Édition 1018 traduit de l’an­glais (Irlande) par Marie-Claude Peugeot

Dans les commen­taires de « Route One » Domi­nique disait que ce roman lui rappe­lait « Les saisons de la nuit ». Je pensais trou­ver un billet sur son blog mais rien . Peu importe, j’ai lu avec grand inté­rêt ce roman (grâce à elle) qui, en partie, raconte la construc­tion du métro de New York en 1916. Mais c’est aussi un roman qui raconte la vie des exclus aujourd’­hui qui trouvent dans le métro le moyen de survivre. Un person­nage en parti­cu­lier qui est un véri­table acro­bate et qui a trouvé un lieu inac­ces­sible au commun des mortels car il faut esca­la­der des poutres au dessus des voies ferrés
Bien sûr ces deux histoires vont se rejoindre, car cet homme, Tree­frog, complè­te­ment détruit et qui s’au­to­mu­tile sans cesse , s’ap­pelle en vérité Clarence-Nathan Walter et est le petit fils d’un des construc­teurs du métro. Cela on le sait petit à petit, mais ne vous inquié­tez pas , je ne divul­gâche pas la fin qui est étonnante.

la base du roman se fonde sur un acci­dent (réel ?) quatre hommes creu­saient sous la rivière de l’Hud­son quand tout à coup trois d’entre eux ont été aspi­rés par l’eau et sont sortis au dessus d’un geyser dans la rivière de l’Hud­son. Hélas, le quatrième est mort ense­veli dans la boue de la rivière. Walter un travailleur noir va régu­liè­re­ment voir la veuve de cet ouvrier et il élève sa fille. Quelques années plus tard, les deux person­nages vont s’ai­mer et se marier. Cela nous vaut des passages boule­ver­sant sur le racisme au États-Unis et la diffi­culté de vivre un couple mixte et encore, à New York, ils ne sont « que » victime du racisme dans le Sud ils auraient été tués. Comme le sera son fils Clarence qui a eu le malheur de vouloir décou­vrir la région natale de son père.

Son petit fils ne connaît pas le vertige donc il travaillera à la construc­tion des buil­dings, on retrouve « Ciel d’Acier » de Michel Moutot mais ce n’est qu’une petite partie du roman , la partie la plus heureuse car le petit fils est amou­reux de sa femme très agréable et a une petite fille qu’il adore, ensemble ils font au vieux Walter une fin de vie souriante malgré les souf­frances que celui-ci éprouvent à cause des travaux trop durs qu’il a effec­tués dans sa jeunesse. Hélas, un drame dont je ne dirai rien, va boule­ver­ser ce fragile moment de bonheur. On retrouve le person­nage dans la lutte pour la vie dans ce qui est certai­ne­ment le pire endroit sur terre pour survivre : les tunnels du métro de New York avec sa faune d’al­coo­liques drogués hyper violente.

C’est un roman très riche, centré sur le métro : sa construc­tion et la popu­la­tion qui aujourd’­hui y trouve refuge. Les person­nages sont atta­chants même lors­qu’ils sont complè­te­ment détruits par le malheur et ce qui va avec : l’al­cool, la drogue, la soli­tude. Merci à Domi­nique pour cette tenta­tion de lecture qui complète très bien les deux romans de Michel Moutot.

Citations

La démocratie dans le travail.

Walker gagne la première partie, et Power donne au jeune noir une tape sur l’épaule.
- « Dis-donc, noiraud, tu t’es vu ? le roi de pique ! » mais Walker ne le prends pas mal. Il sait qu’ici sous le fleuve, on est en démo­cra­tie. Dans l’obs­cu­rité, tout le monde a le sang de la même couleur ‑ritals, nègres, polaks où rouquins irlan­dais c’est du pareil au même- alors il se contente de rire virgule empoche ce qu’il vient de gagner, et fait une deuxième donne.

Mariage mixte en 1930 à New York.

Une série de briques leur arrive par la fenêtre de la chambre, lais­sant des éclats de verre sur le plan­cher et ils n’ont plus qu’à coller une feuille de plas­tique qui claque au vent. Une de ces briques est enve­lop­pée dans un papier qui dit : INTERDIT AUX PINGOUISNS . Sur un autre, on peut lire : ARLEQUINS DEHORS. sur une troi­sième simple­ment : NON
William paie les dégâts et loue un autre loge­ment, ou dessus hors de portée des pierres et des cailloux lancés de la rue. Il sait qu’ailleurs, ce serait bien pire, dans d’autres parties de la ville, ils seraient déjà morts. Il a l’im­pres­sion de s’être exilé dans les airs, mais cet exil est une sécu­rité pour Eleanore. 

Toujours le racisme.

Deux soirs par mois, la diseuse de bonne aven­ture garde les petits, et Elea­nore va rejoindre Walker au Loews sur la Septieme avenue, un cinéma pour gens de couleur. Il arrive en avance ‑après avoir pointé à la sortie de son travail- , et Elea­nore descend discrè­te­ment le retrou­ver dans la salle. Quand elle arrive au bon grand, elle pose le doigt sur les lèvres d’un vieux Noir, qui la regarde passer devant lui avec éton­ne­ment. Il lui touche la main en souriant : « Allez‑y m’dame. »
Elle lui rend son sourire et se fraie un chemin jusqu’à son époux. 
L’obs­cu­rité et les dérobe aux regards bien que mariés, ils vivent une histoire d’amour illicite.

Le désespoir d’un père dont des policiers ont tué le fils.

Par un jour de semaine blafard, il enterre Clarence, aux côtés d’Ela­nore, dans un cime­tière du Bronx. 
Ses filles et Louisa sont derrière lui. Il s’age­nouille devant la tombe, mais ne dit aucune prière. À présent, les prières, ne sont plus pour lui que paroles atones – suppli­ca­tions inutiles qui, à peine pronon­cées et sorties de la gorge, retombent dans l’es­to­mac. De la régur­gi­ta­tion spiri­tuelle. Il ne veut pas voir les fossoyeur qui sont là, gras et satis­faits, au dessus du trou qu’ils viennent de creu­ser. Il saisit une pelle, jette une première motte de terre sur le cercueil de son fils. Il fait un pas en arrière, prend ses filles dans ses bras, ils rejoignent ensemble la voiture qui les attend.

Édition Acte Sud Babel, Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Céline Leroy

Quand j’ai fait paraître mon billet sur « la rivière » de Peter Heller plusieurs d’entre vous (le Bouqui­neur Kathel ) dans les commen­taires ont parlé de ce livre comme un chef d’œuvre bien supé­rieur à « La rivière ».

Ce n’est pas du tout mon avis, mais je le dis tout de suite j’ai peu de goût pour les livres ou les films d’an­ti­ci­pa­tion de catas­trophes. Il faut dire que cette catas­trophe décrite en 2013 (pour la traduc­tion) rappelle étran­ge­ment le virus du Covid trop célèbre aujourd’­hui. Le roman commence neuf ans après la « fin de Toute Chose », l’ori­gi­na­lité du roman, c’est de ne pas être dans un déve­lop­pe­ment chro­no­lo­gique, donc nous n’ap­pren­drons qu’à la moitié du récit que le monde a été détruit par un terrible virus qui combine celui de la grippe avec celui de la grippe aviaire. C’est un virus extrê­me­ment conta­gieux et mortel à 99,9 pour cent. L’ori­gine à été attri­buée à l’Inde mais la vérité est que ce virus vient d’un labo­ra­toire et à été répandu à cause d’un acci­dent d’avion.
Le roman raconte les rapports entre les humains après une catas­trophe aussi terrible. Les deux hommes Hig et Bangley ont réussi à sécu­ri­ser un terri­toire autour d’un aéro­port qu’ils protègent le mieux qu’ils peuvent. Et comme Bangley est un excellent soldat et Hig un pilote remar­quable, ils peuvent repous­ser toutes les attaques de gens qui ne veulent que leur mort. Il y a aussi un petit groupe de reli­gieux menno­nites qui ne sont pas atta­qués par les préda­teurs car ils sont atteints d’une mala­die du sang mortelle et contagieuse.
Tout le roman repose sur cette extrême violence qui vient de l’ex­té­rieur, tous les autres humains n’ont qu’une idée en tête : assas­si­ner nos deux héros. Le pour­quoi de cette haine violente n’est jamais expliquée.
La deuxième partie du roman se passe après la mort du chien de Hig. Comme dans tant de film améri­cain la mort du chien fidèle est ressen­tie comme un si grand drame que cela change tout pour Hig qui va partir de son aéro­port sécu­risé à la recherche d’une autre histoire. Il va rencon­trer une femme et son père qui avaient réussi à survivre dans un vallon bien protégé avec du bétail.
Ensemble, ils revien­dront dans l’aé­ro­port retrou­ve­ront Bangley bien mal en point .
La fin montre un renou­veau possible. Les familles menno­nites vont sans doute survivre et des avions qui survolent l’aé­ro­port prouvent que la vie normale a peut être redé­marré ailleurs.
Le style de l’écri­vain est assez parti­cu­lier. Le roman est une succes­sion de petits chapitres et l’au­teur ne nous explique rien qui ne relève pas du vécu actuel des personnages.
Outre l’ex­trême violence du récit, ce que je trouve très gênant c’est de ne pas comprendre pour­quoi tous les hommes ne cherchent qu’à se tuer les uns et les autres sauf nos deux héros.
La nature en danger est sans doute le thème le plus impor­tant du roman. Comme dans « La rivière » l’au­teur qui adore les grands espaces natu­rels les voit détruits chaque année par des incen­dies de plus en plus violents. C’est sans doute cela qui l’a poussé à écrire ce roman que vous êtes plusieurs à avoir tant apprécié.
Bref un roman qui donne pas le moral mais qui va plaire aux lecteurs très nombreux qui aiment ce genre de récit d’an­ti­ci­pa­tion-catas­trophe. Je me demande pour­quoi les améri­cains sont les grands spécia­listes du genre, cela doit être le reflet de leur mauvaise conscience face à leur façon de maltrai­ter leur pays et même la planète.

Citations

Quand on commence à comprendre ce qui s’est passé

Je ne veux pas perdre le compte : ça fait neuf ans. La grippe a tué presque tout le monde, puis la mala­die du sang a pris le relais. Dans l’en­semble, ceux qui restent sont du genre pas gentils, c’est pour ça qu’on vit dans la plaine, pour ça que je patrouille tous les jours.

Réflexions face à la solitude

La famine. Qui consume aussi lente­ment que le feu sur du bois humide. Fragi­lise les os, des sacs d’os ambu­lants, puis l « un meurt, puis l’autre. Ou peut-être qu’il vaut mieux être atta­qué par des indigènes
Qu’est-ce qui te manque le plus ? La foule babillant et sans visage, la célé­brité, les fêtes, l’ex­plo­sion des flash ? Les amants, la gaieté, le cham­pagne ? La soli­tude taillée dans la célé­brité, L’étude des cartes à la lumière d’une unique lampe sur un vaste bureau dans un hôtel véné­rable ? Le room service, le café avant l’aube, la compa­gnie d’un ami, de deux ? le choix : tout ou rien ? Un peu ou rien ? Main­te­nant, pas main­te­nant, peut-être plus tard ?

L’aspect hilarant ? (dont parle la quatrième de couverture et que j’ai eu du mal à trouver)

C’est fou à quel point le fait de ne pas devoir tuer quel­qu’un simpli­fie la rela­tion, en géné­ral. Même si papy a bien essayé de me tuer, moi. Bon. Passons l’éponge. Toujours est-il que je pouvais marcher jusque chez eux, les buter ou pas, et ça c’est une libération.


Édition Phébus. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Natha­lie Bru

Ce roman m’a été offert car j’avais bien aimé « Dans la Forêt » de la même auteure. J’ai plus de réserves sur celui-ci qui connaît cepen­dant un beau succès sur la blogo­sphère . J’ai eu un plai­sir certain à décou­vrir les destins croi­sés de Cerise et Anna. Ces deux femmes ont, au même âge, avorté pour Anna, eu un bébé pour Cerise. Nous retrou­vons ces deux femmes à d’autres moments clés de leur vie. Cerise éprou­vera pour sa fille Mélody un amour si fort qu’elle pensait que rien ne pour­rait briser leur entente fusion­nelle. Anna se réali­sera comme photo­graphe auprès d’un homme atten­tif avec qui elle aura deux enfants. Elle cachera à tous son avor­te­ment et pense mener sa vie sans que cela prenne trop de place.

Pour Cerise la vie est faite de toutes les diffi­cul­tés d’une mère céli­ba­taire pour qui la survie est toujours remise en cause par le moindre problème, et elle va les accu­mu­ler, les problèmes ( un peu trop à mon goût). Cela nous vaut l’habituel plon­gée dans le monde des exclus de la pros­pé­rité américaine.
Avec Anna nous parta­geons la vie d’une femme qui se demande si sa voca­tion d’artiste vaut la peine de bous­cu­ler sa famille en parti­cu­lier ses deux petites filles.

A travers des rebon­dis­se­ments tragiques pour Cerise, plan galère pour Anna, ses deux femmes se retrou­ve­ront et permet­tront à l’une comme à l’autre un nouveau départ dans leur vie.

J’ai retrouvé les longueurs habi­tuelles pour ce genre de roman améri­cain, plus de six cent pages ! Je peux parfois avoir plai­sir à rester long­temps avec des person­nages et des lieux mais dans ce roman je me suis trou­vée avec des person­na­li­tés figées dans des atti­tudes et des situa­tions qui me semblaient plus proches de la démons­tra­tion ou du cliché que de personnes réelles. La révolte de Mélody à l’adolescence telle­ment trai­tée dans tous les romans, séries et films améri­cains est un grand clas­sique. Ainsi que la misère de ceux qui en sont réduits à vivre dans un mobile-home comme Cerise avant d’être réduite à dormir dans la rue après le tragique incen­die dans lequel son bébé trou­vera la mort.
De l’autre côté la diffi­culté à être une bonne mère quand on veut se réali­ser à travers son travail artis­tique et permettre à son mari de trou­ver un job à la hauteur de ses ambi­tions intel­lec­tuelles est un sujet inté­res­sant mais déjà traité dans bien des romans.Voilà ma réserve prin­ci­pale, je n’ai pas réussi à croire aux deux person­nages de femmes. Je ne voudrais pas que mon opinion l’emporte sur votre envie de lire ce roman qui reçoit des éloges en grande partie mérités .

Citations

L’œil de la photographe

Bien avant d’avoir tenu un appa­reil photo entre les mains, elle s’était aper­çue que, juste en regar­dant un objet ordi­naire, elle pouvait le trans­for­mer en quelque chose de rare et d’étrange. Cette sensa­tion que les autres enfants obte­naient en tour­nant sur eux-mêmes ou en se lais­sant rouler dans la pente des collines, elle l’éprou­vait en scru­tant de toutes ses forces le robi­net en laiton du mur laté­ral, ou le moineau qui sautillait sur la terre polie en dessous des balan­çoires, au point bien­tôt de ne plus voir que le lustre de l’usure sur le bec du robi­net ou l’étin­celle dans l’œil du moineau.

Remarque de la mère des dessins de Cerise à propos de son père.

- Je ne sais pas du tout d’où tu tiens ça, pas de moi, en tout cas, ça c’est sûr, ni de ton père, disaient-elles avant d’en­chaî­ner, pleine d’amer­tume : Ton père n’était même pas fichu de se dessi­ner un avenir.

Dieu

Parfois, elle essayait de prier, comme Sylvia et Jon le lui avaient conseillé. Mais des réponses qui lui venaient quand elle tentait d’adres­ser ses réflexions à Dieu pour qu’il lui serve de guide ne ressem­blaient jamais à ce qui aurait plu à Sylvia et à Jon, si bien que Cerise se disait qu’elle s’y prenait mal, que ses prières passaient sans doute à côté de Dieu sans l’at­teindre, comme quand elle compo­sait un faux numéro et se retrou­vait avec un inconnu au bout du fil.

Tellement vrai

Personne n’a le choix, ajouta douce­ment sa grand-mère. on se dit toujours, « je ne pour­rais pas le suppor­ter », mais quand ça arrive, on voit que c’est la seule option possible : supporter.

Des femmes dans le malheur

Parfois les femmes pleu­raient, et les larmes qui coulaient sur leurs joues fati­guées jusqu’à leur de menton trem­blant parais­saient minus­cules compa­rées à leur ocean de souf­frances. Cerise trou­vait une sorte de récon­fort dans leur histoire et dans ces larmes ‑pas par ce qu’elle aimait voir toujours plus de souf­frances, mais parce que la souf­france était la vrai condi­tions des humains. C’était logique que les gens souffrent, logique que rien n’aille bien très long­temps. En regar­dant les autres femmes se rassem­bler autour de celles qui pleu­raient, pour lui tapo­ter le dos et essuyer ses larmes, Cerise se sentait presque de la famille, presque de la famille des femmes qui la réconfortait.

Édition Actes Sud . Traduit de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy. 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Il pour­rait être un de vos cadeaux de Noël, ce roman. En tout cas, j’espère que ceux et celles qui aiment les romans qui se passent dans la nature encore sauvage vont le noter, même si cette superbe nature est en train de se faire dévo­rer par un incen­die comme ceux qui tous les ans détruisent les somp­tueuses forêts améri­caines ou canadiennes.
Ce récit décrit l’aventure de deux jeunes amis , Wynn, et Jack qui ont décidé de descendre le fleuve Maskwa jusqu’à son embou­chure dans la baie d’Hud­son. Ils ont très bien préparé ces quelques semaines d’aven­tures dange­reuses mais à leur portée car ils connaissent bien tous les deux la vie dans la nature peu ou pas domes­ti­quée par l’homme. Ce sont deux pêcheurs émérites et cela nous vaut de très belles scène dans des cours d’eau sauvages aux rapides imprévisibles.
Et puis, deux événe­ments vont trans­for­mer ce voyage de rêve en un vrai cauche­mar. D’abord, ils repèrent un incen­die d’une force incroyable, ils n’ont donc qu’une solu­tion aller de plus en plus vite pour rejoindre leur point d’ar­ri­vée, mais on sent qu’ils en sont capables d’au­tant que Jack connaît très bien les dangers du feu de forêt. Mais un deuxième danger va donner à cette course contre la montre un aspect de thril­ler abso­lu­ment hale­tant. Will et Jack doivent sauver une femme lais­sée pour morte par son mari sur une plage et Jack comprend tout de suite cet homme est prêt à les tuer eux aussi.
Face au danger, les deux person­na­li­tés des deux amis vont diver­ger. Wynn, le gentil, ne peut croire à la méchan­ceté humaine et sans le vouloir, il met en danger la réus­site de leur expé­di­tion car son premier réflexe est toujours de croire à la bonté. Jack le sait et prend le leader­ship de leur expé­di­tion. La tension entre les deux amis donne une profon­deur au récit que j’ai beau­coup appré­ciée. Et puis la nature toujours présente amicale ou hostile ponc­tue ce texte de moments inoubliables.

Un grand roman dans lequel a forêt, la rivière, le feu sont des person­nages au même titre que les prota­go­nistes de de ce drame.

Citations

Le feu

« Ouais, mais si on est au milieu de la rivière.. »
Jack haussa les épaules. » Peut-être. L’air devient brûlant. C’est ça qui crée un incen­die dévas­ta­teur. En fait, les rouleaux de fumée sont char­gés de gaz et si le vent est favo­rable, à la moindre étin­celle, tu peux te faire carbo­ni­ser à quatre cents mètres. »

Les rapides

Ce devait être des chutes de classe VI, une série de saillies rocheuses englou­ties sous un volume d’eau gigan­tesques. On aurait dit un orage en mer du Nord déva­lant un esca­lier. Vingt et un mètres entre le sommet et le fond avec une pente qui s’éten­dait sur deux cents mètres. Au milieu, un îlot rocheux de la taille d’une barque portait un épicéa tordu et rabou­gri. Voir cet arbre trem­bler dans tout ce chaos ne rendait la cata­racte que plus terrifiante.
Le soleil perça un récif de nuages et éclaira les chutes, d’argent ses rayons sur les eaux-vives et neigeuses, mettant éton­nam­ment les sono­ri­tés encore plus en relief, et Wynn se dit que ça aussi, c’était magni­fique. Que la roche brute des saillies ou les avalanches étaient magnifiques.

Le feu

Une grosse partie de la région avait été couverte de lichens et de mousses parfois sur plusieurs dizaines de centi­mètres d’épais­seur et tout ça avait brûlé dans la nuit, avec les sous-bois, les épilobes et les saules, ne restaient que la terre calci­née et la roche, les pieux noirs et sépul­craux des arbres, et sans la forêt, on voyait beau­coup plus loin, le sol qui s’éle­vait légè­re­ment et retom­bait tout autour des eskers quasi­ment débar­ras­sés de leur arbres, des plis où les ruis­seaux avaient coulé, secs comme s’ils s’étaient évaporés.

Éditions Gall­meis­ter. Traduit de l’amé­ri­cain par Fran­çoise Happe

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Le club de lectures me conduit à lire des livres que je ne choi­si­rai jamais, et souvent ce sont de bonnes surprises. Ici il s’agit d’un roman poli­cier, on ne peut plus clas­sique, et, ce fut un vrai pensum pour moi. Le seul inté­rêt réside dans le suspens ce qui entrave toujours ma lecture. J’ai essayé de jouer le jeu et de ne pas commen­cer le roman par la fin mais pas de chance les ficelles sont si grosses que j’ai immé­dia­te­ment compris de quoi il s’agis­sait. Comme l’en­quê­teur est un person­nage récurent on sait qu’il ne va pas mourir puis­qu’il doit être dispo­nible pour les autres enquêtes.

Calhoun est un homme amné­sique qui a été un agent très perfor­mant d’une agence secrété améri­caine. Même s’il ne se souvient de rien ses réflexes d’en­quê­teurs sont parfaits et donc la même agence l’uti­lise pour résoudre une affaire étrange dans laquelle un de leurs hommes a trouvé la mort. Ce qui est bizarre c’est qu’on l’a retrouvé avec une balle en plein coeur alors qu’il était déjà mort de botu­lisme à côté d’une jeune femme morte dans les mêmes conditions.

J’es­pé­rais qu’en dehors de cette enquête sans le moindre inté­rêt, j’al­lais me plaire dans des paysages somp­tueux du nord améri­cain. Mais à part une partie de pêche rien n’est venu égayer cette lecture. Je vais sans aucun doute choquer touts les amateurs du genre et de cette pres­ti­gieuse maison d’édi­tion, mais je le redis les polars dont l’intérêt ne réside que dans le suspens, ce n’est vrai­ment pas pour moi.

Citations

Humour, choix des mouches et psychologie des poissons

Il y a des jours, dit Calhoun en hochant la tête, ils restent là sans bouger et ils se disent, je mordrais à rien, sauf si c’est une Matuka jaune avec trois bandes de Flasha­bou de chaque côté, fixée à un hame­çon Lime­rick 4XL avec du fil blanc. D’au­tre­fois, ils vont attendre une Black Ghost Carrie Steven toute la jour­née, et s’ils s’aper­çoivent que ce n’est pas une authen­tique, ils disent : Bn, je laisse tomber, ils préfèrent rester sur leur faim. 
Fallows fronça les sour­cils comme s’il se disait qu’on était peut-être en train de se payer sa tête, mais il n’en était pas sûr.
- Stoner a raison, dit Kate. On emporte jamais trop de mouches parce que, comme vous l’avez dit, on ne sait jamais ce que les pois­sons pour­raient penser.

Édition Liana Levi, traduit de l’an­glais par Fran­chita Gonzales Battle. 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Sur Luocine, c’est mon deuxième billet sur cet auteur dont j’ap­pré­cie l’hu­mour et surtout la conci­sion et la préci­sion des récits. Après « Une canaille et demie » voici donc « Un voisin trop discret ». Après une série de romans améri­cains qui mettent six cent pages à dessi­ner une intrigue et des carac­tères, voici un roman de deux cent dix huit pages que je ne suis pas prête d’oublier.

Un couple risque de pertur­ber la vie de Jim, un chauf­feur Uber, on devine assez vite, que la vie de ce soixan­te­naire a dû être un peu compli­quée. En atten­dant, il va aider sa voisine qui vient d’emménager à côté de chez lui : Corina mariée à un soldat Grolsch. et mère d’un petit garçon de quatre ans Après la mort tragique(ô combien !) de son coéqui­pier, il fera équipe avec Kyle qui bien qu’ho­mo­sexuel se mariera avec Madi­son pour l’ai­der à élever son enfant et ainsi s’as­su­rer une couver­ture pour faire carrière dans l’ar­mée. Les fils de cette histoire sont incroya­ble­ment bien tissés et au passage on découvre les ravages que peut faire une guerre dans la person­na­lité de ceux qui la font et à qui on donne le droit de tuer. La vie très arti­fi­cielle dans la base mili­taire ponc­tuée par la visite de deux gradés en uniforme qui viennent annon­cer la mort du mari soldat, la diffi­culté des femmes qui élèvent seule leur enfant, et comme je l’ai déjà souli­gné les consé­quences de la guerre en Afgha­nis­tan, tout cela en peu de pages (mais telle­ment plus effi­cace qu’un énorme pavé) est percu­tant et si bien raconté !

L’in­trigue autour de Jim est très bien conduite avec une fin origi­nale mais cela je vous le laisse décou­vrir seul, évidement !

Citations

La voisine idéale

Il espé­rait qu’elle serait aussi calme que la femme qu’elle rempla­çait, une étudiante timide de troi­sième cycle qui faisait de son mieux pour toujours éviter que leurs regards se croisent, l’idée que se fait Jim de la voisine idéale.

La vieillesse

La pire des choses quand on devient vieux ce n’est pas de se rappro­cher de la mort, c’est de voir sa vie effa­cée lente­ment. on cesse d’abord d’être insou­ciant, ensuite d’être impor­tant, et fina­le­ment on devient invisible.

La guerre

C’est un petit drone caméra, un jouet d’en­fant, un rectangle de moins de trente centi­mètres de long avec un rotor à chaque coin. Pas un vrai drone lanceurs de missile Helfire comme ceux que nous utili­sons, pense-t-il. C’est un drone contrôlé à distance par les hadjis du village. Il vole juste au-dessus d’eux et repère les effets du mortier. Grolsch se débar­rasse vite de son paque­tage et sort son pisto­let Glock. Quand il le pointe sur le trône, la minus­cule machine s’en­vole vers la gauche, puis elle revient vite à droite. Ils me voient, pense-t-il. Ils me voient poin­ter mon arme. Ils voient nos gueules.

Un couple

Il venait d’une longue lignée de fermiers alle­mands du Middle-West qui était bon en sport et en travaux des champs, et elle d’une longue lignée de Porto­ri­cains vendeurs de drogue, strip-teaseuses et voleurs de voiture. Les oppo­sés s’at­tirent, jusqu’au jour où ils cessent, sauf que main­te­nant il a un fils de quatre ans qui courent se cacher, effrayé, chaque fois qu’il rentre de mission.

Édition Belfond. Traduit de l’anglais(États-Unis) par Cathe­rine Gibert .

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Je pensais avoir fait un billet sur « Il faut qu’on parle de Kevin », mais visi­ble­ment non alors que j’ai lu . En revanche j’ai chro­ni­qué et peu appré­cié « Double-Faute« de la même auteure. Je suis déçue par cette lecture qui pour­tant commen­çait bien : un couple de sexa­gé­naires se trouve à la retraite devoir résoudre la ques­tion qui traverse tant de couples : Que faire de tout ce temps libre que l’on doit main­te­nant passer ensemble, sans le travail ni les enfants ?

La femme était une grande spor­tive elle a complè­te­ment détruit les carti­lages de ses genoux à force de courir tous les jours, l’homme au contraire n’a prati­qué aucun sport mais vient de se faire virer de son boulot à la ville car il s’est opposé à une jeune femme noire qui est une spécia­liste du « Woke » à défaut se s’y connaître en urba­nisme. Le roman commence par son annonce surpre­nante et qui m’a fait croire que j’al­lais aimer ce roman : il annonce à sa femme qu’il va courir un mara­thon. Sa femme vit très mal cette nouvelle passion de son mari. D’ailleurs cette femme vit tout très mal, il faut dire qu’il n’y a rien de très réjouis­sant dans sa vie. Sa fille est confite en reli­gion et en veut terri­ble­ment à sa mère, son fils est délin­quant et sans doute dealer, et elle souffre le martyre tout en conti­nuant à s’imposer le maxi­mum d’efforts physiques que son corps peut supporter.
Tout cela pour­rait faire un bon roman, mais moi je m’y suis terri­ble­ment ennuyée. Comme pour beau­coup d’auteurs nord-améri­cains c’est beau­coup trop long, mais ce n’est pas la seule raison. Cette écri­vaine ne sait résoudre les problèmes de ses person­nages qu’à travers des dialogues qui s’étirent en longueur. Cela a provo­qué chez moi une envie d’en finir au plus vite avec cette lecture. Il faut dire aussi que je n’étais bien, ni avec la femme, ni avec son mari et son coach Bambi abso­lu­ment insup­por­table, ni avec la fille confite en reli­gion qui va faire le malheur de tous ses nombreux enfants. Je n’ai toujours pas compris ‑mais je l’avoue ma lecture a été très rapide à partir de la moitié du roman- pour­quoi après tant d’événements qui déchirent ce couple, ils restent ensemble finalement.
Ce n’est donc pas une lecture que je peux conseiller, mais si ce roman vous a plu, je lirai volon­tiers vos billets.

Citations

C’est bien vu

- Ce qui m’agace à propos de ces expres­sions subi­te­ment ubiquitaires… 
Tommy n’al­lait pas deman­der la signi­fi­ca­tion de « ubiquitaire »
- … c’est-à-dire celles que soudain tout le monde emploie, ajouta Sere­nata, c’est seule­ment que ces gens qui balancent une expres­sion à la mode a tout bout de champ sont persua­dés d’être hyper bran­chés et plein d’ima­gi­na­tion. Or on ne peut pas être bran­chés et plein d’ima­gi­na­tion. On peut être ringard et sans imagi­na­tion ou bien bran­ché et conformiste.

Bizarreries du couple

En fait, toute honte bue, Sere­nata était en train de se servir de leur fille diffi­cile pour réveiller un senti­ment de cama­ra­de­rie entre-eux. Ils s’étaient sentis tous les deux maltrai­tés, avaient tous les d’eux été sidé­rés par le sombre grief que leur fille entre­te­nait contre eux et tous les deux déses­pé­rés de son adhé­sion à l’Église du Sentier Lumi­neux, dont les fonda­teurs igno­raient certai­ne­ment qu’il s’agis­sait du nom d’une orga­ni­sa­tion terro­riste péru­vienne. Unis dans la conster­na­tion, ils n’en demeu­raient pas moins unis, et elle ne se sentait même pas coupable d’éta­ler effron­té­ment l’his­toire incon­sé­quente de Vale­ria pour faire émer­ger une soli­da­rité. les chagrins devaient avoir leur utilité.

Édition Gallaade . Traduit de l’an­glais (Améri­cain) par Anne Damour (j’adore ce nom !)

J’ai déjà un certain nombre de livres de cet auteur sur mon blog. J’avais été un peu déçue par sa biogra­phie, mon préféré reste « Et Nietzsche a pleuré » suivi de près par « le problème Spinoza » et « Mensonge sur le divan » celui-ci ressemble beau­coup à « Créa­ture d’un jour ». Comme pour ce dernier livre Irving Yalom part à la recherche des valeurs qui ont soutenu son travail théra­peu­tique et ces valeurs se retrouvent davan­tage chez les philo­sophes que chez les psycha­na­lystes en parti­cu­lier chez Épicure. Comme souvent, il commence son livre par une ciation il s’agit ici d’une maxime de Fran­çois de La Rochefoucauld :

« Le soleil ni la mort ne peuvent se regar­der en face »

Tout son essai ne ne se prononce pas sur le soleil mais nous dit que pour la mort c’est quand même beau­coup mieux de savoir qu’elle fait partie de notre vie !

Il explique et nous raconte – ce qui rend, comme toujours, chez Irving Yalom ses récits si faciles à comprendre – combien la peur de la mort donne des conduites qui font terri­ble­ment souf­frir ses patients. Mais au-delà des cas cliniques qu’il décrit avec une compas­sion qui me touche beau­coup, nous compre­nons telle­ment mieux nos propres conduites ou celles de nos proches. C’est un livre qui aide à vivre alors que le thème central analyse les conduites pour oublier ou complè­te­ment effa­cer le fait que notre vie aura une fin. Ce n’est pas un livre triste, pour­tant, Irving Yalom a été spécia­liste des groupes de cancé­reux en phase termi­nale, chez eux aussi il a trouvé des leçons de vie. Je recom­mande cette lecture, elle tombait parti­cu­liè­re­ment bien pour moi qui pour la première fois de ma vie devait affron­ter un réel problème de santé. Comme j’au­rais aimé rencon­tré un Irving Yalom sur mon chemin !

Citations

J’aurais pu prononce cette phrase aux enterrement de gens que j’ai tant aimés.

Deux mois plus tard lorsque sa mère mourut et qu’elle prononça une courte allo­cu­tion au cours des funé­railles. Une des phrases favo­rites de sa mère lui revint à l’es­prit : » Cher­chez-la parmi ses amis ».
Ces mots avaient un pouvoir évoca­teur : Barbara savait que la bien­veillance de sa mère, sa tendresse, son amour de la vie vivrait en elle, sa fille unique. Tandis qu’elle pronon­çait son discours et parcou­rait l’as­sem­blée du regard, elle ressen­tait physi­que­ment les quali­tés de sa mère qui avaient irra­dié vers ses amis, qui à leur tour les trans­met­traient à leurs enfants et aux enfants de leurs enfants.

L’empathie

L’empathie est l’ou­til le plus puis­sant dont nous dispo­sions pour entrer en rela­tion avec autrui. C’est le ciment des rela­tions humaines, qui nous permet de sentir profon­dé­ment en nous ce qu’un autre éprouve.

Nulle part la soli­tude devant la mort et le besoin d’une rela­tion ne sont décrits avec plus de force et de réalisme que dans le chef-d’œuvre d’Ing­mar Berman « Cris et chuchotements. »

La transmission

Avec l’âge, j’at­tache de plus en plus d’im­por­tance à la trans­mis­sion. En tant que pater fami­lias, je m’empare de l’ad­di­tion lorsque nous dînons au restau­rant en famille. Mes quatre enfants me remer­cient toujours aima­ble­ment (après avoir offert une faible résis­tance), et je ne manque jamais de leur dire :« Remer­ciez votre grand-père Ben Yalom. Je ne suis qu’un récep­tacle qui trans­met sa géné­ro­sité. Il s’emparait à chaque fois de l’ad­di­tion à ma place ». (Et, soit dit en passant, je n’of­frais qu’une faible résistance.)

Le besoin de personnalité supérieure

Je crois que notre besoin de guide expé­ri­menté est révé­la­teur de notre vulné­ra­bi­lité et de notre recherche d’un être suprême ou supé­rieur. Nombreux sont ceux, moi y compris, qui non seule­ment révèrent leur mentor mais leur attri­buent plus qu’ils ne méritent. Il y a deux ans, à un service à la mémoire d’un profes­seur de psychia­trie, j’écou­tais l’éloge funèbre prononcé par un de mes anciens étudiants, que j’ap­pel­le­rai James, aujourd’­hui direc­teur réputé de la chaire de psychia­trie dans une univer­sité de la côte Est. Je connais­sais bien les deux hommes, je fus frappé de voir que dans son discours, James attri­buait beau­coup de ses propres idées origi­nales à son ancien professeur.

Je partage cette conviction

J’ai la convic­tion que la vie (y compris la vie humaine) est appa­rue à la suite d’évé­ne­ments aléa­toires ; que nous sommes des êtres finis ; et que, envers et contre tout espoir, nous ne pouvons comp­ter que sur nous-mêmes pour nous proté­ger, évaluer notre compor­te­ment, donner à notre vie un cadre qui ait du sens. Nous n’avons pas de destin tracé d’avance, et chacun de nous doit déci­der comment vivre une vie aussi remplie, heureuse et signi­fiante que possible.

Encore une fois, je me sens proche de lui

Si deux de mes règles fonda­men­tales en tant que théra­peute sont la tolé­rance et une totale accep­ta­tion, j’ai pour­tant mes propres préju­gés. Ma bête noire concerne tout ce qui relève de la croyance dans le bizarre : la théra­pie de l’aura ; les gourous ; les guéris­seurs ; les prophètes ; les préten­dues guéri­sons de divers nutri­tion­niste : l’aro­ma­thé­ra­pie, l’ho­méo­pa­thie ; et les idées farfe­lues sur des choses telles que le voyage astral, le pouvoir guéris­seur des cris­taux, les miracles reli­gieux, les anges, le gens shui ; le spiri­tisme (télé­pa­thie), la voyance, la lévi­ta­tion, la psycho­ki­nése, les esprits frap­peurs, la théra­pie des vies passées, sans citer les ovnis et les extra­ter­restres qui ont inspiré les anciennes civi­li­sa­tions, laissé des empreintes dans des champs de blé, et construit des pyra­mides égyptiennes.

Édition Char­les­ton. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Laura Bourgeois

Encore un livre sur mon Kindle qui a bien rempli sa fonc­tion de me faire oublier tous ces fils multi­co­lores auxquels j’ai été reliée une petite semaine l’été dernier. Je ne peux que vous recom­man­der cette lecture, cette auteure vous permet­tra de revivre le martyre du peuple coréen colo­nisé par le Japon.
Le roman commence en Corée dans une famille qui héberge et nour­rit des pêcheurs. Ce n’est pas la richesse mais grâce au travail haras­sant du couple, ils y arrivent. Plusieurs malheurs vont s’abattre sur cette famille, d’abord la mort du mari puis la gros­sesse non dési­rée de leur fille unique qui s’est laissé abuser par un riche Coréen habi­tant au Japon. Heureu­se­ment elle trou­vera un homme qui veut bien l’épouser et toute la famille partira vivre au Japon qui est alors la puis­sance colo­niale domi­nant la Corée.
La deuxième partie du roman raconte le sort des Coréens au Japon. Pendant la guerre, ils sont consi­dé­rés comme des « sous-hommes » et après, ils sont l’objet de toutes les discri­mi­na­tions habi­tuelles dans un pays qui est en proie au racisme et au mépris pour tout ce qui n’est pas japo­nais. La famille va s’en sortir grâce au travail incroyable des femmes et on l’apprendra plus tard grâce aussi, à la protec­tion du riche Coréen qui est le père biolo­gique du premier enfant du person­nage prin­ci­pal. C’est aussi un mafieux très puis­sant qui lui ne craint pas d’affronter les Japonais.
Le roman est passion­nant. Suivre le destin de cette famille est un voyage qui m’a tenue en haleine jusqu’au bout. J’ai beau­coup aimé me plon­ger ainsi dans la culture coréenne en parti­cu­lier la cuisine qui semble déli­cieuse. L’image du Japon ne sort pas grandi, pendant et avant la deuxième guerre mondiale c’était une puis­sance colo­niale barbare pour les popu­la­tions sous son joug et ensuite ce pays est apparu comme victime de la bombe atomique et n’a pas fait le même travail de mémoire que l’Allemagne. Et donc, a gardé des aspects contes­tables de sa civi­li­sa­tion, en parti­cu­lier le mépris voire le racisme envers les Coréens.

Citations

Le destin de femmes

Évidem­ment ! Sunja-ya, le destin d’une femme est de travailler et de souf­frir. Souf­frir, et souf­frir encore. Mieux vaut t’y attendre dès main­te­nant, tu sais. Tu gran­dis, alors il faut bien te préve­nir. Ta vie va dépendre de l’homme que tu vas épou­ser. Avec un bon mari, tu auras une vie correcte, mais avec un homme mauvais, c’est la malé­dic­tion assu­rée. Dans tous les cas, il y aura de la douleur. Prépare-toi à souf­frir et conti­nue de travailler dur. Personne ne pren­dra soin d’une pauvre femme : on ne peut comp­ter que sur soi-même.

Le deuil

Shin adressa un sourire faible au jeune pasteur. Cinq ans plus tôt, le choléra avait emporté quatre de ses enfants ainsi que sa femme et, depuis, il avait compris qu’il ne pouvait plus parler du deuil – tout ce qu’une personne pouvait lui dire à ce sujet lui semblait désor­mais ridi­cu­le­ment senti­men­tal et insensé. Avant de les perdre, il
n’avait jamais fait l’expérience de la douleur de cette manière, pas vrai­ment. Ce qu’il avait appris de Dieu et de la théo­lo­gie lui avait paru plus concret après sa tragé­die person­nelle. Sa foi n’en avait pas été ébran­lée, mais son tempé­ra­ment avait changé pour toujours. Comme si une pièce chauf­fée s’était refroi­die d’un coup.

La vertu de la femme

Pour autant, nous devons préser­ver ta vertu – elle est plus précieuse que ton argent. Ton corps est un temple sacré où repose le Saint-Esprit. Les inquié­tudes de ton frère sont légi­times. La foi mise de côté, et pour parler avec prag­ma­tisme : si tu devais te marier, ta pureté et ta répu­ta­tion seraient essen­tielles. Le monde juge sévè­re­ment une fille pour son incon­ve­nance – même lorsqu’il s’agit d’un acci­dent. C’est terrible, mais c’est ainsi

L’après guerre au Japon

Tous ces gens – les Japo­nais et les Coréens – sont dans la merde parce qu’ils pensent en termes de groupe. Mais je vais te dire la vérité : un leader bien­veillant, ça n’existe pas. Je te protège parce que tu travailles pour moi. 
Quant à tous ces partis de Coréens, il faut que tu te souviennes qu’au bout du compte, les diri­geants ne sont que des hommes, ce qui ne les rend pas plus intel­li­gents que des porcs. Et les porcs, on les bouffe. Tu as vécu dans une ferme qui vendait des patates douces à des prix indé­cents aux Japo­nais affa­més par la guerre. Tama­gu­shi a violé les régu­la­tions gouver­ne­men­tales, et je l’ai aidé, parce qu’il voulait faire de l’argent, et moi aussi. Il se voit proba­ble­ment comme un Japo­nais respec­table, hono­rable même, plein d’une fierté natio­na­liste – comme tous, pas vrai ? La vérité, c’est qu’il fait un très mauvais Japo­nais, mais un homme d’affaires avisé. Je ne suis pas un bon Coréen, et je ne suis pas japonais.

Le patriotisme

Le patrio­tisme n’est qu’un prin­cipe, comme le capi­ta­lisme, ou le commu­nisme. Mais les prin­cipes font oublier aux hommes leurs propres inté­rêts. Et les types au pouvoir exploi­te­ront toujours les hommes qui croient trop en leurs prin­cipes. Tu ne peux pas répa­rer la Corée. Des centaines d’hommes comme toi et des centaines d’hommes
comme moi ne suffi­raient pas à la remettre sur pied. Les Japs sont partis, et main­te­nant la Russie, la Chine et les États-Unis se disputent notre petit pays de merde. Tu crois que tu peux riva­li­ser avec eux ? Oublie la Corée.
Concentre-toi sur ce que tu peux avoir. Tu veux l’épouse ? Parfait. Tu n’as qu’à te débar­ras­ser du mari, ou attendre qu’il crève. Ça, c’est quelque chose que tu peux maîtriser.

Le savoir

Absorbe tout le savoir que tu pour­ras. Remplis ton cerveau de connais­sances – c’est la seule forme de pouvoir que personne ne pourra jamais te reprendre. 

Édition Jacque­line Cham­bon. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Gilbert Cohen-Solal.

Un livre d’ap­pa­rence légère mais qui exhale aussi un parfum de tris­tesse : Arthur Mineur essaie de se remettre d’une rupture amou­reuse en faisant le tour des invi­ta­tions pour écri­vains à travers le monde. Nous suivons donc la tris­tesse d’un homme amou­reux améri­cain qui est souvent maladroit et fait de mauvais choix. Arthur Mineur se raconte lui-même de façon très drôle à l’image de son appren­tis­sage de la langue alle­mande et la joie d’être,enfin, dans un pays dont l’au­teur parle la langue – du moins le croit-il- ses propos se terminent ainsi :

Toujours est-il que Mineur arrive à Berlin et se rend en taxi jusqu’à son appar­te­ment provi­soire à Wilmer­dorf en se jurant de ne pas parler un seul mot d’an­glais durant son séjour. Bien sûr, le vrai défi est de parler un mot d’allemand.
Il s’amuse beau­coup et nous fait sourire à propos de toutes ses approxi­ma­tions dans la langue de Goethe, il n’hé­site jamais à souli­gner le ridi­cule dans lesquelles ses diffé­rentes maladresses le mettent souvent. Comme l’image de la couver­ture : sa carte magné­tique n’ou­vrant plus la porte de son appar­te­ment, il entre­prend de passer par le balcon ! Il scrute avec préci­sion la moindre de ses réac­tions en parti­cu­lier sur sa place en tant qu’é­cri­vain. Est-il un écri­vain impor­tant ? Il n’en est abso­lu­ment pas certain, d’au­tant qu’il a vécu pendant long­temps avec un génie de la poésie améri­caine et qu’il sait bien que lui n’est pas un génie. Et puis il y a cette barre des cinquante ans qu’il doit fran­chir pendant son périple, on voit alors le problème du vieillis­se­ment pour un homme dont la jeunesse a été le prin­ci­pal atout de séduc­tion. La lecture est rendue plus diffi­cile par le chan­ge­ment de narra­teur, sans préve­nir le lecteur on ne sait jamais si c’est Arthur d’au­jourd’­hui qui prend la parole ou Mineur l’écri­vain connu pour un premier roman et à qui a‑t-il donné la parole au dernier chapitre ? je ne peux vous le dire sans dévoi­ler la fin. Je ne suis pas enthou­siaste à propos de ce roman et contrai­re­ment aux lectrices du club, je n’au­rais certai­ne­ment pas mis de coup de cœur mais c’est un roman origi­nal très agréable à lire.

Citations

Humour

Mineur n’est pas vrai­ment connu en tant que profes­seur, de même que Melville ne l’était pas vrai­ment en tant qu’un inspec­teur des douanes. Et pour­tant, les deux hommes occupent respec­ti­ve­ment ces fonctions.

Un hommage à la traductrice

Mineur se met à imagi­ner (tandis que le maire marmonne toujours son discours en italien) qu’on a mal traduit, où – comment dire ?- qu’on a comme « super-traduit » son roman, confié à un poète de génie mécon­nue (elle s’ap­pelle Giul­liana Monti), qui a réussi à faire de son pauvres anglais un italien stupé­fiant. Son livre a été ignoré en Amérique, on en a à peine rendu compte, sans qu’un seul jour­na­liste ait demandé à l’in­ter­vie­wer (son atta­ché de presse lui a dit : « L’au­tomne est une mauvaise période »). Mais ici, en Italie, il se rend compte qu’on le prend au sérieux. Et en automne, de surcroît. Pas plus tard que ce matin, on lui a montré des articles de la « Répu­blica », du « Corriere della Serra », de jour­naux locaux et de revues catho­liques, avec des photos de lui dans son costume bleu, fixant l’ap­pa­reil du même regard bleu saphir, natu­rel et inquiet, qu’il avait lancé à Robert sur cette plage. Mais la photo devrait être celle de Giuliana Monti, c’est elle, en fait, qui a écrit ce livre .

L’humour et la sexualité

Mais leurs rapports sexuels n’était pas idéaux : Howard était trop direc­tif. » Pince-moi là ; oui c’est ça ! Main­te­nant, touche-moi là ; non, plus haut ; mais non, plus haut ! Non, plus haut, je te dis. » Mineur avait presque l’im­pres­sion de passer une audi­tion pour une comé­die musicale.

Je vois bien la scène

Pendant qu’il patiente, une jeune femme en robe de lainage marron polli­nise l’un après l’autre des groupes de touristes, avec les mouve­ments circu­laires d’une sorte d’oi­seau-mouche vêtu de tweed. Elle se penche sur un bouquet de chaises, pose une certaine ques­tion et, mécon­tente de la réponse, s’élance à tire-d’aile vers un autre groupe.