5
Après le succès de « Ru »,
Kim Thuy a retrouvé la magie de l’ins­pi­ra­tion et de l’écri­ture pour nous livrer « Man ». 
Dès que j’ai lu dans des blogs amis , que ce livre vous avait plu, je me suis préci­pi­tée ! Je vais rajou­ter des louanges aux louanges.

J’aime la façon dont cette femme mêle les fils de son histoire et de de l’his­toire tragique de son pays d’ori­gine. Comme, dans « Ru » ‚on a le cœur serré à l’évo­ca­tion des plus grandes des tortures que les hommes du ving­tième siècle ont su inven­ter. Ce père famé­lique, par exemple, qui voit ses enfants mourir de faim et qui laisse une soupe à la tomate et au persil à côté d’une clôture pour que ses enfants puissent s’en empa­rer.

Cette soupe , la meilleure du monde pour Hong sa fille survi­vante, deve­nue cuisi­nière dans le restau­rant de la narra­trice sera à l « origine d’une des recettes qui fera le succès de leur entre­prise. Car c’est cela qui m’at­tache aussi fort à cette écri­vaine, des souf­frances naissent aussi la vie . On peut, au début de la lecture, être dérouté par sa façon de racon­ter , car son récit n’est pas linéaire. Fina­le­ment elle renoue tous les fils , ce n’est qu’à la fin du roman qu’on comprend la première phrase :

« Maman et moi nous ne nous ressem­blons pas. Elle est petite, et moi je suis grande. Elle a le teint foncé, et moi j ai la peau des poupées fran­çaises. Elle a un trou dans le mollet, et moi j’ai un trou dans le cœur. »

C’est bien ce trou dans le cœur qu’elle va nous racon­ter , à sa manière et en passant par tout ce qui fait sa vie : Man, cette mère qui l’a élevée, la guerre du Viet­nam et son cortège d’hor­reurs, les odeurs et les goûts d’une cuisine qui la feront vivre, et aussi un amour passion­nel qui lui trouera le cœur.

Citations

Le plaisir des mots

C’était mon premier mot de fran­çais,« londi » . En viet­na­mien , « lon » signi­fie canette et « di » partir . Ces deux sons ensemble en fran­çais font « lundi » dans l’oreille d’une Viet­na­mienne . A la manière de sa mère ‚elle m a ensei­gné ce mot en me deman­dant de poin­ter la canette avant de lui donner un coup de pied et de dire « lon-di » pour lundi. Ce deuxième jour de la semaine est le plus beau de tous parce que sa mère est décé­dée avant de lui apprendre à pronon­cer les autres jours. 

Le plaisir de la lecture

Beau­coup de livres en fran­çais et en anglais avaient été confis­qués pendant les années de chaos poli­tique. On ne connaî­tra jamais le sort de ces livres , mais certains avaient survécu en pièces déta­chées. On ne saurait jamais par quel chemin étaient passées des pages entières pour se retrou­ver entre les mains des marchands qui les utili­saient pour enve­lop­per un pain, une barbotte ou un bouquet de lise­ron d’eau … On ne pour­rait jamais me dire pour­quoi j avais eu la chance de tomber sur ces trésors enfouis au milieu des tas de jour­naux jaunis. Maman me disait que ces pages étaient des fruits inter­dits tombés du ciel. 

Le vietnamien une langue tonale

Julie pronon­çait les « la, là, lâ, lä , lah … » en distin­guant les tons même si elle ne compre­nait pas les diffé­rentes défi­ni­tions : crier, être, étran­ger, évanouir, frais.

Aimer en chinois

le profes­seur avait expli­qué que le carac­tère « aimer » englo­bait trois idéo­grammes : une main,un cœur et un pied, parce que l’on doit expri­mer son amour en tenant son cœur dans ses mains et marcher à pied jusqu’à la personne qu’on aime pour le lui tendre.

Les visages de l’amour

Pour­tant à côté du visage de Luc, le mien me ressem­blait comme une évidence. Si j’étais une photo­graphe , Luc serait le révé­la­teur et le fixa­teur de mon visage, qui n’exis­tait jusqu’à ce jour qu’en néga­tif.

Le temps après

Moi je possé­dais l’éter­nité parce que le temps est infini quand on n’at­tend rien. 

On en parle

D’une berge à l’autre, lectu­ris­sime , lire et merveille, (avec une inter­view passion­nante de l’écri­vaine) et bien d’autres que j’ou­blie.

http://images.telerama.fr//medias/2010/01/media_51130/kim-thuy-ru,M31793.jpg
5
Comment trans­mettre la mémoire de l’horreur ? Nguyên An Tinh, narra­trice très proche de l’auteure a fui, sur un boat-people, le Viet­nam commu­niste. Elle nous livre des moments de sa vie, des frag­ments de sa mémoire. Une odeur, un bruit, un mot entraîne un nouveau souve­nir. Monsieur Vinh grand chirur­gien de Saigon, a confié ses cinq enfants, à cinq bateaux diffé­rents, essayant ainsi de multi­plier les chances qu’au moins un d’entre eux survive. Ils survi­vront tous, lui devien­dra balayeur de rue à sa sortie de prison. « Prison » ce mot ramène l’au­teure à une autre prison, celle de l’autisme où son fils, Henry, est enfermé pour toujours.

On a déjà entendu à peu près toutes les horreurs par lesquelles, elle et ses proches sont passés. Comme ce Monsieur An ancien juge de Saigon qui croit sa mort arri­vée car, ce jour-là, un garde l’oblige à sortir des rangs des prison­niers, à s’agenouiller, lui met le pisto­let sur la tempe, tire …. Il n’y avait pas de balle dans le char­geur. Monsieur An ne sera plus jamais le même, et il se souvien­dra toute sa vie des nuances des bleus du ciel du jour où …

Van Thùy a réussi à nous trans­mettre l’horreur qu’elle porte en elle. Et pour­tant ce livre reste léger et pudique. Même quand elle décrit la pros­ti­tu­tion des jeunes, voire des enfants. C’est la force de ce livre, il n’y a jamais aucun mélo­drame et pour­tant quelle trace il laisse dans notre mémoire ! Je pense que chaque lecteur portera en lui un moment de sa mémoire, pour moi c’est l’hommage qu’elle rend aux femmes du Viet­nam.

Quand j’ai refermé ce livre, je me suis deman­dée pour­quoi elle était retour­née dans ce pays, et, est-ce qu’un jour le Viet­nam devien­dra une démo­cra­tie. La relec­ture de ce livre pour notre Prix du club de lecture m’a encore plus subju­guée que la première fois. Je n’ai pas compris pour­quoi je ne lui avais pas mis 5 coquillages, et surtout ai-je assez insisté sur le style de Kim Thuy ? Elle écrit à la perfec­tion dans une langue proche de la poésie, très person­nelle et si facile à adop­ter par tout le monde.

Citations

Proverbe vietnamien

La vie est un combat où la tris­tesse entraîne la défaite.

Mon passage

On oublie souvent l’existence de toutes ces femmes qui ont porté le Viet­nam sur leur dos pendant que leur mari et leurs fils portaient les armes sur le leur. On les oublie parce que sous leur chapeau conique, elles ne regar­daient pas le ciel. Elles atten­daient seule­ment que le soleil tombe sur elles pour pouvoir s’évanouir plutôt que s’endormir. Si elles avaient pris le temps de lais­ser le sommeil venir à elles, elles se seraient imaginé leurs fils réduits en mille morceaux ou le corps de leur mari flot­tant sur une rivière telle une épave. Les esclaves d’Amérique savaient chan­ter leur peine dans les champs de coton. Ces femmes, elles, lais­saient leur tris­tesse gran­dir dans les chambres de leur cœur. Elles s’alourdissaient telle­ment de toutes ces douleurs qu’elles ne pouvaient plus redres­ser leur échine arquée, ployée sous le poids de leur tris­tesse.

On en parle

Link.

DSC00881--Small-.JPG

Grande nouvelle ! La compé­ti­tion pour Le prix litté­raire du club des lectrices de Dinard 2010/​2011, prix recher­ché par tant et tant et d’auteurs et d’auteures, est lancée ! La compé­ti­tion s’annonce achar­née : le choix des 8 œuvres a déjà donné lieu à une belle montée d’adrénaline. J’étais très inquiète pour Dany Lafer­rière car nous étions que trois à l’avoir lu… et fina­le­ment il a passé le cap !

Je suis ravie de cette liste, et je me fais déjà une joie de tous les relire.

PS. Inutile de vouloir soudoyer les membres du jury, nous sommes toutes, incor­rup­tibles …. Ah oui, j’ai oublié de le redire, ce club est unique­ment fémi­nin ! Comme le dit ma sœur,nouvellement arri­vée dans la région, mais où sont les hommes ? Ni au cours d’histoire de l’art, ni à la marche, ni à l’anglais ; elle a trouvé : elle les voit tous ……. à la déchet­te­rie !

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51dKh8AWCfL._SL160_AA115_.jpg Le testa­ment caché

Barry Sébas­tien

http://ecx.images-amazon.com/images/I/31B8G9q5A-L._SL160_AA115_.jpg L’énigme du retour

Lafer­rière Dany

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41zl3QQRYzL._SL160_AA115_.jpg Ce que je sais de Vera Candida

Ovalde, Véro­nique

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41MJ33vGetL._SL160_AA115_.jpg Le naufrage de la vesle Mari, et autres racon­tars

Riel,Jorn

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41fTtGctIIL._SL160_AA115_.jpg Tom, petit tom, tout petit homme, Tom

Constan­tine, Barbara

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41eMDnvMZvL._SL160_AA115_.jpg Mon couron­ne­ment

Bizot, Véro­nique

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41oVdHN-9gL._SL160_AA115_.jpg Ru

Thuy, Kim

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41hOy7uNDRL._SL160_AA115_.jpg L’étoile du matin

Scch­wartz-Bart, André