Éditions Sabine Wespieser, 794 pages, janvier 2006.

Traduit du vietnamien par Phan Huy Duong.

 

C’est la blogosphère qui m’a amenée à lire ce roman (Mon coin lecture de Karine exactement). C’est un roman qui est construit sur une histoire tragique : Miên est une femme superbe, qui a été mariée alors qu’elle avait 17 ans, avec Bô qui hélas est parti à la guerre, juste après son mariage. Deux ans plus tard on annonce à Miên que son mari est mort, elle a encore attendu deux ans avant de se remarier avec Hoan, un riche commerçant. Ensemble, ils vivent un amour parfait et ont un petit garçon. Mais Bô revient 14 ans plus tard et veut récupérer sa femme. La pression du village oblige Miên à retourner vivre avec un homme qu’elle n’aime plus. C’est une horreur pour elle, pour Hoan qui a perdu la femme qu’il aimait, pour Bô, qui ne peut pas reconquérir le cœur de sa femme.( ni son corps malgré toutes ses tentatives décrites avec force de détails)

Bô, est pauvre et vit dans une masure, qu’il partage avec sa sœur et ses neveux qui sont réduits à une misère terrible et sont très méchants avec Miên. Hoan avait construit, pour lui et pour sa femme, une belle maison très confortable.

L’auteure va remonter dans le passé des deux hommes pour comprendre pourquoi ils sont pris dans ce piège. Hoan est un homme bon et qui cherche à faire le bien autour de lui, il a été très jeune piégé par une femme qui l’a enivré pour qu’il couche avec sa fille qui était enceinte, et il a été obligé de l’épouser. Il a réussi à se sortir de ce mauvais pas, mais il a appris de ce malheur à faire la différence entre une femme bien et d’autres malfaisantes. Miên lui a apporté le bonheur et il se croit définitivement heureux, le retour du premier mari de son épouse chérie tombe sur lui comme une catastrophe, mais il fait tout pour permettre à Miên une vie moins malheureuse.

Le malheur de Bô, c’est la guerre, il a connu le pire et l’écrivaine raconte avec beaucoup de précisions les horreurs de la guerre. Il a vécu au Laos avec une autre femme, mais n’a jamais réussi à oublier Miên. À son retour, il est obsédé par l’envie de faire un enfant à Miên pour qu’elle s’attache à lui ; mais il a été complètement détruit par la guerre et n’a plus de force. Il est aussi incapable de mettre en valeur le terrain qu’on lui a attribué en tant qu’ancien soldat. Il n’est que jalousie et n’a qu’une volonté : retrouver sa vie d’avant.

Il reste Miên , l’auteure décrit très longuement sa psychologie, par devoir elle retourne avec Bô mais est absolument incapable de l’aimer, et moins elle l’aime moins il devient aimable. Il peut même devenir odieux.

C’est un roman très, très long qui raconte bien la vie dans une petite ville rurale, les ragots et les mauvaises langues qui s’en donnent à cœur joie, pour profiter mais aussi critiquer le riche marchand Hoan, et la mauvaise conduite de Miên qui n’est pas à la hauteur du héros de guerre. On connaît aussi toutes les habitudes alimentaires, la propreté. J’ai vraiment été surprise de l’importance donnée à la sexualité et la façon très crue d’en parler, la prostitution, l’acte sexuel dans le couple , on n’ignore vraiment pas grand chose des différentes techniques sexuelles surtout de la vigueur ou non du pénis.

Le roman utilise l’italique à chaque fois que l’auteure veut nous donner les pensées des trois personnages. C’est une écriture un peu surprenante, et la psychologie est un peu simpliste, il y a d’un coté les gens biens : Hoan, et Miên, Bô est devenu un personnage négatif mais il a des excuses à cause de la guerre, et puis des personnages complètement négatifs la sœur et ses neveux de Bô. Et puis, il y a les langues de vipères du village qui empêchent le bonheur des gens qui ne veulent pas respecter les traditions.

C’est une très bonne description de la vie au Vietnam après la guerre, sans insister sur l’aspect communiste mais plutôt le côté arriéré du monde rural, mais j’ai vraiment eu du mal avec la minutie des descriptions aussi bien psychologiques que tous les détails de nourriture, de sexualité, de la nature, et avec cette division trop manichéenne des personnages. Finalement, j’aurais facilement diminué ce roman d’un bon tiers.

 

Extraits

Début météorologique.

Une pluie étrange s’abat sur la terre en plein mois de juin. 
D’un seul élan, l’eau se déverse à torrents du ciel, la vapeur s’élève des rochers grillés par le soleil. L’eau glacée et la vapeur se mêlent en un brouillard poussiéreux, aveuglant. Une odeur âcre, sauvage, se répand dans l’air, imprégné de la senteur des résines séchées, du parfum des fleurs fanées, des relents de saliver que oiseaux crachent dans leur appel éperdue à l’amour tout au long de l’été et de la fragance des herbes violacées qui couvrent les cimes des montagnes. Tout se dilue dans l’eau.

L’importance du Thé au Vietnam.

 Les jeunes gens ont apporté leurs propres provisions pour le petit déjeuner. Il ne réclame que du bon thé avant de se mettre au travail. Heureusement pour Bôn, la veille, le vénable Phiêu lui a donné un paquet de thé de première qualité :
« Vous ne trouverez pas de de ce thé par ici. Prenez, servez-le aux ouvriers demain matin. »
 De fait, il est impossible de trouver cet excellent thé du Nord- Vietnam. C’est un luxe rare pour les montagnards du Centre, planteurs de caféiers, qui ne boivent d’ordinaire que du thé vert ou du « vôi ».
 Le thé est prêt. Son parfum pénétrant, sa couleur d’ambre provoque des exclamations admiratives. 

Drame de Miên.

  « Il a été mon mari. Mais cela fait près de dix ans que je vis avec Hoan et notre mariage a été entérinée par le ciel et par les hommes. La vie de décès de bonne est arrivé plus de cinq ans après son incorporation dans l’armée. Je n’ai épousé Bôn que deux ans après. Nous avons un fils. Je ne peux pas quitter Hoan. Il est mon vrai bonheur… »
(…)
 Le destin a voté pour Bôn. Elle mourra si elle osait s’y opposer. Elle doit revenir vers Bôn. Renouer la vie conjugale d’antan. Reprendre un amour éteint, fané. L’amour d’un fantôme est rend aux abords d’un cimetière.

L’amour.

 » Je te l’ai dit. Entre homme et femme, il faut s’aimer pour pouvoir vivre ensemble.

 – J’aime Miên. Je n’aime personne d’autre que cette femme. 
– Oui, mais qu’en pense-t-elle ? Le problème est là. Il faut un amour réciproque pour former un couple. Ne m’en veux pas, si je te le dis. Il vaut mieux se satisfaire dans le trou d’un arbre que coucher avec une femme qui ne vous aime pas. »

Retour des soldats.

 Lui, le soldat, renvoyé dans ses pénates, sans un sou en poche, sans maison, sans jardin, sans plantation. La commune lui avait bien donné un terrain dans les collines. Mais il n’avait pas encore l’argent pour acheter les semences, louer des ouvriers pour défricher la terre, y planter des piquets. Il comptait travailler comme bûcheron, pendant deux saisons, pour rassembler la somme nécessaire.

La souffrance de son mari qui a dû laisser sa femme au premier mari.

 » Tu es devenu la femme d’un autre. Tu appartiens désormais à un autre… »
 Il se tord les mains. Cette douleur est réelle. Aussi réelle que sa certitude, qu’un autre homme a un droit de propriété sur sa femme. Il se sent exténué. Il sent son cœur se vider. Ce n est plus qu’une cosse, une calebasse vide, alors que son sexe continue de se gonfler, de se durcir, violent, féroce, pressant. Il ferme les yeux, laisse sa tête choir sur ses genoux. 

Miên en colère.

 » Espèce de vermisseaux vous êtes cruels comme des loups. Votre mère vous a mis bas comme des gorets, des chiots, qu’elle ne sait que nourrir sans les éduquer. Dorénavant ne revenez plus avec un panier pour quémander le riz et des bols pour demander des aliments. Même si j’en ai de trop, je ne ferai pas la charité à des monstres mi-hommes mi-bêtes. »

 


Éditions Pavillons (Robert Laffont), 246 pages, août 2025.

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

 Il nous faut une vie entière pour déchiffrer la pierre de Rosette de notre enfance.

 

C’est la troisième fois que le club propose un roman de cet auteur, dont j’avais aimé Château de sable, beaucoup moins le club des vieux garçons. Ce roman -ci est très classique, Voici le résumé : Yvan a été dans l’enfance traumatisé par l’assassinat de son meilleur ami Alexis, par son propre père alors qu’ils sont en CE2 dans une école très chic du XVI° arrondissement. Le père a aussi tué sa femme et un autre de ses fils. Adulte, Yvan Kamenov, est écrivain, il a écrit des pièces qui ont connu un certain succès. Ce meurtre qui a marqué toute sa vie, le poursuit en la personne d’Albane, une actrice qui a disparu des écrans, et qui est marié à un goujat pervers narcissique : Michel Hugo. Albane est la demi sœur de la mère d’Alexis ; elle non plus ne s’est jamais remise de cet horrible meurtre. Son mari, pour la détruire la pousse dans les bras d’Yvan, en prétextant son retour au théâtre pour en réalité la détruire encore plus.
C’est grosso modo, la trame du roman, mais ce qui fait le charme de cet écrivain , c’est son art de la description du milieu social qu’il connaît bien : les nantis du XVI°, les puissants, qu’ils soient politiciens, hommes d’affaire ou gens du spectacle. On retrouve ici les « secrets « de Mitterrand et les suicides de ses proches, et les parties fines des producteurs de cinéma avec Harvey Weinstein. Ces hommes prédateurs sont quelque peu tombés de leur piédestal, mais ils ont fait beaucoup de mal avant. J’avoue que c’est un milieu qui ne m’intéresse pas et seul l’humour, et le style de l’auteur sauve un peu ce roman que je vais m’empresser d’oublier.

Extraits

Début

La voûte d’acier 
Combien de moments de notre vie nous rappelons-nous vraiment ? Des semaines, des mois, des années filent que rien ne s’imprime, ou bien à l’encre sympathique. Parfois, un événement laisse une croix indélébile dans le calendrier. Nous aurons beau jeter nos almanachs démodés, il restera une trace tenace. Parmi ces journées millésimées qui prenaient la poussière au fond de sa mémoire, Yvan Kamenov s’enivrait de temps en temps en ressortant celle datée du 4 septembre 1993.

L’art du portrait.

Rabaisser son épouse est-il le plus sûr moyen de sauver son couple ? C’est ce que pense Michel Hugo. Un homme de conviction qui mériterait une biographie en trois tomes et dont nous allons ramasser le glorieux parcours en quatre paragraphes pour coller à notre époque, éprise de vitesse.
Ce Michel ne descendait pas de l’autre Hugo, et le cadre dans lequel il avait grandi ne rappelait pas à précisément les misérables. Né à Paris en mille neuf cent soixante, d’un père avocat au conseil et d’une mère au foyer. Réputée par sa joliesse d’angelot, qui se révélerait passagère. Il avait servi la messe à Saint-Sulpice.

Question de classe.

Dans son milieu, on avait élevé le flegme au rang de dogme. On enseignait très tôt cette discipline, comme le solfège et la tenue à table. Ne voulant pas choquer, Ivan avait rangé son traumatisme dans la cave de sa mémoire. 

L’art du propos.

À voile et à vapeur, cette célibataire n’avait plus personne depuis longtemps. Elle s’était mariée une fois avec un homme -un feu de paille. Il paraît que, du temps où elle était jeune, elle affirmait que les filles resteraient pour elle des histoires d’un soir et qu’elle trouverait un type pour la vie ; la suite avait montré que les nuits peuvent s’étirer indéfiniment et l’éternité se révéler éphémère. 

Genre de scènes souvent lues ou vues pour décrire un mari pervers et manipulateur.

 « Antonio(le majordome espion du mari) n’est pas là ? 
– Il avait mauvaise mine, je lui ai dit de rentrer… 
– Et tu fais ça sans me demander mon avis ? 
– Pas de scène ce soir, je t’en prie, nous avons un invité, allons le rejoindre au salon. 
– Vas-y bouge et ne fais pas la gueule, hein, sois un peu maîtresse de maison, pour une fois.
 Pour l’inviter à se presser, il lui donna trois petites claques sur les fesses.

 

 

 


Éditions Gallimard, 157 pages, février 2025

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

Avais-je compris qu’on écrit pour pouvoir se taire ?

Cet auteur a déjà eu les honneurs du club de lecture, avec un succès inégal pour moi : j’ai apprécié L’homme qui m’aimait tout bas, Un peu moins Korsakov et j’avais trouvé réussi mais trop triste Chevrotine.

Ce roman-ci est un hymne à toutes les grandes voix algériennes que les islamistes ont su faire taire, que ce soient des chanteurs, des journalistes ou des écrivains. L’auteur imagine un jeune homme qui sans doute lui ressemble, auteur d’un roman qui séduit une femme, Clara, à la tête d’une maison d’éditions, il lui fait lire son livre « les gens sensibles » et Clara est absolument persuadée que ce roman est génial et va rencontrer un succès immédiat. Elle l’entraîne dans des soirées incroyables avec un autre homme Saïd un auteur algérien et Kabyle, dont elle est amoureuse, qui souffre de voir son pays livré aux mains des terroristes et des autorités du FLN. Il traîne un désespoir et une terreur que l’on peut facilement comprendre, et qui ne se calme que dans l’alcool. Ce roman égrène des noms de victimes de cet obscurantisme assassin, et cela m’a obligé à rechercher qui était ces auteurs ou chanteurs. J’ai découvert à chaque fois des personnalités remarquables qui n’auraient vraiment jamais dû finir assassinées de cette façon. Mais cela n’a pas suffi à me faire apprécier ce roman.

Je suis souvent frustrée quand le roman parle d’un roman « génial » et que finalement, celui que je lis me semble « ordinaire ». La litanie des noms qui peuplent ce livre m’a beaucoup gênée. Bref je me suis beaucoup ennuyée avec cet auteur qui, honnêtement, cherche à savoir s’il est un véritable écrivain ou pas. Ce n’est certainement pas dans ce livre là que je pourrai l’aider à répondre à cette question.

Extraits.

Début.

 J’avais vingt ans et j’avais écrit le plus beau roman du monde. C’est Clara qui le disait. Je croyais tout tout tout ce que disait Clara. 
 À cette époque, les Éditions du Losange occupaient deux étages d’un immeuble sans charme, rue du Samovar. Coincées entre plusieurs magasins à l’enseigne du Vieux Campeur, elles semblaient une oasis pour l’esprit dans ce quartier, qu’un cacochyme à barbiche et short de randonnée avait fini par coloniser. Lycéen déjà, je passais devant la vitrine du rez-de-chaussée, où la maison exposait ses nouveautés. J’y appuyais mon front et sentais battre mon cœur. J’éprouvais une excitation et une douleur sourde venue de très loin, une sorte d’affolement.

Portrait de Clara.

 Clara avait accompagné de jeunes auteurs très doués. Elle les avait conduits au succès avant qu’il se détourne d’elle la scandaleuse, la tapageuse, surtout si elle avait bu, trop voyante, trop directe, pas assez policée dans le monde feutré des lettres avec ses chemisiers froissés, ses bas sombres toujours filés qui laissaient paraître un mince échantillon de sa chair. Clara se moquait des apparences. Comme elle se moquait des trahisons. Au moins le laissait-elle croire. Loin d’elle, ses anciens protégés n’avaient guère prospéré. Ils s’étaient souvent perdus sur la route de la consécration, dans une complaisance qu’elle méprisait. Parfois elle citait les noms de ces égarés qui désormais l’ignoraient. Elle était sans colère ni amertume. Elle plaignait certains d’avoir si lâchement tourné le dos à leur talent.

Et oui, cette époque a existé.

 Nous vivions les derniers temps précédant l’épidémie des portables et des courriels, quand on pouvait encore échapper aux autres.

Pourquoi écrire ?

 J’appréhendais qu’elle surgisse et qu’elle me questionne sur ce que j’avais écrit depuis toutes ces années. Aurait-elle été surprise que je gratte comme une plaie mon histoire familiale ? Aurait-elle découvert dans mes romans d’aujourd’hui la trahison du jeune homme que j’étais ? Avais-je été à la hauteur de son attente et de la mienne ? Avais-je dit ce que j’avais à dire ? Avais-je écrit l’indicible d’une main ferme sur des jambes de roseau ? Avais-je su accueillir les soleils et la pluie froide, les tempêtes, les accalmies, les moments de doute et d’ennui d’où peut jaillir une brèche de lumière ? Avais-je atteint le profond, le sincère, le nu des choses ? L’écriture avait-elle pris possession de moi ? Avais-je réussi à me rencontrer ? Et surtout, avais-je compris qu’écrire était impossible, mais que je n’avais d’autre choix qu’écrire ? Avais-je compris qu’on écrit pour pouvoir se taire ?

 

 


Éditions points, 211 pages, mai 2024

C’est le troisième roman de cet auteur sur Luocine et trois fois il a su me plaire sans aucune réserve : Tiohtia : Ke (Montréal) et Kukum, dont celui-ci est en quelque sorte la suite. La suite parce que nous vivons la fin de vie Jeannette, l’enfant du personnage principal de Kukum. C’est un roman à deux voix, celle du narrateur auteur qui s’interroge sur ce que cela veut dire pour lui d’être descendant des Indiens Innus, et celle de Jeannette qui, en se mariant avec Thomas a été séparée de sa tribu. Mais elle se souvient bien de sa jeunesse dans les bois.

J’apprécie chez cet auteur, la façon dont il raconte ses origines et ce que les Indiens ont subi. Il n’édulcore aucune des différentes violences qu’ils ont supportées, mais il le dit de façon calme. Au lieu d’affadir ses propos cela rend, à mes yeux en tout cas, la situation absolument intolérable.

Ici, par exemple il évoque le racisme auquel il a été confronté comme tant d’autres Indiens , j’ai recopié en partie ce passage. Je suis bien d’accord avec lui, je pense que ce genre de propos ne s’oublient jamais, et qu’hélas on ne répond que rarement sur le coup.

Comme dans Kukum, il évoque la perte de valeur des savoirs des anciens, dans le monde moderne, les « vieux » deviennent encombrants, car ils n’ont plus rien à transmettre à leurs petits enfants. Pour ma part cela a, plutôt, créé des liens avec mes petits enfants, ils me mettent régulièrement au point mon téléphone et c’est vraiment agréable de le faire avec eux plutôt qu’au guichet Orange toujours encombré et parfois mal aimable.

Le gouvernement canadien aujourd’hui fait des efforts pour reconnaître ses erreurs et redonner aux peuples autochtones une partie des terres, mais rien ne rendra à la nature la beauté et la force qu’elle avait avant l’industrialisation, et l’ironie de l’Histoire veut qu’aujourd’hui, cette nature massacrée pour construire des énormes complexes industriels retourne à l’état de friche car ces mêmes industries ont fait faillite !

Un livre qui se lit bien et qui garantit un dépaysement certain .

 

Extraits.

Début.

(dès les premières phrase j’ai retrouvé le style de Michel Jean)

 Elle repose devant moi, figée dans la mort. Un cadavre embaumé est tout ce qu’il reste de cette femme à la silhouette, autrefois robuste et souple. Tout de sa jeunesse a été emporté, maintenant que ses beaux yeux noirs se sont fermés pour de bon. Rien ne subsiste de celle qui a souvent bravé le froid et parfois la faim. Ce corps a frissonné de peur, ressenti le plaisir.

La ville détruite par l’industrie aujourd’hui disparue.

Grandir dans une ville comme Sorel, dans les années 1970 laissait peu de place aux rêves. Encore moins à ces aventures qui font battre un jeune cœur. La ville comptait de nombreuses usines prospères. Des aciéries, des fonderies, un gros chantier maritime. Ces entreprises offraient des emplois payants aux hommes qui y travaillaient. Mais pour moi, elle n’étaient que des usines sales et polluantes. La beauté et la nature devaient céder le pas devant la primauté de l’industrie. Le progrès avaient-ils donc tous les droits ? Si ce paysage désolant pouvait s’appeler un progrès.(….)
 Aujourd’hui, plusieurs des usines ont fermé leurs portes. Marine Industries, l’ancienne fierté de la ville à l’époque où elle abritait un des plus gros chantiers maritimes de tout le canada n’est plus qu’un amas de métal oublié qui déverse sa rouille dans le Richelieu.

Le racisme.

« Pis ? Je m’en fous. Moi, je n’aime pas les Indiens ! »
 Chantal ne mesurait qu’un mètre soixante, ne devait pas peser cinquante kilos. J’en frissonne encore vingt ans plus tard. Sentir la haine de ce que l’on est, pour ce que l’on est. Il faut l’avoir vécu, pour comprendre.
(Lettre reçue par une jeune Atikamekw)
 » On ne veut pas de toi, ici. Nous autres, on n’aime pas le monde comme toi. Sale Indienne. Retourne chez toi. Et n’essaie pas de te plaindre au directeur. Il n’aime pas plus ta race que nous autres. Ta présence salit notre école. Dégage, maudite Indienne sale., »
Elle était signée, « Nous. »
(…)
 Le racisme provoque souvent le silence, chez la personne qui le subit. La jeune Atikamekw n’a rien dit. Moi non plus. Comme elle, j’ai fait comme si de rien n’était. J’ai continué à travailler avec Chantal et, avec le temps, nous sommes même devenus amis. Je n’ai jamais évoqué l’incident devant elle. En fait, je n’en ai jamais parlé à qui que ce soit. Mais je ne l’ai pas oublié . Comme l’adolescente de Wemotaci n’oubliera jamais la lettre qu’elle a reçue. Aujourd’hui, cependant, je regrette de m’être tu.

Les aînés chez les Indiens.

 Grand-père disait que, en vieillissant, nous avons besoin de la protection des autres. Que ce n’est pas notre faute si l’on vieillit, que c’est Dieu qu’il a voulu ainsi. Avec les années, on perd la vue, de la force et sa résistance. J’ai appris que c’est le rôle des plus jeunes de venir en aide à ceux dont les capacités déclinent.
 A l’époque, les vieux vivaient avec les jeunes. Rien n’aurait pu empêcher mon grand-père de monter avec nous dans le bois. Et personne n’a jamais tenté de le lui interdire. 
Il m’a enseigné tant de choses, comme la façon de prévoir la météo.

La religion.

 Pendant cet hiver, j’ai fait ma première communion et ma confirmation. La religion avait toujours occupé une place importante dans notre vie comme pour la plupart des Innus. (…)
 Je crois en Dieu comme une bonne chrétienne. Et si je crois que Dieu vit dans les êtres, je crois aussi qu’il vit dans les animaux, les arbres, le vent. Je crois en Dieu, et je crois l’équilibre du monde dans lequel j’ai grandi. Le monde de la forêt, où seul le respect des règles permet de survivre. Dans cette forêt vivent les esprits dont il ne faut pas trop chercher à comprendre l’origine ni les intentions.

Les vieux dans le monde moderne.

 Les enfants et mes petits-enfants ont grandi dans un monde où les vieux n’ont aucune utilité. Quand j’avais des questions ou besoin d’informations, je me tournais vers mes parents mon grand-père. Aujourd’hui, les jeunes se tournent vers la télévision la radio et Internet. Les aînés ne sont plus considérés comme des dépositaires du savoir. Une vieille personne pour eux est quelqu’un qui ne travaille pas, et dont il faut souvent s’occuper. C’est un poids.
 Je me suis souvent fait reprendre par mes petits-enfants et chaque fois c’était une pointe au cœur. De petites choses, me faire corriger quand j’essayais de les aider dans leur devoir et que je faisais une erreur. Le savoir que j’ai acquis n’a plus de sens aujourd’hui. Il appartient à un autre temps, et à un autre monde. 

 

 


Éditions Stock, 215 pages, août 2025.

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

Cet auteur a les honneurs de ma médiathèque car c’est dans le cadre du club de lecture que j’ai lu : Villa des femmes , Des vies possibles , et en poche, j’avais découvert avec grand plaisir L’empereur à pied .

Ce livre-ci analyse avec une grande honnêteté ce qu’a représenté pour un jeune Libanais la guerre au milieu des années 1970. Dans la première partie, l’enfant est encore au collège et c’est un jeune pédant qui se distingue par une passion pour les faits de guerre de Napoléon et des différents conquérants comme Alexandre. Il s’amuse à devenir un hyper spécialiste de ces périodes. Il a une autre passion, chercher les noms des rois dont les dynastie ont été bien oubliées. Il vit dans un milieu de commerçant libanais où l’argent est abondant et la vie très facile. Ses parents reçoivent le tout Beyrouth et parfois des célébrités parisiennes. On sent dans la description qu’il fait de la vie d’alors, tout les regrets qu’il éprouve de ce monde à jamais disparu : le Liban (« la Suisse du Moyen Orient ») a été un paradis et tous mes amis me l’ont si souvent raconté.

La famille s’habitue peu à peu aux éruptions de violence et se réfugie dans la montagne tenue par des milices chrétiennes, la guerre semble encore assez loin. Quand la guerre, avec ses cohortes de violence, fera irruption dans la vie de la famille du narrateur ; celui-ci rencontrera aussi l’amour, mais surtout perdra toutes ses illusions sur la grandeur des conquérants qu’il a tant admirés dans son enfance. On peut dire qu’il est devenu un homme avec dans le cœur les regrets que son cher pays n’ait pas pu rester le paradis de son enfance.

C’est un roman qui se lit très facilement, le personnage m’agaçait dans la première partie, cet enfant trop gâté, et qui cherche à se faire remarquer par un savoir qui ne sert qu’à le distinguer des autres, mais la deuxième partie permet de comprendre ce que l’auteur a voulu expliquer. Comme son personnage, la guerre ,tant qu’elle est loin de nous semble virtuelle et faite d’héroïsme et de coups d’éclat. Mais quand on la vit au quotidien alors tout devient sale, honteux et même sordide.

Bref un livre important.

Extraits.

Début.

 Je vivais dans la pourpre, au milieu des souverains aztèque et palmyréens, dans la folie des rêves d’Alexandre le Grand et de Napoléon, mais ce devait être une compagnie trop prenante car je fus longtemps tenu pour un garçon solitaire, non seulement par mes parents, mais aussi par mes tantes paternelles, par les amies de ma mère et même par Nawal, notre cuisinière, qui déclarait sentencieusement, comme si c’était sa propre découverte et son propre jugement, que je ferais bien de sortir un peu de tous ces livres qui m’abîmaient les yeux et me rendaient idiot, pensant que je lisais des romans semblables aux feuilletons qu’elle suivait le soir à la télévision quand mes parents sortaient. 

Et pourtant c’est vrai !

 J’habitais en ce temps-là un pays dont on se demande avec étonnement aujourd’hui s’il a vraiment existé. Les vieux marchés, la ville besogneuse que je traversais pour me rendre dans les magasins de mon père, le monde que recevait mes parents, tout cela était sur le point de disparaître emporté par la guerre et la violence. Mais nul ne s’en souciaient vraiment, nul n’y pensait, nul ne pouvait y croire ni même l’imaginer. À ce moment-là, et pour quelques années encore, il s’agissait de ce pays sur lequel j’écrivais récemment que « nulle par ailleurs, les Trente s glorieuses ne méritèrent si évidemment leur nom. Tant à cause des dates qui virent la naissance et la disparition du Liban de ce temps, entre 1945 et 1975, que pour les sommets atteints dans l’opulence de ce bout de terre à cette époque. 

La guerre.

Le quotidien se transformait en quelque chose d’inédit, de neuf et de bizarre, une parenthèse au milieu de la normalité, une mise à mal de la routine, sans plus. Surtout, il y avait ce silence de l’extérieur, la suspension de la rumeur de la ville, la rue totalement déserte et par-dessus les toits, de temps à autre, une rafale rageuse ponctuée de loin en loin par une explosion, un ronflement pénible, ou une détonation plus sèche qui interrompait brièvement toutes nos activités, qui nous faisaient lever la tête et s’interroger du regard les uns les autres.
 Les premiers mois de ce qui n’était pas encore une guerre, ce monde ancien résista. Pourtant, lorsque je regarde aujourd’hui les livres d’histoire, je m’aperçois que ce que je vivais ne correspondait pas tout à fait à la réalité et qu’indubitablement, déjà à ce moment, tout semblait joué, et nous nous précipitions allègrement vers l’abîme. La violence que je ne pouvais soupçonner, et sur laquelle je ne me suis jamais penché en détail, était déjà très élevée. Les enlèvements, la haine, les barricades, selon les livres, et les reportages photos nous enserraient déjà. Mais dans la rue, au pied de l’immeuble et même au delà, dans la rue de Damas que je traversais pour aller jouer à un jeu de société chez Daussoy, tout était tranquille, comme sur l’avenue qui arrivait du rond- point de Tayyouné et que je longeais pour monter chez Costa, achever une discussion sur la fin de la monarchie afghane ou sur la vraisemblance d’une théorie concernant la responsabilité soviétique dans l’arrestation de Jean Moulin. Certes, la circulation était quasiment nulle, les rues ressemblaient à de longs rubans de macadam vides bordés de magasins fermés, et on pouvait marcher au milieu de la rue de Damas, qui habituellement était toujours en encombrée. Certes aussi, on entendait des rafales tempestives et de sourdes explosions, mais cela semblait provenir d’un autre espace géographique, d’une réalité parallèle à celle dans laquelle je continuais à vivre.


Éditions Gallimard, 163 pages, juin 2025

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

Le passé est une chose longue et lente à guérir. On le croit, derrière nous alors qu’il est devant, qu’il nous mène et nous guide. C’est un cercle. Une boucle..

Dans ma liste depuis longtemps, j’ai « Mahmoud ou la montée des eaux », que je n’ai toujours pas lu. Je n’ai donc pas hésité quand j’ai vu ce roman au programme du club de lecture. Je souligne tout de suite la qualité de l’écriture : Antoine Wauters sait créer une atmosphère qui entraîne le lecteur dans une fiction où le réel se mêle à l’imaginaire. Dans un endroit de montagne et proche de la mer, la foudre s’abat sur une ferme et la détruit entièrement. Gaspard et sa femme Blanche la regarde brûler du haut d’une colline, et c’est là que vient au monde leur enfant Joseph. Tout le malheur du monde tombe sur leurs épaules et pourtant, ils sont courageux et se laissent difficilement abattre, Gaspard lutte de toutes ses forces, mais à l’horreur des catastrophes naturelles s’ajoute la cruauté humaine, un voisin profitera de leur malheur pour leur enlever tous leurs biens. Gaspard et Blanche ne survivront pas. Joseph leur fils est élevé par une tante, il aurait pu être heureux, Il a failli l’être mais ce passé lui colle à la peau et finalement, il mènera une vie en marge des hommes.

C’est bien écrit, c’est bien raconté mais à part le début, l’horrible voisin qui profite de leur misère, et qui détruit tous leurs efforts pour s’en sortir, les autres personnages flottent entre réalité et conte. Pour moi ils leur manquent des points d’ancrage dans le réel, on a l’impression d’être dans un film au milieu d’un brouillard peuplé d’ombres le plus souvent maléfiques. L’auteur veut décrire un homme qui est étouffé par son passé. La violence qui a été faite à ses parents l’empêche d’accéder au bonheur. Si je ne suis pas plus enthousiaste c’est que j’ai besoin de repères dans la réalité pour croire aux fictions et m’y sentir bien. Alors, je reconnais le grand talent de cet auteur sans pouvoir partager l’enthousiasme général sur ce roman. Athalie par exemple n’a aucune de mes réserves.

Extraits.

Début en italique.

 Qu’importe si celui qui s’apprête à briser le silence, si celui qui parle après que toute sa lignée s’est tue, si celui-là est pris pour un menteur ou pour un fou. À ce moment de mon histoire, moi, je ne pouvais pas faire autrement. Les trous d’ombres qui avaient digéré ma mémoire, je devais y plonger.

Début du roman.

 Minuit cet été là, quand la foudre frappe, le vieux tilleul, l’atteint au cœur, le cuivre et le roussit, puis changée en torche, quand elle s’invite dans les hautes terres, entre les haies à chauve-souris, et remonte jusqu’à la ferme pour entièrement la balayer, la dévaster.

Les conséquences de l’incendie.

 Et cependant qu’il marche, il revoit en pensée le visage de son ivrogne de père. Et il le maudit, Gaspard. Trois fois il le le maudit. Pour le mari violent. Pour le père impossible. Et pour l’abruti qui, sacrifiant l’avenir des siens pour sa dose journalière d’eau de vie, n’a pas jugé bon de l’assurer, la Haute-Folie.

 

 


Éditions de l’olivier, 134 pages, août 2025

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

À chaque fois que je lis un roman de cette autrice , j’écris la même phrase : un roman agréable à lire mais que j’oublierai assez vite , et c’est vraiment le cas. Cette auteure doit plaire à la bibliothécaire de la médiathèque car c’est dans ce cadre que j’ai déjà lu (et oublié) : le Remplaçant, Ce cœur changeant , Les bonnes intentions , Le château des rentiers .

Ce roman très court, est étonnant grâce à sa construction, sinon il serait totalement insignifiant comme la vie d’un petit village où il ne se passe pas grand chose. Il est écrit comme un morceau de musique avec un leitmotiv qui revient au début de chaque chapitre. Les liens entre les différents membres du villages sont des variations de ce thème. Le chef d’orchestre de l’harmonie respecte chacun des musicien et la partition est écrite par une jeune fille qui a été enfant dans ce village.

Comme dans toutes les communautés humaines, il y a des histoires d’amour, des jalousies , des gens rejetés car un peu différents, et un enfant insupportable qui met du désordre partout sauf quand il écoute de la musique car c’est lui qui a l’oreille absolue.

Je ne peux en dire plus car, déjà, le souvenir s’efface de ma mémoire .

Extraits.

 

Début.

 Autour du bourg, il y a la nuit. Au centre, la mairie. Un bâtiment modeste ou juste proportion dont les fenêtres découpent des carrés orange dans la nuit indigo. Quelques décorations de Noël, loupiotes entrelacées dans les branches des micocouliers, oursons translucides éclairés de l’intérieur et lutin au bonnet rouge clignotant, ponctuent l’obscurité. Un chien aboie, puis deux. Un troisième répond. Et le silence se referme sur eux. La température baisse d’un degré. On passe sous zéro. L’herbe des talus s’enrobe de givre, les bruns se raidissent en émettant de minuscules craquements. Les insectes enterrés perçoivent le carillon des tiges que le gel fige au-dessus d’eux.

Le leitmotiv.

 C’était un hiver lumineux et sec où rien ne semblait vouloir mourir. Les rosiers continuaient de porter des fleurs, plus chétives qu’au printemps, moins parfumés qu’en été, aux pétales décolorés et presque transparentes. Les framboisiers laissaient pendre leurs têtes rouges qui avaient l’air presque honteuses lorsque le dernier éclat du soleil allait les dénicher sous les feuilles. Les oiseaux lançaient leurs cris au cœur de la nuit sans craindre les éperviers, pas plus que les martres. Gorgées de la canicule passée, les mouches poursuivaient leur vol, insensibles au froid qui crispait pourtant la rosée du matin.


Éditions l’iconoclaste, 347 pages, août 2025.

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

J’ai souvent un a priori négatif à propos des premiers romans au moins pour celui-ci je peux souligner un aspect très positif : celui d’avoir donné vie à des femmes marseillaises, celles qu’on appelle de « cagoles » et donner des lettres de noblesse à la vulgarité féminine. Rien que pour cela ce roman vaut la peine d’être lu.

Deux voix portent ce roman , la mère marseillaise, qui aime de façon inconditionnelle sa fille, et qui souffre de la voir s’éloigner de son milieu d’origine et de sa famille et Clara l’enfant qui a réussi un parcours scolaire sans faute et qui fréquente les milieux friqués et snob de Paris. Véro, sa mère est mariée à un chauffeur de taxi, qu’elle appelle le Napolitain., son mariage est compliqué son mari est violent et la trompe, heureusement elle a ses copines qui sont toujours là pour elle et qui permettent à l’écrivaine quelques passages haut en couleur.

Clara est une jeune angoissée qui n’a rien trouvé de mieux pour calmer ses angoisses que s’inscrire en thèse avec comme sujet « le suicide », et de tomber amoureuse d’un homme que sa mère appelle le « girafon » et qui vient d’une famille catholique traditionnelle, c’est à dire à l’exact opposé de son milieu d’origine ;

Là commence mes réticences, je ne comprends pas pourquoi l’écrivaine a eu besoin d’opposer deux milieux aussi différents, autant le premier (celui de Marseille) est riche et intéressant autant celui du ‘girafon » est un ramassis de lieux communs sur la catho-tradi, comme si ils étaient les seuls à réussir Science-Po à Paris. Il n’y a pas que sa mère qui ne peut pas comprendre son couple, la lectrice que je suis non plus, pourquoi est-elle allée vers le pire d’entre eux, etil y a même chez « ces gens là » des hommes capables d’amour et de tendresse.

C’est l’autre aspect que je n’ai pas aimé, aucun homme n’est positif dans ce roman, j’espère vraiment que les jeunes femmes actuelles ne rencontrent pas que des violeurs ou des hommes qui les frappent.

Bref une plongée chez les cagoles positive pour le reste .. j’aime mieux les propos plus nuancés, car la vie m’a appris le doute et me laisse peu de certitudes.

Extraits

Début .

 Je me doutais bien avec sa grande école et ses grands airs. Qu’elle allait nous ramener un petit Parisien. Elle me sort :
– Il est pas de Paris, maman, mais de « banlieue parisienne ».
 Censément, c’est important, comme distinction. Enfin, pas besoin de connaître son adresse, pour voir à des kilomètres que c’est un petit con. Je l’appelle le girafon. Dans son dos bien sûr. Un coup à égorger, vraiment. Pas que j’y pense, en tout cas, pas encore, mais c est pour dire la taille du coup. Et puis cet air. À croire qu’il est en safari partout où il bouge lentement sa grande tige. Comme s’il avait peur de marcher, sur une bombe ou sur une bouse de paysan.

Le couple de sa fille vu par sa mère.

 Il est pas affectueux avec elle. Alors, c’est sûr qu’il est pas non plus très à l’aise avec son corps en général. Sauf que c’est que c’est pas que le corps. C’est aussi la voix, le regard. Je vais le dire, voilà : Il a pas l’air amoureux.. Elle, par contre, je l’ai jamais vue comme ça. Elle te le regarde avec cet air, comme si c’était James Bond, alors qu’il a un vilain strabisme et un nez qui va qu’à Pierre Niney..Et puis cette bouche à manger des biscuits secs Une vraie bouche de mauvaise. Je parie qu’il a la même que sa mère. Mais ma fille, pendue à ses lèvres. Elle le bade comme elle a jamais badé personne. Puisque d’habitude elle est mieux que tout le monde. Hoche la tête pendant qu’il nous raconte ses théories à la con sur les gilets jaunes alors qu’il a jamais fait un plein. Je suis sûr qu’il a même pas le permis, comme un bon parisien.

Les amies de sa mère à la plage.

 Cinquante nuances de blondes en maillot bigarré. Blond californien, doré, peroxydé, blond cher et blond cheap, avec ou sans les mèches, parce que pour elles, ça voulait dire quelque chose, la blondeur, comme une marque de fabrique. D’ailleurs, elles t’appelaient « ma blonde » que tu sois brune comme Karine ou rouge comme Drine. Blonde, ça voulait surtout dire que tu étais des leurs. Calées dans les rochers qui encadrent la petite plage de Port-Pin, elles avaient une façon de tenir leur corps, ou de ne pas le tenir, justement, de se laisser couler dans la roche brûlante à l’aise comme dans leur chambre au point même de sortir une pince à épiler ou de se curer les ongles. Le tout, dans un grincement continuel, étonnamment proche de celui des cigales, à cela près qu’il était ponctué de quelques « couilles, putain ou niquer », assez fort pour réveiller la plage. Parmi les touristes, il y en avait toujours un pour faire les gros yeux. Ou crier : « Chut ! » Alors elles se levaient et se plantaient, sourcils remontés, déhanchées, débordantes de seins et d’insoumission :
 – Bonjour, monsieur y a un problème peut-être ?

Caricature .

La fille d’une amie de sa mère de la vieille noblesse. Désargentée, il précise pour la noblesse. Enfin Diane l’aime et Diane n’est pas trop moche, mais elle n’a aucun second degré. Aucune des filles ici, d’ailleurs, j’ai sûrement remarqué. C’est une question d’éducation, d’écoles privées, hors contrat, où on ne salit pas les esprits avec des matières triviales comme les mathématiques, et l’absence quasi totale, d’accès à la culture populaire. Elles vivent dans une bulle, ces meufs. J’ai bien vu hier soir, non, après dîner ? « Single ladies » et Diane, qui demande de qui c’est. ? Elle connaissait pas Beyoncé.

Le titre et les mots de la fin.

 Cette vue. Le ciel bleu quand je frotte mes assiettes, et puis elle, en plein dans ma face, perchée sur sa basilique, en haut de sa falaise. Le regard au loin de celle qui sait. De celle qui protège. Sur la photo, on la devine par la fenêtre. On voit par ses yeux, mais elle et moi on se connaît. Elle tient son mioche, tranquille, même si le Petit Jésus avec ses deux mains en l’air, il a une tronche à vouloir sauter dans le vide. À part être là et se tenir par les fesses, qu’est-ce qu’elle peut bien faire ? Alors d’accord, le sien de minot finira crucifié. J’ai pas dit qu’il fallait tout faire comme elle. Y en a pas une qui le sait de toute façon. Comment être une bonne mère.


Éditions Le Tripode, 172 pages et 65 chapitres, mars 2025

C’est encore Keisha qui m’a signalé ce roman après m’avoir fait découvert « Parfois l’homme« . Surtout, laissez vous tenter à votre tour, et si vos bibliothèques ou autres médiathèques ne l’ont pas encore, expliquez à quel point ce livre plaira à un public très large. Je suis ravie de commencer l’année 2026 avec ce coup de cœur.

Une personne a tout quitté pour en retrouver une autre dans 11 heures et 37 minutes. C’est l’espoir d’une très forte histoire d’amour avec une fin comme dans les films, un baiser final annonçant une scène plus érotique. Oui, mais … Vous aimeriez, sans doute, savoir si la personne qui est dans sa voiture est un homme ou une femme, mais je ne peux pas car l’auteur a décidé de ne vous laisser aucune indication. Cela permet parfois de penser que c’est une femme, celle qui a une bombe lacrymogène dans son sac, et puis un homme qui choisit si mal sa nourriture au restaurant de l’autoroute.

Pendant ce trajet si long, l’auteur observe tous les petits détails de nos trajets sur les autoroutes, sur nos voitures, sur la conduite la nôtre et celle des autres : lisez le chapitre 19 « Accélérer ». Mais nous avançons aussi sur l’histoire personnelle de la personne qui conduit , il nous fait partager ses digressions qui parfois, quand elle est fatiguée, sont quelque peu délirantes. Dans les 65 courts chapitres, Sébastien Bailly, passe de l’humour, à des observations très justes à des moments plus profonds.

J’ai recopié beaucoup de passages, car cela m’aide à mieux me souvenir du talent de cet auteur, mais je ne voudrais pas gâcher votre rencontre personnelle avec ce roman, donc vous pouvez ne les lire qu’après votre propre lecture.

 

Extraits.

Début

1 Partir
 Tu as dû partir. La route est longue : douze heures au moins. Une journée classée noire ? Il a fallu que tu te lèves, tôt. Devant toi un parcours que tu n’as pas eu besoin de planifier. Parce que, parfois l’autre est une machine. Tu lui as indiqué l’adresse de destination, la voix t’a répondu : vous arriverez dans 11 heures et 37 minutes. Plus qu’à te laisser guider.

Sortie de ville.

 Du centre-ville à la périphérie, tu es toujours dans la ville. Les immeubles cossus font place aux HLM, les HLM aux pavillons, les pavillons aux hangars des zones commerciales, aux restaurants de spécialités improbables, aux vendeurs de moquettes et de canapés, aux entrepôts de carrelage, aux ateliers et aux usines, les panneaux publicitaires continuent de boucher le paysage et quand tu vois un bout de forêt, ce sont d’abord trois arbres au milieu d’un rond-point, puis un bosquet qui cache une excroissance de zone d’activité, une pépinière de startup, une usine pétrochimique, une friche mi-béton mi-ronce.. 
La ville s’efface, elle ne disparaît pas d’un coup.

Il m’a fait rire : les autocollants sur les voiture.

 Les plus expansifs ont collé en haut de leur vitre arrière, un parasoleil dont l’efficacité reste à prouver, mais qui permet deux ou trois mots explicites en l’honneur d’une équipe de football, d’un club de karaté, ou de philatélie. C’est vert bouteille, ou d’une transparence bleutée un peu sale.

Les propriétaires ont donc cru un jour que leur opinion importait qu’ils feraient ainsi progresser leurs idées. Et ils t’expliqueraient qu’ils ont bien raison, puisque c’est ainsi qu’ils ont sympathisé avec leurs voisins de camping, il y a quinze ans. Lui aussi, était outré par la chasse à la baleine. Ils se retrouvent depuis chaque mois d’août, côte à côte, vieillissants mais fidèles, leurs tentes dernier cri tournées l’une vers l’autre. 
Et les baleines ? Décimées.
 On ne peut pas gagner sur tous les tableaux.

Les veilles de rentrée.

 Tu te souviens de la veille de la rentrée des classes, il t’était souvent impossible de trouver le sommeil. Tu te répétais en boucle les évènements probables du lendemain une centaine de fois explorant toutes les options mêmes les plus improbables, et tu t’endormais sur l’hypothèse d’un tremblement de terre qui empêcherait l’ouverture de l’école.

Tellement vrai.

 L’habitacle a abrité des débats politiques et des enfants ont demandé si c’était encore, loin. On va toujours trop loin. Et c’est toujours trop long.
 Il avait fallu s’arrêter en urgence pour les pauses pipi qui ne pouvaient attendre, et se ranger trop tard, sur le bas-côté, pour des envies de vomir arrivées trop vite.

Humour.

 Sur l’autoroute uniforme, ces spécialités marquent l’appartenance locale. On apprend d’une région qu’elle est productrice de moutarde, de bonbons acidulés, de saucisson de cheval, mais c’est plus rare.

Cela aussi, c’est vrai.

 Les voitures sont si sophistiquées maintenant qu’un voyant s’allume à la moindre défaillance. À quand le voyant qui clignote pour dénoncer les voyants qui ne s’allument pas ? Et le voyant qui s’allume pour dénoncer le voyant qui ne clignote pas pour dénoncer les voyants qui ne s’allument pas alors qu’ils le devraient ? Et celui qui …

La boîte à gants.

La boîte à gants… C’est bien un endroit où tu as stocké tous les objets inimaginables sauf des gants. 

Bon à savoir…

 Rien n’interdit à une personne majeure de quitter le domicile conjugal sans explication. Rien n’interdit de disparaître.
 Je cite pour que tu suives, et que tu saches ce qui t’attend : sur décision d’un juge, il est possible d’obtenir une présomption d’absence et dix ans plus tard, une déclaration d’absence. Elle importe les mêmes effets qu’un décès : le patrimoine est légué. Le conjoint de l’absent peut contracter un nouveau mariage. 
En d’autres termes, tu as dix ans devant toi pour changer d’avis. Comme quoi, on a toujours le choix de ce qu’on vit.

Le chapitre 50 m’a beaucoup touchée.

Comme tout le monde. On espère. On a entendu dire qu’il était possible que tout se passe bien, que tout se passe au mieux, jusqu’à ce que la mort nous sépare. Tu parles. Quand la mort nous sépare elle n’a généralement pas un grand effort a fournir. Voilà un moment que le travail a été fait : le temps, le temps est bien plus efficace que la mort.
 Gratte un peu le vernis des couples irréprochables. Tu verras ce qu’il reste de brillant. Pas grand-chose, et les crevasses de la peinture séchée trop vite, les pigments effacés par la lumière, les coulures des bleus qui se dissolvent révèlent une autre version que la façade, longtemps présentée sans défaut. Et si tout semble avoir gardé l’éclat du premier jour le châssis joue, la toile est voilée, comme une roue de bicyclette après l’ornière. On ne sauve que les apparences de loin.
 L’autre à qui l’on a donné les clés de sa vie a tellement changé que la personne que l’on quitte, n’est pas celle qu’on a aimée, non. On ne trahit rien à bien y réfléchir. On tire une leçon, et c’est ainsi qu’on part.

La vie et le roman.

La différence entre la vie et un roman : dans le roman, tu finis toujours par te servir de ta bombe lacrymogène, sinon, pourquoi l’auteur se serait-il donné la peine d’en parler ? Dans la vie, tu finis par t’apercevoir, un jour, en nettoyant ton sac, qu’il y avait une date limite d’utilisation de la bombe, si bien que l’achat n’aura servi à rien. Et tant mieux. 

 

 


Éditions les Léonides, 393 pages, mai 2025

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard

 

Ce roman a ravivé pour moi le temps où l’Albanie représentait un pays au régime communiste pur et dur. Certains de mes contemporains étaient prêts à défendre Enver Hoxha mais finalement moins que ceux qui défendaient Mao et tellement moins que ceux qui ont défendu le petit père des peuple : Staline. Cela me fait plaisir qu’aucune jeunesse ne se réclame aujourd’hui de Kim Joon-un.

L’écrivaine journaliste a imaginé l’histoire une jeune fille partant à la recherche des racines familiales de sa mère dans un village complètement perdu dans les montagnes albanaises. Comme souvent aujourd’hui, ce récit mêle plusieurs temporalités, avec des changements de personnages principaux.

Au début du récit, dans les années 2020, nous sommes avec Sarah. Elle retrouve la maison de sa mère, en Albanie pays d’où elles sont originaires. Sa mère, lui avait ordonné avant de mourir de retrouver une certaine Elora. Un couple de touristes qui veulent sortir des sentiers battus pour découvrir un pays l’accompagnent dans ce périple. Peu à peu en progressant dans sa recherche, l’auteure remonte dans le temps et dénoue tous les fils du drame qui a obligé Sarah et sa mère à vivre en Islande bien loin des guerres de clans qui ont bouleversé leur vie et celle des habitants de ce village.

En 1972, trois amis venant de ce village, arrivent à Tirana pour faire des études, ils sont tous les trois amoureux de la belle Esther fille d’un intellectuel, ensemble ils découvriront les joies et le pouvoir de la poésie. L’amitié et la rivalité amoureuse entrainera le drame dont on aura toutes les réponses qu’à la fin du roman.

En 1980 deux jeunes Elora et Agon sont très amis parfois Niko et le grand frère d’Agon, Durim les rejoignent. La vie au village se serait passée à peu près normalement si ce n’est qu’un envoyé du parti (l’un des trois amis qui étaient allés faire ses études à Tirana), veut absolument collectiviser et faire obéir tout ce petit monde aux ordres d’Enver Hoxha. La description de l’absurdité communiste qui, par exemple, oblige les gens à avoir une coupe de cheveux au centimètre près pour ne pas risquer de se faire arrêter est, hélas, très proche de la réalité.
En 1990, c’est une autre horreur qui secoue le village : la dette de sang. Car comme si le communisme ne suffisait pas, l’Albanie obéit aux traditions ancestrales : le viol d’Elora entrainera trois meurtres et on craint même que cela se perpétue en 2023. On devine assez vite que l’enquête de Sarah permettra de dénouer toutes les tragédies qui ont traversé ce village et fait fuir sa mère si loin dans un pays si opposé à l’Albanie, pour le climat, la lumière, les mœurs, et surtout la liberté des femmes, l’Islande.

C’est un roman dense qui se lit facilement, mais même si je l’ai apprécié, j’ai l’impression qu’à part l’évocation des excès stupides du régime communiste et des horreurs des lois qui régissent les vengeances des lois que l’on dit gérées par l’honneur, je l’oublierai assez vite, et, de plus, je ne comprends pas trop le goût actuel des romanciers de mélanger les temporalités.

Extraits

Début

2023
 Le bouquet de fragrances se déverse dans l’habitacle lorsque Sarah baisse la fenêtre du 4×4 : ciste, romarin, thym, lavande, sauge. La terre exhale des parfums qui l’enfièvrent depuis qu’ils ont quitté la capitale. Tant de senteurs, tant de soleil : elle n’a pas l’habitude. L’hiver retirait à peine sa longue traîne blanche du fjord lorsqu’elle a quitté son laboratoire d’Akureyri, dans le nord de l’Islande. Les effluves de la lande étaient encore assoupies sous la neige, attendant leur l’heure pour jaillir.

Le poids des traditions en Albanie.

 Les rares villageois qui ne supportent plus la vie spartiate du hameau rejoignent la vallée nichée dans l’ombre. Certains entament des études dans les grandes villes. D’autres dégotent un logement confortable à Tirana. Mais quels que soient leurs efforts et les charmes que la capitale déploie sous leurs yeux, le souvenir du village sans nom ne cesse de les hanter. Ils portent le même secret : la mémoire des vendetta entrée dans leur chair. Leur âme est trempée à loutrenoir, cette matière née de l’ombre et de la lumière mêlées, par laquelle le malheur des prophéties anciennes s’abat.

Le tourisme et l’Albanie.

Vous pensez vraiment que des touristes vont venir jusqu’ici ? interroge Sarah.
– Amélie et Antoine en sont là preuve, répond Niko, désignant le couple d’un geste du menton, sourire aux lèvres. Les amateurs de haut de gamme sont à la recherche d’expériences exceptionnelles, loin des destinations piétinées par les hordes de badauds. Il reste peu de coins vierges comme celui-ci sur le continent. L’isolement du village est précisément ce qui le protégera du tourisme de masse. Personne n’imagine les trésors que ces montagnes dissimulent.

Le régime communiste.

 Récolter les plantes à l’aube, les nettoyer, les plonger dans les alambics vrombissants, collecter le nectar ainsi produit et conditionner les huiles essentielles : voilà à quoi se résument désormais les journées des villageois.
Le parti du travail est leur employeur.
 Le parti du travail distribue leur repas.
 Le parti le renseigne les préceptes d’Envers Hoxha, scandés à longueur de journée dans la distillerie.
(…)
 Les villageois récitent le catéchisme enseigné par le Parti. Mais le soir, dans le secret de leurs masures, enfin désertées par les prisonniers, ils vomissent leur mépris.
– Qu’est-ce que c’est que ces conneries !

Je comprends cette réaction.

Depuis la veille, le couple et elle se tutoient. Ils ont le même âge. Très vite, ils ont échangé en français des commentaires échappant à leur guide avec qui ils communiquent en anglais. Sarah apprécie la complicité qui s’installe entre eux et s’en méfie. Tantôt sur la réserve, tantôt désireuse de s’en faire des amis, elle ne peut s’empêcher d’émettre un jugement sur leur choix de vacances, randonner sur les hauteurs d’un pays ruiné par le communisme et la corruption qu’il a engendrée a quelque chose d’obscène.

La tradition.

Le Kanun dit : les hommes respecteront la gjakmarrja. La vengeance du sang. Tout assassinat d’un membre de la famille et toute offense grave devront être réparés par la vie d’un membre de la famille de l’offenseur. Il est interdit de tuer les femmes et les enfants. Il est interdit de tuer un homme dans sa propre maison, et dans la tour de claustration. Les blessures peuvent être indemnisées par le versement d’une amende. Toute blessure non indemnisée compte pour un demi-mort. Deux blessures équivalent à un mort.

Raisons pour lesquelles on était arrêté sous Enver Hoxha.

  » J’organisais des parties de cartes pour les gars de l’usine après le travail. On m’a accusé de dissidence. J’ai, passé cinq ans dans les mines de Burrel, puis on m’a envoyé ici. »
 » J’ai eu le malheur de faire mes études à Moscou. Je suis considéré comme un ennemi du peuple depuis que l’Albanie a coupé les ponts avec L’URSS. »
 » J’ai accueilli des étudiants chinois dans ma classe : on m’a jugé ennemi du peuple quand l’albani c’est fâchée avec Mao. »
 » Je trimais sur des travaux de terrassement. J’ai regardé vers l’horizon : on m’a accusé de vouloir fuir à l’étranger, j’ai pris trois ans de prison. »
 » Je travaillais dans un café, j’ai éteint la radio pendant la transmission d’un discours d’Enver Hoxha pour prendre la commande d’un client. On m’a dénoncé. »
 » J’ai porté mon sac en bandoulière, on m’dit que j’avais été « perverti par l’esprit étranger » et j’ai été arrêté. »
 » J’ai dix-huit ans, je suis né en prison parce que mon père et ma mère étaient des dissidents ».
 » J’étais marin, j’ai laissé des passagers revenir d’Italie avec des gressins dans leur sac. »
 » Je me suis plaint de la chaleur dans la brigade agricole où je travaillais. »
 » J’ai bâillé au corneille pendant une réunion du Parti. »
« J’ai râlé dans la queue d’un magasin général. »
 » Nous avions la télévision dans notre appartement de Tirana. Le soir, nous regardions les séries italiennes que nous parvenions à capter. Tout le monde fait ça derrière les volets clos ! L’un de nos voisins a dénoncé ceux du quartier dont l’antenne était tournée vers Rome. On m’a arrêté pour activité hostile. »