Édition Actes Sud, août 2004

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard

 

Le thème du club de lecture du mois de mars ce sont les livres qui ont connu un grand succès, il y a vingt ans. Il se trouve que j’ai lu presque en même temps deux romans : « Tes pas dans l’escalier » de Antonio Munoz Molina puis celui-ci. C’est fou, la différence de ce qui se passe quand j’accroche à un livre ou que je le lis pour remplir les obligations que je me sens vis à vis de mon « club de lecture » . J’ai lu en moins d’une journée (de pluie bien sûr) ce roman. J’ai tout aimé, le style, les descriptions de la nature, la narration et le caractère des différents personnages. J’ai lu d’autres romans de cet auteur mais je n’avais pas mis de billets sur Luocine.

Ce roman a reçu le prix Goncourt en 2004, et a connu un grand succès , tout cela bien mérité.

Laurent Gaudé décrit tellement bien les Pouilles, cette région écrasée par le soleil, où la misère règne depuis des siècles. Aujourd’hui le tourisme apporte des devises mais la région est toujours marquée par le soleil implacable, mais la perte de la foi religieuse. La famille Scorta trouve son origine dans un viol à Montepuccio, village qui a envoyé en prison un jeune homme qui revient quinze ans après pour se venger . Le viol donnera naissance à un Rocco qui sera un bandit de grand chemin, il deviendra très riche, mais donnera tout son argent mal-gagné à l’église à la seule condition que chaque Scorta aie un enterrement en grande pompe. Les trois enfants Scorta partiront à New-York. Ils reviendront quelques années plus tard avec un secret et un peu d’argent. La famille achètera un bureau de tabac et cela deviendra la façon dont la famille sortira de la misère. Ce que j’ai aimé, c’est que, même si les personnages sont un peu caricaturaux, on évite quand même les lieux communs trop faciles sur l’Italie. Les personnages ont un rapport à l’autorité policière très particulier, nous n’assistons pas à la création d’un clan mafieux ce que j’ai cru au départ quand le bandit Rocco est revenu dominer le village. Pour les Scorta l’important c’est le travail qu’ils doivent réaliser ensemble, ils trouvent leur force dans le clan tous ensemble et pas dans l’argent trop facile. Et puis, il y a l’autre force celle de l’amour, celui d’Elia pour Maria est certes un peu trop romantique et un peu caricatural, cela pourrait être un bémol mais j’étais déjà bien partie dans cette histoire.

Nous suivons le parcours de ces enfants et de leurs petits enfants avec chacun une difficulté à surmonter la malédiction du Scorta qui est né d’un viol est est devenu un grand bandit. Les Pouilles vivent devant nos yeux et ce pays si plein de soleil fait du bien au énième jour de pluie en Bretagne.

Je suppose que vous avez déjà tous lu ce roman j’ai hâte de savoir si vous l’avez aimé autant que moi !

 

Extraits

Le début .

 La chaleur du soleil semblait fendre la terre. Pas un souffle de vent ne faisait frémir les oliviers. Tout était immobile. Le parfum des collines s’était évanoui. La pierre gémissait de chaleur.

L’enfant maudit.

Le curé resta sans voix. La vieille devant ce silence s’enhardit et lui expliqua que le village pensait que c’était la meilleure chose à faire. Cet enfant était né d’un vaurien. Sa mère venait de mourir. C’était bien là le signe que le seigneur punissait cet accouplement contre nature. Il valait mieux tuer le petit qui, de toute façon était entré dans la vie par la mauvaise porte. C’est pour cela qu’ils avaient tout naturellement pensé à lui. don Giorgio. Pour bien montrer qu’il ne s’agissait pas d’une vengeance ou d’un un crime. Ses mains à lui étaient pures. Il rendrait simplement au Seigneur ce petit avorton qui n’avait rien à faire ici. La vieille expliqua tout cela avec la plus grande innocence.

Les créanciers .

Don Cardella avait été son tout dernier recours. Il l’avait tiré d’affaire, moyennant quoi il avait récupéré plus du double de ce qu’il lui avait prêté mais c’était la règle et Carmela ne trouve rien à redire.
Elle regarda la silhouette de son dernier créancier disparaître au coin de la rue et sourit. Elle aurait pu hurler et danser. Pour la première fois, le bureau de tabac était à eux, pour la première fois, il leur appartenait en propre. Les risques de saisie s’éloignait. Plus d’hypothèque. Dorénavant, ils travailleraient pour eux. Et chaque lire gagnée serait une lire pour les Scorta . « Nous n’avons plus de dettes ». Elle se répéta cette phrase jusqu’à sentir une sorte de vertige la saisir. C’était comme être libre pour la première fois.

L’huile d’olive.

 Regarde la sécheresse de cette terre tout autour de nous, et savoure la richesse de cette huile. Entre les deux, il y a le travail des hommes. Et elle sent cela aussi, notre huile. La sueur de notre peuple. Les mains calleuses de nos femmes qui ont fait la cueillette. Oui. Et c’est noble. C’est pour cela qu’elle est bonne. Nous sommes peut-être des miséreux et des ignares, mais pour avoir fait de l’huile avec des caillasses, pour avoir fait tant avec si peu de nous serons sauvés. Dieu sait reconnaître l’effort. Et notre huile d’olive plaidera pour nous.

La sagesse du vieux curé .

 « Oui répondit don Salvatore, les générations se succèdent. Il faut juste faire de son mieux puis passer le relais et laisser sa place. »
 Elia marqua un temps de silence. Il aimait, chez le curé, cette façon de ne pas tenter de simplifier les problèmes ou de leur donner un aspect positif. Beaucoup de gens d’Église ont ce défaut. Ils vendent à leurs ouailles le paradis, ce qui les pousse à des discours niais de réconfort bon marché. Don Salvatore, non. À croire que sa foi ne lui était d’aucun réconfort. 

36 Thoughts on “Le soleil des Scorta – Laurent GAUDÉ

  1. J’avais adoré! Presque vingt ans plus tard, j’ai oublié l’histoire mais je garde le souvenir de cette misère et du soleil écrasant. Je le relirai volontiers. Pourtant, je n’ai pas toujours adhéré aux autres romans de cet auteur.

  2. keisha on 2 avril 2024 at 08:52 said:

    Un jour peut être je lirai cet auteur (oui j’ai un peu honte)

  3. Très bon roman qui fut pour moi la découverte de Gaudé dont j’ai depuis apprécié notamment La mort du roi Tsongor, Eldorado et le recueil de nouvelles Les oliviers du Négus. E quelques autres qui m’ont moins plu.

    • un excellent roman tout ceux et celles qui l’ont lu se souvienne du début : cette longue déambulation dans la chaleur des Pouilles

  4. Bonjour,
    Lu à sa sortie, j’avais beaucoup aimé ce roman, conseillé, offert et aujourd’hui encore je garde la chaleur de ce texte en mémoire. C’est par là que je suis entrée dans l’oeuvre de Laurent Gaudé et je ne rate aucune de ses sorties même si je n’ai pas encore lu le dernier qui m’attend bien sagement !
    La Porte des enfers m’avait également emportée !
    Merci de cette belle chronique, tu me donnerais envie de le relire !
    Anne

  5. Pas tout à fait mon préféré de l’auteur, j’ai adoré Eldorado, Ouragan et La porte des enfers, en tout cas.

  6. J’ai lu ce livre il y a plus de 10 ans… je viens de regarder, en avril 2013 exactement, et en format audio…
    Un chef d’oeuvre ce roman, qui m’a fait lire d’autres titres de Gaudé, avec lequel j’ai ensuite plus ou moins accroché, de façon irrégulière.
    Au fait, tu m’avais envoyé un mail, je t’ai répondu, pour découvrir quelques jours plus tard que ma réponse ne t’était pas parvenue…

  7. Le roman date déjà de 20 ans ! Et dire que je ne l’ai toujours pas lu ! En fait, je n’ai lu qu’un livre de lui (très récemment) et sans doute pas le plus emblématique. Ceci dit, j’ai beaucoup apprécié son style.

  8. Oh oui !! J’adore l’auteur et ce titre est un de mes préférés, un vrai coup de coeur, parmi les livres que je relirais avec plaisir. Une pure merveille.

  9. J’avais aimé ! Il est toujours mon roman préféré de Laurent Gaudé !

  10. J’ai découvert l’auteur avec ce roman : quelle merveille.

  11. Bonsoir Luocine, et bien je ne l’ai pas encore lu mais tu donnes envie. Merci et bonne soirée.

  12. Je ne l’ai pas encore lu mais il attend sagement sur mes étagères (j’avais adoré « Eldorado »). Je pars en vacances dans les Pouilles dans trois semaines et grâce à toi, il sera du voyage!

  13. Je suis fans de cet auteur, et ce titre fait partie de mes chouchoux

  14. oh que oui autant que toi
    j’ai lu ce livre à sa publication et ensuite je l’ai écouté en livre audio ce qui fut très agréable
    c’est vraiment un récit magnifique, je n’ai jamais retrouvé cette qualité dans les livres suivants de Gaudé même si certains étaient agréables

  15. Un des plus beaux romans que j’ai lus ces 20 dernières années !

  16. 5 coquillages bien mérités ! Je souscris à ton commentaire, je me souviens encore de l’ambiance qui se dégageait du livre. Un très bon souvenir partagé par de nombreux lecteurs.

  17. Un auteur que je n’ai toujours pas abordé ; j’ai l’impression qu’il n’est pas pour moi.

  18. Je l’ai lu à sa sortie et j’ai adoré, je crois que je l’ai conseillé maintes et maintes fois pendant de nombreuses années, et je l’ai offert aussi :) Il me reste d’ailleurs à lire la version illustrée qu’ils ont éditées il y a 8 ou 9 ans, cela me permettra de le relire :)

    • je vais mettre un petit bémol sur un livre que j’ai adoré : depuis j’ai lu pas mal d’auteures italiennes voire siciliennes et je les trouve supérieures à ce roman car sans doute plus proche de la réalité.

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