Édition le Nouvel Attila. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Roman très atypique et très loin du monde si rapide de notre époque. Il s’ap­puie sur un autre roman, celui d’Ernest Péro­chon, « Nêne » qui a obtenu le prix Goncourt en 1920. (Je vous mets le lien si cet auteur est tombé pour vous comme pour moi dans les oubliettes.) Ce roman, que je n’ai pas lu, raconte la vie d’une servante à la campagne qui consacre sa vie à élever les enfants de son maître et qui oublie de vivre elle-même. Après la guerre 1418, les femmes qui viennent de vivre quatre ans en prenant toutes les respon­sa­bi­li­tés de la vie sociale ont du mal à rentrer dans les anciens sché­mas. Ernest Perochon est visi­ble­ment sensible au statut de ces femmes puisque c’est lui aussi qui a écrit « Les Gardiennes » dont a fait un film en 2017 avec Natha­lie Baye et Laura Smet. Et c’est bien là, au-delà de l’in­trigue, le thème prin­ci­pal du roman qui se situe après la guerre 1418 qui a tant marqué les hommes mais aussi les femmes. Ce roman permet de croi­ser des femmes au destin incroyable comme Made­leine Pelle­tier et Marie Curie dont l’in­ven­tion des ambu­lances avec radio ont permis d’énormes progrès pour soigner les soldats bles­sés à la guerre 1418.

Ce roman se divise en trois parties. nous sommes d’abord avec le pasteur du village qui tremble d’un amour coupable pour la belle Gabrielle . C’est la partie la plus longue et qui m’a le plus inté­rés­sée , ensuite vient le temps des Femmes et en parti­cu­lier celui de la sienne Blanche qui souffre de se sentir trop proche de Nêne l’hé­roïne du roman grâce auquel elle a appris à lire. Même leur fils Jaques ne réus­sira pas à l’ar­ra­cher à sa détresse. Enfin le temps du fils qui vivra lui aussi un grand amour .
Je ne peux pas en dire plus sans vous dévoi­ler la fin mais vous la devi­ne­rez dès la première partie Seule­ment, je sais main­te­nant que la majo­rité des blogueurs et des blogueuses ne commencent pas comme moi tous les romans par la fin. Le suspens ne joue pas un grand rôle dans cette histoire, mais en revanche la vie dans une petite ville dans l’entre deux guerres est bien racon­tée. J’ai beau­coup aimé l’ami­tié entre les deux hommes : le pasteur et le curé de ce village. Ils ont à eux deux créé, bien avant 1962 et le Concile œcumé­nique Vati­can II, la réunion des gens de bonne foi qu’ils soient protes­tants ou catho­liques. Un roman hors du temps et dans la lenteur de la vie de village mais aussi dans l’his­toire de femmes qui ne veulent plus être ni des suivantes, ni des servantes. Et cela est souli­gné par un style parti­cu­lier un rien vieillot qui convient bien à cette histoire. Je n’ai pas lu Ernest Péro­chon mais je me demande s’il n’écrit pas un peu comme cela. J’ai essayé d’en rendre compte dans les extraits choi­sis . Si je n’ai pas mis plus de coquillages, c’est que j’ai trouvé que les trois parties étaient de valeur inégale, et surtout ce qui est vrai­ment dommage l’in­té­rêt allait décrois­sant. La première partie est très belle et méri­tait (selon mon goût) cinq coquillages.

Citations

Le changement d’époque et le style imagé de l’auteure

Il s’ima­gi­nait avoir un œil ouvert sur le monde mais ce n’était pas le bon, le gauche. Son iris se concen­trait sur un ordre des choses tissé dans l’étoffe d’une nature qu’il croyait éter­nelle, or la fibre est friable et se délite lorsque sous l’ha­bit on se heurte au moine, ce vieux fossile entra­vant depuis la nuit des temps l’ho­ri­zon des femmes. Que certaines puissent être lasses de marcher à l’ombre, il n’y avait jamais songé. Que Gabrielle mérite la lumière, c’est une évidence. Adelphe s’en veut. Il s’en veut d’au­tant plus qu’il n’est pas frileux, plus main­te­nant qu’il a vécu la guerre, qu’il a vu l’homme dans le plus laid des bour­biers, déchi­queté, les boyaux a l’air, hurlant comme un goret, alors oui, que le monde bouge mais comme il faut cette fois.

Jolie phrase

Ainsi vont peut-être certains hommes de père en fils sans la clé des femmes, avec l’in­cer­ti­tude pour seule boussole.

Cette auteure aime les images

En réalité ce soir tout en lui est repu, l’heure est la douceur, il n’est pas d’hu­meur à égra­ti­gner quiconque et assure à sa gouver­nante que son pot-au-feu est un véri­table délice. Elle répond d’un borbo­rygme ponc­tué d’un sourire mesquin ; une écla­bous­sure qui le plonge instan­ta­né­ment dans un court-bouillon désenchanté.

Le pasteur et le curé

Le curé est une vieille connais­sance qu’il a un peu délaissé cette année . Pour­tant c’est un bon compa­gnon, toujours partant pour la moder­nité avec qui il a déjà partagé des bières et deux ou trous décon­ve­nues, des espoirs communs qui n’avaient pas trouvé preneur

8 Thoughts on “Adelphe – Isabelle FLATEN

  1. keisha on 15 juillet 2021 at 08:29 said:

    Est ce qu’il ne vaut pas mieux tout simple­ment lire direc­te­ment Nene ?

    • Je sais que tu aimes bien relire les clas­siques, alors toi tu appré­cie­rais sans doute, moi je méfie je m’ennuie dans les lectures de romans anciens. Elle l’a relu et réécrit pour moi et cela m’a plu en partie.

  2. Brigitte on 15 juillet 2021 at 15:48 said:

    Son roman Les gardiennes a été adapté au cinéma en 2017 avec Natha­lie Baye et Laura Smet, thème les femmes de la campagne à l’arrière pendant la guerre de 14 – 18.

  3. Jamais entendu parler d’Er­nest Péro­chon, dont le nom et le prénom sont eux aussi bien datés ( comme son roman ?) Cette réécri­ture m’in­té­resse, parce que j’aime bien l’idée des réécri­tures … Mais ce titre atten­dra son heure, en poche …

    • Ernest , pour les enfants c’est un livre avec un ours et la souris Céles­tine non ? Alors le prénom peut reve­nir à la mode. mon père détes­tait son prénom : Joseph il serait bien surpris d’ap­prendre qu’i a un petit fils qui s’ap­pelle Joseph

  4. La plupart des Goncourt anciens sont oubliés, comme quoi … Je ne connais pas ce monsieur et je n’ai pas très envie de me lancer dans un roman dont l’in­té­rêt décroît.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Post Navigation