Édition Albin Michel . Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Traduit du suédois par Anne Karila

Un roman qui décrit des rela­tions très lourdes entre des parents et leurs trois garçons, toujours à la limite de l’ex­plo­sion. On comprend très vite qu’un drame a eu lieu mais on n’aura toutes les clés qu’à la fin du roman, donc promis je ne vous révè­le­rai rien. Nous sommes avec Benja­min le cadet de l’aîné Niels, et Pierre le plus jeune, ils ont passé leur enfance à se battre, du moins c’est comme ça que nous le raconte Benja­min. Les parents sont le plus souvent sous l’in­fluence de l’al­cool et le père éclate de colères impré­vi­sibles et violentes et la mère tota­le­ment dépas­sée semble absente. Je me demande si cette façon de vivre « à la sauvage » chez des gens culti­vés repré­sente quelque chose en Suède, ce qui ferait que les Suédois ont une autre lecture de ce roman que nous pour la repré­sen­ta­tion de cette famille.
Le roman commence à la mort de la mère, le père est décédé depuis quelques années, elle n’ex­prime qu’un seul souhait que ses trois fils dispersent ses cendres autour du petit lac près duquel ils passaient toutes leurs vacances et où ils ne sont plus retour­nés depuis le fameux jour, qui a tota­le­ment détruit la famille.

Le roman est entiè­re­ment sous-tendu par cette révé­la­tion, et c’est pour moi un bémol, vrai­ment je n’aime pas le suspens mais ici il n’est pas gratuit, car effec­ti­ve­ment Benja­min doit repar­tir dans les souve­nirs embrouillés de tout ce qui a consti­tué son enfance pour avoir une chance de pouvoir se recon­ci­lier avec lui-même.

J’ai été un peu gênée par le mélange des temps du récit, c’est très compli­qué de savoir à partir de quand la famille a dysfonc­tionné et pour­quoi exac­te­ment et j’ai aussi été éton­née par la violence des bagarres entre les frères. On est bien loin de l’image de calme et de self contrôle atta­chée à la Suède. C’est un roman étouf­fant qui manque de lumière à mon goût mais qui raconte très bien l’en­fance dans une famille détruite.

PS je suis gênée pour rédi­ger mon billet sans parler de la fin, lisez le vite pour que je puisse discu­ter avec vous sans cette contrainte. Par exemple que pensez vous du silence de Niels et Pierre adulte lorsque Benja­min évoque la scène où son père a percuté un jeune faon ? (Et réflé­chis­sez au titre vous saurez une intui­tion sur le drame qui sous-tend ce roman.)

Citations

La fatigue dans l’eau froide.

La fatigue arriva sans crier gare. L’ex­cès d’acide lactique lui engour­dit les bras. Sous le choc il en oublia les mouve­ments des jambes, il ne savait plus comment on faisait. Une sensa­tion de froid partie de la nuque irra­dia l’ar­rière de son crâne. Il enten­dait sa propre respi­ra­tion, son souffle plus cours et pressé, un pres­sen­ti­ment glaçant lui serra la poitrine : il n’au­rait pas la force de retour­ner jusqu’au rivage. 

Bagarre de frères adultes.

Pierre lui envoie un coup de pied dans les jambes, Niels s’af­faisse sur les cailloux. Alors Pierre se jette sur lui, ils roulent, se bourrent de coups de poing, se frappent au visage, sur le thorax, les épaules. Sans cesser de se parler. Benja­min croit assis­ter à une scène irréelle, quasi­ment sortie de son imagi­na­tion : ils se parlent tout en essayant de se tuer.

Les disputes en voiture.

Ils montèrent dans la voiture. À l’in­té­rieur du véhi­cule, Benja­min était toujours sur ses gardes, car c’était toujours là, semblait-il, que se dérou­lait les scènes les plus terribles, lorsque la famille était enfer­mée dans un si petit espace. C’est là qu’a­vait lieu les plus violentes disputes entre papa et maman, quand papa faisait tanguer la voiture en essayant de régler la radio, ou quand maman ratait une bifur­ca­tion sur l’au­to­route et que papa poussé des cris déses­pé­rés en voyant s’éloi­gner la sortie derrière eux.

La perception du laissé aller de sa maison .

Peu à peu, il réunis­sait les indices, appre­nait à se connaître lui-même en regar­dant autour de lui. La saleté à la maison, les taches d’urine par terre autour de la cuvette des WC, ça cris­sait sous les pantoufles de papa, les moutons sous les lits, qui tour­noyaient douce­ment dans le courant d’air quand les fenêtres étaient ouvertes. Les draps qui jaunis­saient dans les lits des enfants avant d’être chan­gés. Les pile de vais­selle sale dans l’évier et les petites mouches qui sortaient affo­lées de leurs cachettes entre les assiettes, quand on ouvrait le robi­net. Les cernes de crasse sur l’émail de la baignoire, telles des lignes de marée dans un port, les sacs d’or­dures qui s’emploient à côté de l’éta­gère à chaus­sures dans l’en­trée. Benja­min s’était rendu compte qu’il n’y avait pas que la maison qui était sales ses habi­tants l’étaient aussi.


Édition l’aube, traduit du norvé­gien par Domi­nique Kristensen

J’avais été très atti­rée par ce que m’avait annoncé Babe­lio : une plon­gée dans une famille norvé­gienne. L’an­nonce est tenue et je croyais alors retrou­ver les mêmes sensa­tions d’exo­tisme que dans les séries qui viennent des pays du nord, que ce soit « Rita » qui m’a fait décou­vrir l’en­sei­gne­ment au Dane­mark ou « notre grande famille » qui décrit les familles recom­po­sées en Suède.

Quelle décep­tion, certes nous sommes bien chez les Norvé­giens et regar­dez bien la photo de la couver­ture du livre, le contenu est aussi vivant que la photo !

D’abord ne vous atten­dez pas à une seule note d’hu­mour, il y en a aucune. Ne croyez pas non plus que l’on vous épar­gnera la moindre évolu­tion dans la psycho­lo­gie des trois person­nages prin­ci­paux, vous boirez le calice jusqu’à la lie.
Je raconte rapi­de­ment le début – enfin le début si on veut car cela n’est dit qu’à la page 100- le père et la mère de trois enfants adultes vont divor­cer. Bizar­re­ment, ils l’an­noncent à l’an­ni­ver­saire des 70 ans du père alors que celui ci a invité tout le monde en Italie. Les trois enfants sont complè­te­ment pertur­bés et nous voilà partis sur 300 autres pages à parta­ger les diffi­culté de Liv la fille ainée, d’El­len la cadette et de Hakon le plus jeune. Rien ne vous sera épar­gné , ni les jalou­sies de l’en­fance, ni les diffi­cul­tés de couples des uns et des autres, ni la diffi­culté de faire l’amour quand cette fonc­tion ne sert qu’à avoir un enfant qui ne vient pas.

À aucun moment un des trois enfants ne cherchent à comprendre les parents, ils sont surtout extrê­me­ment en colère, furieux que leur modèle paren­tal s’écroule. Ah oui, j’ou­bliais de vous le dire, en plus d’être terri­ble­ment ennuyeux, ils sont tota­le­ment inin­té­res­sants. J’avais envie de mettre des claques à tout ce petit monde qui vit sans soucis d’argent ni de travail, ils occupent visi­ble­ment des postes très inté­res­sants et quand ils en en ont assez du climat et des autres Norvé­giens qui sont peut être tous à leur image, ils vont passer une petite semaine à Rome !

Bref un livre terri­ble­ment ennuyeux et j’es­père que la Norvège vaut mieux que ça

Je n’ai noté qu’un passage (c’est toujours mauvais signe)

Citation

l’écologie en Norvège.

Mon faible enga­ge­ment pour l’en­vi­ron­ne­ment est déso­lant, je trie mes déchets par devoir, mais je ne crois abso­lu­ment pas que le fait qu’une mino­rité de ménages norvé­giens de la classe moyenne trie conscien­cieu­se­ment la nour­ri­ture et le plas­tique dans les sacs verts et bleus ‑ou l’in­verse- soit d’une utilité quel­conque surtout depuis mon voyage en Asie pour un repor­tage au cours duquel j’ai parcouru les rues de Katman­dou ou de New Delhi en patau­geant dans les ordures. Je ne le dis jamais ouver­te­ment, et je parti­cipe bien sûr au tri sélec­tif ‑c’est acquis une fois pour toutes, les petits ruis­seaux font les grandes rivières.

Édition Métal­lier, Traduit de l’es­pa­gnol par Myriam Chirousse

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Sur Luocine, de cette écri­vaine, vous trou­ve­rez » le terri­toire des barbares » « Le roi trans­pa­rent » « L’idée ridi­cule de ne jamais te revoir » et mon grand coup de coeur : « La folle du logis ». « La bonne chance » m’a fait passer un très bon moment et pour une fois je reco­pie une phrase de la quatrième de couver­ture avec laquelle je suis d’accord :

La plume de Rosa Montero est un heureux anti­dote contre les temps qui courent.

J’aime que l’on me raconte des histoires et Rosa Montero fait partie des auteurs qui les racontent parfai­te­ment. Je ne cherche pas à être objec­tive, donc, je la remer­cie de m’embarquer dans son imaginaire.

Le récit démarre de façon magis­trale et très accro­cheuse : un homme dont on ne sait rien achète comp­tant un appar­te­ment qui longe la voie ferré, sur laquelle roule les trains à grande vitesse. Cet appar­te­ment est dans un immeuble cras­seux dans une petite ville Pozo­ne­gro, autre­fois riche d’une exploi­ta­tion minière et complè­te­ment à l’aban­don. Que fait cet homme dans cet endroit sinistre ? Quel lourd secret cache-t-il ? Que fuit-il ? Toutes ces ques­tions trou­ve­ront leur réponse et peu à peu se mettra en place une intrigue roma­nesque qui oppose la gentillesse de Raluca la jeune fille d’ori­gine roumaine, la bêtise des voyous du villages, en parti­cu­lier l’homme qui a vendu l’ap­par­te­ment à Pablo car il soup­çonne celui-ci d’avoir large­ment les moyens de leur donner encore beau­coup plus d’argent, mais surtout à la cruauté abso­lue de mili­tants nazis qui planent comme une grave menace au-dessus de la tête de Pablo.

C’est le sens de tout le roman : que peut la gentillesse face à la bêtise et à la méchan­ceté ? La fin trop heureuse du roman m’a gênée et m’a empê­chée de mettre 5 coquillages à ce roman. Je ne crois pas hélas que la gentillesse puisse lutter contre la cruauté, mais comme l’au­teure j’ai­me­rais le croire. La culpa­bi­lité de Pablo face aux choix de son fils, l’en­traîne à inven­ter des histoires où il se donne à chaque fois le mauvais rôle , sans doute car il ne peut que s’en vouloir de la dérive ultra-violente dans laquelle s’est enfoncé celui-ci . J’ai bien aimé aussi l’évo­ca­tion de la vie dans une petit ville autre­fois ouvrière et où, aujourd’hui, le seul point vivant et le moins triste est un supermarché !

Sans doute pas le roman du siècle, mais un bon moment de détente et un écri­ture qui permet de comprendre un peu mieux la vie des espa­gnols d’origine modeste.

Citations

le cadre.

Pozo­ne­gro, une petite loca­lité au passé minier et au présent cala­mi­teux, à en juger par la laideur suprême des lieux. des maisons miteuses aux toitures en fibro­ci­ment, guère plus que des bidon­villes verti­caux, alter­nant avec des rues du déve­lop­pe­ment urbain fran­quiste le plus misé­rable, aux inévi­tables bloc d’ap­par­te­ments de quatre ou cinq étages au crépi écaillé ou aux briques souillées de salpêtre.

L’au­to­car arrive enfin à Pozo­ne­gro, qui confirme ses préten­tions de pate­lin le plus laid du pays. Un super­mar­ché de la chaine Goliat à l’en­trée du village et la station-service qui se trouve à côté, repeinte et aux panneaux publi­ci­taires fluo­res­cents, sont les deux points les plus éclai­rés, propres et joyeux de la loca­lité ; seuls ces deux endroits dégagent une fière et raison­nable d’être ce qu’ils sont, une certaine confiance en l’ave­nir. Le reste de Pozo­ne­gro est dépri­mant, sombre, indé­fini, sale, en demande urgente d’une couche de pein­ture et d’espoir.

Une façon étonnante d’interpeller le lecteur.

L’AVE (train à grande vitesse espa­gnole) tremble un peu, il se balance d’avant en arrière, comme s’il éter­nuer, il s’ar­rête enfin. Surprise : cet hommes a levé la tête pour la première fois depuis le début du voyage et il regarde main­te­nant par la fenêtre. Regar­dons avec lui : un aride bouquet de voies vides et paral­lèles à la notre s’étend jusqu’à un immeuble collé à la ligne de chemin de fer.

La beauté.

Ou peut-être simple­ment parce qu’il est grand et mince et assez sédui­sant, ou que jeune il l’était. Pablo trouve ridi­cule cette valeur suprême que notre société accorde à l’as­pect physique. C’est étudié par les neuro­psy­cho­logues : les indi­vi­dus grands, minces et au visage symé­trique sont consi­dé­rés comme plus intel­li­gents, plus sensibles, plus aptes, et comme de meilleures personnes. Quel arbitraire.

Vision du monde.

Tu sais, à mon âge j’en suis venu à la convic­tion que les gens ne se divisent pas entre riches et pauvres, noirs et blancs, droite et gauche, hommes et femmes, vieux et jeunes, maures et chré­tiens, dit-il fina­le­ment. Non. Ce en quoi se divisent vrai­ment l’hu­ma­nité, c’est entre gentils et méchants. Entre les personnes qui sont capables de se mettre à la place des autres et de souf­frir avec eux et de se réjouir avec eux, et les fils de pute qui cherchent seule­ment leur propre béné­fice, qui savent seule­ment regar­der leur nombril.

Une personnalité heureuse et l’explication du titre.

Par contre, j’ai été incons­ciente tout le temps, à ce qu’on m’a raconté. C’est merveilleux, non ? tu imagines si j’avais été consciente de tout, tu imagines si je m’étais rendu compte que ce bout de ferraille s’était planté dans mon œil, quelle horreur super horrible, j’en ai la chair de poule rien que d’y penser ! Mais au lieu de ça je me suis évanouie et, quand je me suis réveillé, il m’avait déjà vidé l’or­bite et ils avaient fait tout ce qu’ils avaient à faire. Quelle chance ! C’est que moi, tu sais, j’ai toujours eu une très bonne chance. Et heureu­se­ment que je suis aussi gâtée par la chance, parce que, sinon, avec la vie que j’ai eue, je ne sais pas ce que je serais devenue.

Remarque sur le pouvoir d’une belle voiture.

Et puisque on en parle, à quel instant démen­tiel a‑t-elle eu l’idée de s’ache­ter une lexus etc ? Elle a toujours aimé les voitures, mais s’in­fli­ger une telle dépense, commettre un tel excès… Elle a fait comme ces pathé­tiques vieux croû­ton bour­rés d’argent qui s’achètent une déca­po­table pour draguer. Même si, à vrai dire, elle ne l’a pas tant ache­ter pour draguer que pour se sentir un peu moins minable que ce qu’elle se sent réel­le­ment. Les voitures donnent du pouvoir, et les vieux croû­tons le savent bien.

Felipe a décidé de se suicider à 82 ans.

Les mois de sa dernière année s’écou­laient et Felipe ne trou­vait pas le jour pour se tuer, tantôt parce qu’il était fati­gué, tantôt parce qu’il était enrhumé et d’autres fois encore parce qu’il se sentait plus ou moins à son aise. Et ainsi, bête­ment, le temps avait passé, et il avait eu quatre-vingt-trois ans, puis quatre-vingt-quatre, et il a main­te­nant quatre-vingt-cinq ans et il est toujours là sur ses pieds, sans avoir la force de prendre la déci­sion finale, bien qu’ils dépendent désor­mais complè­te­ment des bonbonnes d’oxy­gène et qu’il ait été pris en otage par un vieillard qu’il ne recon­nait pas. Car vieillir, c’est être occupé par un étran­ger : à qui sont ces jambes des déchar­nées couverte d’une peau fragile et fripée, se demande l’an­cien mineurs, hébété. Eh bien, même comme ça Felipe n’est pas capable de se tuer. Trop de lâcheté et trop de curio­sité. Et la fasci­na­tion de cette vie si âpre et si belle.

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Édition Acte Sud

C’est peu dire que j’aime cet auteur, je veux bien partir avec lui dans toutes « ses traver­sées » à l’ori­gine de la famille Desro­siers sans jamais m’en­nuyer. Après, « Victoire » et surtout « La traver­sée du Conti­nent » qui avait vu la petite Rhéauna, arri­ver chez sa mère Maria qui l’a fait venir pour s’oc­cu­per de son petit frère né d’un autre père, nous voilà avec elle, sa mère et son petit frère en 1914 à Mont­réal. Rhéauna, a fini par accep­ter et aimer son sort car son petit frère est adorable et sa mère fait tout pour qu’elle aille à l’école et satis­fasse son envie de lecture. Elle ne s’oc­cupe du petit que lorsque sa mère travaille dans le bar le soir. Mais cette enfant écoute les conver­sa­tions des grands et évidem­ment, en 1914, on parle de la guerre, comme c’est une enfant coura­geuse, elle décide de sauver sa mère et son petit frère et d’ache­ter des billets de train pour rejoindre ses grands-parents et ses deux sœurs à la campagne dans le Saskat­che­wan. On suit donc le trajet de cette enfant à travers la grande ville de Mont­réal et tous les dangers qu’elle est capable d’af­fron­ter seule. Mais le roman n’est pas construit de façon linéaire, parfois nous sommes en 1912 quand Maria arrive chez son frère Ernest et ses deux sœurs Tititte et Tina et qu’elle explique pour­quoi elle est venue les rejoindre : elle est enceinte d’un homme qui n’est pas de son mari et qui a disparu .

Dans « la traver­sée des senti­ments » les enfants sont un peu plus grands et les sœurs ont décidé de reve­nir à Duha­mel. Là où la famille a des attaches racon­tées dans le roman « Victoire ». Ce roman est l’oc­ca­sion de plon­ger dans la vie des trois sœurs dans ce qu’elle a de plus intime. Michel Trem­blay est un analyste de l’âme fémi­nine d’une finesse et d’une déli­ca­tesse incroyable. Les huit jours de vacances à Duha­mel le petit village de campagne vont donner le courage à Maria pour aller cher­cher ses filles chez ses propres parents dans le Saskatchewan.

Tout le charme de ces romans vient du style de l’au­teur et du temps qu’il prend avec chaque person­nage pour nous faire comprendre leurs choix de vie. Et puis il y a le charme du québé­cois qui chante à mes oreilles. C’est un auteur qui me fait du bien alors qu’il ne raconte pas des vies faciles, je préfère large­ment cette approche par la litté­ra­ture de la vie très dure aux romans où l’au­teur se plaît dans le glauque.

Citations

Maria

Maria marchait vite, s’in­té­res­sait peu aux vitrines pour­tant magni­fiques devant lesquelles elles passaient et n’ar­rê­tait pas de lui dire de se dépê­cher alors qu’elle n’étaient pas du tout pres­sées. Sa mère ne se promènent pas, elle se « rend » quelque part.

Théorie médicale

Leur mère avait terro­risé ses enfants pendant des années en guet­tant chez eux le moindre petit symp­tômes de rhume pendant les vacances esti­vales. « Un rhume en hiver, c’est normal, il fait frette, on attrape froid au pieds, pis c’est plein de microbes. Un rhume en été, c’est parce que le corps va pas ben, que le sang est pourri, pis on peut attra­per des numo­nies sans même s’en aper­ce­voir ! C’est hypo­crite, les numé­ri­sés d’été. Ça tue le temps de le dire. »

J’aime cette façon de raconter :

C’est un drôle de mot succom­ber. C’est un mot qui fait honte après, qu’on trouve laid après, mais qui est telle­ment diffé­rent pendant que ça se passe. Succom­ber quand t’es pas marié, ça fait peur avant, t’as honte après, mais si t’es en amour, c’est telle­ment magni­fique pendant.

Le plaisir et le bonheur des femmes

Les autres femmes n’osent pas inter­ve­nir. Elles ne se regardent même pas. Titille à connu un mariage blanc catas­tro­phique avec un Anglais frigide, Tina a aimé avec passion un homme qui l » a laissé tomber quand il a appris qu’elle atten­dait un enfant de lui, Maria a quitté deux ans plus tôt un vieux monsieur bien gentil et fort géné­reux mais qui était loin de combler ses attentes après avoir été marié à un marin toujours absent et qui ne reve­nait que pour lui faire des enfants. Et voilà que leur cousine dispa­rue de la Saskat­che­wan des années avant elles, celle qu’on tant conspué dans les soirées de famille, dont elle disait qu’elle était allée s’en­ter­rer dans le fond des Lauren­tides, dans l’Est Du pays, pour cacher sa vie de misère avec un batteur de femmes, celle qu’on donnait en exemple pour faire peur aux jeunes filles qui voulaient quit­ter le village à la recherche du grand amour, Rose Desro­siers, qui portait presque un nom de sorcières, se révé­lait être la seule comblée d’entre elles, sans doute la plus heureuse, en tout cas la plus satis­faite de son sort.

Édition Albin Michel

Le destin de femmes, en parti­cu­lier les quatre femmes de la famille Mali­vieri, Agnès la mère, Sabine l’aî­née, Hélène la seconde et Mariette la cadette est décrit avec préci­sion par Véro­nique Olmi, ce récit est inscrit dans le temps : de 1970 à 1981.

C’est un gros roman de cinq cents pages, l’au­teure souhaite donner la même impor­tance à chacune de ces femmes. C’est donc l’émer­gence de la condi­tion fémi­nine qui va être le prin­ci­pal moteur de cette histoire.

Nous sommes au début, dans la famille Mali­viéri, un couple uni dans la foi catho­lique et qui est presque dans la misère, car le père, Bruno doit payer pour la faillite finan­cière de l’affaire de son père. À cause de ce manque d’argent, la famille doit accep­ter un chèque mensuel de la famille Tavel, le beau-frère d’Agnès, sa sœur a fait un très beau mariage avec un très riche indus­triel. La seule contre partie à ce chèque mensuel, c’est de lais­ser Hélène venir passer toutes ses vacances dans la famille Tavel. C’est humi­liant et compli­qué à vivre pour la petite fille, car elle aime les deux familles et ne se sent chez elle nulle part. Ses deux pères sont des figures bien­veillantes qui vont l’ai­der à se construire une person­na­lité toujours un peu ambivalente.

Commen­çons donc par la mère Agnès, dernière née d’une famille nombreuse, elle n’a pas été soute­nue dans son désir d’études et s’est préci­pi­tée dans son mariage avec le gentil Bruno, pensant trou­ver là le moyen de se réali­ser. Le début de leur union sera marqué par la perte d’un enfant à la nais­sance, mais la foi chré­tienne et la vie de famille avec trois filles suffi­ront au bonheur d’Agnès. Et puis les filles parti­ront vivre leur vie et le silence qui s’ins­talle dans leur petit appar­te­ment devient pesant. Elle décide alors de deve­nir factrice et c’est encore un moment de bonheur dans le monde du travail qui s’ins­talle pour elle . Hélas ! une dernière gros­sesse dési­rée par le couple se soldera par un drame (je ne peux pas sans trop en dire sans divul­gâ­cher la fin).

Ensuite vient Sabine, l’aî­née des filles qui a une volonté de fer et une éner­gie peu commune. Elle n’a qu’une envie vivre à Paris et quit­ter l’at­mo­sphère étri­quée de la province. Elle se lancera dans une carrière d’ac­trice et nous permet de décou­vrir la galère des débuts dans le monde du spec­tacle et toutes les luttes qui ont marqué cette époque. Elle a des amours compli­qués et un enga­ge­ment poli­tique à gauche qui lui permet­tra de fêter avec un grand bonheur la victoire de Mitter­rand sur Giscard .

Vient ensuite Hélène, la seule qui soit à l’abri des soucis finan­ciers grâce à l’af­fec­tion de son oncle David Tavel. Elle épou­sera la cause animale et se lance dans la lutte pour la survie de toutes les espèces. Ses amours ne sont pas très simples et cela nous permet de décou­vrir le monde de Neuilly vu du côté des jeunes très favorisés.
Il reste donc Mariette qui a vécu long­temps seule avec ses parents et qui en veut à ses sœurs de ne pas se soucier plus des diffi­cul­tés de Bruno et Agnes , elle se décou­vrira une passion pour la musique et un amour pour Joël qui l’aide à comprendre ses parents.
J’ai oublié une autre femme : Laurence une femme aisée et libre qui vit dans une belle bastide et qui sera un point d’ap­puie impor­tant pour Agnès et Mariette.

Bien sûr il y a des hommes mais ils ne sont là que pour accom­pa­gner le chemi­ne­ment de ces femmes. Même Bruno, le gentil Bruno, qui jamais ne s’im­pose auprès de sa femme ni de ses filles.

C’est un roman qui se lit très faci­le­ment et où on retrouve des aspects de la société que l’on a connus. Je trouve très bien raconté, l’ar­ri­vée de la sexua­lité dans la vie des jeunes filles. La peur et l’at­ti­rance à la fois. Comme je viens d’un milieu laïc, je suis étran­gère à l’en­ga­ge­ment reli­gieux des parents, mais laïcs ou catho­liques se retrouvent dans la condam­na­tion d’une sexua­lité fémi­nine libé­rée. J’ai été un peu lassée par la répé­ti­tion des modèles fémi­nins. Si elles sont diffé­rentes, ces quatre femmes, elles donnent toutes l’im­pres­sion de sortir d’un cocon et d’ou­vrir peu à peu leurs ailes pour affron­ter le monde. Je n’ai pas réussi à croire complè­te­ment aux person­nages, et je regrette qu’au­cun homme ne prenne une vraie consis­tante. J’imagine cepen­dant assez bien l’adaptation de ce roman en une mini série télévisée .

Citations

Bien observé

Autour du cou une étiquette à son nom Hélène Mali­vieri , mais elle n’avait plus, comme lors­qu’elle était plus jeune, à tenir la main d’ho­tesse de l’air qui ressem­blaient toutes à Fran­çoise Dorléac et s’avan­çaient au-devant de son père avec un air affran­chi et une sensua­lité piquante.

Le manque d’argent

Le manque d’argent rendait les liens fragiles, comme si tout pouvait dispa­raître d’un jour à l’autre, et les parents à force de se priver et de faire atten­tion ressem­blaient à deux enfants au bord de la route sans jamais arri­ver à traverser.

Le mariage

Les liens du mariage sont sacrés, avait-il expli­qué à ses filles, ils ne peuvent jamais être rompus, le mariage est indis­so­luble, comme le métal dans l’eau, c’est in-dis-so-lu-ble, ça ne cesse jamais d’exis­ter même après un divorce puisqu’un mariage ne peut pas être annulé, donc le divorce c’est tout simple­ment impos­sible. Cela les avait soula­gées d’ap­prendre que jamais leurs parents ne divor­ce­raient, que ce malheur-là ne pour­rait pas avoir lieu, mais il y avait avant cet indis­so­lu­bi­lité une éner­gie puis­sante qui donnait au mariage la force d’une condamnation.

Les castings

Un direc­teur de casting lui dit qu’il avait quelque chose pour elle, elle pouvait faire un stage et deve­nir casca­deuse, on manquait de casca­deuse. Un autre lui demanda de rire. Elle rit. De pleu­rer. Elle pleura. Il frappa dans ses mains, Ris ! Pleure ! Rit ! Pleure !Et quand elle eut fini, il lui dit qu’elle était très ordinaire.

Portrait d’un mari et (père) effacé

Il ne compre­nait pas qu’A­gnès soit partie en cachette, comme si elle avait été captive, mais peut-être avait-elle besoin de cela aussi, ce senti­ment d’éva­sion, il ne savait pas, il savait peu de chose, à la vérité, il avait la sensa­tion d’être un peu à la traîne et de ne rien voir venir, il demeu­rait cet homme décalé et qu’on aimait pour­tant, il ne savait pas vrai­ment pour­quoi. La mort de la petite fille, Agnès refu­sait d’en parler et cette mort l’ob­sé­dait comme une faute inex­cu­sable, la douleur était physique. Il n’osait dire que l’en­fant lui manquait et qu’il lavait aimée, lui aussi, même s’il ne l’avait pas portée. La gros­sesse, cet état qu’il ne vivrait jamais, était sa défaillance, il était spec­ta­teur d’un mystère puis­sant et mena­çant. Il avait l’im­pres­sion d’avoir toujours vécu avec Agnès et il pensait rare­ment à sa vie d’avant, son enfance au fil du temps était devenu une zone un peu floue, appar­te­nant à un petit garçon aux cheveux rasés et au sourire rêveur, ainsi que les photos le repré­sen­tait au milieu de garçons en short et de filles aux nattes brunes, ses frères et soeurs. C’était loin, des années sans tendresse dont il aurait préféré se passer. Agnès n’était pas la deuxième partie de sa vie, elle était toute sa vie, une vie prise à présent entre deux enfants perdus, l’ef­froyable chagrin sans souvenir.

Création de la ligue de protection des oiseaux

C’était juste avant la Grande Guerre. En 1912. Des safa­ris était orga­ni­sée sur les côtes bretonnes par les chemins de fer de l’Ouest, et chaque dimanche des chas­seurs débar­quaient pour tirer sur les maca­reux moines venus nicher en France. Le soir ils repar­taient et lais­saient derrière des oiseaux plom­bés, des pous­sins affa­més et des oeufs explo­sés. Un homme, le lieu­te­nant Hémery, a décidé de stop­per ce massacre. Il a créé la Ligue pour la Protec­tion des Oiseaux, et la chasse dans les sept îles au large de Perros-Guirec est devenu illégale.

Le symbole de Luocine : le fou de bassan

Depuis 1930, l« île parce qu’elle est proté­gée attire les fous de Bassan. Ces milliers de points blancs, ce sont eux, en colo­nie, sur l’île de Rouzic, que l’on surnomme l’île aux oiseaux. Ils l’ont choi­sie pour sa sécu­rité mais aussi pour les bonnes condi­tions de vent du vent, de dépla­ce­ment et de nour­ri­ture tout autour.

J’aime beau­coup cette auteure, au point d’ache­ter deux fois son livre et de le lire deux fois aussi. Au fur et à mesure que je le lisais, je retrou­vais les person­nages et l’his­toire que j’avais déjà lue, et comme je fais partie de la mino­rité, si injus­te­ment décriée, des lectrices qui adorent qu’on leur raconte la fin des intrigues, c’était le bonheur total. C’est vrai­ment une lecture distrayante et que vous aime­rez si vous avez gardé le plai­sir que vous l’on raconte des histoires. Le procédé narra­tif n’est pas banal , car pour expli­quer pour­quoi cette mère Tatiana a dû empê­cher sa fille Nine d’al­ler à la fête du lycée, elle doit d’abord l’emmener dans une cabane perdue près d’un lac, où malheu­reu­se­ment aucune connexion n’est possible , mais surtout racon­ter son enfance et révé­ler peu à peu les secrets de sa famille. Ceux-ci sont si lourds et si complexes qu’il ne faut surtout pas les révé­ler trop bruta­le­ment, et il faudra bien tout le temps d’un roman, pour que Nine sente combien sa mère l’a aimée plus que tout et qu’a­vant sa mère, Rose-Aimée sa grand mère avait fait preuve d’un courage incroyable pour que ses trois enfants puissent vivre à l’abri d’un père on ne peut plus destruc­teur. L’au­teure termine son roman quand les diffé­rents person­nages vont se retrou­ver et j’avoue que j’au­rais bien aimé savoir comment leurs retrou­vailles allaient se passer . Mais son histoire est termi­née quand tant d’autres la commenceraient.

C’est un roman qui est classé « ado », et oui, je pense que cela peut plaire à des jeunes lecteurs car l’in­trigue est bien fice­lée, mais surtout l’ado­les­cence est parfai­te­ment décrite. Dans ses excès, ses fragi­li­tés et son incroyable sens de l’hu­mour. Et c’est ce qui rend ce roman lisible pour les adultes qui aiment cet âge. Quand elle était jeune Tatiana qui s’ap­pe­lait alors Conso­lata a supporté les errances de sa mère qui chan­geait assez souvent de compa­gnon. L’au­teure décrit très bien les diffi­cul­tés de l’en­fant lorsque sa mère change de parte­naire, elle aimait l’an­cien et détes­tait le nouveau qui pour­tant a bien des qualité qu’elle décou­vrira petit à petit. Elle se crée des pères biolo­giques au gré de ses passions, un célèbre foot­bal­leur ou un chan­teur de rock Elle ne sait rien des diffi­cul­tés réelles de sa mère mais une chose certaine elle n’a pas manqué d’amour dans sa vie. À son tour elle aimera de toutes ses forces sa fille, Nine, même si elle ne lui offre pas le dernier IPhone le même que celui de toutes ses amies . D’ailleurs le rapport à l’argent de Tata­nia-Conso­lata semble bien compli­qué, et on décou­vrira pour­quoi. Rassu­rez-vous je respecte les anti-divul­gâ­cheuse et je n’en dirai pas plus !

Je crois que j’ai préféré « et je danse aussi » du même auteur mais il est bien dans la même veine que « le temps des miracles » et pour le côté combat des femmes : « Pépites »

Citations

Tellement bien vu !

C’est une vieille voiture de marque alle­mande, le genre de tank démodé qui polluent l’at­mo­sphère depuis la fin du 20e siècle et qui fait honte à la fille assise à l’arrière.
La fille, c’est Nine, 16 ans la semaine prochaine, cinq cents kilo­mètres de silence au compteur.

Une autre époque

D’une certaine façon, le monde était plus lent et plus vide qu’au­jourd’­hui. Chaque chose que nous faisions prenait du temps, récla­mait des efforts, mais personne ne s’en plai­gnait puisque c’était normal. Les photos, par exemple. Il fallait appor­ter la pelli­cule chez un photo­graphe pour qu’elle soit déve­lop­pées dans un labo. Parfois, il s’écou­lait plusieurs mois entre la prise de vue et le tirage, si bien qu’en décou­vrant le résul­tat, on ne se souve­nait même plus qui était sur le cliché ! Rien n’était instan­tané, à part le choco­lat en granu­lés et le café en poudre ! Si tu étais fan de musique, pour écou­ter ton morceau préféré, tu devais attendre qu’il passe à la radio. Ou bien, tu devais aller ache­ter le disque vinyle dans un maga­sin spécia­lisé. Et si par malheur tu n’avais pas de maga­sins de disques près de chez toi, tu devais le comman­der sur le cata­logue, ce qui suppo­sait d’at­tendre encore plus longtemps…

Édition NRF Galli­mard. Traduit de l’an­glais par Élodie Leplat

J’avais lu des réserves sur ce roman, réserves que je partage, pour­tant son premier roman : » Le Chagrin des Vivants » m’avait beau­coup plu, j’étais moins enthou­siaste pour « La salle de Bal » et encore moins pour celui-ci. On suit le destin de trois amies : Hannah qui cherche à avoir un bébé à tout prix, Clare qui se remet diffi­ci­le­ment de la nais­sance de son fils et Mélissa (Lissa) qui veut réus­sir sa vie d’ac­trice. Ces trois femmes sont les filles de la géné­ra­tion qui pense avoir libéré la femme des carcans qui avaient telle­ment pesé sur elles. Libé­rées ? je ne sais pas si elles le sont mais en tout cas heureuses elles ne le sont pas telle­ment. Lissa, malgré un succès dans une pièce de Tche­khov, finira par renon­cer à sa carrière . Hannah détruira son couple à force de FIV et de trai­te­ment hormo­naux, et Clare ne sais plus si elle est homo­sexuelle ou amou­reuse encore d’un mari qui fait tout pour l’ai­der à élever leur fils. L’au­teure promène son lecto­rat dans l’en­fance et la jeunesse de ces trois femmes et je lui recon­nais un soucis d’honnête très poussé au détri­ment des effets roma­nesques trop faciles. Je pense qu’elle cerne bien les person­na­li­tés des jeunes femmes à l’heure actuelle , mais c’est loin d’être passion­nant. Tout tourne autour de la trans­mis­sion mère/​fille et du désir d’en­fant. ( je me suis demandé si l’au­teure n’étais pas confron­tée à un bébé un peu fati­gant quand elle a écrit ce roman). Les diffi­cul­tés de notre société, et la vie des couples d’au­jourd’­hui sont très bien rendues, et beau­coup d’entre nous recon­naî­trons leur mère, leur fille, leurs amies. Il n’empêche que cette lecture m’a quelque peu ennuyée et je sais que j’ou­blie­rai assez vite ces person­na­li­tés sans grand inté­rêt. Je crois que c’est parti­cu­liè­re­ment compli­qué de rendre compte de la vie « ordi­naire » ! ( pas si ordi­naire que cela puisque deux d’entre elles sont diplô­mées d’Oxford !)

Citations

L’université

C’est là, d’après Lissa, l’en­sei­gne­ment prin­ci­pal de l’Uni­ver­sité, comment racon­ter des conne­ries avec convic­tion. Plus la fac est répu­tée, meilleures sont les conneries.

Droite et gauche en Grande Bretagne

Compa­rés à ses propres parents, la mère et le père de Cate paraissent jeunes. 
Chez Cate on vote à gauche. Chez Hannah on vote à droite.
Chez Cate il y a Zola et Updike. Chez Hannah il y a les Reader Digest et l’En­cy­clo­pae­dia Britannica. 
Le père de Cate fait un métier en rapport avec l’in­gé­nie­rie. Le père d’Han­nah est gardien à l’hô­pi­tal Christie.
Chez Cate il y a de l’huile d’olive. Chez Hannah il y a de la vinai­grette toute prête.

Édition JCLat­tès . Traduit de l’an­glais par Johan Frede­rik Guedj.

J’ai reçu en cadeau cet essai de Tara Westo­ver et je l’ai lu avec beau­coup d’émo­tion et d’in­té­rêt. Cette jeune femme diplô­mée de l’université de Cambridge et de Harvard a commencé sa vie dans des condi­tions très parti­cu­lières. Venant d’un milieu mormon, elle a grandi dans l’Idaho près du mont Buck’s Peak.

Cette montagne aura une grande impor­tance dans la construc­tion de sa person­na­lité, son père lui a raconté toutes les légendes qui peuplent ces lieux et elle repré­sen­tera tout son univers pendant seize ans de sa vie. L’en­fance qu’elle raconte dans ce livre est terrible car non seule­ment les mormons ont tendance à vivre entre eux en respec­tant des règles strictes mais en plus son père était « le plus mormon des mormons » et surtout c’est un malade mental qui est la proie de crises para­noïaques. Il faudra à Tara, seize longues années pour se défaire des liens qui l’at­ta­chaient à cette famille morti­fère. Son frère aîné est d’une violence et d’une perver­sité incon­trô­lable, elle sera battue, humi­liée et en grand danger de mort sans que ses parents n’in­ter­viennent. Il faudra une dernière crise de ce frère pour qu’en­fin elle aban­donne ses réac­tions de petite dernière de la fratrie des Westo­ver pour aller vers des études qui lui permet­tront de trou­ver la femme remar­quable qu’elle est vraiment.

Sa descrip­tion de son enfance est émou­vante, si elle n’est pas allée à l’école, elle a croisé des adultes qui savaient lui dire que ce n’était pas normal et cela a dû avoir une certaine impor­tance dans la rupture avec ses parents qu’elle devra assu­mer. Elle tient beau­coup à ce titre « Éduca­tion » , car oui elle a été éduquée et en parti­cu­lier à trou­ver des forces en elle-même, savoir admi­rer la beauté de la nature mais à part cela c’est vrai­ment diffi­cile de voir les valeurs que son père lui a données. On sent très bien que la reli­gion n’est qu’un prétexte pour ce père afin de soumettre toute sa famille à des lois et des règles très dures. Les seuls qui se sont sortis de cette domi­na­tion sont ceux qui n’ont pas accepté de faire partie du clan et qui tous grâce aux études ont pu assu­mer leur vie. Les autres vivent encore sous cette domi­na­tion et le succès du livre de Tara n’a pas dû arran­ger la para­noïa de son père. Elle est défi­ni­ti­ve­ment passée du côté du gouver­ne­ment, celui qui impose le lavage de cerveau par l’école, qui ruine la santé par les vaccins et les soins à l’hô­pi­tal, qui ne croit pas à la fin du monde et donc n’en­cou­rage pas les construc­tions de souter­rains pour survivre : bref, le monde de terreur dominé par le patriarche et assiégé par les forces du mal dont sa fille fait main­te­nant partie.

Le soucis de vérité de Tara Westo­ver et son honnê­teté sont très émou­vants elle cherche à éviter la culpa­bi­lité que sa mère sa sœur et ses frères veulent lui incul­quer. On sent tout le travail théra­peu­tique qu’elle a dû faire pour oser écrire ses souve­nirs sans bles­ser personne et pouvoir retrou­ver sa famille sur des valeurs d’amour qui ne soient pas fondées sur la mani­pu­la­tion des uns par les autres.

Citations

Le début

Je n’ai que sept ans, mais je comprends que c’est surtout ça qui rend ma famille diffé­rentes : nous n’al­lons pas à l’école.
Papa redoute que le gouver­ne­ment ne nous force à y aller, et cela est impos­sible, parce que les auto­ri­tés ignorent que nous exis­tons. Quatre des sept enfants de mes parents n’ont pas d’acte de nais­sance. Nous n’avons pas de dossiers médi­caux, parce que nous sommes nés à la maison et n’avons jamais vu un méde­cin ou une infir­mière. Nous n’avons pas de dossier scolaire parce que nous n’avons jamais mis les pieds dans une salle de classe.

La propreté

« N’ap­prends-tu pas à tes enfants à se laver les mains après être allés aux toilettes ? »
Papa a pas mis le moteur en route. Le pick-up avan­çait lente­ment, il a fait un signe de la main. 
« Je leur apprends à ne pas se pisser sur les mains. »

La religion de ses parents

J’avais toujours su que mon père croyait en un Dieu diffé­rent. Enfant, j’avais conscience que si ma famille fréquen­tait la même église que tout le monde dans notre ville, notre reli­gion n’était pas pareil. Les autres croyaient en la décence ; nous, nous la prati­quions . Ils croyaient au pouvoir de guéri­son de Dieu ; nous remet­tions nos bles­sures entre Ses mains. Ils croyaient en la prépa­ra­tion de la Résur­rec­tion, nous nous y prépa­rions véri­ta­ble­ment. Aussi loin que je me souvienne, j’étais convaincu que les membres de ma famille étaient les seuls vrais mormons que j’ai jamais connus.

Le final

Main­te­nant que j’y pensais, je me rendais compte que tous mes frères et soeurs excep­tés Richard et Tyler, étaient écono­mi­que­ment dépen­dants de mes parents. Ma famille se scin­dait en deux ‑les trois qui avaient quitté la montagne, et les quatre qui étaient restés. Les trois titu­laires de docto­rat, et les quatre sans diplômes. Un fossé était apparu, et se creusait.

Édition P.O.L

J’ai trouvé cette lecture chez « lire au lit » un blog qui propose des lectures origi­nales et qui sont souvent éditées chez P.O.L. Comme cette blogueuse, je me suis atta­chée à Ayme­ric, le père du petit Jim, né d’une d’une maman, Florence qui mène sa vie un peu à « l’ar­rache ». Le roman couvre la jeunesse d’Ay­me­ric et de Florence, puis raconte les dix ans de bonheur absolu pendant laquelle Ayme­ric sera le père de Jim, jusqu’au retour du père biolo­gique. Ensuite, nous parta­geons la terrible souf­france de cet homme qui verra son « fils » partir au Canada avec ses parents biolo­giques. Ayme­ric et Jim se retrou­ve­ront, mais vingt ans plus tard et Jim aura beau­coup de ques­tions à poser à ce père qu’il a tant aimé.
Résumé de cette façon, je ne sais pas si je vous donne envie de lire ce roman, pour­tant c’est incroyable comme cette lecture m’a touchée. D’abord parce qu’on ne traite pas si souvent de l’at­ta­che­ment d’un homme pour un enfant jusqu’à penser à en être le père. Sans pour autant faire les démarches admi­nis­tra­tives qui offi­cia­li­se­raient le lien, pensant sans doute que le lien d’amour est plus fort que n’importe quelle admi­nis­tra­tion. Ensuite parce que tous les person­nages sont dans la nuance, trop sans doute, si Ayme­ric s’était plus imposé et avait plus rejeté Chris­tophe le père biolo­gique, il aurait sans doute moins souf­fert. Combien de fois dans ce roman, j’ai eu envie de lui dire : « mais réagis, impose toi , ne te laisse pas faire » . Comme il le dit si bien dans ce roman les conseils des autres qui ne vivent pas la situa­tion sont souvent trop tran­chants et n’aident pas à comprendre l’en­semble de la situa­tion. Ces person­nages sont des gens d’au­jourd’­hui ni en réus­site parti­cu­lière ni en échec, ils vivent dans une région que l’au­teur aime profon­dé­ment : le Jura. Une région de bois et de montagne, dans laquelle Pierre Bailly a ses attaches . Le centre du roman qui raconte l’en­fance de Jim au milieu de la nature qu’il découvre grâce à son père et à une grand-mère qui vit dans une ferme au milieu des bois, est un moment magique. Comme tous les bonheurs, il y a des failles que le narra­teur ne veut pas voir : est-il encore amou­reux de Florence ? ou reste-t-il près d’elle pour élever leur (son) enfant ?

Le récit est très bien mené , le choix de la maman de le couper de ce père pour que l’en­fant essaie de s’adap­ter au Canada est très logique mais que de dégâts derrière. Le person­nage que je trouve le moins crédible mais aussi celui qui m’a le plus dérangé c’est Chris­tophe le père biolo­gique. Il n’a abso­lu­ment pas voulu de cet enfant et a repoussé cette femme quand il a su qu’elle atten­dait un enfant de lui. Un terrible acci­dent a tué sa femme et ses deux filles et c’est chez Florence qu’il vient se faire conso­ler. Il fallait bien un person­nage pour le roman , mais lui je n’ar­rive pas à imagi­ner sa construc­tion mentale.

Nous sommes aussi dans un monde que je connais peu, un monde où on va écou­ter des concerts pour tout oublier et la drogue aide bien dans ce cas. Je préfère et de loin quand le narra­teur obtient le même résul­tat dans ses marches en montagne.

Un superbe roman et je me promets de lire les autres livres de cet auteur.

Citations

Psycho à la fac

En psycho que on devait être trois mecs pour deux cents filles. Je me souviens d’une soirée où j’ai dit à un type que je faisais psycho, il en est resté bouche bée pendant plus de dix secondes, esto­ma­qué par ma réponse. Il a fini par s’ex­cla­mer : mais oui, t’as tout compris, toi, oh, le petit malin, en plus ça marche à ce que je vois, bien joué mon gars. Là, il regar­dait en direc­tion de Jenny, et quand je lui ai annoncé qu’on se connais­sait d’avant, qu’on ne s’était pas rencon­tré sur les bancs de la fac mais au collège, il a repris sa tête de pois­son crevé. Il venait de trou­ver la seule raison pour un mec aller en fac de psycho fina­le­ment non, ce n’était même pas pour ça que j’y étais .

L’éducation d’un petit garçon aujourd’hui .

On avait beau avoir le souci, autant Flo que moi, de ne pas trop valo­ri­ser les codes mascu­lin et de ne pas lui impo­ser des pratiques de petit mec, on avait beau l’en­cou­ra­ger à s’au­to­ri­ser à aimer la couleur rose ou tel jouet tradi­tion­nel­le­ment destiné aux filles, et j’in­siste pour dire que je faisais ma part de boulot en la matière, et bien je ne pouvais pas m’empêcher de camper ce person­nage de père qui bricole, de père qui n’a peur de rien, de père un peu brutal parfois .

Comment gérer une crise : les amis ne sont pas forcément les mieux placés .

Elle était au courant de tout, bien sûr, elle était encore plus remon­tée que moi. C’est toujours facile de s’emballer quand on est exté­rieur, on ne vit pas les choses, on n’est pas vrai­ment concerné, on ne souffre pas de la même manière, et puis on n’aura pas à assu­mer les consé­quences de nos réac­tions et de nos actes, alors on adopte une posi­tion radi­cale, on joue les durs, et on ferait mieux de se taire, car on est souvent de mauvais conseil,

Édition Picquier Poche . Traduit du japo­nais par Myriam Dartois-Ako

J’ai reçu ce cadeau d’une amie qui sait trans­for­mer le moindre repas en un moment où chaque convive se sent bien. Tous les plats de mon amie respirent la gentillesse et ses petits gâteaux sont autant de gages de son atten­tion à autrui. Je ne suis pas surprise qu’elle ait aimé cette histoire. Moi, j’ai une réserve sur le style de l’au­teure entre la naïveté de l’en­fance et la maladresse d’un récit un peu simpliste, je ne suis pas tota­le­ment partie dans son univers. Mais, pour le plai­sir de la cuisine japo­naise ce roman vaut la peine d’être lu. La lecture ne vous retien­dra pas très long­temps une soirée sans doute. Mais vous ferez un beau voyage parmi des saveurs que vous aurez envie de découvrir.

Une jeune fille, cuisi­nière, est aban­don­née par l’homme qu’elle aime. Elle revient dans son village et retrouve sa mère avec laquelle elle n’a plus aucune rela­tion. Le choc de la rupture amou­reuse a été si violente qu’elle a perdu sa voix et doit donc s’ex­pri­mer par écrit et surtout à travers sa cuisine. Elle y met tout son cœur et s’ef­force de comprendre au mieux les gens qui viennent dans son restau­rant. Bien sûr on compren­dra le pour­quoi de sa rela­tion avec sa mère et le secret de sa nais­sance. Ce n’est certai­ne­ment pas ce qui vous donnera envie de lire ce petit roman. En revanche, la descrip­tion des plai­sirs que peuvent procu­rer la cuisine exécu­tée par une Japo­naise qui sait mélan­ger ce qu’il y a de meilleurs dans toutes les cuisines du monde entier pour­raient vous ravir.

Citations

La cuisine de sa grand mère .

C’était ma grand-mère qui, en douceur, m’avait initiée à l’uni­vers de la cuisine.
Au début, je m’étais conten­tée de regar­der, mais au fil du temps, j’avais pris place à ses côtés devant les four­neaux et j’avais appris à cuisi­ner. Elle ne me donnait que peu d’ex­pli­ca­tions mais elle me faisait goûter au plat à chaque étape de leur prépa­ra­tion. Peu à peu, mon palais a emma­ga­siné les consis­tances, les textures, les goûts.
La silhouette de ma grand-mère en train de s’af­fai­rer dans la cuisine m’ap­pa­rais­sait nimbée d’une lumière à la fois divine et sublime, il me suffi­sait de la contem­pler. Le simple fait de l’ai­der me donnait l’im­pres­sion de prendre part, moi aussi, à une tâche sacrée.

Sa mère et elle.

Entre ma mère et moi s’éle­vait une muraille faite de dix années accu­mu­lées, si haute que le sommet en restait invisible.

Avec ma mère, c’était toujours la guerre froide. J’étais capable d’amour pour presque tous les humains et les êtres vivants. Il n’y avait qu’une seule personne que je n’ar­ri­vais pas à aimer sincè­re­ment – ma mère. 
Mon anti­pa­thie pour elle était profonde et massive, presque autant que l’éner­gie qui me faisait aimer tout le reste. 
Voilà qui j’étais vrai­ment. L’être humain ne peux pas avoir le cœur pur en permanence.
Chacun recèle en lui une eau boueuse, plus ou moins trouble selon les cas.
Donc, pour main­te­nir propre cette eau fangeuse, j’avais décidé, dans la mesure du possible, de la lais­ser repo­ser paisiblement.
Ma mésen­tente avec ma mère était préci­sé­ment cette boue en moi, mais si je demeu­rais sereine, elle ne sali­rai pas tout mon cœur. Donc je donc, je faisais en sorte d’évi­ter ma mère le plus possible. En un sens, je m’ap­pli­quais à igno­rer sa présence. J’étais convain­cue que c’était là le seul moyen de garder le cœur pur.

La cuisine japonaise.

Le « kimpira » de péta­site du Japon aux prunes séchées, la bardane mijoté avec une bonne dose de vinaigre, le « bara­zu­shi » de riz vinai­gré aux petits légumes, le flan salé « chawan-mushi » au bouillon fondant et goûteux, le flan au lait aux blancs en neige, les gâteaux à la poudre de soja grillé cuit à la vapeur et bien d’autres recettes encore, héri­tées de ma grand-mère, étaient vivantes en moi.

Style de l’auteure un peu enfantin. Ou japonais ?

Le soleil s’en­fon­çant entre les immeubles de la ville avait aussi son charme, mais le coucher de soleil, ici, et c’était comme si la nature exhi­bait ses biceps. Devant une telle magesté les hommes devraient renon­cer à essayer de faire plier la nature selon leur bon vouloir. Le corps de mon insi­gni­fiante personne était prolongé par une ombre étirée comme un bâton.

La cuisine française .

On a souvent tendance à penser qu’il est impos­sible de cuisi­ner fran­çais sans pois­son ni viande, mais les légumes, s’ils ont une force intrin­sèque, peuvent jouer un rôle de premier plan dans un menu. Il y a un secret à cela.
Je me suis remé­moré mon appren­tis­sage dans un restau­rant fran­çais, déli­ca­tesse des saveurs et audace dans l’es­thé­tique, des prin­cipes que je me suis effor­cée de respec­ter en mettant la dernière main au plat. 
En entrée, salade de fraises. J’avais mis de la Roquette, du cres­son frais et des fraises à macé­rer dans une réduc­tion de vinaigre balsamique. 
Pour le premier plat prin­ci­pal, des carottes frites. Des carottes avec leur peau, simple­ment coupées en deux dans le sens de la longueur et roulées dans la chape­lure, frites à. À l’huile végé­tale. Servies avec une garni­ture de salade de légumes, on aurait dit, éton­nam­ment, de magni­fiques crevettes panées.
En deuxième plat prin­ci­pal, un steak de radis blanc. Du radis blanc, préa­la­ble­ment blan­chi et poêlée avec des shii­take semi-séchés. En assai­son­ne­ment, sel, sauce de soja et huile d’olive.