Édition j’ai lu

Merci Sandrine tu avais raison ce livre m’a beau­coup plu.

Ce récit auto­bio­gra­phique est très inté­res­sant et souvent très émou­vant. Cette petite fille est arri­vée en France à l’âge de cinq ans, ses parents commu­nistes ont fui la répres­sion des ayatol­lahs iraniens. En Iran, elle était une petite fille choyée par sa grand-mère et adorait ce pays aux multiples saveurs. Ses parents menaient une lutte dange­reuse et l’uti­li­saient pour faire passer des tracts qui étaient syno­nymes de morts pour ceux qui les trans­por­taient. Vous compre­nez la moitié du titre, et la poupée ? Toujours ses parents : ils l’ont obli­gée à donner tous ses jouets aux enfants pauvres du quar­tier en espé­rant, ainsi, en faire une parfaite commu­niste se déta­chant de la propriété, ils n’ont réussi qu’à la rendre très malheu­reuse. En France, comme tous les exilés ses parents ne seront pas vrai­ment heureux et la petite non plus.

Il faut du temps pour s’adap­ter et ce que raconte très bien ce texte c’est la diffi­culté de vivre en aban­don­nant une culture sans jamais complè­te­ment adop­ter une autre. La narra­trice souffre d’avoir perdu son Iran natal et elle souffre aussi de voir ce qu’on pays devient sous le joug des mollahs . Je me demande si elle reprend espoir avec les évène­ments actuels ou si, pour elle, c’est une nouvelle cause de souf­france de voir tant de jeunes filles se faire tuer au nom de la bien­séance islamique.

L’au­teure raconte très bien tous les stades psycho­lo­giques par lesquels elle est passée : la honte de ses parents qui ne parlent pas assez bien le fran­çais, la séduc­tion qu’elle exerce sur un audi­toire quand elle raconte la répres­sion en Iran, son envie de retrou­ver son pays et d’y rester malgré le danger, les souve­nirs horribles qui la hante à tout jamais …

Je ne sais pas où cette écri­vaine vit aujourd’­hui, car on sent qu’elle a souvent besoin de vivre ailleurs (Pékin, Istan­bul) mais je suis certaine que si le régime tyran­nique de l’Iran s’as­sou­plis­sait un peu, elle retrou­ve­rait avec plai­sir ce peuple et surtout ce pays qui l’a toujours habitée.

Citations

Les morts opposants politiques de Téhéran .

Il existe un cime­tière situé à l’est de Téhé­ran, le cime­tière de Khâva­rân connu aussi sous le nom de « Lahna­tâ­bâd », ça veut dire le cime­tière des maudits. Lors­qu’un prison­nier poli­tique était exécuté, ont jetait là son corps dans une fosse commune. Aucune inscrip­tion, aucune stèle, pas même une pierre. Terre vaste, aride et noire. Parfois de fortes pluies s’abat­taient sur la ville et les corps mal enter­rés réap­pa­rais­saient à la surface car le terrain était en pente. Alors les oppo­sants allaient ré-enter­rer leurs morts au nom de la dignité. Mon père y allait avec ses cama­rades. Ils vomis­saient, ils en étaient malades pendant des semaines, ils étaient hantés par les images des déter­rés mais peu importe, il fallait le faire. on ne pouvait pas lais­ser un corps sans sépul­ture. On ne pouvait pas lais­ser les cama­rades pour­rir ainsi.
Terre maudite ou Terre sainte ?

Que de douleurs dans ce passage !
« C’est extra­or­di­naire d’être persane ! »
Oui c’est extra­or­di­naire, vous avez raison. la révo­lu­tion, deux oncles en prison, les pros­pec­tus dans mes couches, le départ in extre­mis, l’exil, l’opium de mon père. J’en suis consciente et j’en ai souvent joué de ce roma­nesque. Dans les soirées pari­siennes intello-bour­geoises ou lors de la première rencontre avec un homme histoire de le char­mer, mais aussi face aux voya­geurs qui ont traversé l’Iran sur la route de la soie, face aux expa­triés qui ont travaillé là-bas. D’ha­bi­tude les gens ou entendu parler de l’Iran à travers les médias, les livres, les films. Tout ça est un peu loin­tain, irréel, mais là, ils ont face d’eux quelque chose de bien vivant. Alors je me faisais conteuse devant un public avide d’his­toires exotiques et j’ai rajouté des détails et je modu­lais ma voix et je voyais les petits yeux deve­nir atten­tifs, le silence régnait certains, les plus sensibles ont même pleuré. Je triomphais. 

14 Thoughts on “Marx et la Poupée – Maryam MADJIDI

  1. keisha on 1 décembre 2022 at 08:18 said:

    Un peu (tout petit peu) des thèmes comme dans Polina. Curieu­se­ment, je n’ai pas lu ce livre.

  2. Je suis vrai­ment contente que ce livre t’ait plu. C’est vrai que l’hu­mour lui donne une saveur parti­cu­lière. J’a récem­ment vu une inter­view de Maryam Madjidi : elle a écrit un autre texte auto­bio­gra­phique dans lequel elle raconte son adoles­cence : « Pour que je m’aime encore ».

  3. Je garde un très bon souve­nir de ce roman.

    • J’ai donc dû lire un billet sur ton blog, c’est un peu compli­qué de garder en souve­nir tous les billets qui donnent envie de lire un livre.

  4. Je me souviens de voir des avis sur les blogs de ce livre, mais je ne l’ai pas lu.

  5. un point de départ qui me plaît beau­coup. Je ne connais­sais pas.

  6. Je l’ai lu en audio cette année, j’ai beau­coup aimé, d’au­tant qu’il est inter­prété par l’au­teure elle même, qu’elle a une diction parti­cu­lière qui rend encore tout plus fort.

  7. Lu en 2018 … tu me le remets en mémoire. Du coup j’ai été revoir ma critique (vive les blogs) et je concluais par : Une belle leçon sur l’exil et contre les préju­gés de la double culture.

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