Traduit de l’es­pa­gnol Vanessa Capieu

J’ai telle­ment aimé « une mère » que je n’ai pas hésité à lire ce roman, j’au­rais dû me méfier, j’ai beau­coup de mal à comprendre l’amour absolu des maîtres pour les chiens. Je comprends très bien que l’on aime bien son animal de compa­gnie et qu’on le traite bien, mais j’aime qu’il reste un animal et non pas le substi­tut d’une personne. Ici, c’est le cas, le chien devient le rempla­çant de l’être aimé et aussi bien pour la mère que pour toute la famille le deuil d’un chien semble équi­valent à la mort d’un être humain. On retrouve dans ce récit le charme d’ « Une mère » et certains passages sont drôles. Mais l’ef­fet de surprise n’existe plus on sait qu’A­ma­lia ne perd la tête qu’en appa­rence et qu’elle veut surtout que ses trois enfants connaissent une vie plus heureuse que la sienne. Ce qui n’est pas très diffi­cile. Ses efforts pour trou­ver un nouveau compa­gnon à son fils sont souvent aussi drôles qu’inefficaces. Elle s’est mise en tête que cet homme doit être Austra­lien, blond, vété­ri­naire et gay évidem­ment ! pas si simple à trou­ver mais cela ne l’empêche pas de cher­cher et de poser des ques­tions éton­nantes à tous les Austra­liens (ils sont heureu­se­ment peu nombreux !) êtes vous Vété­ri­naire ? êtes vous homosexuels?et inver­se­ment aux homo­sexuels ; êtes vous vété­ri­naire …

Bref un roman assez drôle mais qui reprend trop les effets du premier roman, je me suis donc beau­coup moins amusée.

Citations

Mort d’un chien

Cette impos­si­bi­lité à défi­nir, ce trou noir d’émo­tion, fait de sa mort des limbes étranges dont il est diffi­cile de parta­ger l’in­ten­sité, parce que pleu­rer un chien, c’est pleu­rer ce que nous lui donnons de nous, et qu’a­vec lui s’en va la vie que nous n’avons donnée à personne, les moments que personne n’a vu. Lorsque s’en va le gardien des secrets, s’en vont égale­ment avec lui les secrets, le coffre, le puzzle rangé dedans et aussi la clé, et notre vie en reste tron­quée.

Un éclat de rire

(Pour le comprendre vous devez savoir qu’Amalia qui perd un peu la tête essaie de cacher à sa fille ‑très écolo- qu’elle est encore tombée assez rude­ment par terre sans les protec­tions que celle-ci lui a fait ache­ter. La serveuse Raluca d’ori­gine chinoise avait donc donné à Amalia des torchons remplis de glaçons parce que ses genoux sont couverts de bleus)

« Alors tu veux pas torchon ? »
Nouveau sourire de maman. Sylvia pousse un feule­ment et Emma un haus­se­ment d’épaules.
« Non, ma fille, répond maman. J’en ai plein chez moi, je te remer­cie. Main­te­nant que je sais que tu en vends, à si bon prix, en plus, je te les pren­drais à toi quand j’en aurai besoin. C’est promis. Je n’irai plus les ache­ter au marché. »
Et comme Raluca reste plan­tée là sans rien comprendre, le plateau en l’air, mani­fes­te­ment prête à deman­der des préci­sions que maman n’est pas le moins du monde dispo­sée à donner, et que Sylvia ouvre de nouveau la bouche, elle ajoute :
« Et si tu as des culottes, mais des orga­nique, hein dis-le moi surtout. Tu sais, précise-t-elle avec un clin d’œil entendu, de celles qui font le ventre plat. »
Silva et Raluca se regardent et Emma, qui bien sûr est tout autant perdue que Sylvia, baisse la tête et se passe le main sur le front.

Traduit de l’es­pa­gnol par Vanessa Capieu. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Votre réveillon 2017 est terminé ? Venez parta­ger celui de la famille d’Ama­lia à Barce­lone ! Quel bon moment de lecture ! Si vous voulez un dépay­se­ment total, un voyage au delà des Pyré­nées, dans une famille où les non-dits font tenir l’en­semble. Invi­tez-vous à la table d’Ama­lia pour ce réveillon mémo­rable. Vous ferez la connais­sance de son fils, Fernando, le narra­teur qui doit avoir beau­coup points communs avec l’au­teur. De sa fille Sylvia, celle qui essaie de répa­rer toutes les impasses dans lesquelles sa mère fonce tête bais­sée en n’écou­tant que son grand cœur. Elle évitera par exemple que le père du clan des roumains dont elle héberge une jeune ne lui vole tous ses biens. Vous connaî­trez Emma qui vit avec Olga. Cette dernière vous fera pouf­fer de rire plus d’une fois, dépour­vue tota­le­ment du moindre sens de l’hu­mour, elle prend tout et raconte tout au premier degré, dans cette famille où le moindre propos cache un océan de secrets enfouis, ses regards ahuris et ses discours simplistes font beau­coup pour le rire à la lecture de ce roman, celui, par exemple, que vous aurez quand Amalia veut aider son frère Eduardo « à sortir du placard ».

Comme Olga vous serez peut-être étonné que les propos commencent par « l’in­con­fort » des bancs du jardin public en bas de l’im­meuble. Enfin, il reste Ingrid, l’amie qui n’est pas là mais qui est si impor­tante pour Amalia. Il faut dire qu’elle a des idées de génie cette Ingrid : rempla­cer la dinde du nouvel an par des feuille­tés aux épinards, aller grâce à une ONG à Cuba (je vous laisse imagi­ner la contre­par­tie de ce voyage très peu cher)… et elle pourra vous faire « un reiki » qui remet­tra vos chakras dans le bon sens.

Le réveillon permet­tra à chacun de dévoi­ler une partie de son âme, la plus secrète, et peut être de repar­tir pour un an. Vous, le temps de la lecture, dans un livre un peu foutraque, à l’image du cerveau d’Ama­lia vous serez passé du rire à l’émo­tion proche des larmes. et surtout vous décou­vri­rez « Une mère » ! Malgré son cerveau un peu dérangé, elle sera là pour chacun de ses trois enfants au moment où ils ont besoin d’elle. L’Es­pagne vous sera plus proche et tout en voyant les diffé­rences vous pour­rez sans aucune diffi­culté vous dire que « l’hu­maine condi­tion » est assez semblable et ne connaît pas les fron­tières.

Citations

Dialogue au téléphone quand Amalia n’écoute pas(hélas !) sa fille

« Oh,non,non ! Pas elle, je t’en prie ! » me suppliait-elle par mimiques, en agitant les mains devant elle comme si je la forçait à affron­ter Belzé­buth lui-même. Puis elle s’est raclé la gorge, a pris deux profondes inspi­ra­tions, s’est plaqué un sourire sur le visage comme si Sylvia avait pu la voir sur l’écran de son portable et a appro­ché précau­tion­neu­se­ment le combiné de son oreille. 

« Oui, ma chérie, j’ai entendu dire de cette voix de mère soumise et atten­tive qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Oui… Oui, bien sûr… Oui. D’ac­cord… Comme tu voudras… Mais oui, ne t’in­quiète pas… Dès demain… Si, j’ai compris… Non, inutile que tu répètes. Oui… Oui. Très bien.

Après une ving­taine de minutes de « Oui, bien sûr, d’ac­cord, tu as raison« avec cet air de vache égarée qu’elle prend quand ce que quel­qu’un lui dit entre par une oreille pour sortir par l’autre, elle a enfin raccro­ché. Puis elle m’a passé le télé­phone.

« Qu’est-ce qu’elle t’a dit ? » ai-je demandé.
Elle m’a regardé d’un air somnolent et m’a sorti : 
« J’ai oublié. »

Une scène touchante et le portrait de son père

J’étais à deux doigts de lui hurler que oui, je savais parfai­te­ment comment il était, presque aussi bien que les inspec­teurs de la Sécu et du fisc qui cher­chaient encore à lui mettre le grap­pin dessus. Comme Télé­pho­nica, Onno et Volda­fone, comme Mazda, BMW et BBVA, sans parler de tout les amis qui s’étaient portés garants pour lui à un moment ou à un autre de ses magouilles et intrigues frau­du­leuses, et qu’il avait évidem­ment perdu en route. J’ai eu envie de l’at­tra­per par les épaules pour la secouer, de lui hurler que nous le savions tous, sauf elle, parce que nous avions tous été victimes à un degré ou à un autre de cet homme à la person­na­lité mala­dive qui ne s’in­té­res­sait à rien d’autre qu’à lui-même, mais soudain je l’ai vu plan­tée sur le seuil du salon, si fragile et vulné­rable que je me suis appro­ché pour la prendre dans mes bras, et pendant que j’es­sayais de trou­ver une formule conju­ra­toire capable de calmer la furie qu’al­lait deve­nir Sylvia, à coup sûr, quand elle appren­drait que maman avait envoyé à papa son contrat de divorce signé, se condam­nant ainsi à une liberté qui allait lui coûter très cher, je lui ai souhaité à l’oreille :
.« Je sais, maman je sais… »
Elle m’a regardé alors avec un soula­ge­ment enfan­tin et a conclu en m’embrassant sur la joue :
« Il faut bien lais­ser une chance aux gens non ? »

L’avantage de vivre avec un homme lors de la première rencontre avec l’amie de sa fille lesbienne le narrateur c’est son fils homosexuel

Tu as bien raison, ma fille. Moi, si c’était à refaire, je te le dis fran­che­ment, je ferai comme vous. Je me cher­che­rais une bonne amie pour aller au cinéma, aller déjeu­ner ensemble et tout parta­ger. Oui, certai­ne­ment. Mais chacune ses culottes, hein ? Parce que tu vois, le seul avan­tage d’un mari, c’est qu’au moins il ne t’emprunte pas tes culottes ou tes soutiens-gorge. Enfin, sauf si tu as la malchance qu’il soit un peu bizarre, bien sûr, parce qu’il y en a des comme ça aussi « , a‑elle achevé en se tour­nant vers moi.

Cuba vu par l’oncle Eduardo

» Et bien …oui, oui, les Cubains, ils sont comme ça fit-il de sa voix d’homme du monde. Ils vous donnent tout ce qu’ils ont. Le problème, c’est qu’ils n’ont jamais rien, alors ils inventent. Parce qu’ils aime­raient bien pouvoir donner. En fait, ce n’est pas qu’ils mentent, ils devancent la réalité. C’est de là que vient le cubisme. »

L’humour dans la présentation des personnages : le frère de Peter l’amant norvégien de Sylvia

Son frère Adam, qu’on croyait acti­viste de Green­peace en mer du nord jusqu’à ce que les flics le prenne avec deux kilos de cocaïne cachés dans la cale du bateau avec lequel il pour­sui­vait les balei­niers le jour pour les four­nir en neige arti­fi­cielle la nuit.

N‑Q

N

Norek Olivier (Code 93, Terri­toire, Surten­sion 27 avril 2020)

O

O’Far­rel (Maggie) (L’étrange dispa­ri­tiond’Esme Lennox 21 novembre 2010) (I AMAMAM 21 octobre 2019)

P

Paasi­linna (Arto) (La Douce Empoi­son­neuse 25 mars 2017) (Le dentier du maré­chal, madame Volo­ti­nen et autres curio­si­tés 25 juin 2018)

Palo­mas (Alejan­dro) (Une Mère 1 janvier 2018) (Tout sur mon Chien 4 août 2018)

Pascal (Camille) ( L’été des quatre rois 30 septembre 2019)

Paulin (Frédé­ric) (La Guerre est une Ruse 14 janvier 2019)

Pauly (Anne) (Avant que j’ou­blie 4 mai 2020)

Pennac (Daniel) (Un Amour Exem­plaire 8 octobre 2015) (Mon Frère 26 novembre 2018)

Perl­man (Elliot) (La Mémoire est une Chienne Indo­cile 15 juillet 2018)

Peter­sen (Pia) (Un écri­vain, un vrai 29 juin 2020)

Plamon­don (Eric) (Taqa­wan 28 novembre 2019)

Pluyette (Patrice) (La Vallée des dix mille fumées 29 juillet 2019)

Pontalis(Jean-Bernard) (Le Frère du Précé­dent 28 janvier 2019)

Post­orino (Rosella)( La goûteuse d’Hit­ler 28 octobre 2019)

Q

Quignard (Pascal) (Les soli­da­ri­tés mysté­rieuses 17 février 2020)