Édition Robert Laffont Pavillons Poche . Traduit de l’al­le­mand par Bernard Kreiss

parti­ci­pa­tions au mois « les feuilles allemandes »

« Si on bouqui­nait un peu »

« Ingann­mic »

Surtout ne pas se fier à la quatrième de couver­ture qui raconte vrai­ment n’im­porte quoi :

En 1943 son père , offi­cier de police , est contraint de faire appli­quer la loi du Reich et ses mesures anti­sé­mites à l’en­contre de l’un de ses amis d’en­fance, le peintre Max Nansen.

Il y a deux choses de vraies dans cette phrase, le père du narra­teur est bien chef de la police local, et nous sommes en 1943 . Deux choses fausses, le père poli­cier n’ap­plique pas des mesures anti­sé­mites à Max Nansen qui d’ailleurs n’est pas juif , mais il applique des mesures qui combattent l’art dégé­néré . Il n’est pas « contraint » de le faire, et ce mot trahit complè­te­ment le sens du roman, le chef de la police de Rugbüll éprouve une joie profonde à appli­quer toutes les mesures qui relève de son « DEVOIR » . (J’attribue à cette quatrième de couver­ture la palme de l’absurdité du genre)

le roman se passe en deux endroits diffé­rents, le jeune Siggi Jepsen est interné dans une maison pour délin­quants sur une île et doit s’ac­quit­ter d’une puni­tion car il a rendu copie blanche à son devoir d’al­le­mand sur le « sens du devoir ». Il explique que ce n’est pas parce qu’il n’a rien à dire mais, au contraire, parce qu’il a trop de choses à dire. Commence alors, la rédac­tion de ses cahiers qui nous ramènent en 1943 à Rugbüll un petit village rural du nord de l’Al­le­magne dans la province du Schles­wig-Holstein. Une région de tour­bières et de marais. Le père de Jens, le poli­cier local est très fier de ses fonc­tions. Le devoir, c’est ce qui le fait tenir droit dans ses bottes comme tous les alle­mands de l’époque. Le deuxième person­nage du récit c’est un peintre Max Ludwig Nansen dont les tableaux ne plaisent pas au régime en place. Tout ce qui est dit sur ce peintre nous ramène à Nolde qui effec­ti­ve­ment a peint cette région et a été inter­dit de peindre en 1943, car sa pein­ture a été quali­fiée d’art dégé­néré, alors que lui même avait adhéré au partit Nazi et était très profon­dé­ment anti­sé­mite, (Angela Merkel a fait enle­ver ses tableaux de la chan­cel­le­rie à Berlin, pour cette raison) . Rien de tout cela dans le roman, mais une évoca­tion saisis­sante de la pein­ture de Nolde qui a compris mieux que quiconque, sans doute, la beauté des paysages de cette région.

Le roman voit donc s’op­po­ser le père du narra­teur un homme obtus et qui n’a qu’une raison de vivre : appli­quer les ordres et ce peintre qui ne vit que pour la pein­ture, tout cela dans une nature austère et au climat rude. Sur la couver­ture du livre je vois cette cita­tion de Lionel Duroy :

J’au­rais rêvé être un person­nage de Lenz, habi­ter son livre.

Cette phrase m’a lais­sée songeuse, car j’ai détesté tant de person­nages de ce roman. Je pense que Lionel Duroy n’au­rait pas aimé être le père de Jens qui est capable de dénon­cer aux auto­ri­tés son propre fils Klaas qui s’est tiré une balle dans la main pour fuir l’ar­mée. La mère qui dit tout comme son mari et qui explique à son fils de ne pas s’ap­pro­cher des enfants handi­ca­pés car ils sont porteur de tous les vices et les malheurs du monde. Tous les person­nages se débattent dans un pays si plat que rien ne peut y être caché et se meuvent dans une lenteur proche du cauche­mar. Le peintre a une force person­nelle qui rompt avec cet acadé­misme bien pensant sans pour autant remettre à sa place le poli­cier même après la guerre sans que l’on comprenne pourquoi.

Il y a une forme d’ex­ploit un peu étrange dans ce roman, le mot Nazi n’y appa­rait jamais pas plus que la moindre allu­sion au sort des juifs, pas plus que le nom d’Hit­ler. Ce n’est sûre­ment pas un hasard mais je ne peux qu’é­mettre des hypo­thèses. Je pense que le but de Sieg­fried Lenz est de montrer qu’une certaine menta­lité alle­mande est porteuse en elle-même de tous les excès du nazisme. Cette menta­lité puise ses racines dans une nature où le regard se perd dans des infi­nis plats et gris auquel seul le regard d’un artiste peut donner du sens . Je vous conseille de regar­der sur Arte un repor­tage sur Nolde, vous enten­drez que ce roman de Sieg­fried Lens a contri­bué à effa­cer le passé anti­sé­mite du peintre et son enga­ge­ment au côté du régime Nazi. Je comprends mieux les curieux silences de l’auteur qui m’avaient tant étonnée.

Tout cela donne un roman de 600 pages au rythme si lent que j’ai failli plusieurs fois fermer ce livre en me disant ça va comme ça ! Assez de nature grise mouillée sans aucun relief ! Assez de ces person­nages qui restent face à face sans se parler ! Assez des bateaux sur l’Elbe qui n’avancent pas !

Mais, je me suis souve­nue du mois des feuilles alle­mandes chez Patrice et Eva alors j’ai tout lu pour vous dire que vous pouvez lais­ser ce roman dans les rayons de votre biblio­thèque d’où on ne doit pas le sortir très souvent. Et si vous voulez comprendre cette région regar­dez les tableaux de Nolde (malgré son passé nazi et son anti­sé­mi­tisme) vous aurez plus de plai­sir et vous aurez le meilleur de cette région.

Citations

Un passage pour donner une idée du style et du rythme très lent du roman

Toujours plus haut, plus vite, plus abrupt. Toujours plus vigou­reuse les impul­sions. Toujours plus près de la cime large et défri­sée du vieux pommier planté par Frede­rik­sen du temps de sa jeunesse. La balan­çoire émer­geait avec un siffle­ment de l’ombre verdoyante, glis­sait dans un grin­ce­ment d’an­neaux le long des cordes tendues et vibrantes et engen­draient au passage un fort appel d’air ; et, sur le corps arqué et tendu de Jutra passait les ombres effran­gées des bran­chages. Elle grim­pait vers le sommet, restait un instant suspendu dans l’air, retom­bait ; j’in­ter­ve­nais dans cette chute en pous­sant rapi­de­ment au passage la planche de la balan­çoire ou les hanches de Jutta ou son petit derrière ; je la pous­sais en avant, en haut, vers le sommet du pommier, elle grim­pait là-haut comme proje­tée par une cata­pulte, la robe flot­tante, les jambes écar­tées, et le courant d’air sifflant lui mode­lait sans cesse une nouvelle appa­rence, tirait ses cheveux vers l’ar­rière ou donnait plus d’acuité encore à son visage osseux et moqueur. Elle avait décidé à faire un tour complet avec la balan­çoire et moi, j’étais décidé à lui four­nir l’im­pul­sion néces­saire, mais pas moyen d’y arri­ver, même quand elle se mit debout, jambes écar­tées sur la planche, pas moyen d’y arri­ver, la branche était trop tordu ou l’im­pul­sion insuf­fi­sante : ce jour-là, dans le jardin du peintre, pour le soixan­tième anni­ver­saire du docteur Busbeck. Et quand Jutta comprit que je n’y arri­ve­rai pas, elle se rassit sur la planche. Elle se laissa balan­cer en souriant sans l’ombre d’une décep­tion et se mit à me regar­der d’une façon bizarre. Et soudain elle m’en­serra et me retint dans la pince de ses jambes maigres et brunes, je n’avais plus guère notion d’autre chose que de sa proxi­mité. En tout cas je compris cette proxi­mité, et j’ose l’af­fir­mer, elle comprit que j’avais compris ; je déci­dai de rester abso­lu­ment immo­bile et d’at­tendre la suite mais il n’y eut pas de suite : Jutta me donna un baiser bref et négligent, desserra ses jambes, se laissa glis­ser à terre et courut vers la maison.

Le sens du devoir du père policier et le peintre

Peut-être te renverra t‑on les tableaux un jour, Max. Peut-être que la Chambre veut-elle seule­ment les exami­ner et te les renverra-t-on après.
Et dans la bouche de mon père une telle affir­ma­tion, une telle hypo­thèse prenait un air de vrai­sem­blance tel qui ne serait venu à l’idée de personnes de mettre en doute sa bonne foi. Le peintre en resta inter­lo­qué et sa réponse mit du temps à venir. Jens, dit-il enfin avec une indul­gence un peu amère , mon Dieu, Jens, quand compren­dras-tu qu’ils ont peur et que c’est la peur qui leur inspire cette déci­sion, inter­dire aux gens d’exer­cer leur profes­sion, confis­quer des tableaux. On me les renverra ? Dans une urne peut-être, oui. Les allu­mettes sont entrés au service de la critique d’art, Jens, de la contem­pla­tion artis­tique comme ils disent. Mon père faisait face au peintre ; il ne montrait plus le moindre embar­ras et son atti­tude expri­mait même une impa­tience arro­gante. Je ne fus donc pas surpris de l’en­tendre dire : Berlin en a décidé ainsi et cela suffit. Tu as lu la lettre de tes propres yeux, Max. Je dois te deman­der d’as­sis­ter à la sélec­tion des tableaux. Est-ce que tu vas mettre les tableaux en état d’ar­res­ta­tion ? demanda le peintre et mon père, d’un ton cassant, nous verrons quels tableaux doivent être réqui­si­tion­nés. Je vais noter tout ça et on vien­dra les cher­cher demain.

Heureusement que l’écrivain narrateur prévient de la lenteur…

Mais il faut main­te­nant que je décrive le matin, même si chaque souve­nir appelle des signi­fi­ca­tions nouvelles : il faut que je mette en scène une lente éclo­sion du jour au cours de laquelle un jaune irré­sis­tible l’emporte peu à peu sur le gris et le brun ; il faut que j’in­tro­duise l’été, un hori­zon sans bornes, des canaux, un vol de vanneaux, il faut que je déroule dans le ciel des nappes de brume, et que je fasse réson­ner de l’autre côté de la digue le bour­don­ne­ment vibrant d’un cotre ; et pour complé­ter le tableau, il faut que je quadrille le paysage d’arbres et de haies, de fermes basses d’où ne se lève aucune fumée ; il faut aussi que, d’une main négli­gente, je parsème les prai­ries de bétail taché de blanc et de brun.

Toujours cette lenteur qui convient aux gens du Nord de l’Allemagne

Je dois patien­ter si je veux tracer de lui un portrait ressem­blant ; je dois évoquer les entrée en matière des deux hommes, leur extra­or­di­naire propen­sion à larder la table de la cuisine de silences exagé­ré­ment longs ‑ils parle il parlèrent d’avion volant en rase-mottes et de chambres à air- je dois suppor­ter une fois encore le soin minu­tieux qu’ils mirent à s’in­for­mer de la santé de leurs proches et je dois aussi songer à leurs gestes lents mais calculés.

Le devoir dialogue avec le facteur

Il y en a qui se font du souci, dit-il, il y a des gens qui se font du souci pour toi parce qu’ils pensent que les choses peuvent chan­ger un beau jour : tu sais qu’il a beau­coup d’amis. J’en sais encore plus, dit mon père, je sais qu’on l’es­time aussi à l’étran­ger, qu’on l’ad­mire même, je sais que chez nous égale­ment, il y en a qui sont fiers de lui, fiers, parce qu’il a inventé ou créé ou fait connaître le paysage de chez nous. J’ai même appris que dans l’Ouest et dans le Sud c’est à lui qu’on pense d’abord quand on pense à notre région. Je sais pas mal de choses crois-moi. Mais pour ce qui est du souci ? Celui qui fait son devoir n’a pas de souci à se faire ‑même si les choses devaient chan­ger un jour.

Son père, est ce de l’humour ?

Il avait la réflexion beso­gneuse, la compré­hen­sion lente, une chance car cela lui permet­tait de suppor­ter pas mal de choses et surtout de se suppor­ter lui-même.

L’allure de son père

On n’en­ten­dait pas encore leurs pas traî­nants dans le couloir que déjà le poli­cier de Rugbüll s’ap­prê­tait à les rece­voir et adop­tait un main­tien que nous quali­fie­rons de martial. Dressé de tout son haut , des jambes légè­re­ment écar­tées , soli­de­ment ancré au plan­cher, l’air décon­tracté mais néan­moins en éveil, il resta planté au centre de la cuisine, reven­di­quant osten­si­ble­ment l’obéis­sance dont on lui était rede­vable en tant qu’ins­truc­teur et actuel chef de notre milice populaire.

L’après nazisme

On se dit qu’ils vont rester terrés un bon moment, faire les morts, se tenir cois, en tête à tête avec leur honte, dans l’obs­cu­rité, mais à peine a‑t-on eu le temps de respi­rer Que déjà ils sont de retour. Je savais bien qu’ils revien­draient, mais pas si vite, Teo, jamais je ne l’au­rais cru. Quand on voit cela, on ne peut que se deman­der ce qui leur fait le plus défaut : la mémoire ou les scrupules.

La présence des tableaux

Peut-être cela commença-t-il ainsi : je remar­quai que j’étais observé et non seule­ment observé mais reconnu. Les slovènes étaient assis autour de leur table ronde, la mine béate, l » œil vitreux, plein de schnaps. Les marchands avaient d’in­té­rêt que pour une vieille femme qui passait sans faire atten­tion à eux et les paysans cour­bés par le vent avaient fort à faire avant l’orage immi­nent. Les acro­bates ? Les prophètes ? Ceux-là ne faisaient que soliloquer.
Ce devaient être les deux banquiers avec leurs mains vertes légè­re­ment dorées et leur visage semblable à des masques, ils me regar­daient. Ils avaient cessé de se mettre d’ac­cord du coin de l » œil sur l’homme pros­tré en face d’eux sur sa chaise. Son déses­poir ne les inté­res­sait plus, ils l’aban­don­naient à sa douleur. Il me sembla qu’ils avaient levé le regard, toute trace de supé­rio­rité avait disparu de leurs yeux gris et froid. Je ne pouvais pas me l’ex­pli­quer, je ne cher­chais pas non plus à me l’ex­pli­quer : la pein­ture se rétré­cit , j’ai ressenti une douleur précise, comme un étau contre les tempes, quelque chose de clair se dépla­çait vers la pein­ture germait très loin à l’ar­rière-plan et se rappro­chait en vacillant.

Évocation de la nature qui peut faire penser aux tableaux de Nodle

Nous atten­dîmes jusqu’au crépus­cule et il ne se passait toujours rien. Le soleil se couchait derrière la digue, exac­te­ment comme le peintre lui avait appris à le faire sur papier fort, non perméable : il sombrait, il s’égout­tait pour ainsi dire dans la mer du Nord, en fila­ments de lumière rouges, jaunes, sulfu­reux ; de sombres lueurs fleu­ris­saient des crêtes des vagues. Le ciel s’al­lu­mait de tons ocres et vermillons aux contours flous, aux formes impré­cises, presque gauche ; mais le peintre lui-même le voulait ainsi : l’ha­bi­leté, avait t‑il décla­rer un jour, ce n’est pas mon affaire. Donc, un long coucher de soleil, gauche d’al­lure, avec quelque chose d’hé­roïque malgré tout, plus ou moins bien, cerné au début comme noyé à la fin.

Édition Rivages Étran­gers. Traduit de l’an­glais par Elisa­beth Gilles

Lu dans le cadre du chal­lenge lancé par Aifelle : le mois Alli­son Lurie

On remar­quera qu’en 1990 on ne disait pas « traduit de l’amé­ri­cain ou de l’an­glais USA) mais de l’an­glais serait-ce que l’amé­ri­cain et l’an­glais sont deve­nues aujourd’­hui deux langues différentes ?
Ce livre qui, comme vous pouvez le remar­quer a vécu, est chez moi depuis aout 1990, il m’en avait couté 49 Francs. Autre époque. Je crois que j’ai à peu près tout lu Alison Lurie et beau­coup aimé. Je n’avais pas trop envie de relire ses romans, je crai­gnais de me confron­ter à mes souve­nirs. Je le dis tout de suite, j’ai moins aimé qu’à l’époque, pour une raison simple, j’ai beau­coup lu de romans améri­cains et donc Alison Lurie a perdu un de ses attraits me faire décou­vrir les USA. Je n’ai quand même pas résisté à l’ap­pel d’Aifelle et j’ai donc relu celui-ci. Je ne regrette pas mon choix, j’y ai bien retrouvé tout ce que j’ai­mais chez cette auteure. La ville de nulle part, c’est Los Angeles, à travers les yeux de Kathe­rine Cattle­man, pure produit de la région de Boston et qui déteste : le soleil, l’ab­sence d’hi­ver, aller sur la plage, les tenues vulgaires. Que fait-elle dans cette ville ? Elle a suivi son mari Paul qui tout en aimant sa femme la trompe avec des jeunes créa­tures cali­for­nienne, lui, à Los Angeles, trouve tout ce qu’il aime dans la vie : l’argent et les filles qui font l’amour sans l’en­chai­ner (croit-il !) dans des rela­tions compli­quées. Nous avons donc ici, une analyse du couple à la « Alli­son Lurie », c’est à dire qu’au-delà des appa­rences et des clichés, l’au­teure s’in­té­resse à chacun de ses person­nages. Et elle va les faire évoluer devant nos yeux. Kathe­rine la jeune femme coin­cée dans ses prin­cipes et dans les valeurs données par son éduca­tion est en réalité malheu­reuse dans son couple sans oser se l’avouer. Elle va finir par lâcher prise et peu à peu, ses terribles crises de sinu­site vont l’aban­don­ner et fina­le­ment c’est elle qui s’adap­tera à Los Angeles alors que son mari parfai­te­ment adapté au monde « baba-cool » des surfeurs et autres acti­vi­tés plus ou moins licites repar­tira vers le monde plus clas­sique des univer­si­tés de l’est du pays. Dans ce chassé croisé des couples compli­qués nous suivons aussi celui du psycha­na­lyste le Dr Eins­man et de la star­lette Glory. (On peut penser au couple si éton­nant de Mary­lin Monroe et Arthur Miller). Tous les person­nages ont plus de profon­deur que leur appa­rence sociale. La lente ouver­ture au plai­sir sexuel de Kathe­rine la chan­gera défi­ni­ti­ve­ment et lui prou­vera qu’elle n’est sans doute pas faite pour vivre avec Paul. Un roman bien construit où l’on retrouve bien le talent d’Ali­son Lurie d’al­ler au delà des clichés et des appa­rences. Mais je le redis la relec­ture m’a montré que cette roman­cière a perdu de son charme à mes yeux, top clas­sique sans doute. en tout cas certai­ne­ment un peu « datée ».

Voici la parti­ci­pa­tion d’Aifelle, de Dasola de Katel de Hélène de Sandrion,de Sybilline 

Citations

Le mauvais goût architectural à Los Angeles

Puis il regarda les maisons. Une douzaine de styles archi­tec­tu­raux étaient repré­sen­tés en stuc peint : il y avait deux petites hacien­das espa­gnoles au toit de tuiles rouges ; des cottage anglais, poutres appa­rentes et fenêtres à petit carreaux ; un chalet suisse peint en rose ; et même un minus­cule château fran­çais dont les tours poin­tues semblaient faites de glace à la pistache. 
Cette richesse d’in­ven­tion l’amu­sait et l’en­chan­tait à la fois par l’éner­gie qu’elle exprimé. Dans l’Est, seuls les gens très riches osaient construire avec une telle variété, des Palais sur l’Hud­son, des temples grecs dans le Sud. Les autres devaient vivre dans des aligne­ments de boîtes presque iden­tiques, en brique ou en bois, comme autant de caisses à savon ou à sardines. Pour­quoi n’au­raient-ils pas le droit de bâtir leur maison, leur épice­rie, leur restau­rant en forme de pagode, de bain turc, de bateau ou de chapeau s’ils en avaient envie ? Libre à eux de construire, de démo­lir et de recons­truire, livres a eu d’expérimenter. (…)
Paul trou­vait même du charme au milk-bar proche de l’aé­ro­port inter­na­tio­nal, devant lequel ils étaient passés dans l’après-midi, avec une vache de plâtre haute de trois mètres pais­sant sur le toit au milieu de margue­rites en plastique.

Le couple qui va mal

Elle ment. Tu verras. Je suppose qu’elle l’a toujours su, mais elle ne nous l’a pas dit parce qu’elle voulait que nous lui louions sa maison. Je parie que personne d’autre ne l’au­rait prise. Je parie que tout le monde le savait, qu’on allait construire une auto­route, ici, au beau milieu du quar­tier, tout le monde sauf nous. Tu aurais dû deman­der à quel­qu’un avant de signer l’en­ga­ge­ment de location. »
Et depuis cette date, pensa Paul, Kathe­rine regar­dait chaque jour dans la boîte aux lettres comme si elle dési­rait y trou­ver un avis d’ex­pul­sion, en dépit de tous les ennuis auxquels cet événe­ment l’ex­po­se­rait ; ce serait une preuve que la proprié­taire était une menteuse et son mari est un imbé­cile. Elle n’en n’avait plus parlé mais il la connais­sait bien. Trop bien : c’était peut-être ça l’ennui.

Ne pas vouloir s’adapter à Los Angeles

Midi, le 1er janvier. Kathe­rine s’ap­prê­tait à partir pour la plage avec Paul. Elle n’en avait pas telle­ment envie, et même pas envie du tout. D’abord, on était en plein milieu de l’hi­ver dans l’Est, les gens enfi­laient leurs bottes et pelle­taient la neige, mais une vague de chaleur s’était abat­tue sur Los Angeles. Bien qu’il fît très chaud dehors et que le soleil brillât, l’eau serait sûre­ment glacée. Paul passait son temps à lui repro­cher de ne pas aller voir par elle-même. Il avait eu l’air très surpris de l’en­tendre dire qu’elle l’ac­com­pa­gne­rait aujourd’­hui, autant se débar­ras­ser de la corvée. Quand elle serait allé à la plage, Paul cesse­rai de lui en parler. Et ce type désa­gréable pour qui elle travaillait à l’U.C.L.A cesse­rait de la taqui­ner et de la persé­cu­ter sous prétexte qu’il était invrai­sem­blable d’être à Los Angeles depuis trois mois et de ne pas avoir encore plongé le bout de l’or­teil dans l’océan Pacifique.

Ne pas aimer le beau temps permanent

- Vous n’ai­mez pas Los Angeles n’est-ce pas ? Dit le Dr Einsam. 
- Non, avoua- t‑elle, prise au piège.
‑Vrai­ment ? Et pour­quoi ? demanda le Dr Araki. Kathe­rine le regarda sur la défen­sive – elle détes­tait être le point de mire d’un groupe de gens. Mais il lui sourit avec un inté­rêt si poli, si amical, si peu semblable au forma­lisme du Dr Smith ou à l’ex­cès de fami­lia­rité ironique du Dr Einsam qu’elle essaya de répondre. 
« Je crois que c’est juste­ment à cause de ça. Parce qu’il n’y a pas de saison. Parce que tout est mélangé, on ne sait jamais où on en est quand il n’y a pas d’hi­ver, pas de mauvais temps.
- La plupart des gens consi­dé­re­raient cela comme un avan­tage » dit le Dr Smith.
- Eh bien, moi pas, répli­qua Kathe­rine. Ici, les moi non plus aucune signi­fi­ca­tion. » Elle s’adressa spécia­le­ment Dr Smith, il venait du Middle West et devait pouvoir la comprendre. « Les jours de la semaine non plus ne signi­fie nt rien : les boutiques restent ouvertes le dimanche et les gens d’ici viennent travailler. Je sais bien que c’est surtout à cause des expé­riences sur les rats et les autres animaux, mais quand même. Tout ça prête à confu­sion. Il n’y a même plus de distinc­tion entre le jour et la nuit. On va dîner au restau­rant et on voit à la table à côté des gens en train de prendre le petit-déjeu­ner. Tout est mélangé, et rien n’est à sa place. »

Excuses de l’homme marié à sa maîtresse

« Ce qui existe entre Kathe­rine et moi n’a rien à voir avec nous. C’est quelque chose de tout à fait diffé­rent : ce n’est pas vrai­ment physique. D’abord, nous ne faisons pas l’amour très souvent. Et puis, cet aspect là n’a pas une grande impor­tance. Enfin, je veux dire, que je n’y prends pas telle­ment de plai­sir, physiquement. 
S’il était possible d’en­ve­ni­mer encore la situa­tion, il y avait réussi. 
« Doux Jésus ! » hurla Cécile en essuyant ses larmes d’un geste violent et en repous­sant les mèches qui lui tombaient sur la figure. Elle serrait ses petits poings : Paul cru qu’elle allait encore le frap­per et fit un pas en arrière mais elle se contenta de le fusiller du regard en aspi­rant l’air avec bruit comme un chat qui siffle de colère. « Tu trouves que c’est une excuse, le fait que tu n’aies pas de plai­sir à coucher avec elle ? Seigneur, quel con, quel hypo­crite tu peux être, en réalité ! »