Éditions Payot, 346 pages, mars 2012

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Karine Chaunac

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard

 

Bill Bryson est un habitué de Luocine :

American Rigolo

Motel bues

Une histoire de tout ou presque

Nos voisins du dessous

Une histoire du monde sans sortir de chez moi

Des Cornflakes dans le porridge (sans doute mon préféré )

Avec son ami Katz qui adore les motels, et regarder des épisodes de X-Files à la télé , Bill Bryson entreprend de marcher et de traverser les USA du Sud jusqu’au Nord sur un sentier qui s’appelle l’Appalachian Trail et qui fait 3600 kilomètres.

C’est l’occasion de nous raconter un aspect de l’histoire des États- Unis, celui qui a voulu préserver la nature. Mais cela ne s’est pas fait sans des destructions absolument stupides et la disparition d’espèces animales ou végétales qui ont aujourd’hui totalement disparu. C’est l’occasion aussi de croiser des Américains, certains très sympas d’autres moins, surtout que l’auteur nous raconte dans le détail les gens qui ont été assassinés sur ce chemin.

Mais le danger principal, reste les ours qui ont à leur actif un certain nombre de morts d’humains.

On retrouve dans ce récit de marche à pied à la fois le côté sérieux du journaliste et l’humour de l’écrivain. Il se moque aussi bien de lui que des autres.
Je retiendrai de ce récit que l’auteur a préféré ses marches dans les pays où on sait à la fois garder la nature et les acticités humaines, aux USA c’est l’un ou l’autre et il le regrette.

Ce n’est pas le meilleur livre de cet auteur mais j’ai quand même bien ri à un passage que je vous ai recopié.

 

Extraits

Début.

 Peu après avoir déménagé ma petite famille dans une bourgade modeste de New Hampshire, je suis tombé sur un chemin qui démarrait à la lisière de la ville pour disparaître dans les bois. Une pancarte indiquait qu’il ne s’agissait pas de n’importe quelle piste, mais du célèbre sentier des Appalaches ou AT pour « Apalachian Trail », qui longe la côte ès des États-Unis sur plus de 3500 km, à travers la paisible – et ô combien prometteuse- chaîne de montagnes du même nom.

Les ours.

 Tous les livres affirment que confronté à un grizzly vous devez absolument éviter de courir. Ceux qui donnent ce genre de conseil sont assis devant leur clavier. À mon avis, si vous vous retrouvez dans un espace découvert, sans armes et qu’un grizzly se précipite vers vous, courez. Ça ne mange pas de pain. Au moins, ça vous donnera quelque chose à faire pendant les sept dernières secondes de votre vie. Cependant, à l’instant où ils vous rattrapera -car il vous rattrapera- , vous pourrez toujours vous jeter au sol et faire semblant d’être mort. Un grizzly tentera de mâchonner un corps inerte, une minute ou deux, mais finira généralement par s’intéresser puis par s’éloigner d’un pas traînant. Avec les ours noirs, il est vain de faire le mort, puisqu’ils continueront de toute façon de vous dévorer tranquillement jusqu’à ce que ça ne vous fasse plus ni chaud ni froid. Il est tout aussi stupide de monter à un tronc, car ces plantigrades sont d’adroits grimpeurs, et comme le note Herrero très pince-sans-rire, vous vous retrouveriez quand même à vous battre contre un ours mais en haut d’un arbre.

Moments heureux .

 La forêt restait un formidable lieu de solitude. Je traversais de longues périodes de parfait isolement où des heures s’écoulaient avant que je ne croise âme qui vive ; à de nombreuses reprises, j’attendais Katz un bon moment sans qu’aucun autre randonneur se présente. Quand cela se produisait, j’abandonnais mon sac et partait à sa rencontre pour voir s’il n’avait pas eu de problèmes -ce qu’il appréciait beaucoup. Parfois, il brandissait fièrement mon bâton de marche, oublié contre un arbre, lorsque je m’étais arrêté pour relacer mes chaussures ou réajuster mon pactage. C’était un peu comme si nous veillions l’un sur l’autre, c’était vraiment… bien. Je ne saurais mieux l’exprimer.

La pluie et le marcheur. 

 La pluie gâche tout. Marcher en vêtements imperméables ne procure aucun plaisir. Il y a quelque chose de profondément déprimant dans le bruissement raide du nylon et le crépitement incessant, curieusement amplifié des gouttes d’eau sur le tissu. Et pis que tout vous finissez quand même par être mouillé, les matériaux étanches protègent de la pluie mais vous font tellement transpirer que vous vous retrouvez bientôt inondé de votre propre sueur. L’après-midi, le sentier s’est transformé en torrent, mes chaussures ont renoncé à rester sèches. Mes pieds suintaient l’humidité et je pataugeais à chaque pas..

Les mines.

 La mine, bien sûr, a toujours été un sale boulot où que vous soyez, mais jamais autant qu’aux États-Unis dans la seconde moitié du XIX° siècle. Grâce à l’immigration, les mineurs étaient interchangeables. Si les Galois commençaient à râler, on faisait venir des Irlandais. Quand les Irlandais ne donnaient plus satisfaction, on ramenait des Italiens, des Polonais ou des Hongrois. Les travailleurs étaient payés à la tonne, c’est-à-dire que non seulement on les incitait à piocher avec une précipitation imprudente, mais aussi que tout effort consacré à rendre leur environnement plus sûr ou plus confortable ne donnait lieu à aucune compensation. Les puits transformaient le sol en gruyère, déstabilisaient parfois des vallées entières. Les explosions et les embrasements spontanés étaient monnaie courante : la poussière de charbon est incroyablement volatile, et à l’époque, songez-y, la seule source de lumière était une flamme découverte. Entre 1870 et le début début de la Première Guerre mondiale 50 000 personnes moururent dans les mines américaines. La grosse ironie, avec l’anthracite, c’est que, aussi difficile soit-il à allumer, il est encore plus difficile à éteindre. Les récits d’incendies de mine impossible à maîtriser sont lésions dans l’est de la Pennsylvanie. À Lehigh, un feu déclaré en 1850 brûla jusqu’à la crise de 1929.

Épisode tragique.

En 1955 eut lieu la grande inondation restée gravée dans les mémoires. Au mois d’août de cette année-là, alors qu’on subissait paradoxalement l’une des plus sévères sécheresses depuis des décennies, deux ouragans frappèrent la Caroline du Nord et perturbèrent les conditions météorologiques d’un bout à l’autre de la côte Est. Le premier déversa 25 centimètres de pluie en quarante-huit heures. Six jours plus tard, le second largua 25 centimètres en vingt quatre heures. À Camp Davies, un complexe touristique quarante-six personnes principalement des femmes et des enfants se réfugièrent dans le bâtiment principal pour échapper à l’inondation. Tandis que l’eau montait, ils grimpèrent dans les étages pour finir au grenier, mais en vain. Dans la nuit, un mur liquide de 9 mètres de haut descendit la vallée en rugissant et balaya l’édifice. 9 personnes survécurent miraculeusement. Ailleurs, des ponts furent emportés et des agglomérations ravagées. Avant la fin du jour suivant, le Delaware était monté de 13 mètres. Quand les eaux se furent enfin retirées, on fit le bilan : 400 morts et toute la zone dévastée.

 

 

La nature protégé en Amérique et note d’humour à la fin.

 

 Je sais que le sentier des Apalaches est censé incarner une expérience de la nature sauvage et j’admets tout à fait qu’en maints endroits il serait dommage qu’il en soit autrement, mais l’Appalachian Trail Conférence donne parfois l’impression d’avoir développé une phobie des contacts humains. Personnellement, j’aurais été content dans cette vallée de traverser des hameaux et de croiser des fermes plutôt que de marché dans un « couloir protégé » silencieux.
(…)
 En Amérique hélas, la beauté implique un trajet en voiture et la nature est affaire de tout ou rien : soit vous la domptez sans ménagement, au barrage de Tocks ainsi que dans un million d’autres endroits, soit vous la déifiez, la traitez comme quelque chose de sacré de distant tel le sentier des Appalaches. On ne veut pas croire que les gens et la nature puissent cohabiter pour leur bénéfice mutuel, un pont sur le Delaware aurait pu mettre en valeur la splendeur qui l’entoure.
 J’aurais préféré de loin que le guide de l’AT dise : « Grâce aux efforts de l’Appalachian Trail Conférence, l’aviculture a été réintroduite dans la vallée du Delaware, le sentier a été détourné pour inclure vingt-cinq kilomètres de parcours au bord de l’eau, parce que, ne nous voilons pas la face, il y a des moments où les arbres, ça commence à bien faire ! »

J’ai ri et vous ?

– Moi aussi je me suis fait une amie aujourd’hui. Au Lavomatic ,elle s’appelle Beulah.

– Beulah ? C’est une blague,.
– J’aimerais bien, mais c’est la vérité.
 – Personne ne s’appelle Beulah.
– Alors, voilà, elle oui. Et elle est vraiment sympa, pas hyper maline, mais vraiment sympa, avec de mignonnes petites fossettes, juste là. »
 Il pressa ses joues pour me montrer l’endroit.
 » Et elle a un corps fantastique. 
– Ah oui ?
Il a hoché la tête avant de préciser judicieusement :
« Mais bien sûr, il est enfoui sous une centaine de kilos de graisse molle. Heureusement pour moi, la taille chez une femme n’est pas un critère tant que je ne suis pas obligé de démonter un mur pour la sortir de chez moi. »
 Il a donné un coup de chiffon pensif à ses chaussures.
 « Alors comment tu l’as rencontrée ? ai-je demandé.
– En fait, a-t-il commencé en se penchant vers l’avant avec concentration, comme si son histoire valait vraiment la peine d’être raconté, elle m’a proposé de venir voir sa culotte,.
– Évidemment. 
– Elle était restée coincée dans le tambour de la machine.

 

 

 

 

 


Éditions Albin Michel, 578 pages, octobre 2025

traduction révisée de l’américain par Guillemette Belleteste

De cette écrivaine américaine j’ai déjà lu « des vies à découvert« , j’ai assez bien aimé ce roman, mais que c’est long ! Il y a vraiment quelque chose qui ne passe pas entre les romans américains et moi. Les auteurs ont besoin de tellement de pages pour installer leur récit, que j’y vois une forme de prétention, comme si, ce qu’ils écrivaient, méritaient bien que les lectrices ou lecteurs restent avec leur œuvre plus longtemps que pour un roman européen : on est en Amérique, pays où tout est plus grand qu’ailleurs même les romans.

Mon agacement étant passé, je dois dire que j’ai bien aimé cette lecture et la façon dont cette autrice raconte les évènements qui ont secoué le Congo lors de son indépendance en 1961. La famille d’un pasteur complètement azimuté entraîne sa famille au Congo pour annoncer la bonne parole de Jésus à une population qui n’en a rien à faire, et qui surtout refuse le baptême dans une rivière infestée de crocodiles. Le roman est raconté du point de vue de sa femme, Orleanna, leur aînée Rachel, les jumelles, Adah et Leah, et la petite dernière Ruth May.

Quand ils arrivent en 1959, toute la famille vit sous la férule de ce Pasteur intransigeant et les enfants ne remettent pas en cause ses principes religieux. L’Afrique va très vite attaquer tous les beaux discours de ce Nathan, plus abruti que la moyenne des pasteurs baptistes. Il refusera de partir au moment de l’indépendance mettant sa famille dans une situation proche de la famine. Finalement la mort de le petite dernière provoquera le départ de sa femme avec Adah.

Chaque protagoniste de cette histoire apporte un éclairage différent :

 

  • Rachel l’aîné est l’adolescente typique américaine , elle est sotte et ne pense qu’à ses beaux yeux bleus et ses cheveux blonds , si, déjà, l’auteure avait évité ce personnage peu crédible, elle aurait allégé d’autant son récit.
  • Leah, est une enfant intelligente et qui veut comprendre le monde qui l’entoure , elle est au départ complètement soumise à son père, mais c’est elle qui le rejettera le plus fort et c’est aussi grâce à elle que le lecteur comprendra le mieux ce qui s’est passé au moment de l’indépendance. Elle se marie avec un congolais et fera sa vie avec lui plutôt en Angola pour éviter la milice de Mobutu.
  • Adah sa sœur jumelle est née avec un demi cerveau et ne parle pas, mais on apprendra plus tard qu’en fait elle est tout à fait normale et deviendra médecin grâce à des études brillantes aux USA.
  • Ruth May joue avec les petits congolais et semble heureuse parmi eux, malheureusement elle ne prend pas ses médicaments contre la malaria. Elle sera très malade et finalement mourra d’une morsure de serpent. Sa mort provoquera , enfin, le réveil de sa mère.
  • La mère est de plus en plus paniquée par la peur pour ses filles, elle doute de plus en plus des capacités de son mari et ressent une énorme culpabilité à ne pas être partie plus vite. Elle a un regard plus ouvert que son mari sur les Africains et à son retour elle luttera pour les droits civiques des noirs aux USA.
  • Nathan le père n’est raconté, jusqu’à sa mort seul dans une forêt, ô combien inhospitalière, par ces cinq femmes.

L’ intérêt du roman, c’est le récit des évènements lors de l’indépendance de ce pays qui avait été colonisé par la Belgique. Les Congolais étaient ravis d’avoir voté pour Patrice Lumumba, qui est devenu président de la république. Les Américains qui avaient peur que la richesse de ce pays passent dans les mains des communistes russes, fomentent un coup d’état et impose le tristement célèbre le dictateur Mobutu. Commence alors une répression féroce dont sera victime Anatole l’instituteur mari de Leah.

On voit aussi dans ce roman la difficulté de vivre dans un pays entouré d’une nature totalement hostile, et dont la population est aussi victime de préjugés bien ancré dans des traditions que rien ne peut affaiblir.

Je recommande ce roman, si vous avez beaucoup de temps devant vous et que vous pouvez plus calmement que moi supporter le comportement étroit, stupide, raciste, pervers de Nathan Price pasteur de son état et américain de surcroit .

Extraits.

Début.

 Imagine une ruine si étrange qu’elle n’aurait jamais dû être. D’abord, représente toi la forêt. Je veux que tu en sois la conscience, que tu sois les yeux dans les arbres. Des fûts d’écorce lisse et mouchetée telles des bêtes musculeuses qui auraient poussé en dépit du bon sens. Le moindre espace fourmille de vie : de délicates grenouilles venimeuses aux peintures de guerre en forme de squelette, accolées en pleine copulation, sécrétant leurs œufs précieux sur les feuilles ruisselantes. Des lianes étranglant leurs semblables dans leur éternelle lutte pour la lumière du soleil. La respiration des singes. Le glissement du ventre d’un serpent sur une branche. Une armée de fourmis débitant un arbre géant en grains uniformes qu’elles entraînent vers d’obscures profondeurs à destination de leur reine vorace. À laquelle répond un cœur de jeune plans surgit de souches pourries aspirant la vie de la mort. Cette forêt se dévore elle-même, vivante à jamais.

Arrivée au village au Congo.(pour pouvoir emporter en avion toutes leurs affaires, la mère et les filles portent le maximum d’objets sur elles )

 Nous sommes restés un moment à cligner des yeux, à regarder fixement à travers la poussière, une centaine de villageois sombres, minces et silencieux, qui oscillaient légèrement tels des arbres. Nous avions quitté la Géorgie au milieu d’un été de pêchers en fleur, et nous nous retrouvions dans un inquiétant brouillard ocre et sec, qui ne ressemblait strictement à rien de ce que nous connaissions en matière de saison. Avec toutes nos couches de vêtements nous devions ressembler à une famille d’Esquimaux lâchés dans la jungle. 
Mais c’était là notre fardeau et nous avions besoin de tant de choses ici. Chacune de nous arrivait chargée en outre d’un objet qui la meurtrissait sous ses vêtements : un marteau à pied de biche, un recueil de cantiques baptistes, ces précieux objets occupant l’espace libéré par quelques frivolités que nous avions trouvé la force de laisser derrière nous. Notre voyage s’était révélé une difficile recherche d’équilibre. Mon père, bien sûr apportait la parole de Dieu, qui, elle, heureusement ne pèse rien du tout…

Les noirs vus par la plus jeune.

 Noé a condamné tous les enfants de Cham à être des esclaves pour toujours, toujours. C’est pour ça qu’ils sont devenus noirs. 
Chez nous, en Géorgie, ils ont leur école à eux, comme ça ils peuvent pas faire les malins à l’école de Rachel ou à celle de Léa et Adah. Léa et Adah sont surdouées, mais il faut quand même qu’elles aillent à l’école comme tout le monde. Mais pas les enfants de couleur, le monsieur de l’église dit qu’ils sont pas comme nous, qu’ils doivent rester de leur côté. Jimmy Crow a dit ça, et c’est lui qui fait le règlement. Ils ont pas loin non plus d’entrer au restaurant de White Castel, ou maman nous emmènent boire du Coca ou au zoo. Leur jour de zoo, c’est jeudi. C’est dans la Bible..

Le perroquet, Mathusalem, jour de pluie. Humour

À l’extérieur, nous disposons d’une longue galerie ombreuse que notre mère originaire du Mississipi appelle « véranda ». Mes sœurs et moi, nous adorons traîner là dans nos hamacs, et nous avions hâte d’y retourner même le jour de notre première pluie. Mais les rafales soufflaient en diagonale, fouettant les murs et le pauvre Mathusalem indistinctement. Lorsque ses cris devinrent par trop pathétiques et insupportables, notre mère, le visage fermé, rentra sa cage à l’intérieur et la posa près de la fenêtre, où l’oiseau poursuivit ses commentaires étatiques. Le révérend se mit à soupçonner cette tapageuse créature, non contente d’être papiste, de féminitude latente.

D’où le titre.

 J’examine mes filles, aujourd’hui adultes, cherchant chez elles le signe d’une certaine forme de paix. 
Comment est-elle fait, alors je suis resté traquée par la crainte d’être jugée ? Les yeux dans les arbres donnent sur mes rêves. De jour, ils surveillent mes mains déformée pendant que je gratte le sol de mon petit jardin humide. Qu’attends-tu de moi ? Quand je lève les yeux avec mon regard de vieille folle, quand je parle toute seule que veux-tu que je te dise ?

Charmant programme !

La Bible dit :
 « Dieu dit aussi à la femme : Je vous affligerai de plusieurs maux pendant votre grossesse ; vous enfanterez dans la douleur. Vous serez sous la puissance de votre mari et il vous dominera. »

L’horrible pasteur.

 Une fois privés de notre allocation et de tout contact avec le monde extérieur à cause de l’indépendance, il apparut que le projet de Dieu voulait que Mère et Ruth May soient malades à en frôler le trépas. Brûlantes, couvertes de taches, la langue chargée, épuisée évoluant au ralenti, elles atteignirent la limite la plus extrême de ce que l’on imagine généralement, constituer un corps humain en vie.
 Le révérend semblait ne pas s’en préoccuper. Il poursuivait son œuvre missionnaire, laissant ses trous aînées en charge du foyer, pendant qu’il s’en allait visiter les âmes en péril ou voir Anatole dans le but d’imposer un enseignement biblique au jeune garçon. Ah, cette fameuse bible ou n’importe quelle âne doté d’une mâchoire rencontre son heure de gloire. Anatole, évidemment n’était pas très chaud. Souvent le révérend se contentait de sortir et d’arpenter seul la rive du fleuve pendant des heures, soumettant ses sermons aux jugements des lis des champs qui les comprenaient à peu près aussi bien que ses fidèles et qui, franchement se montraient un bien meilleur auditoire.

La différence entre le colonisé et le colonisateur vu par une enfant.

 Je pensais à la demeure des Underdown, , à Léopoldville avec ses tapis persans son service à thé en argent et ses petits biscuits au chocolat, entouré de kilomètres de bidonvilles et d’affamés. Peut-être que des jeunes aux pieds nus arpentaient cette maison au même moment, pillant le placard à provisions presque vide et mettant le feu aux rideaux dans une cuisine qui sentait encore le savon désinfectant de la maîtresse de maison. Je ne pouvais affirmer qui avait tort, qui avait raison. Je voyais bien ce que voulait dire Anatole en parlant de boa et de poules vivant au même endroit : vous pouviez suivre à la trace les écailles ventrales de la haine. Je jetai nerveusement un coup d’œil vers notre propre habitation sans tapis ni argenterie, mais cela avait-il tant d’importance ? Jésus nous protègerait-Il ? Lorsqu’Il sonderait nos cœurs pour juger de notre valeur, y trouverait-Il de l’amour pour nos prochains congolais ou du dédain.

 

 

 

Éditions Belfond, 335 pages, décembre 2025

Traduit de l’anglais(États-Unis) par Catherine Gibert

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

Mais pourquoi diable, je ne me suis pas souvenue de mes précédentes déceptions, je le dis tout de go, cette auteure n’est pas pour moi. Je le savais depuis Double faute, puis cela s’est aggravé avec Quatre heures vingt-deux minutes et dix huit secondes.

Ce roman est une sorte de science fiction, les États-Unis, vivent une période de tyrannie qui impose l’égalité entre tous les citoyens et la suppression dans le langage de toute référence aux différences en particulier intellectuelles. Donc suppression de tout classement intellectuel et toute la société va très mal. Le personnage principal a de graves problèmes car elle refuse de se soumettre aux diktats de la société de la « Parenté Morale ». Les États-Unis s’écroulent car, aussi bien en médecine, que dans tous les autres postes qui demandent de hautes qualifications, il ne faut surtout pas discriminer des gens incompétents.

Le seul passage qui m’a intéressée c’est l’enfance de Pearson qui a été élevée dans une famille de témoins Jéhovah. Je pense qu’elle connaît bien cette secte. J’ai appris que ces gens ne croyaient ni à la vie éternelle ni à la résurrection . L’auteure décrit bien la tristesse de la vie parmi ces gens, à 16 ans elle a fui et a été recueillie par la famille de sa « meilleure et seule  » amie Emory.

Tout le roman est construit sur cette rivalité entre ces deux filles, Pearson qui croit qu’Emory pense comme elle que la « Parenté Morale » est complètement stupide, et sera trahie par cette Emory qui sait, elle, bien s’adapter .

Je pense que ce roman est une charge contre le « politiquement correct » qui a sévi dans les universités américaines. Mais ce n’est pas intéressant, le roman va d’un excès à l’autre car il y aura un retournement tout aussi excessif avec un retour de l’importance du QI. Je n’ai rien aimé, aucun personnage et surtout pas Pearson qui a choisi d’avoir deux enfants par insémination en choisissant le QI maximum . Puis avec son mari elle a une petite fille qu’elle juge stupide et qu’elle n’arrive pas à aimer. Quand le pense à la façon dont Philip Roth dans « la Tâche » dénonce les mêmes dérives universitaires, je suis triste d’imaginer que c’est une auteure comme Lionel Shriver qui reprend le flambeau de la résistance au « politiquement correct » et je me promets de ne plus JAMAIS relire un roman d’elle.

Et voici l’avis du Bouquineur totalement opposé au mien

 

Extraits.

Début.

 J’allais partir faire quelques courses pour le dîner – comme souvent, ma vieille copine Emory venait à la maison ce soir-là- quand j’ai reçu un appel de l’école, n’informant que mon fils était renvoyé pour cause de harcèlement et que je devais venir le chercher. Darwin est un garçon réfléchi, posé pas vraiment porté sur la persécution de ses petits camarades, si bien que je me suis demandé s’il ne s’agissait pas d’un quiproquo.

Témoin de Jéhovah.

 Pendant un temps, je me suis rapproché d’un témoin qui s’appelait Jacob, qui paraissait avoir quelque chose à offrir – si ce n’était de la malice, du moins un intérêt pour l’ailleurs ; il avait découvert la science-fiction qui ne contrevenait pas aux règles à proprement parler mais ne s’y confirmait pas non plus. À un moment donné, je lui ai avoué que chaque fois qu’une carte d’anniversaire circulait en classe pour mon prof d’anglais, je la signais. Il a été bien plus horrifié que je ne l’aurais pensé et pire, il m’a dénoncé le jour même à mes parents. (Ma mère me connaissait bien mal pour accepter que je me défends en prétendant que « tout le monde le faisait » : cela ne me ressemblait pas du tout). Comment un système de croyance aussi marginal et aussi profondément rebutant parvenait-il à en doctriner les gens avec un tel succès ? Quand j’ai su que les anciens avaient ordonné aux parents de Jacob de se débarrasser de tous ces Isaac Asimov, Ray Bradbury et Robert Heinlrin, je me suis dit : « Bien fait ! ».

Pourquoi sa mère est témoin de Jéhovah.

 Elle est où était -je ne pense pas qu’on m’aurait prévenue si elle était morte – l’archétype de la femme qui réussit. Un catéchisme qui dès le départ la propulsait parmi les élus lui avait forcément plu ; un catéchisme qui fournissait aux croyants le moyen de prendre l’ascenseur social. Fort de seulement quelques millions de fidèles dans le monde, les témoins lui offraient un contexte microscopique dans lequel elle pouvait briller. Avide considération, elle se dépensait sans compter en menues tâches pour la Watchtower Bible and Track Société.

Son père.

C’était un jeune homme docile qui voulait juste s’en sortir. Durant toute mon enfance, il a travaillé trente heures par semaine chez un quincaillier, sans jamais faire le moindre effort pour devenir gérant. De façon plutôt maligne, il avait trouvé sa place dans le seul segment de la population de Voltaire, Pennsylvanie, où faire du surplace professionnellement faisait de lui un modèle de masculinité. Même si, à en croire la doctrine, c’était lui le chef de famille, en pratique il ne l’était pas du tout. Les épouses Témoins sont les reines du comportement passif-agressif, même si une poignée seulement de ces ignares connaissent l’expression.

Ses parents.

Je me donne du mal ici pour essayer de comprendre pourquoi mes parents ont choisi de se faire les prisonniers d’une congrégation limitée sans espoir d’évasion, mais je suis toujours aussi perplexe. Les Témoins de Jéhovah ne croient même pas à une vie après la mort. Quand on meurt, on meurt. Ils n’adhèrent pas non plus à la réincarnation. Par conséquent mes parents n’avaient que cette vie à vivre et aucune autre. C’étaient des adultes. N’étant pas porté sur le questionnement métaphysique, ils avaient joyeusement accepté la proposition selon laquelle ils étaient maîtres de leur destin, on était dans « un pays libre » à une époque révolue où l’idée était presque crédible. Sachant tout ce qui s’offrait à eux – faire pousser des fraises en Oregon, ouvrir une pension pour chiens dans l’Oklahoma, partir en France. Comment est-il concevable que leur choix se soit porté sur une vie aussi effroyable ?

 

 


Éditions Gallmeister, 274 pages, novembre 2025

Traduit de l’américain par Laura Derajinski

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

En 2017, j’avais déclaré que plus jamais je ne lirai cet auteur, que mon club de lecture m’avait découvrir avec le roman « Aquarium«  ; j’avais évidemment oublié (hélas !) cette déclaration, et j’ai donc lu un deuxième roman de cet auteur et j’espère bien que la prochaine fois je me souviendrai de ma tristesse en lisant ce roman.. Pourtant le sujet est très intéressant et même la façon dont le traiter est originale. Je raconte rapidement l’histoire de la pauvre jeune-fille Aica qui vit dans une petite île des Philippines. Sa famille est très pauvre, son père est un alcoolique violent. Un jour un étranger, Bob, arrive dans son beau bateau blanc, Aica n’a qu’un but se faire faire un bébé par Bob pour avoir une rente à vie. La première partie du roman, raconte toutes les hésitations de Aica et l’envie de Bob de posséder le corps de cette jeune fille. Finalement, elle part avec lui, commence alors la deuxième partie, Aica se rend compte que Bob ne lui fera pas de bébé car il s’est fait faire une vasectomie. Elle sait qu’alors elle s’est prostituée sans doute pour rien. Elle décide de tuer Bob , et commence la troisième partie, elle est bloquée dans son voilier car elle veut que le corps de Bob soit dévoré par les poissons avant de repartir. Pendant cette attente, elle rencontre Andy qui lui à l’opposé de Bob est d’accord pour faire des bébés à toutes les femmes philippines qu’il rencontre.

Commence alors la quatrième partie, elle rentre vers son île en se sachant enceinte. Et commence alors, une lutte à mort avec sa famille et les gens de son village, en particulier le chef qui veut absolument attirer les touristes dans leur petite île et qui attend de Bob (dont tous ignorent le triste sort), l’argent nécessaire à la construction d’un hôtel pour recevoir les visiteurs. Aica ne pourra que s’enfuir de ce village qui maintenant la déteste au plus haut point.

Un des aspect qui m’a intéressé, c’est la façon dont la jeune fille apprend peu à peu à se servir du bateau, il est certain que cet auteur connaît la navigation, et comprend bien comment une jeune peut se débrouiller sur une bateau même sans y connaître grand chose.

Pourquoi ai-je des réserves à propos de ce roman ? Ce n’est pas très juste de ma part, mais je déteste cette histoire, je n’ai aucune peine à imaginer que cela existe, mais ces riches occidentaux qui dépensent en un repas au restaurant de quoi faire vivre un mois une famille de pêcheurs, et qui peuvent donc s’offrir une jeune fille pour presque rien, me dégoûtent profondément. Aica, est calculatrice, meurtrière, menteuse, mais elle vit dans une telle misère que l’auteur comprend ce qui l’a amenée à cette conduite. Elle dialogue sans cesse avec elle et passe son temps à regretter ses décisions, qui sont toutes plus catastrophiques les unes que les autres, elle est prise dans une spirale infernale mortifère. Le meurtre de Bob est insoutenable et assez peu compréhensible. Je lui attribue quand même trois coquillages, car je pense que ce que décrit David Vann est plausible sinon exact. C’est triste !

Bref, ce roman pourra vous plonger dans un désespoir profond si par hasard vous aviez bon moral et confiance dans l’humanité.

Extraits

Début.

 Quand l’étranger apparaît pour la première fois, la mer est calme. Les grains de sable, bien à plat sur la plage, l’air doré. En compagnie d’enfants plus jeunes, Aica se tient sur une large branche de bois flottée, aux côtés de son amie, Ana Mae.
– Il est seul, dit Ana M.ae, il a un voilier.
Le voilier, amarré à la vue de tous dans la crique voisine, un mât unique, une coque blanche et lisse. Aica n’aime pas entendre ces mots prononcés à voix haute. C’est son rêve depuis trop longtemps. Ça devrait rester secret.

Ce que veut fuir Aica.

Aica a rincé le riz deux fois et le met à cuire sur le feu. Du charbon de bois en plein milieu de la maison, tant de fumée, et l’odeur aussi. Une gazinière ne ferait pas de cendre, pas de chaleur intense. Il suffirait d’allumer et de l’éteindre. Et un frigo pour conserver les aliments plus d’un jour sans avoir aller saler. Et des toilettes avec une chasse d’eau pour ne plus avoir à puiser de l’eau dans un récipient. Et une douche pour ne plus être obligée de se rincer avec un seau, Et plus de père ivre ne plus jamais l’entendre ni le voir.

Une scène bien racontée du danger du bateau à voile.

 Aica s’agrippe à la voile et grimpe sur la bôme, qu’elle enjambe, puis elle s’allonge sur le ventre et avance centimètres par centimètres jusqu’à l’extrémité. Avec le roulis, elle pourrait facilement tomber. Il ne faut pas qu’elle se blesse par-dessus le marché, elle est désormais au-dessus du cockpit, au-dessus du taud, elle continue à défaire la fermeture éclair et elle atteint enfin le bout.
 Elle doit à présent ramper à reculons par-dessus la voile, ce qui est bien plus difficile mais elle y parvient une progression lente puis elle se redresse en arrivant au-dessus de l’escalier. Elle descend et détache la corde qui maintient la bôme.
 La baume et la voile claquent de gauche à droite dans le mouvement des vagues. Aica fait attention de rester à bonne distance, tandis qu’elle retourne au mât.
(…)
 La grand voile est lourdes, elle gonfle dans le vent et se plaque contre Aica. À deux ou trois mètres de haut à peine et la corde est déjà tendue trop difficile à tirer, alors Aica la bloque avec le winch. La corde ou la voile ou le mât ou le winch pourrait se casser sous la pression et la force du vent, mais elle ne sait pas comment faire autrement, alors elle actionne le mécanisme du winch en utilisant la vitesse, la plus lente et la plus douce et elle regarde monter la voile.
 Le bateau avance à présent, il avance déjà et Aica est pleine d’excitation. Elle va peut-être réussir à sauver son bébé après tout, elle se précipite au gouvernail pour essayer de régler le cap sur l’autopilote. Elle devrait partir vers l’est, elle tourne la barre à gauche pour aller au sud puis à l’est, la bôme et la voile claquent soudain vers le côté opposé et soulève le bateau sous la violence de l’impact. Mais rien ne semble casser elle trouve l’est sur la boussole, règle autopilote et appuie sur le bouton. Elle repart vers le mât, dépasse l’escalier de la cabine, prends garde de ne pas perdre d’équilibre, mais une vague soulève soudain le côté du bateau la bôme tourne brusquement et Aica est fauchée, elle s’envole au-dessus du pont, si vite qu’elle ne voit plus rien sauf le bleu de l’eau quand elle y plonge (…)
Le bateau déjà si loin, si impitoyable. Entraîné par l’autopilote et la voile. Même la grand-voile partiellement hissée suffit à lui donner plus de vitesse que n’importe quel nageur.


Éditions du sous sol, 345 pages, mai 2025

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie-Hélène Sabard

Les victoriens veulent savoir pourquoi l’évolution a transformé certain primates -et pas d’autres- en gentlemans anglais.

Après avoir été emportée sur les mers avec la marine anglaise au XVII° siècle avec les Naufragés du Wager, ce diable de journaliste écrivain nous entraîne au début du XX° siècle dans la forêt amazonienne, en suivant un explorateur si british : Percy Fawcett puis en suivant tous ceux qui sont allés à sa recherche quand il n’a plus donné signe de vie , alors qu’il tentait un dernière expédition accompagné de son fils et l’ami de son fils en 1925 .

L’auteur, lui-même, est reparti sur les traces de Fawcett, et surtout sur les reste d’une ville que celui-ci aurait recherché au milieu de la forêt. L’auteur est un formidable conteur, mais aussi un rat de bibliothèque qui sait lire et croiser les archives. Il fournit toutes ses sources, et n’est pas avare de notes en bas de page. L’histoire de cette ville que Fawcett a appelée « Z » , a hanté tous les explorateurs et même avant les conquérants espagnols qui étaient à la recherche de l’or et recherchaient l’El Dorado. Ce qui est extraordinaire dans cette histoire, c’est la façon depuis le XVI° siècle dont les envahisseurs ou explorateurs ont méprisé les populations autochtones. Il ne suffisait pas de les faire mourir en les contaminant avec des maladies pour lesquelles ils n’avaient aucune défense, il fallait les réduire en esclavage, les christianiser en leur faisant perdre leur propre culture, et les assassiner pour leur faire avouer où était la fameuse « El Dorado ». Il ne faut pas trop s’étonner que les différentes tribus se soient réfugiées de plus en plus loin dans les profondeurs de la forêt amazonienne et cherchent à tuer tous les blancs qui s’approchent de leur village. Et évidemment, ils sont, alors, accusés d’être barbares, sauvages cannibales et autres mots qui sont autant de repoussoirs ou des raisons pour les tuer en toute bonne conscience.

Fawcett est lui-même complètement convaincu de la supériorité des britanniques, mais en fréquentant régulièrement différentes tribus indiennes, il remarque à quel point elles savent mieux s’adapter aux rigueurs de la vie dans cette forêt si hostile à l’homme blanc. Ce livre est aussi l’occasion de décrire la société anglaise, et elle n’en ressort pas grandie. Si Fawcett résiste à tout ou presque, les gens qui l’accompagnent souffrent de tous les maux et surtout de la faim, Alors que les Indiens eux semblent vivre en harmonie avec cette même nature. Cet homme a une santé qui surmonte toute les maladies et a un don pour les langues remarquable, il peut parler avec les Indiens et se faire accepter par différentes tribus. Il est aussi dur avec lui qu’avec les gens qui l’accompagnent, et il peut être odieux pour ceux qui tombent malades, car il voit la maladie comme une faiblesse donc refuse de ralentir pour eux sa marche ou de revenir en arrière. La description des différentes maladies qui peuvent attaquer les hommes en Amazonie pourrait faire fuir n’importe quelle personne saine d’esprit. Il change complètement de point de vue sur la « civilisation » après ce qu’il a vu pendant la guerre 14/18. Les Indiens lui semblent alors beaucoup moins dangereux que les Européens. Les dangers actuels auxquels sont confrontés les Indiens, sont abordés à la fin du livre, avec la culture intensive du soja, la forêt recule de plus en plus et avec elle , ceux qui y avaient trouvé refuge pour abriter une autre façon de vivre.

C’est un livre intéressant, et bien raconté mais autant j’ai lu avec une grande attention la première expédition, j’ai ensuite trouvé que c’était le même récit, j’ai donc trouvé trop long cet essai malgré ses évidentes qualités.

Extraits

Début de la préface.

J’ai sorti la carte de ma poche. Elle était mouillée, froissée, et mon itinéraire tracé à l’encre s’effaçait. J’ai regardé fixement les lignes dans l’espoir qu’elle me conduirait hors de la jungle au lieu de m’y enfoncer davantage. 
On voyait encore la lettre z au centre de la carte. Moins un repère qu’un sarcasme, une preuve supplémentaire de ma folie.

Début du roman.

Chapitre 1 Nous reviendrons
 Par une froide journée de janvier 1925, un homme de haute taille, à l’allure distinguée, traverse d’un pas pressé les docks de Hoboken dans le New Jersey ; il se dirige vers le « SS. Vauban » , un paquebot de cent cinquante-cinq mètres en partance pour Rio de Janeiro. Âgé de cinquante-sept ans, le gentleman mesure plus d’un mètre quatre-vingts, il a de longs bras musclés et, malgré un front un peu dégarni et une moustache poivre et sel, sa forme physique lui permet de marcher pendant des jours et des jours en prenant peu ou pas de repos, ni de nourriture.

Début du fleuve Amazone.

Depuis sa source, le ruisseau suit une pente abrupte. À mesure qu’il prend de la vitesse, il se gonfle, de centaines d’autres, la plupart si petits qu’ils n’ont même pas de nom. Deux mille mètres plus bas alors qu’il pénètre dans une vallée, il gagne ses premiers reflets verts. Bientôt, des cours d’eau plus importants viennent le rejoindre. Agité de remous, il descend vers les plaines en contrebas. Cinq mille kilomètres le séparent toujours de l’océan. Rien ne pourra l’arrêter. De même que rien ne pourra arrêter la jungle, qui, la chaleur équatoriale et l’abondance des pluies aidant, engloutit peu à peu ces rives.

La fameuse éducation britannique.

 Solitaire, combatif et hypersensible, le jeune homme doit apprendre à converser sur l’art (mais sans jamais faire étalage de sa science), à danser la valse, sans se tromper de sens, et à témoigner d’une irréprochable correction en présence du sexe opposé. Craignant que l’industrialisation ne viennent éroder les valeurs chrétiennes, la société victorienne est obsédée par la domination des instincts physiques. Elle mène croisade contre la littérature obscène et contre « la maladie de la masturbation ». Dans les campagnes, on distribue aux mères des brochures sur l’abstinence qui leur conseillent de « gardez un œil vigilant sur les champs de foin ». Les médecins préconisent l’emploi d' »anneaux à pointes » pour réfréner les pulsions rebelles. Voilà qui contribuera à la vision de la vie selon Percy Fawcett : une inlassable lutte contre les forces physiques qui l’entourent. Dans des écrits ultérieurs, il formulera des mises en garde contre « le besoin incontrôlable d’excitation des sens » et « des vices et désirs » trop souvent, dissimulés ».

Londres 1900.

 Mais dans la capitale, rien n’avance -ou plutôt si car tout semble en perpétuel mouvement. Hommes-sandwichs. Garçons bouchers. Employés de bureau. Omnibus tractés par des chevaux. Sans oublier cette bête étrange qui envahit les rues, effraie chevaux et piétons, tombe en panne à chaque bord de trottoir : l’automobile. Au début, la loi exigeait qu’on ne dépasse pas les trois kilomètre-heure et qu’un valet à pied précède le véhicule en agitant un drapeau rouge. Mais en 1896, la limitation de vitesse a été relevée à vingt-deux kilomètre-heure.

Les magasins actuels pour les aventuriers.

 Partout où je me tournais je voyais des clients « accros de la technologie ». À l’évidence, plus l’exploration véritable se faisait rare, plus se démocratisait les moyens de la tenter… et saut à l’élastique ou surf des neiges, étaient autant de manière baroque d’en approcher. Toutefois, l’exploration ne semblait plus viser la découverte du monde extérieur, mais celui de l’intime, ce que guides et brochures baptisaient « la thérapie par le camping et la vie sauvage » et le « développement personnel par l’aventure ».

Charmes de la forêt amazonienne.

 Cependant, ce ne sont pas les gros prédateurs qui tourmentent le plus les hommes, mais les attaques incessantes des insectes : il y a les fourmis « saubas » capables en une nuit de ne vous laisser que la trame des vêtements et des sacs ; il y a les tiques accrochées à la peau comme cet autre fléau que sont les sangsues ; il y a les puces-chiques, ces insectes aux poils rouges qui se nourrissent de tissus humains ; il y a les mille pattes qui vous arrosent de cyanures d’hydrogène, les vers parasites qui rendent aveugles, les mouches « Dermatobia hominis » dont les ovipositeurs traversent l’étoffe des habits – les œufs déposés deviendront des larves qui vous creuseront des galeries sous la peau. Il y a aussi ces moucherons piqueurs quasi invisibles qu’on appelle « piums » et qui couvrent de cloques le corps du voyageur. Sans parler de la « punaise assassine », en vous piquant à la lèvre, elle vous inocule un protozoaire appelé « Trypanosoma cruzy » ; vingt ans plus tard alors que vous êtes persuadé d’être sorti indemne de la jungle, vous mourrez d’œdème cérébrale ou cardiaque. Pourtant, le pire, ce sont les moustiques. Ils peuvent être les vecteurs d’une foule de maladies : malaria, dengue « broyeuse d’os », éléphantiasis, fièvre jaune… « La seule raison majeure, pour laquelle l’Amazonie reste à conquérir, ce sont les moustiques », écrira Willard Price en 1952. 

De quoi douter du monde dit civilisé.

 « Imaginez-vous une centaine de kilomètres de ligne de front, sur deux à cinquante kilomètres de large, littéralement couverte d’un tapis de mort qui forment souvent de petites collines. Et vous aurez la mesure du prix que nous avons payé. Des hommes sans nombre sont partis à la boucherie par vagues interminables, ils ont franchi les barbelés et rempli les tranchées de morts et de mourants. Ils avaient la force irrésistible d’une armée de fourmis, quand la pression des lames successives poussent, qu’elles le veuillent ou non, les légions de l’avant au désastre. Aucune ligne fortifiée ne pouvait résister à ce raz de marée humain, ni continuer à tuer pour toujours. C’est, je pense, le plus terrible témoignage des conséquences inexorables que produit un militarisme débridé. » Et Fawcett de conclure : « Civilisation ! Grands dieux ! Après ce qu’on a vu, quel mot absurde ! Ce fut une explosion démente des émotions humaines les plus basses. »

 


Éditions Globe, 410 pages, juin 2017

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Karine Reignier-Guerre

 

Aux hasards de mes lectures j’ai lu deux récits de parcours qui ont des points communs ; d’hommes qui ont fui un extrémisme religieux, et sont donc, pour cela, promis aux flammes de l’enfer.

Shulem Denn vient d’une communauté Hassidique, skver, totalement fermée au monde qui vit dans une petite ville au nord de New-York : New Square. Jeune, il se sentait bien dans cette communauté très fermée qui vit dans le pays le plus ouvert à la modernité mais qui réussit à force d’interdits d’empêcher ses membres de connaître la réalité qui les entoure. Ne serait-ce que s’informer est si grave que l’on peut être immédiatement rejeté de la communauté. Nous suivons son parcours, son mariage avec une femme qu’il a aperçu quelques minutes avant de s’unir avec elle. Il y a des passages vraiment drôles sur la nuit de noce car depuis le plus jeune âge on lui a appris à ne jamais regarder une femme, et à ne jamais parler du corps, en revanche il peut appeler le rebbe (une sorte de rabin) pour avoir des renseignements techniques du « Mitsvah » je vous laisse devinez ce que cache ce mot !. La solitude de cet homme dans sa démarche pour comprendre le monde est vraiment touchante, mais hélas pour lui, quand il perdra la foi, il a aussi cinq enfants qu’il adore, mais qui se sépareront de lui, car leur mère est restée dans la communauté. Pour les enfants le fossé entre les deux mondes, celui des skver hassidiques où tout est codifié et où au moindre faux pas, on risque de se faire exclure, et le monde de liberté de leur père, est un véritable gouffre, qu’aucun pont ne peut franchir. D’autant que leur mère est retournée vers sa famille biologique et d’idées spirituelles, pour elle, les hassidiques orthodoxes. Les enfants entendent sans cesse des critiques sur la conduite de leur père et sont incapables de supporter cette vie entre deux mondes,. Le cheminement de cet homme est très finement décrit, c’est un peu long mais pas du tout ennuyeux. L’ensemble des règles qui régissent la vie de ces juifs semble totalement absurde, mais ces rituels occupent complètement les esprits et cela empêche toute personne de réfléchir. Le pire pour les croyants c’est le doute, il ne faut absolument pas en distiller la moindre miette dans les esprits des membres de cette secte. Shulen Deen raconte à quel point l’enfermement dans cette secte fonctionne comme un piège pour ses membres, car ils parlent et sont instruite en Yiddish , ce qui empêche les gens qui veulent sortir de cette communauté de trouver du travail. La plus grande difficulté est de quitter une famille élargie dont on partage tous les rites : la solitude et la séparation avec ses enfants plongeront l’auteur dans une dépression dont il ne pourra sortir que grâce à un groupe d’anciens hassidiques qui essaient de soutenir ceux qui veulent sortir de cette religion.

La grande différence avec le livre qui va suivre, c’est que les juifs hassidiques ne font du mal qu’à eux et ne cherchent à convertir personne, ni à détruire le monde dans lequel ils vivent.

J’ai trouvé le billet de Anne-yes, et j’ai vu que Dominique Gambadou et Keisha ont lu aussi ce livre. Voilà le billet de Dasola.

Extraits.

Début.

Je n’étais pas le premier à être banni de notre communauté. Je n’avais pas rencontré mes prédécesseurs, mais j’en avais entendu parler à voix basse, comme on chuchote une rumeur honteuse. Leurs noms et le récit de leurs agissements émaillaient l’histoire de notre village, fondé un demi-siècle plus tôt. On évoquait dans un murmure ces êtres subversifs qui avaient attenté à notre fragile unité  : les quelques belz qui avaient souhaité former leur propre groupe de prières ; le jeune homme qui aurait été surpris en train de d’étudier les textes fondateurs de la dynastie de Bratslav, et même le beau-frère du « rebbe », accusé de fomenter une sédition contre lui.
Tous avaient été bannis, comme moi. Mais j’étais le premier qu’on banissait pour hérésie. 

L’origine des skvers (hassidiques).

Le village avait été créé dans les années 1950 par Yankev Yosef Twersky, le grand rebbe de Skver, issu de la dynastie hassidique de Skver et de Tchernobyl, au centre de l’Ukraine. Arrivé à New York en 1948, le rebbe était descendu du paquebot, avait promené un long regard sur la ville américaine et l’avait jugée décadente.  » Si je avais le courage, avait-il déclaré à ses disciples , je remonterai à bord pour retourner en Ukraine. »
Au lieu de quoi, il s’attela à créer une communauté hassidique dans l’ État de New-York au mépris de ses détracteurs, persuadés que son projet – fonder un véritable shtetl en Amérique- n’avait aucune chance d’aboutir.

Première nuit des nouveaux mariés.

 Je n’avais jamais imaginé que je puisse aimer mon épouse. Le mariage était un devoir, rien de plus. Prétendre de contraire me semblait ridicule. 

 » C’est ainsi, reprit le rabbin, avec un haussement d’épaules. La loi stipule que tu dois lui déclarer ton amour. »

Inutile de tergiverser. La loi était la loi.
 » Tu devras aussi l’embrasser de deux fois : Avant et pendant l’acte », précisa Reb Shraga Fevish. Il dressa ensuite la liste des situations contraires à la pratique de cette Mitsvah : on ne devait pas l’accomplir lorsqu’on était en colère ; pendant la journée, quand on avait trop bu, après un repas ou avant d’aller aux toilettes. Il était interdit de le faire si la femme se montrait trop audacieuse ( « Elle ne doit pas le réclamer explicitement, mais faire allusion à son désir de manière indirecte »), en présence d’un enfant ou de livres sacrés. Et surtout, il fallait suivre les précepes du grand sage Rabbi Eliezer, qui accomplissait la mitzvah « avec révérence et effroi, comme forcé par un démon ».

L’acte d’amour (la Mitzah)

 Il nous fallut plusieurs tentatives cette nuit-là et les suivantes, et plusieurs autres appels à Reb Sheaga Feivish, pour parvenir au résultat escompté. Si l’acte lui-même demeura laborieux, maladroit et dépourvu d’érotisme, nous connûmes quelques moments de tendresse, – fugace, mêlée d’agacement et de frustrations, mais bien réelle. Je me souviens de longs soupirs et de rire étouffés parfois même de franc éclat de rire ou de part et d’autre. En y repensant, j’associe ses premières nuits d’intimité conjugale à ce que nous endurons tous lorsque nous devons monter à meuble préfabriqué : on a beau lire les instructions, vérifier la forme des pièces et la manière dont elles doivent être agencées, l’ensemble résiste. Les vis et les écrous ne ressemblent pas à ceux du manuel, les planches n’ont pas la taille requise -impossible de les emboîter les unes dans les autres. Index sur le menton, nous tâchons de trouver la solution, quand notre épouse tend la main vers le meuble, donne un petit coup sur une planche ou tire sur une autre. « Non, ce n’est pas comme ça », pensons nous avant de nous exclamer : « Regarde ça marche ! » Nous nous tournons alors vers elle avec un sourire satisfait comme si nous avions toujours su ce qu’il fallait faire.

La naissance de sa fille.

 Son turban s’était déplacé, révélant la naiss9ance de ses cheveux coupés court sous sa perruque. Pour la première fois, depuis notre rencontre, j’éprouvais le vif désir de la serrer dans mes bras. J’aurais aimé lui parler, la couvrir de paroles affectueuses, lui dire non pas que je l’aimais (ce n’était pas encore tout à fait vrai), mais que je tenais à elle. Je dus m’en abstenir : je ne devais ni la toucher ni lui témoigner mon affection. La loi Hassidique l’interdisait. Après être allé lui chercher plusieurs gobelets remplis de glaçons au distributeur dressé dans la salle d’attente, je m’assis dans un coin de la chambre et me replongeai dans le psaume 20, entamant une nouvelle série de neuf fois neuf lectures complètes.
 « Je crois que tu ferais mieux de sortir », déclara Gitty quelques minutes plus tard en se tournant vers le mur opposé. Elle avait raison : il était temps pour moi de partir puisque je n’avais pas le droit d’assister à la naissance ‘ une autre loi hassidique à laquelle je ne devais pas déroger.

Perte de la foi.

 Plus rude encore, fut la découverte du champ de ruines que laissait ma foi en partant. Je devais ériger par moi-même un nouveau système de valeur – mais comment ? Quand ce en quoi vous avez toujours cru se voit remis en question, quelles sont les valeurs que vous conservez et celles que vous jetez par-dessus bord ? Comment démêler le vrai du faux, le juste de l’injuste quand vous n’êtes plus guidé par la volonté de Dieu ? Et surtout si nous ne sommes que le fruit d’une rencontre accidentelle entre un peu de matière et d’énergie, sans autre objectif que la satisfaction immédiate de nos besoins vitaux, quel sens donner à notre existence ?

Les livres ne l’aident pas à faire taire le doute.

Je faisais partie des « clients spéciaux » de la librairie, maigre consolation au regard de la quête effrénée dans laquelle je m’étais lancé. J’avais beau lire tous les ouvrages qu’il pouvait me donner mon désarroi allait croissant. « Itzik, donnez-moi le livre qui fera à taire, tous mes doutes », aurai-je voulu lui demander. Pourtant, je savais bien qu’un tel livre n’existait pas. Aucun recueil ne contenait la réponse universelle, la théorie unique qui éluciderait tous les mystères. Je commençais à comprendre que chaque nouvelle lecture déclenchait une tempête de pensées et d’idées contradictoires auxquelles le monde extérieur ne pouvait pas apporter de réponse. Je ne devais pas chercher hors de moi, mais en moi. J’étais seul désormais, lancé sur une route inconnue.

Les jeteurs d’anathèmes.

Les partisans les plus virulents d’une adhésion aux règles et aux principes, ceux qui sont enclins à protester de la voix la plus forte, voire recourir à la violence, ne sont pas nécessairement les plus étroits d’esprit : ce sont souvent, au contraire, les hommes les plus éduqués qui affichent les opinions les plus extrêmes – comme si en agissant ainsi, ils refermaient leur propre esprit-, justement parce qu’ils sont plus accoutumés aux remises en question. 

Ses enfants se séparent de lui.

 Ce qui comptait pour Tziri et Freidy, ce n’étaient pas mes convictions religieuses ou les détails de ma façon de vivre, mais le fait que, de mon plein gré, je me sois placé dans le camp de ceux qu’on leur apprenait à fuir – et qu’ainsi, je les ai déshonorées que j’ai déshonoré notre famille, déshonoré chacun d’entre nous. Ce qu’elle voulait, c’était un père qui ne soit pas l’incarnation de la vilénie qu’on leur avait appris à détester. Or j’étais le père que j’étais et de toute évidence je n’étais pas assez bien.

 

 


Éditions la croisée, 186 pages, mai 2025

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Hélène Cohen

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

Je crois que je fais une overdose des premiers romans, j’ai hâte de lire des romans d’auteurs confirmés qui ont dépassé le stade des premières bonnes idées et sont devenus de bons et vrais écrivains.

Ce roman raconte des combats de boxe de jeunes filles et l’auteur, pour chaque combat, raconte le passé et le futur de chaque personnalité. L’auteur raconte sept combats de boxe avec une grande précision, autant sur la façon de mettre des coups à son adversaire, à s’en protéger et tout ce qui se passe dans la tête des compétitrices. Le premier combat est intéressant et aurait largement suffi à mon bonheur. Bref, pour moi, si cette auteure avait écrit une nouvelle je n’aurais eu aucune réserve mais au quatrième combat j’étais proche de l’overdose.

Il me reste à parler de l’écriture, un peu comme Clint Eastwood au cinéma, cette auteure a adapté son style aux coups portés lors d’un combat de boxe. C’est très efficace et cela permet de lire facilement au moins au début, la répétition des sept combats et des huit personnalités fait retomber l’intérêt de ce roman.

 

Extraits.

Début.

Andi Taylor entrechoque ses gant et se frappe le ventre sans penser à sa mère restée avec son petit frère, ni à sa voiture qui a failli la lâcher en route, ni à son job d’été à la piscine où elle surveillait le bassin surpeuplé, ni au gamin de quatre ans mort sous ses yeux, le gamin de quatre ans mort par sa faute, ou presque, avec ses joues bleues. On ne devrait pas confier à des adolescents, le job de sauver des enfants. Formation secourisme ou non. Elle a tué le garçon avec son regard dans le vague. Il avait des camions rouges sur son maillot de bain. On aurait dit un petit être en plastique.

 

Conséquences des combats.

 

 Et puis, il y avait les fractures, surtout aux doigts. Artemis et Andi se sont cassé les phalanges à de multiples reprises, mais Artémis une dizaine de fois de plus qu’Andi, et bien qu’Artémis ne le sache pas encore, cette dizaine de blessures supplémentaires au doigt a trop éprouvé sa main fragile et mortelle, pour ne pas l’abîmer irrémédiablement. À l’âge de soixante ans, Artémis ne sera plus en mesure de tenir une tasse de thé.

Enfance et projection.

 C’est le problème avec les enfants. La plupart du temps, ce qu’ils font, ou ce qu’ils pensent qu’ils devraient faire, ou tout ce qu’ils pensent être fait pour eux est seulement le résultat de ce que quelqu’un leur aurait dit un jour. Si t’es grand, les gens te disent : tu ferais des étincelles sur un terrain de basket. Si t’es une fille taillée comme un monolithe les gens te sortent : natation, boxe, lancer disque, et tu te dis forcément : Est-ce que ça pourrait être être mon truc ? Si les gens le disent, c’est peut-être prêt.

L’adolescence. Style de l’auteur.

 Les chiens ne connaissent pas l’adolescence. Ils restent bébés pendant quelques mois puis des adultes pour toute la vie, jusqu’à ce qu’on les pique. C’est quand même pratique, dit Izzy, de ne pas avoir à être une demi-chose, un demi humain, un adolescent, quoi, qui a le cul entre deux chaises, tellement longtemps qu’il finit par ne plus rien comprendre.

Comme les spectateurs, la répétition m’ennuie.

Alors que les arbitres s’apprêtent à lancer ce quatrième combat, le dernier avant la fin de la journée, dans le bâtiment obscur, où il ne reste plus que neuf spectateurs, il y a comme un effet de boucle, ou du moins la suggestion d’une répétition un sillon circulaire, dans lequel le tournoi a inscrit son récit.

Les rôles de grand mère au cinéma.

Les rôles de mamie seront simples pour elle parce que les personnes âgées peuvent dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Comme les enfants et les fous, les grands-mères ne sont pas soumises au même norme que le reste de la société. Il leur est permis de porter le fond de leurs pensées en étendard.


Éditions aux forges du Vulcain, 424 pages, mai 2025

Traduit de l’anglais (États Unis) par Élisabeth L. Guillerm

 

Je maudis deux fois la jeune vendeuse de la FNAC de Dinard qui m’a fait acheter ce roman ! Deux fois car je cherchais un titre pour ma sœur, qui apprécie toujours de lire des aspects peu connus de la deuxième guerre mondiale, et qu’elle s’est beaucoup ennuyée à cette lecture, et une autre fois pour moi qui s’est encore plus ennuyée qu’elle.

J’ai au moins revisité le mythe de Cassandre, qui comme la mythologie nous l’apprend est affublée de ce curieux pouvoir de prédire la vérité mais que personne ne veut entendre et qui se rend malade à force d’annoncer des malheurs qui n’intéressent personne.

Mildred Groves a ce don et elle est embauchée dans une énorme base américaine en 1940 à Handford , où tout le monde contribue à mettre au point un mystérieux produit . Elle est envahie par ses visions et voudrait arrêter le processus inévitable qui mettrait fin à l’humanité. On n’apprend rien ou presque sur cette base et il faut désespérément se raccrocher aux divagations de Mildred pour avancer dans le roman.

J’essaie de vous raconter mais je n’y arrive pas tant ce roman m’est tombé des mains. Il faudrait sans doute que j’évoque les rapports hommes femmes et le mépris pour les compétences féminines, sans oublier la destruction, et pour longtemps, de la nature autour de la base .. mais tout ce qui me reste c’est une impression d’avoir raté mon cadeau avec un livre sans intérêt.

Extraits

Début .

 J’étais à la merci de l’homme assis derrière le bureau. Il fallait qu’ils voie mon avenir aussi clairement que moi. Il leva quatre doigts roses, son annulaire orné d’une grosse alliance dorée, et énuméra les les qualités de la femme active idéale :
– Chaste. Volontaire. Intelligente. Silencieuse.
 J’avalais ses mots et me forçaient à les intégrer dans ma chair et dans mon sang. Je croisai mes chevilles et joignis mes genoux, me transformant en femme parfaite.

Les hommes.

 Les hommes nous remarquaient lorsque nous les approchions trop. Il levait la tête de leurs assiettes comme des pumas sentant une biche. Quand ils se tournaient et m’observaient avec leurs sourires de prédateurs, je trébuchais maladroitement où hâtais le pas, me disant qu’aucun n’était aussi cruel qu’ils le paraissaient, que leurs mères, leurs sœurs, leurs femmes leur manquaient sûrement. Certains vivaient sur le camp avec leur épouse et leurs enfants, d’autres étaient des hommes de famille intègres, je le savais, des chrétiens qui allaient à l’église du complexe tous les dimanches. C’était de la fascination, pas de la convoitise. Et s’il y en avait un qui me convoitait, qu’est-ce que cela pouvait faire ? N’était-il pas possible que sous cette attitude rugueuse se cache un mari doux et attentionné qui n’attendait que d’être percé à jour ? Les hommes réagissaient à ma nervosité comme s’il s’agissait d’une blessure ensanglantée. Ils me suivaient des yeux, certains que je serais une proie facile.

 

 


Éditions Acte Sud, 412 pages, février 2025

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Serge Chauvin.

Mais comme dirait l’autre, les neurones c’est comme l’amour, ça ne s’achète pas.

 

S’embarquer dans un roman de Richard Powers, c’est toujours un moment de lecture exigeant, je le savais depuis la lecture que je n’ai jamais oubliée  » Le temps où nous chantions » . L’auteur a besoin de temps pour installer son sujet mais aussi à l’image de la vie, de complexité , mais quand on se laisse prendre alors tout s’éclaire et on vogue avec lui sur tant de questions qui traversent notre actualité.

Ici, nous sommes avec trois voix, une est en italique , celle d’un homme immensément riche grâce aux nouvelles performances des technologies connectées, à chaque fois qu’il prend la parole le texte est en italique : Todd Keane est atteint d’une maladie dégénérative du cerveau et il raconte sa réussite dans le monde de l’intelligence artificielle, son enfance, son amitié avec Rafi un jeune noir surdoué et les ravages de sa maladie actuelle.

Rafi ce jeune noir a été élevé dans une famille qu’on dit aujourd’hui « dysfonctionnelle » : son père qui certainement était très intelligent pousse de façon violente son fils à dépasser tout le monde à l’école, ses parents se séparent et sa mère se remarie avec un homme qui la frappe et sera à l’origine de la mort de sa sœur. Rafi ne vivra que, par et pour, la littérature. Il rencontre Todd au lycée puis à l’université, leur amitié se renforce grâce à leur passion pour les jeux de stratégie, les échecs d’abord puis le jeu de Go. Il tombera amoureux d’une artiste extraordinaire polynésienne qui cherchera à l’aider à écrire sa thèse.

Je pense qu’un lecteur plus attentif que moi pourrait lire ce roman comme une illustration des différents coups du jeu de Go. Il se termine par un vote de pierres blanches et de pierres noires qui y fait beaucoup penser.

Il y a aussi une troisième voix très importante, celle de l’Océan, portée par une femme d’exception, Evie, plongeuse émérite qui est à la fois émerveillée par l’océan et effrayée par ce qui lui arrive aujourd’hui.

Tous se retrouvent à Makatea, île de la Polynésie française . Les compagnies minières française y ont exploité le phosphate sans se soucier du bien être de la population ni de la préservation de la nature.

Nous sommes donc au cœur de la littérature et de la poésie grâce à Rafi, au centre de la création de l’IA et toutes ses dérives avec Todd , bouleversés par les révélations sur le mal être de la planète, tout cela sur un petit rocher au milieu du Pacifique, avec une population qui a toujours accueilli les étrangers avec des colliers de fleurs, même ceux qui, comme les français en 1917 , ont exploité les hommes et les ressources naturelles de façon éhontées .

J’ai beaucoup aimé ce roman , mais j’ai vraiment eu du mal au début à m’immerger dans cette histoire : trop de personnages, trop de temporalités , comme je le disais au début, partir dans un roman de cet auteur c’est vraiment faire un effort de concentration que je n’ai pas réussi à faire au début. Mais le dernier tiers du roman, quand j’ai compris ou Richard Powers voulait m’embarquer, m’a complètement séduite.

Extraits.

Début.

Ina Aroita un descendit à la plage un samedi matin enquête de jolis matériaux. Elle emmena avec elle Hariti, sa fille de sept ans
 Elles laissèrent à la maison Afa et Rafi qui jouaient à même le sol avec des robots transformables. La plage n’était pas loin à pied de leur bungalow voisin du hameau de Moummu, sur la petite colline coincée entre falaises et mer de la côte est de l’île de Makatea dans l’archipel des Tuamotu, en Polynésie française, aussi loin de tout continent qu’une terre habitable pouvait l’être -une poignée de confettis verts, comme les français qualifiaient ces atolls, perdus dans un champ de bleu sans fin.

Un couple parental peu sympathique !

 Mais c’est un jeu de guerre ininterrompu entre eux deux qui a dominé toute mon enfance. Un tournoi mû par le désir autant que la haine, où chacun engageait ses superpouvoirs respectifs. Mon père : la force du maniaque. Ma mère : la ruse de l’opprimée. Enfant précoce je n’avais que quatre ans quand j’ai compris que mes parents étaient pris dans une lutte pour se faire mutuellement autant de mal que possible sans franchir la ligne fatale : juste infliger assez de pures souffrances pour produire cette excitation que seule la rage peut engendrer. Une sorte d’étranglement de l’âme, réciproque et masturbatoire, où les deux parties donnaient généreusement et recevait bienheureusement.

Le sexe et la religion.

 Il y a cent ans, les Makatéens avaient envers le sexe l’attitude la plus saine qui soit. C’était comme l’escalade, la course ou le bodysurf, mais pimenté d’amour. La possession n’était pas un enjeu. On ne pouvait pas plus posséder une personne qu’on ne pouvait posséder la terre, ou le ciel au-dessus de la terre, ou l’océan au-delà du rivage.
Et puis les « Popa’ā » étaient arrivés. Et à présent Didier se signait et s’agenouillait sur le prie-Dieu d’une des deux églises de l’île. Deux églises pour quatrz-vingt-deux habitants ! Une catholique, une mormone, et c’est dans la première que se trouvait le maire, la tête inclinée, priant les anges (parce qu’il n’osait pas croiser le regard de la Vierge Marie dont la perfection l’embarrassait) en disant  : » Ça reste de l’adultère n’est-ce pas ? même si ma femme est d’accord ? »
À sa grande stupéfaction, les anges répondirent :  » C’est de l’adultère de survie ».

Une femme dans un univers d’hommes.

 Evelyne Beaulieu entra à Duke en 1953 , première femme jamais admise en études océanographiques. Elle survécut à quatre ans de cours à Durham et à trois étés de travail de terrain en déployant des trésors de camouflage toujours plus inventifs. Elle dissimulait l’étendue de son expérience de plongeuse, s’abstenait de corriger de nombreuses erreurs de ses professeurs, et riait aux blagues de soudard de ses condisciples mâles. Ce n’était pas si difficile de se faire passer pour ce que les américains appelaient une « bonne camarade ».

En 1957 !

On était en l’an 1957. Pepsi proposait d’aider la ménagère moderne dans la lourde tâche de rester mince. Alcoa lançait un bouchon de bouteille que même une femme pouvait ouvrir « – sans couteau, sans tire-bouchon, sans même un mari ! »

Jusqu’à quand ?

Mais comme dirait l’autre, les neurones c’est comme l’amour, ça ne s’achète pas.

La révolution internet.

 On n’a rien vu venir. Ni Rafi, ni moi, ni personne. Prédire que les ordinateurs allaient envahir nos vies ? OK. Mais prévoir qu’ils allaient faire de nous des êtres différents ? Saisir dans toute son ampleur la conversion de nos cœurs et de nos âmes ? Même les plus éclairés de mes collègues programmant « RESI » ne pouvaient s’en douter. Bien sûr, ils prophétisaient les versions portatives de l’Encyclopédia Britannica, les téléconférences en temps réel, les assistants personnels qui pourraient vous apprendre à écrire mieux. Mais imaginer, Facebook, WhatsApp, TikTok, le bitcoin, QAnon, Alexa, Google Maps, Les publicités ciblées fondées sur des mots-clés espionné dans vos mails, les likes qu’on vérifie même aux toilettes publiques, le shopping qu’on peut faire tout nu, les jeux de farming abrutissants mais addictif qui bousillent tant de carrières, et tous les autres parasites neuronaux qui aujourd’hui m’empêchent de me rappeler comment c’était de réfléchir, de ressentir, d’exister à l’époque ? On était loin du compte.

 

 


Éditions Actes Sud, 258 pages, mars 2025.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard

 

Une déception pour cet auteur dont j’ai tant aimé « La Rivière » et un peu moins « La constellation du Chien » . Ce roman raconte l’enfance de Firth élevée par sa mère une traductrice de poètes Chinois anciens et qui s’est réfugiée avec sa fille de 6 ans dans une maison, à peine plus confortable qu’une cabane au bord d’un lac dans le Vermont. La narratrice est cette Firth maintenant adulte qui se souvient au gré des poèmes traduits ou écrits par sa mère de son enfance. Elle même attend un enfant et c’est ce qui la pousse à revenir sur son passé. Les revenus de cette étrange famille vient des pommes (d’où le titre) et la récolte du sirop d’érable. Sa mère se lie d’amitié avec une artiste locale Rose, qui gardera la petite fille au décès de sa mère.

Plusieurs fils tissent ce roman, celui auquel j’ai été le moins sensible : les poèmes de la poétesse chinoise des temps anciens, je n’ai pas pu déceler si c’est un personnage réel ou une création littéraire du romancier. J’ai trouvé les poèmes d’une platitude totale, mais je suis rarement sensible à la poésie traduite. Grâce au métier de sa mère on découvre une des raisons de leur installation dans cet endroit reculé. Hayley est une traductrice reconnue et encore célèbre dans le monde universitaire, elle accepte une invitation à un colloque et se fait descendre en flamme par la « féministe » de service qui trouve que cette poète chinoise de la dynastie des Tangs est l’incarnation de la soumission de la femme. Elle se promet de ne plus jamais répondre à aucune invitation. L’autre raison de cette fuite, elles le doivent au père de Firth, un homme qu’elles ont dû fuir car il était de venu violent à cause de la drogue.
Mais le thème principal c’est le retour vers la vie « naturelle » et l’amour qui lie cette mère à sa fille.

Adulte la fille aura du mal à aimer mais elle est enceinte d’un homme qui s’épile entièrement … vous vous demandez pourquoi je vous donne ce détail, la raison en est simple , je me suis demandé pourquoi l’auteur nous a donné ce détail.
C’est un roman « gentil » qui ne fait pas de mal mais que je n’ai pas trouvé très intéressant.

 

Extraits

 

Début

Début du prologue

 Le dossier se trouve dans un petit coffre en bois d’érable qui, pendant des années a servi de soc à une lampe dans l’angle de ma bibliothèque. Le coffre appartenait à ma mère. Hayley. Je me souviens que la boîte avec son assemblage à queue d’aronde contient d’autres souvenirs : le titre de propriété donne cabane dans le Vermont ; un ruban pour attacher les cheveux ainsi qu’un petit bouquet de fleurs de mariage en soie qui n’est pas celui de son mariage ; de la cire pour planches de surf ; un stylo plume ; un bracelet tout simple en jade. Un. petit rouleau de papier avec la silhouette d’un héron au milieu de bambous et quelques mots en chinois tracés à l’encre dans un coin.

Début du roman

 Ma mère faisait partie du mouvement des néoruraux. Elle avait cette idée : s’installer avec moi, sa fille de six ans , dans une cabane au milieu d’une pommeraie en déshérence à quelques kilomètres d’une large rivière du Vermont.

Le sirop d’érable.

La saison boueuse, mi-mars, qui est aussi la saison des sucres, quand les nuits sont glaciales et que les arbres font des bruits grinçants de vieux gonds, avant le dégel, avant que les ruisseaux ne grossissent, que la neige ne fonde et que la sève n’irrigue les érables. Comme nos voisins nous avons procédé à l’entaillage. Nous avons entrepris de récolter l’eau légèrement sucrée en accrochant des seaux aux troncs, à l’ancienne. Nos voisins, eux, utilisaient des tubulures en plastique courant d’un arbre à l’autre et formant une horrible toile 

Le féminisme totalitaire dans les universités américaines.

 – À l’heure du féminisme, pourquoi devrait-on lire d’anciens poèmes chinois qui mettent en avant le regard masculin ?
– Quoi ?
– Je sais a murmuré maman. J’étais abasourdie. J’ai répondu :  » Ils ne mettent pas en avant le regard masculin. Li Xue est une femme. À tous les égards. Ces poèmes sont écrits par une femme, l’une des plus grandes poétesses de la dynastie Tang. Elle a rétorqué :  » Bien sûr mais ne pensez-vous pas que malgré ses grands talents de styliste, elle ne fait que représenter et renforcer un fantasme masculin ? À savoir : se tenir à la fenêtre et pleurer en attendant que son homme rentre à la maison  ?  » Un truc comme ça je n’en revenais pas. Je voyais que tout ça était préparé que c’était le but de cet entretien elle m’a mené à cet endroit et vlan. »

Extrait du poème : Nuages noirs.

Les nuages noirs s’accumulent sur la montagne Tsu
Les vagues blanches déferlent sur la rivière. 
Une paire d’ailes de cormorans filent vers l’aval,
Font la course aux ténèbres. 
….