Éditions Grasset, 184 pages, décembre 2025

Maudite célébrité, masque cruel. Imposteur légendaire.

C’est un livre important, il faut le lire, mais quel dommage qu’il ait été écrit après la mort de l’auteur, je me demandais si cela l’aurait aidé d’être confronté à la réalité. En effet dans ce livre Émilie Lanez, rétablit une tranche de la vie de cet auteur qui a été un escroc et fait de la prison pour cela, il a cambriolé sa propre famille, et a volé des mandats postaux quand il travaillait aux PTT . Sa mère, sans doute, n’a pas su l’aimer mais elle ne ressemble en rien au portrait de Folcoche, de « Vipère au poing » .
Tout cela n’est pas très grave, car Hervé Bazin est un écrivain qui a su décrire le désespoir d’un enfant mal aimé, simplement il n’a pas rédigé une autobiographie (contrairement à ce qu’il a toujours prétendu) mais une vengeance pour se faire de l’argent (beaucoup d’argent !) sur le dos de sa mère. Il a poussé loin la mystification, puisqu’il s’est fait passer pour résistant alors qu’il faisait de la prison pour escroquerie, cela ne l’empêchera pas de recevoir la Légion d’Honneur.

En réalité dans cette famille tout est question d’héritage, ils seront sordides tous (l’auteur y compris) pour gagner de l’argent. Ils sont bourgeois jusqu’au bout de leur vie : l’argent, l’argent toujours l’argent.

Cela ne rend pas sympathique l’auteur mais Émilie Lanez a le mérite de rétablir une vérité, je vais essayer de relire « Vipère au poing » en repensant à son travail.
Si je le mets dans la catégorie des 4 coquillages c’est pour vous inciter à le lire et en discuter avec vous.

Extraits.

Début.

 Les archives de la préfecture de police de Paris sont libres d’accès, il suffit d’en faire la demande par un courrier électronique, puis à la date convenue de venir les consulter dans une rue calme du pré-saint-Germain.

Le résultat des recherches de l’auteure.

 « Vipère au poing » n’est pas un roman autobiographique, il est une vengeance construite, mûrie et efficace puisqu’elle condamne depuis soixante dix ans une famille au silence. Le plus célèbre matricide littéraire, qui, depuis sa parution, berne toutes les générations de lecteurs. Le livre n’a rien du cri libérateur d’un adolescent, ni du texte émancipateur d’un bourgeois osant dénoncer les mœurs d’une classe sociale étriquée, il n’est pas le chef-d’œuvre d’un libre penseur pilonnant les contraintes mièvres de la piété catholique. « Vipère au point » est la construction perverse d’un manipulateur, l’œuvre maléfique d’un mystificateur mal aimé et amputé de sentiments.

Les petites remarques qui font sourire.

 Marie Bazin a épousé Ferdinand Hervé en 1870, ils unissent leur patronyme en accolant leur nom en 1923. Le couple a huit enfants. Jacques, le sixième, est leur premier fils. Ils habitent Angers, ou Ferdinand enseigne, gracieusement le droit à la nouvelle université catholique. Il n’est pas riche, mais il considère que recevoir un salaire ne sied pas à sa condition. 

 

 

Éditions Seuil cadre Noir, 331 pages, mars 2026

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard

Parfois les silences, ça vaut tous les mots d’amour du monde.

 

Je n’étais du tout attirée par ce roman : je redoute toujours les romans qui ont pour origine les faits divers sordides. En 2023, on avait appris qu’un bébé avait été jeté dans un container à poubelle. Il avait été sauvé par les pompiers, la mère retrouvée et accusée d’infanticide.

À partir de ce fait Mathilde Beaussault écrit un roman qui raconte bien la descente aux enfers de cette jeune maman, Elle décrit aussi, un milieu familial détruit depuis trois générations. Elle raconte bien, et on suit son récit facilement et avec intérêt. Si j’ai une réserve, c’est sur l’accumulation des malheurs sur une seule famille. Disons qu’ils sont davantage représentatifs de ce qui ne va pas dans notre société plutôt que des personnages réels. Monroe, prénom choisi par une mère qui se rêve en Marilyne, vit avec sa mère et Sébastien son frère aîné. Ce frère est une petite frappe qui vit de drogue, d’alcool et de combats de chiens, il fait peur à tout le monde dans le quartier et terrorise même sa mère qui pourtant le préfère cent fois à Monroe. Anna la mère, a été élevée par une tante et en veut terriblement à sa propre mère, elle est serveuse dans un bar. Enfin, la grand mère ; Madeleine, ce personnage permettra à Monroe de se reconstruire. Mais avant cela il y a eu la mère de Madeleine, qui aidait les femmes à avorter et qui a été arrêtée sous les yeux se sa fille confiée alors, aux « bonnes » sœurs, et a beaucoup souffert dans un centre de rééducation. Elle a donc été incapable d’élever Anna avec l’amour dont elle aurait eu besoin. Elle vit de soins qu’elle donne aux gens du village, car elle a un don qu’elle transmettra à sa petite fille, mais est hélas poursuivi par la rancœur, d’un exploitant forestier, qui n’est autre que le fils du gendarme qui a arrêté sa mère.

Vous suivez ? oui, c’est un peu trop, et peu crédible mais c’est bien raconté.
Le roman est ponctué par les déclarations à la police qui cherche à comprendre qui a jeté le bébé à la poubelle. Et quand les moments de tension deviennent trop intenses, il y a le contre-point des aides-soignantes qui sont vraiment dôles. Et puis, il y a aussi les huit mois de douceurs, où Monroe a vécu avec sa grand-mère, retrouvant force et amour. J’oubliais Jacques un défenseur de la nature, qui s’oppose à l’exploitant forestier et qui aime bien Madeleine et sa petite fille et cherche à les aider.

La tension romanesque, vient du fait que Monroe est en danger après son accouchement et que si on ne la retrouve pas très vite, elle mourra.

Donc un fait divers horrible, raconté par une romancière qui veut montrer certains aspects très sombres de l’âme humaine. Le frère Sébastien est vraiment la pire des ordures et hélas, il est crédible.

Depuis j’ai lu le billet de « mot-à-mots » et cette phrase j’aurais pu, moi aussi, l’écrire : « Un roman que je n’ai pas pu lâcher » et voici un nouveau blog qui indique sur Luocine avoir aimé ce roman : « ma collection de livres »

Extraits .

Début.

 Quand Mireille dit « va jeter les ordures ». J’y vais. Sinon elle me corne dans les oreilles. J’entends haut mais je la vois gesticuler faire les cent pas comme si on lui avait noyé ces petits après avoir mis bas.
 Ce matin-là, les voisins du dessous mettent la musique à faire exploser un sonotone. À croire que la jeunesse est devenue sourde. Je coupe mon engin (être vieux a au moins un avantage) et je retourne à la lecture de la rubrique des morts dans mon « Ouest- France ». J’aime bien en faire le tour parce que je connais du monde par ici. Être au courant, c’est important même si on va plus aux enterrements. Mireille dit « on ira à l’église, quand ce sera notre tour ». Elle n’a pas tort.

Les habitudes de vieux.

Elle sait bien que c’est compliqué pour moi de faire des choix. Sur un parking, s’il reste une place, c’est bon, je gare l’auto. S’il en reste beaucoup, Mireille choisit sinon on tourne en rond et les badauds se disent, « voilà encore des vieux à qui on devrait retirer le permis ». Au restaurant, je prends comme Mireille. Ça l’énerve, mais on a les mêmes goûts. Depuis le temps, on a déteint en tout. Là sur l’autre. Je commande rien à Noël, prétextant que je préfère les surprises depuis que j’ai passé un mois d’insomnie pour savoir si je préférais des jumelles ou un rasoir électrique. J’ai fini avec une perceuse parce que Mireille voulait installer des rideaux à toutes les fenêtres, persuader qu’on nous observait de l’immeuble d’en face.

Être pompier.

Quand Félix, Romane et moi sommes appelés sur les lieux, ont termine une intervention juste à côté. Un mec bourré arrache toutes les jonquilles d’un rond-point et les jette sur les automobilistes. Ça paraît dingue ? Mais ça fait partie de notre quotidien. La veille, on emmenait une jeune femme se faire recoudre la mâchoire après que son mec l’a castagnée. La semaine dernière, on était appelé en renfort pour éteindre des incendies de véhicule. Il faut avoir la foi pour être pompier. On l’a ou on ne l’a pas.

L’enfant placée dans les années 40 ou 50.

 Quand les gendarmes ont emmené ma mère, le juge n’a rien demandé à personne et il m’a placée chez les bonnes sœurs. Maman est morte en prison. On l’a accusé du pire. Elle soulageait juste les malheurs des femmes. C’est tout. (…) 
Là-bas, la mère supérieure était une teigne. Elle disait des unes qu’elles étaient des putes, des autres, qu’elles étaient le diable. Un jour, j’ai refusé de dire assez fort la prière. Elle m’a attrapée par les cheveux et cognée contre le lavabo blanc. J’entends encore le bruit du choc. Mon crâne, contre le bord en émail. Elle a arrêté quand le sang ruisselait aussi fort qu’un robinet. Quand elle m’a lâchée, je suis tombée, les filles m’ont portée pour me mettre au lit. Après ça, je n’ai plus jamais baissé les yeux devant elle. Ça la rendait folle de rage, mais elle ne m’a jamais plus frappée aussi fort.

Un moment de sourire à la maternité.

 La chambre 102 est occupée par une prof qui croit avoir un bout de cerveau dans chaque nichon. Résultat des courses, elle intellectualise chaque tétée comme si elle avait pondu non pas un affamé de 3 kg, mais une thèse pour défier Freud. Monique passe son temps à lui mettre son petit vampire au sein en se coltinant des remarques. Hier, Kimberley est resté moins de cinq minutes dans la chambre 102 avant de gueuler qu’avec un biberon le petit braillerait moins. Monique essaie de récupérer l’affaire et ce n’est gagné.

J’aime bien les aides-soignantes de ce roman.

(À propos des la psy qu’elles n’aiment pas.. car snob et friquée).
T’es psy, toi maintenant ? ( Kimberley avait l’énergie de ceux qui ne foutent rien toute la journée). La psy est peut-être conne , mais elle, elle lit dans le cerveau des gens.
– Elle lit mieux les étiquettes de fringue.

 


Éditions Intervalles, 156 pages, 2015

Traduit du grec par François Bienfait et Jérôme Giovendo

En 2011, Melsi un journaliste d’origine albanaise mais vivant depuis longtemps en Grèce, revient précipitamment en Albanie, à la mort de son père. Il avait rompu avec lui, car il lui reproche la mort de sa femme, donc de la mère du narrateur. Il ne sait vraiment pas grand chose du passé de ses parents, il se sait d’origine juive, mais son père s’est intégré de toutes ses forces à l’Albanie et ce pays se voulait athée. Son père a raconté leur vie dans un cahier que Melsi a le temps de lire et comprendre pourquoi son père est parti mourir Shangaï , les formalités pour le retour du corps sont longues, fastidieuse et très chères .

Grâce à ce cahier nous allons comprendre la tragédie vécue par Isa et Bora les parents de Melsi, mais avant cela, il raconte le départ de ses parents de Salonique pour fuir la déportation que les Nazis avaient commencée à organiser. Ainsi donc la famille de Melsi était grecque ! C’est important pour lui, car on lui refuse la nationalité grecque aujourd’hui, parce qu’on le considère albanais. Toute la famille va prendre des noms musulmans et cacher leur judéité et passer en Albanie. Dans un premier temps, ils vivront dans un petit village mais grâce au talent de couturière de Bora ils arriveront à Tirana et vivront des années heureuses pendant l’enfance de Melsi. Mais une rencontre avec une Chinoise va bouleverser la vie de la famille.
Le régime communiste dans toute son horreur ! Melsi comprendra mieux son père à la dernière page du cahier. Cette quête des origines va aussi permettre à Melsi de s’interroger sur ses rapports aux femmes qu’il aime : Ariane et Anna.

Ce roman assez court se lit d’une traite. L’émotion est vraiment bien rendue, les horreurs du nazisme et du communisme se sont acharnées sur cette famille, Melsi pourra repartir en Grèce en comprenant mieux son père qui n’a vraiment pas eu le choix lorsque l’appareil répressif est tombé sur lui. Et tout ça, parce qu’un homme puissant du parti voulait se venger de lui.

Un beau livre, très sensible, merci Yvon de me l’avoir prêté, et il complète le « Le pays des pas perdus » que j’ai tant aimé.

Extraits.

Début

« À l’instar de certaines amours, certains pays sont une aberration : ils n’auraient jamais dû exister. Être né et avoir vécu dans un tel pays procure un désenchantement assez proche de ce que l’on éprouve quand on a gâché sa vie avec une personne qui n’était pas la bonne. » Melsi était content de sa trouvaille. Craignant de l’oublier, il retrouva un peu d’énergie pour sortir son carnet et y consigner ces phrases, moitié en grec, moitié en albanais. Il avait pris cette habitude, ces derniers temps, comme s’il tentait de se forger une langue à lui ou d’encourager les deux langues à dialoguer, deux langues balkaniques qui, contrairement aux langues, slaves, étaient les seules rescapées de leur famille linguistique respective.

 Son prénom.

«  Décidément, les Albanais sont aussi doués dans l’art des surnoms que dans celui d’inventer des prénoms ! » se dit-il, en repensant à celui que son grand-père lui avait concocté à sa naissance : Melsi était une savante combinaison de lettres empruntées aux noms de Marx, Engels et Staline.

Les objets et les mentalités .

 Son père s’entêtait à faire rentrer du bois chaque hiver et à l’empiler sur le petit balcon, se démarquant ainsi radicalement de ses voisins, tout fiers d’avoir très vite bazardé leurs anciens poêles et autres vétustés – exception faite de leur mentalité rétrograde sur laquelle ils veillaient avec un fanatisme exemplaire.


Éditions la tribu, 309 pages, mars 2026

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

 

 Puissions nous laisser à nos enfants un monde dans lequel on ne se posera plus la question de qui on est.

Voilà deux livres qui se suivent sur Luocine d’auteures qui ont toutes les deux un pied en France et un autre dans leur pays arabe d’origine. Pour Leila Slimani c’était le Maroc et pour Manal Salamé, le Liban, ce si beau pays qui ne connaît que la guerre depuis si longtemps. Quelle solution pour ses habitants ? Partir à l’étranger : il y a beaucoup plus de Libanais aux quatre coins du monde que de Libanais au Liban.

Cela fait dix sept longues années que cette auteure n’est pas revenue dans son pays, où vivent ses parents, sa sœur et sa très jeune nièce. Ce qui la pousse à revenir, c’est cette impression qu’elle ne sait plus bien parler l’arabe et que puisqu’elle est française aujourd’hui elle n’a aucune trace de son origine libanaise. Elle a poussé le désir d’assimilation jusqu’à franciser son prénom sans le dire à ses parents pour qui ce serait une trahison.
Elle pensait rester une semaine ou au pire deux, mais au Liban faire des papiers c’est compliqué et elle restera deux mois. Elle veut, en effet refaire sa carte d’identité libanaise. Dans un style alerte et souvent drôle, elle raconte ce qu’elle voit aujourd’hui et ses souvenirs de jeunesse, elle raconte bien les barreaux de la prison d’un trop petit pays où tout se sait immédiatement et où on est tout de suite mis dans la case de son origine paternelle. Son père est libanais du Sud donc Chiite donc elle est chiite, alors qu’elle ne croit en rien et ne veut pas être définie de cette façon.

Mais elle raconte aussi son attachement à sa famille, aux traditions familiales, aux paysages. Et surtout , l’auteure décrit bien toutes les difficultés passées et actuelles du Liban, la main mise du Hezbollah sur le sud du pays, et les rivalités de toutes les factions religieuses. Elle survole rapidement tous les problèmes politiques, et ne prétend pas à une analyse exhaustive de la situation, mais c’est ce qui rend son récit très vivant.

J’ai bien aimé ce roman, les remarques sur ce pays sonnent très juste et je retrouve à travers elle, les Libanais que je connais, je me suis un peu ennuyée dans ses histoires amoureuses, dont je ne comprends pas très bien ce qu’elles rajoutent à son propos.

Extraits.

Début.

 J’AURAIS RECONNU BEYROUTH LES YEUX FERMÉS.
À la sortie de l’avion, le pied à peine posé sur le tarmac, une bouffée de Kérosène mêlée d’une moiteur iodée s’engouffre en vous. La poitrine se comprime. Le cœur sursaute. Cesse de battre. Imploser. Puis la vie reprend la où vous l’avez laissé, hier ou il y a 40 ans.
 C’est donc ça. La puanteur de la capitale me revient comme une évidence. Je l’avais connue chaque été, jusqu’à l’aube de mes vingt ans. À mesure qu’elle me brûle la trachée, je réalise que j’ai passé ma vie à la traquer, partout où j’ai posé mes bagages..

Les Libanais et les diplômes.

 Notre bande suivait des études dans l’une des deux universités les plus prestigieuses du pays. Grâce à une ascendance aisée où des parents qui s’étaient faits une situation à l’étranger, la plupart n’avaient pas eu à emprunter de l’argent pour intégrer cette fabrique à élites. D’autres avaient dû s’endetter afin de financer leurs passeports social. Car au Liban, un diplôme à autant de valeur que la terre ou la pierre, et offre l’espoir de s’exporter à ceux qui n’ont pas de relations bien placées.

Paradoxes Libanais.

Au Liban, les divergences sont multiples, parfois meurtrière., mais il y a une chose sur laquelle tout le monde s’accorde, toutes confessions, toutes classes sociales et tous bords politiques confondus : les apparences.
 Vous pouvez défendre l’avortement, mais jamais admettre que votre fille a eu recours. Vous avez le droit de blasphémer, mais jamais de vous proclamer athée. Vous pouvez plaindre les queers qui se font jeter à la rue par leur famille, mais vous renierez votre propre fils s’il s’il se découvre pédé.
Ces paradoxes finissent par me faire sentir tel un oiseau en cage. L’envie de briser les barreaux et de voler à contre-courant grandit en moi.

Les Libanaises et l’esthétique.

 Au Liban, l’importance accordée à la beauté et au paraître est incrustée dans notre subconscient dès notre plus jeune âge. La chirurgie esthétique est loin d’être tabou. Elle est un marqueur social : je me refais des seins, donc je suis riche et éternellement jeune. On va jusqu’à arborer fièrement ces pansements postopératoires sur le nez, et à se refiler, ces bonnes adresses pour une injection de botox, entre un cours de yoga et un verre en rooftop.
Si vous souhaitez vous offrir une nouvelle paire de fesses, sans vous serrer la ceinture, vous pouvez demander à votre banque un « beauté loan » crédit de beauté. Ce qui fait du Liban, le premier pays du Moyen-Orient, où il est possible de se faire liposucer le ventre et galber le postérieur à crédit. Même au plus profond des crises, tant que les générateurs carburent, les cliniques tournent à plein régime et les chirurgiens plastiques découpent, rafistolent et saturent.

Le code de la route.

 Au Liban, le code de la route est à l’image de tous les marqueurs sociaux, tout est question de taille. Et la priorité proportionnelle au volume de votre bolide. Cette loi du plus fort est respectée de tous, car certains voyous conservent des flingues dans leur boîte à gants, et peuvent en pointer un sur vous, voire tirer, si vous les vexez au volant.

Une personnalité bien décrite.

Nahil. De toutes les créatures accrochées aux branches de notre arbre familial, s’il faut en craindre une, c’est cette cousine germaine de notre père.
 Malgré son mètre cinquante, sa voix porte plus haut et plus fort que tous les minarets du Liban réunis. Si haut et si fort que les rumeurs qu’elle propage traversent le pays en moins de temps qu’ils n’en faut pour les inventer.
Ma mère est d’ailleurs convaincue que son regard porte la poisse. Et les femmes de ma famille craignent le mauvaise œil plus que la mort.

 


Édition Grasset, 276 pages, mars 2026

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

De cette auteure, je n’ai apprécié que « Eux sur la photo » j’ai été déçue par 555, et j’ai carrément été très agacée par celui-ci.

Dès le premier chapitre, je savais exactement ce que cette auteure voulait nous montrer, et pourtant j’ai trouvé très justes les premières lignes, le moment de stupeur quand on vient vous annoncer la mort accidentelle d’une personne aimée. Ensuite vous trouverez les horribles patrons qui ne respectent pas les normes et préfèrent le profit à la santé de leurs employés et à la qualité de l’environnement jusqu’à utiliser des produits interdits pour s’enrichir davantage. Pour en rajouter dans l’insupportable, cette usine de fabrication de papier, vise la labellisation : produit écologique. L’autre cliché, qui évidemment a une part de vérité, la DRH, qui pousse le personnel à la dépression, voire au suicide. La narratrice, médecin spécialisée dans les soins de la dépression, n’accepte pas que sa sœur soit morte pour rien. Elle était ingénieure chimiste dans cette usine de papier, et elle est retrouvée morte dans l’atelier N°4, elle n’aurait pas dû être là, surtout la nuit. Son mari est prêt à accepter l’argent de l’entreprise qui très vite accepte que cette mort soit un accident du travail.

La police, et la justice, ne sont pas à la hauteur de la narratrice pour découvrir la vérité . Oui, la DRH est une vraie ordure, et oui, le directeur de l’usine a utilisé des produits interdits.

Tout est convenu dans ce récit mais le pire pour moi c’est la fin, c’est la candeur du regard d’un chien qui empêchera la narratrice de devenir à son tour une meurtrière ! ! !

Extraits.

Début.

 Ils sont arrivés à deux, dans une voiture grise et bleue. J’ai noté quand il en sont descendus à quel point la femme était plus grande que l’homme. C’était bizarre de voir débarquer ce couple difforme, une géante et un gringalet, en plein week-end. Pendant ce temps, le voisin, comme à l’accoutumée, tendait sa pelouse, en faisant au passage profiter tout le quartier.

 


Édition Gallimard, 263 pages, octobre 2021

 

La vie est un tribunal permanent. 

Ce livre dans les rayons de ma médiathèque préférée avait un cœur , il a donc été à notre club, mais je ne l’avais pas lu. Mes cinq coquillages disent à leur manière que je lui aurais, moi aussi, attribué ce cœur.

Le récit est très bien construit : le narrateur se souvient quinze ans après d’un fait divers atroce qui a bouleversé le village dont il est originaire et dans lequel il vivait. Une jeune fille de 15 ans a disparu et a été retrouvée assassinée. Les médias s’emparent de ce fait divers et de façon obscène traquent les réactions de tous les protagonistes. En particulier des parents complètement effondrés. Mais pour nous faire comprendre ce drame, l’auteur raconte sa vie dans ce petit village. Il a connu le malheur de perdre ses parents dans un accident de voiture, et le grand ami de son père, le vieux Pasquale Serrai, l’a pris en charge. Sandro va donc partager la vie de sa cousine Lucia et de la femme de Serrai, Bianca. la personnalité de Serrai est très belle et aussi équivoque car il semble se complaire dans le statut de dominé. C’est un taiseux qui aime la nature et sa ferme, à force de travail il en a fait un endroit où on vit bien, mieux en tout cas qu’en Belgique où il n’a pas voulu rester. Sa femme Bianca, est énergique et dominatrice, elle a connu l’extrême pauvreté quand elle était enfant, et son père a fait adopter sa cadette, Assunta, par une famille qui n’avait pas d’enfant et qui était assez riche. Bianca toute sa vie nourrira une jalousie envers sa cadette que rien ne peut calmer. Celle-ci a une fille, Chiara qui se plait mieux chez Bianca que chez elle. C’est elle qui sera assassinée.
Mais la vie de Sandro avait basculé quelques temps avant parce qu’il avait rencontré l’amour auprès d’un homme : le jeune médecin du village. Les habitants le rejetteront, l’humilieront, le frapperont. Au moment du drame, il vit donc seul dans la propriété de ses parents isolé de tous car la famille de Serrai lui a aussi fermé la porte.
L’enquête commence avec un procureur humain et très intelligent, les médias se complaisent de la souffrance et se font l’écho de toutes les plus viles rumeurs (et dieu sait que, dans un petit village , les rumeurs ça ne manquent pas !) . Le contre point de la vigilance du procureur et de tous ces soi disant journalistes qui soulèvent des pistes et sont si prêts de donner des solutions ajoute beaucoup d’intérêt à ce roman. Il est rare qu’un procureur ait un rôle positif et cela m’a plu que ce soit le cas ici.

Un excellent roman qui fait tellement bien revivre tous les emballements médiatiques qui occupent la scène le temps de l’émotion puis s’arrêtent laissant les gens dans leur douleur, très seuls après avoir été trop, et si mal, entourés.

Extraits.

Début.

 Les années se sont écoulées, désormais, pareilles à une seule et longue journée, et je ne sais plus trop par quel bout prendre toute cette histoire. Longtemps, je me suis mesuré à mes remords, cherchant à les exiler aux confins de ma mémoire sans y parvenir. Toujours, ils remontent à la surface. Avivent les plaies.

Un beau portrait.

 C’était un personnage étrange, rustre, ombrageux, avec des yeux plissés comme les fentes d’une tirelire et une oreille capricieuse, la droite, qu’il tenait toujours inclinée sur le côté, au plus près des mots qu’elle peinait à recueillir. Quand je repense à lui, je revois son visage fatigué, violenté par le soleil, son allure craintive, comme s’il était la proie permanent de petites flammes qui le consumaient de l’intérieur.

Arrivée du jeune médecin.

 Le jeune homme regarda autour de lui, saisit sa valise et nous rejoignit en prenant garde de contourner l’emplacement du chien. « Enchanté, annonça-t-il, je suis Aurélio Marrara, le nouveau médecin. Le chauffeur de l’autobus m’a indiqué le chemin de votre propriété. J’ai vu le portail ouvert et je me suis permis d’entrer. »
 Pour une oreille de chez nous, rompu au son rêche de nos paysans, ces mots paraissaient un rien glissants, presque savonneux, traînant un peu trop sur les voyelles. Pour éviter de le salir, Serrai lui tendit le poignet en prenant appui de l’autre main sur sa hanche la plus basse, pendant que Bianca, de son côté, se fendait d’une génuflexion un peu ridicule, à la manière d’une communiante.

Paroles du procureur.

 « Vous savez, reprit-il, les vrais tribunaux ne siègent pas dans les palais de justice. Ils sont à l’extérieur, dans nos rues, sur les places de nos villes et de nos villages. »
Il alluma sa pipe.
 » La vie est un tribunal permanent. Et le plus rude des procureurs, c’est notre imagination, notre capacité à affabuler, à procéder par raccourci, par supputation. Dieu merci, l’imagination n’est pas toujours secondée par l’intelligence, sinon le malheur des hommes serait encore plus grand. »

Les médias.

 Comment ce type pouvait-il creuser le pathos à ce point, avec autant d’acharnement, jusqu’à l’obscénité ? Du haut de quelle moralité ? Six jours, seulement que Chiara avait disparu, nul n’était à même de la déclarer morte ou vivante. Et voilà, qu’Assunta et Ninetto, hébété par la souffrance, ravagés par l’absence inexpliquée de leur enfant, devaient se défendre face à des millions de téléspectateurs de l’accusation à peine voilée d’être de mauvais parents ; le tout sur base d’une dissertation scolaire de quelques lignes, peut-être rédigée au lendemain d’une engueulade, portant sur une futilité. Quinze ans ont passé depuis lors et je ne sais toujours pas de quelle manière décrire le silence qui suivit. Par quel mot fixer un tel vertige. Le visage baigné de larmes, d’Assunta semblait à l’agonie

La sagesse d’une vieille femme.

«  Tu ne dois pas leur en vouloir, reprit-elle. Quand on sait les prendre, nos gens à nous, ce ne sont pas de mauvais bougres. Leur problème, c’est les œillères. À cause d’elles, ils ont l’impression que la vie se résume aux quelques mètres qu’ils ont devant leur nez, sans rien ni à gauche ni à droite ; les obstacles pour les éviter, ils pensent qu’on ne peut rien faire d’autre que leur flanquer un bon coup de pied ; alors que ces œillères, s’ils prenaient la peine de les enlever, ils verraient qu’il y a la place pour tout le monde. Mais si tu te mets en tête de leur faire croire que les choses sont différentes de comme ils les voient, alors c’est comme pour les chevaux, tu ne peux jamais prévoir comment ils vont réagir.


Édition Flammarion, 412 pages, février 2026

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

Voici donc le deuxième roman de Marie Vareille, après « la dernière allumette » voici un récit qui retrace la vie d’une famille de 1917 jusqu’à aujourd’hui.

Le récit est construit grâce à la confession de Célestine qui a 107 ans, elle sent qu’elle va mourir et veut se confier à sa petite fille Manon surnommée Biquette, tout de suite, elle l’annonce, elle a été meurtrière. Le récit de Célestine est coupé de lettres de Solange qui parle à Jeanne qu’elle aime de toutes ses forces et lui dit de se méfier de Célestine, qui sous son air de gentillesse est la pire de tous ceux et celles qui leur veulent du mal.

Le roman se construit peu à peu et ne révèle la vérité des différents personnages que peu à peu. Toute l’horreur de cette histoire, vient du personnage d’Alphonse. C’est le deuxième mari de Marguerite la mère de Célestine, son premier mari est mort à la guerre 14/18 . Elle est à la tête d’une petite ferme et accepte après la guerre de se remarier avec Alphonse qui possède la ferme à côté de la sienne. L’horreur d’être marié à un homme fainéant, alcoolique, et violent. Marguerite meurt en couche à la naissance d’une dernière petite fille, Solange. Avec Alphonse, elle a eu des jumeaux, et un petit garçon Lucien. Le drame de Célestine est alors total car Alphonse commence un nouveau récit : il a recueilli Marguerite et sa fille, qui lui doivent par leur leur travail le remboursement de ce qu’il a dépensé pour elles.

Je ne vais pas plus loin dans la narration du récit, car Marie Vareille distille peu à peu les différentes strates de cette histoire. Et je crains de gâcher votre plaisir de lecture.

Encore une fois, c’est un roman qui se lit très facilement et qui s’appuie sur des aspects réels de cette période de notre société : la dure réalité de la condition des femmes, enfants, elles peuvent être victimes d’un père qui décide de les placer pour « déviance » quand ce n’est pas placées à l’hôpital psychiatrique dès qu’elles se révoltent. Mariées leur mari a tout pouvoir sur elles et leurs enfants. Il décrit bien aussi, l’état des soins pour des maladies mentales.

Je ne suis pas aussi enthousiaste que les lectrices de Babelio, et pourtant j’ai lu très rapidement ce roman. Un peu comme quand je regarde des séries pour me changer les idées, (d’ailleurs ce roman ferait bien une série). À vous de juger, il est possible que je devienne trop difficile. Je trouve que si on tourne les pages facilement, on ne sent pas vraiment la réalité des personnages. Et je doute qu’en 1952 un grand père aurait pu empêcher une enfant d’aller à l’école. Il fallait un Alphonse totalement horrible donc l’auteur ne lui épargne aucun défaut.

Extraits.

Début.

Célestine.
 Je vais commencer, ma biquette, par te dire ceci : le jour de la mort de Solange, ce jour où je suis devenue une meurtrière, j’ai cessé d’aimer les mirabelles.

Un père violent, alcoolique et finalement pieux.

 Dans les années, qui ont suivi, la foi d’Alphonse s’est renforcée. Il prêchait désormais la vertu à tout bout de champ, commentait la longueur de mes robes et me laissait de moins en moins sortir. J’en venais à me dire que je le préférais quand il était alcoolique. Quand un garçon m’approchait, je me faisais glacial. La rumeur courait que je ne désirais pas me marier, car mon devoir était de tenir la ferme par reconnaissance envers saint-Alphonse qui m’avait recueillie. J’en ris aujourd’hui, ma Biquette, mais à l’époque je bouillais, même si comme beaucoup de femmes, j’avais la colère silencieuse. 

 

 

 

 


Éditions Robert Laffont, (Pavillons) 258 pages, janvier 2026

Ce livre autobiographique raconte la construction de la personnalité d’une enfant qui de la sixième à la terminale, pendant huit longues années, a été pensionnaire pour pouvoir suivre des études. Cette enfant a été arrachée à une famille aimante, mais qui hélas habite loin des lycées.

Noëlle J (elle ne donne pas son nom de famille trop connue) raconte de façon émouvante ses premières années surtout son année de sixième, elle n’a survécu que grâce à une amie Thérèse et ce sont leurs pleurs qui les uniront pour l’année entière. À deux, elles arriveront à construire un petit groupe de quelques filles qui unies contre l’injustice des adultes surmonteront les épreuves de l’internat. Ce sera la même tactique qu’elle mettra en œuvre dans le deuxième internat. Ses parents la changent de lycée pour qu’elle puisse faire des études à Paris. Sa méthode pour être heureuse : se constituer un bon groupe d’amies, pour se sentir protégée.

Dans le lycée parisien, l’enfant décrit l’injustice des surveillantes, mais on sent que l’autorité vacille car certaines surveillantes sont gentilles avec les pensionnaires. Mais la personnalité des professeurs prend plus d’importance, elle sera hélas victime d’un professeur de mathématiques sadique qui réussira à lui faire peur de cette matière pour le reste de ses études. Jusqu’en troisième les pensionnaires porteront un uniforme bleu marine, béret et gants blancs en promenade !

La jeune fille connaît aussi le plaisir physique avec d’autres filles et un grand amour avec une surveillante. Pendant ces dix longues années, ses parents (surtout sa mère) souffre autant qu’elle de cette séparation, ses parents compensent par des week-ends les plus chaleureux possibles, et je pense que cela l’a beaucoup aidée.

Tout cette autobiographie scolaire, est très bien raconté, et je retrouve bien l’ambiance que j’ai connue dans les lycées de jeunes filles. Je n’étais pas pensionnaire mais la méfiance que l’on ressentait sur l’énergie des filles était bien là. Et j’ai vraiment souffert de cette répression stupide. Et comme elle, certains professeurs qui aimaient transmettre la joie que leur avait procuré l’étude leur matière, a transformé peu à peu ma vie au lycée. Contrairement à elle, je le dois à un professeur de mathématiques en quatrième et troisième, hélas en seconde j’ai connu aussi une abrutie qui considérait les mathématiques comme un moyen de répression. En seconde, en français ma vie a été complètement changé grâce à une enseignante ( elle a cent ans cette année) Suzanne a illuminé la vie de tous les élèves puis celle des étudiants qui ont eu la chance de l’avoir comme professeur à l’université.

J’avais complètement oublié que j’avais lu « au pays des vermeilles » de cette autrice. (Livre qui ne m’avait déçue.)

Extraits.

Début.

Dix ! Plus dix ! Plus dix ! Plus dix ! …
Plus de quarante lits .
 Je ne vais tout de même pas dormir avec tout ce monde-là !
 Je sens ma mère aussi désemparée que moi. Vaillamment elle tente : » Ils ne sont pas trop vilains, ces couvre-lits à franges avec toutes ces roses !… »
 Consciente que son « pas trop vilain » sonne plutôt faux. Au cas où on ne l’aurait pas compris, il s’agit bien ici d’un dortoir de filles. Les filles naissent dans les roses, c’est connu ! Sauf pour moi. Imbattable sur la procréation, les organes génitaux et tout et tout ! J’éclate de rire, faute d’éclater de quelque chose d’autre que j’ignore, car j’éclate souvent, Mais la plupart du temps, je suis la première à m’étonner de la forme que cela va prendre, avec une préférence pour les larmes. 

Un autre internat.

 On m’avait dit, pour ta quatrième, ce sera la capitale, un grand lycée parisien. On m’avait vanté cette promotion, grâce à la présence, dans cet un établissement d’une vague cousine, professeur de mathématiques.
 Paris ! Ce que je n’avais pas vraiment compris, c’était que l’internat serait à ce point éloigné du lycée, que c’était en car qu’il faudrait nous y conduire chaque matin, et nous ramener le soir, nous, les pensionnaires, marquées, qui plus est, par l’obligation de porter un uniforme ringard, digne d’un internat de bonne sœur : tenue bleu marine, chemisier blanc, chaussettes blanches, gants blanc, et béret ! C’est sûr que le bleu marine est une couleur que je vais détester toute ma vie. C’est la pire des couleurs, puisqu’ici, tout le monde la porte ! La couleur des orphelines, alors que moi, j’ai des parents bien vivants, le dimanche et le jour de courrier. Pourquoi nous faire croire qu’ils sont morts les jours de la semaine ?

Le « on » de l’internat.

 Quelqu’un apparaît au pied de mon lit :  » Eh bien, Mademoiselle, on lambine ? On n’a pas compris le règlement rappelé avant l’extinction des feux ? »
« On » … je le connais ce « on ». c’est le « on » de la multitude du collectif. C’est un « on » qui n’a pas de nom, pas de prénom, pas de corps qui vous prive de vous-même. Ce « on » faussement protecteur, en fait méprisant, comme tous les ordres venus d’en haut.

La force du collectif.

 La marrade a plusieurs, c’est autre chose que de chialer dans son lit, toute seule, pendant que les autres dorment. L’amitié collective offre donc à nos jours et à nos nuits une certaine protection. Et lorsque les silences est réclamé, en études, par exemple, ce n’est pas un vrai silence, chacune entend les autres. C’est un silence vivant complice….

 

 

Éditions La table ronde, 324 pages, janvier 2026

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Leila Colombier

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

Ce roman a obtenu un coup de cœur à notre réunion du mois de mai. Les lectrices qui en ont parlé, l’ont fait avec une telle délicatesse que je n’avais qu’une envie lire à mon tour ce roman épistolaire.

Je rejoins leur opinion et ce roman m’a plu jusqu’à la dernière ligne. Sybil Van Antwerp, est une femme âgée retraitée, elle a fait toute sa carrière comme greffière d’un juge très connu , Guy Donnelly. Elle a gardé le plaisir d’écrire et le goût de dire la vérité, elle écrit au moins une dizaine de lettres par semaine et reçoit beaucoup de réponses. À travers ce kaléidoscope de sa correspondance avec les uns et les autres, Virginia Evans, nous permet de découvrir une personnalité riche en contradictions, qui a eu une vie bien remplie. Elle a connu le malheur de perdre un fils d’une dizaine d’années, ce qui l’a enfermé dans une raideur refusant de se laisser à sa peine de peur de s’écrouler. Son mari finira pas la quitter et sa fille s’éloignera de cette mère qui semble la rejeter. Reste alors son métier où elle est reconnue comme une excellent jusriste.

Mais aujourd’hui que lui reste-t-il ? Un frère qui, comme elle a été adopté par des parents aimants, qui vit en France avec son compagnon, son fils Bruce et sa fille dont elle n’est pas proche. Elle doit faire face à une terrible nouvelle : elle devient aveugle. Elle est fort surprise d’être courtisée par deux hommes, un avocat texan qui l’a fait rire et un voisin juif très attentionné. Dans son courrier il y a aussi des lettres de menaces étranges dont nous aurons l’explication. Elle aide aussi un enfant qui semble surdoué mais sans être capable de relations sociales à surmonter son isolement dans le monde terrible des adolescents. Elle aide un réfugié syrien à trouver un autre emploi que répondre au téléphone et aux mails du centre d’analyse des ADN. Centre auquel son fils Bruce l’a inscrite pour qu’elle en sache un peu plus sur sa famille biologique. Là encore un tissu de relations vont s’ouvrir devant elle. Et j’oubliais sa correspondance avec sa meilleure amie Rosalie, marraine de Fiona. Sa responsable de l’université du Maryland qui lui a refusé pendant deux ans de suivre un cours de littérature. Avec qui finalement, elle sera amie. Elle écrit aussi aux écrivains dont elle a aimé les romans.

Et finalement un jour, elle en dira plus à propos de la mort de Gilbert et pourra reconstruire un rapport avec Fiona.

Et tout cela nous donne un regard assez large sur la société américaine, large mais précis aussi .

Un vrai bonheur de lecture : tous les fils qui sont lancés dans les différentes lettres auront une explication. Merci à mes amies du club d’avoir mis en avant ce livre à la si jolie couverture.

Extraits.

Début.

lettre à Félix.

Felix Stone 
7 rue du Papillon
84220 Gordes
France 
2 juin 2012
Félix, mon cher frère, 
 Merci pour la carte d’anniversaire, le stylo plume et le livre, commencé dès que je l’ai reçu (jeudi) et terminé aujourd’hui. Tu avais raison, c’est surprenant et électrisant, inventif, tout ce que j’aime. Soixante-treize ans ou soixante-douze, ça ne change pas grand chose si tu veux mon avis, arthrite, constipation, trouble du sommeil , ah et j’ai décidé d’arrêter de me teindre les cheveux. 

Être adoptée.

 Moi j’étais bien. (Évidemment, je me demande parfois, très rarement, je t’assure, comme un léger bleu sur la peau, pourquoi on abandonne un enfant ? Un nouveau-né, je peux tout à fait le comprendre. Quelqu’un a pu prendre cette décision avant que la notion de ce bébé ne se transforme en un bébé en chair et en os. Mais un enfant de quatorze mois, qu’est-ce qui peut bien pousser quelqu’un à faire ça ? Ce sont des pensées qui me sont venues, mais pas de façon urgente, juste un léger bleu sur lequel j’appuierais de temps à autre.)

L’importance des lettres.

 Mes lettres ont plus d’importance pour moi que n’importe quelle étape de mon parcours dans le droit. La correspondance est le pilier de ma vie, tandis que je n’ai exercé le droit qu’une trentaine d’années. Être greffières était mon métier, la somme de mes lettres est ce que je suis . Je n’ai pas la plus vague idée du nombre de courriers que j’ai pu écrire. Je n’ai pas tenu le compte au fur et à mesure, Et je ne suis jamais allée rencontrer ce que j’ai reçu. Plus de mille, j’imagine. J’écris des lettres depuis l’enfance.


Éditions Flammarion, 276 pages, novembre 2026

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

Voilà un livre qui m’a fait du bien, et au moment où je rédige ce billet j’en avais bien besoin.

Simone, une femme de plus de 80 ans, ne ressent plus l’envie de vivre, elle habite un petit village sur la côte vendéenne, pas très loin de marais salants, et de la mer. Elle a été « saunière » c’est à dire qu’elle récoltait du sel, à Guérande on aurait dit « paludière ». C’est en général un travail d’homme car il demande beaucoup de force physique .

Paludier ou saunier dans les marais salant en France. Stock ...

D’ailleurs j’ai cherché des photos de femmes exerçant cette activité et je n’en ai pas trouvé.

Son enfance a été marquée par un père violent et alcoolique, qui a refusé qu’elle continue à étudier alors qu’elle aimait bien l’école. Elle s’est mariée avec le coiffeur du village et a réussi à ouvrir une parfumerie mais elle aurait aimé plutôt tenir une maison de la presse. Avec son mari, ils ont fait un seul voyage en Espagne, d’où elle a rapporté pour elle et son amie Martha deux poupées dansant le flamenco , et son mari un crapaud en béton qui pèse bien dans les 90 kilos. Son mariage n’a été ni malheureux ni particulièrement heureux.

Un crapaud même en béton ça doit vivre dehors et donc il trône sur la petite bande de terre qu’elle s’est approprié devant sa maison , puisqu’ils n’ont pas réussi à vendre leur magasin, elle continue à vivre seule dans cette maison sans jardin, ce qu’elle regrette.

Elle a eu le malheur de perdre sa fille, Colette toute jeune, âgée de 3 ans, me semble-t- il, et le bonheur de voir son fils réussir le baccalauréat.

Le roman commence par un fait divers incroyable : on a volé son crapaud ! cet objet qu’elle n’a jamais aimé, mais qui était à elle, et auquel elle était attachée. Puis elle reçoit des nouvelles de son crapaud qui voyage d’abord à Venise et commence alors pour elle un dialogue avec ce souvenir et une remontée vers la vie. (cela rappelle un film célèbre !)

Le récit de ses souvenirs et de cette remontée est ponctuée d’interventions de personnages qui peuvent à leur façon nous faire comprendre Simone Guillou , le gendarme, un médecin la bibliothécaire, ses amies, son fils …

Je ne peux en dire plus sans divulgâcher le plaisir de la construction romanesque. Pour moi, bien au delà de l’intrigue, ce livre que j’ai lu d’une traite, m’a fait du bien pour la peinture de personnages qu’on dit ordinaires et dont je me sens tellement proche. En plus, le ton est léger et souvent drôle.

Je le sais, on peut reprocher un côté « fleur bleue », mais j’aime bien être avec des vieux et des vieilles qui loin d’être aigris savent trouver des joies dans une vie qui peut apparaître terne à bien des gens. Comme moi, finalement les livres seront d’un grand secours à Simone , le jour où elle s’affranchira enfin de l’interdit de son père : « les livres c’est pour les bourgeois et les fainéants ! » ? Donc, je ne boude pas mon plaisir d’avoir passé un bout de ma nuit avec ce « Grand prince » du cœur qu’est Simone Guillou. Voilà pour mes quatre coquillages pour un roman que certains diront trop « faciles ».

Extraits.

Début.

Ce que Simone Guillou retient de tout ça, c’est qu’elle n’aura pas eu une trop mauvaise vie.

 Alors oui, elle a connu des moments épouvantables et traversé des épreuves qu’elle ne souhaiterait pas à son pire ennemi. Entre nous, n’est-ce pas peu ou prou le lot commun ? Qui peut se targuer d’être passé à travers les gouttes ? Personne. Ça n’arrive pas de rester à l’abri tout du long.

 

La dépression .

 Le pire, c’est peut-être le matin. À vérifier, parce que les heures coincées entre le goûter et le diner ne sont pas marrantes non plus. À cinq heures de l’après-midi, il est trop tard pour envisager une promenade et un peu tôt pour la chemise de nuit. Moralité, ce morceau de journée ne sert à rien. En tout cas, Simone ne sait plus par quel bout le prendre et elle le redoute.

Grave question ? (concernant le crapaud en ciment.)

 Comment un bazar qu’on n’aimait pas, peut autant vous manquer ?.

Le bouddhisme vu par Simone.

Ce qu’il y a de formidable avec cette religion bouddhiste, c’est qu’elle ne se formalise de rien. Mieux valait le vérifier avant de se lancer. Ne pas s’attirer de foudres, ne vexer personne. Là, aucun risque. Ce n’est même pas une religion où il faut croire en quelqu’un. On en tire ce qu’on veut, elle semble n’être là que pour vous aider à être heureux. Plus Simone prend de renseignements, plus cette aventure lui plaît. Au poi t de se demander si elle ne serait pas déjà bouddhiste sans le savoir. Sentir grandir en soi, un sentiment de paix, développer sa richesse intérieure, s’autoriser à rêver, est-ce que ça ne ressemble pas à ce qu’elle tente de faire ces temps-ci ? Le miracle, c’est qu’elle n’est pas non plus supposée réussir. Dans le bouddhisme, qu’elle découvre, on est obligé à rien du tout. Juste à faire de son mieux.
 Et ça s’appelle quand même une religion ? C’est à n’en pas revenir.

Le village, (pays de Retz).

 À Barthon , le calme, n’est pas difficile à troubler. L’an dernier, le changement d’horaire de la messe a suffi pour nous mettre la pagaille. En revanche, il est prompt à revenir. Depuis le temps, on sait comment ça marche. Les nouveaux sujets de conversation étant rares, le bourg va s’engouffrer comme un seul homme dans la brèche. Puis l’intérêt s’étiolera aussi rapidement qu’il est monté.
 Ici on tient à sa routine.