Éditions Robert Laffont

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Cela fait très long­temps que je n’ai pas autant souri à la lecture d’un livre. J’es­père que vous savou­re­rez les extraits que j’ai choi­sis ; j’ai failli reco­pier des pages entières, telle­ment j’ap­pré­ciais l’es­prit si carac­té­ris­tique du XVIII° siècle de cet auteur. Louis-Henry de La Roche­fou­cauld est drôle, ne se prend jamais au sérieux et manie l’iro­nie aussi bien que Voltaire (que pour­tant il déteste !). Mieux que l’iro­nie, je parle­rai plutôt d’hu­mour car l’au­teur n’a aucune pitié pour lui ni pour les descen­dants de sa si noble famille.

En deux mots voici l’his­toire, l’au­teur rencontre dans un café Louis XVI et sa pauvre épouse Marie-Antoi­nette et, en panne d’ins­pi­ra­tion, il décide d’écrire un livre pour réha­bi­li­ter la mémoire de ce roi. Au passage, il égra­tigne l’idéal révo­lu­tion­naire, mais on peut l’ex­cu­ser sa famille a payé un lourd tribut à la chasse aux aris­to­crates – quatorze personnes auront la tête tran­chée ou seront noyées ou fusillées car elles étaient appa­ren­tées à sa famille.

Le livre parcourt notre époque avec un regard décalé qui lui donne le droit de tout dire même ce qui peut sembler incon­ve­nant . Je dois dire que le dernier quart du livre est moins perti­nent et la défense des gilets jaunes comme bastion de l’es­prit fran­çais ne m’a guère convain­cue. Je passe au delà de cette réserve tant j’étais bien avec son inter­pré­ta­tion de la révo­lu­tion et de ses diffi­cul­tés dans la vie actuelle.

Citations

J’adore l’humour de cet écrivain( il faut rapprocher ces deux passages) :

Son ancêtre à la cour du roi Louis XVI

Chaque matin, à son réveil, il (Lian­court) tirait la chemise de nuit royal par la manche droite le premier valet s’oc­cu­pait de la manche gauche.

lui

En 2018, j’oc­cu­pais la charge de grand-maître de la garde-robe de ma fille. Quand j’ha­billais Isaure le matin, je ne réglais pas que la ques­tion épineuse de la manche droite : les caisses de mon ménage étant ce qu’elles étaient, je n’avais pas les moyens d’en­ga­ger un premier valet pour la manche gauche.

C’est simple mais j’aime bien que ce soit dit comme ça :

Je passais là-bas trois semaines chaque été avec mes soeurs, mon frère Jean, mes cousins Alexandre et Charles-Henri et les nombreuses vaches du coin, élégantes mont­bé­liardes qui venaient brou­ter jusqu’aux abords de la maison. Elles étaient tolé­rées, les touristes, non. 

Les repas

Nous, les enfants, étions soignés par les plats du terroir de Mme Bichet, robuste cuisi­nière qui eut la chance de mourir avant d’avoir entendu parler de recettes au quinoa et d’al­ler­gies au gluten.

J’ai éclaté de rire et c’est si rare !

- Vous êtes quoi, vous, La Roche­fou­cauld ? Duc ?
- Bien que je porte le prénom des princes de Condé, je ne suis rien, Votre Majesté. Un modeste comte sans la moindre terre.
- Un comte hors-sol. mais enfin, c’est fâcheux ! il faut y remédier. 

- Aucun homme poli­tique n’en a encore fait sa priorité.

Interview d Arielle Dombasle :

Souriant jusqu’aux oreilles, elle m’a sorti ces mots typi­que­ment thalasso qui m’ont secoué plus qu’un jet tonifiant : 
« Moi, Louis Henri, je veux bien mourir pour le peuple, mais sûre­ment pas vivre avec le peuple ! »

Propos d « aristo

Je ne sais plus qui parlait de la perpé­tuelle décep­tion du peuple par la bour­geoi­sie, du perpé­tuel massacre du peuple et par la bour­geoi­sie… Les démo­crates-répu­bli­cains prétendent repré­sen­ter le peuple, mais, dès que les gens du peuple pointent le bout de leur nez, ils sortent les blin­dés de la gendar­me­rie, leur tirent dessus et prennent la poudre d’es­cam­pette. On me diras que je cari­ca­ture, je ne cari­ca­ture pas : c’est comme ça que les Thiers traitent le tiers état.

10 Thoughts on “Châteaux de Sable – Louis-Henri de LA ROCHEFOUCAULD

  1. Un nom lourd à porter, mais ça n’a pas l’air de l’en­com­brer. Les extraits sont savou­reux (Arielle Dombasle !!!). Je vais voir s’il est à la bibli.

  2. La relec­ture de la période révo­lu­tion­naire me tentait bien … Mais les gilets jaunes comme dernier bastion de l’es­prit fran­çais, non merci !

  3. J’ac­cepte le second degrés et je note !

  4. un auteur inconnu qui doit être parfois un rien encom­bré par son nom : )))

  5. Oh, cela me semble excellent ! J’ai bien besoin de sourire en lisant et c’est de plus en plus rare ! Je note !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Post Navigation