Édition Galli­mard

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Si vous obser­vez bien la photo, vous verrez que ces petits livres sont signés des noms de poètes dont il sera beau­coup ques­tion dans ce roman. Baude­laire, Verlaine et Rimbaud et les nombreux Haïkus qui rythment ce roman à l’écri­ture si particulière.

Je n’ai pas adhéré à cette lecture, mais je recon­nais que c’est un extra­or­di­naire travail d’écri­ture. Si Fran­çois-Henri Désérable ne vous embarque avec son style parti­cu­lier, son histoire d’amour perd tout son charme. C’est diffi­cile d’ex­pli­quer pour­quoi on ne part pas dans un roman. Il faut d’abord que je dise que les conti­nuelles réfé­rences à la culture litté­raire m’agacent prodi­gieu­se­ment. Je sais que j’en ai raté beau­coup car cela ne m’amuse pas et j’ai trouvé que son roman fonc­tion­nait comme un jeu pour des lecteurs « culti­vés » : à qui en trou­ve­rait le plus.

Ensuite l’his­toire m’a semblé très arti­fi­cielle, ces person­nages avaient beau s’ai­mer, je ne trou­vais ni leur âme ni leur sensi­bi­lité dans cette histoire passionnelle.

Bref un roman qui n’est pas pour moi mais qui a obtenu le prix de l’Aca­dé­mie Française.

Le poème dont est extrait le titre :

Es-tu brune ou blonde ?
Sont-ils noirs ou bleus,
Tes yeux ?
Je n’en sais rien mais j’aime leur clarté profonde,
Mais j’adore le désordre de tes cheveux.

Es-tu douce ou dure ?
Est-il sensible ou moqueur,
Ton coeur ?
Je n’en sais rien mais je rends grâce à la nature
D’avoir fait de ton coeur mon maître et mon vainqueur.

Fidèle, infi­dèle ?
Qu’est-ce que ça fait,
Au fait
Puisque toujours dispose à couron­ner mon zèle
Ta beauté sert de gage à mon plus cher souhait.

Paul Verlaine

Citations

Jeu des références littéraires

Elle n’était pas du tout son genre ; il n’avait jamais été le sien. Ils n’avaient rien pour se plaire ; ils se plurent pour­tant, s’ai­mèrent, souf­fri­ront de s’être aimés, se désai­mèrent, souf­fri­ront de s’être désai­més, se retrou­vèrent et se quit­tèrent pour de bon .

Je connais des gens avec la même pathologie

Elle disait souf­frir depuis plusieurs années d’une patho­lo­gie qu’elle crai­gnait irré­ver­sible, elle omet­tait de prendre en compte « le temps de trajet ». Elle ne partait de chez elle qu’à l’heure où elle était atten­due, comme si, d’un claque­ment de doigts, elle pouvait se retrou­ver sur le lieu de rendez-vous où elle arri­vait en géné­ral en retard d’un quart d’heure, parfois plus, jamais moins ‑elle ratait des trains, elle offus­quait des gens, c’est comme ça, mon vieux, il faut t’y faire, disait Tina.

Petite remarque assez juste

Alber­tine viens d’avoir dix huit ans : elle a décro­ché le bac, une mention assez bien avec un 18 en fran­çais, c’est l’été, elle n’est pas sûr de savoir ce qu’elle veut faire à la rentrée, elle hésite entre une fac de lettres et ne rien foutre, certains prétendent que c’est un peu la même chose.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Je vais, comme d’ha­bi­tude mettre des cita­tions ou plutôt des extraits à la fin de mon billet. L’une prise au début et l’autre à la fin. Mais entre ces deux extraits, il ne se passe vrai­ment pas grand chose sinon une ambiance à laquelle j’ai été un peu sensible. Nous sommes en 1912, en février, un homme va s’élan­cer de la tour Eiffel pour tester sur lui-même son para­chute destiné à sauver les avia­teurs dont les aéro­nefs avaient la mauvaise habi­tude de se crasher en tuant leur pilote. La presse était conviée, c’est le début du cinéma et c’est pour cela que l’on a un petit film où l’on voit cet homme mourir sous les yeux du public. Comme l’écrivain, j’éprouve une sensa­tion très forte devant l’hésitation de Franz Reichelt avant de se lancer tête bais­sée vers sa mort mais cela ne suffit pas à créer un roman.

L’au­teur a recher­ché qui était Franz Reichelt, cet immi­gré venu de Bohème, tailleur de son métier. Mais on ne sait rien de lui, alors Étienne Kern raconte la vie des immi­grés venant des pays de l’est Pologne ou Bohème et l’en­goue­ment pour l’avia­tion mais aussi les dangers mortels que cela repré­sen­tait pour ces « fous volants ».

L’am­biance à Paris est assez bien rendue, mais j’ai trouvé ce roman très vide et je me suis demandé pour­quoi il avait été écrit. En tout cas, je suis complè­te­ment passée à côté de son inté­rêt. Lors de la discus­sion du club, plusieurs lectrices avaient trouvé du charme à la vie du person­nage et ont bien défendu ce roman. En revanche, un parti­ci­pant – oui un homme parti­cipe à nos discus­sions ! – n’a pas du tout aimé ce livre repro­chant surtout le style de l’écrivain.

Citations

Le début

4 février 1912, au petit matin. Une tren­taine de personnes s’étaient rassem­blées là, devant la tour Eiffel. Des poli­ciers, des jour­na­listes, des curieux. Tous levaient les yeux vers la plate-forme du première étage. De là-haut, le pied posé sur la rambarde, un homme les regar­dait. Un inventeur.
Il avait trente-trois ans. Il n’était pas ingé­nieur, ni savant. Il n’avait aucune compé­tence scien­ti­fique et se souciait peu d’en avoir.
Il était tailleur pour dames. 
Il s’ap­pe­lait Franz Reichelt. 

la fin

Pour la dernière fois, je lance la vidéo. Tu es là, face à nous, immobile.
Tu décroises les bras et, lente, silen­cieuse comme la mort qui vient, la céré­mo­nie reprend : je retrouve tes gestes, le mouve­ment des pieds, ton corps qui tourne sur lui-même, ton sourire quand tu portes la main à ta casquette. Chaque seconde, désor­mais, est compté. Te voici déjà sur la chaise, un pied sur la rambarde.
Les deux autres hommes sont sortis du champ. Tu es seul. Seul face au vide. Le sacri­fice humain se prépare ; tu es le prêtre et la victime.
Ta mort est devant toi. Elle se dit au futur. Tu es mort mais tu vas mourir encore.
Tu te penches, recules, te courbes vers l’avant puis recules à nouveau. Ce léger repli du tissu, dans ton dos, c’est l’ins­tant, nous y sommes. 

Édition Albin Michel. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Il fallait mon club de lecture pour que j’aille vers ce livre et que je le finisse même si à la fin, je le parcou­rais plus que je ne le lisais. Je dois dire qu’à la façon dont notre biblio­thé­caire nous avait présenté ce roman, je me doutais qu’il ne me plai­rait pas : « C’est un écri­vain de la région, et il a situé son roman dans une station balnéaire qui pour­rait être la nôtre. »

Ce roman se passe dans la région vanne­taise et parle d’amour, celui que l’on fait et celui qu’on n’éprouve pas pour un fiancé choisi par son père pour sauver les affaires fami­liales, bien mal en point.

Tout n’est que lieux communs dans ce roman, quand on quitte un moment convenu, c’est pour aller vers un autre : la fian­cée qui ne décide rien de sa vie, le patron qui se croit supé­rieur et méprise tout le monde, le noble du coin revenu de tout, L’amour pour les chiens et les chats, la gouver­nante au grand coeur fidèle à la famille, la chasse où il ne faut pas tuer les animaux, le Yacht-club où le petit monde de notables de province se pavane…

Bref, je ne conseille ce livre qu’aux Pari­siens qui veulent se persua­der que la vie en province n’a pas changé depuis le XIX° siècle (mais vrai­ment Flau­bert ou Maupas­sant vous en appren­dra plus). Ou aux provin­ciaux qui veulent comprendre pour­quoi on cherche à les cari­ca­tu­rer de cette façon. Mais surtout, je ne le conseille ni à ceux et celles qui aiment qu’un roman les accroche par le style, l’hu­mour, ou la réalité sociale vue sous un angle original.

L’avez-vous deviné ? Je n’ai pas du tout aimé cette lecture.

Et lors de notre discus­sion au club de lecture, toutes les lectrices étaient de mon avis.

Citations

Cliché !

En douce, Louise se glisse dans le hangar où s’ag­glu­tinent avec gravité des bons­hommes un peu rougeauds, en panta­lon blanc, blazer à boutons dorés, cravates aux rayures lichen et rose Mount­bat­ten. Ce sont les digni­taires du yacht club du Guénic-sur-Vilaine. On dirait une chorale de pépères. Flan­qués de leurs dames en robe à fleurs et de leurs enfants que Louise côtoie sans les aimer à la faculté de droit de Vanne, ils semblent inti­mi­dés, presque apeurés.

L’amour

L’un et l’autre sont comme deux enfants perdus qui se repèrent et sentent , sans se l’être encore dit , qu’ils seront moins malheu­reux ensemble.

Je n’invente rien ! (Hélas !)

- Qu’at­tends-tu d’une épouse ? Lui avait, demandé le prêtre qui le prépare au mariage.
- Qu’elle soit sûre, avait-il répondu. Qu’elle me fasse de l’usage. 
On avait ri. Le prêtre avait voulu ne voir dans cette réponse qu’une ode à la fidé­lité. Pour laquelle on avait prié.

Éditions Gall­meis­ter. Traduit de l’amé­ri­cain par Fran­çoise Happe

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Le club de lectures me conduit à lire des livres que je ne choi­si­rai jamais, et souvent ce sont de bonnes surprises. Ici il s’agit d’un roman poli­cier, on ne peut plus clas­sique, et, ce fut un vrai pensum pour moi. Le seul inté­rêt réside dans le suspens ce qui entrave toujours ma lecture. J’ai essayé de jouer le jeu et de ne pas commen­cer le roman par la fin mais pas de chance les ficelles sont si grosses que j’ai immé­dia­te­ment compris de quoi il s’agis­sait. Comme l’en­quê­teur est un person­nage récurent on sait qu’il ne va pas mourir puis­qu’il doit être dispo­nible pour les autres enquêtes.

Calhoun est un homme amné­sique qui a été un agent très perfor­mant d’une agence secrété améri­caine. Même s’il ne se souvient de rien ses réflexes d’en­quê­teurs sont parfaits et donc la même agence l’uti­lise pour résoudre une affaire étrange dans laquelle un de leurs hommes a trouvé la mort. Ce qui est bizarre c’est qu’on l’a retrouvé avec une balle en plein coeur alors qu’il était déjà mort de botu­lisme à côté d’une jeune femme morte dans les mêmes conditions.

J’es­pé­rais qu’en dehors de cette enquête sans le moindre inté­rêt, j’al­lais me plaire dans des paysages somp­tueux du nord améri­cain. Mais à part une partie de pêche rien n’est venu égayer cette lecture. Je vais sans aucun doute choquer touts les amateurs du genre et de cette pres­ti­gieuse maison d’édi­tion, mais je le redis les polars dont l’intérêt ne réside que dans le suspens, ce n’est vrai­ment pas pour moi.

Citations

Humour, choix des mouches et psychologie des poissons

Il y a des jours, dit Calhoun en hochant la tête, ils restent là sans bouger et ils se disent, je mordrais à rien, sauf si c’est une Matuka jaune avec trois bandes de Flasha­bou de chaque côté, fixée à un hame­çon Lime­rick 4XL avec du fil blanc. D’au­tre­fois, ils vont attendre une Black Ghost Carrie Steven toute la jour­née, et s’ils s’aper­çoivent que ce n’est pas une authen­tique, ils disent : Bn, je laisse tomber, ils préfèrent rester sur leur faim. 
Fallows fronça les sour­cils comme s’il se disait qu’on était peut-être en train de se payer sa tête, mais il n’en était pas sûr.
- Stoner a raison, dit Kate. On emporte jamais trop de mouches parce que, comme vous l’avez dit, on ne sait jamais ce que les pois­sons pour­raient penser.

Édition Belfond. Traduit de l’anglais(États-Unis) par Cathe­rine Gibert .

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Je pensais avoir fait un billet sur « Il faut qu’on parle de Kevin », mais visi­ble­ment non alors que j’ai lu . En revanche j’ai chro­ni­qué et peu appré­cié « Double-Faute« de la même auteure. Je suis déçue par cette lecture qui pour­tant commen­çait bien : un couple de sexa­gé­naires se trouve à la retraite devoir résoudre la ques­tion qui traverse tant de couples : Que faire de tout ce temps libre que l’on doit main­te­nant passer ensemble, sans le travail ni les enfants ?

La femme était une grande spor­tive elle a complè­te­ment détruit les carti­lages de ses genoux à force de courir tous les jours, l’homme au contraire n’a prati­qué aucun sport mais vient de se faire virer de son boulot à la ville car il s’est opposé à une jeune femme noire qui est une spécia­liste du « Woke » à défaut se s’y connaître en urba­nisme. Le roman commence par son annonce surpre­nante et qui m’a fait croire que j’al­lais aimer ce roman : il annonce à sa femme qu’il va courir un mara­thon. Sa femme vit très mal cette nouvelle passion de son mari. D’ailleurs cette femme vit tout très mal, il faut dire qu’il n’y a rien de très réjouis­sant dans sa vie. Sa fille est confite en reli­gion et en veut terri­ble­ment à sa mère, son fils est délin­quant et sans doute dealer, et elle souffre le martyre tout en conti­nuant à s’imposer le maxi­mum d’efforts physiques que son corps peut supporter.
Tout cela pour­rait faire un bon roman, mais moi je m’y suis terri­ble­ment ennuyée. Comme pour beau­coup d’auteurs nord-améri­cains c’est beau­coup trop long, mais ce n’est pas la seule raison. Cette écri­vaine ne sait résoudre les problèmes de ses person­nages qu’à travers des dialogues qui s’étirent en longueur. Cela a provo­qué chez moi une envie d’en finir au plus vite avec cette lecture. Il faut dire aussi que je n’étais bien, ni avec la femme, ni avec son mari et son coach Bambi abso­lu­ment insup­por­table, ni avec la fille confite en reli­gion qui va faire le malheur de tous ses nombreux enfants. Je n’ai toujours pas compris ‑mais je l’avoue ma lecture a été très rapide à partir de la moitié du roman- pour­quoi après tant d’événements qui déchirent ce couple, ils restent ensemble finalement.
Ce n’est donc pas une lecture que je peux conseiller, mais si ce roman vous a plu, je lirai volon­tiers vos billets.

Citations

C’est bien vu

- Ce qui m’agace à propos de ces expres­sions subi­te­ment ubiquitaires… 
Tommy n’al­lait pas deman­der la signi­fi­ca­tion de « ubiquitaire »
- … c’est-à-dire celles que soudain tout le monde emploie, ajouta Sere­nata, c’est seule­ment que ces gens qui balancent une expres­sion à la mode a tout bout de champ sont persua­dés d’être hyper bran­chés et plein d’ima­gi­na­tion. Or on ne peut pas être bran­chés et plein d’ima­gi­na­tion. On peut être ringard et sans imagi­na­tion ou bien bran­ché et conformiste.

Bizarreries du couple

En fait, toute honte bue, Sere­nata était en train de se servir de leur fille diffi­cile pour réveiller un senti­ment de cama­ra­de­rie entre-eux. Ils s’étaient sentis tous les deux maltrai­tés, avaient tous les d’eux été sidé­rés par le sombre grief que leur fille entre­te­nait contre eux et tous les deux déses­pé­rés de son adhé­sion à l’Église du Sentier Lumi­neux, dont les fonda­teurs igno­raient certai­ne­ment qu’il s’agis­sait du nom d’une orga­ni­sa­tion terro­riste péru­vienne. Unis dans la conster­na­tion, ils n’en demeu­raient pas moins unis, et elle ne se sentait même pas coupable d’éta­ler effron­té­ment l’his­toire incon­sé­quente de Vale­ria pour faire émer­ger une soli­da­rité. les chagrins devaient avoir leur utilité.

Édition folio

C’est le troi­sième roman que je lis de Fabrice Humbert, « L’ori­gine de la violence » puis « La fortune de Sila » m’avaient beau­coup plu. Mais celui-ci est une vraie décep­tion, j’ai même failli ne pas le chro­ni­quer. J’ai alors pensé que si j’avais lu un billet de mes blogs préfé­rés, je ne me serais pas lancée dans cette lecture. Je vais donc expli­quer pour­quoi je n’aime pas ce roman. Et en espé­rant que ceux ou celles qui ont aimé fassent des commen­taires plus posi­tifs. Voici déjà l’avis de Kathel qui a beau­coup aimé.

Le récit commence pour­tant très bien, par la descrip­tion du mal-être d’un jeune Newyor­kais qui arrive dans une petite ville du Colo­rado, Drys­den où il a passé son enfance. Ne cher­chez pas cette ville, n’ou­bliez pas le titre du roman : « le monde n’existe pas ». Le person­nage prin­ci­pal est adulte main­te­nant et a rejeté ses années de souf­france loin de lui, quand tout à coup le visage de l’ado­les­cent qui a tant trou­blé le jeune lycéen qu’il était, enva­hit les écrans géants de Times Squares : Ethan Shaw est accusé de viol et de meurtre d’une jeune fille de 16 ans.

Adam Voll­man qui à l’époque s’ap­pe­lait Chris­to­pher Mantel a tout fait pour ne plus ressem­bler au jeune homme frêle de ses années lycée. Il est, aujourd’hui, jour­na­liste et retourne donc enquê­ter sur cette affaire. Le but de l’écri­vain c’est de faire exis­ter une énorme « Fake-news » à travers les réseaux sociaux et les médias. Petit à petit le lecteur comprend qu’il est convié à une mise en scène dont le narra­teur essaie de tirer les fils sans bien voir les tenants et les abou­tis­sants. Fina­le­ment s’il y a bien eu complot et qu’E­than n’a pas commis de meurtre, on ne saura jamais qui a orga­nisé ce récit et au profit de qui. Le fameux « embal­le­ment » média­tique est très bien décrit et la désa­gréable impres­sion de ne plus pouvoir démê­ler le vrai du faux aussi. Au passage, Fabrice Humbert décrit assez bien ce que doit être la vie dans une petite ville améri­caine, cette façon de tout savoir sur tout le monde et de très mal suppor­ter les gens venant d’ailleurs, newyor­kais et homo­sexuels par exemple. Ce que je n’ai vrai­ment pas aimé est ce qui fait tout l’in­té­rêt du roman, c’est de ne trou­ver aucune ratio­na­lité à ce récit. Il permet seule­ment de se poser cette ques­tion : jusqu’où peut aller la folie des médias. Mais aucun person­nage n’a vrai­ment de consis­tance, l’his­toire n’est pas réelle, puisque fina­le­ment ce « monde n’existe pas », peut être que Fabrice Humbert rajou­te­rait « pas encore , mais en êtres vous bien certain » ?

Citations

Une amitié déséquilibrée

En marchant à ses côtés, après l’en­traî­ne­ment, je lui parlais de sujets longue­ment prépa­rés, rumi­nés toute la mati­née pour lui plaire, auxquels il ne répon­dait que par mono­syl­labes, certes parfois amusées, comme on donne des caca­huètes à un singe. Je me sentais en perma­nence indigne, je n’ar­ri­vais pas à l’in­té­res­ser, j’étais trop petit, trop limité devant lui.

La vérité et l’écrivain

Ce qui me trou­blait, chez Heming­way, c’était la part de fiction qu’il y avait en lui. Son rapport à la vérité et au meurtre tout cela me semblait obscu­ré­ment liés. En appa­rence, Heming­way était cet homme d’ac­tion, ce corres­pon­dants de guerre qui a déve­loppé la théo­rie de l’ice­berg et de l’écri­ture objec­tive, qui avait poli son style durant les années d’ap­pren­tis­sage à Paris. La construc­tion de ce mythe a été d’au­tant plus essen­tiel qu’il était miné par l’al­coo­lisme et la mort, que son amour de la vérité était travesti par le mensonge et le long travail inté­rieur de la fiction, de sorte qu’à la fin on ne savait plus si son écri­ture appar­te­nait à la vérité ou mensonge. Heming­way était un homme qui s’in­ventent, et il avait su se créer une légende ; de même qu’à vingt ans il racon­tait avoir arrêté dans les rues de Chicago un cheval emballé, c’est dans ces rêves qu’il sauva Dos Passos des cornes du taureau, provo­qua en duel celui qui avait insulté Ava Gard­ner où libéra le Ritz à la tête d’une armée de mercenaires.

Une remarque amusante observée en surfant sur le Net

En dix minutes la diffé­rence des approches entre les trois cultures est évidente. Les Améri­cains proposent de faire, les Fran­çais de commen­ter, les Alle­mands de philosopher. 

Édition Noir sur Blanc . 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Je ne connais­sais pas du tout cet auteur qui se plaît à creu­ser les rapports fami­liaux qui détruisent les person­na­li­tés (d’après ce que j’ai lu sur lui). Ce roman se situe au stade ultime de la destruc­tion, nous sommes avec un homme qui est interné, il parle à un psychiatre et à une infir­mière de ce qui l’a sans doute conduit dans cette chambre d’hôpital dont il n’a pas le droit de sortir. Le roman ne donne que les paroles de ce malade, à nous d’imaginer les ques­tions de son théra­peute qui impliquent ses réponses. On ne peut jamais savoir si ce qu’il dit est vrai, sans doute est-ce là le quoti­dien des soignants des hôpi­taux psychia­triques. A‑t-il été lui même un psycho­logue ? A‑t-il conseillé à des patients des passages à l’acte dévas­ta­teur ? A‑t-il écrit un livre qui révo­lu­tionne les théra­pie ? On sent que le psychiatre s’intéresse assez peu à ses théo­ries sur les soins mais l’amène souvent à parler de sa famille en parti­cu­lier de son frère disparu en mer.

La plon­gée dans le cerveau tortueux de Robert, le patient, et l’absence d’une parole ancrée dans la réalité ne m’ont pas beau­coup inté­res­sées. Et j’ai été très agacée par la quatrième de couver­ture qui dit ceci :

Un livre corro­sif, plus jamais d’actualité, sur la menace constante du popu­lisme, la tenta­tion et le danger d’une simpli­fi­ca­tion de la pensée.

Je ne sais pas si c’était dans les inten­tions de l’auteur, mais alors c’est vrai­ment raté. Bien sûr que l’on ne peut donner le moindre crédit à un théra­peute qui propo­se­rait de suppri­mer toute forme d’oppression psycho­lo­gique par le crime. Extra­po­ler vers la dénon­cia­tion du popu­lisme cela me semble un simple argu­ment pour vendre ce roman.

Pour moi l’intérêt de ce roman (auquel j’aurais mis 3 étoiles sans cette quatrième de couver­ture) , c’est de voir combien il est diffi­cile de se frayer un chemin vers la vérité quand on est face à une personne dont le cerveau est malade. Robert fuit la seule ques­tion à laquelle le psychiatre doit répondre – réponse qu’il doit peut-être donner à un juge- que s’est-il il passé sur le cata­ma­ran avec lequel lui et son frère Honoré, moni­teur de voile, sont partis en mer et que Robert a ramené en étant seul à son bord ? Honoré a‑t-il été victime d’une solu­tion théra­peu­tique radi­cale mise en œuvre par son frère ?
À travers les propos de Robert nous décou­vrons la façon dont les malades vivent l’internement, la cuisine, le compa­gnon de chambre, la volonté de sortir, mais surtout nous essayons comme le psychiatre de nous frayer un chemin vers la vérité qui est profon­dé­ment enfouie dans ce cerveau bien malade.

Citations

La nourriture de l’hôpital

Depuis que je fais moins d’exer­cice physique, mes fesses se ramol­lissent un peu chaque jour, j’au­rai bien­tôt du pudding à la place du derrière, comme celui qu’on nous sert presque quoti­dien­ne­ment dans cette affreuse cantine. Si vous pouviez user de votre entre­gent pour faire varier un peu les desserts, nous vous en saurions gré… Car entre le pudding, les entre­mets et les yaourts, nous allons tous finir par croire qu’il nous manque des dents, or ma denti­tion est parfaite.

Est-ce vrai ?

Il est rare que des gens beaux viennent consul­ter. Pour cause : il existe objec­ti­ve­ment aucune raison valable. La beauté est un véri­table aimant qui attire à la fois le désir, le respect, la fasci­na­tion, la richesse, la puis­sance, et si vous vous y prenez correc­te­ment. : la célébrité.

Édition Denoël. Lu dans le cadre du club de lecture média­thèque de Dinard 

Ce roman avait bien sa place dans le thème du mois de novembre du club de lecture : « les voisins » , mais c’est bien là son seul inté­rêt. Claire, le person­nage prin­ci­pal, est une jeune femme étrange, complè­te­ment névro­sée qui passe son temps à obser­ver ses voisins. Dans cet immeuble pari­sien, vivent des personnes dont elle imagine la vie à travers les bruits et quelques disputes. Elle est l’amie d’un Japo­nais avec qui elle partage le silence et le thé. Elle aime sa petite voisine Lucie qui n’est pas aimée par sa mère. Elle est correc­trice dans une petite maison d’édi­tion et fait parfois l’amour avec son ostéo­pathe. Est ce que j’ai tout dit ? non il y a pour pimen­ter le tout une histoire vague­ment poli­cière sans grand inté­rêt Le Japo­nais est pour­suivi par un nouveau voisin car il aurait par erreur assas­siné la femme de ce voisin. À aucun moment , je n’ai été prise par cette histoire, bien que parfois il y ait de bonnes obser­va­tions sur les compor­te­ments des uns et des autres. L’in­trigue, les person­nages, le style tout m’a semblé d’une plati­tude désolante.

C’est un premier roman, et je sais que depuis , depuis, Sophie Bassi­gnac a écrit des livres beau­coup plus inté­res­sants, j’avais beau­coup aimé sa descrip­tion du monde des marion­net­tistes « Le plus fou des deux ».

Citations

L’ami japonais

Claire tour­nait les pages de la revue, concen­trée. Ishida lui était recon­nais­sant d’ac­cep­ter enfin d’être là et de ne rien dire. Avait-elle compris que le silence était ce qu’il y avait de plus japo­nais entre eux ?

Le pouvoir des livres

Avec les livres, un jour vous êtes à Prague en 1912 avec de jeunes intel­lec­tuels juifs, et le lende­main à Tokyo en 1823 et vous devi­sez dans une maison de thé avec des geishas, à Paris en 1930 dans les beaux quar­tiers où à New York en milles 1896 dans la tête d’un jeunes rotu­rier ambi­tieux… Quel être humain pour­rait me propo­ser de tels voyages, quelle vie me permet­trait de faire autant de rencontres ?

J’avais suivi les recom­man­da­tions de la blogueuse de « Lire au lit » qui avec un grand enthou­siasme a défendu ce roman. À la lecture de son billet , j’avais déjà quelque réti­cences car le sujet était pour moi très risqué de faire ce que j’appelle de « l’entre-soi » . Tout est convenu dans ce roman, il a été fabri­qué pour des univer­si­taires qui passent leur temps à décor­ti­quer la créa­tion litté­raire. Cela veut être drôle mais c’est un rire convenu entre gens qui savent de quoi et comment rire.
J’explique le sujet, un écri­vain a obtenu une place à la Villa Médi­cis, il va y rester un an et écrira un roman dans ce lieu histo­rique. Ce séjour est réservé à de jeunes artistes (archi­tectes, sculp­teur, peintre, photo­graphe, musi­cien, écri­vain …) qui sont reçus dans ce palais qui appar­tient à la France pour favo­ri­ser la créa­tion de leur œuvre. Ils sont donc logés et nour­ris, reçoivent une bourse et n’ont qu’une obli­ga­tion morale de créer quelque chose. C’est l’oc­ca­sion pour le narra­teur de se moquer des artistes qui cherchent plus à choquer qu’à créer, mais on sait tout cela main­te­nant et le musi­cien qui veut faire la musique sans son et la peintre qui ne veut utili­ser que le sang de ses règles pour recou­vrir des fresques du XVI° siècle ne m’ont pas amusée du tout. Il reste le roman en cours de fabri­ca­tion de l’écri­vain, puisque celui-ci a décidé que publier sa corres­pon­dance d’une année à la villa Médi­cis consti­tue­rait son roman, se met alors en place une gymnas­tique intel­lec­tuelle qui se joue des noms propres et des spécia­li­tés litté­raires de chacun, des clins d’œil à la culture des gens comme il faut, pour arri­ver à la mort de Louise « la Demoi­selle à coeur ouvert ». J’ai en vain cher­ché l’hu­mour et la lége­reté que promet­tait « lire au lit », bref une énorme déception !

Citations

Expression à la mode.

Son expres­sion, c’est « laisse tomber » (« Les kumqua­tiers ? laisse tomber, j’adore »).

Prétention intellectuelle .

Dans la basi­lique Santa Maria del Popolo, Raphaëlle m’a expli­qué que Cara­vage était un peintre machiste, violent, et au fond, extrê­me­ment conven­tion­nel, et que d’ailleurs sa pein­ture n’avait pas de grain, regarde-moi ça, a‑t-elle ajouté en jetant sa main vers « La conver­sa­tion de Saint-Paul ». Une italienne, qui avait surpris notre conver­sa­tion, nous a fait remar­quer que le tableau était remplacé par une affiche de la même taille, et Raphaëlle a répondu froi­de­ment : « Le fait qu’on ne puisse même pas distin­guer un tableau de Cara­vage d’une affiche prouve que sa pein­ture n’a pas de grain. »

La Peintre .

Depuis le début de l’an­née, elle récu­père le sang de ses règles et le conserve dans de petites bouteilles dispo­sées sur le bord de sa fenêtre. J’ai raté le début de la soirée, où appa­rem­ment elle s’est asper­gée les cheveux de sang, quand je l’ai vue elle avait simple­ment les cheveux collés. Elle a utilisé une partie de son sang pour couvrir les murs de signes censés consti­tuer un équi­valent visuel et olfac­tif au bruit de son corps. Le malaise que cette pein­ture doit provo­quer chez le visi­teur est compa­rable à « la douleur que ressentent la majo­rité des femmes au moment des règles. »

Le compositeur de musique.

Il m’a expli­qué que cette pièce était fondée sur le sans, sans instru­ment, sans voix, sans musique. Juste les bruits de la ville derrière ceux de la nature.

Édition Folio

J’ai certai­ne­ment suivi l’avis d’un blog pour ache­ter ce roman, qui n’est vrai­ment pas pour moi. C’est un très joli texte, écrit de façon poétique. Mais je ne suis abso­lu­ment pas rentrée dans cette histoire ni dans l’écri­ture. Ce livre raconte à la fois une histoire d’amour très puis­sante pour un homme des bois dans une région qui ressemble à la Sibé­rie. Mais c’est aussi l’his­toire des violences dues à la guerre et à l’in­to­lé­rance des hommes pour des gens diffé­rents. C’est aussi l’évo­ca­tion d’une contrée si rude que l’on peut mourir de ne pas se proté­ger du froid ou de la force des éléments. Je crois qu’en « livre lu » par une belle voix ce livre aurait pu me toucher mais je ne devais pas, ce jour là, être d’hu­meur à me lais­ser portée par les esprits , les guéris­seurs, les animaux sauvages qui peuvent avoir des rela­tions avec les hommes. Non, ce jour là, je n’étais pas récep­tive à ce roman qui a pour­tant de belles qualités.

Citations

Pour vous donner une idée du style de l’auteure :

Chez les Illia­kov, on se conten­tait de ce qu’en avait toujours dit la grand-mère, « Ajoute une herbe sèche dans le désert et ce n’est plus le désert ». La mère avait repris ses gestes et ses paroles. Elle les avait à son tour trans­mis à Olga. La décoc­tion avait un goût de terre. L’ha­leine d’hu­mus rappe­lait que sous l’écorce de glace, la glèbe sommeillait, prête à réap­pa­raître. Matin après matin, ce goût nous accom­pa­gnait un peu plus loin dans la fonte des neiges. Combien de fois l’hi­ver l’emportait-il sur le courage ? Combien de fois nous ôtait-il la force de nous lever ? Les ancêtres avaient trouvé des ruses. Déjoué la tenta­tion de l’aban­don. « Ajoute une herbe sèche dans le désert et ce n’est plus le désert. »

Les esprits

Immo­bile auprès d’Igor, je souris dans le vague. Je sais que ma bouche est traver­sée par une trace grise. On ne revient jamais indemne du Grand-Passage. Il faut bien payer un tribut aux esprits. Je n’en connais pas la nature. Je sens seule­ment, après chaque rituel, que mon corps pèse si lourd qu’il pour­rait s’en­fon­cer dans la terre. Mes mains pendent au bout de mes bras, plus lourdes que des outres pleines. On dirait que du plomb a coulé dans ma tête. Je souris car j’ai accom­pli mon devoir mais il me semble aussi que dans ma chaire deve­nue viande on m’a ôté un peu de vie. Alors Igor pose sa main sur ma tête, ainsi que Baba le faisait, et la régu­la­rité de son pouls, l’en­serre de ses doigts m’al­lège de cette pesan­teur. Je sors de ma torpeur comme on recouvre progres­si­ve­ment la vue après avoir regardé trop long­temps le soleil en face.