Édition « La belle étoile. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Aline Pavcoñ)

Quand j’ai compris que ce roman se situait au Liban , j’ai immé­dia­te­ment répondu à Babe­lio que j’avais très envie de le lire. Il a bien pour toile de fond ce pays qui m’est cher, avant la terrible crise écono­mique qui a réduit à la misère tous mes amis univer­si­taires. On sent dans ce roman à quel point ce pays est inca­pable de renaître de ses cendres, les feux dont il s’agit dans le titre sont ceux qui sont provo­qués par la popu­la­tion qui n’en peut plus de vivre dans les ordures jamais ramassées .
Les trois coquillages montrent ma décep­tion, je pensais connaître un peu mieux ce pays, en réalité je connais tout sur l’his­toire d’amour contra­riée de Mazna une jeune fille syrienne qui a un talent certain pour le théâtre mais qui n’ar­ri­vera pas à deve­nir actrice aux États-Unis car elle a suivi un homme dont elle n’était pas amou­reuse, Idris un jeune liba­nais qui vient d’une famille plus riche que la sienne. Mazna était folle­ment éprise de Zaka­ria un réfu­gié pales­ti­nien et ami presque frère d’Idriss. Zaka­ria est tué car il a lui-même tué des chré­tiens et Idriss et Mazna s’en­fuient. Ensemble ils auront trois enfants dont nous allons suivre le parcours.
l’aî­née, Ava cher­cheuse en biolo­gie et mère de deux enfants, est mariée à un améri­cain, son couple subit quelques turbu­lences. Marwan le fils préféré de sa mère, doit choi­sir entre une carrière de chan­teur ou la cuisine et sa vie avec sa fian­cée Harper, et enfin Najla homo­sexuelle et chan­teuse à succès qui est revenu vivre et faire carrière au Liban.

Ils se retrouvent tous à Beyrouth car Idriss a décidé de vendre la maison de sa famille. Ce sera l’oc­ca­sion de ravi­ver les souve­nirs que les parents préfèrent oublier. Il faut 420 pages à cette auteure pour faire émer­ger tous les secrets autour de Zaka­ria. Ma décep­tion vient de ce que histoire si clas­sique ne fait pas revivre le Liban, à cette nuance près que certaines déci­sions pouvaient entraî­ner la mort plus faci­le­ment qu’ailleurs. On sent aussi le poids des tradi­tions dans l’édu­ca­tion des filles et aussi la façon dont la proxi­mité de la mort et de la guerre fait que la jeunesse fonce dans tout ce qui peut lui faire oublier les dure­tés de la vie et à quel point elle peut être brève : on boit beau­coup, on fume sans cesse et toutes les drogues sont possibles et la musique est toujours à fond.

Donc, une décep­tion pour moi. Je lis sur la présen­ta­tion de cette écri­vaine qu » « Hala Alyan américo-pales­ti­nienne est clini­cienne spécia­li­sée dans les trau­ma­tismes, les addic­tions et l’in­ter­cul­tu­ra­lité ». Je crois que j’au­rais préféré que son roman se passe aux USA et qu’elle me fasse décou­vrir les diffi­cul­tés pour une jeune améri­cano-pales­ti­nienne d’as­su­mer deux cultures. Car, pour ce qui est du Liban, je n’ai vrai­ment rien appris et je ne l’ai pas senti vivre contrai­re­ment par exemple aux roman de Charif Majda­lani que j’aime tant.

Citations

C’est tellement vrai.

Ava se résigne à endu­rer le tour­billon de circon­vo­lu­tions mater­nelles. « Zwarib » est le mot qu’on emploie en arabe pour décrire ces tours et détours qui ne servent qu’à éviter d’abor­der le cœur du sujet. Sa sœur Naj appelle ça du terro­risme linguistique.

J’aime bien ce genre de voix.

Najla adorait la musique. Elle avait une voix hors du commun, rugueuse et guttu­rale légè­re­ment fausse, mais suffi­sam­ment hardi pour que personne ne sente soucie.

Explications des guerres libanaises par un metteur en scène de théâtre en 1972.

Les colo­ni­sa­teurs ont pesé, bien qu’in­di­rec­te­ment, dans toutes les déci­sions poli­tiques qui ont été prises depuis l’époque otto­mane. Chaque pays a son oppres­seur : les Britan­niques pour la Pales­tine, les Fran­çais pour le Liban. Les Occi­den­taux ont redes­siné les fron­tières. C’est la raison pour laquelle les rues de Beyrouth portent des noms fran­çais. Ce sont eux qui ont mis sur pied la struc­ture parle­men­taire qui distri­bue le pouvoir de manière injuste. C’est leur faute si les Pales­ti­nien sont arri­vés ici par milliers en 1948, puis en 1977. Je veux que vous gardiez à l’es­prit durant les répé­ti­tions, les plus grands crimi­nels de guerre sont toujours en coulisse, même s’ils sont à des conti­nents d’ici. 

Un autre point de vue .

Les gens n’ont pas besoin de prétexte pour se détes­ter. Nous sommes program­més pour blâmer les autres de notre malheur. et quand ton prêtre, ton imam ou Big Brother te fait croire que tout un tas de gens te détestent, tu prends rare­ment le temps de véri­fier s’il dit la vérité. 

Très possible.

Le feu passe au vert. Ava range son télé­phone, bien qu’elle doute de risquer une amende ici. Un jour, elle avait vu un homme conduire avec son fils sur les genoux. L’en­fant tenait un cendrier.


Édition Albin Michel. Traduit de l’amé­ri­cain par Sarah Gurcel

Je vais vous parler d’un roman qui a plombé tout mon été 2022, et pour­tant les quatre coquillages vous montrent que je vous en conseille la lecture. J’avais telle­ment aimé « le fils » du même auteur que je me suis lancée sans hési­ta­tion dans ce roman. Soute­nue par l’en­thou­siasme de Krol qui dit dans son commen­taire qu’elle aurait bien conti­nué 500 pages de plus !

Le sujet est inté­res­sant, mais vous l’avez certai­ne­ment déjà rencon­tré dans d’autres pavés améri­cain : la désin­dus­tria­li­sa­tion de ce ce grand pays – grand, autant par la taille que par les problèmes qu’il engendre et qu’il doit affron­ter- a laissé des régions entières sans emploi et dans une misère noire. Qui dit misère, dit problème de violence et ce roman le raconte très bien.

D’où viennent mes réserves ? D’abord du style de l’écri­vain, je recon­nais que, comme il veut écrire un roman choral il cherche à varier son style suivant les person­nages du drame. D’abord nous rencon­trons Isaac un être supé­rieu­re­ment intel­li­gent mais inadapté socia­le­ment. Ils font souvent des bons person­nages de films ou de séries ces gens quelque peu autistes à haut poten­tiel. Le style de l’écrivain devient haché car Isaac parle par phrases lapi­daires et est diffi­ci­le­ment compré­hen­sible. Ensuite nous serons avec Poe, l’abruti au grand cœur qui cogne avant de réflé­chir, il fera le malheur de Grace sa mère qui ne réflé­chit pas beau­coup non plus mais qui fera tout pour sauver son fils. La sœur d’Isaac, Lee, a fui cet endroit morti­fère en faisant de brillantes études à Yale, mais elle se sent coupable d’avoir aban­donné son frère qui doit s’occuper de son père Henry acci­denté du travail. Il me reste à vous parler de Harris le poli­cier amou­reux de Grace et qui va essayer de sauver Poe.

Voilà, vous les connais­sez tous main­te­nant et ces person­nages vont être pris dans un drame provo­qué par Isaac qui a décidé de fuir cet endroit en volant l’argent de son père. L’auteur fait parler les person­nages les uns après les autres et cela permet au lecteur de ne donner raison à personne. Ils ont tous leur part de respon­sa­bi­lité. Ils sont pris dans un engre­nage infer­nal dont le moteur prin­ci­pal est la misère, dans une région où plus rien ne marche ce n’est pas le meilleur de chaque homme qui est aux manettes.
Comme souvent pour les roman­ciers améri­cains, il faut à Philipp Meyer cinq cents pages pour nous racon­ter cette histoire. Il est vrai que la toile de fond du récit est bien rendu : dans une très belle nature qui peu à peu reprend ses droits, les hommes qui l’ont telle­ment abîmée par une indus­tria­li­sa­tion inten­sive sont aujourd’hui les victimes et non plus les maîtres. Ils ont perdu leur pouvoir et semblent bien peu de chose. C’est un récit impla­cable donc plom­bant pour le moral et ce n’est pas la fin, dont hélas je ne peux rien dire ici, qui sauvera l’im­pres­sion de l’énorme gâchis qui ressort de cette lecture si éprouvante.

Citations

L’usine désaffectée :

Vertes collines ondoyantes, lacets de rivière boueuse, éten­dues de forêts que seules déchi­raient la ville de Buel et son acié­rie, une petite ville en elle-même avant qu’elle ne ferme en 1987 et soit partiel­le­ment déman­te­lée dix ans plus tard ; elle se dres­sait main­te­nant telle une ruine antique, enva­hie d’herbe aux cent nœuds, et de célastre grim­pant et d’ai­lantes glanduleux.

La fin d’un monde.

Pendant un siècle, la vallée de la Monon­ga­hela River, que tout le monde appe­lait la Mo et qui avait été la plus grosse régions produc­trice d’acier du pays, même du monde en fait, mais le temps qu’I­saac et Poe gran­dissent, cent cinquante mille emploi avait disparu et nombre de villes n’avaient plus les moyens d’as­su­rer les services publics de base ‑la police notam­ment. comme la sœur d’Isaac l’avait dit un ami de fac « la moitié des gens se sont tour­nées vers et services sociaux, les autres sont rede­ve­nus chas­seurs-cueilleurs ». Une exagé­ra­tion, mais pas tant que ça.

Un pays qui va mal.

Il ne voyait comment le pays pouvait survivre à long-terme, la stabi­lité sociale repose sur la stabi­lité de l’emploi, c’est aussi simple que ça. La police ne pouvait pas résoudre ce genre de problèmes. Les gens qui avaient des retraites et des mutuelles, on les voyait rare­ment voler leurs voisins, battre leur femme ou se cuisi­ner de la meth dans leur cabane de jardin. Et pour­tant, c’était toujours la faute des flics ‑comme s’ils avaient les moyens d’empêcher toute une société de s’ef­fon­drer. La police doit faire preuve de plus d’agres­si­vité, disaient les gens ‑jusqu’au jour où vous pinciez leurs fils en train de voler une voiture et que vous lui tordiez un peu violem­ment le bras : la, vous étiez un monstre et un viola­teur des liber­tés publiques. Les gens voulaient des réponses simples, mais elles n’exis­taient pas. Faites en sorte que vos enfants ne sèchent pas les cours. Priez pour que des compa­gnies biomé­di­cales viennent s’ins­tal­ler par ici.

Différence USA/​France.

Il y avait là, dans cette propen­sion à se consi­dé­rer comme respon­sable de sa propre malchance, quelque chose de typi­que­ment améri­cain : une réti­cence à admettre que l’exis­tence puissent être affec­tée par des forces sociales, et une tendance à rame­ner les problèmes plus géné­raux aux compor­te­ments indi­vi­duels. Néga­tif peu ragoû­tant du rêve améri­cain. En France, se dit-elle, les gens auraient para­lysé le pays. Ils auraient empê­ché les usines de fermer.

Éditions Les Escales. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Caro­line Bouet.

Titre origi­nal Friends and Stangers
550 pages … encore un gros pavé améri­cain qu’un bon écri­vain fran­çais écri­rait en une centaine de page. J’ai hâte que les cours d’écri­ture des univer­si­tés améri­caines aident les futurs auteurs à synthé­ti­ser ce qu’ils ont à nous dire..
Ceci dit, le sujet est inté­res­sant deux femmes vont s’ap­pré­cier l’une (Sam) est étudiante et a un peu plus de vingt ans, l’autre (Élisa­beth) est une femme de quarante ans écri­vaine, elle a connu un grand succès avec un premier roman. Elle vient d’avoir un bébé et voudrait pouvoir avoir du temps pour se remettre à écrire. Pour cela, elle va embau­cher Sam comme baby-sitter.
Les deux vont deve­nir « amies » alors que beau­coup de choses les opposent : l’âge d’abord et leur milieu d’ori­gine : Elisa­beth vient d’une famille désunie mais très très riche, Sam vient d’une famille unie mais de reve­nus modestes.
Le roman explore avec lenteur où se logent les diffé­rences dues à l’argent.
Au bas de l’échelle les employées mexi­caines qui font la cuisine et le ménage à qui l’on retire peu à peu les rares avan­tages que leur métier leur avait offert (couver­ture médi­cale, emploi stable).
Un peu moins victime de la dureté de la vie aux USA les améri­cains moyens qui ont fait des erreurs d’adap­ta­tion face au monde connecté.
George le père du mari d’Éli­sa­beth qui avait une petite compa­gnie de taxi et qui sera ruiné par l’ar­ri­vée d’Uber.
Les parents de Sam ne peuvent empê­cher que leur fille s’en­dette pour pouvoir faire des études.
Très au-dessus il y a les amies de Sam dont les parents payent les frais de l’uni­ver­sité et trouvent des stages inté­res­sants pour leur fille. Et le père d’Éli­sa­beth dont la fortune semble ne pas avoir de limites.
Les deux femmes s’en­tendent bien et le petit bébé Gill (Gilbert) profite de l’amour de ses deux femmes. Mais l’une et l’autre vont inter­ve­nir de façon fort maladroite dans la vie d’au­trui. L’in­ter­ven­tion de Sam s’avé­rera catas­tro­phique pour les employées qu’elle voulait défendre. Celle d’Éli­sa­beth sera béné­fique pour Sam sur le plan profes­sion­nel. Moins sur le plan sentimental.
Grâce au person­nage de George qui milite pour montrer que l’Amé­rique fonc­tionne comme « un arbre creux », le roman aborde tout ce qui va mal dans cette société. Par cette image il veut faire comprendre que comme un arbre qui semble splen­dide en fait ce pays a sacri­fié sa classe moyenne et s’ef­fon­drera un jour. Il cherche à moti­ver les gens pour qu’ils prennent conscience qu’ils ne sont pas respon­sables indi­vi­duel­le­ment de ce qui leur arrive mais qu’ils sont victimes d’un système injuste qu’ils contri­buent eux mêmes à alimen­ter. Si lui a fait faillite avec sa compa­gnie de taxis c’est parce qu’U­ber a sous payé des hommes pour utili­ser des voitures de moindre qualité et ne leur a donné aucun avan­tage social. Pas de couver­ture mala­die pas de retraite …
C’est évidem­ment pire quand il s’agit de mexi­cains sans papier.
Il faut hélas (pour moi) lire tout cela à travers les méandres de la pensée d’Éli­sa­beth qui peut se permettre de déchi­rer le chèque de trois cent mille dollars de son père car celui-ci trompe sa mère allè­gre­ment. Les diffi­cul­tés post nais­sance de cette femme sont telle­ment puériles : l’al­lai­te­ment, les forums de ses anciennes amies de Brook­lin, les embryons conge­lés pour l’éven­tuelle deuxième five, sa diffi­culté à trou­ver l’ins­pi­ra­tion pour un deuxième roman, aucun de ses sujets ne m’a vrai­ment inté­res­sée. Pas plus que les amours de Sam, et ses diffi­cul­tés à jongler entre une amie cuisi­nière et les étudiantes friquées, deux mondes que tout sépare elle sera bien la seule à croire que l’on peut les réunir. Et que dire de ce bébé qui se résume à des joues rebon­dies et des bouclettes. Qui, oh surprise ! ne dort pas la nuit et fait ses dents. Il est au centre du roman mais ne prend jamais vie.
Quant au mari et son inven­tion de barbe­cue solaire c’est juste une image posi­tive sans intérêt.
Bref un roman clas­sique que j’ai lu atten­ti­ve­ment dont le seul inté­rêt réside dans la diffi­culté de la classe moyenne à s’adap­ter au monde connecté qui détruit les valeurs des soli­da­ri­tés humaines améri­caines qui les unis­saient auparavant.

Citations

Chater avec ses amies

Elles ne se parlaient jamais de vive voix il n’y avait ni bonjour ni au revoir, juste une conver­sa­tion en cours qu’elle repre­nait et arrê­tait plusieurs fois dans une même jour­née. Si sa meilleure amie lui télé­pho­nait, cela signi­fiait soit que quel­qu’un était mort, soit, à l’époque où elles habi­taient toutes les d’eux à Brook­lyn qu’elle s’était enfer­mée dehors.

Les épouses dévouée

Le cours de l’his­toire était émaillé de récits de femmes épau­lant des hommes qui se lançaient dans des « aven­tures ». Leur foi, la bonne volonté avec laquelle elles accep­taient de vivre sans jamais prendre de congés, sans remise à neuf de leur maison ni soirée en amou­reux, tout cela au service de la Grande Idée, étaient récom­pen­sées à terme. La femme qui croyait finis­sait plus riche que dans ses rêves les plus fous, et se consa­crait alors à des acti­vi­tés qu’elle prati­quait en dilet­tante, comme par exemple diri­ger une asso­cia­tion cari­ta­tive éponyme, ou bien s’ache­ter la petite librai­rie de son lieu de villé­gia­ture préféré. 
Le cri de guerre du grand homme : » Rien de tout cela n’au­rait été possible sans elle. »

Cela est très bien vu.

Dimanche, avec mon groupe de discus­sion, il y a eu une inter­ven­tion de Hal Dona­hue, le proprié­taire du maga­sin de chaus­sures du centre ville. Après soixante années d’ac­ti­vi­tés, ils mettent la clé sous la porte. Il nous a expli­qué qu’il y a quelque temps, des clients se sont mis à venir dans son maga­sin pour essayer trois ou quatre paires de chaus­sures pour eux et leurs enfants et ensuite, sous ses yeux, ils allaient regar­der sur leur télé­phone, s’ils pouvaient les trou­ver pour moins cher en ligne. Vous savez ce que Hal a dit ? il a dit : « Je leur souhaite bonne chance. Est ce qu’A­ma­zon va finan­cer l’équipe junior de base­ball ou un char pour le quatre juillet ? »

Humour.

Vous n’ima­gi­nez pas le nombre de grands-mères qui meurent le jour de remise d’un devoir. À ma connais­sance, avec les partiels, c’est la prin­ci­pale cause de décès chez les grands- parents.

Les différences sociales.

Isabella avait décro­ché son stage que parce qu’un ami de son père s’en était mêlé. Quand Lexi leur avait parlé de ses propo­si­tions d’emploi et qu’elles l’avaient féli­ci­tée, elle avait dit :
- Ma tante est agente litté­raire, et pas des moindres. Elle a rendu un service c’est tout.
Tant de cama­rades de Sam avait fait des stages non rému­né­rés au cours de l’été pendant qu’elle travaillait pour pouvoir payer ses frais de scolarité. 
Pour­tant, bizar­re­ment, jusqu’à présent Sam n’avait pas compris que la richesse n’était pas unique­ment une ques­tion d’argent mais aussi une histoire d’opportunités.


Éditions Livre de poches. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Pierre Brévignon

Cette fois, c’est un merci sans aucune réserve que j’adresse à Krol qui m’a fait décou­vrir ce recueil de nouvelles, qui avait aussi bien plu à Aifelle et à bien d’autres blogueuses. La construc­tion de ce recueil est inté­res­sante, car s’il s’agit de treize nouvelles qui se passent toutes à Crosby, une petite ville sur la côte du Maine, le person­nage prin­ci­pal, Olive Kitte­ridge, une grande femme au fichu carac­tère est présente dans toutes les nouvelles sans toujours être le person­nage prin­ci­pal, loin de là. Donc, on finit par connaître à la fois le lieu mais aussi les diffé­rents person­nages de la petite ville et nous évoluons avec eux en lais­sant passer les années, à peu près une tren­taine d’années.

Olive a un fils Chris­to­pher qui aura besoin d’une psycho­thé­ra­pie assez longue pour comprendre qu’il peut vivre et aimer sa mère sans en avoir peur. Car, oui, Olive a fait peur à de nombreuses personnes, à ses élèves quand elle était profes­seure de mathé­ma­tiques au collège de Crosby et à bien d’autres habi­tants. Mais pas à Henry son mari qui lui n’était que gentillesse et qui était aimable avec tout le monde. Dans une des nouvelles une femme se demande comment il fait pour la suppor­ter et une autre lui répond mais parce qu’il l’aime.
Il est beau­coup ques­tion d’amour dans ces nouvelles et cela jusqu’à la dernière page où le coeur d’Olive va s’ou­vrir pour un « abruti » de républicain !

Toute une Amérique défile devant nous yeux et pour une fois ça n’est ni glauque ni violent, pour autant ce n’est pas un monde à l’eau de rose en réalité c’est une plon­gée dans la vraie vie et c’est incroya­ble­ment sensible et même passion­nant alors que le plus souvent il ne se passe pas grand chose : juste la vie, d’êtres normaux dans une petite ville améri­caine mais c’est raconté avec un talent qui m’a séduite à mon tour.

Citations

L’enterrement après l’accident de chasse.

À la fin de la céré­mo­nie, six jeunes hommes portèrent le cercueil le long de l’al­lée centrale. Olive donna un coup de coude à Henry, et ce dernier hocha la tête. L’un des porteurs – parmi les dernier- avait un visage si blanc, une expres­sion si acca­blée qu’Henry crai­gnait qu’il lâche le cercueil. C’était Tony Kuzio qui, quelques jours plus tôt, ayant pris Henry Thibo­deau pour un cerf dans la pénombre du petit matin, avait pressé la détente et tué son meilleur ami.

Portrait de la mère du marié .

La robe d’Olive ‑un élément impor­tant de cette jour­née, natu­rel­le­ment, puis­qu’elle est la mère du marié- est taillée dans une mous­se­line vapo­reuse verte impri­mée de motifs de géra­niums d’un rose tirant sur le rouge. En s’al­lon­geant, Olive prend bien garde de ne pas la frois­ser et la dispose de façon à préser­ver sa décence si quel­qu’un venait à entrer. Olive est une grosse femme. elle en a parfai­te­ment conscience mais comme elle n’a pas toujours été aussi grosse, elle doit encore se faire à cette idée. Certes, elle a toujours été grande et c’est souvent sentie pataude, mais le fait d » »être grosse » est venu avec l’âge. Ses chevilles ont gonflé, ses épaules ont enflé jusqu’à faire des plis derrière son cou, et elle a désor­mais des poignées et des mains d’homme. Ça prèoc­cupe Olive ‑bien sûr bien que ça la préoc­cupe. Parfois, en privé, ça la préoc­cupe même terri­ble­ment. Mais à ce stade de la vie, elle n’est pas prête à se priver du récon­fort de la nour­ri­ture, et tant pis si, en cet instant, elle ressemble à un phoque gras et assoupi enve­loppé dans une sorte de bandages en gaze.

Propos à la sortie de la messe : Olive cherche à ne pas dire ce qu’elle pense.

À côté d’Olive Kitte­rige, atten­dant elle aussi comme tout le monde. Molly Collins vient juste­ment de se retour­ner pour regar­der l’épi­ce­rie. Elle soupire. 
« Une femme si gentille. Ça n’est pas juste. »
Olive Kitte­ridhe, dont la robuste char­pente dépasse d’une tête Molly­Col­lins, prends ses lunettes de soleil dans son sac à main et, une fois qu’elle les a enfi­lées, plisse les paupières et jette un regard sévère à cette femme qui vient de profé­rer une telle bêtise. Quelle idée stupide, de penser que la vie pouvait être juste. Mais elle répond tout de même « c’est une femme gentille, c’est vrai « en se tour­nant pour admi­rer le forsy­thia près de la salle des fêtes.

Olive et ses belles filles .

Olive pris la déci­sion d’ac­cep­ter tout en bloc. La première fois, il avait épousé une femme méchante et auto­ri­taire, cette fois elle était gentille et Idiote. Bah, ça ne la regar­dait pas, après tout. C’était la vie de son fils.


Édition 1018 traduit de l’an­glais (Irlande) par Marie-Claude Peugeot

Dans les commen­taires de « Route One » Domi­nique disait que ce roman lui rappe­lait « Les saisons de la nuit ». Je pensais trou­ver un billet sur son blog mais rien . Peu importe, j’ai lu avec grand inté­rêt ce roman (grâce à elle) qui, en partie, raconte la construc­tion du métro de New York en 1916. Mais c’est aussi un roman qui raconte la vie des exclus aujourd’­hui qui trouvent dans le métro le moyen de survivre. Un person­nage en parti­cu­lier qui est un véri­table acro­bate et qui a trouvé un lieu inac­ces­sible au commun des mortels car il faut esca­la­der des poutres au dessus des voies ferrés
Bien sûr ces deux histoires vont se rejoindre, car cet homme, Tree­frog, complè­te­ment détruit et qui s’au­to­mu­tile sans cesse , s’ap­pelle en vérité Clarence-Nathan Walter et est le petit fils d’un des construc­teurs du métro. Cela on le sait petit à petit, mais ne vous inquié­tez pas , je ne divul­gâche pas la fin qui est étonnante.

la base du roman se fonde sur un acci­dent (réel ?) quatre hommes creu­saient sous la rivière de l’Hud­son quand tout à coup trois d’entre eux ont été aspi­rés par l’eau et sont sortis au dessus d’un geyser dans la rivière de l’Hud­son. Hélas, le quatrième est mort ense­veli dans la boue de la rivière. Walter un travailleur noir va régu­liè­re­ment voir la veuve de cet ouvrier et il élève sa fille. Quelques années plus tard, les deux person­nages vont s’ai­mer et se marier. Cela nous vaut des passages boule­ver­sant sur le racisme au États-Unis et la diffi­culté de vivre un couple mixte et encore, à New York, ils ne sont « que » victime du racisme dans le Sud ils auraient été tués. Comme le sera son fils Clarence qui a eu le malheur de vouloir décou­vrir la région natale de son père.

Son petit fils ne connaît pas le vertige donc il travaillera à la construc­tion des buil­dings, on retrouve « Ciel d’Acier » de Michel Moutot mais ce n’est qu’une petite partie du roman , la partie la plus heureuse car le petit fils est amou­reux de sa femme très agréable et a une petite fille qu’il adore, ensemble ils font au vieux Walter une fin de vie souriante malgré les souf­frances que celui-ci éprouvent à cause des travaux trop durs qu’il a effec­tués dans sa jeunesse. Hélas, un drame dont je ne dirai rien, va boule­ver­ser ce fragile moment de bonheur. On retrouve le person­nage dans la lutte pour la vie dans ce qui est certai­ne­ment le pire endroit sur terre pour survivre : les tunnels du métro de New York avec sa faune d’al­coo­liques drogués hyper violente.

C’est un roman très riche, centré sur le métro : sa construc­tion et la popu­la­tion qui aujourd’­hui y trouve refuge. Les person­nages sont atta­chants même lors­qu’ils sont complè­te­ment détruits par le malheur et ce qui va avec : l’al­cool, la drogue, la soli­tude. Merci à Domi­nique pour cette tenta­tion de lecture qui complète très bien les deux romans de Michel Moutot.

Citations

La démocratie dans le travail.

Walker gagne la première partie, et Power donne au jeune noir une tape sur l’épaule.
- « Dis-donc, noiraud, tu t’es vu ? le roi de pique ! » mais Walker ne le prends pas mal. Il sait qu’ici sous le fleuve, on est en démo­cra­tie. Dans l’obs­cu­rité, tout le monde a le sang de la même couleur ‑ritals, nègres, polaks où rouquins irlan­dais c’est du pareil au même- alors il se contente de rire virgule empoche ce qu’il vient de gagner, et fait une deuxième donne.

Mariage mixte en 1930 à New York.

Une série de briques leur arrive par la fenêtre de la chambre, lais­sant des éclats de verre sur le plan­cher et ils n’ont plus qu’à coller une feuille de plas­tique qui claque au vent. Une de ces briques est enve­lop­pée dans un papier qui dit : INTERDIT AUX PINGOUISNS . Sur un autre, on peut lire : ARLEQUINS DEHORS. sur une troi­sième simple­ment : NON
William paie les dégâts et loue un autre loge­ment, ou dessus hors de portée des pierres et des cailloux lancés de la rue. Il sait qu’ailleurs, ce serait bien pire, dans d’autres parties de la ville, ils seraient déjà morts. Il a l’im­pres­sion de s’être exilé dans les airs, mais cet exil est une sécu­rité pour Eleanore. 

Toujours le racisme.

Deux soirs par mois, la diseuse de bonne aven­ture garde les petits, et Elea­nore va rejoindre Walker au Loews sur la Septieme avenue, un cinéma pour gens de couleur. Il arrive en avance ‑après avoir pointé à la sortie de son travail- , et Elea­nore descend discrè­te­ment le retrou­ver dans la salle. Quand elle arrive au bon grand, elle pose le doigt sur les lèvres d’un vieux Noir, qui la regarde passer devant lui avec éton­ne­ment. Il lui touche la main en souriant : « Allez‑y m’dame. »
Elle lui rend son sourire et se fraie un chemin jusqu’à son époux. 
L’obs­cu­rité et les dérobe aux regards bien que mariés, ils vivent une histoire d’amour illicite.

Le désespoir d’un père dont des policiers ont tué le fils.

Par un jour de semaine blafard, il enterre Clarence, aux côtés d’Ela­nore, dans un cime­tière du Bronx. 
Ses filles et Louisa sont derrière lui. Il s’age­nouille devant la tombe, mais ne dit aucune prière. À présent, les prières, ne sont plus pour lui que paroles atones – suppli­ca­tions inutiles qui, à peine pronon­cées et sorties de la gorge, retombent dans l’es­to­mac. De la régur­gi­ta­tion spiri­tuelle. Il ne veut pas voir les fossoyeur qui sont là, gras et satis­faits, au dessus du trou qu’ils viennent de creu­ser. Il saisit une pelle, jette une première motte de terre sur le cercueil de son fils. Il fait un pas en arrière, prend ses filles dans ses bras, ils rejoignent ensemble la voiture qui les attend.

Édition Acte Sud Babel, Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Céline Leroy

Quand j’ai fait paraître mon billet sur « la rivière » de Peter Heller plusieurs d’entre vous (le Bouqui­neur Kathel ) dans les commen­taires ont parlé de ce livre comme un chef d’œuvre bien supé­rieur à « La rivière ».

Ce n’est pas du tout mon avis, mais je le dis tout de suite j’ai peu de goût pour les livres ou les films d’an­ti­ci­pa­tion de catas­trophes. Il faut dire que cette catas­trophe décrite en 2013 (pour la traduc­tion) rappelle étran­ge­ment le virus du Covid trop célèbre aujourd’­hui. Le roman commence neuf ans après la « fin de Toute Chose », l’ori­gi­na­lité du roman, c’est de ne pas être dans un déve­lop­pe­ment chro­no­lo­gique, donc nous n’ap­pren­drons qu’à la moitié du récit que le monde a été détruit par un terrible virus qui combine celui de la grippe avec celui de la grippe aviaire. C’est un virus extrê­me­ment conta­gieux et mortel à 99,9 pour cent. L’ori­gine à été attri­buée à l’Inde mais la vérité est que ce virus vient d’un labo­ra­toire et à été répandu à cause d’un acci­dent d’avion.
Le roman raconte les rapports entre les humains après une catas­trophe aussi terrible. Les deux hommes Hig et Bangley ont réussi à sécu­ri­ser un terri­toire autour d’un aéro­port qu’ils protègent le mieux qu’ils peuvent. Et comme Bangley est un excellent soldat et Hig un pilote remar­quable, ils peuvent repous­ser toutes les attaques de gens qui ne veulent que leur mort. Il y a aussi un petit groupe de reli­gieux menno­nites qui ne sont pas atta­qués par les préda­teurs car ils sont atteints d’une mala­die du sang mortelle et contagieuse.
Tout le roman repose sur cette extrême violence qui vient de l’ex­té­rieur, tous les autres humains n’ont qu’une idée en tête : assas­si­ner nos deux héros. Le pour­quoi de cette haine violente n’est jamais expliquée.
La deuxième partie du roman se passe après la mort du chien de Hig. Comme dans tant de film améri­cain la mort du chien fidèle est ressen­tie comme un si grand drame que cela change tout pour Hig qui va partir de son aéro­port sécu­risé à la recherche d’une autre histoire. Il va rencon­trer une femme et son père qui avaient réussi à survivre dans un vallon bien protégé avec du bétail.
Ensemble, ils revien­dront dans l’aé­ro­port retrou­ve­ront Bangley bien mal en point .
La fin montre un renou­veau possible. Les familles menno­nites vont sans doute survivre et des avions qui survolent l’aé­ro­port prouvent que la vie normale a peut être redé­marré ailleurs.
Le style de l’écri­vain est assez parti­cu­lier. Le roman est une succes­sion de petits chapitres et l’au­teur ne nous explique rien qui ne relève pas du vécu actuel des personnages.
Outre l’ex­trême violence du récit, ce que je trouve très gênant c’est de ne pas comprendre pour­quoi tous les hommes ne cherchent qu’à se tuer les uns et les autres sauf nos deux héros.
La nature en danger est sans doute le thème le plus impor­tant du roman. Comme dans « La rivière » l’au­teur qui adore les grands espaces natu­rels les voit détruits chaque année par des incen­dies de plus en plus violents. C’est sans doute cela qui l’a poussé à écrire ce roman que vous êtes plusieurs à avoir tant apprécié.
Bref un roman qui donne pas le moral mais qui va plaire aux lecteurs très nombreux qui aiment ce genre de récit d’an­ti­ci­pa­tion-catas­trophe. Je me demande pour­quoi les améri­cains sont les grands spécia­listes du genre, cela doit être le reflet de leur mauvaise conscience face à leur façon de maltrai­ter leur pays et même la planète.

Citations

Quand on commence à comprendre ce qui s’est passé

Je ne veux pas perdre le compte : ça fait neuf ans. La grippe a tué presque tout le monde, puis la mala­die du sang a pris le relais. Dans l’en­semble, ceux qui restent sont du genre pas gentils, c’est pour ça qu’on vit dans la plaine, pour ça que je patrouille tous les jours.

Réflexions face à la solitude

La famine. Qui consume aussi lente­ment que le feu sur du bois humide. Fragi­lise les os, des sacs d’os ambu­lants, puis l « un meurt, puis l’autre. Ou peut-être qu’il vaut mieux être atta­qué par des indigènes
Qu’est-ce qui te manque le plus ? La foule babillant et sans visage, la célé­brité, les fêtes, l’ex­plo­sion des flash ? Les amants, la gaieté, le cham­pagne ? La soli­tude taillée dans la célé­brité, L’étude des cartes à la lumière d’une unique lampe sur un vaste bureau dans un hôtel véné­rable ? Le room service, le café avant l’aube, la compa­gnie d’un ami, de deux ? le choix : tout ou rien ? Un peu ou rien ? Main­te­nant, pas main­te­nant, peut-être plus tard ?

L’aspect hilarant ? (dont parle la quatrième de couverture et que j’ai eu du mal à trouver)

C’est fou à quel point le fait de ne pas devoir tuer quel­qu’un simpli­fie la rela­tion, en géné­ral. Même si papy a bien essayé de me tuer, moi. Bon. Passons l’éponge. Toujours est-il que je pouvais marcher jusque chez eux, les buter ou pas, et ça c’est une libération.


Édition Phébus. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Natha­lie Bru

Ce roman m’a été offert car j’avais bien aimé « Dans la Forêt » de la même auteure. J’ai plus de réserves sur celui-ci qui connaît cepen­dant un beau succès sur la blogo­sphère . J’ai eu un plai­sir certain à décou­vrir les destins croi­sés de Cerise et Anna. Ces deux femmes ont, au même âge, avorté pour Anna, eu un bébé pour Cerise. Nous retrou­vons ces deux femmes à d’autres moments clés de leur vie. Cerise éprou­vera pour sa fille Mélody un amour si fort qu’elle pensait que rien ne pour­rait briser leur entente fusion­nelle. Anna se réali­sera comme photo­graphe auprès d’un homme atten­tif avec qui elle aura deux enfants. Elle cachera à tous son avor­te­ment et pense mener sa vie sans que cela prenne trop de place.

Pour Cerise la vie est faite de toutes les diffi­cul­tés d’une mère céli­ba­taire pour qui la survie est toujours remise en cause par le moindre problème, et elle va les accu­mu­ler, les problèmes ( un peu trop à mon goût). Cela nous vaut l’habituel plon­gée dans le monde des exclus de la pros­pé­rité américaine.
Avec Anna nous parta­geons la vie d’une femme qui se demande si sa voca­tion d’artiste vaut la peine de bous­cu­ler sa famille en parti­cu­lier ses deux petites filles.

A travers des rebon­dis­se­ments tragiques pour Cerise, plan galère pour Anna, ses deux femmes se retrou­ve­ront et permet­tront à l’une comme à l’autre un nouveau départ dans leur vie.

J’ai retrouvé les longueurs habi­tuelles pour ce genre de roman améri­cain, plus de six cent pages ! Je peux parfois avoir plai­sir à rester long­temps avec des person­nages et des lieux mais dans ce roman je me suis trou­vée avec des person­na­li­tés figées dans des atti­tudes et des situa­tions qui me semblaient plus proches de la démons­tra­tion ou du cliché que de personnes réelles. La révolte de Mélody à l’adolescence telle­ment trai­tée dans tous les romans, séries et films améri­cains est un grand clas­sique. Ainsi que la misère de ceux qui en sont réduits à vivre dans un mobile-home comme Cerise avant d’être réduite à dormir dans la rue après le tragique incen­die dans lequel son bébé trou­vera la mort.
De l’autre côté la diffi­culté à être une bonne mère quand on veut se réali­ser à travers son travail artis­tique et permettre à son mari de trou­ver un job à la hauteur de ses ambi­tions intel­lec­tuelles est un sujet inté­res­sant mais déjà traité dans bien des romans.Voilà ma réserve prin­ci­pale, je n’ai pas réussi à croire aux deux person­nages de femmes. Je ne voudrais pas que mon opinion l’emporte sur votre envie de lire ce roman qui reçoit des éloges en grande partie mérités .

Citations

L’œil de la photographe

Bien avant d’avoir tenu un appa­reil photo entre les mains, elle s’était aper­çue que, juste en regar­dant un objet ordi­naire, elle pouvait le trans­for­mer en quelque chose de rare et d’étrange. Cette sensa­tion que les autres enfants obte­naient en tour­nant sur eux-mêmes ou en se lais­sant rouler dans la pente des collines, elle l’éprou­vait en scru­tant de toutes ses forces le robi­net en laiton du mur laté­ral, ou le moineau qui sautillait sur la terre polie en dessous des balan­çoires, au point bien­tôt de ne plus voir que le lustre de l’usure sur le bec du robi­net ou l’étin­celle dans l’œil du moineau.

Remarque de la mère des dessins de Cerise à propos de son père.

- Je ne sais pas du tout d’où tu tiens ça, pas de moi, en tout cas, ça c’est sûr, ni de ton père, disaient-elles avant d’en­chaî­ner, pleine d’amer­tume : Ton père n’était même pas fichu de se dessi­ner un avenir.

Dieu

Parfois, elle essayait de prier, comme Sylvia et Jon le lui avaient conseillé. Mais des réponses qui lui venaient quand elle tentait d’adres­ser ses réflexions à Dieu pour qu’il lui serve de guide ne ressem­blaient jamais à ce qui aurait plu à Sylvia et à Jon, si bien que Cerise se disait qu’elle s’y prenait mal, que ses prières passaient sans doute à côté de Dieu sans l’at­teindre, comme quand elle compo­sait un faux numéro et se retrou­vait avec un inconnu au bout du fil.

Tellement vrai

Personne n’a le choix, ajouta douce­ment sa grand-mère. on se dit toujours, « je ne pour­rais pas le suppor­ter », mais quand ça arrive, on voit que c’est la seule option possible : supporter.

Des femmes dans le malheur

Parfois les femmes pleu­raient, et les larmes qui coulaient sur leurs joues fati­guées jusqu’à leur de menton trem­blant parais­saient minus­cules compa­rées à leur ocean de souf­frances. Cerise trou­vait une sorte de récon­fort dans leur histoire et dans ces larmes ‑pas par ce qu’elle aimait voir toujours plus de souf­frances, mais parce que la souf­france était la vrai condi­tions des humains. C’était logique que les gens souffrent, logique que rien n’aille bien très long­temps. En regar­dant les autres femmes se rassem­bler autour de celles qui pleu­raient, pour lui tapo­ter le dos et essuyer ses larmes, Cerise se sentait presque de la famille, presque de la famille des femmes qui la réconfortait.

Édition Actes Sud . Traduit de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy. 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Il pour­rait être un de vos cadeaux de Noël, ce roman. En tout cas, j’espère que ceux et celles qui aiment les romans qui se passent dans la nature encore sauvage vont le noter, même si cette superbe nature est en train de se faire dévo­rer par un incen­die comme ceux qui tous les ans détruisent les somp­tueuses forêts améri­caines ou canadiennes.
Ce récit décrit l’aventure de deux jeunes amis , Wynn, et Jack qui ont décidé de descendre le fleuve Maskwa jusqu’à son embou­chure dans la baie d’Hud­son. Ils ont très bien préparé ces quelques semaines d’aven­tures dange­reuses mais à leur portée car ils connaissent bien tous les deux la vie dans la nature peu ou pas domes­ti­quée par l’homme. Ce sont deux pêcheurs émérites et cela nous vaut de très belles scène dans des cours d’eau sauvages aux rapides imprévisibles.
Et puis, deux événe­ments vont trans­for­mer ce voyage de rêve en un vrai cauche­mar. D’abord, ils repèrent un incen­die d’une force incroyable, ils n’ont donc qu’une solu­tion aller de plus en plus vite pour rejoindre leur point d’ar­ri­vée, mais on sent qu’ils en sont capables d’au­tant que Jack connaît très bien les dangers du feu de forêt. Mais un deuxième danger va donner à cette course contre la montre un aspect de thril­ler abso­lu­ment hale­tant. Will et Jack doivent sauver une femme lais­sée pour morte par son mari sur une plage et Jack comprend tout de suite cet homme est prêt à les tuer eux aussi.
Face au danger, les deux person­na­li­tés des deux amis vont diver­ger. Wynn, le gentil, ne peut croire à la méchan­ceté humaine et sans le vouloir, il met en danger la réus­site de leur expé­di­tion car son premier réflexe est toujours de croire à la bonté. Jack le sait et prend le leader­ship de leur expé­di­tion. La tension entre les deux amis donne une profon­deur au récit que j’ai beau­coup appré­ciée. Et puis la nature toujours présente amicale ou hostile ponc­tue ce texte de moments inoubliables.

Un grand roman dans lequel a forêt, la rivière, le feu sont des person­nages au même titre que les prota­go­nistes de de ce drame.

Citations

Le feu

« Ouais, mais si on est au milieu de la rivière.. »
Jack haussa les épaules. » Peut-être. L’air devient brûlant. C’est ça qui crée un incen­die dévas­ta­teur. En fait, les rouleaux de fumée sont char­gés de gaz et si le vent est favo­rable, à la moindre étin­celle, tu peux te faire carbo­ni­ser à quatre cents mètres. »

Les rapides

Ce devait être des chutes de classe VI, une série de saillies rocheuses englou­ties sous un volume d’eau gigan­tesques. On aurait dit un orage en mer du Nord déva­lant un esca­lier. Vingt et un mètres entre le sommet et le fond avec une pente qui s’éten­dait sur deux cents mètres. Au milieu, un îlot rocheux de la taille d’une barque portait un épicéa tordu et rabou­gri. Voir cet arbre trem­bler dans tout ce chaos ne rendait la cata­racte que plus terrifiante.
Le soleil perça un récif de nuages et éclaira les chutes, d’argent ses rayons sur les eaux-vives et neigeuses, mettant éton­nam­ment les sono­ri­tés encore plus en relief, et Wynn se dit que ça aussi, c’était magni­fique. Que la roche brute des saillies ou les avalanches étaient magnifiques.

Le feu

Une grosse partie de la région avait été couverte de lichens et de mousses parfois sur plusieurs dizaines de centi­mètres d’épais­seur et tout ça avait brûlé dans la nuit, avec les sous-bois, les épilobes et les saules, ne restaient que la terre calci­née et la roche, les pieux noirs et sépul­craux des arbres, et sans la forêt, on voyait beau­coup plus loin, le sol qui s’éle­vait légè­re­ment et retom­bait tout autour des eskers quasi­ment débar­ras­sés de leur arbres, des plis où les ruis­seaux avaient coulé, secs comme s’ils s’étaient évaporés.

Éditions Gall­meis­ter. Traduit de l’amé­ri­cain par Fran­çoise Happe

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Le club de lectures me conduit à lire des livres que je ne choi­si­rai jamais, et souvent ce sont de bonnes surprises. Ici il s’agit d’un roman poli­cier, on ne peut plus clas­sique, et, ce fut un vrai pensum pour moi. Le seul inté­rêt réside dans le suspens ce qui entrave toujours ma lecture. J’ai essayé de jouer le jeu et de ne pas commen­cer le roman par la fin mais pas de chance les ficelles sont si grosses que j’ai immé­dia­te­ment compris de quoi il s’agis­sait. Comme l’en­quê­teur est un person­nage récurent on sait qu’il ne va pas mourir puis­qu’il doit être dispo­nible pour les autres enquêtes.

Calhoun est un homme amné­sique qui a été un agent très perfor­mant d’une agence secrété améri­caine. Même s’il ne se souvient de rien ses réflexes d’en­quê­teurs sont parfaits et donc la même agence l’uti­lise pour résoudre une affaire étrange dans laquelle un de leurs hommes a trouvé la mort. Ce qui est bizarre c’est qu’on l’a retrouvé avec une balle en plein coeur alors qu’il était déjà mort de botu­lisme à côté d’une jeune femme morte dans les mêmes conditions.

J’es­pé­rais qu’en dehors de cette enquête sans le moindre inté­rêt, j’al­lais me plaire dans des paysages somp­tueux du nord améri­cain. Mais à part une partie de pêche rien n’est venu égayer cette lecture. Je vais sans aucun doute choquer touts les amateurs du genre et de cette pres­ti­gieuse maison d’édi­tion, mais je le redis les polars dont l’intérêt ne réside que dans le suspens, ce n’est vrai­ment pas pour moi.

Citations

Humour, choix des mouches et psychologie des poissons

Il y a des jours, dit Calhoun en hochant la tête, ils restent là sans bouger et ils se disent, je mordrais à rien, sauf si c’est une Matuka jaune avec trois bandes de Flasha­bou de chaque côté, fixée à un hame­çon Lime­rick 4XL avec du fil blanc. D’au­tre­fois, ils vont attendre une Black Ghost Carrie Steven toute la jour­née, et s’ils s’aper­çoivent que ce n’est pas une authen­tique, ils disent : Bn, je laisse tomber, ils préfèrent rester sur leur faim. 
Fallows fronça les sour­cils comme s’il se disait qu’on était peut-être en train de se payer sa tête, mais il n’en était pas sûr.
- Stoner a raison, dit Kate. On emporte jamais trop de mouches parce que, comme vous l’avez dit, on ne sait jamais ce que les pois­sons pour­raient penser.

Édition Liana Levi, traduit de l’an­glais par Fran­chita Gonzales Battle. 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Sur Luocine, c’est mon deuxième billet sur cet auteur dont j’ap­pré­cie l’hu­mour et surtout la conci­sion et la préci­sion des récits. Après « Une canaille et demie » voici donc « Un voisin trop discret ». Après une série de romans améri­cains qui mettent six cent pages à dessi­ner une intrigue et des carac­tères, voici un roman de deux cent dix huit pages que je ne suis pas prête d’oublier.

Un couple risque de pertur­ber la vie de Jim, un chauf­feur Uber, on devine assez vite, que la vie de ce soixan­te­naire a dû être un peu compli­quée. En atten­dant, il va aider sa voisine qui vient d’emménager à côté de chez lui : Corina mariée à un soldat Grolsch. et mère d’un petit garçon de quatre ans Après la mort tragique(ô combien !) de son coéqui­pier, il fera équipe avec Kyle qui bien qu’ho­mo­sexuel se mariera avec Madi­son pour l’ai­der à élever son enfant et ainsi s’as­su­rer une couver­ture pour faire carrière dans l’ar­mée. Les fils de cette histoire sont incroya­ble­ment bien tissés et au passage on découvre les ravages que peut faire une guerre dans la person­na­lité de ceux qui la font et à qui on donne le droit de tuer. La vie très arti­fi­cielle dans la base mili­taire ponc­tuée par la visite de deux gradés en uniforme qui viennent annon­cer la mort du mari soldat, la diffi­culté des femmes qui élèvent seule leur enfant, et comme je l’ai déjà souli­gné les consé­quences de la guerre en Afgha­nis­tan, tout cela en peu de pages (mais telle­ment plus effi­cace qu’un énorme pavé) est percu­tant et si bien raconté !

L’in­trigue autour de Jim est très bien conduite avec une fin origi­nale mais cela je vous le laisse décou­vrir seul, évidement !

Citations

La voisine idéale

Il espé­rait qu’elle serait aussi calme que la femme qu’elle rempla­çait, une étudiante timide de troi­sième cycle qui faisait de son mieux pour toujours éviter que leurs regards se croisent, l’idée que se fait Jim de la voisine idéale.

La vieillesse

La pire des choses quand on devient vieux ce n’est pas de se rappro­cher de la mort, c’est de voir sa vie effa­cée lente­ment. on cesse d’abord d’être insou­ciant, ensuite d’être impor­tant, et fina­le­ment on devient invisible.

La guerre

C’est un petit drone caméra, un jouet d’en­fant, un rectangle de moins de trente centi­mètres de long avec un rotor à chaque coin. Pas un vrai drone lanceurs de missile Helfire comme ceux que nous utili­sons, pense-t-il. C’est un drone contrôlé à distance par les hadjis du village. Il vole juste au-dessus d’eux et repère les effets du mortier. Grolsch se débar­rasse vite de son paque­tage et sort son pisto­let Glock. Quand il le pointe sur le trône, la minus­cule machine s’en­vole vers la gauche, puis elle revient vite à droite. Ils me voient, pense-t-il. Ils me voient poin­ter mon arme. Ils voient nos gueules.

Un couple

Il venait d’une longue lignée de fermiers alle­mands du Middle-West qui était bon en sport et en travaux des champs, et elle d’une longue lignée de Porto­ri­cains vendeurs de drogue, strip-teaseuses et voleurs de voiture. Les oppo­sés s’at­tirent, jusqu’au jour où ils cessent, sauf que main­te­nant il a un fils de quatre ans qui courent se cacher, effrayé, chaque fois qu’il rentre de mission.