Édition Dargaud

Après l’année du jardi­nier de Karel Capek voici une BD qui est l’exacte oppo­sée : Tout va bien pour ces jardi­niers urbains qui réus­sissent tout ce qu’ils entre­prennent. C’est Aifelle qui a été ma tenta­trice et je l’en remer­cie. J’avoue avoir été agacée par l’am­biance « écolo-bobo-pari­sien » et la pensée dans l’air du temps. J’avoue aussi ne ressen­tir aucun malaise à jeter un trognon de pomme dans ma poubelle. Après ces petits bémols, je vais dire main­te­nant tout mon plai­sir à me plon­ger dans un dessin abso­lu­ment enchan­teur. On peut vrai­ment passer des heures à regar­der les planches de Simon Hureau. Quel talent ! cela m’a rappelé les tableaux qui ornaient les classes de primaire à mon époque, j’étais assez rêveuse en classe et je passais beau­coup de temps à regar­der les scènes repré­sen­tées de façon un peu naïve. Ici, le dessin raconte les péri­pé­ties de la construc­tion du jardin et parfois des planches d’une préci­sion digne d’un entomologiste .
Je ne peux que vous conseiller cet album, pour rêver et partir dans un jardin merveilleux mais se souve­nir aussi de Karel Capek pour savoir que le jardi­nage est parfois très loin de cette version trop idyllique !

Souvent, le mercredi, je passe sur vos blogs pour dire que je lis peu, ou pas, de BD. Il m’ar­rive aussi de trou­ver des trésors comme « Le Chan­teur Perdu » et cette fois, c’est moi qui vous suggère une lecture qui m’a beau­coup touchée. L’au­teur a écrit cette BD car en peu de temps, il a dû faire face à l’Alz­hei­mer de sa mère et à l’an­nonce de la triso­mie de son fils :

À quelques mois d’in­ter­valles, il me faut faire le deuil de la mère que j’avais connue et celui de l’en­fant que j’avais attendu.

Morvan­diau est rennais et cela a sûre­ment joué dans mon plai­sir de lecture car c’est la ville où je suis née et où j’ai travaillé. Je recon­nais bien les lieux qu’il décrit, j’ap­pré­cie qu’il ne fasse pas des dessins du Rennes touris­tique très connu mais plutôt des quar­tiers habi­tés par les gens ordi­naires, on sent que son œil de dessi­na­teur est attiré par la trans­for­ma­tion d’un quar­tier de petits pavillons avec jardin lais­sant la place à des immeubles. Morvan­diau raconte ces années qui ont été doulou­reuses pour lui, il passe d’anec­dotes de sa vie à l’ex­pres­sion de ses senti­ments et de ses cauche­mars, les réflexions des gens autour d’eux. Que de pudeur dans cette BD ! Il ne s’agit pas d’un récit linéaire, et c’est ce que j’ai aimé : par petites touches, Morvan­diau nous fait parti­ci­per à tout ce qui a fait sa vie.

Je vous laisse avec ma planche préfé­rée, mais surtout ne croyez pas que cette BD ne raconte que cela : la vie d’Emile et de ses progrès, c’est toute une période de la vie de l’au­teur dans tous ses aspects, enfin ceux que le dessin peut exprimer :

Merci Jérôme , Merci Noukette . Ce Noël sans mes enfants et petits enfants était un peu tris­tou­net. Ils ont tous eu peur de me passer ce sale virus, alors j’ai convo­qué mes amis des blogs qui lisent des BD et j’ai mis celle-ci sous mon sapin. Quelle bonne idée, j’ai passé une très bonne soirée et je n’ai pas vu le temps passé. Pour Jérôme « le chan­teur perdu » est dans le top du top et pour Noukette dans son « Panthéon » . Je comprends bien leur choix, car il y a tout dans cette BD, de l’hu­mour, de la tendresse, beau­coup de véri­tés sur l’être humain et une enquête fort inté­res­sante. Notre « média­thé­caire », fait un burn-out, pour­tant sa profes­sion n’est pas telle­ment à risques. Donc, pour échap­per à sa dépres­sion , il part à Morlaix ; idée étrange car c’est l’hi­ver, il pleut, et, en plus, le viaduc qui passe au dessus de la ville est un des hauts lieux pour les suicides des Bretons … Il veut retrou­ver sa jeunesse ou plus exac­te­ment le souve­nir d’un chan­teur dont il a beau­coup aimé les chan­sons : Rémi Bê. Et là, on se rend compte que la fiction et la réalité se mêlent. Il existe bien ce chan­teur, il s’ap­pelle Jean-Claude Rémy et il a bel et bien disparu de la scène média­tique, pour­tant à ses début il avait été salué par les meilleurs chan­teurs de son époque, en parti­cu­lier par Pierre Perret qui l’ai­dera à publier son unique disque.

Cette quête met en scène des person­na­li­tés dont l’hu­ma­nité a construit notre époque et lorsque, enfin, Jean retrou­vera Rémi Bê, il ne rece­vra aucune réponse au pour­quoi du destin de Jean-Claude Rémy, mais ce qui est certain c’est qu’il aura donné du sens à sa vie. La post­face permet de connaître un peu mieux le person­nage réel. Il faut lire cette BD en écou­tant les chan­sons cela permet de ralen­tir la lecture et de la savou­rer un peu plus longtemps.

Citation

Le début

En arri­vant à Morlaix le TGV emprunte le viaduc

C’est parait-il le rendez-vous des candi­dates au suicide

Un bref instant, je les imagi­nais se jetant dans le vide ; sans doute par grappes

Après tout, à quoi occu­per son temps à Morlaix en décembre

Édition Six Pieds Sous Terre

Je crois que c’est impos­sible d’ex­pli­quer pour­quoi une BD nous fait rire ou pas. L’hu­mour de Fabcaro est pour moi, irré­sis­tible. Après Zaï Zaï Zaï et Et Si l’Amour c’était d’Ai­mer voici donc Formica. J’ai passé un très bon moment , (un peu trop court), pour­tant, je n’aime pas qu’on meurt dans les BD surtout pas lorsque l’on tue des enfants ! Or le fait que ce dimanche-là, comme tous les dimanches, la famille se réunit mais ne trou­vera aucun sujet de discus­sion se soldera par la mort « tragique » de deux enfants. Le côté décalé de cet auteur qui n’in­siste jamais sur ses blagues me réjouit beau­coup, j’ai emprunté cette BD à la biblio­thèque mais je sais que je vais l’of­frir et me l’of­frir aussi . Voici quelques bulles pour vous donner envie de vous plon­ger dans ce drame en trois actes :

Menace de la voisine qui ne veut pas divulguer ses sujets de discussion :

Quand les banalités deviennent un peu floues

Le jeu de 7 familles dysfonctionnelles

et une dernière (si vous ne riez pas, ne lisez pas cette BD) , c’est une de celles qui me fait le plus rire .…

Et de deux, voici la seconde BD qui m’a fait beau­coup rire, donc aujourd’­hui, si vous ne riez pas, c’est que vous n’y mettez pas du vôtre. Cette BD c’est Géral­dine qui me l’a fait décou­vrir et je l’en remer­cie comme elle, j’ai pouffé plusieurs fois et ce n’est pas si fréquent. On retrouve l’hu­mour de Bena­quista, un dessin très clas­sique de Barral qui illustre bien le propos de cette BD, pour­quoi le livre des Records a‑t-il un tel succès et pour­quoi tant de gens veulent être dedans ? L’an­cien auteur de polar qu’est Bena­quista a mis dans ce livre « légè­re­ment » absurde une enquête poli­cière ou la police est nullis­sime. Heureu­se­ment, tout se termine bien, très bien même en espé­rant que le « Guide des Records des Échecs » ait le même succès que son illustre prédécesseur

Citations

Le début

Genre de records que notre « héros » doit vérifier »

Éviter un suicide

Depuis Zaï-Zaï-Zaï, je suis « une fan » abso­lue de cet auteur de BD. Je me souviens que dans Zaï-Zaï, j’avais ri un peu« jaune » car je trou­vais que la critique de notre société était assez bien vue donc triste, dans celle-ci, mon rire a été plus franc, il faut dire que se moquer des romans photos ou de romans à l’eau de rose porte moins à consé­quence. Il n’empêche que la critique de notre société est aussi présente et la réunion du lance­ment de la Star­tup avec un « brains­tor­ming à l’amé­ri­caine » doit rappe­ler plus d’un souve­nir à tous ceux qui ont travaillé dans la commu­ni­ca­tion. Chaque page est un petit chef d’oeuvre d’hu­mour, mais peut-être un peu trop le même esprit de déri­sion à chaque fois. Légère critique de ma part pour un album que j’ai adoré, je conseille de le lire à petites doses. J’ai­me­rais le savoir par cœur certaines répliques pour pouvoir faire rire mon entourage.

Citations

dialogue de couple

Le coup de foudre pour le livreur de macédoine

(ils vont en manger tous les soirs pendant un mois et plus)


Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Je suis ravie que le club de lecture ait renoué avec la tradi­tion de propo­ser une BD à chaque séance et à propos du thème de l’aven­ture, celles-ci étaient parti­cu­liè­re­ment bien choi­sies. Quelle femme cette Alexan­dra ! Je suis certaine que toutes les parti­ci­pantes du club vont l’ado­rer, vont-elles accep­ter de surmon­ter leurs réti­cences à propos des B.D ? Celles-ci le méri­te­raient, les auteurs se sont inspi­rés du livre de souve­nirs de sa dernière dame de compa­gnie Marie-Made­leine Peyron­net, pendant les dix dernières années de sa vie, Alexan­dra David-Neel a vécu en recluse dans sa villa nommée « Samten Dzong », à Digne.

Marie-Made­leine lui a servi de femme de chambre, de secré­taire, de dame de compa­gnie et de souffre douleur. Mais peu à peu des liens d’ami­tié se sont tissés entre les deux femmes, car Alexan­dra avait une person­na­lité hors du commun et géné­reuse à sa façon. Marie-Made­leine compren­dra assez vite que, lorsque sa « patronne » est désa­gréable c’est qu’elle souffre le martyre, son corps la trahit et elle qui aimait tant marcher restera clouée dans son fauteuil pendant dix ans. Seules les visites d’amis souvent de pres­ti­gieux intel­lec­tuels arri­ve­ront à lui redon­ner du tonus. Cette femme qui s’est dégui­sée en Tibé­taine pour aller à Lhassa capi­tale du Tibet inter­dite à tout étran­ger en passant par les montagnes de l’Himalaya , qui parle, lit et écrit un nombre de langues incroyables dont le tibé­tain, qui est consi­dé­rée comme une spécia­liste émérite de la reli­gion boud­histe, est enfer­mée entre quatre murs . Mais elle a accu­mulé tant et tant de souve­nirs que sa vie est encore très riche.

La B.D alterne sa vie au présent en mono­chrome avec Marie-Made­leine et ses souve­nirs très colo­rés lorsque rien ne l’ar­rê­tait pour comprendre cette civi­li­sa­tion qui l’at­ti­rait tant : le boud­dhisme tibé­tain. Cette B.D m’a donné envie de relire cette auteure que j’ai lu il y a bien long­temps. Alexan­dra David.Neel donne du courage à toutes celles qui acceptent diffi­ci­le­ment les limites impo­sées par les conve­nances, pour les femmes de son époque le chemin était tout tracé et ne passait pas toujours par l’Himalaya !

Toutes et tous nous pouvons faire de cette phrase notre devise

Marche comme ton cœur te mène et selon le regard de tes yeux

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Je savais que je lirai cette BD , mes tenta­teurs habi­tuels m’avaient convain­cue , en parti­cu­lier Jérôme. Je me réfu­gie vers les BD quand, parfois, les romans m’agacent ou se répètent , et que l’actualité me fait peur . La BD est souvent conso­la­trice et celle-ci, bien que très triste, a parfai­te­ment joué ce rôle. Les person­nages sont émou­vants, le dessin très beau et l’histoire ellip­tique est char­gée du sens que chaque lecteur et lectrice voudra bien y mettre. On peut sourire, par exemple en appre­nant que si le person­nage fémi­nin s’ap­pelle Épilie c’est parce que son père était enrhumé le jour où il a déclaré son prénom à la mairie. On part à l’aventure comme dans toute BD parce que « même si on est bien » le bonheur est peut-être ailleurs

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On s’ins­truit aussi et Gaston explique très bien le phéno­mène des marées. On est séduit par la tendresse et la naïveté affec­tueuse du petit Abélard et on compte sur Gaston pour l’ai­der, l’ins­truire et le protéger .

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Mais dans aucune autre BD , on ne trouve des messages de sagesse qu’on a tant envie de garder pour soi en les parta­geant avec tout le monde !

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B.D que je dois à Jérôme et Noukette et aussi à une irri­sis­tible envie de me faire du bien. Voilà une histoire où des gens s’aiment, savent se le dire et que je ne trouve pas « gnan­gnan » pour autant. Sans doute à cause de la part de rêve que ce dessi­na­teur sait mettre dans son récit. Et puis, j’aime bien ce dessin où il y a plein de petits détails à décou­vrir, on peut rester sur une planche rien que pour le plai­sir des yeux. Je l’avais ache­tée pour mes petits enfants, mais je vais la garder pour moi, ils la liront à leur prochaine visite. Ma collec­tions de BD à propos de personnes âgées augmente après Mamette, les Vieux Four­neaux , voici ce merveilleux grand-père chinois J’es­père que comme moi, mes petits enfants seront sensibles à ce genre de phrases, même quand la vie devient difficile :

Pépé avait raison chacun doit croire en sa chance

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J’ose main­te­nant me prome­ner dans le rayon BD et en choi­sir une sans même avoir lu de critiques dans vos blogs ! Quelle révo­lu­tion, toute person­nelle (la révo­lu­tion !), et qui affecte surtout mes finances… mais non, cela me procure aussi beau­coup de plai­sirs. Ce n’est pas un sujet très gai que la dispa­ri­tion de ses parents, pas plus que le vieillis­se­ment, mais vous l’avez remar­qué entre « Mamette » et« Les vieux Four­neaux » je m’y inté­resse et le thème semble porteur. Vivrions-nous dans des socié­tés vieillissantes ?

Roz Chast, raconte avec un humour et un réalisme éton­nant la vie de ses parents dans un quar­tier popu­laire de Brook­lyn, ils sont juifs d’ori­gine russe. Ce qui veut dire, qu’entre les pogroms et la Shoa, leurs familles respec­tives n’ont pas été épar­gnées. Mais là, n’est pas le sujet de ce roman graphique. Roz nous fait le portrait de ses parents , et c’est parfois à mourir de rire. Sa mère a un tempé­ra­ment explo­sif, et son père est gentil et déli­cat malheu­reu­se­ment c’est aussi un grand angoissé. Avec le grand âge, il est atteint de séni­lité et tout devient alors effroya­ble­ment compliqué.

Roz Chast raconte très bien les diffi­cul­tés et le coût de la vieillesse aux USA, elle a réussi à ce que ses parents soient à peu près correc­te­ment pris en charge, mais il s’en est fallu de peu qu’elle ne puisse pas faire face finan­ciè­re­ment. Cette plon­gée dans le monde améri­cain qui n’est pas dans la misère mais qui a du mal à s’en sortir est vrai­ment inté­res­sante, tout cela raconté avec humour. Je pensais mettre cinq coquillages et n’avoir aucune réserve et puis les cinq pages finales me rendent mal à l’aise. Le livre se termine sur les dessins que Roz Chast a fait de sa mère sur son lit de mort. Je me suis sentie très mal tout à coup, sa mère meurt, elle est là avec elle et elle la dessine… bref je ne comprends pas et pire je suis un peu choquée. Dommage car le début et 99 % de ce roman graphique sont si bien.

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