Édition Belfond Traduit de l’amé­ri­cain par Oris­telle Bonis

Déso­lée Yv nous ne serons pas d’ac­cord pour cette lecture. Certes les préci­sions tech­niques sur les incen­dies sont inté­res­santes, certes à la fin on sait tout sur les fraudes divers et variées aux assu­rances. Mais ! il y a pour moi un gros « mais », la cascade des malver­sa­tions et des crimes auxquels nous assis­tons rendent ce récit tota­le­ment indi­geste. Je suis certaine que cet auteur a un public et des lecteurs qui se laissent empor­ter par sa fougue narra­tive . Ils n’ont pas peur de lire des récits sur les procé­dés du KGB et de la mafia russe, ils savent que tout le monde peut être corrompu : il suffit d’y mettre le prix. J’avais vrai­ment l’im­pres­sion d’être dans une série améri­caine où on ballade le spec­ta­teur d’épi­sode en épisode avec un grada­tion dans l’hor­reur et l’ab­ject. Je ne sais pas quel ressort le roman­cier a oublié de mettre en action dans cette intrigue. La corrup­tion, de la police et des assu­reurs, les avocats véreux qui s’en­graissent sur le dos des malfrats, un méde­cin tota­le­ment incom­pé­tent qui ne vit que pour les mallettes d’argent que la mafia dépose à son cabi­net. Et puis, l’en­quête de cet ancien flic passé aux enquêtes pour son assu­rance, qui est le seul à vouloir punir le méchant .
Bref un roman qui m’est tombé des mains mais pour­quoi me suis-je laissé aller à lire un tel livre Yv l’an­non­çait bien comme un thril­ler ? Seule­ment voila, souvent la Cali­for­nie flambe – comme l’été dernier – et je pensais, donc, en savoir davan­tage sur ces feux qui ravagent une si belle région.

Citations

Portrait du flic ripoux

Une des raisons, parmi une tripo­tée d’autres, pour lesquelles Jack le déteste à ce point est que Bent­ley, ce cossard de première, n’aime pas faire son boulot. Pour Bent­ley, n’im­porte quel incen­die est a priori d’ori­gine acci­den­telle. S’il s’était trouvé à Dresde après les bombar­de­ments, il aurait décou­vert à coup sûr une couver­ture chauf­fante défec­tueuses sous les décombres. Histoire de limi­ter au mini­mum la corvée de pape­rasse et les témoi­gnages sous serment devant le tribu­nal. En tant qu’ex­pert en incen­die, Bent­ley et un pêcheur à la ligne hors pair.

Genre de sentences qui m’agacent

Il y a deux types d’amour : celui qui passe et celui qui dure. D’un côté, l’amour qui satis­fait le corps et le cœur, l’amour qui passe, de l’autre l’amour qui nour­rit l’âme, l’amour qui dure.
Le mobi­lier ancien est le seul objet d’amour capable de nour­rir l’âme de Nicky.

Édition Le cercle.Belfont. Traduit de l’an­glais par Muriel Levet.

Dans mon club de lecture, il y a quelques lectrices de romans poli­ciers, elles sont très exigeantes si bien que, lors­qu’elles décernent un coup de cœur, je suis volon­tiers leurs recom­man­da­tions. Souvent, c’est qu’au delà de l’in­trigue poli­cière, il y a un inté­rêt histo­rique, socio­lo­gique ou la décou­verte d’une autre civi­li­sa­tion. Rien de tout cela ici, c’est un polar dans la plus plus pure des tradi­tions. Et pour­tant, je l’ai lu sans pouvoir m’arrêter pendant deux jours. L’intrigue est bien fice­lée et le suspens très bien dosé. Evidem­ment, j’ai lu d’abord (ou presque) le dernier chapitre parce que je ne pouvais pas suppor­ter que mes person­nages préfé­rés meurent. Je ne vous dirai rien, puisque vous êtes capables de suppor­ter la mort des gentils en atten­dant la dernière page pour savoir s’ils seront sauvés des griffes des méchants. Non seule­ment vous en êtes capables mais en plus vous aimez ça ! Je ne sais pas si j’ai­me­rai vous rencon­trer dans les tunnels sombres et mal famés de Manches­ter … Oui, parce que dans la banlieue de cette grande ville indus­trielle traîne une faune qui se livre à des trafics en tout genre. Ce qui est assez invrai­sem­blable c’est que de nombreux enfants sans liens avec des adultes sont livrés à des mafieux qui les utilisent comme mule pour la drogue et les pros­ti­tuent, je me demande ce que font les services sociaux britan­niques, cela ressemble plus à la vision de Dickens qu’à la Grande Bretagne d’au­jourd’­hui. Comme je ne peux pas vous racon­ter l’his­toire, je peux au moins dire comment elle commence. Un soir d’hi­ver une maman et sa fille Nata­sha âgée de six ans sont victime d’un acci­dent de la route, la maman est tuée sur le coup, mais la petite fille a disparu (d’où le titre en fran­çais). Six ans plus tard, le mari de cette femme, David a refait sa vie avec Emma et ensemble ils ont un bébé Ollie. Un jour Nata­sha revient chez son père et le roman peut commen­cer, car, si elle est reve­nue, cela semble surtout pour détruire la nouvelle vie de son père. On ne saura que peu à peu ce qu’elle a vécu pendant ces six années qui sont des années d’hor­reur abso­lue. Et nous ne saurons qu’au moment du dénoue­ment pour­quoi elle en veut tant à son père au point de mettre en danger la vie d’Ol­lie, ce bébé rieur.

Je crois que, pour ne rien divul­gâ­cher, j’en ai assez dit, il me reste à évoquer les poli­ciers En parti­cu­lier d’un certain Tom qui mène l’en­quête et qui est très malheu­reux de la mort de son frère Jack un hacker victime d’un acci­dent quelques temps aupa­ra­vant. Mais ce roman est plutôt centré sur les victimes et les malfrats, les poli­ciers font leur travail mais à part Tom n’ont pas une person­na­lité très marquée .

PS

Je crois que si j’ai lu cette auteure c’est aussi que j’ai vu qu’elle habi­tait soit en Italie soit à Auri­gny qui est mon île anglo-normande préfé­rée. Comme quoi, on peut être très irra­tion­nelle dans ses choix. Et voici deux images pour comprendre pour­quoi Rachel Abbot a quitté Manches­ter !

Citation

Travers masculin

David lui faisait parfois penser à une autruche enfon­çant sa tête dans le sable pour se forcer à croire que tout fini­rait par s’ar­ran­ger. C’était l’une des rares choses qu’elle trou­vait agaçante celui. Non pas son opti­misme, mais son inca­pa­cité pas à regar­der la réalité en face et sa tendance à privi­lé­gier les solu­tions de faci­lité

Comme je le constate à travers mes blogs amis, nos habi­tudes de lecture, en temps de confi­ne­ment, changent beau­coup. Je pense que certains d’entre nous sont plus occu­pés qu’a­vant et ont moins le temps de lire , d’autres ont perdu l’en­vie de la fiction, jugeant sans doute la réalité trop diffi­cile à vivre, et enfin comme moi, il arrive que certains changent leurs centres d’in­té­rêt. Si vous suivez Luocine, vous savez que je lis peu, sinon pas, de romans poli­ciers. Et en voilà trois d’un coup que j’ai abso­lu­ment dévo­rés, je les ache­tés sur ma liseuse : confi­ne­ment oblige ! Et si je leur attri­bue cinq coquillages, c’est que dans le genre, ils sont tous les trois abso­lu­ment parfaits. Vous avez parfai­te­ment le droit de vous deman­der comment puis-je juger d’un genre que je lis si peu ? Réponse : c’est le privi­lège de Luocine, de ne prétendre à aucune objec­ti­vité. C’est un billet de Géral­dine qui m’avait tentée, mais peut-être que cet auteur connaît déjà un large succès sur la blogo­sphère, il le mérite large­ment. Ces trois romans peuvent se lire sépa­ré­ment mais il y a « un petit plus » à les lire à la suite. En les décou­vrant, j’ai beau­coup pensé à la série « the Wire » qui reste pour moi la meilleure série de tous les temps, en 2010, je concluais ainsi mon billet :

En regar­dant cette série, on l’impression de mieux comprendre les Etats-Unis. On voit aussi les diffé­rences et les ressem­blances avec notre société en espé­rant qu’on ne laisse jamais s’installer, en France, une écono­mie paral­lèle autour de la drogue aussi puis­sante !

Comme j’étais naïve ! bien sûr que la France a suivi le chemin des États Unis . Déjà dans le roman « La Daronne », Hanne­lore Cayre nous avait donné une bonne descrip­tion de l’im­por­tance du trafic de Haschisch entre le Maroc et la France, la corrup­tion à tous les niveaux de notre société, la justice aux yeux bien bandés qui a complè­te­ment oublié la balance de l’im­par­tia­lité devant la loi, et la violence dans les quar­tiers à la péri­phé­rie de Paris. Ici, dans cette trilo­gie , Olivier Norek scrute trois aspects du problème, le trafic de drogue dans « code 93 », la corrup­tion de la muni­ci­pa­lité dans « Terri­toires » et enfin, l’en­fer carcé­rale dans « Surten­sion » . Bien sûr ces trois faits de société sont liés mais avoir su mettre l’éclai­rage sur un des aspects rend la trilo­gie passion­nante. Comme dans tout bon roman polar les person­nages ont leur impor­tance : Victor Coste dont nous suivons les enquêtes est un poli­cier intel­li­gent et tenace. Son regard triste exprime tous ses dégoûts pas seule­ment de la violence des truands mais aussi de la veule­rie et de la corrup­tion du person­nel poli­tique. Sa hiérar­chie ne l’aime pas beau­coup, en revanche son équipe lui est très dévouée. Ronan le poli­cier trop fonceur, Sam le fou d’in­for­ma­tique et Johanna la nouvelle de l’équipe une Super­wo­man mais aussi la seule qui ait une vie de famille réus­sie. J’ou­bliais Léa, la méde­cin légiste avec qui Coste essaie d’éta­blir une rela­tion amou­reuse. Olivier Norek a été poli­cier et il rend bien compte de l’at­mo­sphère d’un commis­sa­riat, il connaît le 93, je ne sais pas comment mais ses descrip­tions rejoignent tout ce qu’on peut entendre dans les média. Au moment où j’écris, les banlieues sont le théâtre de violences qui auraient complè­te­ment leur place dans un roman d’Oli­vier Norek, voici un extrait du jour­nal Marianne :

A Ville­neuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine), des tirs de mortiers d’ar­ti­fice ont été consta­tés peu avant minuit. Un peu plus tôt, les inci­dents avaient commencé dans la commune voisine d’As­nières, avec des tirs simi­laires. En Seine-Saint-Denis, des poubelles ont été incen­diées à Aulnay-sous-Bois et Saint-Denis vers 22h30. « Il n’y a pas eu d’af­fron­te­ments avec les forces de l’ordre », a précisé la préfec­ture. Sept personnes ont été arrê­tées à Clichy-la-Garenne et deux autres à Rueil-Malmai­son, deux communes des Hauts-de-Seine. 

Tous les ingré­dients des romans de Norek sont présent dans cet inci­dents, un jeune délin­quant arrêté de multiple fois par la police est mis à terre de son scoo­ter bruta­le­ment par un poli­cier qui a ouvert sa portière au moment où il cher­chait à fuir. Le quar­tier dont il est issu vit essen­tiel­le­ment du trafic de la drogue, or le confi­ne­ment sani­taire trouble ce trafic. La police patrouille un peu plus que d’ha­bi­tude dans ces quar­tiers tenus par des dealers. Le jeune circu­lait sans auto­ri­sa­tion et sans casque sur un scoo­ter. ET .… son arres­ta­tion ouvre la voie à des violences nocturnes et sans doute à une reprise du trafic. C’est tout à fait dans la veine de que raconte « Terri­toires » Dans ce deuxième roman, on voit à quel point pour avoir la paix poli­tique les élus locaux font la part belle aux truands repen­tis qui seuls savent tenir les quar­tiers. Encore une fois l’actualité raconte parfois de tels faits, on peut penser que ce n’est que la partie visible d’une pratique beau­coup plus géné­ra­le­ment répan­due. Enfin dans le troi­sième roman, on quitte la banlieue pour arri­ver dans une prison et là, l’hor­reur atteint son comble. On quitte aussi les trafi­quants des banlieues pour croi­ser la mafia corse et les avocats peu scru­pu­leux sur la façon de s’en­ri­chir c’est une autre forme de violence tout aussi radi­cale mais qui ne s’ap­puie pas sur la destruc­tion de la ville d’où ils viennent.

Il me reste à vous parler du style d’Oli­vier Norek. D’abord le suspens, il est très doué : tout s’emboîte de façon incroyable, il n’y a aucune invrai­sem­blance et hélas, il n’y a pas non plus de super-héros qui permet­trait au lecteur de reprendre son souffle et de croire que cela peut se finir sinon bien un peu mieux ! Non, les gentils ne gagnent pas à tous les coups et oui, les méchants perdent des batailles mais jamais la guerre. La langue d’Oli­vier Norek est précise et très agréable à lire et en plus, ce qui ne gâte rien, cet auteur a le sens de la formule qui fait mouche .

Les chiffres ne sont que des paillettes pour faire beau à la fin des rapports vides.

ou

Sérieux, dans la phrase « non », c’est quoi le mot que tu comprends pas ?

Je pour­rais presque dire merci au confi­ne­ment pour m’avoir permis de rencon­trer un tel écri­vain.

En 2016, déjà, Dasola parlait très posi­ti­ve­ment de cet auteur

Citations

Code 93

La médecin légiste

Dans les siennes elle avait pris ses mains salies, frôlé ses cheveux puis passé le bout des doigts sur les bles­sures de son visage. Elle avait regardé alen­tour, car ces choses-là ne se font pas. Elle avait ôté ses gants en latex et recom­mencé les mêmes gestes. Elle s’était lais­sée aller au pire des maux de son métier, l’empathie.

Description de la banlieue

Quatre voies grises et sans fin s’enfonçant comme une lance dans le cœur de la banlieue. Au fur et à mesure,voir les maisons deve­nir immeubles et les immeubles deve­nir tours. Détour­ner les yeux devant les camps de Roms. Cara­vanes à perte de vue, collées les unes aux autres à proxi­mité des lignes du RER. Linge mis à sécher sur les grillages qui contiennent cette partie de la popu­la­tion qu’on ne sait aimer ni détes­ter. Fermer sa vitre en passant devant la déchet­te­rie inter­mu­ni­ci­pale et ses effluves, à seule­ment quelques enca­blures des premières habi­ta­tions. C’est de cette manière que l’on respecte le 93 et ses citoyens : au point de leur foutre sous le nez des montagnes de poubelles. Une idée que l’on devrait propo­ser à la capi­tale, en intra muros. Juste pour voir la réac­tion des Pari­siens. À moins que les pauvres et les immi­grés n’aient un sens de l’odorat moins déve­loppé…

Si vrai

Elle ne pleu­re­rait pas tant qu’il serait là. La tris­tesse c’est person­nel, ça ne se partage pas.

Une mère peu aimante

Mais si j’étais à Bercy tu ne t’en satis­fe­rais pas plus et tu m’enverrais l’Élysée au visage… Je te connais, maman, ton ambi­tion pour les autres est débor­dante. Seul le corps fati­gué de Margaux Soul­tier avait soixante-dix-huit ans. Le reste aurait pu durer encore quelques géné­ra­tions. Elle avait joué son rôle de mère comme une actrice désas­treuse, se consi­dé­rant plutôt comme une femme d’homme de pouvoir, de celles qui poussent à se surpas­ser et qui admettent aisé­ment le concept de dommages colla­té­raux qu’une carrière poli­tique ne manque pas de produire. – Cela t’amuse toujours autant de m’appeler maman ? – C’est ce que tu es, non ? – Ne sois pas ridi­cule, évidem­ment, mais tu n’as plus besoin d’une maman à ton âge.

Le monde des affaires et le monde politique

Jacques Soul­tier était aisé­ment passé d’homme d’affaires à homme de pouvoir sans avoir à chan­ger les règles du jeu, puisqu’elles lui avaient paru être iden­tiques. Il avait construit sa deuxième carrière comme il mettait en place le rachat d’une société ou la liqui­da­tion d’une autre : en connais­sant les secrets de ses adver­saires autant qu’ils tentaient de les cacher.

Immigration

Au lende­main des révo­lu­tions arabes, le flux migra­toire tuni­sien et algé­rien s’était vu multi­plié par trois sans que soit mis en place le moindre programme d’accueil et de loge­ment. Atti­rés par les lumières de Paris puis rapi­de­ment expul­sés comme un corps étran­ger, les nouveaux migrants avaient été, comme d’habitude, accueillis par le cousin pauvre du 93. 

Les chiffres et la vérité

Les chiffres ne sont qu’une indi­ca­tion. Ils ne veulent rien dire. Deman­der un chiffre c’est faire l’évaluation d’un travail. La réponse chan­gera en fonc­tion de la personne à qui vous posez la ques­tion. Si vous le deman­dez à celui qui a effec­tué le travail, il sera poussé vers le haut. Si vous le deman­dez à ses détrac­teurs, il sera tiré vers le
bas. Deman­der de chif­frer une acti­vité c’est être assuré d’avoir une infor­ma­tion déjà faus­sée. Les chiffres ne sont que des paillettes pour faire beau à la fin des rapports vides.

Le monde politique

En poli­tique, partez du prin­cipe qu’il n’existe aucune salo­pe­rie à laquelle vous puis­siez penser qui n’ait déjà été commise. Aucune. Plan­quer des cadavres pour permettre la créa­tion du Grand-Paris, votre Code 93 n’a pas plus d’ambition qu’une vulgaire opéra­tion immo­bi­lière.

Territoires

Des dialogues comme je les aime

- Foret quatre milli­mètres. C’est gravé dessus. On m’a assuré que vous étiez bon enquê­teur, je suis plutôt déçu. –
- On m’a assuré que vous étiez carré­ment désa­gréable. Person­nel­le­ment, je suis comblé.

Les votes en banlieue

- Moins on n’a de votants et plus il est simple d’influer sur le cours d’une élec­tion, c’est mathé­ma­tique.
- Mathé­ma­tique, pas poli­tique !

Mort d’un délinquant de banlieue sa mère et la maire …

Sauf madame Doucouré, dissi­mu­lée derrière son voile, imper­tur­bable, ou déjà rendor­mie. Vespe­rini s’approcha d’elle et elles restèrent ainsi en silence, comme en prière. S’il n’y avait eu aucune bonne fée au-dessus du berceau de Bibz, il y avait bien eu deux sorcières penchées sur son cercueil.

le langage jeune

Sérieux, dans la phrase « non », c’est quoi le mot que tu comprends pas ?

La banlieue

Toi-même tu sais. Douze ans du 93 c’est pas douze ans de Paris. C’est pas les mêmes formats.

La corruption municipale

Certes, Sébas­tien était le fils de son ex beau-frère, mais surtout elle appré­ciait sa créa­ti­vité. Marchés surfac­tu­rés, asso­cia­tions fictives, finan­ce­ment occulte de campagne, achat de votes, de gros bras, de colleurs d’affiches, de concierges et de jour­na­listes rappor­teurs d’infos, emplois fictifs et place­ment d’amis aux bons postes. Delsart avait commis tant de malver­sa­tions qu’il n’en voyait même plus l’illégalité. Dans la mesure où il ne s’agissait pas d’enrichissement person­nel, il prenait presque plai­sir à ce jeu du chat et de la souris avec la préfec­ture, les admi­nis­tra­tions publiques et la Cour régio­nale des comptes. Pour lui, tout cela ressem­blait à de simples mouve­ments bancaires. Avec juste un peu plus de malice et d’attention.

Une maire efficace

Vespe­rini venait de décro­cher cinq millions d’euros. En provo­quant elle-même une émeute dans sa propre ville, elle avait réussi un casse histo­rique. Pire, elle venait de braquer l’État.

Le fonctionnement des municipalités en banlieue

Vous ne savez pas comment gérer ces milliers de gamins sans diplômes ni emplois, mais moi je m’en occupe. Je leur donne un travail et ils font vivre leurs familles. Résul­tat, le trafic tempère vos quar­tiers défa­vo­ri­sés et hypo­cri­te­ment, vous nous avez lais­sés faire, comme si vous ne connais­siez pas les raisons de ce calme. Mieux que ça, vous nous utili­sez. Vous nous payez pour garan­tir votre sécu­rité pendant vos campagnes, vous nous payez pour vous récu­pé­rer des votes et des procu­ra­tions. Vous vous servez de nous pour asseoir votre pouvoir et, pour être sûre de notre loyauté, parfois, vous enga­gez certains d’entre nous dans votre propre équipe. Vous
colla­bo­rez avec le mal qui ronge votre ville pour en garder le contrôle. Vous êtes même prête à la mettre à feu et à sang. Le serpent se mord la queue. Cercle vicieux, donc.

Surtension

Le cannabis en prison

Le canna­bis. Encore un moyen de se garan­tir un peu de calme. Une partie non négli­geable des prison­niers se retrouvent à Marveil pour des délits rela­tifs à la drogue. Qu’elle soit tolé­rée à l’intérieur de la prison relève de l’ironie.

La sexualité en prison

Une partie non négli­geable des prison­niers se retrouvent à Marveil pour des agres­sions sexuelles. Qu’elles soient tues, voire tolé­rées à l’intérieur de la prison, voilà encore qui relève de l’ironie.

La prison école du crime

Malheu­reu­se­ment, il n’existe pas d’endroit plus dange­reux, inégal et injuste que la prison. Et au lieu de ressor­tir équi­li­bré ou cadré, les déte­nus en sortent plus violents, désa­bu­sés, perdus et agres­sifs, sans aucun projet de réin­ser­tion. Plus veni­meux en sorte. La prison comme une école du crime. »

Un moment d’humour

C’est l’affaire du Norvé­gien. Un type de soixante ans qu’on a retrouvé poignets et chevilles accro­chés à un lit après une over­dose à l’ecstasy et au poppers. C’est son jeune amant qui nous a appe­lés. Quand on a essayé de contac­ter sa famille, on a décou­vert qu’il était ici en voyage d’affaires sur un projet de jume­lage de deux églises, entre la France et la Norvège. Le type était prêtre. Je sais que là-bas ils sont ouverts d’esprit et qu’ils aiment bien se baigner à poil dans l’eau glacée, mais ils ont quand même dû être un peu secoués par la nouvelle.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Édition Nouvelle Édition Ouest & Compa­gnie

Encore un roman poli­cier, et sans pouvoir dire que j’aime beau­coup ce genre de lecture, j’ai trouvé celui-ci assez inté­res­sant. En le lisant, je pensais sans cesse que cela ferait un bon film. Et pour une fois, l’écri­vain présente assez bien la ville où j’ha­bite. La réalité sociale de notre époque est bien décrite, le roman débute dans un quar­tier popu­laire de Rennes, Cleu­nay, où s’entraînent deux jeunes espoirs du basket local. Fatou, une jeune noire et Rim une jeune arabe. Le sport de haut niveau les a aidées à se forger un mental d’acier et un corps superbe. Leur quar­tier connaît l’is­la­mi­sa­tion et elles espèrent grâce au sport pouvoir échap­per aux carcans de leur classe sociale. En atten­dant, elles se retrouvent à Dinard pour un défilé de haute couture car Rim a été recru­tée pour une première expé­rience de manne­quin. Dinard où se croisent des gens très fortu­nés, ce jour là des gens de la mode et des employés très sympa­thiques des travaux publics et des jeunes qui veulent s’en sortir. C’est dans ce creu­set qu’un meurtre va écla­bous­ser tout le monde. J’ai bien aimé le croi­se­ment des classes sociales et aussi l’écri­ture de cet écri­vain. Mais j’es­père que notre club va ralen­tir le rythme des romans poli­ciers parce que, pour moi, c’est un peu un pensum à chaque fois que je dois en lire un.
Je n’ai trouvé que peu d’er­reurs dans celui-ci une quand même : Rim et Fatou s’en­traînent à Rennes rue Papu et non « Paput » ; je rappelle que Fran­çois Papu est honoré à Rennes car origi­naire de cette ville, il est mort pendant les jour­nées révo­lu­tion­naire de 1830 ainsi que Louis Vanneau , (ayant été scola­ri­sée à l’école Papu et mes frères à l’école Vanneau, je sais de quoi je parle !)

Citations

Les quartiers qui changent

Dans la cité où, depuis deux ans, les barbus et les voiles fleu­rissent à vue d’œil. À croire que la beauté glabre d’un visage frise l’ana­thème ou qu’il fallait à tout prix se voiler la face. Masque obli­ga­toire au quoti­dien, poils pour les hommes, voiles pour les filles, le peuple des tours subit la férule d’un imam réac­tion­naire.

Description sympa et exacte

Je me retourne pour lancer un dernier regard vers Saint-Malo. Plus nous nous éloi­gnons, plus la ville m’ap­pa­raît dans sa compa­cité. Construite sur la mer, elle se blot­tit derrière ces forti­fi­ca­tions, mono­li­thique, inex­pug­nable, élégante. La beauté austère de Saint-Malo éclate davan­tage depuis le large, contrai­re­ment aux rivages de Dinard dont les mystères se révèlent à mesure qu’on les approche.Vallonnés, boisés, fleu­ris, décou­pés, truf­fés de luxueuses maisons au parfum d’An­nées folles, ils offrent mille surprise à l’ombre d’une végé­ta­tion exotique. Tout en festons et coquet­te­ries, la station balnéaire s’op­pose à la recti­tude miné­rale de la cité corsaire. De part et d’autre de l’es­tuaire , chacun reven­dique sa place. Les guer­riers d’un côté, leur repos de l’autre.

Édition Sona­tine. Traduit de l’an­glais par Marc Barbé.Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Deux romans poli­ciers dans la même jour­née ! Je dois ce tour de force à mon club de lecture. Et toujours, pour moi, aussi peu d’in­té­rêt . Pour­tant celui-ci fait partie de la sélec­tion pour notre « coup de cœur des coups de cœur » de juin 2020. Cela veut dire qu’il a beau­coup plu à nos amies fidèles au genre « polars » mais son inté­rêt a dû s’étendre aux amatrices du genre romans histo­riques (déso­lée, Messieurs, seules les femmes font partie de ce club pour­tant ouvert à tous et toutes !). Ce roman se situe en 1931, au milieu de la crise finan­cière mondiale. Le ressort amou­reux de cette histoire est si faible que j’ai dû de toutes mes forces m’ac­cro­cher au fait que seules celles qui lisent l’en­semble des romans peuvent parti­ci­per à notre déli­bé­ra­tion du mois de juin pour le finir. Ce qui est origi­nal, c’est que le person­nage prin­ci­pal est un escroc, donc le narra­teur ne repré­sente pas le bien face aux puis­sances du mal. Il est un « mauvais » ordi­naire et les autres sont des méchants extra­or­di­naires qui mani­pulent le monde bien au delà des poli­tiques qui ne sont que des marion­nettes dans leurs mains qui peuvent s’ou­vrir pour faire couler de telles sommes d’argent que personne ne peut résis­ter. D’ailleurs résis­ter, veut dire que l’on retrou­vera un cadavre de plus dans les rues de Londres ou ailleurs. Et tout cela pour­quoi ? Pour satis­faire des gens de la finance qui d’après ce roman sont à l’ori­gine de la guerre 1418. C’est la partie la plus inté­res­sante du roman mais ce ne sont là que les trente dernières pages et qui ne sauvent pas ce roman pour moi, j’ai trop attendu pour y arri­ver sans que cela enri­chisse le propos.
Mais je le répète, il a beau­coup plu aux lectrices de mon club, alors si vous aimez les polars, faites vous votre propre idée

Citations

(Pour une fois glanée chez Babe­lio car je m’en­nuyais trop pour anno­ter ce roman)

La dupe­rie est cumu­la­tive : un mensonge en engendre une douzaine d’autres, qui à leur tour en engendrent chacun une douzaine.

L’argent est moins éphé­mère que la vérité et la beauté. Il fruc­ti­fie, tandis qu’elles s’étiolent.

Dans un monde qui se croyait si sage et se compor­tait pour­tant si bête­ment , il semblait parfois que seuls les fous voyaient les choses telles qu’elles étaient vrai­ment, que seuls les gens comme mon frère étaient prêts à admettre ce qu’ils aper­ce­vaient du coin de l’œil. 

Édition Cohen&Cohen

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Voici un roman poli­cier bien clas­sique qui n’ap­porte vrai­ment rien de nouveau au genre, si ce n’est pour moi, qu’il se passe à Dinard pendant le festi­val du film britan­nique. C’était amusant de mettre des images sur tous les lieux où se passent ces meurtres. Amusant aussi, de revivre en forme de clin d’œil, les films d’Al­fred Hitch­cock. Mais sinon, les amateurs du genre risquent d’être déçus par ce roman qui ne brille pas par son origi­na­lité.

J’ai bien aimé l’hu­mour de l’épi­logue

Dinard a repris son visage habi­tuel.

Mais sur son socle Alfred Hitch­cock, complice malgré lui de cette sanglante histoire, semble avoir une moue encore plus boudeuse que de coutume, comme s’il n’ap­prou­vait pas le scéna­rio qu’on a eu l’im­pu­dence d’écrire sans sa permis­sion

Édition du seuil

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Un roman déjanté comme je les aime … presque. Cuné chez qui je l’avais noté a moins de réserves que moi. Il y a, en effet, un aspect que j’ai toujours du mal à accep­ter : la déri­sion des meurtres et ici d’un tueur en série. C’est ce qui lui a fait rater une étoile sur Luocine , mais que les amateurs de cet esprit de déri­sion se préci­pitent car dans le genre c’est très bien raconté. C’est drôle et c’est une très bonne satyre des compor­te­ments des humains d’aujourd’hui. La famille belge qui arrive dans un camping avec la radio à fond qui dérange tout le monde avec la plus grande désin­vol­ture est à mourir de rire. Le person­nage prin­ci­pal à qui nous devons cette histoire est un gigolo Dino Scala, il vit au crochet de Lucienne une femme de vingt ans son aînée immen­sé­ment riche. Seule­ment, malheu­reu­se­ment pour lui, il y a aussi la belle mère Macha qui n’aime pas du tout Dino. Celui-ci doit fuir le Luxem­bourg para­dis des million­naires et de Dino et Lucienne après avoir été quelque peu violent avec un banquier. La descrip­tion du Luxem­bourg fait partie des morceaux de bravoure de ce roman. Il arrive dans un camping de la côte d’Azur et rencontre un écri­vain qui pour des raisons person­nelles veut connaître le peuple d’en bas. Charles Desservy et Dino font un couple impro­bable lié par un secret qui les conduira très loin et au passage vous fera beau­coup sourire avec ce qui pour moi est une limite que l’on peut pour rendre la vie encore plus agréable se sépa­rer en les assas­si­nant des empê­cheurs de tour­ner en rond.

Citations

Les vieux

Les vieux sont sympa­thique , en géné­ral . Même ceux qui , plus jeunes, étaient des crevures. On ne peut d’ailleurs jamais savoir comment ils étaient, avant , car ils finissent tous en mode « friendly » . Étant donné qu’il n’y a pas neuf humains dur dix de bien­veillants, on peut en déduire que nos chers aînés s’as­sa­gissent avec l’âge. D’une certaine façon ce sont des faus­saires, des fourbes, à l’image de tous ces digni­taires qui ont terminé leur vie en Argen­tine et qui s’ap­pe­laient Muller. Après avoir bien pourri leur monde, ils se détendent. La raison en est simple : ils se retrouvent en posi­tion de faiblesse. Fini l’au­to­rité, fini les déci­sions et fini le permis de conduire, tiens, plus rien, tu demandes à ta fille pour aller pisser et t’es bien content qu’on te sorte à Noël. La peau comme du carton mouillé, le ventre gonflé, les pommettes tout en bas, les cheveux violets des femmes et le pue-de-la-bouche des hommes. Un naufrage.
La seule arme qui leur reste pour se défendre, c’est la gentillesse. Ils deviennent adorables pour qu’on les préserve et qu’on ne les pique pas.

Humour

J’étais présen­te­ment assis dans une berline de luxe, atten­dant que la porte du garage achève de se lever, dans le silence capi­ta­liste de Kirch­berg, ce quar­tier si paisible de Luxem­bourg. Ici, les Porsche et autres Mase­rati vieillis­saient comme leurs proprié­taires, jamais à plus de 70 km à l’heure.

Le Luxembourg

J’ai pris les courses dans le coffre et je les ai mises dans le monte-charge. Parce que ici, on ne monte pas ses courses. Ce sont les gens qui montent leurs courses et au Luxem­bourg, On n’est pas des gens, on est des Luxem­bour­geois.

Portraits

J’ima­gi­nais très bien quel genre de fille cela pouvait être. De bonnes inten­tions et de l’al­truisme. Elles trouvent que l’Inde est un pays extra et le Pérou l’ave­nir de l’hu­ma­nité. Plus tard, elle roule­ront dans une voiture hybride à quarante mille euros et elles dormi­ront dans des draps de chanvre. Elles mangent des graines et boivent du jus de pomme arti­sa­nal diar­rhéique , font des Nouvel An tofu-tisane et partent à l’autre bout du monde pour ensei­gner l’an­glais a des animaux malades.

Des regrets de n’avoir pas fait d’études

Et pour­quoi je n’ai pas fait des études, tiens ? Pour deve­nir, je ne sais pas moi, méde­cin ? Tout le monde peut le faire, méde­cin, c’est qu’un boucher avec beau­coup de mémoire, un méde­cin.

Le Luxembourg

Le site le plus visité du Luxem­bourg ce n’est ni le Palais-Royal, ni le Musée d’Art Contem­po­rain, ni rien de ce à quoi on pour­rait s’at­tendre. Le site le plus visité du Luxem­bourg est l’aire d’au­to­route de Berchem. On y trouve ce que ce pays a de mieux à offrir aux fron­ta­liers et aux Euro­péens de passage, de l’es­sence et des clopes moins cher qu’ailleurs. Cette station service Shell, déme­su­rée par sa taille et par le nombre de cartouches de ciga­rettes vendues, qui compte un McDo­nald’s et un café Star­bucks, contient en elle-même toute la quin­tes­sence du Luxem­bourg. Elle est la parfaite méta­phore du Grand-Duché, un pays où on ne fait que passer et où l’on ne vient que pour l’argent. Une banque, quoi, avec le petit plus d’une déco­ra­tion sympa, la famille royale.

La différence de classe

Charles et moi avons genti­ment entre­pris de prépa­rer notre soirée, sur sa terrasse à lui. Dans l’ef­fet, je me suis retrouvé avec le couteau à huître dans les mains et Charles avec une coupe de cham­pagne. Le colon et son bougnoule. Avec lui les bulles, moi les doigts massa­crer. Les huîtres, allez, au boulot.

La famille belge tatouée

La famille avait un point commun : les tatouages. Ils évoluaient en portant sur eux les auto­col­lants de frigo de leurs convic­tions, des messages si obscurs qu’ils devaient certai­ne­ment passer des heures à expli­quer le sens des c’est Post-it qu’ils se trim­ba­laient. Genre leur prénom traduit en dialecte inca. Et comment on dit Kevin en Maya, hein ? Et Cindy, en aztèque ? J’ima­gi­nais qu’ils devaient aussi avoir des slogans quelque part, sur un quel­conque tibia, sur un bout de fesse. Un cri de rallie­ment de la contre-culture d’il y a trente ans. D’où j’étais, je pouvais recon­naître sur l’épaule de la mère, une mésange. Enfin ce qui avait dû être une mésange, à l’époque, ressem­blait main­te­nant davan­tage à un chapon.

Édition Sona­tine. Traduit de l’an­glais par Julie Sibony 

Tout est faux dans cet excellent roman , même ma clas­si­fi­ca­tion. Non ce n’est pas tout à fait un roman poli­cier, non Saint-Louis dans le Haut Rhin n’est pas la ville de province sinistre que le person­nage Manfred Baumann se plaît à nous décrire, non, la préface que j’ai lue ‑sans rien trop la comprendre au début- ne dit pas la vérité sur l’au­teur sauf sans doute cette cita­tion de Georges Sime­non dont je n’ai pas eu le temps de véri­fier l’au­then­ti­cité

tout est vrai sans que rien ne soit exact.

Je ne peux tout vous dire sur ce roman incroya­ble­ment bien ficelé sauf qu’on y boit beau­coup ‑et pas que de l’eau‑, qu’il décrit avec beau­coup de talent les ambiances des habi­tués dans les bars restau­rants de province et que vous connaî­trez petit à petit Manfred Baumann, cet homme torturé et enfermé dans des habi­tudes qui lui servent de règles de vie. Le coif­feur et d’autres habi­tués fréquentent régu­liè­re­ment le café restau­rant « La cloche » ici tout le monde connaît, Baumann comme direc­teur de l’agence bancaire sans rien savoir de lui.

Le poli­cier l’ins­pec­teur Gorski, a un point commun avec Manfred Bauman, mais comme ce point n’est dévoilé qu’à la fin, je ne peux pas vous en parler sans divul­gâ­cher l’in­trigue. Les deux person­nages n’ont rien de remar­quables sinon qu’ils sont tous les deux issus de cette petite ville et qu’ils ont peu d’illu­sion sur l’hu­ma­nité. Le poli­cier a plus de cartes dans sa manche et surtout une fille Clémence qui lui donne le sourire, pour sa femme, qui appar­tient au milieu chic de Saint-Louis c’est plus compli­qué et ce n’est pas certain que son mariage tienne très long­temps. Manfred, lui aussi, vient des quar­tiers chics mais il a été orphe­lin très jeune et a été élevé par un grand père qui ne l’ai­mait guère. Les femmes sont un gros problème pour lui, et il est heureux dans son café en « relu­quant » le décol­leté d’Adèle Bedeau, celle qui dispa­raît . Il s’en­fonce dans un mensonge qui fera de lui un coupable possible et les bonnes langues du café ne vont pas tarder à se délier. C’est un roman d’am­biance où chaque person­nage est décrit dans toute sa complexité, où la vie de cette petite ville nous devient fami­lière, mais dans ce qu’elle a de sombre et d’en­nuyeux, c’est sans doute ce qu’on peut repro­cher au roman, je suis certaine que l’on peut être joyeux et insou­ciant à Saint Louis dans le Haut Rhin. Pour conclure c’est un livre que je recom­mande chau­de­ment (malgré l’en­nui qu’a ressenti Gamba­dou) à tous les amateurs de romans poli­ciers, et à tous ceux qui n’ap­pré­cient pas ce genre ; je ne suis donc pas éton­née qu’il ait reçu un coup de cœur à notre club de lecture.

Citations

Propos masculin

Petit et Clou­tier, bien que tous deux mariés, parlaient rare­ment de leur épouse et, quand ils le faisaient, c’était toujours dans les mêmes termes péjo­ra­tif. Lemerre, lui, n’avait jamais pris femme. Il décla­rait à qui voulait l’en­tendre qu’il était « contre le fait d’avoir des animaux à la maison ».

Le décor

Bref, les gens de Saint-Louis sont exac­te­ment comme les gens d’ailleurs, que ce soit dans les petites villes tout aussi ternes ou nette­ment plus clin­quantes.
Et comme les habi­tants de n’im­porte quel autre endroit, ceux de Saint-Louis ont une certaine fierté chau­vine de leur commune, tout en étant conscient de sa médio­crité. Certains rêvent d’éva­sion, où vivent avec le regret de n’être pas partis quand ils en avaient l’oc­ca­sion. Mais la majo­rité vaquent à leurs affaires sans prêter grande atten­tion à leur envi­ron­ne­ment.

le Policier

Ce qui l » inté­res­sait n’était pas tant dans le fait que quel­qu’un mente que la façon dont il le faisait . Souvent , les gens allu­maient une ciga­rette ou s’ab­sor­baient un peu brus­que­ment dans une acti­vité sans aucun rapport avec le sujet . Ils n’ar­ri­vaient plus à soute­nir son regard . Des femmes se tripo­taient les cheveux . Les hommes , leur barbe ou leur mous­tache .

Traduit du Suédois par Anna Postel

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. et comme vous le voyez, il a obtenu un coup de cœur du club !

Je ne lis presque jamais de romans policiers,mais celui-ci a été défendu avec un tel enthou­siasme par les membres de mon club, que je n’ai pas hésité à me plon­ger dans cette lecture. Ce roman a très bien occupé ma nuit d’in­som­nie et comme c’était une nuit de tempête j’avais quelque peu du mal avec les bruits du vent dans les arbres qui ryth­mait trop bien ma lecture. Signe que ce roman est vrai­ment bien mené, c’est la première fois que je ne commence pas par la fin, Camilla Grebe a su rete­nir mon atten­tion jusqu’au bout. Non seule­ment à cause du suspens, mais encore parce qu’elle dévoi­lait peu à peu de la vie de ce petit village suédois aux confins du grand nord, dans l’obs­cu­rité et le froid de l’hi­ver. L’intérêt du roman poli­cier vient de la double enquête qui y est menée :

  • celle de Malin, une jeune poli­cière dyna­mique qui s’apprête à quit­ter défi­ni­ti­ve­ment cette région dont elle est native.
  • celle de Jack un jeune garçon qui aime se traves­tir en femme et se prome­ner la nuit . Un soir il trouve une femme qui erre hagard les pieds nus et qui semble perdue, il a le temps de se cacher et d’en­tendre qu’elle est prise en charge par quelqu’un qui l’a aperçu dans cette tenue. Il ramasse un gros carnet, commence alors la deuxième enquête, car cette femme c’est Hanne est une enquê­trice qui est venu dans le village pour résoudre une ancienne histoire d’un cadavre trouvé dans le village, c’était celui d’une enfant de cinq ans qu’on n’a jamais pu iden­ti­fier. Elle écrit tout sur un carnet car elle commence une mala­die d’Alz­hei­mer.

Grâce à ces deux enquêtes paral­lèles, le petit village de Ormberg prend vie devant nos yeux. Les deux usines ont été délo­ca­li­sées là où la main d’oeuvre est bon marché, donc ne reste au village que ceux qui n’ont pas eu la force, ni l’en­vie de partir. Ce sont pour la plupart des gens aigris et très alcoo­li­sés. Dans ce village, l’état y a implanté un centre pour réfu­giés qui sont bien vite accu­sés de tous les maux . Ces étran­gers cris­tal­lisent le mécon­ten­te­ment de la popu­la­tion qui trouve que l’état en fait plus pour eux que pour les Suédois très pauvres qui ont perdu leur emploi. Le village revit l’été grâce à des amou­reux de la nature, mais ces riches oisifs sont détes­tés par la popu­la­tion locale. Voilà pour le cadre, pour les deux enquêtes je vous les laisse décou­vrir, elles plai­ront certai­ne­ment à toutes les amatrices et les amateurs du genre !

traduit de l’an­glais par Fran­chita Gonza­lez Batlle

Après avoir lu les nouvelles « la cité de la pous­sière rouge » je voulais connaître cet auteur pour les romans qui l’avaient rendu célèbre : les romans poli­ciers. Malgré mon peu d’ap­pé­tence pour le genre, j’ai été inté­res­sée par cette enquête qui se déroule à Shan­ghai en 1990. Une jeune femme est décou­verte assas­si­née, jetée à la rivière dans une bâche plas­tique et l’ins­pec­teur Chen et son adjoint Yu vont cher­cher à savoir ce qui s’est passé alors que visi­ble­ment autour d’eux personne n’a trop envie de savoir. Quand, en plus, l’en­quête touche aux hautes sphères du Parti Commu­niste alors, non seule­ment le silence des uns et des autres devient pesant, mais de plus très mena­çant. La fin est horrible et telle­ment dans ce qu’on connaît de la Chine : recon­nue coupable, la personne est exécu­tée le lende­main de son procès lais­sant bien peu de place aux doutes et à l’éclair­cis­se­ment total des affaires. Beau­coup plus que l’en­quête poli­cière, ce qui m’a plu, c’est le monde chinois en muta­tion. Les amateurs de polars aime­ront sans doute plus que moi cette enquête, mais tous ceux et toutes celles qui ont lu « la cité de la pous­sière rouge » aime­ront trou­ver sous la plume de cet excellent écri­vain la société de Shan­ghai en route pour une forme de gouver­nance origi­nale et impi­toyable :« le capi­ta­lisme commu­niste« dont la devise pour­rait être : tout est permis sur le plan écono­mique mais ne touchez pas au PARTI ni à ses diri­geants.

Citations

Formatage politique

C’est absurde, se dit-il, que la poli­tique puisse mode­ler une vie de cette façon. Si Guan avait épousé Lai, elle n’au­rait pas connu un tel succès dans la vie poli­tique. Elle n’au­rait pas été travailleuse modèle mais une épouse ordi­naire qui tricote un pull pour son mari, trans­porte une bouteille de propane sur le porte-bagage de son vélo, essaie de payer trois sous de moins quand elle fait son marché, râle comme un disque rayé et joue avec un bel enfant assis sur ses genoux – mais elle aurait été vivante.

Où on retrouve l’auteur de » la Cité de la poussière poussière rouge »

Il habi­tait une vieille maison Shiku­men à un étage- un style répandu au début des années trente, où une maison comme celle-là était construite pour une famille. Soixante ans plus tard, elle en abri­tait plus d’une douzaine, toutes les pièces avaient été divi­sées pour loger de plus en plus de monde. Seule la porte d’en­trée peinte en noir était restée la même, elle ouvrait sur une petite cour jonchée d’ob­jets divers, une sorte d’en­tre­pôt de ferraille, d’où l’on entrait dans un vesti­bule haut de plafond et flan­qué de deux ailes. Le vesti­bule autre­fois vaste était trans­formé en cuisine et réserve collec­tive. Des rangées de réchauds à char­bon avec leurs piles de briquettes indi­quaient que sept familles vivaient au rez-de-chaus­sée.