Édition Chris­tian Bour­geois. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Auré­lie Tronchet

Un livre passion­nant dont pour­tant je n’ai pas eu envie de noter beau­coup de passages, mais cela n’est pas du tout un signe d’une moindre qualité. L’in­té­rêt du roman vient de la confron­ta­tion des diffé­rents person­nages à propos d’ un fait divers. À travers chaque chapitre de longueur variée la roman­cière cerne la réac­tion d’un des person­nages autour d’un tragique acci­dent. Il n’y a pas de grandes pensées au delà des faits, et pour­tant la réalité se construit peu à peu, avec une préci­sion éton­nante et qui m’a capti­vée. L’ef­fet roman choral provoque chez moi un besoin de pause entre les person­nages, mais ce n’est pas du tout gênant. Je vous présente rapi­de­ment les personnages :
– Driss Guer­raoui, proprié­taire d’un restau­rant a été renversé et tué par un chauf­fard qui a pris la fuite alors qu’il traver­sait devant son établis­se­ment pour reprendre sa voiture .
– Sa fille Nora, une musi­cienne de talent, pense que l’acte était volon­taire et avec elle on ressent que les musul­mans Maro­cains ne sont pas si bien vus que ça aux USA.
– Efrain est origi­naire du Mexique et a été témoin de l’ac­ci­dent mais il n’ose pas témoi­gner car il est en situa­tion irré­gu­lière et a très peur d’être recon­duit à la fron­tière. – Maryam la femme de Driss a laissé plus de la moitié de sa vie au Maroc qu’elle a dû fuir à cause de la répres­sion qui s’est abat­tue sur les oppo­sants maro­cains dans les années 80. – Son autre fille Selma qui semble avoir si bien réussi cache mal des fêlures qui l’empêche d’être heureuse. – Cole­man est la femme poli­cière char­gée de l’en­quête. Ce sont tous « les autres » Améri­cains, je mets aussi la poli­cière parce qu’elle est noire et subit le racisme ordi­naire des blancs.

Il y a aussi le voisin du restau­rant qui tient un bowling, et de son fils, d’eux je ne peux rien dire sans divul­gâ­cher l’en­quête poli­cière qui sous-tend ce roman.

Et puis, on entend aussi la voix de Jérémy qui est revenu d’Irak telle­ment meur­tri qu’il a failli sombrer dans l’al­coo­lisme comme son copain de guerre qu’il cher­chera à aider au détri­ment de sa rela­tion avec Nora.

Chaque person­nage est une partie du puzzle qui consti­tue ce roman et qui donne une image des USA qui est certai­ne­ment plus divisé que l’on ne peut l’ima­gi­ner. Bien sûr, depuis Trump on connaît la fameuse frac­ture qui divise ce pays mais ce roman témoigne qu’il y en a bien d’autres et que ce n’est pas du tout certain que le modèle améri­cain permette une meilleure adap­ta­tion des popu­la­tions d’origine étran­gère que le système fran­çais. Ce roman permet de sentir que ce n’est pas si simple de passer d’une culture à une autre et de faire un seul pays avec des arri­vants du monde entier, mais grâce à la démo­cra­tie il y a quand même un espoir et une place pour la vérité et la justice. Un livre prenant facile à lire et qu’on n’ou­blie pas.

Citations

Dans les année 80 : guerre Sahara Maroc en 1975

On y est, je me rappelle avoir pensé, c’est la fin du régime. Comment pouvait-il survivre au fait de tuer ses propres enfants en plein jour ? Mais alors que cette pensée se cris­tal­li­sait dans mon esprit, un des poli­ciers m’a repéré sur le toit, il a levé son arme et m’avi­ser. Même quatre étages plus haut, j’ai vu le canon noir sur moi. Je me suis laissé tomber à genoux, ne compre­nant qu’au siffle­ment proche que la balle m’avais manqué. Adossé contre le mur, j’ai guetté le bruit sourd des bottes des poli­ciers dans l’es­ca­lier. J’ai attendu pendant tout l’après-midi. Même une fois la nuit tombée, j’at­ten­dais encore. J’en­ten­dais encore les sirènes des voitures de police. Des cris­se­ments de pneus. Les bris de verre. Les cris des gens. Le vent dans les palmiers.

L’exil

Pour ma mère, les choses se dérou­laient toujours comme elles n’étaient pas censées se passer. Elle avait quitté son pays avec sa famille, mais tout ce qu’elle n’avait pu empor­ter avec elle lui manquait encore. Son ancienne maison lui manquait, ses amis d’en­fance, l’ap­pel à la prière à l’aube. Quel que soit le plat somp­tueux qu’elle cuisi­nait, il lui manquait toujours quelque chose ‑un ingré­dient, ou bien le goût n’al­lait pas. Le mariage de ma sœur l’a propul­sée dans les paroxysmes de nostal­gie qui ont trans­formé notre maison en un bazar empli de motifs au henné, de cein­tures brodées, de plateaux en cuivre et même d’un palan­quin pour les mariés. Ma mère a dû lais­ser beau­coup de tradi­tions derrière elle et, plus le temps a passé, plus elles sont deve­nues impor­tantes à ses yeux.

Analyse d’un mariage

Mais comme Maryam n’ai­mait aucun des tissus que j’ai choi­sis, j’ai fini par céder. On a acheté les rideaux qu’elle aimait et on est rentré à la maison. J’ai sorti l’échelle et mes outils mais, chaque fois que je faisais un trou, la tringle, selon elle, devait être un peu plus haute ou plus basse. Dans les rideaux ont enfin été instal­lés, il y avait cinq trous dans le mur et la tringle penchait à gauche. Je ne sais pas pour­quoi je me rappelle ça, autant d’an­nées plus tard, ce n’est vrai­ment qu’un détail. C’est peut-être parce que j’es­saie de comprendre ce qui m’est arrivé. Tout ce que je sais, c’est que la vie est courte. Sans en avoir conscience, j’avais cheminé sur la route qui va de la nais­sance à la mort avec la mauvaise compagne.

Remarque sur les américains vus par une marocaine d’origine .

J’avais déjà remar­qué ça chez les Améri­cains, ils veulent toujours passer à l’ac­tion, ils ont du mal à rester en place ou à se lais­ser ressen­tir des émotions désagréables.

14 Thoughts on “Les autres Américains – Laila LALAMI

  1. keisha on 27 mai 2021 at 08:36 said:

    Ah mais je ne connais pas du tout ce roman, où tu mets 5 coquillages!!!

    • j’ai aimé la façon dont s’est raconté l’au­teure ne va pas plus loin que ce que chaque personne peut savoir de l’ac­ci­dent et donc on ne saura jamais tout. En revanche, on comprend exac­te­ment ce qui se passe pour les Maro­cains ou les Mexi­cains aux USA

  2. Je l’avais repéré à sa sortie, le résumé était tentant… mais pas trouvé encore en média­thèque, je peux main­te­nant attendre une sortie en poche !

  3. Tu sais être tentante !

  4. Un livre que je n’ai pas du tout repéré et qui a l’air très inté­res­sant. Je vais commen­cer par la bibli au cas où …

  5. Mani­fes­te­ment inté­res­sant. Et si « prenant et facile à lire », je ne peux que noter !

    • C’est un des aspects de ce roman il se lit très faci­le­ment et pour­tant il permet une bonne réflexion sur la société étasunienne.

  6. Ah bah je note, obli­gée ! : 5 cœurs, les Editions Bour­gois, .. et tout ce que tu écris dans ton billet.

  7. Et voilà, 10 min sur ton blog et deux livres notés sur ma LAL ! Ouch ! ;-)

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