Édition Jacque­line Cham­bon. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Gilbert Cohen-Solal.

Un livre d’ap­pa­rence légère mais qui exhale aussi un parfum de tris­tesse : Arthur Mineur essaie de se remettre d’une rupture amou­reuse en faisant le tour des invi­ta­tions pour écri­vains à travers le monde. Nous suivons donc la tris­tesse d’un homme amou­reux améri­cain qui est souvent maladroit et fait de mauvais choix. Arthur Mineur se raconte lui-même de façon très drôle à l’image de son appren­tis­sage de la langue alle­mande et la joie d’être,enfin, dans un pays dont l’au­teur parle la langue – du moins le croit-il- ses propos se terminent ainsi :

Toujours est-il que Mineur arrive à Berlin et se rend en taxi jusqu’à son appar­te­ment provi­soire à Wilmer­dorf en se jurant de ne pas parler un seul mot d’an­glais durant son séjour. Bien sûr, le vrai défi est de parler un mot d’allemand.
Il s’amuse beau­coup et nous fait sourire à propos de toutes ses approxi­ma­tions dans la langue de Goethe, il n’hé­site jamais à souli­gner le ridi­cule dans lesquelles ses diffé­rentes maladresses le mettent souvent. Comme l’image de la couver­ture : sa carte magné­tique n’ou­vrant plus la porte de son appar­te­ment, il entre­prend de passer par le balcon ! Il scrute avec préci­sion la moindre de ses réac­tions en parti­cu­lier sur sa place en tant qu’é­cri­vain. Est-il un écri­vain impor­tant ? Il n’en est abso­lu­ment pas certain, d’au­tant qu’il a vécu pendant long­temps avec un génie de la poésie améri­caine et qu’il sait bien que lui n’est pas un génie. Et puis il y a cette barre des cinquante ans qu’il doit fran­chir pendant son périple, on voit alors le problème du vieillis­se­ment pour un homme dont la jeunesse a été le prin­ci­pal atout de séduc­tion. La lecture est rendue plus diffi­cile par le chan­ge­ment de narra­teur, sans préve­nir le lecteur on ne sait jamais si c’est Arthur d’au­jourd’­hui qui prend la parole ou Mineur l’écri­vain connu pour un premier roman et à qui a‑t-il donné la parole au dernier chapitre ? je ne peux vous le dire sans dévoi­ler la fin. Je ne suis pas enthou­siaste à propos de ce roman et contrai­re­ment aux lectrices du club, je n’au­rais certai­ne­ment pas mis de coup de cœur mais c’est un roman origi­nal très agréable à lire.

Citations

Humour

Mineur n’est pas vrai­ment connu en tant que profes­seur, de même que Melville ne l’était pas vrai­ment en tant qu’un inspec­teur des douanes. Et pour­tant, les deux hommes occupent respec­ti­ve­ment ces fonctions.

Un hommage à la traductrice

Mineur se met à imagi­ner (tandis que le maire marmonne toujours son discours en italien) qu’on a mal traduit, où – comment dire ?- qu’on a comme « super-traduit » son roman, confié à un poète de génie mécon­nue (elle s’ap­pelle Giul­liana Monti), qui a réussi à faire de son pauvres anglais un italien stupé­fiant. Son livre a été ignoré en Amérique, on en a à peine rendu compte, sans qu’un seul jour­na­liste ait demandé à l’in­ter­vie­wer (son atta­ché de presse lui a dit : « L’au­tomne est une mauvaise période »). Mais ici, en Italie, il se rend compte qu’on le prend au sérieux. Et en automne, de surcroît. Pas plus tard que ce matin, on lui a montré des articles de la « Répu­blica », du « Corriere della Serra », de jour­naux locaux et de revues catho­liques, avec des photos de lui dans son costume bleu, fixant l’ap­pa­reil du même regard bleu saphir, natu­rel et inquiet, qu’il avait lancé à Robert sur cette plage. Mais la photo devrait être celle de Giuliana Monti, c’est elle, en fait, qui a écrit ce livre .

L’humour et la sexualité

Mais leurs rapports sexuels n’était pas idéaux : Howard était trop direc­tif. » Pince-moi là ; oui c’est ça ! Main­te­nant, touche-moi là ; non, plus haut ; mais non, plus haut ! Non, plus haut, je te dis. » Mineur avait presque l’im­pres­sion de passer une audi­tion pour une comé­die musicale.

Je vois bien la scène

Pendant qu’il patiente, une jeune femme en robe de lainage marron polli­nise l’un après l’autre des groupes de touristes, avec les mouve­ments circu­laires d’une sorte d’oi­seau-mouche vêtu de tweed. Elle se penche sur un bouquet de chaises, pose une certaine ques­tion et, mécon­tente de la réponse, s’élance à tire-d’aile vers un autre groupe.

8 Thoughts on “Les Tribulations d’Arthur Mineur – Andrew Sean GREER

  1. keisha on 12 juillet 2021 at 08:14 said:

    Origi­nal et agréable à lire, ça suffit à me donner envie, tu sais.

  2. Malgré le coup de cœur de ton club de lecture, je vais plutôt suivre ton avis plus modéré et passer malgré l’ori­gi­na­lité et l’hu­mour. Les extraits choi­sis sont quand même amusants !

  3. si origi­nal et agréable à lire, vu l’hu­mour qui y semble déve­loppé, ce roman pour­rait bien corres­pondre à mes besoins actuels !

  4. C’est embê­tant de ne jamais savoir qui parle au juste … tu n’es pas assez enthou­siaste pour que je le note.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Post Navigation