau des constructions de Berlin, qui a mis le doigt sur la véritable nature de leur lien, quand au sortir d’une réunion, il lui déclare : «  Savez-vous ce que vous êtes ? Vous êtes l’amour malheureux d’Hitler. »
Et il confesse à l’historienne combien il s’est heureux d’entendre ça.

J’étais heureux, lui dit-il. Bon Dieu, qu’est ce que j’étais heureux !

Vous êtes senti flatté ?

Flatté ? Flatté ? Mais non ! Ivre de joie !

 

 

Extraits

Début

Juillet 1933, Munich
La première fois que l’architecte voit le Führer, il le trouve concentré à sa table, nettoyant un pistolet. Adolphe Hitler – le Führer, le guide – pousse les pièces détachées de l’arme et dit à Albert Speer -l’architecte, l’artiste- de poser les esquisses sur l’espace vacant. Il s’agit d’un projet concernant le premier congrès du parti national-socialiste depuis son accession au pouvoir, et qui doit se tenir à Nuremberg an août prochain. Une mise en scène, avec estrade, lumières, gradins. Pour l’architecte, c’est sa première commande d’envergure.

Le pistolet d’ Hitler : ce livre n’est-il qu’un livre de plus sur le Nazisme ?

Un des soldats rouges à dû s’emparer de l’objet déjà relique, déjà nimbé d’une patine malsaine et légendaire pour cette raison. Il y a quantité d’articles traitant de la question sur le Net. Avec la pornographie le nazisme génère un nombre incalculable de requêtes sur les moteurs de recherche. C’est là, dans cet abysse d’articles plus ou moins savants, que les internats passionnés de la Seconde Guerre mondiale et du III° Reich évoquent l’hypothèse du Walthet PPK.

Faire partie des intimes du pouvoir.

Avec le déjeuner, l’architecte entre dans le cercle des intimes du Führer. C’est une expression magique pour ses membres. Être choisi pour évoluer à ses côtés. C’est un phénomène commun à toutes les figures du pouvoir. L’architecte le sait, il n’est pas un néophyte. À son niveau, il l’a déjà vécu à l’Université technique de Berlin auprès de Tessenow, toutes ces manœuvres pour obtenir un poste, écarter les autres candidats. Intégrer le cercle des intimes d’un président, d’un chevalier d’industrie, d’un Führer, paraît obéir aux mêmes intrigues. Déférence, obséquiosité, flagornerie, soumission, crainte, tension pour séduire, toujours, séduire occupent la gamme sentimentale des courtisans. Dans les aparté d’un conseil d’administration d’une grande entreprise ou d’une faculté prestigieuse, devant les maîtres, on rampe, on s’élève ou on chute de la même manière que dans les antichambre d’une dictature. Auprès du guide, cette banalité du pouvoir est amplifiée au-delà de toute mesure. Les proportions différent et les conséquences morales aussi. Le guide parle et ses intimes se ruent dans la surenchère et la compétition pour traduire, chacun de leur côté, en ordre écrits ce qui est le plus souvent énoncé à l’oral.

La supériorité des Germains ?

 

Himmler adore ça, il finance un nombre incalculable de recherches dans tous les domaines, et l’archéologie le rend fou d’espoir. Il veut prouver que les Germains sont à l’origine du monde civilisé, prouver qu’ils ont inspiré les Égyptiens, les Grecs, les Romains, les Incas, les Chinois, les Japonais. Alors, il fait gratter le sol de la mère patrie en quête du moindre artefact Germain, il invite la presse dès qu’un bout de silex ou une poterie est extraite de la boue allemande, il s’extasie devant la présence de la croix gammée un peu partout sur la planète. Ce sont des objets assez minables et communs que les SS mettent au jour, tout le monde en convient, mais Himmler est si heureux que personne n’a le courage de casser son enthousiasme.

Speer et le génocide.

Cet article d’un survivant de la Shoah, spécialiste d’Himmler et des SS, avait presque tout saccagé. Jusqu’à sa publication, la star avait réussi à se façonner cette figure morale assumant la culpabilité entière du national-socialisme génocidaire en tant qu’un de ses dirigeants les plus notables, bien qu’il n’ait jamais participé aux crimes directement ni même été au courant. Presque un don de sou, un don sublime au peuple allemand et un acte chevaleresque aux yeux des victimes. Socialement et financièrement, il avait aussi remonté la pente.

Point de vue de l’écrivain.

Un autre type de livre m’est apparu possible. En considérant Albert Speer non plus seulement comme l’auteur de Mémoires falsificateurs, mais de l’autofiction esthétique et politique la plus radicale jamais écrite, j’avais trouvé un fil conducteur, et une dramaturgie progressive : l’émergence d’un mensonge extraordinaire et d’une guerre totale entre la Fiction et la Vérité.

 

Édition Albin Michel, 2024 les pages ne sont pas numérotées.

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

Une BD très originale, Luz, créateur de BD se met dans le regard d’un tableau pour raconter l’ histoire de cette œuvre mais aussi de son créateur et du monde qui l’a entourée : pari aussi étonnant que réussi. Bien sûr, vous comme moi, nous avons lu tant de livres sur la montée du Nazisme, la spoliation des Juifs, et sur les prétentions artistiques des Nazis. Certainement vous savez aussi que les nazis ont organisé des expositions sur l’art dégénéré. Comment faire alors pour nous intéresser une fois encore à cette tragédie que représente le nazisme ?

Le fait de ne prendre le point de vue que d’un seul tableau d’un peintre, Otto Mueller, « Deux filles nues », permet de rendre concret le destin des artistes et de leurs œuvres sous le nazisme. Mais le tour de force est d’imaginer que le tableau lui même raconte l’histoire. Ainsi le début des persécutions anti-juives sont aperçues par la fenêtre que le tableau aperçoit de là où il est accroché. Mais avant cela on suit sa création par l’artiste et c’est lui que dessine Luz. Otto Mueller est un artiste torturé par la maladie qu’il a contracté à la guerre 14/18 , il est inspiré par une femme qui restera proche de lui toute sa vie , Maria (dit Maschka) Meyerhofer, on le voit vendre son tableau à un collectionneur d’art Ismar Litman, puis vient le nazisme la spoliation de la collection de ce grand amateur d’art et finalement les différentes exposition pour montrer cet art « dit » dégénéré.
Détail amusant , il y avait à côté des œuvres vilipendées, une exposition des œuvres qui au contraire étaient glorifiées par les nazis, mais celles-ci avaient beaucoup moins de succès à croire que les tableaux mis à l’index étaient beaucoup plus appréciés. Le regard d’un petit garçon sur le tableau des deux filles nues, en dit plus long que tout un discours et observez bien le personnage final, lorsque le tableau retrouvera toute la place qui lui est due au musée de Cologne, il vous rappellera quelqu’un.

Une BD que j’apprécie beaucoup car le dessin de Luz apporte quelque chose d’essentiel à cette histoire si tragique.

Extraits

Bd début sans dessin.

1919
– Tu peux dégrafer un peu ton corsage ? ? ?
– On pourrait nous voir, Otto !
– T’inquiète Maschka, on est en pleine forêt…

Un exemple de planches.

Le tableau redessiné par Luz.

Le tableau sur Wikipédia


Édition JC Lattès Collection Le Masque, Avril 2022, 524 pages.

Traduit de l’allemand par Georges Sturm

 

Un roman polar sur Luocine et 5 coquillages, je ne l’imaginais pas possible. Mais ce roman, que j’avais trouvé chez Eva, lors du mois des feuilles allemande 2023, est vraiment remarquable et aussi désespéré, j’ai été passionnée par l’arrière plan historique. Dans un Berlin bombardé tous les jours par les avions alliés à quelques jours de l’arrivée des troupes de l’armée rouge, deux hommes vont suivre sans le savoir le même ennemi. Le premier Rupert Haas est un ancien commerçant de Berlin, qui a été dénoncé et condamné, il arrive à s’évader de Buchenwald et veut absolument se venger de ceux qui l’ont dénoncé. On suit aussi un officier SS Hans Kalterer qui est convoqué par son supérieur qui lui demande d’enquêter sur des meurtres, les victimes sont toutes d’ancien habitants dé l’immeuble ou habitait Rupert Haas. Je vous laisse découvrir l’enquête qui est remarquablement construite. Mais ce qui est passionnant ce sont tous les strates de la société berlinoise en décomposition. Il y a bien sûr les jeune fanatisés qui jusqu’au bout vont claquer des talons et crier « Heil Hitler », ce sont eux aussi qui jusqu’au dernier moment vont traquer les pauvres vieux soldats qui avaient réussi à se cacher, et les fusiller sans procès. Mais il y a aussi les gens qui commencent à douter et pas qu’un peu des choix de leur Führer, et les langues se délient même si la gestapo rôde toujours. Enfin, il y a les cadres du régime qui ont bien réussi à cacher leurs différentes turpitudes et qui savent tourner leur veste et se mettre à l’abri. Un des ressort de l’enquête est une énorme histoire de corruption. Quel malheur pour le peuple allemand, juste bon à croire les pires slogans des nazis, et qui est devenu de la chair à canon, pendant que les dirigeants se mettent à l’abri et savent faire de l’argent de façon les plus malhonnêtes, le peuple meurt sous les bombes et personne ne va les pleurer car s’ils sont tous hantés par les crimes de leur pays, ils y ont participé comme Hans Kalterner, ou laissé faire comme Rupert Haas qui a n’a pas été le dernier à humilier les juifs propriétaires de l’immeuble. Il n’ y a qu’un seul personnage positif : une femme qui aura le courage de cacher des juifs et aussi l’évadé de Buchenwald. Mais ce qui est certain, c’est que le peuple sous les bombes comprend qu’il s’est fait avoir, mais il en faudra des tonnes de bombes et des milliers de morts pour leur ouvrir les yeux .

J’aurais aimé que la fin soit différente, mais cela ne respecterait pas la vérité historique, peu de dirigeants nazis paieront pour les crimes qu’ils ont commis dans la réalité pas plus que dans ce roman.

 

Extraits

Début .

 Les kapos s’étaient éloignés. Il entendait leurs rires, les voyait fumer au bord de la carrière. Ils jetèrent un coup d’œil au fond, firent des remarques méprisantes, reprirent enfin leur ronde. Plus personne ne lui prêtait attention. Épuisé, il s’adossa au wagonnet. 

Une armée de la défaite .

Ils avaient sans doute besoin de tout le monde pour l’ultime bataille. Peut-être allait-il devoir montrer à des Jeunesses hitlériennes comment on éventre un tank T34 russe avec un poignard de boy-scout. Ou peut-être avait-on besoin de ses talents pour entraîner à des combats singuliers acharnés des vétérans de la Première Guerre Mondiale, pour qu’ils forment ensuite dans leurs sous-marins individuels au fond du Rhin, de la Vistule, de l’Oder et de la Neisse, ce grand verrou inébranlable c’est un miracle censée stopper la progression des Alliés. Il soupira.

Citation de Goering est- elle exacte ?

« C’est ici que nous allons modeler l’homme nouveau même s’il nous faut commencer par lui briser tous les os., »

Description d’un bombardement.

 La cave toute entière vibrait comme lors d’un tremblement de terre, les murs vacillaient, se transmettaient les secousses. Un voile grisâtre de chaux et de ciment tomba en pluie du plafond, les recouvrit d’une épaisse couche de poussière, lui et les autres, tous accroupis dans un même désespoir. Le souffle de violentes déflagrations s’engouffrait dans les caves, levant des tourbillons de saleté et de poussière. Il se couvrit la bouche d’un mouchoir, eut de plus en plus de mal à respirer et n’arrêta plus de tousser.
Il lui sembla soudain qu’un coup à lui crever les tympans tonnait directement au-dessus de l’immeuble. Du verre explosa en éclats minuscules, une poussière de charbon microscopique surgit des fentes et les interstices des portes des caves et lui balaya douloureusement la peau du visage et des mains. Des tuyaux de plomb et des conduites d’eau se détachèrent brusquement de leur fixation et de l’eau gicle de partout. Les petites trappe d’accès en terre cuite destinées au ramonage est situées au pied des cheminées furent arrachées et projetées au loin par l’immense souffle qui s’engouffrait dans les conduits depuis les toits. Elles éclatèrent en mille morceaux contre les murs, suivies d’épais nuages de suie qui jaillissaient des ouvertures comme de la bouche de gigantesques tuyères. 

 


Édition bayard Graphic’, 217 pages, janvier 2024

 

Lorsque j’ai fait paraître mon billet sur « La race des Orphelins » Sacha et Kathel ont dit dans leurs commentaires qu’ils avaient bien aimé cette BD. Mais sans faire d’article, (en tout cas je ne l’ai pas trouvé) . Je viens, moi aussi, vous conseiller cette BD, et curieusement elle m’a fait aussi être moins sévère pour le roman d’Oscar Lalo : si cette BD est agréable à lire, c’est d’abord que c’est un témoignage, il n’y a donc pas le mélange vérité historique et fiction, et puis surtout la mère de l’auteure dessinatrice a été aimée, et quelqu’un a pris soin d’elle et de son adoption dans un milieu aimant et équilibré. L’auteur de « la race des Orphelins » a décrit le cas général, la réaction de la Norvège qui va rejeter ces enfants comme des traces tangibles du nazisme et a refusé de les considérer comme victimes, ils ont été placés dans des orphelinats qui les ont maltraités. Alors, évidemment, chercher à retrouver le point de vue d’un de ces enfants rejetés par toute une société est beaucoup plus difficile et il doit y avoir que peu de témoignages.

Ici, la mère de la l’auteure peut retrouver la famille biologique de sa mère qui l’accueillera et lui expliquera toute l’histoire : c’était difficile pour une jeune fille de 20 ans d’éviter les soldats allemands pendant la guerre. Ils étaient pratiquement plus nombreux que les hommes norvégiens et surtout, cela la mère de l’auteure ne le savait pas, les soldats allemands avaient comme mission secrète d’avoir des relations sexuelles avec des Norvégiennes de type aryen pour avoir des enfants, les Nazis avaient créé un « Lebensborn » en Norvège où la mère de l’auteure est née.

La rencontre, aujourd’hui, avec le père biologique, l’ex-soldat allemand, est beaucoup moins intéressante, sa seule explication est de dire qu’il était très jeune à l’époque. Il sera cependant très ému et en pleurs quand il apprendra le suicide de la femme (grand-mère de l’auteure) qu’il a sans doute aimée. Mais sera incapable d’en dire plus.

J’ai tout aimé dans cette BD, la recherche sur la naissance de cette femme, le traitement des émotions de sa mère, et le dessin rajoute beaucoup aux émotions.

Un exemple

 


Édition Albin Michel, 395 pages, avril 2024

 

J’écoute très régulièrement les podcasts de Phillipe Collin, et je vous conseille ceux sur Céline, et Léon Blum en particulier mais ils sont tous intéressants. Je savais que je lirai son roman, et j’ai bien aimé mais sans retrouver le plaisir d’écoute des podcasts.

L’auteur a été très intéressé par le barman du Ritz, qui est d’origine juive et qui l’ a caché pendant toute la guerre alors qu’il servait tous les jours les plus hauts gradés de la Wehrmacht. Le roman a trois centres d’intérêt : le Ritz, ses clients et le parcours de Franck Meier le barman.

Le Ritz, cet hôtel de luxe appartient à l’époque de la guerre à Madame Ritz, une femme peu sympathique qui veut avant tout que les clients prestigieux soient bien servis, peu importe la couleur de leur uniforme. Il est dirigé par Monsieur Auzello qui est l’époux de Blanche une très belle femme américaine juive. Je ne sais pas si le fait est exact, mais le barman l’aurait aidée à avoir des papiers lui créant une nouvelle identité chrétienne américaine. L’important dans cet hôtel, c’est le luxe, le luxe des plats, des boissons, des meubles le tout servi par un personnel de grande classe.

Les clients, nous sommes donc avec les gradés de la Wehrmacht certains ont une certaine classe, d’autres sont de véritables porcs comme Goering qui passe son temps à se droguer et à piller les trésors culturels français. Je ne sais pas non plus si c’est exact, c’est au Ritz qu’aurait été fomenté le dernier attentat contre Hitler. Le roman se termine sur le retour d’un client qui avait fait la réputation du Ritz : Hemingway .

Franck Meier, c’est bien lui le personnage principal , sa naissance aurait dû lui couter la vie : son père est un rescapé de pogroms qui est venu vivre à Vienne, il a rejeté la religion juive et n’a pas voulu circoncire son fils. Pour fuir la misère, Franck part aux États-Unis et se forme à la fabrication de cocktails, il est attiré en France dans les années 1900 et commence au Ritz fréquenté alors par des écrivains américains, Fitzgerald, Hemingway. Quand la guerre 14/18 éclate, Franck s’engage dans la légion étrangère , il deviendra français et sa carrière continue. Il ne dira à personne qu’il est d’origine juive mais certainemant cela l’empêchera d’adhérer à l’idéologie nazie, l’écrivain nous le fait connaître grâce aux extraits de son journal, on apprend sa vie personnelle. Il est très sensible à la beauté de Blanche Auzello qui ne se remettra jamais des tortures qu’elle a subies dans les caves de la Gestapo . On découvre aussi son mariage et l’existence de son fils auquel il semble moins attaché qu’à un jeune juif d’origine italienne qu’il a aidé à fuir.

 

L’ambiance est très bien rendue, à la fois les années de luxe de la collaboration et les personnages qui s’affichent sans aucune vergogne au bar avec les Allemands , Coco Chanel, Arletty, Sacha Guitry, Jean Cocteau, tous ces gens profitent aussi d’une nourriture abondante et de l’alcool qui coule à flot. Pendant ce temps là les juifs sont raflés, pillés et les français ont faim. Et quand la victoire des Américains s’annoncent les rats quittent le navire et les vestes se retournent. J’avoue que ce monde là m’intéresse assez peu et parfois même il me dégoûte cela fait partie de mes réserves .

Ma réserve principale vient du parti-pris de l’auteur de centrer tout son roman sur Franck Meier dont l’auteur ne sait pas grand chose à part qu’il soit d’origine juive , donc on ne sait jamais si c’est vrai ou romancé. Cela n’empêche pas que ce livre se lit très facilement et qu’on passe un bon moment au Ritz dont je ne pourrai jamais m’offrir que la vue de la façade .

 

Extraits

Début du prologue

Demain, les troupes allemandes entreront dans Paris. La France est dissoute comme un morceau de sucre dans un verre d’absinthe.

Début du roman.

 

14 juin 1940
« Me voilà coincé dans le nid des Boches. »
 Six heures et demie du soir, et les Allemands se font toujours attendre.
 Ce matin, ils ont défilé sur l’avenue Foch.
 Désormais ils sont là dans les murs dans l’enceinte du Ritz.
 Tous les palaces parisiens sont réquisitionnés par l’armée allemande afin d’y installer des bureaux ; le Ritz, lui, accueillera une centaine d’officiers supérieurs – la crème de la Wehrmacht – et devient « la résidence du gouverneur militaire en France » : si ce titre ne rappelait pas la cruelle humiliation que vient de subir l’armée française, il serait presque prestigieux.

Exil  : l’ambivalence des sentiments.

 L’équipage a largué les amarres, la sirène du paquebot a retentit. Et j’ai soudain été pris d’une immense tristesse en pensant à ma petite mère, l’exil social se paye d’une tristesse éternelle.

Il est vrai que les gens se révèlent dans des moments tragiques.

Elmiger a le sourire modeste, il se cale dans le siège passager. Franck le regarde à la dérobée en tournant boulevard Pasteur. Le directeur lui fait penser à ces hommes qui sur le front des Ardennes se révélaient à l’épreuve du feu. Au départ, ils étaient frêles, discrets, tourmentés. Souvent instituteurs ou clercs de notaire, ils avaient des larmes pleins les yeux et voulaient rentrer chez eux. La trouille au ventre, le casque trop grand sur la tête. Le genre de sous-officier trouillard que tous les soldats fuyaient, persuadés qu’ils portaient la poisse. Puis, contre toute attente, la prudence de leur tempérament leur a permis de survivre. Au fil de la mitraille, une force morale s’est forgée en eux. Ils se sont redressés, ont rajusté la lanière de leur cervelière, ont domestiqué leur peur. Chaque jour qui passait sous les pluies d’obus, ces hommes qu’on avait jugé trop vite se parvient de ce charisme rare qui rassure les autres, jusqu’à conduire les gars au moment de l’assaut.

 


Édition Stock, 317 pages, février 2023

 

Un roman conseillé par ma soeur que je ne suis pas prête d’oublier. Le titre et le sous titre parlent de deux moments de l’histoire des ancêtres de l’écrivain. Pour écrire les deux moments de ce passé, l’auteur se sert de deux narrateurs différents : son père qui lui transmet la tradition familiale autour de l’ancêtre de 1744, le médecin juif, Isaïe Cerf Oulman, et sa grand mère qui lui racontera de façon parcellaire ce qui s’est passé en juillet 1944 qui verra l’arrestation et l’assassinat de 13 personnes de sa famille arrêtées par la police française et tuées par les allemands à Auschwitz ou ailleurs.

Le fait historique, de 1744, occupe les deux tiers du roman, et est très intéressant. Le roi Louis XV est à Metz pour surveiller et motiver ses troupes dans une guerre contre l’Autriche. Après une journée consacrée à la chasse et à l’amour physique, le roi s’empiffre d’un repas très riche, trop sans doute. La nuit, il est pris de douleurs atroces et doit appeler ses médecins qui ne connaissent que deux façons de soigner de l’époque : la purge et la saignée. Et plus la personne est importante, plus on le purge, plus on le saigne .. (heureux les pauvres qui avaient le droit de mourir sans ces horribles pratiques ! !)

La ville de Metz accueille à l’époque une forte de communauté juive, constituée en particuliers des Juifs chassés du royaume de France par le roi Lois XIV. La place forte est dirigée par le descendant de Fouquet, le Maréchal de Belle-Isle qui a pris l’habitude de connaître et apprécier la communauté juive. il avait donc, fait appel à ce grand médecin Isaïe Cerf Oulman qui avait sauvé un de ses lieutenant.

Le roi est très malade et même mourant, le parti des dévots mené par l’évêque de Metz, reprend pouvoir sur ce roi moribond. Cela commence par le renvoi des deux maîtresses du roi, puis par la promesse du roi de construire une cathédrale à Paris plus haute que Notre-Dame, consacrée à Saint Geneviève. Vous savez qu’est devenue cette église Sainte-Geneviève ?

Le Maréchal de Belle-Isle veut absolument sauver le roi en déguisant le médecin juif, pour que personne ne sache que le Roi, a été sauvé par un Juif .

Nous nous retrouvons ensuite en France en 1994, et nous écoutons la grand-mère de l’auteur qui parle de l’horreur absolue : l’arrestation de son père un homme décoré de la légion d’honneur, héros de la guerre 14/18 , qui en 1944 ne se déplace plus qu’en fauteuil roulant, il est arrêté par la milice en juillet 1944 et ce sera le début des treize arrestations des membres de sa famille. Cette partie est plus difficile à lire, car chargée d’une émotion palpable, d’abord parce que les membres de sa faille ont été arrêtés alors que le mois d’après Paris était libéré ! et puis la façon dont a été traité cet arrière grand-père, battu, alors qu’il était infirme et abandonné sans soin sur une paillasse dans un sous sol est insoutenable. L’auteur cherche pourquoi après 12 autres membres de sa familles ont été arrêtés ce n’est sans aucun doute pas le fruit du hasard, dénonciation ? Carnet retrouvé chez le grand-père ? aveux sous la torture ?

On n’aura pas de réponse, mais peu importe, la famille peut maintenant se recueillir sur le murs du mémorial de la Shoah, celui-là même qui a été tagué récemment. Et aussi au Panthéon où le nom d’Émile Hayem figure comme héros de la guerre 14/18.

La boucle est bouclée : si le Panthéon existe c’est un peu grâce à Isaïe Cerf Oulman, qui a sauvé la vie du Roi Louis XV, vous souvenez que le Roi avait promis de construire une église plus haute que Notre-Dame, le Roi a bien tenu sa promesse, mais celle-ci n’a été terminée qu’après la Révolution de 1789, les Révolutionnaires n’ont pas voulu en faire une église même si le monument est bien sur la Montagne Saint Geneviève, ils en ont fait un Panthéon à la gloire des grands-hommes de France dont le descendant d’Isaïe Cerf Oulman : Émile Hayem .

Si je mets 5 coquillages à ce roman, ce n’est pas pour ses qualité littéraires (il est très bien écrit mais sans effet littéraire particulier), mais parce que je pense qu’à notre époque qui voit l’antisémitisme remonter avec son lot de violence, il faut absolument lire ce genre de livres.

 

Extraits

Début.

En cet ensoleillé matin d’automne 1927, Julien Hayem, accompagné de son épouse Lucie, sortait d’un élégant immeuble haussmannien du 10, avenue de Messine.
Les platanes bordant la large voie s’embrasaient de couleur ocre et feu comme autant de buissons ardents. Ces teintes exubérantes contrastaient avec la mise de Julien en habit de deuil, il portait une redingote noire, un gilet noir, une chemise blanche à plastron, une cravate noire de chez Charvet, un haut-de- forme et une brassière noire. Il arborait son insigne d’officier de la légion d’honneur. En noir elle aussi, couverte d’un chapeau et d’une mantille, Lucie lui tenait le bras, par affection, par émotion, pour garder l’équilibre, également  ; elle approchait des quatre-vingts ans comme son époux.

Le sort du médecin juif en 1744.

 Si, comme Hélian l’avait dit, il s’agissait d’une dysenterie, et si le roi n’était pas trop faible, il saurait le guérir. Mais s’il souffrait d’autres infections malignes, il succomberait de l’assaut des purges et des saignées. En cas de succès, Louis serait officiellement sauvé par un docteur militaire à la retraite du nom de Montcharvaux. En cas d’échec, il devrait répondre, lui, le médecin juif de l’accusation courante pour les siens, d’empoisonnement. La populace se déchaînerait, les quatre cent familles juives de Metz et celles des environs seraient sûrement pourchassés, violentes, assassinées. Dans tout le royaume, les Juifs auraient de nouveau à choisir entre l’exil, la potence ou le bûcher, comme au temps des croisades, de la peste ou de la terrible expulsion du Royaume de France en 1394. Il se devait de réussir.

Je connais ce fait mais cela me fait mal à chaque fois que je le relis .

Brunner le responsable de l’assassinat de tous les miens finit sa vie en policier zélé et efficace de la dictature de Hafez El-Assad.

C’est tellement vrai et ça résonne très fort aujourd’hui.

Profondément patriote et démocrate je savais intimement que lorsqu’une vague antisémite déferlait elle ne s’arrêtait pas aux juifs. Elle irait aussi s’attaquer à notre socle de valeur et à notre démocratie. Dans la tourmente, nous sommes toujours des éclaireurs. Quand un peuple s’attaque à ses Juifs, cela ne s’arrête jamais là, comme en 1306 *, en 1898*, en 1936*. Nous étions bien seuls à la fin de l’année 2000 à tirer la sonnette d’alarme. Nos avertissements ne furent pas entendus ou si peu. Une décennie plus tard la France serait un des pays les plus touchés en Europe par la vague des massacres islamiques qui avaient débuté par les Français juifs pour ensuite meurtrir l’ensemble des Français .
1306 : En juin 1306 , le roi Philippe le Bel promulgue un édit d’expulsion imposant aux Juifs de quitter le royaume de France et annule toutes les créances qui leur sont dues, puis confisque tous leurs biens.
1898 : une vingtaine de députés, tous membres de courants nationalistes (boulangistes, royalistes, déroulédiens…), constituent en un « groupe antisémite » à la Chambre, sous la présidence de Drumont.
1936 : jeux Olympiques de Berlin, personne ne réagit qu’en 1935, sous l’impulsion de Goebbels et de Streicher, des « manifestations spontanées » sont organisées contre les Juifs. Elles aboutissent à la publication des lois de Nuremberg qui privent les juifs de leurs droits civiques et leur interdisent de se marier ou d’avoir des rapports sexuels avec des personnes de « sang allemand ou assimilé » La même année Hitler interdit que des noms juifs figurent sur les monuments aux morts de la Première Guerre mondiale. En 1936 jeux Olympiques de Berlin .
2012 : En trois expéditions, Mohammed Merah assassine sept personnes dont trois enfants juifs et fait six blessés.