Édition Slatkine&compagnie. Traduit de l’al­le­mand par Isabelle Liber

Voici donc ma troi­sième et dernière parti­ci­pa­tion au chal­lenge d’Éva. Un livre de langue alle­mande que j’ai lu grâce à la traduc­tion d’Isabelle Liber. Mes trois coquillages prouvent que je n’ai pas été complè­te­ment conquise. Pour­tant je suis sûre de l’avoir acheté après une recom­man­da­tion lue sur le blogo­sphère. Ce roman m’a permis de me remettre en mémoire l’hor­rible acci­dent du ferry Esto­nia entre l’Es­to­nie et la Suède, acci­dent qui a causé la mort de 852 personnes en 1994. Mais si ce naufrage est bien le point central du roman, celui-ci raconte surtout la diffi­culté de rapports entre un fils et ses parents. Laurits Simon­sen rêvait d’être pianiste, mais son père d’une sévé­rité et d’un égoïsme à toute épreuve l’a forcé à deve­nir méde­cin. Le jour où Laurits compren­dra l’am­pleur des manœuvres de son père, il fuira s’ins­tal­ler en Esto­nie.
De ruptures en ruptures, de drames en drames, il est, à la fin de sa vie, rede­venu pianiste sous l’iden­tité de Lawrence Alexan­der, loin d’être un virtuose, il anime les croi­sières et tient le piano-bar. C’est ainsi que nous le trou­vons au deuxième chapitre du roman, le premier étant consa­cré à l’ap­pel au secours de l’Es­to­nia le 28 septembre 1994. Les diffi­cul­tés dans lesquelles dès l’en­fance le narra­teur s’est trouvé englué à cause de l’égo surdi­men­sionné d’un père tyran­nique nous appa­raît peu à peu avec de fréquents aller et retour entre le temps du récit et le passé du narra­teur.

Le récit est impla­cable et très bien mené mais alors pour­quoi ai-je quelques réserves, j’ai trouvé le récit un peu lourd, très lent et trop démons­tra­tif pour moi. J’ai vrai­ment du mal à croire au person­nage du père mais peut-être ai-je tort ! Il existe, sans doute des êtres inca­pables à ce point d’empathie ! Je pense, aussi, que je lis beau­coup de livres et que j’en demande peut être trop à chacun d’entre eux. Mais, à vous, donc de vous faire une idée de ces quelques « feuilles alle­mandes ».

Citations

l’alcool et le chagrin

J’ai vidé dans le lavabo ce qui restait de la bouteille de whisky. Ce truc n’a fait qu’empirer les choses. Ça n’avait que le goût du chagrin.

Le titre

J’étais heureux d’ar­ri­ver dans le port de Venise après un long voyage ‑cette ville est la seule que j’ar­rive à suppor­ter plus de trois jours, elle est un entre deux, ni terre, ni mer.

Le naufrage

1h48. Au plus noir de la nuit, dans les lotis­se­ments de la tempête, le bateau bleu et blanc dressa une dernière fois sa proue vers le ciel et, moins d’une heure après son appel de détresse, dispa­rut dans les eaux avec un profond soupir. Avec lui sombraient les rêves et les espoirs, les désirs, les inquié­tudes, les peurs et les lende­mains de tout ceux qui était restés à bord.

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Traduit de l’anglais par Fran­çois Dupui­gre­net Desrous­silles.

4
Cadeau de ma voisine qui a un petit côté dame anglaise raffi­née qui lui va si bien. Merci, Marie-Agnès : grâce à toi mon insom­nie de pré concert (oui, il m’arrive de chan­ter et ça me donne toujours une de ses trouilles !) s’est merveilleu­se­ment trans­for­mée en une balade dans un jardin italien et les cœurs de ses dames « so british ».

Il y a un petit côté agaçant à suivre les péré­gri­na­tions de ces quatre femmes qui n’ont d’autres soucis que de se retrou­ver elle même dans un cadre enchan­teur. Mais c’est très bien raconté, le côté vieille femme indigne ou femme de charité est bien analysé. Toujours à la façon anglaise sans insis­tance mais telle­ment d’humour, mine de rien ce char­mant petit livre en dit beau­coup plus qu’il n’y paraît.

En le reli­sant plus atten­ti­ve­ment, j’ai été éton­née de la qualité de l’ana­lyse des rapports dans le couple. Et l’hu­mour anglais est vrai­ment irré­sis­tible par exemple le mari qui ne sait marquer son affec­tion qu’en pinçant l’oreille de sa femme. Le soir où il déborde d’amour il lui pince les deux oreilles ! Comme Lotty, je me demande bien ce qu’il pourra bien lui pincer après !

J « aime beau­coup l’hys­té­rie de la gentille Lotty, même si elle m’a un peu agacée avec son côté « tout le monde à un côté posi­tif vous verrez la beauté du jardin italien au prin­temps le révè­lera ». Elle est « trop » dirait-on, aujourd’hui. Si vous aimez le thé, les vieilles ladies, les beaux jardins, ce roman vous permet­tra de passer un très agréable moment.

Citations

Elle était de ces gens que nul ne remarque dans un vernis­sage. Ses vête­ments mités de ladre­rie, la rendaient presque invi­sible.

Dieu premier servi ! Frede­rick avait été comme saigné à blanc par les prières de sa femme.

De toute façon je suis persua­dée que c’est péché de se rendre malheu­reuse à force de vertu. Vous avez l’air si triste que vous avez dû être bien vertueuse durant toutes ces années.

N’étaient-elles pas en Italie où les nuages semblent des anges pote­lés ?

On en parle

de façon très enthou­siaste : La biblio­thèque d’Al­lie

J’avais repéré ce roman chez Keisha, Jérôme, Kathel, AifelleKrol (qui ne tient pas à jour son Index des auteurs).J’ai fait plusieurs tenta­tives pour le finir car ce livre est une vraie claque mais le genre de claque qui rend triste et plombe le moral. Il faut un certain courage pour affron­ter cette réalité : oui, les hommes se conduisent mal sur la seule planète qu’ils seront sans doute capables d’ha­bi­ter. Ils dominent tout, saccagent tout, pour pouvoir vivre confor­ta­ble­ment leur vie de « Maîtres et posses­seurs » comme nous l’avait enjoint Descartes∗. Alors, à la manière d’un Montes­quieu avec ses Persans et d’un Swift avec Gulli­ver, Vincent Message veut nous faire réflé­chir sur ce que nous faisons sur notre planète, il imagine qu’à notre tour, à une époque diffé­rente, nous sommes « Domi­née et Possé­dés ». Son roman est très fort car il n’a pas cher­ché à fabri­quer des extra terrestres un peu ridi­cules, nous ne savons rien de ces « Domi­na­teurs » sauf que ces êtres nous ont étudiés et qu’ils ont parfai­te­ment compris comment nous avons fait pour êtres des « Maîtres » et à leur tour, il sont deve­nus « Nous » mais en nous rempla­çant. Les hommes sont main­te­nant trai­tés comme nous le faisons avec les animaux aujourd’­hui.

  • Les animaux de compa­gnie qui ont le droit de vivre confor­ta­ble­ment auprès de leur maître.
  • Des esclaves qui triment jusqu’aux limites de leur forces puis sont abat­tus.
  • Et enfin la pire des condi­tions, des hommes d’élevages qui seront abat­tus et consom­més sous forme de viande.

Comme ces êtres ont d’abord cher­ché à nous comprendre, cela permet à l’au­teur d’écrire quelques pages terribles sur nos absurdes compor­te­ments destruc­teurs, par exemple dans la mer. Les pages sur la pêche indus­trielle sont insup­por­tables mais telle­ment vraies. Le roman alterne des périodes d’ac­tions intenses car le héros Malo est un être supé­rieur et un haut cadre de la nouvelle société, il est l’ins­ti­ga­teur d’un projet de loi qui demande que l’on auto­rise les hommes à vivre dix ans de plus : jusqu’à 70 ans, car dans cette fiction, il sont systé­ma­ti­que­ment abat­tus à 60 ans pour éviter les problèmes liés à la vieillesse des humains. Malo s’est épris d’une jeune femme humaine, Iris qui était une femme d’éle­vage. Il veut la sauver à tout prix, alors qu’elle a été victime d’un acci­dent de voiture. Le système impla­cable que les maîtres ont mis en place se referme peu à peu sur lui. En dehors de cette action intense, l’au­teur nous offre des périodes de réflexions sur le trai­te­ment de la nature. Ces êtres supé­rieurs ont, en effet, seule­ment cher­ché à domi­ner et à faire mieux que nous, en consé­quence de quoi la planète est aussi malme­née que lors de la domi­na­tion humaine. Une petite lueur d’es­poir dans ce roman si sombre, les hommes ont une carac­té­ris­tique que ceux qui nous ont dominé n’ont pas, ces « maîtres » ne sont pas des créa­teurs. Alors l’art saurait-il nous sauver ? Et puis, à la fin du roman on parle d’un lieu sur terre où les choses se passent diffé­rem­ment et fina­le­ment pouvons nous réjouir de cette certi­tude les domi­na­teurs connaî­tront un jour, eux-aussi leur fin ?

Citations

∗Extrait du discours de la méthode de Descartes

« Car [ces connais­sances] m’ont fait voir qu’il est possible de parve­nir à des connais­sances qui soient fort utiles à la vie, et qu’au lieu de cette philo­so­phie spécu­la­tive, qu’on enseigne dans les écoles, on peut en trou­ver une pratique, par laquelle connais­sant la force et les actions du feu, de l’eau, de l’air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous envi­ronnent, aussi distinc­te­ment que nous connais­sons les divers métiers de nos arti­sans, nous les pour­rions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres et ainsi nous rendre comme maîtres et posses­seurs de la nature. Ce qui n’est pas seule­ment à dési­rer pour l’invention d’une infi­nité d’artifices, qui feraient qu’on joui­rait, sans aucune peine, des fruits de la terre et de toutes les commo­di­tés qui s’y trouvent, mais prin­ci­pa­le­ment aussi pour la conser­va­tion de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fonde­ment de tous les autres biens de cette vie.”

La vision des nouveaux maîtres de la planète sur les hommes

L’iro­nie c’est qu’ils avaient cru être supé­rieurs, eux aussi, en leur temps, mais c’était dans leur cas au prix d’un aveu­gle­ment qui prenait avec la distance un aspect un peu pathé­tique. Ce qui les mettait à part, c’était, disaient-ils, leur intel­li­gence redou­table, leur manie­ment fin du langage, leur créa­ti­vité. Ne pas être capable de régu­ler pour de bon sa démo­gra­phie, déter­rer et brûler le carbone jusqu’à rendre l’air irres­pi­rable, c’était pour eux le signe d’une intel­li­gence redou­table. Réduire de force plusieurs milliards de leurs propres congé­nères à une vie de quasi esclave pour qu’une mino­rité concentre les richesses, c’était l’in­dice certains de leur inven­ti­vité excep­tion­nelle. Ils ne se deman­daient presque jamais si le fonde­ment de l’in­tel­li­gence ne consiste pas à se donner des moyens de survivre sur le long terme, si la capa­cité à une auto-conser­va­tion durable n’est pas le premier signe de la raison. Ils mépri­saient comme des aber­ra­tions de la nature des rebuts de la créa­tion toute une série d’es­pèces qui les avaient précé­dés sur terre et qui leur auraient survécu de quelques millions d’an­nées s’ils n’avaient pas eu la chance que nous repre­nions les choses en main. Nous les avons trou­vés pullu­lant à certains endroits et ne se repro­dui­sant pas assez à d’autres. Tout aussi inca­pables de répar­tir le travail que la popu­la­tion. Et cette incon­sé­quence, d’une constance tout à fait remar­quable, elle tenait pour beau­coup à leur empri­son­ne­ment dans le chaos des inté­rêts parti­cu­liers. Pour rien au monde ils n’au­raient accepté quelque chose qui favo­rise plus le pays voisins que le leur, ou consenti à des efforts substan­tiels pour des gens qui n’étaient même pas encore nés. C’était là des traits qui, si on en faisait la somme justi­fiait assez la rapi­dité de leur effon­dre­ment et la légi­ti­mité de notre domi­na­tion.

Les Hommes comme nourriture

Natu­rel­le­ment, des esprits critiques, des polé­mi­queurs ‑j’ai dit déjà que nos rangs en comptent plus que de raison- affirment qu’il y a une sorte de schi­zo­phré­nie à élever certains hommes pour les aimer et parta­ger notre quoti­dien avec eux, et d’autres hommes pour les tuer les manger. On peut juger cela étrange, mais tout comme le réel nous ne sommes pas à une étran­geté prêt. C’est la moindre des schi­zo­phré­nies dont nous nous avérons capables. Jamais, il faut l’avouer, il ne nous vien­drait à l’idée de manger ceux qui nous servent d’ani­maux de compa­gnie, nous aurions le senti­ment, en mordant dans leur chair, de recon­naître impli­ci­te­ment que nous sommes nous-mêmes comes­tible, et que tout être vivant, entre les murs que nous habi­tons, pour­rait parfai­te­ment, à son tour, se retrou­ver équarri , mis au four, découpé sur une planche, réparti par tranches fines dans des assiettes que l’on tend à la ronde en disant commen­cez, commen­cez, n’at­ten­dez pas que ça refroi­disse.

Traduit de l’anglais (Austra­lie) par Johan-Frede­rik Hel Guedj.

Personne ne peut sortir indemne de ce roman. Les horreurs du racisme y sont décor­ti­quées avec une telle minu­tie que, plus d’une fois, cela m’a demandé un énorme courage pour aller au bout de ma lecture. J’ai suivi les avis de Krol, Aifelle, Cuné et je vous conseille de lire ou relire leurs billets, elles disent tout le bien que je pense de ce roman hors du commun

La construc­tion parti­cipe au ralen­tis­se­ment de la lecture, nous suivons des destins très diffé­rents mais qui fina­le­ment vont se retrou­ver dans la scène finale : le méde­cin onco­logue, une jeune femme noire Ayesha Washing­ton, l’historien Adam Zigne­lik, l’homme de ménage de l’hôpital, Lamont Williams, ils sont ensemble sur un trot­toir de New York et il aura fallu 800 pages à Elliot Perl­man pour tisser tous les liens qui réunissent tous les person­nages de son roman durant un siècle et, parfois, sur deux géné­ra­tions . Adam, l’his­to­rien austra­lien vit une crise dans son couple et n’arrive pas à se moti­ver pour un nouveau sujet de recherche indis­pen­sable à sa carrière univer­si­taire. Il est le fils de Jack Zigne­lik qui a fondé avec son ami William Mc Cray le mouve­ment pour les droits civiques aux États Unis. Il travaille à la pres­ti­gieuse univer­sité de Colum­bia sous l’autorité de Charles Mc Cray fils de William. Asheha Washing­ton est la petite fille d’un vété­ran de la deuxième guerre mondiale qui a parti­cipé à l’ouverture des camps de concen­tra­tion. Or, le rôle des soldats noirs pendant la guerre 39 – 45 a large­ment été ignoré par l’histoire offi­cielle améri­caine.

Voilà donc un beau sujet de recherche pour Adam Zigne­lik en panne d’ins­pi­ra­tion et au bord de la dépres­sion, en tout cas c’est ce que pense William Mc Cray qui reproche à son fils Charles de ne pas assez soute­nir Adam pour qu’il garde son poste à l’uni­ver­sité de Colum­bia. Charles est marié à Michelle une assis­tante sociale noire, qui adore sa grand-mère. Et nous revoilà avec Lamont Williams car Michelle est sa cousine qui, en ce moment vit chez ladite grand-mère. Lamont a réussi à décro­cher un emploi comme homme d’entretien à l’hô­pi­tal où travaille Asheya Washing­ton et s’il réus­sit sa période d’essai, il pourra enfin tirer un trait sur la prison où il est resté six ans pour un cambrio­lage qui a mal tourné. Or, il n’a fait que conduire la voiture sans connaître les projets de ses amis ni surtout savoir que le plus jeune était armé. Au bout de six ans sa femme n’est plus là, elle a disparu avec leur petite fille. Il lui faut donc abso­lu­ment satis­faire sa période d’es­sai à l’hô­pi­tal pour pouvoir avoir une chance de gagner sa vie et prou­ver aux services sociaux qu’il est stable. Sa grand-mère l’ac­cueille car elle sait que Lamont est un brave garçon.

Toutes les diffi­cul­tés de ce jeune noir, permettent à l’au­teur de montrer à quel point il suffit de pas grand chose pour qu’un noir fasse de la prison aux Etats-Unis, avec un bon avocat Lamont aurait pu s’en tirer. Celui-ci rencontre à l’hô­pi­tal un rescapé d’Auschwitz, Monsieur Mandel­brot, il appar­te­nait aux Sonder­kom­man­dos et connaît donc ce qui s’est passé dans les camps . Nous voilà donc au sommet de l’hor­reur au 20° siècle. Les conver­sa­tions de ces deux hommes tissent entre eux des liens person­nels si bien qu’a­vant de mourir cet homme lui donne ce qu’il a de plus précieux son hanouk­kia, chan­de­lier juif en argent. Lamont est accusé de vol, mais pour sa défense il raconte ce que cet homme lui a confié sur Ausch­witz et l’his­to­rien Adam Zigne­lick assure que Lamont n’a pas pu décou­vrir cela tout seul, car une partie de ce récit était sur des enre­gis­tre­ments qu’il vient juste de décou­vrir.

Ces enre­gis­tre­ment faits en 1946, par de rares resca­pés des camps avaient été complè­te­ment oubliés. Adam qui a vécu en Austra­lie avec sa mère, est le fils d’un homme qui a lutté toute sa vie pour les droits des noirs aux Etats-Unis et cela permet à Elliot Perl­man de rappe­ler certaines souf­frances des noirs dans les années 50 et 60, aujourd’­hui encore les noirs Améri­cains souffrent de graves discri­mi­na­tions. Et fina­le­ment ? Est ce que des troupes noires ont parti­cipé à la libé­ra­tion des camps de concen­tra­tion ? et bien oui, et c’est le grand père de Asheya Washing­ton, l’on­co­logue qui soignait Monsieur Mandel­brot qui pourra en témoi­gner. Ne croyez pas que j’ai tout raconté, il y a encore bien des histoires qui s’emboîtent dans ce récit, et elles ont toutes une fonc­tion dans le récit. On est souvent très ému et comme je le disais en commen­çant c’est avec appré­hen­sion que l’on conti­nue la lecture de ce roman inou­bliable.

Citations

Le passage où on trouve le titre

La mémoire est une chienne indo­cile. Elle ne se lais­sera ni convo­quer ni révo­quer, mais ne peut survivre sans vous. Elle vous nour­rit comme elle se repaît de vous. Elle s’in­vite quand elle a faim, pas lorsque c’est vous l’af­fame. Elle obéit à un calen­drier qui n’ap­par­tient qu’à elle, dont vous ne savez rien. Elle peut s’emparer de vous, vous accu­ler ou vous libé­rer. Vous lais­sez à vos hurle­ment ou vous tirer un sourire. C’est drôle parfois, ce qu’on peut se rappe­ler.

Récit des événements de Little rock : Elizabeth Eckford, noire, seule face à la foule, blanche raciste.

Eliza­beth Eckford se diri­gea vers tous ces gens et, au début du moins, cette portion de la foule qui était la plus proche d’elle recula, s’éloi­gna d’elle, un peu comme s’ils crai­gnaient d’at­tra­per quelque chose à son contact. En restant trop près, on risquait peut-être de deve­nir ce qu’elle était. Les gens vous dévi­sa­ge­raient. Rien qu’en vous retrou­vant dans cette partie de la foule, tout près d’elle„ vous risquez de vous faire remar­quer. Vous n’êtes pas venu là dans l’es­poir de vous singu­la­ri­ser. Vous n’êtes pas là pour ça. Et pour­tant, main­te­nant, vous risquez de vous singu­la­ri­ser. Sans que ce soit votre faute. Vous avez donc inté­rêt à vous débrouiller pour que tout le monde autour de vous sache quel camp vous vous rangez en réalité. Vous la haïs­sez. Vous la haïs­sez autant que tous les gens de cette foule la haïssent. Vous la haïs­sez peut-être même encore plus. En se tenant là, près de vous, elle vous met parti­cu­liè­re­ment mal à l’aise, plus en plus mal à l’aise que les autres, et ce qu’ils ressentent, c’était ce que vous ressen­tiez il y a encore quelques instants, avant qu’elle ne vous choi­sissent, vous, en vous mettant parti­cu­liè­re­ment mal à l’aise. Quel besoin a‑t-elle de vous choi­sir, vous ? Partout elle va, elle ne sème que la pertur­ba­tion. Vous voyez bien. On vous l’a répété toute votre vie,vous le savez depuis toujours, mais main­te­nant vous pouvez véri­ta­ble­ment le sentir.

Le sujet du livre

Peut-on se servir de l’his­toire pour prédire l’ave­nir, demande à Adam Zigne­lik. Il est tentant de répondre que ce serait possible, mais je ne le crois pas. Le phare de l’his­toire peut lais­ser devi­ner de fugaces aper­çus de la voie qui s’ouvre devant nous, mais il est impru­dent de comp­ter sur l’his­toire pour nous four­nir une carte précise et lumi­neuse du terrain futur, rempli de syncli­naux et d » anti­cli­naux. Nous ne devons pas comp­ter sur l’his­toire pour nous indi­quer avec exac­ti­tude ce qui va se produire dans l’ave­nir.
Pour­quoi l’his­toire ne peut-elle nous rensei­gner sur ce qui va se produire dans l’ave­nir ? Parce qu’elle traite des indi­vi­dus, or les indi­vi­dus sont impré­vi­sibles, autant que le sont la plupart des animaux, si ce n’est plus. On ne peut même pas se fier à eux pour qu’ils agissent comme ils l’ont déjà fait en des circons­tances simi­laires ou pour qu’ils fassent ce qui relève à l’évi­dence de leur propre leur propre inté­rêt. Les êtres sont impré­vi­sibles, à titre indi­vi­duel et au plan collec­tif, les gens ordi­naires, tout comme les diri­geants inves­tis d’un pouvoir.

Le racisme à Detroit 1943

25000 ouvriers blancs employés à fabri­quer des moteurs pour des bombar­diers et des vedettes lance-torpilles s’était mis en grève en appre­nant qu’une poignée de femmes noires avaient commencé à travailler là-bas. Il était jeune, mais il aurait compris ce que cela signi­fiait que d’en­tendre un ouvrier blanc décla­rer à l’en­trée de l’usine qu’il préfé­rait lais­ser gagner Hitler et Hiro­hito plutôt que de côtoyer un nègre dans un atelier d’usine.

Auschwitz

C’était donc vrai, et il était là, face à la vérité. Il avait vu des êtres mourir dans le ghetto, mais il n’avait jamais rien vu de tel. Tant de corps, inertes entas­sés à la hâte, une colline de corps, une petite montagne – des indi­vi­dus, des êtres, encore tout derniè­re­ment. C’est ici la fin, songea-t-il, la fin de toutes les calom­nies, raciale ou reli­gieuse, de toutes les raille­ries, de tous les rica­ne­ments dirigé contre les juifs. Chaque fois que quel­qu’un entre­tient la croyance ou le soup­çon insi­dieux, voire honteux, que les Juifs, en tant que peuple, sont des gens malhon­nêtes et immo­raux, avares, trom­peurs et rusés, que ce sont tous des capi­ta­listes, des commu­nistes, qui sont respon­sables de tous les malheurs du monde, et coupable de déicide, cette croyance ou cette convic­tion, à peine consciente quel­que­fois, accé­lère la marche d’un train lancé sur une trajec­toire qui n’a pas d’égale. C’est là que cette voie finit par s’ache­ver, sur cette montagne de cadavres.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Quel plai­sir de lire qu’un tout petit pays à l’échelle du monde a sauver l’hon­neur de la conscience humaine ! Seul le gouver­ne­ment Haïtien a décidé de recueillir tous les juifs qui se présen­te­raient dans son pays pour échap­per au nazisme. Les Haïtiens s’enorgueillissaient déjà d’avoir défait les troupes de Napo­léon, d’avoir aboli l’es­cla­vage et d’être sorti de la domi­na­tion améri­caine. En 1940, Haïti a déclaré la guerre aux Nazis alle­mands et aux Fascistes italiens. Bien sûr leurs moyens mili­taires ne suivaient pas vrai­ment mais on aurait tant aimé que d’autres pays aient eu le même courage. Louis-Philippe Dalem­bert raconte le destin d’un méde­cin Ruben Schwarz­berg descen­dant d’une famille de four­reurs polo­nais, ayant vécu une ving­taine d’an­née à Berlin. Ces destins de Juifs de la diaspora polo­naise, nous sont connus. La famille a fui l’in­to­lé­rance catho­lique polo­naise, s’est fort bien adapté au déve­lop­pe­ment écono­mique en Alle­magne, a souf­fert de la crise de 1929 et puis a vécu l’hor­reur de la montée du nazisme. Mais l’ori­gi­na­lité et le charme de ce livre vient du rappel des posi­tions histo­riques d’Haïti.

Grâce au style de Louis-Philippe Dalem­bert, qui sait nous faire comprendre pour­quoi et comment les Haïtiens nous réchauffent le cœur, le roman n’a pas, pour une fois, le ton tragique alors que le risque de mort est présent pendant toute la fuite du Docteur Ruben vers son île de liberté. Le style de l’au­teur donne un souffle des Caraïbes et épouse telle­ment bien ce que l’on peut savoir de ce pays. Je recom­mande pour tous ceux et toutes celles qui seraient en manque d’éro­tisme la scène durant laquelle notre tout jeune méde­cin alle­mand (un peu coincé) rencontre pour la première fois la pléni­tude d’une expé­rience sexuelle réus­sie avec Marie-Carmel épouse trop délais­sée d’un diplo­mate Haïtien, les deux pages qui lui sont consa­crées commencent ainsi :

« Marie-Carmel savait jouer de son corps comme d’un instru­ment de musique, en tirer les notes les plus vibrantes, des accords dont Ruben lui-même igno­rait que ses sens étaient porteurs. »
Malgré les tragé­dies que nous connais­sons bien et qui vont traver­ser la vie de cette famille la force de vie venant de ce petit pays fait de ce roman un livre joyeux. Mais c’est lors d’une autre tragé­die, le terrible trem­ble­ment de terre de 2010 que le vieux docteur Ruben Schwarz­berg racon­tera toute sa vie à sa petite nièce Debo­rah, la petite fille de Ruth celle qui grâce à sa clair­voyance et à son éner­gie aura donné conscience en 1938 à toute la famille qu’il fallait quit­ter au plus vite Berlin.
Comme beau­coup de familles juives exilées les uns ont pris souche en Israël. D’autres aux États-Unis et donc, deux des leurs, sont en Haïti. Leur histoire n’est pas sans rappe­ler celles des chré­tiens d’Orient si bien raconté dans « les Disper­sés » de Inaam Kacha­chi… d’ailleurs c’est le renou­veau des milliers d’exi­lés fuyant les conflits violents qui ont poussé l’au­teur à racon­ter celle-ci qui main­te­nant est prête comme les ombres à s’ef­fa­cer de nos mémoires.
PS
Keisha et Aifelle ont beau­coup aimé

Citations

Déclaration de guerre de Haïti le 12 décembre 1941 à l’Allemagne nazie

Pour les plus aver­tis, c’était juste une ques­tion de logis­tique. On aurait été un chouïa mieux armé, il aurait vu ce qu’il aurait vu, ce pingre -« nazi » en créole haïtien signi­fiant aussi « grippe-sous ». On lui aurait fait bouf­fer sa mous­tache ridi­cule à Char­lie Chaplin, dit un homme qui avait vu « le Dicta­teur » la veille. On lui aurait telle­ment latté le cul que même sa mère n’au­rait pu le distin­guer d’un babouin. (…) Depuis que leurs ancêtres avaient mis une bran­lée aux vété­rans de l’in­di­cible armada de Napo­léon, les Haïtiens s’imaginaient terras­ser les plus puis­sants de la planète, comme on écra­se­rait un chétif insecte, d’un talon indif­fé­rent. Dans leur esprit, un Autri­chien à la gestuelle de bouf­fon ou un nabot corse dressé sur ses ergots, c’était blanc bicorne, bicorne blanc.

Rencontre à Paris d’un juif allemand et d’une poétesse d’Haïti

Ces deux derniers années, Haïti avait accueilli quelques dizaines de Juifs, venus de Pologne et d’Al­le­magne pour la plupart. Les infor­ma­tions récentes avaient amené le nouveau gouver­ne­ment à prendre des déci­sions radi­cales, en désa­veu offi­ciel de la poli­tique de ce monsieur Adolf. Tous semaines plus tôt, il avait publié un décret-loi permet­tant à tout Juif qui le souhai­tait de béné­fi­cier de la natu­ra­li­sa­tion « in absen­tia ».

Générosité haïtienne

S’il avait accepté de reve­nir sur cette histoire, c’était pour les centaines de millions de réfu­giés qui, aujourd’­hui encore arpente déserts, forêts et océans à la recherche d’une terre d’asile. Sa petite histoire person­nelle n’était pas, par moment, sans rappe­ler la l’heure. Et puis, pour les Haïtiens aussi. Pour qu’ils sachent , en dépit du manque maté­riel donc il avait de tout temps subit les préju­dices, du mépris trop souvent rencon­tré dans leur propre errance, qu’ils restent un grand peuple. Pas seule­ment pour avoir réalisé la plus impor­tante révo­lu­tion du XIX° siècle, mais aussi pour avoir contri­bué au cours de leur histoire, à amélio­rer la condi­tion humaine. Ils n’ont jamais été pauvre en géné­ro­sité à l’égard des autres peuples, le sien en parti­cu­lier. Et cela, personne ne peut le leur enle­ver.

Les mœurs haïtiennes

Il n’était pas rare en tout cas de voir, un dimanche midi, déjeu­ner à la table fami­liale un enfant du dehors ‑comme on appelle ici les fils natu­rel- à côté d’un frère ou d’une sœur « du dedans » du même âge ; tout comme de voir un gosse porter, réunis en prénom composé, les nom et prénom de son père natu­rel mariée par ailleurs, et qui avait refusé de le recon­naître léga­le­ment. La maîtresse bafouée jurait ses grands dieux que ce n’était pas pour elle, mais pour le petit inno­cent venu au monde sans rien avoir demandé à personne, et prenait ainsi sa revanche, mettant, sinon le père réel ou supposé devant ses respon­sa­bi­li­tés, du moins toute la ville au courant, surtout si le coupable était quel­qu’un de connu.

Philosophie

L’avan­tage avec le grand âge, c’est qu’on sait qu’on va mourir de quelque chose, autant que ce soit par le rhum.

La religion à Haïti

Ce qui préoc­cu­paient le plus les Haïtiens, c’était de savoir si on pouvait être juif et vaudoui­sant à la fois, servir Yahweh et le Grand Maître, Abra­ham et Atibon Lebga, un compro­mis trouvé de longue date avec la reli­gion catho­lique.

Traduit de l’es­pa­gnol par Myriam Chirousse , d’ailleurs j’ai une petite remarque à propos de la traduc­tion, que penser de cette phrase :« John Berger accom­pagne John Sassal, un méde­cin de campagne un ami à lui » ? 

Je savais pour avoir lu les critiques sur de nombreux blogs, que je lirai ce roman, La souris jaune, Keisha, Domi­nique, Krol, Aifelle (et sans doute, bien d’autres encore) en ont parlé avec enthou­siasme . Je partage avec Aifelle l’aga­ce­ment à propos des #hash­tag malgré la justi­fi­ca­tion que j’ai lue. Je ne trouve pas du tout que cela crée un réseau souter­rain au roman, mais ce qui est sûr c’est que ça freine désa­gréa­ble­ment la lecture. Ce roman est un travail de deuil pour l’au­teure qui vient de perdre un compa­gnon, Pablo, tendre­ment aimé et qui raconte celui que Marie Curie a été amenée à faire lors de la mort acci­den­telle de Pierre. Les deux souf­frances se mêlent pour nous donner ce roman dont j’ai eu envie de reco­pier des passages entiers pour vous faire parta­ger mon plai­sir et aussi rete­nir ce que Rosa Montero nous dit de façon si simple et si humaine. J’ai beau­coup lu à propos de Marie Curie, en parti­cu­lier, il y a bien long­temps, le livre d’Ève Curie, et je me souviens très bien de la souf­france de Marie, la scène où elle brûle les effets tâchés du sang de Pierre sont gravés dans ma mémoire. J’aime cette femme de tout mon être , elle corres­pond à un idéal qui a marqué la géné­ra­tion de mes parents. Mais c’est aussi un idéal impos­sible à atteindre, comme tous les génies elle est hors de portée des autres femmes. Mais cela fait tant de bien qu’elle ait existé. Je connais­sais aussi l’épi­sode où la presse s’est éver­tuée à la détruire car elle a été la maîtresse de Paul Lange­vin . De tout temps la presse a été capable de s’amu­ser à détruire la répu­ta­tion d’une personne surtout si elle est célèbre. Mais l’ac­cent que met Rosa Montero sur la person­na­lité de Paul Lange­vin montre les peti­tesses de ce person­nage. Il a trompé sa femme et il l’a fait jusqu’au bout de sa vie mais il n’est victime d’au­cun juge­ment de la part de la presse ni de l’opinion publique. Bien sûr il ne défen­dra pas Marie qu’il lais­sera tomber, mais fina­le­ment il se rappel­lera à son bon souve­nir en lui deman­dant une place dans de cher­cheuse dans son labo­ra­toire pour une fille qu’il a eu avec une de ses étudiantes . Quel galant homme !

Ce roman nous entraîne donc dans une réflexion sur le deuil et la condi­tion de la femme dans le couple. Cette superbe éner­gie que l’on connaît chez Marie Curie, on sait qu’elle habite Rosa Montero qui roman après roman nous livre le plus profond de son imagi­na­tion. Rien ne peut l’ar­rê­ter d’écrire, comme rien n’a pu arrê­ter Marie d’al­ler véri­fier ses expé­riences dans son labo­ra­toire. Seule­ment ce sont aussi des femmes de chaires et de sang et elles peuvent flan­cher. Marie après la mort de Pierre s’est enfer­mée dans un silence morti­fère et après la cabale de la presse à propos de son amour avec Paul Lange­vin, elle est restée un an loin du monde et de ses chères recherches. Est-ce la façon de cette auteure de nous dire que sa souf­france a failli, elle aussi, la faire trébu­cher vers la non vie ?

Citations

l’écriture

Je me sens comme le berger de cette vieille blague qui sculpté distrai­te­ment un morceau de bois avec son couteau, et qui, quand un passant lui demande : « Mais vous faites la figure de qui ? » répond : « Eh bien, s’il a de la barbe saint Antoine, sinon la Sainte Vierge. »

Autobiographie ou roman ?

Même si, dans mes romans, je fuis l’au­to­bio­gra­phie avec une véhé­mence parti­cu­lière, symbo­li­que­ment je suis toujours en train de lécher mes bles­sures les plus profondes. À l’ori­gine de la créa­ti­vité se trouve la souf­france, la sienne et celle des autres.

La féminité dans les années 70

J’ap­par­tiens à la contre-culture des années 70 : nous avions banni les soutiens-gorge et les talons aiguilles, et nous ne nous épilions plus sous les bras. J’ai recom­mencé à m’épi­ler par la suite, mais quelque part j’ai conti­nué de lutter contre le stéréo­type fémi­nin tradi­tion­nel. Jamais je n’ai porté de talons (je ne sais pas marcher avec). Jamais je ne me suis mis du vernis à ongle. Jamais je ne me suis maquillée les lèvres.

Réflexions sur le couple

« Le problème avec le mariage, c’est que les Femme se marient en pensant qu’ils vont chan­ger, et les hommes se marient en pensant qu’elles ne vont pas chan­ger.« Terri­ble­ment lucide et telle­ment bien vu ! L’im­mense majo­rité d’entre nous s’obs­tine à chan­ger l’être aimé afin qu’il s’adapte à nos rêves gran­dioses. Nous croyons que, si nous le soignons de ses soi-disantes bles­sures, notre parfait bien-aimé émer­gera dans toute sa splen­deur. Les contes de fées, si sages le disent clai­re­ment : nous passons notre vie à embras­ser des crapauds , convain­cues de pouvoir en faire des princes char­mants. .…. quand Arthur dit que les hommes croient que nous n’al­lons pas chan­ger, il ne veut pas parler du fait que nous prenions un gros cul et de la cellu­lite, mais que notre regard se remplit d’amer­tume, que nous ne les bichon­ner plus et ne nous occu­pons plus d’eux comme si c’étaient des dieux, que nous pour­ris­sions notre vie commune par des reproches acerbes.
Tant de fois, nous menton aux hommes. À tant d’oc­ca­sions, nous faisons semblant d’en savoir moins que nous n’en savons, pour donner l’im­pres­sion qu’ils en savent plus. Ou nous leur disons que nous avons besoin d’eux pour quelque chose alors que ça n’est pas vrai. Juste pour qu’ils se sentent bien. Ou nous les adulons effron­té­ment pour célé­brer la moindre petite réus­site. Et nous allons jusqu’à trou­ver atten­dris­sant de consta­ter que, si exagé­rée soit la flat­te­rie, ils ne s’aper­çoivent jamais que nous sommes en train de leur passer de la pommade, parce qu’ils ont véri­ta­ble­ment besoin d’en­tendre ces compli­ments, comme des adoles­cents auxquels il faut un soutien exté­rieur afin qu’ils puissent croire en eux

Le cadeau de Pierre à son amoureuse

Avec Marie il avait trouvé son âme sœur. En fait, au début de leur rela­tion, au lieu de lui envoyer un bouquet de fleurs ou des bonbons, Pierre lui avait envoyé une copie de son travail, inti­tulé » Sur la symé­trie des phéno­mènes physiques. Symé­trie d’un champ élec­trique et d’un champ magné­tique » : on convient que ce n’est pas un sujet qui fascine toutes les jeunes filles.

J’ai souri

On se mit tout de suite à utili­ser les rayons x pour diag­nos­ti­quer les frac­tures des os, comme main­te­nant, mais aussi à des fins absurdes comme par exemple pour combattre la chute des cheveux : on dirait que chaque nouveauté inven­tée par l’être humain est testé contre la calvi­tie, cette obses­sion terrible atti­sée par le fait que ceux qui perdent leurs cheveux, ce sont des hommes.

La mort

Je suis sûre que nous parlons tous avec nos morts : moi bien évidem­ment je le fais, et pour­tant je ne crois pas du tout à la vie après la mort. Et j’ai même senti Pablo à mes côtés de temps à autre .…… Marie s’adresse à Pierre parce-qu’elle n’a pas su lui dire au revoir, parce-qu’elle n’a pas pu pu lui dire tout ce qu’elle aurait dû lui dire, parce qu’elle n’a pas pu ache­ver la narra­tion de leur vie commune.

Paul Langevin le grand homme !

Quelques années plus tard Paul Lange­vin eut une enfant illé­gi­time avec une de ses anciennes étudiantes ( un vrai cliché) et il demanda à Madame Curie de donner à cette fille un travail dans son labo­ra­toire. Et vous savez quoi ? Marie le lui donna.

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Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.
Traduit du Polo­nais par Anna Smolar.

3
Cet amour de pierre, c’est celui que ressent Grazyna pour Wotjek repor­ter de guerre. Ils s’aiment beau­coup et cherchent à construire une vie à deux, seule­ment voilà la guerre va peu à peu trans­for­mer en pierre ce qui était le dyna­misme de leur vie : leur amour. Grazyna va sombrer dans une grave dépres­sion, car elle se sent enva­hie par les histoires plus atroces les une que les autres que son mari lui raconte en reve­nant des conflits qui ont hanté notre quoti­dien ces dernières années. On voit passer, l’Afghanistan, la Géor­gie, la Tchét­ché­nie, l’Ouganda,le Cache­mire, Ceylan, l’Afrique du sud… Grazyna porte main­te­nant en elle le destin de Taïa, violée pendant des années par les soldats russes, ou par une autre femme déca­pi­tée. Wotjek aime la sensa­tion de peur et la montée d’adré­na­line lorsqu’il suit un conflit, il aime aussi son épouse et a besoin de la savoir heureuse lors­qu’il est sur le terrain. Alors, ils vont tout essayer pour que ce qui les lie reste beau et vivant. Elle essaiera d’être son repor­ter photo­graphe, mais ça ne marchera pas, car il n’osera plus prendre de risques de peur de la mettre en danger. Ils repar­ti­ront ensemble faire un voyage touris­tique, mais Wotjek est inca­pable de voya­ger comme un touriste, il s’en­nuie, il lui manque quelque chose. Fina­le­ment, il renon­cera à son travail, mais seront-ils heureux pour autant ?

Ce roman décrit très bien ce qui se passe chez tous les couples où l’un à une vie très intense (ici en plus très dange­reuse) et que l’autre est réduit à l’at­tente. Dans cette situa­tion déséqui­li­brée, il faut tout le savoir faire des femmes de marins ou de mili­taires, pour résis­ter à la dépres­sion chez la femme, et l’en­vie de fuite chez l’homme. Je ne peux pas dire que j’ai été passion­née par l’his­toire qui semble très proche de la vie réelle de Grazyna JAGIELSKA, je trouve qu’elle ne fait rien pour s’ins­crire dans sa vie person­nelle. Ses enfants passent comme des ombres dans ce roman, et son métier de traduc­trice complè­te­ment absent. Elle n’at­tend les solu­tions que de son mari , or, on sait dès le début que ça ne peut que la détruire. J’avoue qu’elle m’a agacée plus d’une fois, mais elle raconte très bien les traces que peuvent lais­ser la guerre pour ceux qui en sont témoins.

Citations

Un couple qui se délite

Il sait m’ac­ca­bler de tous ses problèmes, même la crainte d’ar­ri­ver en retard à la guerre de Tchét­ché­nie .

Je prépare la mari­nade de la dinde et fais semblant de ne rien entendre. Après toutes ses années, je conti­nue à croire qu’on n’a pas le droit de dire des choses pareilles. Peut être qu’on peut les faire ? Se dépê­cher pour ne pas arri­ver en retard à la guerre ? Je n’en sais rien vrai­ment.

La place de la guerre dans leur couple

Je sens la peur et l’impuissance m’en­va­hir. Je me trouve là, à côté de lui ; autour de nous un été illu­soire et incertain.…J’ai envie de rejoindre le chat, de ramper dans les cana­li­sa­tions et d’y rester. Ne plus parti­ci­per à quoi que ce soit. Ne plus regar­der mon mari partir, et fermer la porte. Ne pas cher­cher de marques sur son visage quand il revient. Il me semble qu’à chacun de ses retours, il me prive de quelque chose. Il ramène ds gens dans ses bagages, mais il laisse une grosse partie de lui-même de l’autre côté, dans un monde auquel je n’ai pas accès.

Plaisir du reporter de guerre

Je fais quelque chose d’ex­tra­or­di­naire : je fais le contraire de ce qu’il est bon de faire dans de telles situa­tions. Est-ce la raison de mon exci­ta­tion ? D’ha­bi­tude, les gens désertent les lieux qui m’at­tirent. Je suis spécia­liste en condi­tion extrêmes. J’entre en action là où les autres se sentent para­ly­sés. N’est ce pas une façon de réali­ser un rêve d’en­fance ? Celui de deve­nir pompier, pion­nier, ou encore soldat ?

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Traduit de l’an­glais (États ‑Unis) par Cécile Arnaud.

5
A propos du dernier livre de Stephen Grenn­blatt, j’ai vu que Domi­nique et Keisha (mais je n’ai pas trouvé son article) se souve­naient de ce roman, Quat­tro­cento que je ne connais­sais pas. Je l’ai acheté avec mon Kindle, ce qui pour une fois, était vrai­ment moins cher que le roman papier. Le budget, ça compte, même pour une passion­née de lecture ! Je suis contente de l’avoir en format Kindle car je reli­rai ce livre, c’est certain.

J’ai été pendant plus d’une semaine tota­le­ment prise par cette lecture. C’est un livre diffi­cile à clas­ser, je pensais suivre la vie du Pogge (Poggio Brac­cio­lini) décou­vreur de textes antiques en parti­cu­lier en 1417 du poème de Lucrèce « de Natura Rerum ». Mais en réalité c’est beau­coup plus l’his­toire de la renais­sance face à l’obs­cu­ran­tisme reli­gieux dont parle ce livre. Certes, on apprend égale­ment comment a vécu Le Poggio, pour­quoi il souhai­tait tant retrou­ver les textes latins. J’ai admiré son talent de copiste et surtout son art de se faire une place à travers toutes les intrigues de la cour papale. La descrip­tion de la vie à la curie romaine est un haut moment d’éta­lage de vices et de cruauté plus raffi­nés les uns que les autres. Et au milieu de tout cela, une poignée d’hommes , ceux qu’on appelle les huma­nistes veulent retrou­ver les textes latins, car ils pensent y retrou­ver l’in­tel­li­gence, la beauté et la liberté de penser. Pour Stephen Green­blatt, l’évè­ne­ment qui a permis au monde de sortir de l’obs­cu­ran­tisme chré­tien c’est la décou­verte de la pensée de Lucrèce. L’église a tout fait pour empê­cher que cette pensée puisse s’ex­pri­mer , mais l’in­tel­li­gence de Lucrèce a réussi à s’im­po­ser au monde, jusque, nous dit-il, dans la consti­tu­tion améri­caine.

Avec ce livre, nous passons donc d’une période à l’autre, notre fil conduc­teur sera l’épi­cu­risme et la philo­so­phie antique. C’est l’oc­ca­sion pour l’au­teur de montrer comment on a, peu à peu, perdu ces textes, pour­tant Rome possé­dait des biblio­thèque, et l’an­ti­quité respec­tait la philo­so­phie et la liberté de penser. Un des épisodes racon­tés dans ce livre, m’a fait froid dans le dos . 350 ans après JC, Alexan­drie possède encore une belle biblio­thèque et connaît une riche vie intel­lec­tuelle . Une femme Hypa­tie est consi­dé­rée comme une auto­rité en matière philo­so­phique, comme elle est païenne, un chré­tien Cyrille excite un groupe de fana­tiques pour la tuer de façon atroce. Et pour ces hauts faits, Cyrille est devenu un saint catho­lique…

Ensuite nous passons du temps dans les abbayes et les couvents ramas­sis de fana­tiques abru­tis et hypo­crites, pour Le Poggio. Mais heureu­se­ment, leur igno­rance ou leur peur du paga­nisme a permis à quelques livres latins d’être sauvés. Puis voilà la renais­sance avec malheu­reu­se­ment l’in­qui­si­tion qui s’ins­talle, celle-là même qui empê­chera Gali­lée de dire que la terre tour­nait autour du soleil.

Que faire alors de Lucrèce qui pense que l’homme n’est qu’un élément de la nature. Et que les dieux , s’ils existent ne s’oc­cupent pas des hommes. Bien sûr, l’au­teur du « natura rerum » ne connais­sait pas le « vrai Dieu » mais ses idées sont suffi­sam­ment libé­ra­trices pour que l’église n’ait eu de cesse de brûler son livre et aussi les hommes à l » esprit suffi­sam­ment libre qui s’en récla­maient. Il est vrai que faire du prin­cipe du plai­sir le seul but de la vie sur terre cela devait déran­ger ses messieurs qui se fouet­taient pour la gloire de leur Dieu. Et surtout, dire qu’a­près la mort il n’y a rien et que l’on peut donc tran­quille­ment profi­ter de la vie, qu’il n’est nul besoin d’avoir peur de la mort puis­qu’on ne sera pas là pour souf­frir. Là c’est trop pour une reli­gion qui fait son commerce (voire les indul­gences) de la peur de l’en­fer. Je me souviens de mon cours de litté­ra­ture de seconde sur l’Hu­ma­nisme, et l’étude de Montaigne, si j’en avais compris l’es­sen­tiel, j’au­rais, cepen­dant, aimé lire ce roman pour en comprendre tous les enjeux.

Encore une fois la cruauté et la stupi­dité de l’église catho­lique de cette époque, m’ont tota­le­ment révol­tée et me font penser au radi­ca­lisme des isla­mistes d’au­jourd’­hui.

Citations

les règles épanouissantes des moines

La parole lue ne pouvait être ni mise en ques­tion ni contre­dite et toute contes­ta­tion devait , par prin­cipe être répri­mée . Comme l’in­dique la liste des châti­ments de l’influente règle du moine irlan­dais Colom­ban (né l’an­née de la mort de Benoît), le débat , qu’il fût intel­lec­tuel ou autre,était pros­crit. Un moine qui osait contre­dire un frère encou­rait une sévère puni­tion : « une obli­ga­tion de silence ou quinze coups ». Les hauts murs qui circons­cri­vaient la vie mentale des moines – le silence imposé, l’in­ter­dic­tion des ques­tions, les gifles ou les coup de fouet pour punir les discus­sions – avaient pour objec­tif de rappe­ler que ces commu­nau­tés étaient à l’op­posé des acadé­mies philo­so­phiques de Grèce et de Rome, qui se nour­ris­saient de l’es­prit de contra­dic­tion et encou­ra­geaient la curio­sité.

les bibliothèques dans l’antiquité

En tout, au IVe siècle après Jésus-Christ, il exis­tait vingt-huit biblio­thèques publiques. Ces bâti­ments qui tous furent détruits.

Épicurisme

Car seul Épicure, écrit Lucrèce, était en mesure de conso­ler l’homme qui, s’en­nuyant à mourir chez lui, se préci­pi­tait à la campagne pour s’aper­ce­voir que son esprit y est tout aussi acca­blé. Epicure, mort plus de deux siècles aupa­ra­vant, n’était rien de moins que le sauveur. Cet homme, si peu en accord avec une culture romaine privi­lé­giant la dureté, le prag­ma­tisme et la vertu mili­taire, était un Grec qui avait triom­phé non pas par la force des armes, mais par la puis­sance de l’in­tel­li­gence.

Des penseurs de génie

L’idée des atomes, qui trouve son origine au Ve siècle avant Jésus-Christ chez Leucippe et son élève Démo­crite, n’était qu’une brillante hypo­thèse : il n’y avait pas moyen d’en donner une preuve empi­rique, et il n’y en aurait pas avant plus de deux mille ans.

L’église et la joie par la souffrance

Sainte Claire d’As­sise Déchira l’en­ve­loppe d’al­bâtre de son corps avec un fouet pendant quarante-deux ans et ses plaies exha­laient des odeurs célestes qui remplis­saient l’église. Saint Domi­nique se lacé­rait la chair chaque soir avec un fouet muni de trois chaînes de fer. Saint Ignace de Loyola recom­man­dait l’usage de fouets aux lanières assez fines, infli­geant de la douleur à la chair, mais sans toucher les os…

Les dangers de Lucrèce pour toute pensée religieuse

Lucrèce est une sorte d’athée dissi­mulé dans la mesure où, aux yeux des croyants de toutes les reli­gions de toutes les époques, il semble inutile d’ado­rer un dieu sans vouloir apai­ser sa colère, ou s’at­ti­rer sa protec­tion ou ses faveurs. A quoi servi­rait un dieu qui ne punit ni ne récom­pense ? Lucrèce affirme que ce genre d’es­poirs et d’an­goisses sont des formes de super­sti­tion nocive mêlant une arro­gance absurde et une peur aussi absurde. C’est faire insulte aux dieux que d’ima­gi­ner qu’ils se souvient du sort des humains ou de leur pratiques rituelles, comme si leur bonheur dépen­dait des lita­nies que nous chucho­tons ou de notre bonne conduite. Mais peu importe cette insulte, puisque les dieux s’en moquent. Rien de ce que nous pouvons faire (ou ne pas faire) ne les inté­resse. Le problème c’est que ces fausses croyances et obser­vances de l’homme lui font tort à lui-même…

Quand le corps meurt – c’est à dire quand la matière de disperse – l’âme qui est une partie du corps, meurt aussi. Il n’y a pas de vie après la mort.

On en parle

Chez Domi­nique, sur Babe­lio quelques avis néga­tifs, et l’avis plus nuancé de Dasola.

les supremes

Traduit de l’amé­ri­cain par Cloé Tralci avec la colla­bo­ra­tion d’Em­ma­nuel et de Philippe Aron­son.

4

En bateau, lire n’est pas toujours facile, entre les manœuvres et le mal de mer, le temps de la navi­ga­tion est plus propice aux beaux paysages qu’à la lecture. Heureu­se­ment, en octobre , les jours sont courts et les escales assez longues pour profi­ter d’un bon roman. J’avais choisi celui-ci à la média­thèque, car j’avais lu sur mes blogs amis des critiques posi­tives. Le moins que je puisse dire, c’est que je ne regrette pas mon choix.

Le début est dérou­tant, car on passe de l’une à l’autre des trois amies et l’on doit faire un effort pour savoir qui est « je ». Odette qui comme sa mère converse avec les fantômes et qui devra lutter contre le cancer ou Barbara-Jean qui noie dans l’al­cool ses drames trop violents pour une femme , même si elle est la plus belle de la ville ou Clarice mariée au trop beau Rich­mond. Mais peu à peu se dessine la vie de ces femmes . Plus que l’in­trigue quelque peu roma­nesque, c’est la descrip­tion de l’ami­tié de ces trois femmes qui m’a fait adorer ce roman, et puis, j’ai souri souvent et ri parfois.

Le mariage de la fille de Vero­nica qui devait être l’événement le plus sensa­tion­nel de l’an­née restera dans tous le souve­nirs mais sans doute pas pour les raisons qui ont fait dépen­ser des fortunes aux parents de la mariée.Les diffé­rences entre les diffé­rentes églises m’ont amusée et l’épi­sode de la pros­ti­tuée qui croit avoir entendu le seigneur lui parler est un bon moment .La vie à Plain­vieuw tourne autour des églises et du café restau­rant de Little Earl où se retrouvent les trois suprêmes avec leur mari. Et inénar­rable Minnie qui prédit l’ave­nir se trompe tout le temps et d’un égoïsme à toute épreuve. La façon dont elle annonce la mort de son mari aux enfants de celui-ci est abso­lu­ment inou­bliable. Les langues vont bon train dans ce café et les scènes souvent cocasses se suivent , le rire n’est jamais très loin des larmes. C’est une pein­ture récon­for­tante pleine d’hu­ma­nisme , peut être trop de bons senti­ments, mais ça ne m’a pas gêné.

J’ai aimé lire que si Edward Kesley Moore avait écrit ce roman c’est qu’il ne retrou­vait pas dans la litté­ra­ture Nord-améri­caine le carac­tère des femmes qui l’avaient élevé. Si les femmes qu’il a connues ressemblent à celles de ce roman , je trouve qu’il a bien de la chance , et qu’être noir aux USA , n’est donc pas syno­nyme de malheur.Depuis la prési­dence d’Obama on s’en doutait un peu.

Citation

Un portrait de Jésus à vous faire aimer les églises

Ce qui est frap­pant dans cette fresque, c’est le portrait de Jésus – le plus sexy que j’ai jamais vu. Il a les pommettes saillantes, et des cheveux de jais bouclés. Ses bras bron­zés et musclés se tendent vers vous, et il a le ventre aussi ferme que celui des manne­quins brési­liens qui posent en sous – vête­ments dans les publi­ci­tés. Sa bouche semble souf­fler des baisers vers l’as­sem­blée, et sa couronne d’épines légè­re­ment penchées sur le côté Lui donne un air décon­tracté à la Frank Sina­tra.

L’humour et l’amitié

Clarice farfouillait dans la commode de sa meilleure amie à la recherche d’un truc pour embel­lir, voire dissi­mu­ler la robe hideuse qu Odette ne manque­rait pas de porter ce soir – là. La grand – mère aveugle qui avait confec­tionne tous ses vête­ments quand elle était petite avait beau être morte , son sens du style perdu­rait dans les tristes placards de sa petite fille.

Un sourire qui m’a rappelé celui de Madame Verdurin

Florence souriait égale­ment, même si avec elle il était toujours diffi­cile d’en avoir la certi­tude. Depuis des années, elle arbo­rait une expres­sion grima­çante qui rele­vait d’avan­tage du dégoût que de la joie . Chez elle, les zygo­ma­tiques étaient atro­phiés depuis long­temps. Quoi qu’il en soit, son rictus habi­tuel parais­sant moins agoni­sant ce jour là.

On en parle

Les fanas de livres (qui a plus de réserves que moi) Audou­choc qui n’a pas aimé, Cathulu qui a aimé autant que moi.

Écoutez « Les Suprêmes »