les supremes

Traduit de l’amé­ri­cain par Cloé Tralci avec la colla­bo­ra­tion d’Em­ma­nuel et de Philippe Aron­son.

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En bateau, lire n’est pas toujours facile, entre les manœuvres et le mal de mer, le temps de la navi­ga­tion est plus propice aux beaux paysages qu’à la lecture. Heureu­se­ment, en octobre , les jours sont courts et les escales assez longues pour profi­ter d’un bon roman. J’avais choisi celui-ci à la média­thèque, car j’avais lu sur mes blogs amis des critiques posi­tives. Le moins que je puisse dire, c’est que je ne regrette pas mon choix.

Le début est dérou­tant, car on passe de l’une à l’autre des trois amies et l’on doit faire un effort pour savoir qui est « je ». Odette qui comme sa mère converse avec les fantômes et qui devra lutter contre le cancer ou Barbara-Jean qui noie dans l’al­cool ses drames trop violents pour une femme , même si elle est la plus belle de la ville ou Clarice mariée au trop beau Rich­mond. Mais peu à peu se dessine la vie de ces femmes . Plus que l’in­trigue quelque peu roma­nesque, c’est la descrip­tion de l’ami­tié de ces trois femmes qui m’a fait adorer ce roman, et puis, j’ai souri souvent et ri parfois.

Le mariage de la fille de Vero­nica qui devait être l’événement le plus sensa­tion­nel de l’an­née restera dans tous le souve­nirs mais sans doute pas pour les raisons qui ont fait dépen­ser des fortunes aux parents de la mariée.Les diffé­rences entre les diffé­rentes églises m’ont amusée et l’épi­sode de la pros­ti­tuée qui croit avoir entendu le seigneur lui parler est un bon moment .La vie à Plain­vieuw tourne autour des églises et du café restau­rant de Little Earl où se retrouvent les trois suprêmes avec leur mari. Et inénar­rable Minnie qui prédit l’ave­nir se trompe tout le temps et d’un égoïsme à toute épreuve. La façon dont elle annonce la mort de son mari aux enfants de celui-ci est abso­lu­ment inou­bliable. Les langues vont bon train dans ce café et les scènes souvent cocasses se suivent , le rire n’est jamais très loin des larmes. C’est une pein­ture récon­for­tante pleine d’hu­ma­nisme , peut être trop de bons senti­ments, mais ça ne m’a pas gêné.

J’ai aimé lire que si Edward Kesley Moore avait écrit ce roman c’est qu’il ne retrou­vait pas dans la litté­ra­ture Nord-améri­caine le carac­tère des femmes qui l’avaient élevé. Si les femmes qu’il a connues ressemblent à celles de ce roman , je trouve qu’il a bien de la chance , et qu’être noir aux USA , n’est donc pas syno­nyme de malheur.Depuis la prési­dence d’Obama on s’en doutait un peu.

Citation

Un portrait de Jésus à vous faire aimer les églises

Ce qui est frap­pant dans cette fresque, c’est le portrait de Jésus – le plus sexy que j’ai jamais vu. Il a les pommettes saillantes, et des cheveux de jais bouclés. Ses bras bron­zés et musclés se tendent vers vous, et il a le ventre aussi ferme que celui des manne­quins brési­liens qui posent en sous – vête­ments dans les publi­ci­tés. Sa bouche semble souf­fler des baisers vers l’as­sem­blée, et sa couronne d’épines légè­re­ment penchées sur le côté Lui donne un air décon­tracté à la Frank Sina­tra.

L’humour et l’amitié

Clarice farfouillait dans la commode de sa meilleure amie à la recherche d’un truc pour embel­lir, voire dissi­mu­ler la robe hideuse qu Odette ne manque­rait pas de porter ce soir – là. La grand – mère aveugle qui avait confec­tionne tous ses vête­ments quand elle était petite avait beau être morte , son sens du style perdu­rait dans les tristes placards de sa petite fille.

Un sourire qui m’a rappelé celui de Madame Verdurin

Florence souriait égale­ment, même si avec elle il était toujours diffi­cile d’en avoir la certi­tude. Depuis des années, elle arbo­rait une expres­sion grima­çante qui rele­vait d’avan­tage du dégoût que de la joie . Chez elle, les zygo­ma­tiques étaient atro­phiés depuis long­temps. Quoi qu’il en soit, son rictus habi­tuel parais­sant moins agoni­sant ce jour là.

On en parle

Les fanas de livres (qui a plus de réserves que moi) Audou­choc qui n’a pas aimé, Cathulu qui a aimé autant que moi.

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