Édition Six Pieds Sous Terre

Je crois que c’est impos­sible d’ex­pli­quer pour­quoi une BD nous fait rire ou pas. L’hu­mour de Fabcaro est pour moi, irré­sis­tible. Après Zaï Zaï Zaï et Et Si l’Amour c’était d’Ai­mer voici donc Formica. J’ai passé un très bon moment , (un peu trop court), pour­tant, je n’aime pas qu’on meurt dans les BD surtout pas lorsque l’on tue des enfants ! Or le fait que ce dimanche-là, comme tous les dimanches, la famille se réunit mais ne trou­vera aucun sujet de discus­sion se soldera par la mort « tragique » de deux enfants. Le côté décalé de cet auteur qui n’in­siste jamais sur ses blagues me réjouit beau­coup, j’ai emprunté cette BD à la biblio­thèque mais je sais que je vais l’of­frir et me l’of­frir aussi . Voici quelques bulles pour vous donner envie de vous plon­ger dans ce drame en trois actes :

Menace de la voisine qui ne veut pas divulguer ses sujets de discussion :

Quand les banalités deviennent un peu floues

Le jeu de 7 familles dysfonctionnelles

et une dernière (si vous ne riez pas, ne lisez pas cette BD) , c’est une de celles qui me fait le plus rire .…

Depuis Zaï-Zaï-Zaï, je suis « une fan » abso­lue de cet auteur de BD. Je me souviens que dans Zaï-Zaï, j’avais ri un peu« jaune » car je trou­vais que la critique de notre société était assez bien vue donc triste, dans celle-ci, mon rire a été plus franc, il faut dire que se moquer des romans photos ou de romans à l’eau de rose porte moins à consé­quence. Il n’empêche que la critique de notre société est aussi présente et la réunion du lance­ment de la Star­tup avec un « brains­tor­ming à l’amé­ri­caine » doit rappe­ler plus d’un souve­nir à tous ceux qui ont travaillé dans la commu­ni­ca­tion. Chaque page est un petit chef d’oeuvre d’hu­mour, mais peut-être un peu trop le même esprit de déri­sion à chaque fois. Légère critique de ma part pour un album que j’ai adoré, je conseille de le lire à petites doses. J’ai­me­rais le savoir par cœur certaines répliques pour pouvoir faire rire mon entou­rage.

Citations

dialogue de couple

Le coup de foudre pour le livreur de macédoine

(ils vont en manger tous les soirs pendant un mois et plus)

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4Ce sont les blogs qui m’ont conduite vers cette BD, et le moins que je puisse dire c’est que je ne le regrette pas. Zaï Zaï est un objet abso­lu­ment unique et qui m’a presque tota­le­ment convain­cue. (Je finis par croire que j’aime les BD). J’ai été éton­née de lire les commen­taires dans Babe­lio, beau­coup de lecteurs sont abso­lu­ment morts de rire. J’ai souri moi aussi, par exemple en lisant ces deux pages

SONY DSCMais la plupart du temps, je souris jaune, car si les situa­tions sont absurdes et jamais méchantes , c’est quand même notre société et ses disfonc­tion­ne­ments qui sont mis en scène. Le ton ne se veut pas tragique certes, et la sanc­tion prévue par cette faute si grave que tous les gendarmes vous courent après est à mourir de rire. Il n’empêche, il ne faut pas grand chose pour deve­nir un paria dans cette société pas si futu­riste que ça : ne pas avoir sa carte du maga­sin sur soi et voilà que toutes les polices du pays sont à vos trousses. Tous les gags sont toujours au bord de deve­nir graves et puis fina­le­ment à l’image des gendarmes qui se préci­pitent pour aller cher­cher des granules d’Ar­nica 9CH au pauvre type étendu sur la route, la tension retombe dans un sourire. Personne ne se révolte, même les défen­seurs de notre fugi­tif qui ressemblent beau­coup aux enfoi­rés, ils ont imaginé une chan­son pour le défendre et ils sont aussi ridi­cules que ce jeune couple qui s’en­lace tendre­ment à l’idée d’être à 37 points de son service à raclette. Il y a quand même une ado qui saute par la fenêtre, mais c’est parce que ses parents n’ont pas vu qu’elle avait mis des lacets de couleurs diffé­rentes pour expri­mer son refus de cette société pour­rie..

Le dessin est mini­ma­liste et donne une impres­sion irréelle, on distingue très peu les person­nages entre eux mais cela va bien avec l’his­toire : aucun person­nage ne remet­tra en cause la gravité de l’acte du dessi­na­teur de BD en cavale : « ne pas avoir sa carte du maga­sin sur soi », cela donne le ton à tout l’al­bum, rien n’est aussi grave que ça. Même le suicide d’une ado, où la possi­bi­lité qu’un petit garçon se fasse violer, s’ils ont leur carte du maga­sin tout va bien. Tout est NORMAL. Les ados de tout temps, ça se suicident, et les petits garçons ont toujours été mena­cés par des pervers-violeurs (pas avec une trop grosse bouteille quand même !) . Rien de grave , je vous l’avais bien dit.

Je suppose que le dessi­na­teur écou­tait cette chan­son tout en dessi­nant alors un petit coup de Zaï Zaï Zaï Zaï ne vous fera pas de mal (surtout si comme moi vous perdez systé­ma­ti­que­ment vos cartes de fidé­lité) !

E‑H

E

El Aswany (Alaa) (L’im­meuble Yacou­bian 14 avril 2011)

Éliard (Astrid) (Danser 19 août 2017)

Ellis (Mary Relindes) (Wiscon­sin 5 octobre 2015)

Eltcha­ni­noff (Michel) (Dans la tête de Vladi­mir Poutine 22 juin 2015)

Enia (Davide) (La loi de la mer 15 juillet 2019)

Epenoux (Fran­çois d ») (Le réveil du Cœur 4 avril 2014)( Le presque 7 juillet 2018)

Ernaux (Annie) (L’autre Fille 14 avril 2011) (Une Femme 17 décembre 2015)

Esqui­vel (Laura) (Choco­lat amer 25 mai 2010)

Etkind (Efim) (La traduc­trice 11 janvier 2014)

F

Fabcaro (Zaï Zaï Zaï Zaï 22 février 2016) (Et si l’amour c’était d’aimer 29 mai 2018)(Formica 12 février 2020)

Fadelle (Joseph) (le prix à payer 25 mai 2013)

Fante (John) (Mon chien stupide 22 juillet 2019

Fargues (Nico­las) (La ligne de cour­toi­sie 3 avril 2012)

Faye (Eric) (Éclipses japo­naises 20 février 2017)

Fellowes (Julian)(Passé Impar­fait 13 janvier 2020) (Snobs 30 mars 2020)

Fermine (Maxence) (Neige 19 novembre 2012)

Fernan­dez (Domi­nique) (Ramon 27 aout 2006)

Ferney (Alice) (Les Bour­geois 25 février 2019)

Ferrante (Elena) (l’amie prodi­gieuse 4 juillet 2016)

Ferrari (Jérôme) (le Sermon sur la chute de Rome 30 août 2013)

Ferrier (Fran­çois) (Le Louvre inso­lent 6 juin 2016)

Filhol (Elisa­beth) (La Centrale 24 février 2010)

Finn (Anne) (Le tyran domes­tique 14 janvier 2011)

Flagg (Fanny) (Miss Alabama et ses petits secrets 29 août 2016)

Flau­bert (Gustave) (Madame Bovary  7 janvier 2016)

Foen­ki­nos (David) (La déli­ca­tesse 26 novembre 2009) (Nos sépa­ra­tions 23 avril 2010) (Les souve­nirs 15 octobre 2011) (Char­lotte 5 janvier 2015)

Fonta­nel (Sophie) (Gran­dir 14 janvier 2011)

Fotto­rino (Eric)( Chevro­tine 15 octobre 2014) (Korsa­kov 13 février 2015)

Fourest (Caro­line) (Libres de le dire 23 avril 2010)

Four­nel (Paul) (La liseuse 22 mars 2012)

Four­nier (Jean-louis) (Veuf 14 avril 2012) (Ma mère du Nord 10 mars 2013) (Mon Autopsie 20 octobre 2017)

Fran­ces­chi (Patrice) (Première personne du singu­lier 11 octobre 2016)

Freche (Emilie) (Chou­kette 23 avril 2010)

Fromm (Pete) (Mon Désir le plus Ardent 17 décembre 2019)

G

Gagnon (Pierre) (Mon vieux et moi 21 novembre 2010)

Goddard Robert (La Croi­sière Charn­wood 4 décembre 2019)

Grebe (Camilla) (Le Jour­nal de ma Dispa­ri­tion 11 février 2019)

Grif­fin (Anne) (Toute une Vie et Un Soir 6 avril 2020)

Grum­berg (Jean-Claude) (La plus précieuse des marchan­dises 24 février 2020)

Guene (Faïza) (Millé­nium Blues 27 Mai 2019)

mai

H

Heis­bourg (Fran­çois) (Cet étrange nazi qui sauva mon père 26 août 2019)

Hert­mans (Stefan) (Guerre et téré­ben­thine 9 décembre 2019)

Hill (Nathan) (Les Fantômes du Vieux Pays 20 novembre 2018)

Honey­man (Gail) (Elea­nor va très bien 31 octobre 2018)

Houel­le­beck Michel (Plate­forme 9 septembre 2019)

Houston (Nancy) (Lèvres de Pierre 3 décembre 2018)

Vous connais­sez l’au­teur des bandes dessi­nées, (Fabcaro) Zaï Zaï Zaï et de Et si l’amour c’était d’ai­mer vous devez faire connais­sance avec l’au­teur de roman Fabrice Caro. Heu ! oui, c’est le même auteur et avec un humour toujours aussi fabu­leux. Lisez le premier chapitre et je suis certaine que vous ne pour­rez plus vous arrê­ter . Le sujet est simple, le père du narra­teur qui a certai­ne­ment quelques points communs avec l’au­teur lui demande de faire un discours au mariage de sa sœur. Seule­ment voilà, lui il est tota­le­ment obnu­bilé par son télé­phone portable car il aime­rait tant que Sonia réponde à son SMS, et puis est-ce qu’il a vrai­ment bien fait de le lui en envoyer un ? et était-ce une bonne idée de mettre un point d’ex­cla­ma­tion après bisous ? bref il n’a pas trop la tête à ce discours et cela nous vaut des scènes toutes plus drôles les unes que les autres sur la vie fami­liale . Un bon moment de détente, merci Monsieur Caro, vos livres me font tant de bien !

Citations

Très drôle

Isabelle appar­te­nait à cette géné­ra­tion d’étu­diante qui voulait partir en Afrique, à cette époque c’était une fata­lité qui s’abat­tait sans préve­nir sur une certaine frange de la popu­la­tion fémi­nine, on y échap­pait pas, l’acné à douze ans, l’Afrique à dix neuf , elles attra­paient l’Afrique comme on attrape la vari­celle. On les voyait, du jour au lende­main, trans­fi­gu­rées, trans­mu­tées , déam­bu­ler vêtues de sarouels informes, le vête­ment le moins sexy qui soit, trans­for­mant le campus en immense course en sac.

Le narrateur doit faire un discours pour le mariage de sa sœur qui lui offre tous les ans des encyclopédies

Attends attends attends, je crois que tu n’as pas bien compris là, ton discours je ne vais pas le faire tu entends, je n’ai d’ordre à rece­voir de personne, tu crois qu’elle passe beau­coup de temps, elle, à se deman­der quel est le plus beau cadeau qu’elle pour­rait faire à son frère ? Tu les as lues mes ency­clo­pé­dies, Ludo­vic ? Tu as lu » les plus beaux sommets d’Eu­rope » ? Tu as lu » Reptiles et batra­ciens » ? Tu as lu « Bébés du monde » ? Et je fixe, dépité, le gratin dauphi­nois, et je suis sûr qu’il existe quelque part, chez un quel­conque éditeur une ency­clo­pé­die sur le gratin dauphi­nois.

Chagrin d amour

D’ailleurs, il y a de moins en moins de soirées, on est jamais aussi seul que lors­qu’on se retrouve seul, le vide attire le vide. Un seul être vous manque et tous les autres prennent la fuite.

Envie de fugues

Quand j’avais treize ans, j’étais une vraie chipie, en constante rébel­lion, toujours à me friter avec mes parents au point d’être obnu­bi­lée du matin au soir par l’idée de fuguer, c’était devenu obses­sion­nel… Et chaque fois que j’étais sur le point de le faire, une chose, une seule chose m’en empê­chait , et sais-tu laquelle ? J’avais une trouille monstre que mes parents, pour la photo d’avis de recherche, en choi­sissent une sur laquelle j’étais moche. Imagi­ner qu’une photo mal choi­sie, une photo de moi avec un sourire forcé ou une coif­fure débile ou un énorme bouton sur le front, bref imagi­ner qu’une telle photo sera diffu­sée partout dans la région, voir dans le pays, me téta­ni­sait pour moi c’était la honte suprême… J’avais envi­sagé de lais­ser sur mon lit, avant de fuguer, un petit message d’adieu avec une photo minu­tieu­se­ment sélec­tion­née posée à côté, comme une dernière image que je leur aurais confiée, mais le risque qu’ils en choi­sissent une autre pour l’avis de recherche était trop grand… Voilà à quoi à quoi tient une grande déci­sion à treize ans…

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Déjà je n’avais pas été passion­née par « la liste de mes envies » , mais ce roman est une vraie décep­tion, de celles qui me font fuir les auteurs fran­çais. Non, pour­tant, ce n’est pas une de ces habi­tuelles auto­fic­tion, mais ni le sujet ni la façon dont il est traité n’ont réussi à m’in­té­res­ser. Je résume rapi­de­ment, la mort acci­den­telle de sa mère fait de Martine alias « Betty » une enfant élevée par un père trop porté sur la bouteille. Elle gran­dira cahin-caha jusqu’à l’âge où sa mère est morte, puis son appa­rence se figera dans une éter­nelle jeunesse exté­rieure. Elle restera à jamais une jeune femme de trente cinq ans. Et commence alors une vie étrange qui ne lui apporte aucun bonheur mais au contraire que des problèmes : une sépa­ra­tion, la perte de son emploi, l’éloi­gne­ment de ses amies. À travers de courts chapitres, de para­graphes encore plus courts, les années s’en­volent très vite, on voit passer soixante de vie sans que rien n’ac­croche l’in­té­rêt. Les person­nages secon­daires sont, cepen­dant plus inté­res­sants, on imagine bien son père estro­pié pendant la guerre d’Al­gé­rie et sa compagne qui se récon­fortent l’un l’autre des bles­sures de la vie. L’amour d’An­dré et de Betty est tota­le­ment irréa­liste, il me fait penser irré­sis­ti­ble­ment à la BD de Fabcaro : « Si l’amour c’était d’ai­mer », et tant pis pour les « anti­di­vul­gâ­cheuse », il résis­tera à toutes les vicis­si­tudes de la vie.

Citations

Un paragraphe et un souvenir

Maman a commencé à porter des jupes qui décou­vraient ses genoux grâce à une certaine Mary Quant, en Angle­terre ; puis bien­tôt elles révé­lèrent presque toutes ses cuisses. Ses jambes étaient longues, et pâles, et je priais pour plus tard avoir les mêmes 

Pour donner une idée du style

À trente ans, quarante cinq, je vivais depuis plus de deux ans dans un grand studio, rue Basse.

J’avais perdu l’en­vie de cuisi­ner, décou­vert chez Picard les plats pour personnes seules, et lorsque mon fils venait déjeu­ner je faisais livrer ses chers sushis. 
André moi étions restés amis. Il passait de plus en plus de temps en Suède où il choi­sis­sait ses mélèzes, ses trembles, ses épicéas, et lors­qu’il reve­nait, il ne manquait jamais de m’ap­pe­ler ou de m’in­vi­ter à dîner ; j’étais chaque fois ensor­ce­lée par son regard triste, toi Gene Kelly, moi Fran­çoise Dorléac, je l’ai­mais encore, je l’ai­mais toujours. 
Je rédi­geais mes textes pour La Redoute en regar­dant des séries télé – » Dawson », mon côté fleur bleue, « Dr Quinn, femme méde­cin », même si elle m’agaçait terri­ble­ment, « Urgences », ah, Doug Ross, et « Twin Peaks ». Je n’en­vi­sa­geais ni chien ni chat de compa­gnie, ils auraient été capables, à quatre ans de me repro­cher d’être plus jeune qu’eux. 
Je vous laisse cette chan­son car, pour moi, elle me parle beau­coup mieux beau­coup du vieillis­se­ment que ce roman