Édition Stock

J’ai trouvé cette tenta­tion de lecture chez Atha­lie , je lui avais dit que je lirai ce livre car j’ai des amis liba­nais, leur histoire me rend si triste et pour­tant ils ne se plaignent jamais. Je ne regrette abso­lu­ment pas cette lecture, je les retrouve dans telle­ment de détails et surtout dans l’hu­mour dont ils font preuve en beau­coup d’oc­ca­sions. Mais là où le récit est le plus proche d’eux c’est dans la façon dont ils reçoivent tous les gens qu’ils aiment avec un repas digne des plus grandes tables avec des plats prépa­rés pour 10 même si nous sommes 4 autour de la table.

Je n’ai mis que quatre coquillages alors que j’ai beau­coup aimé ce livre car je le trouve un peu désordre, l’au­teur part dans tous les sens, j’ai bien aimé le suivre même si parfois, je me suis un peu perdue. Visi­ble­ment les lycéens de 2002 ont été plus enthou­siastes que moi, bravo à eux !

Sabyl Ghous­soub veut comprendre la vie de ses parents et en même temps comprendre les conflits qui ont boule­ver­sés le Liban et cela depuis si long­temps, c’est peut-être pour ça que son récit est compli­qué car fran­che­ment comprendre pour­quoi des chré­tiens se sont assas­si­nés entre eux, sont allés tuer des pales­ti­niens pour ensuite se faire assas­si­ner par le Hezbol­lah, c’est incom­pré­hen­sible. À la fin du livre, l’au­teur fait la liste des gens connus assas­si­nés et c’est une liste qui semble sans fin.

En partant à la recherche des membres de sa famille, l’au­teur est d’une honnê­teté impla­cable, il nous parles de ses cousins qui ont été des assas­sins et ce doux pays qu’il a tant aimé en parti­cu­lier le village de sa mère qui se teinte alors d’une cruauté sans nom.

Ce n’est pas les moment que je préfère même s’ils sont indis­pen­sables à la compré­hen­sion du Liban, ce que j’ai adoré c’est le portait de ses parents, son père qui a besoin d’al­ler boire son café tous les jours en faisant son tiercé et qui a fait tant de métiers car il ne pouvait plus vivre de sa plume ni deve­nir le poète qu’il aurait aimé être. Sa mère qui passe sa vie au télé­phone ou sur What­sapp et qui veut abso­lu­ment que son fils réponde au télé­phone à toute la famille quand il vient la voir. J’adore aussi quand il raconte son agace­ment vis à vis des gens qui parlent du Liban, soit des Liba­nais qui n’y vivent plus depuis très long­temps soit des Fran­çais qui y ont passés quelques jours de vacances.

L’auteur explique très bien tous les problèmes auxquels sont confron­tés le Liban, pays que l’au­teur adore autant qu’il en déteste certains aspects . On peut dire qu’au­jourd’­hui ce pays qui est dirigé par une mafia crimi­nelle aux mains pleines de sang . En revanche, il exprime bien toute sa tendresse pour ses parents qui habitent donc Beyrouth sur Seine, comme toute sa famille, sauf un frère et une soeur qui essaient de vivre au Liban. Si ce récit n’est pas tota­le­ment auto­bio­gra­phique, il suit de très près la desti­née fami­liale de l’au­teur. Un superbe hommage à des gens coura­geux et qui ont gardé leur plai­sir de vivre et leur humour quelles que soient les diffi­cul­tés auxquelles ils ont dû faire face.

Citations

Portrait de sa mère (humour).

Je me lève pour accro­cher le micro à la chemise de nuit de ma mère. J’es­saie de l’at­tra­per entre deux acti­vi­tés. Ma mère est petite, très petite et, comme souvent avec les gens de petite taille, elle est hyper active. Elle me rappelle Nico­las Sarkozy. Là, elle cherche son iPhone qui résonne dans tout l’ap­par­te­ment » Je t’aime ô mon Liban. Ô ma patrie, je t’aime. Par le nord,. par le sud vers les plaines je t’aime. » Sa sonne­rie n’est rien d’autre que « Bheb­bak ya Lebnan, je t’aime ô mon Liban » de la diva liba­naise Fairouz, Longue plainte nostal­gique qui nous agace au plus haut point mon père et moi.

Une mère inquiète de savoir son fils au Liban.

Mes parents sont à Paris, inquiets. Mon père ne veut pas m’ap­pe­ler pour parta­ger avec moi son inquié­tude mais ma mère le fait très bien pour deux. » T’es où ? » écrit-elle toutes les heures comme si dans sa tête elle déte­nait la carto­gra­phie des explo­sions à venir. Comme si me savoir dans cette rue ou une autre la rassurait.

Humour libanais.

Une idée saugre­nue m’est venu en tête : deman­der à mes parents le top 3 des évène­ments qui les avaient le plus affecté pendant la guerre. Bien après, je me suis rendu compte qu’il fallait vrai­ment ne pas l’avoir vécue pour poser une ques­tion aussi sotte. 
Le top 3 de ma mère :
- les massacres de Sabra et Chatila.
– Le massacre de Damour.
- Le blocus de Beyrouth.
Le top trois de mon père :
-Ma nais­sance.
- La nais­sance de Yala.
- Son mariage avec ma mère qui, selon lui, a eu les mêmes effets néfastes sur le Liban que les accords du Caire.

Jugement de Frida Khalo sur le milieu de l’art contemporain à Paris.

Tu n’as pas idée comme ces gens sont des putes. Ils me font vomir. Ils sont si foutre­ment intel­lec­tuels et si pour­ris que je ne les supporte plus. C’est vrai­ment trop pour mon carac­tère. J’ai­me­rais mieux rester assise par terre à vendre des tortillas sur le marché de Toluca qu’a­voir affaire à ces salopes artis­tiques de Paris.

J’adore cet humour.

Tandis que mes parents attendent pour obte­nir leurs papiers, Antenne 2 réali­sait un reportage.
‑Madame, monsieur est-ce possible de vous poser une question ? 
- Oui, bien sûr. 
- Est-ce que vous vous sentez français ? 
-Vous nous donnez quand même les papiers si je vous réponds ? dit mon père. 
Le jour­na­liste rit. 
-Oui, bien sûr monsieur. où vous flou­tera ne vous inquié­tez pas. 
- Vous savez comment je m’ap­pelle ? Kaïs­sar Ghous­soub ! Comment voulez-vous que je me sens fran­çais ? Même liba­nais je ne me suis jamais senti. Je suis né au Ghana 
- Au Ghana ? vous ? 
-Oui ! Et même si je n’ai presque pas vécu, mon père m’a trans­mis le passe­port anglais. Je suis anglais voyez-vous ! Comme beau­coup de liba­nais, mon père est parti en Afrique pour s’en­ri­chir et je dois vous avouer que c’est le seul à avoir raté son coup ! Complè­te­ment raté. Mais pour en reve­nir à votre sujet, peut-être au cime­tière du Père-Lachaise je me senti­rai enfin chez moi

12 Thoughts on “Beyrouth sur Seine – Sabyl GHOUSSOUB

  1. keisha on 9 janvier 2023 at 07:57 said:

    Les parents sont au Liban ? En france ? C’est autobiographique ?

    • toujours précise et je vois que je le suis moins ! toute sa famille vit en France actuel­le­ment c’est certai­ne­mant inspiré de sa vie fami­liale . Tu avais une indi­ca­tion avec le titre « Beyrouth sur Seine » n’existe pas au Liban !
      grâce à toi, je vais le préci­ser dans mon billet.

  2. De ton avis sur cet excellent témoi­gnage, drôle et émou­vant, sur ce pays pas comme les autres. J’ai écrit une note très favo­rable également.

    • J’ai dû la lire mais c’est compli­qué de rete­nir tous les blogs qui parlent d’un livre alors désolé d en’a­voir pa smen­tionné ton billet.

  3. Que de bons échos de ce livre.

  4. J’ai un roman sur le Liban dans ma PAL, venant d’une jeune autrice, exilée de la deuxième géné­ra­tion. Je commen­ce­rai par lui. Le dernier extrait cité est parti­cu­liè­re­ment savou­reux je trouve.

  5. Ah oui, comprendre le Liban (et le Moyen Orient en géné­ral), vaste programme, donc pour­quoi pas via ce roman ?!

  6. Comme toi, ce que j’ai préféré est l’évo­ca­tion des parents, la mère accro à WhatApps m’a fait sourire .… Leur nostal­gie se lit très bien. Mais, je te rejoins encore, le projet d’en­semble est un peu brouillon, c’est dommage. En tout cas, contente de l’avoir signalé ce livre !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Post Navigation