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J’ai lu depuis un bon moment déjà ce roman auto­bio­gra­phique, mais j’ai attendu que les polé­miques s’apaisent pour faire mon billet. Je suis mal à l’aise par ce que j’en­tends à propos de l’au­teur, on dissèque les diffé­rents prota­go­nistes de son histoire person­nelle et ça devient vrai­ment glauque. Ses parents, sa mère en parti­cu­lier, son village, son collège, les autres élèves , tout le monde y passe et rien ne dit ce que j’ai ressenti. J’ai cru être assommé par un énorme coup de poing, autant de souf­france, et une France aussi déshé­ri­tée , je ne le savais pas !

Et cela boule­verse pas mal de mes certi­tudes. Je sais que les enfants au collège peuvent être cruels mais s’ils se trans­forment en tortion­naires c’est qu’il y a autre chose. Cette autre chose, c’est la déses­pé­rance d’un milieu qui n’a que la télé comme ouver­ture au monde.

Et puis, il y a cette écri­ture, si précise et qui se met au service du ressenti de l’en­fant qu’a été Édouard Louis, du temps où il s’appelait Eddy Belle­gueule. Je crois qu’il faut que tout le monde lise ce livre, à la fois pour comprendre ce que les enfants diffé­rents peuvent ressen­tir quand ils sont victimes du rejet , et pour savoir à tout jamais que rien n’est joué d’avance pour ce genre d’enfant.

Et puis aussi, pour mesu­rer la force du rejet de l’ho­mo­sexua­lité dans notre monde. Je pense à tous les ensei­gnants qui sont décou­ra­gés par le déter­mi­nisme social, et bien non ! aujourd’­hui encore l’école de la répu­blique peut servir à se sortir de ce déterminisme.

Citations

Le malheur de l’enfant victime

Unique­ment cette idée : ici, personne ne nous verrait, personne ne saurait. Il fallait éviter de rece­voir les coups ailleurs, dans la cour devant les autres, éviter que les autres enfants ne me consi­dèrent comme celui qui reçoit les coups. Ils auraient confirmé leurs soup­çons,« Belle­gueule est un pédé puis­qu’il reçoit les coups » (ou l’in­verse, peu importe). Je préfé­rais donner de moi une image de garcon heureux. Je me faisais le meilleur allié du silence, et, d’une certaine manière, le complice de cette violence.

L’importance de la télé pour sa mère

Quand au lycée, je vivrai seul en ville et que ma mère consta­tera l’ab­sence de télé­vi­sion chez moi elle pensera que je suis fou-le ton de sa voix évoquait bel et bien l’an­goisse, la désta­bi­li­sa­tion percep­tible chez ceux qui se trouvent subi­te­ment confron­tés à la folie « mais alors tu fous quoi si t’as pas de télé ? »

Éditions Seuil

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Un livre de 85 pages qui se lit comme un grand article de maga­zine sur la mort du père d’Édouard Louis que j’avais connu grâce à « En finir avec Eddy Belle­gueule » . On retrouve dans ce roman la descrip­tion sans conces­sion de la misère qui a vaincu son père. J’aime beau­coup l’écri­ture de cet écri­vain et il permet de cerner de près le pour­quoi de la déchéance physique de cet homme dont il a eu tant peur avant de penser qu’il l’a sans doute aimé. Son fils remonte dans le temps et essaie de retrou­ver celui dont le prin­ci­pal crédo était de ne pas être une femme­lette et le pire de l’in­jure était d’être un pédé. Tout le long de ce petit texte Édouard Louis se souvient d’un spec­tacle qu’il avait monté avec ses cousins où lui même jouait le rôle de la chan­teuse. De façon obsti­née, il cherche à savoir pour­quoi son père n’a pas été fier de lui : est ce parce qu’il était déguisé en fille ? Sans doute, mais son père ne lui a rien dit. Cet auteur se souvient aussi du jour ou un de ses frères a essayé de tuer ce père, tout cela parce que lui a dénoncé le fait que sa mère donnait de l’argent à un délin­quant qui ne cherche qu’à boire et à se droguer. L’auto-analyse de la mauvaise conscience est bien à l’image de ce que j’ai déjà lu de cet auteur. Dans sa recherche de la cause de la mort de son père les 10 dernières pages (sur 85, je le rappelle !) sont consa­crées à tous les respon­sables poli­tiques qui ont pris des déci­sions qui ont appau­vri son père donc qui lui a rendu la vie plus diffi­cile. J’avoue que ce ne sont pas mes passages préfé­rés. Je trouve que dénon­cer des hommes poli­tiques en distri­buant les mauvais points comme un maître d’école à l’an­cienne, sans dénon­cer Ricard, alors que son père est capable d’en boire une bouteille entière certains soirs, ce n’est pas très juste dans la distri­bu­tion de ceux qui ont tué son père.

Citations

Noël .

Toute la famille est autour de la table. Je mange beau­coup trop, tu as acheté trop de nour­ri­ture pour le réveillon. Tu avais toujours cette peur d’être diffé­rent des autres à cause du manque d’argent, tu le répé­tais, Je ne vois pas pour­quoi on serait diffé­rent des autres à cause du manque d’argent, et pour cette raison, pour ça tu voulais avoir sur la table tout ce que tu imagi­nais que les autres avaient et mangeaient pour Noël, du foie gras, des huîtres, des bûches, ce qui fait que para­doxa­le­ment plus nous étions pauvres elt plus on dépen­sait d’argent à Noël, par angoisse de ne pas être comme les autres.

École et masculinité .

Pour toi, construire un corps mascu­lin, cela voulait dire résis­ter au système scolaire, ne pas te soumettre aux ordres, à l’Ordre, et même affron­ter l’école et l’au­to­rité qu’elle incar­nait. Au collège, un de mes cousins avait giflé un profes­seur devant toute sa classe. On parlait toujours de lui comme d’un héros. La mascu­li­nité, -« ne pas se compor­ter comme une fille, ne pas être un pédé »-, ce que ça voulait dire, c’était sortir de l’école le plus vite possible pour prou­ver sa force aux autres, le plus tôt possible pour montrer son insou­mis­sion, et donc, c’est ce que j’en déduis, construire sa mascu­li­nité, c’est se priver d’une autre vie, dans un autre futur, dans un autre destin social que les études auraient pu permettre. La mascu­li­nité t’a condamné à la pauvreté, à l’ab­sence d’argent. 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Édition de l’Olivier

J’ai été très touchée par ce roman car tout est en nuances ce qui n’en­lève aucune profon­deur au propos. Une écri­vaine qui est proche de la person­na­lité de Fanny Chia­rello , d’ailleurs c’est sans doute elle-même ou du moins une des ses facettes, aper­çoit une jeune joggeuse dans un quar­tier popu­laire du bassin minier. Elle en fait une photo car elle est très atti­rée par elle. Puis, elle lui écrit ce roman où elle imagine sa vie. Une vie qu’elle connaît bien car elle est elle même issue du même milieu. Ainsi dans ce dialogue avec Sarah, elle révèle aux lecteurs et lectrices que nous sommes, à quel point c’est doulou­reux de se sentir diffé­rente dans ses orien­ta­tions sexuelles, alors que tout dans la société vous pousse à être normal, c’est à dire atti­rée par des garçons. Est-ce plus diffi­cile dans ce milieu que dans la bour­geoi­sie, je n’en sais trop rien ? Je sais depuis Edouard Louis, que cette diffé­rence peut conduire à des réac­tions très violentes. Je pense que dans des familles catho­liques conser­va­trices ou musul­manes, peu importe l’ori­gine sociale, cela doit être très doulou­reux pour la jeune adoles­cente. Dans ce livre, la famille de Sarah n’est pas cari­ca­tu­rée, même si la mère est intru­sive et pense qu’elle a le pouvoir de remettre sa fille dans « le droit chemin » , elle le fait certai­ne­ment par amour et par par peur des malheurs que peut engen­drer l’aveu de l’ho­mo­sexua­lité. Tout en étant une mère qui essaie de bien faire elle est d’une rare violence pour la jeune adoles­cente qui se cherche et ne voudrait rencon­trer que douceur et compré­hen­sion. J’ai trouvé la construc­tion roma­nesque inté­res­sante et les senti­ments de la jeune fille très bien décrits. En revanche, j’ai trouvé un peu conve­nues et sans origi­na­lité les remarques sur la langue fran­çaise et diffé­rents passages obli­gés sur les diffé­rences entre l’ho­mo­sexua­lité et l’hé­té­ro­sexua­lité. À la fin du livre, quand je l’ai refermé et laissé mûrir dans mes pensées, je me suis dit que c’était déjà compli­qué d’être adoles­cente, encore plus, sans doute quand on vient d’un milieu dont on n’épouse pas les codes mais quand, en plus, on se sent juger pour ses émois sexuels alors cela doit deve­nir proche de la cruauté ce qui peut pous­ser suicide ou au moins au replie­ment sur soi. Je me suis deman­dée si Sarah n’al­lait pas deve­nir anorexique, tant les moments à table où elle sent le regard de chacun la scru­ter, la juger et enfin la condam­ner sont pénibles pour elle.

PS . Je suis très contente d’avoir lu et appré­cié un roman de cette auteure qui m’avait telle­ment ennuyée dans le précé­dent « Une faiblesse de Carlotta Delmont »

Citations

Détail bien vu

Son jean taille haute est si moulant que , quand elle glisse son télé­phone dans la poche arrière , on pour­rait taper un message à travers la toile .

Une homosexualité discrète

Quand tu entends Lou faire bruyam­ment étalage de ses atti­rance, tu es mal à l’aise pour elle. Ni plus ni moins que tu ne le serais si elle se jetait sur des garçons. Tu ne comprends pas les gens qui se donnent en spec­tacle, toi qui place l’in­ti­mité en tête des luxes possibles et y aspire de toutes tes forces.

Être végétarienne

Tu as plaidé pour le droit d’être végé­ta­rienne mais ta mère a répondu qu’il était de sa respon­sa­bi­lité de t’as­su­rer une crois­sance normale. Tu as alors tenté de démon­trer qu’une crois­sance normale ne passait pas néces­sai­re­ment par la consom­ma­tion de viande ; pour étayer tes propos tu as imprimé quelques articles qui l’ex­pli­quaient mais ta mère a estimé avoir plus de bon sens que les scientifiques.

Je comprends

La plupart des gens trouvent les érudits passion­nant, mais moi, ils me dépriment. Quand je suis amenée à en écou­ter (ce qui signi­fie que je suis tombée dans un guet-apens), je délaisse très vite le contenu de leur discours pour me concen­trer sur sa forme, sa longueur, son rythme, son lexique, je l’ob­serve comme une patho­lo­gie un peu triste.

I‑M

I‑M

I

Idoux-Thivet (Annie) (L’Ate­lier des Souve­nirs 19 novembre 2018)

J

Jablonka (Yvan) (En Camping-Car 5 juin 2019)

Jacques (Paula) (L’hé­ri­tage de la Tante Carlotta 5 avril 2021)

Jancar (Drago) (Et l’Amour aussi a Besoin de Repos 20 juillet 2018)

Jeffroy (Géral­dine) (Un Été à l’Is­lette 20 janvier 2020)

Jeru­salmy (Raphaël) (Sauver Mozart 14 octobre 2013) (La rose de Sara­gosse 24 octobre 2018)

Jones (Tayari) (Un mariage améri­cain 17 juin 2021)

Josse (Gaëlle) (le Dernier Gardien d’El­lis Island 16 mars 2017) (Une longue impa­tience 1 mars 2021) (Les Heures Silen­cieuses 2 mars 2021)

Jous­se­lin (Edouard) (Les cormo­rans 7 aout 2020)

K

Kadish (Rachel) (De Sang et d’Encre 14 septembre 2020)

Kapl­lani (Gazmend) (Le pays des pas perdus 10 août 2020)

Kawa­mura(Genki) (N’ou­blie pas les fleurs 7 mars 2022)

Kerjan (Jean-Fran­çois) (La nais­sance du senti­ment 26 novembre 2020)

Kern (Étienne) (Les Envo­lés 7 janvier 2022)

Kerr (Philip) (La trilo­gie berli­noise 2 juin 2010) (L’of­frande grecque 3 janvier 2022)

King­slo­ver (Barbara) (Des vies à décou­vert 15 avril 2021)

Kitson (Mick)(Manuel de Survie à l’Usage des Jeunes Filles 29 octobre 2018)

Kour­kov( Andreï) ( Le Pingouin 15 février 2021)

Krüger (Horst) (Un bon Alle­mand 13 juillet 2020)

Küper (Wolf) (un million de minutes 30 décembre 2019)

L

Labayle Denis (Nouvelles sur ordon­nances 16 septembre 2019)

Labuzan (Niels) (Ivoire 2 avril 2019)

Lafon (André) (L’élève Gilles 14 décembre 201

Lafon (Lola) (La petite commu­niste qui ne souriait jamais 21 février 2015)

Lafon (Marie-Hélène) (L’an­nonce 26 novembre 2009) (Joseph 30 octobre 2014)(Histoire du fils 8 avril 2021)

Lalami( Laila)(Les Autres Améri­cains 27 mai 2021)

Lambert Emma­nuelle (Le garçon de mon père 10mars 2022)

Lanches­ter (John) (Chers voisins 4 octobre 2021)

Lançon Philippe( Le Lambeau 12 juillet 2021)

Lane (Harriet) (Le beau monde 31 mai 2021)

La Roche­fou­cauld (de) Louis-Henri (Château de sable 10 décembre 2021)

Laurain (Antoine) (Les caprices d’un astre 10 juin 2022)

Lavoie (Marie-Renée) (La Petite et le Vieux 24 juin 2019)

LEE (Min-Jin) (Pachinko 1 octobre 2021)

Lefteri (Christy) (Les oiseaux chan­teurs 7 avril 2022)

Le Goff (Jean-Pierre) (La France d’Hier 15 octobre 2018)

Lenté­ric (Jean-Baptiste) (Herr Gable 11 février 2022)

Lenz (Sieg­fried) (La leçon d’al­le­mand 8 novembre 2021)

Leo (Maxim) (Histoire d’un Alle­mand 15 juin 2020)

Le Tellier (Hervé) (Assez parlé d’amour 23 aout 2010)(Toutes les familles heureuses 26 décembre 2017) (Anoma­lie 16 aout 2021)

Levi­son(Iain) (Une canaille et demie 5 septembre 2012) (Un voisin trop discret 26 novembre 2021)

Lewy­cka (Marina) (Des adhé­sifs dans le monde moderne 14 juin 2011)

Louis Edouard (En finir avec Eddy Belle­gueule 11 avril 2014) (Qui a tué mon père 28 mars 2022)

Lurie (Alli­son) (La ville de nulle part 23 février 2021)

M

Maban­ckou (Alain) (Black Bazar 27 aout 2009) (Le coq soli­taire 11 mars 2021)

Macrae Burnet (Graeme) (L’Étrange Dispa­ri­tion d’Adèle Bedeau 17 juin 2019)

Majda­lani (Charif) (Villa des femmes 31 mars 2016) (L’empereur à pied 17 septembre 2018) (Des vies possibles 19 août 2019)

Makine Andreï (La vie d’un homme inconnu 27 août 2009) (Le Livre des Brèves Amours Éter­nelles 26 mai 2012) (L’Ar­chi­pel d’une Autre Vie 4 septembre 2018)

Mankell (Henning) (Les chaus­sures Italiennes 14 février 2011)

Martin-Chauf­fier (Gille) (Le dernier Tribun 23 mai 2022)

Mas (Victo­ria) (Le Bal des Folles 9 mars 2020)

Mascaro (Alain) (Avant que le monde ne se ferme 31 mars 2022)

Mauvi­gnier (Laurent) (Histoires de la nuit 9 septembre 2021)

McCann (Colum) (les saisons de la nuit 32 juin 2023) (Apei­ro­gon 29 aout 2022)

McEwan (Ian) (Solaire 27 juin 2016) ( Amster­dam 24 septembre 2021)

Mehran (Marsha) (Une Soupe à la Grenade 10 janvier 2022)

Message (Vincent) (Maître et Posses­seurs 22 octobre 2018)

Meyer (Philipp) (Le fils 24 juillet 2017) (Ameri­can Rust 12 septembre 2022)

Michau (Marion) (Valsez Regrets 4 juillet 2022)

Miche­lis (Denis) (Encore une jour­née divine 29 octobre 2021)

Milo­va­noff(Jean-Pierre) (Le maître des paons 13 mai 2021)

Minard (Céline) ( Le Grand Jeu 23 avril 2019)

Mizu­baya­shi (Akira) (Une langue venue d’ailleurs 9 avril 2013) (Âme brisée 19 avril 2021)

Moberg (Vilhelm)(La femme d’un seul homme le 20 juillet 2021)

Montero (Rosa) (Le roi trans­pa­rent 28 mai 2013) (Le terri­toire des barbares 6 avril 2013) (La folle du logis 24 avril 2017) (L’idée ridi­cule de ne jamais te revoir 13 avril 2017) (La bonne chance 17 février 2022)

Moore (Edward Kelsey) (les Suprêmes 27 octobre 2017)

Moriarty (Liane) (Petits secrets grands mensonges 24 mars 2021)

Morvan­diau (Le taureau par les cornes 3 février 2021)

Moutot (Michel) (Ciel d’acier 8 avril 2016)(Route One 16 mai 2022)

Mukher­jee (Abir) ( L’at­taque du Calcutta-Darjee­ling 22 novembre 2021)

Mulisch (Harry) (La Décou­verte du Ciel 1 décembre 2011) (L’At­ten­tat 29 avril 2019)

Murail (Marie-Aude) (Charles Dickens 27 avril 2009) (Sauveur et fis saison 1 7 septembre 2016) (saison 2 12 juin 2017) ( saison 5 10 décembre 2020)

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Un séjour assez long à Fonte­nay m’a permis de prendre le temps pour lire sur ma liseuse deux livres impor­tants, je commence par celui qui, de l’aveu même Robert Harris, a été à l’ori­gine de son excellent roman « D ». Ce livre d’his­to­rien est abso­lu­ment passion­nant et se lit très faci­le­ment. Je ne peux qu’en recom­man­der la lecture à tous ceux et toutes celles qui sont inté­res­sés par cette période et à qui le fana­tisme et l’in­to­lé­rance font peur. Jean-Denis Bredin permet de comprendre complè­te­ment » le pour­quoi » de cette affaire. Elle a réussi à prendre forme pour des raisons bien particulières :

  • L’ar­mée fran­çaise vient de subir une défaite en 1870 et se sent trahie par la nation disons qu’elle préfère rendre la trahi­son respon­sable de sa défaite plutôt que ses propres incompétences.
  • L’ar­mée est le refuge de la noblesse qui se sent au dessus du pouvoir civile et croit repré­sen­ter le « véri­table » esprit français.
  • L’an­ti­sé­mi­tisme était latent et entre­tenu par l’église catho­lique qui voulait prendre sa revanche sur l’athéisme de la révo­lu­tion française.
  • L’église et l’ar­mée étaient donc les deux piliers de la cause antidreyfusarde.
  • Le pouvoir civil était très régu­liè­re­ment secoué par des scan­dales et avait peu envie de défendre « un juif ».

Tous ces diffé­rents facteurs permettent de comprendre pour­quoi, quand on a cru avoir trouvé le respon­sable de l’es­pion­nage et de celui qui livrait aux Alle­mands les ingé­nieux systèmes de l’ar­tille­rie fran­çaise, tout le monde était bien content de punir ce traitre et que ce soit un juif arran­geait vrai­ment tout le monde. Le travail de Jean-Denis Bredin permet aussi de mieux connaître les diffé­rents prota­go­nistes de l’af­faire , en parti­cu­lier le colo­nel Picquart qui sera le person­nage central du roman de Robert Harris. Mais aussi la famille Drey­fus en parti­cu­lier Alfred qui est un pur produit de l’ar­mée fran­çaise et qui ne souhaite qu’une chose qu’on lui rende son honneur.

Nous suivons aussi « l’af­faire » comme un incroyable moment de folie natio­nale, folie anti­sé­mite d’un côté , soutenu par l’église et son jour­nal « La Croix » et surtout « la libre parole » de Drumont. Et de l’autre côté les Drey­fu­sards entraîné par le talent de Zola , qui veut réta­blir la justice et s’op­pose aux secrets militaires.

Pendant ce temps un homme, Alfred Drey­fus connaît un sort terrible isolé du monde dans l’Ile du diable où pendant deux ans il n’aura le droit de parler à personne. Il ne doit sa survie qu’à son courage et à sa déter­mi­na­tion de prou­ver son inno­cence. Cette affaire ne finit pas de trou­bler les fran­çais et le monde entier. Comment oublier que lors de la dégra­da­tion de Drey­fus et des cris de la foule « Mort aux juifs » un jour­na­liste Théo­dore Herzl , corres­pon­dant d’un grand quoti­dien vien­nois, a compris que les juifs seraient persé­cu­tés tant qu’ils n’au­ront pas leur propre pays ? Comment oublier que toutes les thèses de Drumont et de son jour­nal « la libre parole » seront reprises par les Nazis et mises en œuvre de la façon qu’on connaît ?

Le livre s’ar­rête en 1906 lors de la réin­té­gra­tion de Picquart et de Drey­fus dans l’ar­mée , mais il faudra attendre 1995 pour que l’ar­mée fran­çaise recon­naisse défi­ni­ti­ve­ment l’in­no­cence de Drey­fus. Cela, à la suite d’une note du service histo­rique parue l’an­née d’avant mettant en doute son innocence.

Citations

L’armée en 1894

Pour beau­coup de milieux tradi­tion­nels, l’Ar­mée est vécue comme un refuge, une sauve­garde contre l’ordre nouveau. Elle semble le dernier lieu où se conservent les valeurs anciennes ; elle préserve la fidé­lité légi­ti­miste. Elle est l » « Arche sainte » à laquelle les répu­bli­cains n’ont pas encore osé toucher, un précieux domaine main­tenu intact au milieu de la subver­sion générale.

La position de l’église catholique soutient des « antidreyfusards »

On se révolte contre le refus de Dieu, le prin­cipe de laïcité, la destruc­tion des vertus chré­tiennes, l’ébranlement de l’in­fluence catholique.

L’absolue confiance de Dreyfus dans l’armée française, son armée

« La vérité finit toujours par se faire jour, envers et malgré tous. Nous ne sommes plus dans un siècle où la lumière pouvaient être étouf­fée. Il faudra qu’elle se fasse entière et abso­lue, il faudra que ma voix soit enten­due par toute notre chère France, comme l’a été mon accu­sa­tion. Ce n’ai pas seule­ment mon honneur que j’ai à défendre, mais encore l’hon­neur de tout le corps d’of­fi­ciers dont je fais partie et dont je suis digne . » Alfred Drey­fus au bagne de Cayenne.

Bilan pour le pouvoir de la presse

La presse décou­vrant sa puis­sance, a vite prouvé que celle-ci s’exer­çait en tous sens. Sans » l’Au­rore » et Zola, Drey­fus serait peut-être resté au bagne. Mais,sans Drumont et « La libre parole » y serait-il allé ? La presse nais­sante révèle déjà qu’elle est, qu’elle sera, dans la démo­cra­tie, le meilleur et l e pire : rempart de la Vérité , mais aussi véhi­cule de la calom­nie, péda­go­gie de l’abê­tis­se­ment, école du fana­tisme, en bref , instru­ment docile à ceux qui la font et à ceux qui la reçoivent.

La culpabilité de Dreyfus pour l’Armée

Drey­fus fut succes­si­ve­ment coupable de trois manières.Il fut d’abord coupable parce que dési­gné pour cet emploi. Coupable, il le fut ensuite parce qu’il l’avait été. L’in­té­rêt de la France l’hon­neur de l’Ar­mée comman­daient qu’il restât condamné. Puis il fut coupable d » « avoir servi pendant cinq ans à ébran­ler l’Ar­mée et la Nation » d’avoir été le symbole et l’ins­tru­ment des forces du mal.

Libération du 12 septembre 1995

Le 7 septembre 1995 face à un audi­toire de 1.700 personnes rassem­blées à l’hô­tel de ville de Paris, le géné­ral Jean-Louis Mour­rut, chef du service histo­rique de l’ar­mée de terre (SHAT), a estimé que cette affaire qui n’en finit pas de provo­quer des remous est « un fait divers judi­ciaire provo­qué par une conspi­ra­tion mili­taire [qui] abou­tit à une condam­na­tion à la dépor­ta­tion ­ celle d’un inno­cent ­ en partie fondée sur un docu­ment truqué ». Des mots qui n’avaient encore jamais été pronon­cés au nom de l’ins­ti­tu­tion mili­taire, et qui suivent ceux que Gérard Defoix, alors évêque de Sens, avait pronon­cés en octobre 1994, dans le même sens, au nom de l’Eglise de France.

On en parle

Un site qui permet de garder en tête les diffé­rents moments de l’af­faire : L’Af­faire Drey­fus et une chro­no­lo­gie très complète sur le site Chrono.