Édition Char­les­ton. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Laura Bourgeois

Encore un livre sur mon Kindle qui a bien rempli sa fonc­tion de me faire oublier tous ces fils multi­co­lores auxquels j’ai été reliée une petite semaine l’été dernier. Je ne peux que vous recom­man­der cette lecture, cette auteure vous permet­tra de revivre le martyre du peuple coréen colo­nisé par le Japon.
Le roman commence en Corée dans une famille qui héberge et nour­rit des pêcheurs. Ce n’est pas la richesse mais grâce au travail haras­sant du couple, ils y arrivent. Plusieurs malheurs vont s’abattre sur cette famille, d’abord la mort du mari puis la gros­sesse non dési­rée de leur fille unique qui s’est laissé abuser par un riche Coréen habi­tant au Japon. Heureu­se­ment elle trou­vera un homme qui veut bien l’épouser et toute la famille partira vivre au Japon qui est alors la puis­sance colo­niale domi­nant la Corée.
La deuxième partie du roman raconte le sort des Coréens au Japon. Pendant la guerre, ils sont consi­dé­rés comme des « sous-hommes » et après, ils sont l’objet de toutes les discri­mi­na­tions habi­tuelles dans un pays qui est en proie au racisme et au mépris pour tout ce qui n’est pas japo­nais. La famille va s’en sortir grâce au travail incroyable des femmes et on l’apprendra plus tard grâce aussi, à la protec­tion du riche Coréen qui est le père biolo­gique du premier enfant du person­nage prin­ci­pal. C’est aussi un mafieux très puis­sant qui lui ne craint pas d’affronter les Japonais.
Le roman est passion­nant. Suivre le destin de cette famille est un voyage qui m’a tenue en haleine jusqu’au bout. J’ai beau­coup aimé me plon­ger ainsi dans la culture coréenne en parti­cu­lier la cuisine qui semble déli­cieuse. L’image du Japon ne sort pas grandi, pendant et avant la deuxième guerre mondiale c’était une puis­sance colo­niale barbare pour les popu­la­tions sous son joug et ensuite ce pays est apparu comme victime de la bombe atomique et n’a pas fait le même travail de mémoire que l’Allemagne. Et donc, a gardé des aspects contes­tables de sa civi­li­sa­tion, en parti­cu­lier le mépris voire le racisme envers les Coréens.

Citations

Le destin de femmes

Évidem­ment ! Sunja-ya, le destin d’une femme est de travailler et de souf­frir. Souf­frir, et souf­frir encore. Mieux vaut t’y attendre dès main­te­nant, tu sais. Tu gran­dis, alors il faut bien te préve­nir. Ta vie va dépendre de l’homme que tu vas épou­ser. Avec un bon mari, tu auras une vie correcte, mais avec un homme mauvais, c’est la malé­dic­tion assu­rée. Dans tous les cas, il y aura de la douleur. Prépare-toi à souf­frir et conti­nue de travailler dur. Personne ne pren­dra soin d’une pauvre femme : on ne peut comp­ter que sur soi-même.

Le deuil

Shin adressa un sourire faible au jeune pasteur. Cinq ans plus tôt, le choléra avait emporté quatre de ses enfants ainsi que sa femme et, depuis, il avait compris qu’il ne pouvait plus parler du deuil – tout ce qu’une personne pouvait lui dire à ce sujet lui semblait désor­mais ridi­cu­le­ment senti­men­tal et insensé. Avant de les perdre, il
n’avait jamais fait l’expérience de la douleur de cette manière, pas vrai­ment. Ce qu’il avait appris de Dieu et de la théo­lo­gie lui avait paru plus concret après sa tragé­die person­nelle. Sa foi n’en avait pas été ébran­lée, mais son tempé­ra­ment avait changé pour toujours. Comme si une pièce chauf­fée s’était refroi­die d’un coup.

La vertu de la femme

Pour autant, nous devons préser­ver ta vertu – elle est plus précieuse que ton argent. Ton corps est un temple sacré où repose le Saint-Esprit. Les inquié­tudes de ton frère sont légi­times. La foi mise de côté, et pour parler avec prag­ma­tisme : si tu devais te marier, ta pureté et ta répu­ta­tion seraient essen­tielles. Le monde juge sévè­re­ment une fille pour son incon­ve­nance – même lorsqu’il s’agit d’un acci­dent. C’est terrible, mais c’est ainsi

L’après guerre au Japon

Tous ces gens – les Japo­nais et les Coréens – sont dans la merde parce qu’ils pensent en termes de groupe. Mais je vais te dire la vérité : un leader bien­veillant, ça n’existe pas. Je te protège parce que tu travailles pour moi. 
Quant à tous ces partis de Coréens, il faut que tu te souviennes qu’au bout du compte, les diri­geants ne sont que des hommes, ce qui ne les rend pas plus intel­li­gents que des porcs. Et les porcs, on les bouffe. Tu as vécu dans une ferme qui vendait des patates douces à des prix indé­cents aux Japo­nais affa­més par la guerre. Tama­gu­shi a violé les régu­la­tions gouver­ne­men­tales, et je l’ai aidé, parce qu’il voulait faire de l’argent, et moi aussi. Il se voit proba­ble­ment comme un Japo­nais respec­table, hono­rable même, plein d’une fierté natio­na­liste – comme tous, pas vrai ? La vérité, c’est qu’il fait un très mauvais Japo­nais, mais un homme d’affaires avisé. Je ne suis pas un bon Coréen, et je ne suis pas japonais.

Le patriotisme

Le patrio­tisme n’est qu’un prin­cipe, comme le capi­ta­lisme, ou le commu­nisme. Mais les prin­cipes font oublier aux hommes leurs propres inté­rêts. Et les types au pouvoir exploi­te­ront toujours les hommes qui croient trop en leurs prin­cipes. Tu ne peux pas répa­rer la Corée. Des centaines d’hommes comme toi et des centaines d’hommes
comme moi ne suffi­raient pas à la remettre sur pied. Les Japs sont partis, et main­te­nant la Russie, la Chine et les États-Unis se disputent notre petit pays de merde. Tu crois que tu peux riva­li­ser avec eux ? Oublie la Corée.
Concentre-toi sur ce que tu peux avoir. Tu veux l’épouse ? Parfait. Tu n’as qu’à te débar­ras­ser du mari, ou attendre qu’il crève. Ça, c’est quelque chose que tu peux maîtriser.

Le savoir

Absorbe tout le savoir que tu pour­ras. Remplis ton cerveau de connais­sances – c’est la seule forme de pouvoir que personne ne pourra jamais te reprendre. 

18 Thoughts on “Pachinko – MIN JIN LEE

  1. keisha on 1 octobre 2021 at 08:50 said:

    Tes 5 coquillages, quand même, c’est un signe!!!

  2. Je connais ce problème des Coréens par rapport aux Japo­nais mais je n’ai pas lu de romans dessus. Je note celui-ci.

    • Oui tu as raison on connaît par exemple les femmes corréennes obli­gées à se pros­ti­tuer pour le « confort » des soldats japo­nais. Ce roman en suivant une famille permet d’avoir une vue d’ensemble du drame des Coréens jusqu’à nos jours.

  3. J’es­père que tu vas mieux !! Le sujet m’at­tire beau­coup, je ne connais­sais pas ce titre.

  4. Un pan de l’His­toire que je ne connais pas du tout et des contrées dont j’ai encore tant à apprendre. Donc pour­quoi pas, je note !

  5. un livre qui attend la lecture chez moi, j’avais vu il y a 20 ans envi­ron un film abso­lu­ment insou­te­nable sur le suicide des femmes coréennes tenant leurs enfants dans leurs bras et sautant des falaises sur l’ile de Taipan sous la pres­sion des japonais
    je n’ar­rive pas à retrou­ver trace de ce film mais le souve­nir était telle­ment violent que j’ai immé­dia­te­ment commandé ce livre
    je serais heureuse qu’il connaisse une réussite
    le racisme envers les coréens existe toujours au Japon

    • Et oui le racisme est un compor­te­ment large­ment répandu dans le monde ! et les Japo­nais ont un problème avec leur passé , ils se sentent victime de la bombe atomique mais ils passent faci­le­ment sous silence leur compor­te­ment de puis­sance coloniale.

  6. Un roman qui devrait me plaire, et que je me souviens avoir noté une première fois !

  7. En voila un qui a tout pour me plaire !

  8. Les cinq coquillages et le sujet font que j’at­trape immé­dia­te­ment mon carnet de notes … J’aime beau­coup la cita­tion sur le savoir !

  9. Oh, pour ma fille grande lectrice et férue de Corée. Noté !

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