20151216_122141Pendant les derniers mois de l’an­née 2015, il a été beau­coup ques­tion de relec­ture, j’ai mis sur ma liseuse tous les clas­siques que je veux relire. J’ai choisi de relire « Madame Bovary » (que vous connais­sez tous et toutes) car j’ai été passion­née par un débat sur France Culture, animé par Alain Finkiel­kraut, lors de son émis­sion « Répliques » du 28 novembre 2015. Étaient invi­tés : Suzanne Julliard qui vient de publier une antho­lo­gie de la prose fran­çaise ordon­née par genres ( des orateurs aux critiques) et le comé­dien Fabrice Luchini.

Suzanne Julliard affir­mait que, si la langue de Flau­bert était travaillée à la perfec­tion, elle n’était en aucun cas poétique. Ma relec­ture très atten­tive me place dans son camp. Pour­tant Luchini et Finkiel­kraut étaient telle­ment passion­nés que j’au­rais aimé qu’il en soit autre­ment. J’ai lu « Madame Bovary » plusieurs fois, mais toujours dans des cadres scolaires puis univer­si­taires. Je me souviens combien, au lycée, j’avais été agacée par cette Emma qui me ressem­blait si peu, toujours à rêver sa vie au lieu de la vivre.

Et puis, sont parve­nus jusqu’à moi, sans pour autant que je relise cette œuvre, les débats menés par les fémi­nistes de notre époque accu­sant Flau­bert, d’avoir fait une héroïne avec des yeux de « mâle domi­nant » occi­den­tal. Je trou­vais ce débat stérile, et je ne voulais pas m’y inté­res­ser. J’ai repris ce roman avec des préju­gés favo­rables pour ce qui est consi­déré, à juste titre, comme un monu­ment incon­tour­nable de la litté­ra­ture fran­çaise. Et de nouveau, Emma m’a prodi­gieu­se­ment éner­vée, mais je ne comprends abso­lu­ment pas les propos des critiques fémi­nistes, car les hommes sont d’une nullité crasse, seul Charles grâce à son amour sans faille pour sa trop jolie femme, a une présence plus sympa­thique que l’en­semble des person­nages.

C’est un livre déses­pé­rant, car personne n’est habité par un senti­ment posi­tif pour ce qui fait le sel de la vie, les joies intel­lec­tuelles ou les satis­fac­tions physiques. Emma les rêvait dans la réali­sa­tion d’un amour passionné, et fina­le­ment, étant donné le cadre mono­tone de sa vie qui peut lui donner tort ? Elle vit à travers ses romans, mais nous blogueuses et plus rares blogueurs, ce sont pour nous aussi de moments déli­cieux que ceux passés parmi nos lectures. Je vais sans doute résu­mer le drame d’Emma a bien peu de choses, mais si elle s’était réali­sée dans la société autre­ment que comme la femme de Charles Bovary, Flau­bert n’au­rait eu à se mettre sous la dent que la série de portraits d’hommes aussi peu relui­sants que, Homais, le phar­ma­cien qui se croit savant alors qu’il est tout juste scien­tiste borné, Rodolphe, le jouis­seur, L’heu­reux l’usurier escroc, Léon le pâle amou­reux arri­viste et j’en passe.

C’est donc un roman déses­péré et je suis vrai­ment contente de n’avoir pas à l’ex­pli­quer à la jeune géné­ra­tion. À la relec­ture, je me disais sans cesse combien je préfère la lecture de Maupas­sant autre­ment plus humain que ce Flau­bert qui s’est si bien corseté pour écrire son chef d’œuvre, qu’il ne laisse aucune chance à la vie pour se faufi­ler à travers les inter­stices de nos rêves et nos déli­cieux fantasmes.

Citations

Poésie ? Charles amoureux et heureux

Et alors, sur la grande route qui éten­dait son long ruban de pous­sière, par les chemins creux où les arbres se cour­baient en berceaux, dans les sentiers dont les blés lui montaient jusqu’aux genoux, avec le soleil sur les épaules et l’air du matin à ses narines, le cœur plein des féli­ci­tés de la nuit, l’es­prit tran­quille, la chair contente, il s’en allait rumi­nant son bonheur, comme ceux qui mâchent encore après dîner, le goût des truffes qu’ils digèrent.

Emma et la recherche du bonheur

Avant qu’elle se mariât, elle avait cru avoir de l’amour ; mais le bonheur qui aurait dû résul­ter de cet amour n’étant pas venu, il fallait qu’elle se fût trom­pée, songeait-elle. Et Emma cher­chait à savoir ce que l’on enten­dait au juste dans la vie par les mots de féli­cité, de passion et d’ivresse, qui lui avaient paru si beaux dans les livres.

La vie de couple

La conver­sa­tion de Charles état plate comme un trot­toir de rue, et les idées de tout le monde y défi­laient dans leur costume ordi­naire, sans exci­ter d’émo­tion, de rire ou de rêve­rie.

Solitude (poésie ?)

Comme les mate­lots en détresse, elle prome­nait sur la soli­tude de sa vie des yeux déses­pé­rés, cher­chant au loin quelque voile blanche dans les brumes de l’ho­ri­zon.

Phrase célèbre

Ainsi se tenait, devant ces bour­geois épanouis, ce demi-siècle de servi­tude. 

Cruauté de Flaubert envers les femmes

L’aplomb dépend des milieux où il se pose : on ne parle pas à l’en­tre­sol comme au quatrième étage, et la femme riche semble avoir autour d’elle, pour garder sa vertu, tous ses billets de banque, comme une cuirasse, dans la doublure de son corset.

Remarque à méditer sur l’amour

Mais le déni­gre­ment de ceux que nous aimons toujours nous en détache quelque peu. Il ne faut pas toucher aux idoles : la dorure en reste aux mains.

Une belle réaction d’Emma

Vous profi­tez impu­dem­ment de ma détresse monsieur ! je suis à plaindre, mais pas à vendre !

Victoire d’Homais, dernières phrases du roman

Depuis la mort de Bovary, trois méde­cins se sont succédé à Yonville sans pouvoir réus­sir, tant M. Homais les a tout de suite battus en brèche. Il fait une clien­tèle d’en­fer ; l’au­to­rité le ménage et l’opi­nion public le protège.
Il vient de rece­voir la croix d’hon­neur

E‑H

E

El Aswany (Alaa) (L’im­meuble Yacou­bian 14 avril 2011)

Éliard (Astrid) (Danser 19 août 2017)

Ellis (Mary Relindes) (Wiscon­sin 5 octobre 2015)

Eltcha­ni­noff (Michel) (Dans la tête de Vladi­mir Poutine 22 juin 2015)

Enia (Davide) (La loi de la mer 15 juillet 2019)

Epenoux (Fran­çois d ») (Le réveil du Cœur 4 avril 2014)( Le presque 7 juillet 2018)

Ernaux (Annie) (L’autre Fille 14 avril 2011) (Une Femme 17 décembre 2015)

Esqui­vel (Laura) (Choco­lat amer 25 mai 2010)

Etkind (Efim) (La traduc­trice 11 janvier 2014)

F

Fabcaro (Zaï Zaï Zaï Zaï 22 février 2016) (Et si l’amour c’était d’aimer 29 mai 2018)

Fadelle (Joseph) (le prix à payer 25 mai 2013)

Fante (John) (Mon chien stupide 22 juillet 2019

Fargues (Nico­las) (La ligne de cour­toi­sie 3 avril 2012)

Faye (Eric) (Éclipses japo­naises 20 février 2017)

Fellowes (Julian)(Passé Impar­fait 13 janvier 2020)

Fermine (Maxence) (Neige 19 novembre 2012)

Fernan­dez (Domi­nique) (Ramon 27 aout 2006)

Ferney (Alice) (Les Bour­geois 25 février 2019)

Ferrante (Elena) (l’amie prodi­gieuse 4 juillet 2016)

Ferrari (Jérôme) (le Sermon sur la chute de Rome 30 août 2013)

Ferrier (Fran­çois) (Le Louvre inso­lent 6 juin 2016)

Filhol (Elisa­beth) (La Centrale 24 février 2010)

Finn (Anne) (Le tyran domes­tique 14 janvier 2011)

Flagg (Fanny) (Miss Alabama et ses petits secrets 29 août 2016)

Flau­bert (Gustave) (Madame Bovary  7 janvier 2016)

Foen­ki­nos (David) (La déli­ca­tesse 26 novembre 2009) (Nos sépa­ra­tions 23 avril 2010) (Les souve­nirs 15 octobre 2011) (Char­lotte 5 janvier 2015)

Fonta­nel (Sophie) (Gran­dir 14 janvier 2011)

Fotto­rino (Eric)( Chevro­tine 15 octobre 2014) (Korsa­kov 13 février 2015)

Fourest (Caro­line) (Libres de le dire 23 avril 2010)

Four­nel (Paul) (La liseuse 22 mars 2012)

Four­nier (Jean-louis) (Veuf 14 avril 2012) (Ma mère du Nord 10 mars 2013) (Mon Autopsie 20 octobre 2017)

Fran­ces­chi (Patrice) (Première personne du singu­lier 11 octobre 2016)

Freche (Emilie) (Chou­kette 23 avril 2010)

Fromm (Pete) (Mon Désir le plus Ardent 17 décembre 2019)

G

Gagnon (Pierre) (Mon vieux et moi 21 novembre 2010)

Goddard Robert (La Croi­sière Charn­wood 4 décembre 2019)

Grebe (Camilla) (Le Jour­nal de ma Dispa­ri­tion 11 février 2019)

Guene (Faïza) (Millé­nium Blues 27 Mai 2019)

mai

H

Heis­bourg (Fran­çois) (Cet étrange nazi qui sauva mon père 26 août 2019)

Hert­mans (Stefan) (Guerre et téré­ben­thine 9 décembre 2019)

Hill (Nathan) (Les Fantômes du Vieux Pays 20 novembre 2018)

Honey­man (Gail) (Elea­nor va très bien 31 octobre 2018)

Houel­le­beck Michel (Plate­forme 9 septembre 2019)

Houston (Nancy) (Lèvres de Pierre 3 décembre 2018)